Coup d’œil historique : le centenaire des thèses d’avril

Un coup d’œil dans l’histoire peut nous aider dans le moment intense que nous vivons en ce mois d’avril. C’est le centenaire de la Révolution russe de 1917 et naturellement l’oligarchie intellectuelle et médiatique est silencieuse sur ce sujet. Je n’aborderai pas ici ni les différents aspects et moments de cette révolution, ni la nature et l’évolution du régime qui va s’ensuivre. Je m’attarde sur un moment particulier de cette expérience historique extraordinaire.

Le 7 avril 1917, exactement un mois après la révolution qui a balayé le tsar et installé un régime parlementaire chaotique, Vladimir Oulianov Lénine soumet à ses amis du parti social-démocrate bolchevik un document d’orientation qu’on a coutume d’appeler les thèses d’avril. Après la révolution et la destitution du tsar Nicolas II, Ie gouvernement provisoire se met en place sous la direction de Kerensky qui rassemble la fois des membres de la bourgeoisie libérale, des socialistes modérés (dont fait partie Kerensky) et des membres du parti social-démocrate menchevik. Les dirigeants du parti bolchevik présents en Russie (Lénine est en exil en Suisse) adoptent une ligne de soutien critique au gouvernement provisoire. Lénine, opposé à cette orientation, va développer dès son retour en Russie le 3 avril sa position dans ses fameuses thèses d’avril. Il y défend l’idée que le gouvernement provisoire et sa coalition font des promesses au peuple qu’ils ne pourront pas tenir car il refuse de rompre avec les grands propriétaires fonciers et les industriels capitalistes et d’arrêter la guerre avec l’Allemagne. Il préconise en conséquence que le parti bolchevik ne soutienne pas le gouvernement, car il serait une illusion de croire qu’on peut l’influencer. Il appelle au contraire à dénoncer sans relâche ses atermoiements et son hésitation et ses refus d’avancer vers un programme socialiste. Les thèses d’avril préconisent d’affirmer cette indépendance politique pour s’adresser au grand nombre, notamment dans les conseils ouvriers, de paysans et de soldats qui fleurissent partout dans le pays, créant une situation de double pouvoir : gouvernement d’une part, conseils populaires dénommés en russe «soviets» d’autre part. Les ouvriers réclament la journée de huit heures et des salaires décents, les paysans qui ont faim de terre réclament le partage des grandes propriétés, enfin les soldats réclament avec le peuple la fin de la guerre et la paix par une décision unilatérale de la Russie. Le pain, la terre, la paix, ce sont les trois exigences qui dominent cette révolution. Face à ses trois exigences Kerensky répond qu’il faut attendre la fin de la guerre et une éventuelle victoire militaire, que le peuple doit continuer à faire des sacrifices. Lénine a parfaitement conscience que si à cette étape les bolcheviks sont minoritaires dans les soviets, la dynamique de la situation va leur devenir inévitablement favorable au fur et à mesure que le peuple russe prendra conscience que le gouvernement provisoire reporte la satisfaction de leurs exigences toujours à plus tard.

Dans les thèses d’avril il appelle les militants bolcheviks à un travail méthodique de conviction au sein des conseils ouvriers, de paysans et de soldats pour y devenir majoritaire. Mais pour obtenir la confiance du peuple il faut d’entrée de jeu marquer son indépendance absolue avec le gouvernement et les partis qui le composent. Léon Trotsky, partageant cette analyse, le rejoint avec ses amis dans le parti bolchevik qui adopte à la majorité ces thèses d’avril.

Certes, comparaison n’est pas raison, et il serait stupide d’appliquer mécaniquement cette expérience à la situation de nos jours. À l’époque la première mondialisation avait débouché sur une guerre mondiale d’une cruauté inouïe pour les peuples et la révolution russe ouvrait une période de soubresauts révolutionnaires où le socialisme cherchait à construire une issue à cette barbarie. De nos jours la mondialisation actuelle débouche sur des catastrophes sociales, environnementales et géopolitiques toutes aussi dangereuses, mais cela se fait sous des formes et avec des contenus tout à fait nouveaux.

Pour répondre à ces défis et mettre fin à cette course à l’abîme, il nous incombe de mettre à l’ordre du jour de la révolution citoyenne la question d’un nouvel ordre du monde à la fois démocratique, sociale, écologique et pacifique. Dans une situation, certes très différente de la Russie de 1917, cette réflexion sur les thèses d’avril peut aujourd’hui être source d’inspiration. La révolution citoyenne ne pourra ainsi trouver son chemin que si nous manifestons une totale indépendance politique envers ceux qui accompagnent la mondialisation libérale de leurs belles promesses sans lendemain. Une conviction stratégique qui nous a guidés en février 2016 pour refuser les combinaisons sans principes et les tractations sans fin du processus des primaires. Nous avons pu dès lors manifester publiquement cette position d’indépendance avec la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon et la mise en place du mouvement citoyen de la France insoumise. En ce début avril on constate que nous avions raison. Après ce coup d’œil historique nous retournons à nos tâches pour préparer au mieux l’échéance électorale qui vient.

René Revol

Changer de République en 2017 ? Chiche !

Le 8 septembre 2016

La décomposition politique en France, chaque jour nourrie par un évènement nouveau, conforte de plus en plus chez nos concitoyens l’idée qu’il ne suffit pas de changer d’hommes et qu’il faut changer de système. Un des sentiments les plus partagés est, quoiqu’on dise en haut, que leur parole est refoulée et qu’ils n’en tiendront pas compte. Dans ce contexte, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est susceptible de devenir le moyen pacifique dont notre peuple peut se saisir pour changer de système. Le premier engagement de Jean-Luc Mélenchon n’est-il pas que, dès son investiture, il mettrait en œuvre l’article 11 de la Constitution et convoquerait une Assemblée constituante chargée d’instaurer une 6e République pour redonner le pouvoir au citoyen ?

Le fait que les candidats déclarés ou potentiels se répandent tous en propos généraux sur la nécessité de changer la politique est bien la preuve que nos concitoyens attendent un changement de système auquel ils répondent par des phrases creuses qui les tromperont de moins en moins. Rapidement il peut apparaître que seul Jean-Luc Mélenchon ne se contente pas de déclarations et propose un chemin concret et précis qui peut être engagé dès le mois de mai prochain.

Dans le débat public et le milieu universitaire sur les changements institutionnels nécessaires, certains soulignent l’importance de dépasser le niveau de la simple représentation politique pour redonner au peuple un vrai pouvoir de délibération. L’idée, qui a fortement progressé ces dernières années, est que le peuple entend être pris au sérieux, qu’il puisse se prononcer sur les grandes questions de son destin et en délibérer collectivement. Cette idée se retrouvait déjà dans celle de démocratie participative avancée depuis une bonne décennie. En appeler à la raison de nos concitoyens et leur soumettre les grandes questions collectives est au principe même de la démocratie. Or force est de constater l’hésitation, même parmi ceux partisans de l’instauration d’une délibération et d’une démocratie participative, à confier la décision finale au peuple – comme si on avait peur de son pouvoir. Cela s’exprime entre autre dans la méfiance vis-à-vis du référendum, dont le bon usage peut pourtant être tout autre que celui du référendum-plébiscite dès lors qu’il permet sur des questions majeures d’ouvrir un large débat et de donner le dernier mot au peuple souverain. Il est un des outils du développement de la délibération collective et un des dispositifs qui redonnent le pouvoir au citoyen.

L’aspiration au renouvellement politique et démocratique s’est aussi manifestée ces dernières années par un développement de l’investissement dans la vie locale. Les citoyens s’investissent de plus en plus à une échelle où ils ont le sentiment de conserver encore une certaine prise. Associations, collectifs, comités d’action ou de défense, sur telle ou telle cause, sociale, civique, ou environnementale, se multiplient chaque jour. Cette irruption citoyenne par le bas est précieuse et peut être un levier décisif du changement de régime politique. Certains commentateurs en ont conclu qu’il fallait désormais privilégier la démocratie locale et négliger la dimension globale. Ce serait une redoutable impasse qui finirait par rendre impuissante l’action locale elle-même. A travers les questions locales dont se saisissent nos concitoyens s’incarnent souvent des enjeux politiques, nationaux ou mondiaux. J’ai pu vérifier dans mon action municipale qu’il s’agisse du contrôle public de l’eau, de la lutte contre les inondations ou de l’action sociale, que les plus fortes mobilisations locales permettent en même temps de matérialiser des enjeux globaux, parfois à l’échelle de la planète. Privilégier l’horizontalité démocratique sur la verticalité bureaucratique ne signifie pas limiter les citoyens à leur seule proximité mais en faire des acteurs politiques à part entière.

Nous pouvons avoir l’année prochaine au cours du deuxième semestre 2017 une formidable délibération collective nationale qui instaure un nouveau régime politique. Par quelle méthode ? Convoquer des élections à une assemblée constituante, c’est organiser une campagne de plusieurs mois où dans tous les quartiers et tous les villages les assemblées citoyennes débattent des différentes propositions d’organisation du pouvoir citoyen. C’est ensuite élire des députés à cette assemblée constituante en appliquant une règle claire pour les candidats : ne jamais avoir été élus à une assemblée précédente et ne plus pouvoir se présenter aux prochaines assemblées pour nous offrir les garanties que ne soit pris en compte dans le débat démocratique que l’intérêt général. C’est faire que cette assemblée constituante mène ses débats dans une relation publique avec les citoyens comme les moyens de communication modernes nous permettent de le faire. C’est enfin faire ratifier le résultat final par le peuple. Un beau programme de rupture avec le système sclérosé en place pour « changer de république », réalisable dès 2017 !

J’ai noté que Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste avait un projet de nouvelle constitution. Cette initiative prouve bien la pertinence et l’actualité de l’initiative de Jean-Luc Mélenchon. Mais si on regarde de plus près la proposition d’Arnaud Montebourg qui consiste à proposer d’emblée une nouvelle constitution, cela ressemble beaucoup à la méthode de Charles De Gaulle en 1958, qui, avec Michel Debré a rédigé en secret une Constitution toute prête, le peuple n’étant invité qu’à la ratifier par une espèce de plébiscite. La question n’est donc pas de proposer ex cathedra une nouvelle constitution parmi d’autres, mais de mettre notre peuple et ses représentants en capacité de la construire. C’est la seule manière de créer le ciment social d’une mobilisation citoyenne qui sera la vraie force de ce nouveau régime. Les propositions de changement ne manquent pas ; par exemple dans le fonctionnement de la commune dont j’ai la charge, j’ai mis en place ce processus de référendum d’initiative populaire (qui a été notamment utilisé pour décider la mise en place d’une régie publique de l’eau). Il fait partie des propositions que je défendrais dans ce débat public parmi d’autres (par exemple le processus de révocabilité des élus par le peuple), mais il reviendra à la délibération collective de trancher. Le changement politique attendu par la majorité de notre peuple est réellement à notre portée. Quand je développe ces arguments autour de moi à des citoyens de tous horizons, je ressens à la fois chez eux un très vif intérêt et une forme d’hésitation. En effet, l’obstacle principal à franchir est la peur du changement, nourrie par la pesanteur du conservatisme. Les mois qui viennent vont être importants pour populariser cette idée qui, je vous le rappelle est le premier point du projet de programme de la France Insoumise présenté par Jean -Luc Mélenchon.

Enfin je termine par une anecdote. Interrogé par deux journalistes fin août qui me demandaient si j’étais candidat aux législatives, je leur ai répondu : « être candidat à être député croupion de la 5e République ne m’intéresse pas, la seule chose qui m’intéresserait c’est de participer à une assemblée constituante pour une 6e République »  Je pense que c’est la meilleure manière dans nos circonscriptions de faire campagne pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

René Revol

Soyez nombreux Samedi 10 septembre à regarder l’interview de Jean-Luc Mélechon dans la nouvelle formule de l’émission « On est pas couché ».

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De la marée républicaine à la révolution citoyenne

Note du 13 janvier 2015

Dés samedi dans ma Commune des centaines de personnes avaient répondu à mon appel de Maire pour rendre hommage aux victimes. On sentait que quelque chose de neuf se passait. Cela s’est confirmé ce dimanche 11  où j’ai marché avec les citoyens de ma Commune parmi les quatre millions de manifestants, la plus grosse manifestation à laquelle j’ai participé depuis le 13 mai 1968. Plus encore que le nombre, ce qui unifiait cette foule résolue et déterminée c’est la référence à la République, à ses principes fondateurs ressentis par tous comme fondamentaux et indissociables. La République était physiquement une et indivisible quelle que soit la diversité des participants. La veille, à Grabels, après l’écoute attentive de la lecture solennelle d’articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, le public a longuement applaudi,  manifestant ainsi leur adhésion aux principes qu’ils contiennent, si nécessaires pour faire face aux événements auxquels le peuple est confronté.

Il faut toujours bien qualifier les acteurs et les crimes. Pour qualifier ceux qui ont tué à Charlie et à Vincennes, évitons de les appeler « djihadistes » mot qui contribue à donner du crédit à la manipulation des tueurs qui veulent couvrir leurs actes d’une pseudo justification religieuse. J’ai de même du mal avec le mot « terroriste » : dans le maquis de l’Oisans mon père était en 1943 recherché par les SS comme « terroriste » ; par ailleurs les millions de manifestants descendus dans la rue démontrent qu’ils ont échoué à nous terroriser. Pour moi ce sont et je les appelle des assassins !

Et ce qu’ont voulu tuer ces assassins c’est la République et ses principes. D’abord la liberté de l’information et de la presse. Si cela a été abondamment dit, il importe d’insister combien cette liberté est principielle. L’atteinte à la liberté de la presse est toujours la première marche vers l’oppression ; céder sur ce point mène nécessairement à céder sur le reste. C’est au nom de la lutte contre le terrorisme que les dominants bâillonnent certains journalistes, comme on l’a vu aux Etats Unis avec le Patriot Act  après le 11 septembre. Au nom d’une cause on a aussi pu voir dans certains mouvements révolutionnaires la tentation de faire taire des opposants. Ainsi lors de la révolution des œillets au Portugal en 1974, mes amis révolutionnaires portugais s’opposèrent à la volonté du pouvoir militaire de fermer le journal socialiste Republica.

Depuis les Lumières au 18ème la publicité des débats et la liberté d’opinion et d’expression sont devenues la pierre d’angle d’un régime républicain.

Et on voit bien de nos jours à quel point ce combat doit se poursuivre contre les puissances de l’argent qui contrôlent les médias. Charlie Hebdo, au bord de la faillite, y était confronté. Il a fallu un tragique massacre pour qu’on pense à lui promettre une aide financière.  Une précision à ce sujet : Il aurait été bien venu que Plantu ou le Canard Enchaîné s’excusent pour s’être totalement désolidarisé de Charb et de Charlie Hebdo au moment de l’épisode des caricatures. On peut parfaitement désapprouver ces caricatures mais on doit se battre pour que le droit de les publier soit garanti. C’est aussi faute d’avoir été soutenu que Charlie, qui défendait le droit à l’irrévérence, est devenu une cible.

Au-delà du droit à une presse libre c’est tout simplement la LIBERTE qui a été attaquée et que nous défendons. Depuis des siècles le combat contre l’oppression et pour les libertés publiques est l’ingrédient des révolutions. Depuis 2011 le peuple tunisien nous a démontré que la promotion et la défense des libertés est le fil à plomb d’une révolution victorieuse. Or ce principe de liberté est totalement indissociable des principes d’égalité et de fraternité. Contrairement à Tocqueville qui croyait la démocratie moderne condamnée à une tension tragique entre les deux pôles (contraires selon lui) de la liberté et de l’égalité, ces deux principes ne peuvent survivre séparés, sous peine de dégénérer en oppressions diverses. Dans le cortège de dimanche à Montpellier de jeunes manifestants avaient sorti le drapeau tricolore et quand j’en ai interrogé un il m’a répondu goguenard « Je l’ai arraché des mains de Marine parce que ce drapeau, ça veut dire être français et être français ça veut dire liberté, égalité et fraternité ». Dans cette marée fraternelle cette répartie m’a fait frissonner de bonheur : ce jeune avait tout compris, alors que tant de politiciens (y compris des gauchistes rabougris) font preuve de cécité. Ce jeune avait compris que notre nation est civique et non ethnique, et qu’en se disant français et en chantant la Marseillaise nous affirmons des valeurs universelles pour toute l’humanité. Ainsi le patriotisme républicain est l’ennemi du nationalisme. Jaurès l’avait bien compris lui qui voulait arracher le drapeau tricolore des mains de Barrés qui se l’était approprié pour un message de haine nationaliste et belliciste aux antipodes des valeurs de la Révolution Française. Dans la gauche socialiste et communiste certains n’ont pas compris ce lien entre République, nation républicaine et émancipation sociale. Lors de l’affaire Dreyfus Jules Guesde recommandait l’abstention dans un « conflit entre bourgeois » ; or c’est Jaurès qui avait raison en s’engageant à fond parmi les dreyfusards : Pas de lutte possible pour la République sociale si on renonce à la République politique. Après les expériences tragiques du 20ème siècle ce message redevient terriblement actuel et pertinent, comme l’est la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dont la portée actuelle révolutionnaire et capable de rassembler la majorité du peuple.

Il faut aller plus loin. L’instrumentalisation de l’islam par les assassins a fait revenir au premier plan un autre principe fondateur, levier d’émancipation, le principe de laïcité. La France a connu les guerres de religions au cours du XVI siècle, des massacres entre catholiques et protestants, pour la raison qu’on voulait imposer le catholicisme comme religion d’État. Il fallut près de trois siècles de tensions et de combats pour faire advenir une république laïque. La laïcité, fondée sur la liberté de conscience, rend chacun libre de croire ou de ne pas croire, d’être catholique, musulman, protestant, israélite, bouddhiste, agnostique, athée. Cela relève de la sphère privée. Une fois dans l’espace public nous devenons et agissons comme des citoyens égaux et liés par l’appartenance à une même république. La République garantit la liberté de conscience et donc la liberté du culte de chacun dès lors que l’exercice de cette liberté ne trouble pas l’ordre public. Ce retour en force de la laïcité est impressionnant. Le 11 janvier clôt une période. Alors que l’an dernier, que ce soit au sein de la « manif pour tous » ou dans « la journée de retrait de l’école contre l’égalité des sexes » nous avons subi les assauts des intégrismes catholiques et musulmans, l’immense majorité de notre peuple a manifesté sa volonté aujourd’hui de porter haut et clair le drapeau de la laïcité.

Il faut être clair : Daesh, Al Quaida sont des ennemis. Ils sont les ennemis du peuple et des musulmans en particulier qu’ils massacrent les premiers, et l’assassinat politique de Chokri Belaïd en porte l’empreinte. Les meurtres de ces derniers jours n’ont rien à voir avec des luttes de libération nationale. Les progressistes et communistes syriens, irakiens et kurdes notamment les combattent les armes à la main ; ce sont nos frères et nous devons leur apporter un soutien sans faille. Les grandes puissances occidentales liées au Qatar et à l’Arabie Saoudite, portent une lourde responsabilité dans le développement de ce poison mais cela ne crée aucune justification de ces crimes. Lorsque les hordes nazies des sections d’assaut dans les années 1929/1933 avant que Hitler n’arrive au pouvoir, assassinaient des journalistes juifs il fallait les combattre et funeste fut l’attitude de Thaelman le chef du PC pour qui c’était des conflits entre « partis bourgeois » qui ne le concernait pas !

Il faut applaudir la mobilisation du peuple qui a pris conscience de l’importance des principes qui fondent notre République et ses droits fondamentaux des citoyens, collectifs et individuels. Mais la période qui s’ouvre comporte des risques importants. Il faut contester la lecture des forces réactionnaires qui cherchent à utiliser ces évènements dramatiques pour imposer leurs politiques, sous forme de politiques liberticides et d’une accentuation des discriminations racistes. Il faut déconstruire le discours de ces responsables politiques et des médias dominants qui omettent totalement d’expliquer que les tueries ont des causes sociales et politiques, eux qui ont encouragés le repli communautariste. Il faut aussi en finir avec ces guerres suicidaires menées sous l’égide de l’OTAN, dix ans d’interventions incohérentes au Moyen-Orient ont enfanté et nourri l’EI.

Ceux qui comme Sarkozy appellent à un Patriot Act à la française et qui osent parler d’une « guerre de civilisation », ils se heurtent de front aux principes qui ont animé la réaction citoyenne ; car on a bien vu que c’est en utilisant la liberté d’expression et de manifestation que quatre millions de personnes ont pu défiler et se mobiliser sans un seul incident. Ces rassemblements rejettent le prétendu choc des civilisations.

Cela trace la voie à suivre. Relisez lentement chacune des phrases de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ; vous y trouverez la ressource pour vous opposer à tant de mesures réactionnaires actuelles et à promouvoir tant de mesures progressistes mais cette fois-ci non pas au nom d’une fraction contre une autre mais au nom du bien commun, de l’intérêt général, de la res publica ! Car c’est ainsi que nous trouvons le chemin du cœur et de la raison de la grande majorité de nos concitoyens. Cela ne fera pas disparaître conflits et oppositions ; la disputatio de Cicéron ou le « tumulte » pour Machiavel sont partie prenante de la démocratie. Elles lui sont intrinsèquement nécessaires. Et à nous de trouver le cadre républicain qui permet de les résoudre en s’appuyant sur la volonté générale.

La marée citoyenne du dimanche 11 janvier 2015 peut être la réponse au drame ouvert le 11 septembre 2001. Outre la refondation principielle qu’elle engage, elle montre la force et les ressources du peuple républicain lorsqu’il se rassemble sur ses principes fondateurs. Le souvenir de cette force rassemblée va rester dans les consciences ; le peuple trouvera son chemin pour donner vie à ce qui est contenu dans le préambule de notre constitution : la république véritablement démocratique, laïque et sociale.

René REVOL

 NB : pour voir la conférence « Laïcité et Paix civile » de Jean -Luc Mélenchon du 12 janvier 2015 cliquez ici .

 

 

Où va la France ? La dérive des continents sociaux s’accélère.

Note du 24 avril 2013

Un mot d’abord avant de développer les sujets principaux de cette note : un adolescent de 16 ans et ses potes que je connais un peu me disent être tombés sur ce blog et de certes avoir vite survolé les textes (qui manifestement ne les ont pas passionnés !!) mais par contre d’avoir été scotché par les aphorismes de René Char que je mets en exergue. Je suis heureux que ces jeunes aient pu rentrer dans ce blog par cette porte. N’hésitez pas à faire comme eux en cliquant sur l’onglet « aphorismes ». Je leur dédie l’aphorisme que j’ai choisi pour ce jour ; il leur va à merveille.   

Dans cette note je m’essaye à une appréciation générale de l’évolution économique et sociale de notre pays et de sa politique, mais aussi et surtout une analyse du début de la crise du régime politique actuel, de l’évolution des rapports de force sociaux, de la radicalisation à gauche comme à droite et de son mécanisme interne, de l’importance de cette appréciation théorique dans la définition de notre stratégie et de notre expression au PG et je dis aussi un mot sur les « outrances » et ce qu’il faut en penser. Et comme cette note est un peu longue je commence par vous faire un petit cadeau.   

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Ci-dessus il s’agit de la bannière que les paysans vignerons de mon village Grabels ont brandi dans les grandes manifestations de de la révolte viticole de 1907. Le texte est en occitan et signifie :

« Vous arrosez d’eau le pays 
Vous arrosez d’or vos amis
Nous vous balaierons tous,
Fraudeurs, arroseurs et arrosés. »

Cette affiche a été retrouvée en 2010 (ainsi que celle de 1963 reprennat le même texte mais traduit en Français lors d’une autre grande manifestation viticole), elle a été restaurée par un artiste local et est désormais exposée dans la salle du Conseil Municipal. Et lors d’un récent mariage lorsque les invités m’ont demandé de leur traduire le texte un moment magique s’est produit : ils ont tous applaudi ! Comme quoi la perspective d’un grand « coup de balai » est toujours d’actualité et correspond aux attentes populaires. En 1907 les négociants avides de profit coupaient le vin avec l’eau pour s’enrichir et appauvrir les vignerons ; en 2013 ils fraudent le fisc. Ces braves gens dans ce mariage n’ont pas eu besoin de discours pour faire le lien.
Et je vous fais un deuxième cadeau, si vous allez lire la nouvelle constitution équatorienne qui prône la révolution citoyenne, vous trouverez la formule suivante en quechua, qui est d’actualité :

« AMA QUILLA, AMA LLULLA, AMA SHUA »
« No ser ocioso, no mentir, no robar »
« Ne pas être désœuvré, ne pas mentir, ne pas voler »

J’utilise  l’expression dans mon titre de « dérive des continents » tirée de la tectonique des plaques parce qu’elle me paraît adaptée à ce qui est entrain de se passer dans notre société, étant entendu que la dérive des continents physique est à un bout à l’échelle de la lenteur et que la dérive des continents sociaux peut s’accélérer vivement.  Une société est un complexe aggloméré et sédimenté, fait de groupes sociaux aux intérêts divergents et contradictoires, structuré par des institutions politiques et sociales qui encadrent des rapports sociaux en mouvement, mais une société c’est aussi des représentations collectives du monde et de l’homme qui font les consciences individuelles. Cet ensemble d’objectivité et de subjectivité, qui interagissent les unes sur les autres, évolue parfois lentement et parfois s’accélère. De plus les niveaux différents du complexe social n’évoluent pas au même rythme provoquant d’incessants décalages ; et dans la différence des rythmes ce sont souvent les représentations subjectives, les croyances et les sentiments comme les systèmes d’idées,  qui évoluent le plus lentement, ce qui débouche souvent sur la stupeur que provoque le choc de la réalité brutale sur une conscience qui découvre soudainement la réalité. Or justement j’ai le sentiment si ce n’est la certitude que nous assistons en ce moment à une accélération de l’évolution du complexe social global. Plusieurs phénomènes se superposent en même temps. La situation économique et sociale où la récession mortifère du Sud européen commence à faire effet dans notre pays, la remise ne cause de la base même de l’autorité politique que manifeste la perte phénoménale de confiance  exprimée dans l’extraordinaire affaire Cahuzac, tout cela débouchant sur une polarisation politique grandissante traversant tout le corps social comme en témoigne d’un côté la détermination et la colère dans les luttes ouvrières et de l’autre la radicalisation à droite contre le mariage pour tous. Prenons rapidement chacun de ces points.

La situation économique : Arrive la catastrophe annoncée.

Pour traiter ce point je vous reproduis ci après un extrait de la réponse que j’ai apporté à un groupe d’anciens étudiants qui m’interrogeaient fin février. En cette fin d’avril on peut en garder tous les termes.

« J’enrage ! » est l’expression utilisée par John Maynard KEYNES dans une lettre de 1931 à son collègue Robertson. Ce qui le mettait en fureur c’était la politique suivie par les grandes puissances de l’époque face à la crise économique qui frappait les économies capitalistes depuis le déclenchement de la grande dépression en octobre 1929. Aux Etats-Unis le président Hoover prônait l’austérité budgétaire ajoutant de la crise à la crise et il faudra attendre 1932 pour que la donne change avec l’arrivée de Rooseveltqui après avoir poursuivi quelques mois la même politique comprit vite qu’il fallait changer radicalement d’orientation ; en Angleterre on baigne encore dans le conservatisme financier dont Baldwin fut le héros comme premier ministre (avec son chancelier de l’échiquier un certain Winston Churchill dont la politique d’austérité des années 20 fut une des causes majeures de la misère ouvrière anglaise des années suivantes – cela est trop souvent oublié quand on fait l’éloge de ce personnage) en espérant qu’un taux de change fort de la livre sterling et des taux d’intérêt élevés valorisent le capital, ce qui a bien sûr produit un accroissement du déclin industriel britannique (avant qu’au cours de l’année 1931 le nouveau premier ministre Ramsey Mac Donald ne se résolve à une salutaire dévaluation) ; en France on vit encore sous la doctrine monétariste que Poincaré avait imposé en 1926 et on croit pouvoir échapper à l’effet de la crise mondiale; enfin en Allemagne le Président de la République de Weimar le vieux  Hindenburg appelle au pouvoir des politiciens de centre droit qui imposent une cure d’austérité budgétaire drastique aggravant la récession et faisant ainsi le lit de Hitler, qu’ils n’hésiteront pas à mettre légalement au pouvoir en janvier 1933 (bien que les nazis n’aient que 31% des voix aux dernières élections). Donc en 1931 Keynes voit bien les conséquences dramatiques des politiques d’austérité pratiquées simultanément dans tous les pays en même temps ne pouvant provoquer que la chute de la demande interne (investissement et consommation) et externe (exportations) ; il voit bien que la première conséquence de cette politique c’est l’aggravation de la misère et du chômage répandant le désespoir dans les populations ; et il voit aussi  que la conséquence suivante sera la ruine des démocraties libérales occidentales (qu’il avait d’ailleurs anticipé dans un texte prémonitoire en 1919aprés avoir claqué la porte des négociations du traité de Versailles dont il était un des experts britanniques). Bref vous l’avez compris. En ce moment je ne vous parle pas des années 30 mais bien de ce qui se passe aujourd’hu, en tenant compte des différences de situationi. Car on est de plus en plus nombreux à enrager contre la politique actuelle des dirigeants européens. Les résultats économiques de l’année 2012 sont exactement ce que nous avions prévu : une catastrophe pour la zone Euro qui voit son PIB baisser au 4ème trimestre ( de – 0.6% ce qui amplifie ce qui avait été constaté déjà au 3ème trimestre où la zone Euro avait été officiellement déclaré en récession). Non seulement parce que les petits « pays du sud » continuent de s’effondrer : Grèce (dont le processus de sous développement est d’une rapidité et d’une violence inouie), Chypre, Portugal, suivis maintenant par les « gros » du Sud (recul massif de l’Espagne et plus modéré de l’Italie) mais maintenant la récession a atteint des pays du Nord et non des moindres : l’Allemagne vient d’avoir un recul de -0.6% au 4ème trimestre soit une moyenne annuelle de 0.7% (après une année 2011 à 3% …et souvenez vous des commentaires de l’époque !). Et la France qui suit sous Hollande la même orientation économique générale que sous Sarkozy est entraînée dans cette spirale récessive : le gouvernement Ayrault avait construit son budget 2013 sur une hypothèse de croissance de 1.3% puis au vu des premiers résultats macroéconomiques l’avaient modifié en novembre en se basant sur une hypothèse de 0.8% ; le budget a été adopté sur cette base et Ayrault vient de reconnaître qu’il n’en sera rien et que la croissance sera au mieux de 0,1% ! [ En cette fin avril cette hypothèse n’est plus reprise par aucun expert car ils tablent tous sur une croissance négative en 2013] Et bien sûr le déficit limité à 3% ne sera pas respecté puisque la chute de la croissance entraîne inexorablement la chute des recettes fiscales. Et que croyez vous qu’ils concluent après six mois d’erreur et de myopie ? Et bien on ne change rien et on nous annonce encore des hausses d’impôt et des  économies dans les dépenses publiques qui auront le même effet que les économies précédentes : elles feront baisser la demande publique et privée et donc la croissance, et donc les recettes de l’Etat …ce qui aura pour effet d’augmenter le déficit de l’Etta que ces mesures étaient censées combler. Sommet européen début février : que décide t on ? De réduire le budget européen (dont la scandaleuse réduction de l’aide alimentaire alors que la fréquentation des « soupes populaires » – comme on disait dans les années 30 – a doublé en un an) ; et Hollande ose appeler cela un bon compromis. Et le G20 qui vient de se tenir confirme la priorité à la rigueur budgétaire.  

Je ne change rien à cette analyse faite en février et largement confirmée dans ces deux mois et j’enrage tout autant. J’enrage parce que je constate tous les jours les dégâts de cette politique sur des populations de plus en plus nombreuses : CDD non renouvelé, intérimaire qui restent à la maison, jeunes qui restent dans la file d’attente du chômage, de plus en plus de fin de droits, retour humiliant chez les parents entre 30 et 40 ans, désespoir des chômeurs en fin de droits, les épiceries sociales qui explosent sous la demande comme je le vois pour celle de mon village….Que faut-il faire pour qu’on comprenne enfin que derrière ces mots abstraits de « récession » ou « austérité » ou « baisse des dépenses publiques »…il y a des drames humains, des parcours de vies qui se jouent !

Certains pensent s’en sortir en nous disant qu’au moins cette politique de rigueur a convaincu les marchés (financiers bien sûr) de la crédibilité des Etats et que donc les taux obligataires ont baissé et restent très bas, ce qui permettrait d’alléger le poids de la dette publique. Il est vrai que les taux sont bas mais les banques ne prêtent pas pour autant. Au lieu de jouer sur le prix du crédit, les banques jouent sur le rationnement du crédit en ne prêtant qu’aux Etats, collectivités ou entreprises les plus sûrs. Car la conjonction de toutes ces politiques d’austérité nourrissant la récession a plombé la confiance de tous les acteurs économiques qui se sont réfugiés dans des attitudes de retrait : les entreprises reportent leurs investissements tant qu’elles ne sont pas sûres de vendre plus, les ménages qui le peuvent épargnent inquiets d’un avenir en berne, et c’est dans ce contexte que les Etats décident de dépenser moins. Bref par tous les bouts qu’on prenne le problème le cercle vicieux poursuit son cheminement infernal.

Plus qu’une crise gouvernementale, une crise du régime politique

L’affaire Cahuzac a déclenché quelque chose d’irrémédiable dans les profondeurs de la société. La symbolique est énorme : celui là même qui était chargé de lutter contre la fraude fiscale se révèle être un fraudeur ; le ministre du budget qui met en place l’austérité pour tous ne se l’applique pas à lui-même. Puis se révèle au grand jour l’entre soi et les connivences d’un monde privilégié gangréné par l’argent, monde dans lequel les frontières politiques s’effacent au point de montrer qu’un dirigeant socialiste et ministre est resté ami avec des affairistes d’extrême droite tout çà étant connu de Madame Le Pen. Le soupçon se répand sur tous les ministres et le Président lui-même notamment à travers les révélations sur son trésorier de campagne. Le bon peuple se dit : « Si l’un a trempé pourquoi pas les autres ? Si l’un a menti pourquoi croire les autres ? » Ce sentiment est ravageur et les dénégations, les démonstrations d’honnêteté ou les publications de patrimoine n’y changeront rien. C’est le fondement même de l’autorité politique qui est atteint. Max Weber a bien montré que toute domination politique est basée sur deux piliers indissociables l’un de l’autre : d’une part le monopole de la violence qui fonde la puissance de l’Etat en dernier ressort ; mais aussi d’autre part la légitimité de ce monopole de la force qui elle se base sur le consentement du peuple à l’autorité. Voltaire avait fait remarquer déjà qu’on ne pouvait pas mettre un gendarme derrière chaque citoyen et que l’obéissance des peuples était le principal fondement du pouvoir politique. Et lorsque cette obéissance disparaît le seul monopole de la force physique ne durera pas  – même si dans l’intervalle cela peut faire beaucoup de dégâts. Weber, Elias et d’autres ont souligné que deux monopoles fondent l’Etat : le monopole des armes et le monopole fiscal. Le fait que le scandale concerne le responsable gouvernemental de lever l’impôt a naturellement plus de conséquences car cela porte atteinte au consentement à l’impôt chez les citoyens ce qui est une des bases les plus importantes de l’Etat moderne.

L’affaire Cahuzac fait franchir une étape décisive à la situation du pays : nous étions dans une crise économique et sociale ou pour être plus précis dans cette crise économique et sociale la politique d’austérité suivie par ce gouvernement dans la continuité du précédent était fortement remise en cause et n’était plus acceptée par la majorité de nos concitoyens. Il l’avait manifesté en chassant Sarkozy.  Le sentiment a grandi mois après mois que Hollande les trompait en reprenant la même politique à quelques changements cosmétiques prés. Cela s’est imposé dans les esprits depuis la fin 2012 et la diversion militaire du Mali n’a eu d’effet qu’une ou deux semaines ; toutes les enquêtes d’opinion ont montré dés janvier un refus majoritaire dans le pays de cette politique d’austérité. A ce sujet le retournement de certains commentateurs est assez drôle et significatif du changement d’état d’esprit dans le pays. Il faut les voir en ce moment s’amuser des erreurs de calculs soit du FMI il y a deux mois, soit d’éminents économistes récemment. Bref le rejet de la politique d’austérité atteint des cercles de plus en plus larges.  Mais l’affaire Cahuzac nous fait franchir un degré dans la crise : nous passons d’une crise de la politique gouvernementale à une crise même de la domination politique ; la pourriture du système est visible et le peuple voit au grand jour que les institutions politiques sont totalement pénétrées par l’argent roi. Cette défiance généralisée rend possible non pas seulement une crise gouvernementale mais une véritable crise de régime, une crise du régime politique qui nous gouverne. Il ne suffira pas de changer de gouvernement. C’est cela qui est à l’œuvre sous nos yeux. Ces analyses nous les poussons quotidiennement au Parti de Gauche pour pouvoir au mieux mener  notre action et on mesure l’importance de ces débats théoriques sur la situation  à travers l’évolution des prises de position de notre principal porte parole Jean-Luc Mélenchon. En janvier en lançant la campagne du Front de gauche contre l’austérité et pour une politique alternative, Mélenchon posait avec juste raison la question d’une alternative gouvernementale à gauche par une nouvelle alliance du front de gauche avec les écologistes et les socialistes qui refusent la politique d’austérité. Cette perspective gouvernementale était en phase avec le refus croissant de la politique d’austérité dans le pays qui mettait le gouvernement dans une impasse. Après l’épisode chypriote (qui a montré que les dirigeants des institutions européennes à commencer par la BCE se souciaient comme de leur dernière chemise de respecter la démocratie d’un pays voire même les propres règlements européens et qu’ils n’hésitent pas à utiliser une violence monétaire absolue pour contraindre un pays) et après l’affaire Cahuzac et le commencement d’une paralysie et d’une crise de régime, nous continuons certes à défendre une alternative gouvernementale à gauche mais il faut aller plus loin. Il faut offrir une perspective systémique et donc une réponse cohérente et saisissable par tous à la crise du régime politique de la Vème République. Aussi quand Mélenchon un vendredi matin à France Info lance l’appel à une grande marche nationale le 5 mai pour la 6ème république ce n’est pas une lubie passagère ou une initiative « personnelle » (comme le croient les médias) mais le fruit d’une analyse mûrie de la situation du pays et de son évolution. Le succès de cette initiative à la base, son caractère unitaire bien au delà du seul Front de gauche, prouve la pertinence de l’analyse de la situation. Mais en même temsp elle pèse sur la situation objective elle-même et contribue à la modifier en ouvrant une issue possible.

Le nombre, la force et la confiance.

Donner force et confiance dans l’action collective à la masse des salariés, chômeurs, retraités et jeunes qui subissent aujourd’hui.  En prenant l’initiative du 5 mai nous visons à donner les moyens au nombre de trouver sa force en se rassemblant sur une vraie perspective politique. Nous l’avons vu lors du meeting de Montpellier le 11 avril avec Mélenchon et les autres représentants nationaux du Front de gauche. Nous n’avions qu’une salle de 1000 places. Très vite bondée avant l’heure du meeting, la salle voisine identique s’est remplie face aux écrans géants puis la rue s’est remplie pour s’agglutiner autour des sonos…3000 présents avec les salariés de boites menacées, les postiers, les chercheurs licenciés… et surtout cette masse de jeunes avides de sens et d’action pour un monde meilleur. Les participants ont trouvé dans ce rassemblement des raisons et des sentiments de résistance et de force qui irriguent autour d’eux depuis. C’est ce qu’on verra le 5 mai à grande échelle et j’invite tout un chacun à ne pas manquer ce rendez vous. Car il ouvrira un printemps social et politique sans précédent et cette conviction je la tire de l’analyse du mouvement des forces en présence.

La radicalisation à droite et la crise des classes moyenne

Ce qui se passe dans la mobilisation réactionnaire contre le mariage pour tous est aussi très significatif. Le petit bourgeois catholique est saisi d’effroi devant la crise générale de notre société et croit trouver dans le culte de la famille « naturelle » un refuge face au monde. Depuis toujours certes entre la pensée réactionnaire et la pensée progressisteune divergence théorique les oppose : du côté progressiste l’égalité des droits passe avant les inégalités naturelles alors que pour les réactionnaires les inégalités sociales trouvent leur source dans les différences de la nature. Relisez les débats philosophiques des Lumières ou encore le débat entre Condorcet et ses adversaires sur le droit de vote des femmes, tout y est. Ce qui est intéressant actuellement dans la mobilisation réactionnaire contre le droit au mariage et à l’adoption pour les homosexuels c’est cette mobilisation de l’argument « naturaliste ».  Laissons le folklore d’un mouvement qui se partage entre une folle qui se fait prénommer Frigide et une illuminée qui s’appelle « Bourges » (çà ne s’invente pas !) le plus important est ce que signifie cette mobilisation : la petite bourgeoisie, qui constitue la clientèle traditionnelle de la droite, se radicalise sous l’effet à la fois de la crise économique qui les menace de déclassement et aussi par la le vide ouvert par la crise de l’autorité politique (y compris à la tête de l’UMP). N’oublions pas que l’Eglise et ses différentes organisations satellites constituent une vaste organisation de masse qui structure le pays (même s’il ne faut pas négliger qu’elle est traversée par des forces divergentes). Ce réseau social est secoué en profondeur par cette mobilisation où ce petit peuple réac ne fait pas que de la politique mais croit défendre une identité anthropologique. L’UMP et même le FN ne maîtrisent rien. Ceci dit ne sur estimons pas à cette étape la puissance de ce mouvement réactionnaire. Si le salariat et la résistance sociale à l’austérité et l’alternative à gauche se met en mouvement sa puissance actuelle paraîtra alors bien pâle. Entre la radicalisation réactionnaire et la mobilisation progressiste la course de vitesse est désormais engagée et cela va accélérer la « dérive des continents sociaux » dont je parlais au début de cette note. Une chose est certaine : dans cette tenaille, l’air se raréfie pour Hollande et la crise interne au PS et à EELV va grandir et nourrir ainsi notre action.

« Outrances ! Vous avez dit  outrances ?»

Dans ce contexte une des armes de l’adversaire est de diaboliser Mélenchon. Ah les « outrances » langagières de Mélenchon c’est devenu le mois dernier la ritournelle des puissants qui dirigent les médias. Que cela influence quelques esprits qui ne vérifient jamais les sources ou qui n’ont pas le temps de le faire, ce n’est que très classique. Je suis cependant resté attentif à ceux qui parmi des gens proches reprenaient cet argument. Si ceux-ci avaient la patience et l’honnêteté de vérifier je leur ai fait chercher le verbatim exact de ce qu’ils avaient cru entendre comme « outrance » et à chaque fois ils ont pu reconnaître qu’ils avaient été victimes du bruit médiatique il en va ainsi de « populisme » « langue de la finance internationale » « purifier l’air »….le comble c’est quand on fait comparer le comportement journalistique face à Mélenchon et celui tout miel avec la mère Le Pen. Bref parmi les notres l’effet de cette campagne est faible car ceux-ci se méfient de la propagande dominante et demandent à vérifier de prés quand ils ont un doute. Mais ces mouvements d’humeur dans un sens puis dans un autre vis à vis de Mélenchon dans les couches intellectuelles des classes moyennes est un signe de la nervosité que crée la situation d’affaissement de la gauche gouvernementale. Un public a voté Hollande et devant l’échec annoncé espère qu’il se reprenne voire en utilisant la pression du Front de gauche ; de bons amis à moi partagent cette vision mais c’est une pure illusion. Hollande ne se reprendra pas par un effort de la raison. Ou pour être précis il est inefficace et inutile « d’attendre » qu’il se reprenne. La marche à l’abîme est en route pour le social libéralisme et je comprends que cela horrifie ceux qui aimeraient en faire l’économie et préfère une évolution calme et tranquille à des bouleversements. Mais on n’en fera pas l’économie. La rage subite de certains à gauche contre Jean Luc n’est que l’expression d’une impuissance et d’une panique. Ne vous énervez pas contre eux. Faites comme moi : écouter, parler, convaincre en les entrainant dans l’action. Par exemple envoyer leur ces deux vidéos et dites leur d’avoir la patience de les suivre et de nous dire avec quoi ils ne sont pas d’accord. Vous verrez cela permet de parler du fond.

D’ailleurs la diabolisation est en train de perdre du souffle car y compris du point de vue des dominants ils s’aperçoivent qu’en diabolisant Mélenchon  en même temps qu’ils intègrent le Pen au jeu ils ne font que faire de Mélenchon et donc du Front de gauche le recours face à la crise du système.

Alors, amis, camarades, citoyens, gardez confiance dans votre force collective.

Mettez votre énergie et votre intelligence au service de l’action émancipatrice.

La France est à un tournant.

 Que vous soyez jeune ou vieux, c’est le moment d’avoir vingt ans dans vos têtes !

Pour l’humain d’abord contre la finance et l’austérité

Pour la 6 ème République

Rendez vous le 5 mai à Paris à la Bastille à partir de 13h30 !      

René Revol.

Emeutes urbaines anglaises, quartiers populaires en France, Mélenchon, laïcité et révolution citoyenne

Note du 15 août 2011

Emeutes urbaines en Angleterre. Ceux qui croyaient que l’été serait calme en sont pour leur frais ; avant de revenir dans une note prochaine sur la crise économique je voudrais vous parler des quartiers populaires. Les émeutes urbaines qui ont explosé début août dans les quartiers des grandes villes anglaises nous rappellent la situation d’urgence qui règne dans les milieux populaires dans les grands pays européens et que leur lieu d’habitat et de vie est devenu un des lieux majeurs de l’expression du ras le bol.

Il était dur de se faire une idée précise en lisant la presse française mais si on prenait le temps de consulter la presse anglaise on peut noter de grandes caractéristiques : 1) Contrairement à ce qui a été écrit dans certains journaux français, les émeutes n’ont quasiment aucun caractère ethnique ni de rivalités interethniques comme cela avait pu être le cas autrefois ; il suffit de voir le défilé des comparutions immédiates devant les tribunaux pour constater la diversité des jeunes et des moins jeunes qui ont participé (ou sont accusés d’avoir participé) à des violences ou à des vols; 2) le gouvernement anglais ne sort que l’arsenal répressif (avec la mise en scène d’une délation à grande échelle qui vous donne la nausée) et se refuse à faire le lien avec la situation sociale, et contribue par là même à accentuer le fossé social grandissant entre la minorité de plus en plus riche et la majorité populaire ; 3) A la différence de la France de l’automne 2005 les pillages de magasins ont joué un rôle essentiel plus que les autodestructions de bâtiments dans les quartiers concernés, ne serait ce que parce que l’habitat social est plus diffus en Angleterre et aussi aux dires des émeutiers eux-mêmes ils ne voulaient pas rater l’occasion de « prendre ce qui leur manque » (The Guardian du 10 août). 4) la très grande majorité des analystes anglais soulignent que cette explosion trouve sa source dans l’appauvrissement massif des milieux populaires et notamment suite aux baisses drastiques de tous les budgets sociaux. Significatif aussi que le paradoxe du Gouvernement Cameron qui appelle à la mobilisation policière tout azimut et qui en même temps supprime massivement des postes de policiers, ouvrant une vraie crise de confiance avec sa propre police. Je voudrais aussi noter une remarque pertinente faite par un journaliste anglais dont j’ai oublié ici la référence : il faisait remarquer qu’il fallait cesser de parler de banlieues difficiles et marginalisées (comme en France on parle de « zones sensibles ») car c’est la majorité de la population qui est désormais concernée par les difficultés sociales et il notait que les jeunes qui ont participé à ces émeutes viennent de milieux différents participant aux différentes composantes des classes populaires, et de faire le lien avec la puissante révolte l’an dernier des étudiants anglais contre le renchérissement massif des droits d’inscription à l’Université. Enfin notons le silence des travaillistes qui ne l’oublions pas sont aussi à l’origine de ces émeutes par les politiques néolibérales précédentes et l’absence d’alternative politique qui ne peut que nourrir l’impasse de la violence émeutière.

L’actualité des quartiers populaires en France. Mais cela peut aussi nous permettre de faire le point sur la situation des quartiers populaires français vite retombés dans le silence médiatique après 2005. Or pour les citoyens et militants engagés il y a urgence dans les quartiers populaires. Début juillet, la visite de Jean-Luc MELENCHON, candidat du Front de gauche aux élections présidentielles, dans le quartier populaire de La Paillade à Montpellier, a donné lieu à une petite médiatisation qui a permis de soulever ces questions trop souvent délaissées dans le débat public. Cette visite était significative à plus d’un titre. D’abord parce que dans ce quartier le Front de gauche a présenté aux élections cantonales un candidat citoyen, Mohamed BOUKLIT, (avec Danièle LEDUDAL, de la Gauche Unitaire comme suppléante, et moi-même, responsable régional du Parti de Gauche, comme président du comité de soutien) dont le résultat a surpris : avec 22 % au premier tour, éliminant le FN et la droite pour la première fois, 35% au second tour avec une participation en hausse, face au président socialiste du Conseil Général. Ensuite, parce que s’est constitué sur ce quartier un mouvement politique, social et civique original avec la formation du « Front de gauche des Quartiers Populaires » (FGQP) ; ce FGQP a tenu des assises locales en juin, établissant une première ébauche d’une charte revendicative des attentes des quartiers populaires de Montpellier, lançant un appel à des assises nationales des quartiers populaires pour l’automne. Enfin parce que par cette visite (la deuxième visite de terrain après sa désignation suite à celle des ouvriers de FRALIB à Marseille), Jean-Luc MELENCHON décidait de placer les quartiers populaires au centre de sa campagne.

Cécité médiatique et obsession communautaire. Une telle initiative aurait du susciter l’intérêt des médias pour les questions socialement vives soulevées. Comment expliquer que le plus gros chantier des dix dernières années réalisé par le Conseil général sur le territoire du quartier n’ait embauché aucun habitant du quartier ? Comment expliquer qu’un quartier de 40 000 habitants ne dispose que d’une seule crèche de 40 places – les mamans étant renvoyées à l’argument scandaleux que « dans leur communauté les femmes ne travaillent pas » ? Comment expliquer le clientélisme dominant dans l’attribution de certains logements sociaux laissant la majorité des habitants dans le mal logement chez les marchands de sommeil du parc privé ? Comment expliquer les discriminations systématiques à l’embauche, par exemple pour tous ces diplômés de l’enseignement supérieur si nombreux dans la jeunesse pleine d’énergie de ce quartier ? Pourquoi les initiatives associatives et citoyennes sont systématiquement rejetées si elles ne sont pas contrôlées par les autorités ? Pourquoi aucun établissement scolaire du quartier n’a été rénové ? Comment garantir la tranquillité de vie de nos concitoyens quand la police de proximité a été totalement supprimée ? Comment se fait il que générations après générations les énergies citoyennes nouvelles soient découragées ? Comment expliquer les 80 % d’abstentions sauf quand une candidature les concerne et donc les mobilise ? Il ne manquait pas questions pour travailler à une enquête approfondie sur les raisons sociales profondes qui ont fait le succès de la candidature de Mohamed Bouklit et du Front de gauche des Quartiers populaires. Je connais même des étudiants en journalisme qui ont commencé ce travail passionnant.

Mais dans la presse pas un mot, à commencer par la presse locale. En effet celle-ci a voulu mettre le projecteur sur la question communautaire et religieuse, qui pourtant n’a été posée à aucun moment dans cette campagne. Dés le mois de mars est sorti comme par enchantement le fameux SMS appelant à voter pour notre « frère musulman » ; ce soit disant SMS a été cité par certains responsables socialistes puis reproduit par le quotidien régional, repris par un journaliste dans Marianne puis enfin à nouveau cité récemment dans un article de Médiapart. Dés que ce « SMS » a été cité nous avons demandé qu’il nous soit communiqué et de ne le reproduire que si les auteurs étaient identifiés. Ce qui fut la démarche de journalistes scrupuleux qui, n’ayant pu obtenir cette source, ne l’ont pas reproduit. A qui profitait un tel SMS ? Il est facile de le deviner. J’ai interrogé directement ceux qui ont publié ce SMS qui se sont gardés d’apporter une réponse… Aussi quelle ne fut pas ma surprise de voir un jeune journaliste de Médiapart, susceptible d’avoir une certaine rigueur journalistique, nous fournir à nouveau le copié collé de ce SMS sans vérifier ses sources…. l’inexpérience sans doute !

La force de la laïcité. Mais derrière il ya la question de fond du communautarisme et de la laïcité, d’aucuns voulant opposer le « laïcard » Mélenchon (pour reprendre le titre très orienté de l’article de Médiapart) et le communautarisme qui serait dans la nature des quartiers populaires. Une telle présentation n’exprime pas qu’une paresse de la pensée ; elle structure une représentation à la fois du Front de gauche et de son candidat comme de l’évolution des quartiers populaires, analyse qui est complètement fausse. Rappelons qu’une première génération s’est levée dans les années 80 avec la marche pour l’égalité dont les contours étaient parfaitement laïques et que cette génération s’est sentie trahie par ceux qui ont conquis des places dans l’establishment de gauche comme de droite, sans faire reculer la discrimination dont était victime les jeunes et les habitants de leurs quartiers. La génération suivante a grandi entre la première affaire du foulard en 1991 jusqu’à l’instrumentalisation du 11 septembre 2001 dans le cadre de la théorie du « choc des civilisations » qui a servi de fond culturel du discours dominant, sous toutes ses facettes. Tout le système a voulu jeter cette génération dans les bras du fondamentalisme religieux, une minorité de « bien-élevés » étant intégrés au système (à droite comme à gauche) pour servir de faire valoir. A Montpellier la stratégie de Frêche était le paroxysme de cette orientation en multipliant les provocations contre les musulmans en tant que tels tout en achetant tel ou tel « représentant communautaire ».

Or cette génération a majoritairement refusé cette dérive communautaire et a cherché à résister à ce glissement vers un discours politico-religieux. Tout s’est noué autour de la crise de l’automne 2005 où il est clairement apparu à ces jeunes hommes et à ces jeunes femmes que la question sociale (sous toutes ses formes : emploi, chômage, ghettoïsation, logements, droits… ) était la question centrale à laquelle il ne pouvait être apportée qu’une réponse politique et sociale, et non religieuse. Et ils ont fait mouvement vers des investissements associatifs et citoyens en 2006 et 2007. Ce travail de terrain par exemple pour l’inscription sur les listes électorales ou pour définir des droits nouveaux du citoyen dans les quartiers a été considérable. On en a souvent retenu que le vote pour Ségolène Royal en 2007 mais il a vite été compris par ces acteurs de terrain que ce vote n’était qu’un vote par défaut puisqu’ils n’avaient pas été associés à la sélection du candidat pour les représenter. Vivant dans le tissu associatif et éducatif du quartier de la Paillade depuis 1993, quartier limitrophe de ma commune et où moi-même comme mes amis ou mes enfants avons beaucoup de liens et d’engagements, j’ai observé de prés cette évolution sociale et politique. Or c’est dans cette dernière période qu’a grandi la conscience que l’engagement associatif ne pouvait suffire ; qu’il fallait investir le champ politique si on ne voulait pas à nouveau être trompé, si on voulait que se construise une authentique représentation populaire.

La question que je me pose : comment se fait-il que des analystes, par ailleurs cultivés et perspicaces, ne comprennent rien à cette évolution politique majeure, ânonnent de vieux préjugés qu’auraient dû balayer entre autres l’immense processus de la révolution arabe ? Dés lors qu’on fréquente et vit dans ce quartier on voit une nouvelle France dont les énergies cherchent à se mettre en mouvement. Il est consternant que des esprits soi-disant éclairés substituent la question religieuse à la question sociale. Ainsi est sans cesse rappelé que le candidat des cantonales de 2011, étudiant en 2000, fut candidat au CROUS à Montpellier sur une liste d’étudiants « musulmans » ? Et alors ? Faut-il lui refusé le crédit d’avoir depuis évolué, au contact des milieux associatifs et altermondialistes ? Faudrait-il renvoyer toute cette génération à une appartenance religieuse et ne pas chercher à partager avec elle la perspective d’une alternative politique et sociale? Pourquoi taire le discours républicain et laïque que Mohamed Bouklit tient depuis de longues années dans son quartier qui démontre un positionnement pour s’approprier la laïcité de la république comme une condition de l’émancipation ?

Il ne faut pas dès lors pas s’étonner que ce soit Mélenchon qui trouve le chemin des quartiers populaires et de ces citoyens engagés : toujours resté intransigeant sur la question laïque, il n’est pas de ceux qui les renvoient pas à leurs appartenances. Car la laïcité c’est avant tout l’affirmation que la croyance religieuse et philosophique est libre et appartient à la sphère privée de chacun ; elle sous-tend que ce qui nous rassemble dans la même cité politique, c’est l’intérêt général. Pour que chacun dispose de la liberté de conscience et de culte il ne peut être prôné par l’Etat ni religion officielle ni principe religieux ; la qualité de citoyen est acquise indépendamment de nos appartenances particulières. Or cette compréhension de la laïcité passe d’autant mieux dans les quartiers populaires qu’elle est la réponse à l’enfermement particulariste dans lequel on a cherché à enfermer les populations qui y vivent.

Des quartiers aux classes populaires. Je crois en fait qu’au delà d’une incompréhension de la laïcité il y a aussi une vraie cécité dans les élites politique, intellectuelles et médiatiques sur la France nouvelle qui se construit dans les milieux populaires. Certains se sont évertués pendant des années à nier le maintien d’une France populaire en prétextant que nous étions devenus une société d’individus et de classes moyennes. Dans cette vision du monde social il ya d’un côté la majorité des inclus et de l’autre une minorité d’exclus. Une vision du monde où les classes sociales ont disparu et où l’action collective qui en découle disparait avec elles, qu’on traite ces exclus par la stigmatisation ou par la charité. Cela a consisté à une vaste opération de « désenchantement » voire d’occultation de l’existence de la classe ouvrière, réduisant la question sociale à des problèmes sociaux, résumant l’essentiel de ces problèmes sociaux la relégation territoriale dans des banlieues désormais appelées dans la novlangue technocratique « les zones sensibles ». Des « zones sensibles » auxquelles on ajoute un marquage plus ou moins ethnique, des territoires de relégation devenant le lieu des nouvelles « classes dangereuses ». Fin de la classe ouvrière et relégation des exclus dans les quartiers sensibles devinrent les deux faces complémentaires d’un même discours.

Or toute cette construction intellectuelle a fait faillite, quand bien même elle demeure le credo d’une pensée indigente. Les classes populaires sont de retour. On découvre d’abord que les catégories socioprofessionnelles des ouvriers, en majorité des hommes, et des employés, en majorité des femmes (majoritairement compagnes ou épouses des premiers) constituent la majorité absolue de la population active. Si on prend toute la famille, on constate que c’est prés de 70% de la population qui vit dans un ménage dont l’un des actifs au moins est soit ouvrier soit employé. Certes ce n’est plus une classe populaire structurée par une majorité d’ouvriers d’industrie comme c’était encore le cas dans les années soixante. Les nouvelles classes populaires ont été modifiées par plusieurs phénomènes : d’une part par les modifications des structures productives avec la croissance de ce qu’on peut appeler le « prolétariat tertiaire » devenu majoritaire dans les classes populaires ; d’autre part ces classes populaires partagent l’expérience de la crise sociale et économique et les effets du libéralisme triomphant c’est-à-dire l’expérience du chômage à répétition, de la précarité généralisée, des salaires bloqués ou en baisse et de la baisse de toutes les protections sociales. Ces classes populaires se rendent compte de leur nouvelle unité de situation et sont à la recherche d’une nouvelle modalité d’expression de leurs attentes, lorsqu’elles ne cèdent pas au désespoir. Certes le lieu de travail peut redevenir un lieu de reconstitution politique et sociale des classes populaires. Certains l’ont d’ailleurs enterré un peu trop vite. L’entreprise, l’usine, l’établissement demeurent des lieux indéniables de reconnaissance et de mobilisation ; ce sont plutôt les branches professionnelles qui déclinent dans les mobilisations collectives. Ceci dit l’entreprise ne joue ce rôle que pour une minorité des classes populaires. La grande majorité est éclatée et cherche d’autres voies pour se rassembler et défendre ses intérêts. Le lieu d’habitat, ce fameux quartier populaire, constitue un cadre potentiel de reconnaissance et de mobilisation. Cette potentialité a pu être combattue par les puissants en jouant des rivalités communautaires et en nourrissant le racisme, qui depuis toujours est un formidable instrument de division au service de l’ordre établi. Mais l’expérience vécue a fait reculer cette arme de division et le sentiment de partager la même galère face à une richesse de plus en plus impudente prend racine. J’ai la conviction que le quartier populaire va être un lieu privilégié de l’insurrection civique qui vient. On voit donc que la question posée par le Front de Gauche des Quartiers Populaires va beaucoup plus loin et pose en fait la question des moyens que nous mettons au service de la révolution citoyenne. Avec la campagne présidentielle et législative qui commence de fait à cette rentrée, notre objectif n’est pas de faire une campagne comme une autre face aux électeurs ; la candidature de Mélenchon et des candidats du Front de gauche n’est pas une fin en soi ; c’est un moyen formidable de construction des instruments de la révolution citoyenne. Ce n’est pas une formule. Dans le contexte de crise majeure de civilisation que nous traversons, les peuples sont en mouvement ; la révolution citoyenne est inéluctable ; rien ni personne ne peut en prédire les formes et les cheminements. Par contre la responsabilité politique des militants et des citoyens engagés est de construire dans cette société mobilisée les instruments collectifs qui permettront de conduire cette révolution citoyenne à la victoire. La mobilisation dans les urnes sera un moment crucial de cette construction.

Un dernier mot pour dire ma joie de voir cet été 300 000 israéliens manifester dans Tel Aviv pour la justice sociale avec une banderole « faisons comme les Egyptiens »…cela a un certain rapport avec le contenu de cette note !

J’arrête là car je vois que j’abuse de mon clavier pour cette période de vacances ….à moins que l’actualité m’obligent d’y revenir plus vite que prévu.

Quelque part sur le littoral breton, le 15 août 2011….

Après la retraite, l’offensive !

Dans cette note je vous parle de mon départ en retraite, de la crise de la zone Euro et des perspectives de la rentrée.

RETRAITE . Voilà c’est fait : en septembre ce sera la première fois depuis 1971 que je ne ferai pas la rentrée des classes ! Le 12 juillet dernier j’ai fêté l’évènement à Grabels  avec prés de 200 de mes amis (sans compter tous les messages reçu de partout de ceux qui ne pouvaient pas se joindre à nous) ; j’ai été touché des marques d’amitié de tous ceux qui partagent les différents moments de ma vie professionnelle ou publique. Je les remercie ici personnellement n’ayant pas la possibilité et le temps de m’adresser à chacun d’entre eux. Mais ce qui m’a le plus touché c’est cette délégation d’étudiantes d’hypokhâgne qui ont fait le déplacement et dont la prise de parole fut un grand moment. Car il faut bien l’avouer ce que je regrette le plus ce sont les étudiants. Si je n’aurai aucun mal à me passer de la centaine de copies menssuelles, des formalismes et discussions quelque peu insipides des conseils de classe, des 300km hebdomadaires de voiture pour aller faire mes cours, par contre comment je vais faire pour me passer de ce contact permanent avec une jeunesse entre 17 et 20 ans. Il est de bon ton chez les adultes un peu politisés de se plaindre de la jeunesse et de son faible engagement…grosse erreur. Nul « jeunisme » dans ma remarque. Juste le constat que la jeunesse est le sismographe de la société et il faut savoir lire les signes qu’elle nous envoie. Vous trouverez dans une note précédente de ce blog une analyse de la jeunesse et de sa place dans la société. En tout cas pour moi, l’absence  de ce contact trente cinq semaines par an avec des jeunes en appétit de savoir et ouverts sur les enjeux sociaux et humains de ce monde, c’est indéniablement une perte dont je vais souffrir. Il faut se l’avouer en face. Je ne raterai aucune des occasions qui me permettront de les retrouver. Par ailleurs je n’abandonne pas les sciences sociales mais alors pas du tout. D’abord je monte une collection de bouquins de sciences humaines qui s’appelle « Rebonds » et dont je vous parlerai plus précisément début septembre. Le premier bouquin est de ma plume et parlera du capitalisme et je viens de l’envoyer à l’éditeur. Ensuite, je monte un cercle d’études avec des universitaires montpellierains qui mélangera étudiants et enseignants et toute personne qui voudra s’y joindre avec une séance mensuelle sur un thème important de sciences sociales avec la participation d’une personnalité ressource. Notre première séance est en octobre. Enfin, la montée en puissance du Parti de Gauche pousse des milliers d’adhérents vers la réflexion et la recherche sur la société pour éclairer leur action politique et je compte m’investir dans ce travail citoyen de formation.

Crise de la zone Euro.
Justement en ce moment il y a du boulot de formation à faire sur la crise de la zone euro. Je ne rentre pas ici dans le détail de l’analyse et des solutions alternatives. Vous trouverez dans ce blog des billets précédents qui en parlent et surtout le blog de Jean-Luc Mélenchon est remarquable sur ce thème. Donc juste un mot sur ce que je viens d’entendre à la radio sur les résultats du sommet européen du 21 juillet. Un journaliste ignorant vient de déclarer « L’Europe décide d’injecter 150 milliards d’Euros dans l’économie grecque. » C’est stupéfiant ! C’est zéro centime qui sont mis dans l’économie de ce pays mais c’est 150 milliards qu’on s’apprête à donner aux créanciers dela Grèce. Et en plus il ne s’agit que d’un fonds de garantie qui peut ne pas être entièrement mobilisé. En Grèce au contraire on ponctionne une bonne part de la richesse par des mesures d’austérité et de privatisations pour la donner aux banques notamment françaises. Donc le journaliste aurait du dire « L’Europe décide de prêter 150 milliards d’Euros àla Grèce pour qu’elle rembourse les grandes banques des pays riches qui lui ont prêté à des taux usuraires. Bref l’Europe a décidé de sauver les profits bancaires ! ». Ce qui me rassure c’est que le bon peuple s’en rend compte et se laisse de moins en moins berner. Dans les discussions avec les habitants de mon village c’est très sensible. Par contre on m’interroge beaucoup sur ce qui pourrait être fait à la place. De ce point de vue le Front de gauche a intérêt à formuler clairement ses propositions : rachat de la dette grecque et des pays en situation similaire par la banque Centrale Européenne au taux de 1% auquel elle prête aux banques privées (l’argent que celles ci avaient ensuite prêtées àla Grèce à plus de 10% !), mise en place d’un service public bancaire qui gère le financement des activités productives en se coupant de la spéculation financière, assumer le risque inflationniste qui peut en découler qui d’une part réduira le poids relatif de la dette sur les débiteurs et d’autre part sera compensé par une politique volontariste de ponction des plus riches et de redistribution sur la majorité de la population….. Je vois très bien ce que pourrait faire immédiatement un gouvernement du front de gauche, qui ne manque pas d’esprits fermes et éclairés pour mener une telle politique. Face au consensus mou des conservateurs, libéraux et sociaux démocrates à travers l’Europe qui consiste à capituler devant les diktats des puissances financières, doit s’affirmer une politique claire de rupture avec le système. J’aurai l’occasion de revenir sur ces points dans un prochain billet. Notamment en vous livrant une note de formation que je prépare pour mes amis du parti de gauche.

MELENCHON et révolution citoyenne : comment faire. 
Ce qui a changé dans le dernier mois c’est que le front de gauche est en campagne depuis que Jean-Luc Mélenchon a été désigné comme notre candidat commun. Ce qui a eu d’ailleurs pour effet d’élargir le Front de gauche avec la FASE et Clémentine AUTAIN et les dissidents du NPA avec Danièle OBONO, ces deux jeunes femmes nous apportant une richesse militante remarquable. A la rentrée notamment à la Fête de l’Humanité le programme partagé du Front de gauche sera définitivement présenté à tous et nos candidats aux législatives désignés. Un premier point décisif vient d’être acquis : la candidature de Mélenchon est la candidature unitaire de la vraie gauche et cela déclenche déjà un processus de rassemblement. Mais cela ne saurait suffire. Rassembler la gauche de gauche n’est pas en soi un but ; c’est un moyen. Le moyen de mettre en mouvement une mobilisation sociale et citoyenne qui renverse la table. C’est ce que nous appelons la révolution citoyenne. Si on ne veut pas que cela reste un simple slogan pour affiche de campagne il faut travailler à mettre en place les instruments de cette insurrection civique. C’est un de ses éléments que nous avons mis en place à la Paillade avec le Front de Gauche des Quartiers Populaires, que Mélenchon est venu rencontrer le 1er juillet dernier dans une ambiance de camaraderie et de fraternité populaire qui tranchait avec la bronca subie par Ségolène Royal deux semaines plus tôt. Rassembler immeubles par immeubles, formuler avec les habitants les cahiers de doléances concernant l’emploi, le logement, l’école, l’enfance …. et poser ces exigences face aux puissances de l’argent, mettre en mouvement les femmes et les hommes des quartiers ….telle est la tâche remplie par les citoyens pailladins qui se sont regroupés aux cantonales derrière la candidature de Mohamed Bouklit. Ce travail venu d’en bas va innerver désormais toutela France via les nombreux réseaux militants constitués par des années de luttes multiples. Ce travail peut mettre en mouvement les profondeurs d’une population qui jusqu’alors s’abstient de plus en plus. Tel est l’enjeu des assises nationales du Front de gauche des quartiers populaires qui se tiendront à l’automne à Montpellier, àla Paillade. On aura bien sûr l’occasion d’y revenir à la rentrée. Mais plus généralement c’est cette démarche de mise en mouvement des profondeurs qu’il faut initier partout : bien entendu dans les entreprises et les services publics où le Front de gauche a une solide tradition militante. Mais il faut aussi définir les mots et les moyens qui permettront par exemple de mobiliser les femmes et les jeunes aujourd’hui délaissés par les autres forces politiques qui n’ont que la résignation à leur offrir. Cet été est travailleur, réfléchi, exigeant ; le Front de gauche fourbit ses armes au moment où le PS commence sa compétition où d’ailleurs la course à la crédibilité devant les marchés financiers semble faire dériver tout ce petit monde à droite toute.

Bon vous l’avez compris : mon entrée en retraite professionnelle ne signifie en rien une mise en retrait d’autant que je dois vous rappeler que mon mandat de Maire de ma commune mobilise déjà 70% de mon temps libre. La bataille qui nous mène à 2012 est exaltante et profitez de l’été pour vous refaire une santé de fer (début août je suis sur mon kayak !) car « après la retraite, il y aura l’offensive ! »

Note du 1er mars 2011

Sur la jeunesse

Dans cette note je m’aventure dans quelques analyses sur la jeunesse dans la société actuelle et dans le moment présent du mouvement social.

La présence d’une jeunesse nombreuse, éduquée et sans emploi est au cœur des révolutions arabes en cours. Certains commentateurs veulent en faire une caractéristique propre des pays arabes. Il est vrai que la configuration de la jeunesse dans ces pays est explosive avec les ingrédients suivants : 1) la majorité de la population en dessous de 25 ans suite à l’explosion démographique des années 80 et 90(peu analysée au demeurant), 2) Une caste politique dictatoriale vieillissante et datant d’une toute autre génération ; 3) une jeunesse à la fois éduquée [ suite à la vague de la scolarisation contemporaine qui a d’ailleurs aussi touché les filles (en ce domaine la Tunisie a été pionnière)] et ouverte au monde ; 4) Et surtout une jeunesse qui arrive à la maturité dans des économies totalement livrées à la domination financière qui corrompt et déstructure l’emploi et laisse cette jeunesse sans avenir.

La jeunesse arabe est l’accélérateur de ces révolutions et elle réalise la jonction avec la majorité populaire comme on l’a vu dans les mouvements sociaux tunisiens y compris dans la manifestation de samedi dernier qui exigeait et a obtenu le départ du gouvernement fantoche de la « transition ». Ce n’est pas Facebook qui a fait la révolution, c’est tout aussi stupide que lorsque Louis Philippe accusait la presse d’être la responsable de la révolution de 1848 ! Facebook a été un moyen formidable mais qu’un moyen ; et on le voit bien en Tunisie : le mouvement insurrectionnel a commencé en Tunisie dans le centre du pays, très populaire et peu touristique, suite à l’immolation du jeune vendeur de légumes et de fruits. Ce premier moment était une révolte très populaire avec peu de moyens internet mobilisés ; puis c’est la jeunesse mobilisée de Tunis qui a fait connaître ce mouvement social via les réseaux sociaux sur la toile. Vous connaissez la suite.

Revenons à mon propos : la jeunesse est partout la plaque sensible d’une société et vous voyez à travers elle les soubresauts qui affectent plus sourdement les profondeurs de la société. Nous avons la mémoire courte en France car la jeunesse a récemment donné de la voix et nul besoin de revenir à 1968. Alors que dans les décennies précédentes (70,80,90) nous avions vécu essentiellement des mouvements de la jeunesse scolarisée certes fort significatifs et importants mais assez circonscrits dans une revendication scolaire ou universitaire centralisée contre une mesure du gouvernement, au cœur de la décennie 2000 nous avons fait deux expériences qu’il ne faudrait pas oublier : d’une part ce qu’on appelé les émeutes de la jeunesse des banlieues en octobre novembre 2005 qui avaient tant impressionné le monde des nantis par sa violence éruptive et pour eux inattendue; deux décennies de chômage massif chez les jeunes, un quart d’une génération qui sort chaque année du système scolaire sans aucune qualification et qui se vivent comme des « surnuméraires » pour reprendre l’expression du sociologue Robert Castel, quant aux diplômés qui ont obéi aux exigences officielles de se scolariser le plus longtemps possible et qui ont réussi scolairement ils se heurtent aux années de galère et à la précarité surtout la jeunesse issue de l’immigration. Comment voulez vous que cela n’explose pas dès lors que ces ingrédients s’accumulent au même endroit à cause d’un urbanisme de relégation ? A l’époque des commentateurs rapides dissertèrent sur le fossé qui séparait ces « barbares » d’une majorité silencieuse…Patatras ! Quelques mois plus tard c’était la formidable mobilisation de toute la jeunesse contre le CPE symbole de la précarité de l’emploi qu’on impose aux jeunes. Mobilisation exemplaire dans laquelle la jeunesse entraîne toutes les générations des classes populaires et des classes moyennes. Ces ingrédients sont toujours là et même aggravés par l’ampleur de la crise de 2008 2009 qui a fait repartir à la hausse le chômage et en particulier celui des jeunes, qui reculent dans la file d’attente de l’emploi…Il fallait être bien borné pour s’étonner de cette présence massive de la jeunesse dans le mouvement social de l’automne 2010 contre la « réforme » des retraites.

On peut aller plus loin dans l’analyse de la situation sociale de la jeunesse. Depuis fort longtemps observateurs sociaux et sociologues et ce depuis la fin du 19ème siècle ont souligné la situation de tension anomique qui caractérise cette période où on « devient adulte » (ce qui est la définition même de adolescent). On sort de l’enfance c’est-à-dire d’une période de dépendance et on se dirige vers l’autonomie de l’âge adulte. Un sociologue comme Ralf King Merton avait dès les années 40 aux Etats Unis souligné l’inévitable tension dans la jeunesse entre d’un côté les aspirations croissantes à l’autonomie individuelle (surtout dans une société qui valorise la réussite individuelle) et de l’autre l’absence des moyens de cette autonomie, tant l’absence des moyens symboliques par manque de reconnaissance que l’absence des moyens matériels sont vivement ressenties dans les milieux populaires. Le même auteur soulignait que cela s’aggravait dans la jeunesse issue de l’immigration, chose dont nous ne nous apercevrons en France que trente ans plus tard. Cette tension fut aussi analysée dans le mouvement ouvrier et socialiste car la résolution de cette tension est au cœur des processus d’émancipation humaine qui animent toutes les luttes des exploités. C’est pour cette raison que la jeunesse est toujours au cœur des révolutions ; faut il rappeler par exemple qu’en 1917 l’âge moyen du Parti Bolchevik était de 19 ans (dans une société où on partait travailler à l’usine ou aux champs à 12 ans !)

Mais dans notre société française contemporaine cette période de jeunesse s’est allongée et les frontières entre les âges s’estompent, ce qui aggrave la situation. Il y a un demi siècle la grande majorité de la jeunesse ne faisait guère d’études et la jeunesse se vivait entre deux bornes : la sortie de l’école élémentaire en moyenne vers 12 ans et demi avec ou sans le certificat d’études et la fin se situait dans la conjonction d’une insertion professionnelle stable vers 17 ans, une installation matrimoniale vers 19 ans, le premier enfant pour la femme vers 20 ans et l’intégration civique pour l’homme à 21 ans avec le service militaire obligatoire et le droit de vote. Entre les deux la jeunesse est donc la période assez courte de l’apprentissage, avec une forte identification aux groupes sociaux d’appartenance qui sont très souvent les groupes sociaux de référence vers lesquels on se dirige. Ce monde a disparu et la jeunesse s’est transformée. D’une part la jeunesse s’allonge considérablement et on ne sait plus quand elle commence et quand elle finit. La jeunesse française est scolarisée en moyenne jusqu’à 19 ans or la scolarisation a la vertu d’augmenter les aspirations tout en restant dans un statut d’assisté sans aucune autonomie financière. La scolarisation de masse après 16 ans se fait sans que la jeunesse soit accompagnée financièrement et cela accroît la tension anomique. Il y une dizaine d’années, mes étudiants de prépa avaient fait une enquête sociologique dans mon lycée (lycée de centre ville traditionnel) sur le travail lycéen et établirent que 5% des lycéens travaillent à plein temps donc y compris pendant les périodes scolaires (stupeur en salle des profs ! « Comment font ils ? » « la nuit et le week-end ! chers collègues » « mais alors ils peuvent pas travailler en classe normalement » …je voyais littéralement le monde social faire irruption dans le monde scolaire feutré des prépas) plus 12% travaillent à temps partiel pendant la période scolaire et la majorité travaille au moins un mois l’été….On pourrait aussi sortir les statistiques de l’observatoire de la vie étudiante. Bref la revendication d’un revenu d’autonomie pour tous les jeunes en formation est une exigence centrale (quand je pense qu’elle fait partie du programme de l’UNEF depuis la déclaration de son congrès fondateur de Grenoble …en 1946 !).

Cette période de scolarisation plus ou moins longue et diversifiée fait que la majorité des jeunes font l’expérience de cet âge dans le cadre scolaire. Quant aux bornes de sortie de la jeunesse elles se sont nettement brouillées : l’intégration civique prend plus la forme de la première manif avec un service militaire supprimé et le vote à 18 ans, l’intégration professionnelle se fait sous le mode de l’alternance entre chômage, stages, emplois précaires avec un Cdi qui arrive en moyenne juste avant les trente ans (comment voulez vous qu’ils acceptent alors 42 ans d’activité pour avoir droit à la retraite à taux plein !), quant à l’installation en couple elle relève plus d’expérimentations successives avec une arrivée du premier enfant pour la femme désormais en moyenne à l’âge de trente ans. Cet allongement et cette indétermination sociale et professionnelle de la jeunesse accroît la tension anomique entre l’ampleur des aspirations à l’autonomie qui se réalise certes dans beaucoup de domaines de la vie sociale (comportements sexuels adultes, expression culturelle propre…) mais avec un manque crucial de moyens pendant plus d’une dizaine d’années si ce n’est plus. Cette configuration est explosive et fait de la jeunesse de nos sociétés européennes un des ingrédients de la révolution citoyenne qu’on sent gronder chez nous.

Dans ce cadre commun, les situations sont différentes selon les modèles sociaux européens c’est-à-dire selon les modèles d’états providence, les modèles familiaux, les conquêtes sociales ou les influences religieuses….Une bonne mesure de ces différences consiste à observer l’âge médian du départ définitif de chez les parents : Danemark, Suède, Finlande : 20 ans
Royaume Uni 21 ans
France, Allemagne, Benelux : 23 ans
Autriche 25
Grèce, Espagne, Portugal, Irlande : 27 ans
Italie 28 ans.

Les modalités du vécu de cette période de tension propre à la jeunesse ne sont donc pas les mêmes selon les modèles sociaux. Une publication réalisée en 2008 nous éclaire à ce sujet. Dans « Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe » (PUF 27€) l’auteur, Cécile Van de Velde, distingue quatre grands modèles européens du vécu de la jeunesse :

1) « Se trouver » qui domine par exemple dans le monde scandinave avec une forte aspiration à l’autonomie, un départ précoce de chez les parents qui est garanti par un véritable salaire étudiant, mais cela va de pair avec une longue période de mobilité et d’expérimentation sociale et professionnelle avant stabilisation. L’allongement de la jeunesse est ici aussi sensible mais l’anomie est moindre car plus de moyens sont donnés à l’autonomie, la jeunesse se révoltant lorsque les politiques libérales envisagent de réduire ces moyens.

2) « S’assumer », logique dominante chez les jeunes britanniques où l’on part assez tôt du domicile parental mais pour vite intégrer des jobs souvent précaires et incertains ; les études étant de plus en plus payantes ils sont contraints de travailler. La logique individualiste du modèle libéral anglais pousse les jeunes à chercher à se débrouiller par eux-mêmes …jusqu’à ce qu’ils répondent à cette pression sociale soit par la délinquance (très forte en Angleterre) soit par des maternités précoces parmi les filles des milieux populaires qui se trouvent ensuite seules avec un enfant et une modeste allocation récemment diminuée (les mères précoces une triste particularité britannique), soit enfin par la révolte comme on l’a vu à l’automne avec les étudiants anglais massivement mobilisés contre la hausse des tarifs d’inscription universitaire.

3) « Se placer » dont la jeunesse française est significatif. L’aspiration à l’autonomie et au développement personnel y est également forte mais elle est bridée par une double exigence d’intégration sociale : les études et le diplôme sont considérés comme centraux et déterminants pour le reste de la vie et la sécurité n’est assurée que lorsque un « vrai » travail est enfin trouvé. D’où une extrême sensibilité de la jeunesse française à l’égalité dans les études et contre les mesures discriminatoires dans ce domaine mais aussi une révolte contre la précarité. Le feu couve à nouveau sur ce sujet comme en 2006.

4) « s’installer » qu’on repère bien chez les jeunes espagnols où la conjonction du chômage massif des jeunes de moins de 25 ans, l’absence d’aides financières aux jeunes, la cherté inouïe du logement, le poids idéologique et aussi religieux d’une vision de l’installation comme avant tout une installation matrimoniale et familiale, tout cela explique une situation de cohabitation avec les parents dans tous les milieux sociaux ce qui est un ferment de crise permanente dans la jeunesse.

On le voit : la jeunesse est en Europe est sous tension et elle participera activement aux mouvements sociaux qui viennent. Elle sera un acteur décisif de la révolution citoyenne comme elle l’est dans les révolutions démocratiques depuis dix ans en Amérique Latine ou comme elle l’est dans les révolutions arabes depuis deux mois.

Encore faut il que tous les acteurs politiques à commencer par ceux qui se réclament du changement lui fassent toute sa place. Et dans ce domaine le retard est criant….par exemple en cette période d’élections cantonales on peut remarquer dans mon département que sur les 49 conseillers généraux il y a seulement deux femmes (ça c’est un scandale que tout le monde connaît) mais il y a seulement deux élus de moins de 40 ans et 0 de moins de 30 ans. Et pour finir par un petit cocorico PG nous sommes assez fiers sur mon canton que le PG présente comme candidat Front de gauche un jeune de 28 ans, Lionel Descamps, qui fait une campagne de terrain exceptionnelle. J’espère que les électeurs de mon canton auront l’audace de le propulser sur le devant de la scène car il a toutes les qualités et toutes les compétences pour assumer une responsabilité politique.

Place à la jeunesse au cœur de la révolution citoyenne en marche !

Note du 7 février 2011

Le temps s’accélère et je dois écourter les nuits pour écrire sur ce blog. Dans cette note je traite de l’analyse des révolutions tunisiennes et égyptiennes et de leurs conséquences, des signes de fracture « en haut » et « en bas » en France et de la manière d’y assumer nos responsabilités, et dans ce cadre je dirai deux mots de questions politiques héraultaises.

La contagion révolutionnaire. J’imagine que vous êtes comme moi depuis des semaines, rivés sur vos écrans dés que vous avez un peu de liberté pour suivre la révolution citoyenne en marche en Tunisie puis maintenant en Egypte. J’écris ces mots dans le fameux « vendredi de la peur » et on voit en direct des centaines de milliers d’égyptiens converger dans les rues dans ce qu’eux ont décidé d’appeler le « vendredi du départ » ! C’est le premier enseignement de ces deux révolutions en cours : le moteur du changement est dans l’énergie populaire et sa soif d’émancipation. « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » affirmait la proclamation de fondation de la 1ère Internationale, écrite et lue par Marx et votée à Londres lors du meeting de solidarité avec le peuple polonais qui luttait pour son émancipation et sa liberté. Cela sonne comme un mot d’ordre neuf car c’est le fil qui relie tous les combats émancipateurs : n’attendons pas notre salut d’un chef suprême ou d’une tutelle étrangère au peuple, notre émancipation ne peut venir que de la mise en mouvement du peuple lui-même. C’est dans le combat même qui y conduit que se joue la société émancipée de demain. L’auto-organisation populaire de la révolution conditionne son issue et pose le fait que la nouvelle société ne pourra être fondée que sur la souveraineté populaire. L’effervescence qui continue en Tunisie après avoir chassé Ben Ali prouve la profondeur de cette exigence de souveraineté populaire. C’est pour cela que nous assistons à une révolution citoyenne : « révolution » parce que devant l’écrasement de toute liberté la seule issue est dans l’insurrection pour qu’ils s’en aillent (« dégage ! » va devenir un slogan universel !) et « citoyenne » parce que les peuples sont farouchement attachés à la démocratie et à la l’exercice de leurs libres suffrages. Cette puissance populaire fait peur aux puissants à commencer pour l’impérialisme américain qui n’hésite pas d’abandonner le soutien qu’il accordait aux régimes en place pour s’investir dans « l’organisation de la transition ». Nous allons suivre avec la plus grande attention cette vague populaire, ses avancées, comme ses difficultés, et nous devons exiger de nos Etats la plus forte solidarité contre la répression. La deuxième leçon (je l’avais précisée lors de mon billet précédent) c’est la façon extraordinaire dont revendications sociales et revendications démocratiques sont intimement liées. Cela est dénié dans la grande presse. Les grands journaux américains mettent en scène une « insurrection de la liberté » mais évitent soigneusement d’aborder les questions sociales, et les dirigeants européens emboîtent le pas à cette analyse. Or l’exigence de manger à sa faim et de conditions de vie décentes est un ferment de contestation dans ces pays où les peuples supportent de moins en moins que la misère grandisse y compris pour les jeunes diplômés alors que la richesse d’une infime minorité s’accroît dans des proportions vertigineuses. Or cette inégalité et cette misère, si elles sont jugées encore plus insupportables quand elle est portée par un pouvoir policier et dictatorial, elles ne tirent pas leurs sources de ce pouvoir mais de ce que ce pouvoir applique avec zèle les recommandations du FMI et des marchés financiers. Certains papiers ont fort opportunément souligné cette semaine que l’Egypte était de plus en plus montré ces derniers mois comme un « bon élève économique » avec son taux de croissance de 7% annuel et la croissance de sa production industrielle au point que The Economist (l’hebdomadaire libéral du capitalisme financier) osa parler d’un « Tigre du moyen orient » ! Comme les mêmes ne tarissaient pas d’éloges il y a quatre ans sur le  « fabuleux tigre celtique » irlandais…No Comment ! Or cette croissance se faisait avec des salaires moyens de 50€ et le FMI exigea et obtint que le budget fasse des économies en diminuant ses subventions sur les produits alimentaires de base…Et on voit se reproduire une loi remarquée par Marx en son temps (et aussi par Tocqueville d’ailleurs) : quand le développement économique s’accroît et que la misère perdure, cette dernière devient encore plus insupportable et se développent en même temps les aspirations et les déceptions avec comme résultat : l’explosion. Les peuples ne rentreront pas chez eux tant qu’ils n’auront pas le sentiment qu’on répond à cette urgence sociale. La troisième leçon concerne la question dite de la « menace islamiste ».  On voit à nouveau des esprits éclairés nous resservir la soupe mijotée depuis la décennie 90 et qui fut formidablement mise en scène suite au 11 septembre 2001 et ce qui suivit en Afghanistan et en Irak. D’abord nous n’ignorons pas du tout le caractère réactionnaire de l’islamisme radical qui de la même manière que le fondamentalisme religieux américain ou l’extrémisme de droite en Europe se nourrit de la crise sociale et politique pour offrir des « solutions » fondées sur l’exclusion et la haine des « différents » les plus proches : entre juifs et arabes, entre sunnites et coptes, entre sunnites et chiites, entre pakistanais et hindous, entre blancs et noirs, entre arabes et gitans, entre ….flamands et wallons …la liste est longue ! Mais justement la domination impérialiste occidentale qui dans le cadre de la mondialisation met en coupe réglée le monde a trouvé dans l’islamisme l’ennemi idéal pour faire passer sa domination. Moubarak a bien résumé cela « C’est l’islamisme ou moi », ce qui fut aussi le mot d’ordre de Ben Ali et cela avait commencé en Algérie par la suspension des élections de 1992 où pour éviter le FIS on eu une dictature militaire, résultat on a eu le GIA puis l’AQMI et leurs horreurs auxquels répondaient les horreurs de l’armée avec à chaque fois les mêmes victimes (des gens du peuple massacrés) et les mêmes bénéficiaires (les affaires prospèrent). Ce dispositif enfermait les peuples dans un dilemme sans issue et permettait de le maintenir soumis. C’est cela qui se brise sous nos yeux. Le processus d’émancipation en cours pose ainsi non seulement la question sociale et démocratique mais la nécessaire invention d’une issue laïque ; cela se voit dans tous les textes qui circulent aujourd’hui en Tunisie et en Egypte. Bien sûr rien n’est joué et la lutte est en cours mais comme le disait le vieux Engels : inutile de gémir ou de rêver, « c’est la lutte qui donne le résultat de la lutte » !

Où va la France ?

Certains bons esprits se rassurent : « la France ce n’est pas la Tunisie ou l’Egypte, ma brave dame ! »…Rien n’est moins sûr ! On avait déjà entendu que la révolution démocratique sud américaine n’était pas exportable en France, en oubliant que ce processus était déjà fort différent selon les pays d’Amérique Latine : l’Argentine de Kirshner ce n’est pas le Brésil de Lula qui n’est ni le frente popular uruguayen qui n’est pas Moralés en Bolivie, ni l’Equateur ni le Venezuela, ni Cuba….mais derrière ces processus différents il y avait un même mouvement politique et social de subversion sociale et démocratique. Il en va de même aujourd’hui et il n’est pas sans intérêt de rapprocher ce qui s’est passé en Tunisie et en Islande… qui à l’évidence sont des pays différents !  Or pour comprendre qu’en France on est dans une marmite en pleine surchauffe au bord de l’explosion il suffit de voir comment ces évènements tunisiens puis égyptiens influencent la mentalité populaire chez nous : je rencontre de plus en plus de citoyens des classes populaires qui n’hésitent plus à dire qu’il faudrait faire pareil. En tout cas la conscience qu’il est possible de relever la tête et de ne plus subir fait son chemin. Il ne faudrait pas croire que le retrait d’un mouvement social de grande ampleur comme celui des retraites l’an dernier signifie un recul de la volonté populaire d’en découdre. Un ancien étudiant devenu prof à Dôle m’a envoyé plusieurs messages pour me décrire la puissante mobilisation populaire dans sa ville contre le départ de l’usine Standard : non seulement les ouvriers concernés sont en mouvement (ce qui est la première entreprise de la localité) mais avec eux toutes les couches de la population : scolaires et enseignants, services publics, autres entreprises, commerçants etc.….Ce collègue peu politisé jusque là me décrit son engagement avec enthousiasme. Il en va de même du désastre dans l’éducation avec ces milliers de suppression de postes : dans le collège de mon fils c’est la révolte des profs et des parents qui gronde et je suis certain que la grève de jeudi 10 sera puissante. Il est clair partout qu’« En bas » on n’en peut plus ! Dans la vie quotidienne de ma  semaine on capte en permanence les petits signes d’une nervosité sociale à fleur de peau : dans la salle d’attente de mon médecin, dans le bus puis le tram puis le train pour aller bosser à Nîmes, dans la file d’attente d’une caisse de supermarché, en faisant le plein à la pompe …mais il est vrai que nombre dans l’élite ne fréquentent plus de tels lieux ou s’ils le font ne parlent plus normalement avec les gens.

Mais il n’y a pas qu’en bas que çà fout le camp. Significatif a été la mobilisation des compagnies de CRS qui ont finalement obtenu gain de cause. Le cœur de l’Etat c’est la force armée et quand ses membres se mobilisent contre le gouvernement c’est un signe indéniable de crise politique au sommet. Lorsqu’au début de 1958 les policiers manifestèrent devant les fenêtres du Ministère qui les dirige, ce fut le signe que le régime politique allait s’effondrer. Cette mobilisation inédite de CRS est tout aussi significative. Un policier de Nîmes m’a raconté l’état de délabrement de la police d’Etat dans cette bonne ville qui a perdu 150 agents en dix ans ; il était exaspéré après Sarkozy…d’autant plus qu’il avait voté pour lui ! La provocation de Sarkozy à Nantes ouvre une nouvelle phase dans la crise de l’Etat dans ses fonctions régaliennes de justice et de police. En effet jusque là on régnait en opposant justice « laxiste » et police « excédée » et maintenant il apparaît aux yeux de tous que le problème provient de la suppression massive de postes dans les deux, ce qui interdit aux magistrats comme aux policiers de faire leur travail normalement. Et pendant ce temps Alliot-Marie se débat dans son histoire de jets privés décrédibilisant le gouvernement français aux yeux du monde…..Comme disait Lénine « Quand en bas on ne peut plus vivre comme avant et qu’en haut on ne peut plus gouverner comme avant, cela signifie qu’on entre dans une période prérévolutionnaire»

Dans une telle situation la responsabilité politique des partisans d’une transformation sociale est importante. Inutile d’en rajouter dans les mots d’ordre et les revendications, ils fusent d’eux-mêmes dans la situation. En étant présent au cœur des actions et des combats de notre peuple, donc en étant dans le mouvement même de la révolution citoyenne qui vient, nous devons être unis pour être prêts à gouverner pour un nouvel ordre social et démocratique. Le Parti de Gauche n’a pas d’autre utilité que de construire cette  perspective avec la stratégie du Front de Gauche. Jean-Luc Mélenchon a raison de taper sur Strauss-Kahn car cette démission de la gauche pour un « candidat naturel » qui reprendrait de fait la politique de la droite serait la pire catastrophe. Le peuple est excédé devant soit le silence soit  les hésitations d’un PS entre une politique de gauche et la fidélité au social libéralisme. L’heure de l’alternative à gauche a sonné. Et il y a une occasion de le faire savoir tout de suite.

20 et 27 mars 2011.
Dans deux mois la moitié de la France va être appelée aux urnes à l’occasion des élections cantonales. J’ai essayé d’agir à mon niveau pour que le front de Gauche soit présent dans le plus grand nombre de cantons et qu’il soit non seulement uni mais aussi ouvert aux autres composantes de la gauche indépendante du PS. Dans le Gard, les PO, l’Aude les composantes du Front de Gauche ont passé un accord départemental pour présenter des candidats partout, et notamment dans l’Aude en élargissant l’accord au NPA. Malgré nos appels et nos efforts, cela n’a pas été accepté dans l’Hérault par le secrétariat départemental du PCF et nous le regrettons. Mais cela ne nous a pas empêché de bâtir canton par cantons des candidatures unitaires pour aboutir à ce jour à une présence dans plus de 20 cantons. Le PCF et le PG constituent très souvent des couples de candidats montrant le visage unitaire du front de gauche. De plus à Béziers un candidat PG aura une suppléante FASE et à Clermont l’Hérault une candidate PG aura un suppléant Vert représentant une mobilisation locale de grande ampleur contre un projet de bétonisation de terres agricoles. J’aurai l’occasion de revenir en détail sur les combats locaux qui constituent autant d’ancrages profonds du FdG dans le peuple de ce pays. Mais je voudrais dire aujourd’hui deux mots des territoires qui me sont les plus proches. Je suis Maire de Grabels qui fait partie du 10ème canton de Montpellier. Aux européennes de 2009, le FdG a fait 16% dans ma commune et aux régionales de 2010 26%. Nous avons collectivement décidé que je ne serai pas candidat (ce qui surprend beaucoup politiciens locaux et journalistes)  et je trouve que nous avons pris une très bonne décision. Le fdG présente un jeune professeur de 28 ans mais au passé déjà bien pourvu en combats et expériences nombreuses, Lionel Descamps, et il a pour suppléante une infirmière grabelloise Myriam Aufranc. Ils n’ont aucun mandat et mènent une formidable campagne de terrain. Le PG a fait le choix du renouvellement et  de la jeunesse. Je vais les soutenir de toutes mes forces car ils représentent l’avenir d’une nouvelle représentation politique populaire. Je connais également bien La Paillade qui est limitrophe de ma ville et de mon canton et là le PG présente un candidat issu des mobilisations citoyennes des quartiers populaires, Mohamed Bouklit. A 34 ans, diplômé d’informatique, habitant depuis toujours la Paillade, il a notamment animé la Plateforme citoyenne qui joue un rôle civique majeur dans le quartier. Il a pour suppléante Danièle Ledudal, militante du NON en 2005 puis une des animatrices des Collectifs antilibéraux dans ce quartier, ancienne de la LCR, actuellement gauche unitaire. Je sens que Mohamed et Danièle vont construire à cette occasion un vrai levier politique dans ce quartier populaire que j’aime tant : j’y suis encore parent d’élève et je participe à beaucoup d’évènements de sa vie publique. J’ai été très honoré que les deux candidats m’aient demandé de présider leur comité de soutien.

Vous voyez que ces cantonales sont beaucoup plus que des élections cantonales : un moyen de construire et d’enraciner une vraie gauche à un an des élections décisives de 2012. Alors occupez vous en ! Tous !

René REVOL

La Révolution citoyenne en Tunisie : un exemple pour tous à commencer…par la France !

Dans cette note je vous parle de la révolution  tunisienne, des conséquences concrètes de la politique gouvernementale sur une petite commune comme celle dont je suis le premier magistrat, de la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Les obligations nombreuses de la rentrée de janvier plus une mauvaise grippe m’ont tenu éloigné du clavier mais c’est avec joie que je retrouve mon blog pour vous dire l’engouement qui a été le mien en suivant heure par heure ce qui s’est passé (et se passe encore) en Tunisie. Pas pour revenir sur les évènements mais pour en donner mon analyse.

 La révolution démocratique tunisienne. D’abord rappelons que le régime dictatorial de Ben Ali était soutenu activement par le gouvernement français comme par les dirigeants socialistes, puisque Ben Ali et son parti étaient membres de l’Internationale Socialiste ! Ceux-ci se répandent en déclaration de soutien au mouvement démocratique tunisien ; ils devraient avoir la décence d’abord de s’excuser d’avoir soutenu Ben Ali. Quant à Madame Alliot-Marie elle devrait démissionner sur le champ si elle voulait sauver l’image de la diplomatie française aux yeux des peuples du monde entier. Je lis dans des journaux que « c’est toute la classe politique française qui a soutenu Ben Ali», cela est faux car l’honneur de la République Française a été sauvé par le combat de solidarité avec les opprimés tunisiens mené depuis des années par le PCF, le Parti de Gauche, le NPA et toutes les organisations de l’autre gauche, auquel il faut ajouter la Ligue des Droits de l’homme et nombre d’associations et de personnalités démocratiques.

Quant à la dynamique des évènements, il ne faut pas oublier la première étape. Face à la crise alimentaire de nombreux pays du Sud sont obligés de subventionner les produits alimentaires de première nécessité pour permettre à leurs peuples de manger à leur faim. Cela a naturellement creusé les déficits budgétaires et donc la dette publique de ces pays. Et que fit le FMI ? Au lieu de soutenir ces pays par une redistribution mondiale des richesses (comme le proposa à l’origine le représentant français lors de la conférence de fondation du FMI en 1944, un certain Mendès-France !), le FMI réclama de ces pays de faire les « réformes structurelles » consistant à privatiser l’économie et à diminuer les subventions publiquesalimentaires. C’est la voie dans laquelle s’engagea la Tunisie de Ben Ali et on a vu le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, en novembre 2008 féliciter chaleureusement le dictateur pour son excellente politique. Les tunisiens n’oublieront ni Madame Alliot-Marie ni Monsieur Strauss-Kahn ! Face à cette politique de hausse des prix alimentaires consécutives à la diminution des subventions (pendant que la famille Ben Ali s’engraissait honteusement aux yeux de tous), cela faisait des mois que les mouvements de protestation se multipliaient notamment sous l’égide de l’UGT. Manifestations, incidents sur les marchés, grèves sporadiques …tout ce que les médias français ne voulaient pas voir jusqu’à ce qu’un vendeur des rues s’immole par le feu et révèle au grand jour une colère populaire (qu’on avait pu aussi voir à l’œuvre dans les émeutes réprimées en Algérie il y a un mois). J’insiste sur ce point car la révolution démocratique tunisienne mêle étroitement la question politique et la question sociale….Ce que cache à nouveau les commentateurs officiels qui s’émerveillent sur la nouvelle démocratie (après avoir louangé Ben ALI) en évitant de souligner l’exigence populaire d’un changement de politique économique et sociale. Ce qui va directement contre la politique  du FMI. Et déjà cette question est maintenant posée par la rue.

Mais il y a plus important. Le mouvement est souvent décrit par les médias comme l’explosion d’une foule en colère ; c’est la vision qu’ont les élites des mouvements populaires. Ceux qui ont suivi heure par heure cette insurrection populaire, notamment sur le net, les réseaux sociaux…ont pu constater la capacité d’auto-organisation dans les quartiers populaires comme chez les jeunes et les étudiants. Un peuple éduqué et conscient, imprégné d’une culture laïque, instruit du passé révolutionnaire français, où les femmes ont réalisé de nombreuses conquêtes, ce peuple a été capable d’isoler le pouvoir et ses forces de répression et de chasser le dictateur. C’est une révolution citoyenne. Et on voit depuis jeudi que la mise en place du nouveau gouvernement ne passe pas et le peuple après avoir dit « Ben Ali dégages ! » ajoute désormais « RCD dégages ! » et tous ceux qui auront été liés au régime vont être balayés d’une manière ou d’une autre. On voit bien cependant les manœuvres des puissances impérialistes (le discrédit de la France laisse la place aux USA pour cette besogne) pour essayer d’établir un nouvel ordre compatible avec leur domination. Mais l’exigence d’une Assemblée Constituante grandit de plus en plus ouvertement dans les manifestations. Des dizaines de milliers de tunisiens se rassemblent ce weekend de villes en villes pour marcher sur Tunis et les enseignants du primaire défient le pouvoir en se mettant en grève illimitée lundi jour de la reprise des cours.

Tous les peuples sont attentifs et tournent les yeux vers le modèle de la révolution citoyenne tunisienne. Naturellement, les peuples voisins  du Maghreb, du Makrech et du moyen orient. Mais ne limitons pas nos regards comme le font les médias. Car les tunisiens donnent des idées à tous les peuples européens, à commencer par les Français.             

Les conséquences directes de la politique de Sarkozy dans ma commune.
Revenons donc à la France. Dans ma dernière note je vous disais que dés janvier 2011, les coups allaient pleuvoir. Je vous laisse faire la liste des mauvais coups du mois, je veux seulement souligner que tout le monde est touché, y compris ma petite commune de 6000 habitants périphérique de Montpellier. Je prends le cas d’un EHPAD (établissement d’hébergement des personnes âgées dépendantes). La décision ministérielle conditionnant son fonctionnement avait été prise en 2005 par le ministre délégué, en charge des personnes âgées, Philipe BAS ; le dossier avait été monté par mon prédécesseur qui n’avait pas été capable de trouver un lieu adéquat. Arrivés aux affaires en 2008, nous trouvons un lieu idéal ; le terrain est acquis par un organisme départemental chargé de construire l’établissement ; la commission concernée où l’Etat est représenté donne son accord formel ; le permis de construire est instruit puis accordé ; les entreprises chargées de la construction choisies …et alors que les travaux s’apprêtent à démarrer on apprend que l’ARS (Agence Régionale de Santé, le nouveau gendarme qui régit la santé à l’échelle régionale directement relié au gouvernement) suspend l’autorisation de fonctionnement ! Outre que ni le Maire, ni le Président du Conseil général n’arrivent à obtenir un quelconque rendez vous de la directrice de cet organisme (ce qui manifeste un mépris incroyable des populations et de leurs élus), les services concernés font savoir que cette décision rentre dans le cadre des économies budgétaires ! D’abord où est l’économie alors que déjà 500 millions d’€, donc de l’argent public, ont été mobilisés pour l’acquisition foncière sur la base de l’autorisation gouvernementale préalable qui avait été donnée ; car la soudaine décision de l’ARS revient à gâcher ces 500 millions ! Ensuite, quel crédit peut-on accorder aux belles paroles du « débat national » sur la dépendance quand par derrière on fait des coupes sombres dans les crédits de fonctionnement des maisons de retraite. Bref l’offensive gouvernementale crée des ravages dans tous les domaines et les mobilisations ne vont pas manquer tout au long de cette  année.

Le sens de la candidature Mélenchon : construire une perspective politique alternative et unitaire.
Or ces mobilisations sociales en période préélectorale ont besoin d’une perspective politique claire contre Sarkozy et sa politique. De ce point de vue les atermoiements socialistes tant sur le fond (leurs textes sont d’une timidité accablante au point de se demander s’ils n’ont pas peur de se retrouver au pouvoir) que sur la forme (jusqu’à quand va durer ce bal des égos ?) bouchent la perspective politique. Il est assez sidérant de voir en même temps comment les médias ont tout fait pour légitimer Marine Le Pen : elle devient ainsi le réceptacle possible d’une certaine colère populaire sans perspective, entre l’abstention, le filet de la xénophobie nationaliste. Cette attitude des médias procède bien sûr aussi d’une manœuvre visant à légitimer le vote utile pour les partis dominants. Il est donc décisif qu’une autre perspective se construise à gauche. C’est pour cela que je salue la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon ce 21 janvier approuvée ensuite par le Conseil national du Parti de Gauche et qui ainsi est publiquement proposée au Front de gauche, ainsi qu’à toutes les formations de l’autre gauche et à tout le peuple de gauche. Le débat va ainsi se mener dans la clarté dans l’autre gauche pour construire une offre politique unitaire pour les prochaines échéances électorales nationales c’est-à-dire l’élection présidentielle ET les élections législatives (car n’oublions pas que ce sont ces dernières qui garantissent une majorité gouvernementale). Mais cette candidature de Mélenchon est d’avantage qu’une proposition dans l’autre gauche. Elle permet de commencer la campagne contre la droite pour une vraie gauche de rupture ; elle permet d’avancer tout de suite des solutions possibles et réalisables face aux mesures de Sarkozy. Et cela a une portée concrète dés 2011 : les luttes sociales pourront se sentir confortées par l’émergence d’une réelle alternative politique. Et inversement ces luttes sociales favoriseront l’irruption citoyenne sur le terrain électoral. Que les propositions de Mélenchon aient un écho, je l’ai vérifié dés ce matin en allant faire ma tournée dans le café populaire de ma commune : il y une proposition qui fait un tabac c’est la proposition du salaire maximum (« Au dessus je prends tout ! »). Les gens comprennent vite et il n’y a personne pour s’y opposer. J’avais eu une tout autre réception, dans un salon patronal auquel je participais en tant que maire en novembre : que n’ai-je entendu (démagogie, trop simpliste, démotivation du travail…) ; ayant fixé le salaire maximum à 20 fois le SMIC je me suis intérieurement amusé des clameurs de mes contradicteurs, qui avouaient par leurs réactions un niveau indécent de leurs gains. …Ainsi c’est parti. De l’audace et avançons nos idées et nos projets sur la place publique. Alors tous ceux qui veulent soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon allez à cette adresse sur son blog

« Je propose ma candidature pour l’élection présidentielle de 2012, au Front de Gauche et à toutes celles et ceux, en métropole et outremer, qui se reconnaissent dans cet engagement pour la Révolution citoyenne. »:

http://www.jean-luc-melenchon.com/liste-dappui-a-ma-candidature/        

Enfin un mot sur l’angle d’attaque trouvé à ce jour par les défenseurs du système contre Mélenchon : l’accusation de populiste et l’amalgame entre Mélenchon et le Pen. J’écris à froid car ce genre de pourriture me donne facilement une rage sans bornes et je préfère attendre avant de réagir. D’abord populisme est un concept creux qui sert surtout aux élites pour manifester leur crainte et leur mépris des mouvements populaires. Je vous renvoie à ce sujet à l’excellent article dans la tribune libre de l’Humanité de ce 22 janvier d’un professeur de philosophie : Benoit Schneckenburger. Ensuite c’est une honte d’assimiler un militant de gauche qui fut de tous les combats antiracistes avec l’extrême droite. Cohn-Bendit s’est déjà déshonoré dans cet exercice avant d’être condamné par son parti ; idem pour Huchon. Et cette  semaine le très droitier et très antigrève dessinateur Jean Plantu a livré son fiel par un dessin de la honte dans L’Express,  provoquant la réprobation de nombreuses personnalités. Et ce samedi 22 je lis dans Midi Libre l’éditorial d’un scribouillard, un certain Yann Marec : « Sur l’estrade du camp des populistes, ils sont deux désormais. Jean-Luc Mélenchon a rejoint sa camarade d’invectives Marine Le Pen. […] N’en déplaise à Mélenchon, Plantu a eu raison… » (Vous retrouverez ce texte page 5 du deuxième cahier régional). En tant que responsable régional du Parti de Gauche, qui a porté les couleurs du front de gauche dans cette région, je m’estime diffamé par ce monsieur et je vais exiger des excuses. Et je vous invite à tous en faire de même. Ne les lâchons pas ; aucune concession à ces monopoleurs des médias qui font ouvertement campagne contre le peuple. J’ai trop de respect pour les métiers de l’information dont nombre de journalistes risquent leur vie pour dire ce qui est pour que nous nous taisions devant ceux qui s’érigent le droit d’injurier dans le secret de leurs bureaux douillets.    

                                                                                                                  René Revol