La libellule et le glaïeul

La libellule (Cordulie à corps fin – Oxygastra curtisii), menacée de disparition, n’existe désormais que dans de rares endroits. On la trouve encore le long de la rivière de la Mosson qui traverse mon village. Le Glaïeul douteux (Gladiolus Dubius) qui fleurit au printemps sur la garrigue est également une production végétale rarissime qu’on ne retrouve quasi exclusivement que sur le territoire de notre commune, dans l’Hérault. Avec quelques autres spécimens du monde animal et végétal, la Cordulie à corps fin et le Glaïeul sont classés dans la fameuse catégorie N°1 qui exige une protection absolue.

Pourquoi donc vous parlé-je aujourd’hui de cette libellule et de ce glaïeul ? Parce qu’ils se situent exactement sur le parcours d’un grand projet routier, le « LIEN », d’un peu moins de 8 km qui doit traverser la plaine agricole et les espaces naturels de notre commune, Grabels. Et il se trouve que cette petite bestiole et cette petite fleur sont actuellement au cœur du conflit qui oppose la municipalité au Conseil Départemental de l’Hérault, maître d’ouvrage, soutenu par la Préfecture et donc par le Gouvernement. Qui va gagner ? La libellule et le glaïeul ? Ou le lobby routier ?

Je vous résume ici l’essentiel de ce dossier en vous invitant à nous manifester votre soutien.

Le LIEN suspendu … à un nouvel avis de l’autorité environnementale 

Après une décennie de multiples recours judiciaires auprès du Tribunal Administratif de Montpellier ou de la Cour Administrative d’Appel de Marseille ; nous craignions de perdre la bataille et de voir la déclaration d’utilité publique (DUP) du LIEN définitivement validée. Or il n’en a rien été. 

Dans son délibéré du 7 juillet, le Conseil d’État remet en cause l’étude environnementale fournie par la Préfecture de l’Hérault qui minimisait les effets environnementaux de ce projet. Or cette étude fut réalisée par la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) qui est une institution de l’État placée sous l’autorité du Préfet, c’est-à-dire celui qui a signé la DUP. Dans cette affaire, le Préfet est donc à la fois juge et partie et le Conseil d’État a une jurisprudence claire sur ce sujet, exigeant une étude indépendante. C’est ce qu’il demande dans ce délibéré avec une étude qui devra être validée par la Mission Régionale d’Autorité Environnementales (MRAe). Or, deux autres études ont été produites, une commanditée par des associations comme Greenpeace, et une réalisée par la Métropole de Montpellier. Celles-ci mettent clairement en évidence que le tracé du LIEN va détruire un formidable réservoir de biodiversité comme notre fameuse libellule ou notre beau glaïeul. Ainsi, lorsqu’on menace ces espaces, le Maître d’ouvrage a besoin d’uneautorisation spéciale à caractère national.

La commune de Grabels engage donc à une nouvelle étude approfondie de ce réservoir naturel exceptionnel dont nous avons hérité et que nous sommes déterminés à protéger. Cela est d’autant plus évident que nous avons été retenus pour la constitution d’un Atlas de la Biodiversité Communale (ABC) et labellisé comme Territoire Engagé pour la Nature (TEN).

Les raisons de notre opposition au lien

En 2010, fraîchement élu Maire de ma commune, je reçois la visite de fonctionnaires du service routier du Département représentant un dossier complètement bouclé. Aucun élu du Département n’est alors présent et on me précise qu’il s’agit juste d’une information. Quelle ne fut pas leur surprise de m’entendre dire que je n’y étais pas favorable. Commencent alors deux années de pression et de chantage à la subvention. En vain, nous tenons bon. Après une première victoire judiciaire en 2013 qui pointe l’absence totale d’information du public, le Conseil Départemental de l’Hérault se ridiculise avec une concertation du public entre le 20 juillet et le 20 août ! Dès lors, nous proposons un autre tracé plus protecteur pour le soumettre à l’étude. Il est balayé d’un revers de main et n’est même pas étudié. Une campagne honteuse de dénigrement de notre municipalité est alors engagée dans toutes les autres villes autour pour nous rendre responsable des embouteillages… rien n’y fait ; nous tenons bon et lors des élections municipales de 2014 notre positionnement sur le LIEN est légitimé par les électeurs. Il est à noter que les différentes oppositions de droite comme de gauche et les écologistes soutenant le Département de l’Hérault sur ce projet, ont été sèchement désavouées à ces mêmes élections. Et depuis, nous continuons l’action légale avec l’appui de plusieurs associations d’habitants et environnementales.

Le fond de l’air a changé ! Il y a 10 ans, nous nous sentions bien seuls dans cette résistance face à une opinion encore dominée par le « tout automobile ». Désormais, sous l’effet des conséquences dramatiques du changement climatique, les mentalités ont évolué tandis que la Métropole de Montpellier est en train de choisir les mobilités alternatives à la voiture en promouvant les transports en communs gratuits et les mobilités douces, avec beaucoup de propositions que nous commençons à mettre en œuvre sur notre commune dans les mois qui viennent. Dès lors, l’opposition au tracé du lien n’est pas le combat isolé d’une petite commune mais devient le symbole de la résistance d’un modèle dépassé.

Le désastre du lien

Voici les principales raisons de notre opposition au projet (inutile) du LIEN :

•    Le tracé du LIEN entraîne une déforestation massive. Ce sont des dizaines de milliers d’arbres qui seront abattus. Cela a d’ores et déjà commencé avec une saignée qui scandalise la population. Comment accepter une telle déforestation au moment où un large consensus se forme pour développer les forêts, y compris en zone urbaine ?

•    Le tracé du LIEN passe par le périmètre d’une source d’eau potable. Depuis des années, nous luttons pour protéger la ressource en eau, denrée vitale qui se raréfie sous l’effet du stress hydrique produit par le réchauffement climatique. D’un côté, avec la Régie des Eaux de Montpellier que je préside, avec le soutien de l’agence de l’eau, et de l’autre, avec la main droite je devrais accepter la menace d’une ressource précieuse pour l’avenir de la population de mon village ? Il n’en sera rien et nous sommes en train d’étudier l’ensemble de la ressource qui est sous la rivière pour pouvoir mettre au point les dispositifs de protection nécessaires.

•    Le tracé retenu passe à 200 m des premières habitations de la commune. Avec une fréquence prévue à 25 000 véhicules jour, l’impact sanitaire est considérable d’autant que les émissions de gaz de particules fines se feront dans un site géographique en forme de cuvette entraînant un effet de condensation dit « effet Mexico ». Plusieurs professeurs de médecine spécialisée dans les maladies respiratoires nous ont alertés sur la dangerosité d’une telle circulation automobile sur la santé des habitants. L’organisation mondiale de la santé a mis en évidence dans plusieurs études une corrélation entre la fréquence des cancers du poumon et la proximité de la circulation automobile. De fait, le LIEN est une voie rapide qui relie deux autoroutes : l’A750 du Nord de Paris vers Clermont-Ferrand et de l’autre l’A9 qui vient du Rhône et qui passe au sud de Montpellier. Le LIEN est donc un moyen de dérivation automobile entre l’est et le nord-ouest dont la gratuité du trajet va faire augmenter sa fréquentation. Comment a-t-on pu imaginer installer une telle liaison à proximité des habitations ?

• Enfin, comme je l’ai développé ci-dessus, le LIEN va réaliser une destruction massive de la biodiversité communale qu’elle soit végétale ou animale. Il faut savoir que notre commune qui s’étend sur 16 km² ne dispose que de 4 km² urbains et que donc 12 km² sont constitués de zones agricoles et surtout naturelles. Conformément à l’engagement électoral que nous avons pris, nous avons gelé toutes les zones naturelles et agricoles dans les documents d’urbanisme et nous continuons à fournir des logements notamment sociaux en utilisant le tissu urbain existant. Nous ne le faisons pas uniquement par attachement à notre commune mais aussi parce ceci constitue pour l’agglomération de Montpellier un poumon vert précieux, avec sa rivière et sa ripisylve remarquable, sa forêt méditerranéenne et ses grandes étendues de garrigue diverses et parfumées. En ce sens, nous sommes heureux de voir de nombreux montpelliérains venir soutenir cet engagement.

Bref, vous l’avez compris : le combat contre le LIEN et son tracé destructeur n’est pas une lubie locale de quelques riverains mais participe de l’action globale que nous devons tous mener pour limiter le changement climatique et nous adapter pour le siècle qui arrive.

René Revol

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