Implication citoyenne et alternative politique

Note du 22 décembre 2014

Je ressens vivement chaque jour une contradiction majeure dans mon action publique. Je profite de ce moment de pause des fêtes de fin d’année pour partager avec vous quelques réflexions sur ce sujet.

Contrairement au discours dominant des chroniqueurs qui parlent sous le mode de l’évidence  se dispensant ainsi d’apporter les preuves de leurs allégations – d’une tendance lourde de la droitisation de la société marquée par une demande d’un pouvoir autoritaire et le reflux des mobilisations sociales et citoyennes reflétant une passivité individualiste de nos concitoyens, je constate sur le terrain une toute autre situation. Les mobilisations sociales par entreprises sont plus nombreuses en 2014 que les années précédentes ; les mobilisations citoyennes de masse ne manquent pas à l’image dans notre région de la mobilisation contre le barrage de Sivens. A l’échelon municipal, je constate comme maire une forte disponibilité des citoyens dont la mobilisation a d’ailleurs  permis à notre liste municipale de gagner nettement contre l’hostilité des partis de droite et de gauche (à de rares exceptions, dont le PG bien entendu). Sur des sujets précis qui font sens pour les habitants ceux-ci répondent présents : ce fut le cas lorsqu’on a organisé en 2013 un référendum sur l’eau ou quand il s’agit de se mobiliser contre un projet routier qui va détruire notre paysage et menacer la santé comme les ressources en eau. Cette disponibilité citoyenne j’ai pu la voir à l’œuvre quand il a fallu faire face aux inondations catastrophiques qui ont frappé mon village cet automne : l’engagement solidaire fut massif et exemplaire. Mais les choses vont plus loin puisque les habitants se mobilisent avec nous pour que les ouvrages de protection soient faits envers et contre les coupes budgétaires de l’austérité et interviennent contre les projets de promoteurs qui veulent bétonner les zones inondées (Note 1).

Bref la disponibilité pour l’implication citoyenne est là. Mais force est de constater qu’elle ne reste puissante que sur des enjeux locaux ; elle est beaucoup plus laborieuse sur des enjeux politiques et sociaux nationaux. On l’a par exemple vérifié dans la mobilisation politico-sociale contre l’austérité budgétaire ; l’appel des 3 A était unitaire et clair ; les citoyens contactés l’approuvaient mais ils se sont peu déplacés. Est-ce que cela signifie que le peuple aurait un défaut de conscience politique et sociale et qu’il ne saisirait plus les enjeux globaux ? Certes le bourrage de crâne médiatique lié au déclin de la socialisation politique des grandes organisations n’est pas sans effet. On n’en constate pas moins toujours le même intérêt aux grandes questions politiques sociales été environnementales ; cet intérêt se mesure particulièrement sur le net et les réseaux sociaux comme dans les conversations de « sociabilité rapprochée » comme le disent les sociologues qui étudient les relations entre collègues, voisins, amis ou parents. La France reste un pays « politique » où les grandes questions centrales sont suivies par les citoyens.

Ce qui a changé c’est que le peuple a le sentiment de ne plus avoir aucune prise sur le global ; à la différence du local où ils ont l’intuition de pouvoir modifier le cours des choses.

Ce renoncement sur le global se nourrit d’un fait largement partagé par le grand nombre, bien au-delà des électeurs de gauche : le sentiment d’avoir été trahi par François Hollande ; il s’est fait élire contre la finance et il s’est immédiatement soumis à elle. Cela ne fait d’ailleurs guère discussion chez les analystes sérieux de l’opinion publique qui soulignent qu’on est bien au-delà des « déceptions » qu’avaient générées Mitterrand ou Jospin. La brisure est profonde et les socialistes risquent bien d’en boire la coupe électorale jusqu’à la lie ; quant au reste de la gauche elle serait emportée avec eux si elle n’arrivait pas à incarner une nouvelle voie.

Je suis intimement convaincu qu’implication citoyenne et alternative politique sont intimement liées. Si on veut que les citoyens ne restent mobilisés que sur les seules questions locales et que le mouvement social et civique prenne confiance en lui, il est indispensable que se construise une alternative politique crédible à moyen terme. On le voit bien sur la mobilisation pour la 6ème République. D’un côté la pétition en ligne a connu un succès considérable avec bientôt 100 000 signatures, ce qui prouve bien que nos concitoyens se passionnent toujours autant pour les enjeux centraux (et quoi de plus central que la question du régime politique) ; mais force est de voir que les ateliers constituants et rassemblements sur ce thème restent modestes au vu de l’ampleur de la pétition. Car l’implication citoyenne pour la 6R a besoin elle aussi d’une perspective politique crédible.

Or cette alternative politique à gauche en France tarde à se matérialiser, contrairement à l’Espagne et la Grèce. La situation politique entre la France et ces deux pays diffère profondément. Dans ceux-ci où la droite est au pouvoir et assume la mise en œuvre d’une austérité drastique,  les gens veulent en finir avec cette politique ; ils ne se tournent ni du côté du Pasok ni de celui du PSOE car tous se souviennent que ce sont les socialistes qui ont initié ces politiques d’austérité. La perspective que Podemos et Syriza gouvernent est devenue crédible à court terme et cela nourrit naturellement la mobilisation citoyenne. En France il s’agit de renverser la « gauche » libérale par la gauche radicale, c’est naturellement bien plus difficile. Avec en embuscade un FN qui mobilise 25% des électeurs qui se déplacent aux urnes ; ce qui fait du FN une alternative politique à droite crédible.

A cela s’ajoute la division et les hésitations de l’autre gauche française. EELV était au gouvernement il y a un an et le PCF a fortement entamé sa crédibilité dans son autonomie vis-à-vis du PS lors des municipales. Certes depuis, une évolution de ces deux partis semble en cours mais on est encore loin du but. Un rassemblement du Front de Gauche et d’EELV voire de socialistes en rupture sans oublier Nouvelle Donne et d’autres opposants de gauche serait de nature à ouvrir la voie à une alternative à gauche. Toute nouvelle pierre posée dans cette entreprise sera une bonne nouvelle et doit être soutenue mais une condition est aussi indispensable : que cette coalition de gauche indépendante du social libéralisme ouvre largement ses portes à l’implication populaire et citoyenne pour que le peuple impose sa volonté. La bataille n’est pas jouée et le chemin est escarpé, mais il n’y a pas d’autres voies. Une telle stratégie qui unifie implication citoyenne et alternative politique implique plein de choses : la façon d’aborder les échéances électorales à venir, les modalités et les objets des luttes sociales et civiques, la nature de l’engagement des élus….

On aura l’occasion d’en reparler…l’année prochaine. Bonne fin d’année à tous

René REVOL

Note 1 : A ce sujet, alors que je suis engagé dans un rude combat contre un promoteur qui veut bétonner les bords de la rivière qui a dévasté mon village dans la nuit des 6/7 octobre. Pour arriver à ses fins il n’hésite pas à me diffamer (comme la justice l’a reconnu en le condamnant), il est intéressant de voir certains soutenir indirectement ce promoteur contre moi à travers des « blogs poubelles » et autres commentaires malveillants et mensongers  de ceux qui aux dernières élections municipales dans ma commune ont été balayés par le suffrage universel. Tout cela a pour but de m’impressionner pour me faire céder. Ils me connaissent mal.

Entre la fin et le début …

Note du 26 décembre 2012

Dans cette note je jette un œil sur l’année politique qui s’achève, donne mon sentiment sur le Parti de gauche et son avenir, dit un mot de Dolez, en profite aussi pour commenter l’exercice de mon mandat de Maire et aussi de délégué à la Communauté d’Agglomération de Montpellier, justifie aussi cette envie irrépressible qui vient de me prendre de relire Jean-Jacques Rousseau et parle un peu des bouquins que j’emmène dans ces quelques jours de repos de fin d’année.

 L’homme politique de l’année 2012.

Quand j’ai posé cette question à une vieille connaissance  journaliste parisien que j’ai rencontré lors d’un de mes derniers voyages dans la capitale (et dont les options politiques sont pourtant loin des miennes) sa réponse a jailli sans hésitations : « Mélenchon ». Comme je ne le soupçonne guère de flatterie à mon égard, je lui ai demandé ses raisons. Sa réponse fut en substance la suivante : début 2011 les observateurs rapides de la situation s’attendaient à ce que le triomphe de DSK ne trouve sur sa gauche que l’opposition témoignage d’un Besancenot. Six mois plus tard tout cela était balayé et toutes les cartes redistribuées. Dans ce contexte le positionnement de Mélenchon et du Front de gauche (c’est-à-dire l’union d’une gauche de rupture alternative au PS) ouvrait un espace politique réel. Bon, à cette étape de son raisonnement je suis en accord sauf que pour lui c’est le fruit du hasard alors que pour moi le contingent (Sofitel de New York d’un côté, le renoncement de Besancenot de l’autre) réalise le nécessaire de la situation sociale et politique. Ensuite mon interlocuteur souligne le talent et la force de la campagne de Mélenchon. Plein des préventions journalistiques habituelles à son égard il m’avoue avoir été scotché par d’abord l’émission « Des paroles et des actes » de janvier 2012 qui pour lui a révélé Mélenchon au grand nombre, puis par les prestations de ses meetings largement visionnés sur le net où il a apprécié à la fois le souffle et l’argumentation. Un aveu : après chaque écoute du candidat, il fallait qu’il se reprenne pour rester fidèle à ses options politiques (il a fini par voter Bayrou !!). Et quand je lui ai demandé ce qu’il pensait du résultat, il trouve que nous avions eu tort d’être déçu car un score à deux chiffres à une présidentielle fait de votre candidat une « alternative durable ». Donc oui Mélenchon est bien l’homme nouveau de la vie politique en 2012 ! Or justement cet homme politique ne porte pas un projet personnel et providentiel mais une option politique alternative. Le problème (et désormais ce n’est que moi qui parle) c’est que le front de gauche n’est pas encore à la hauteur de ce qu’a signifié la candidature Mélenchon en avril dernier. On l’a vu aux législatives de juin et encore plus aux législatives partielles de décembre. Certes il y a un aspect du Front de gauche qui s’améliore :  à l’actif il y a son élargissement avec l’arrivée du courant Gauche Anticapitaliste (des militants expérimentés et formés issus du NPA) et des Alternatifs (au fond le premier courant écolo socialiste) ; il y aussi cette capacité de mobilisation comme on l’a vu dans la manif du 30 septembre contre le nouveau traité ultralibéral européen. On le voit aussi quand le Front de gauche se mobilise auprès de salariés en lutte comme on l’a vu dans ma région auprès des postiers ou des Sanofi. Côté passif on ressent une certaine paralysie nationale. Certes il y a des causes conjoncturelles et passagères à cette paralysie, par exemple le fait que le PCF soit en pleine période de Congrès. Mais à mon avis il y a une vraie discussion stratégique qui traverse le Front de gauche : Faut-il privilégier un positionnement de pression sur le gouvernement de gauche d’Ayrault et Hollande pour qu’il se réoriente plus à gauche ? Ou alors faut il en pointant les renoncements socio libéraux du gouvernement ouvrir une nouvelle perspective gouvernementale à gauche ? Ce débat stratégique traverse le Front de gauche et il est clair que le tournant libéral de l’automne (TSCG, budget d’austérité, hausse de la TVA, pacte de compétitivité, crédits d’impôts au capital sans contrepartie, réforme pour flexibiliser le marché du travail, hausse homéopathique du SMIC…) a dissipé les quelques illusions de l’été. Manifestement au Parti de Gauche dans nos instances nous avons fait le choix de l’alternative ; et c’est ce qu’affirme nettement la plateforme unifiée qui est sortie du dernier CN et qui est soumise à notre Congrès de mars. Il semble que la grande majorité des composantes du Front de gauche s’oriente vers cette issue. Et nous suivrons tous avec attention le Congrès de février du PCF sur cette question stratégique vitale pour l’avenir.

L’avenir du PG .

Le PG est l’innovation politique majeure à gauche en France depuis trente ans. Et pourtant le PG est né par défaut car ceux qui ont initié le PG étaient partisans d’un parti unique à la gauche du PS sur le modèle de Die Linke. Mais comme nos partenaires de gauche voulaient tout à la fois conserver leurs identités politiques (à commencer par le PCF) et faire alliance, la solution passait par la construction du Front de gauche : celui-ci a été initié dans les élections européennes de 2009 puis vu l’engouement qu’il a produit il a su traverser les échéances locales toujours délicates (des élections régionales en 2010 et cantonales en 2011) avant de prendre l’envol qu’on connaît dans la mère des batailles de l’élection présidentielle. Cette construction originale à la gauche du PS nous a amené à concevoir un Parti différent : d’abord par son nom qui laisse ouvert à toutes origines à gauche et il est vrai que nous nous y retrouvons d’origines diverses : anciens socialistes, anciens communistes, anciens trotskystes, anciens issus du républicanisme chevénementiste, ou anciens membres de partis écologistes, voire anciens anarchistes ou anarcho-syndicalistes, et très souvent sans appartenances politiques préalables syndicalistes ou militants associatifs ou laïcs ou tiers mondistes qui voient la nécessité d’un engagement politique ; ensuite ces origines différentes ne sont pas dans le PG des identités auxquelles nous nous accrochons et bien au contraire en nous définissant comme un parti creuset nous cherchons à reprendre ce qu’il y a de meilleur dans toutes ces traditions pour définir un horizon émancipateur et révolutionnaire pour le temps présent ; enfin parce que justement nous sommes partisans d’un parti unique à la gauche du PS pour nous le PG est transitoire, ce n’est pas une fin ce n’est qu’un moyen et qu’une étape.  Cette méthode a marché : lors du premier congrès en février 2009 nous étions 3500 (et 80 dans le 34) puis lors du 2ème congrès au printemps 2011 nous étions 6000 (dont 140 dans le 34) et fin décembre 2012 en adhérents à jour de leurs cotisations nous sommes plus de 12 000 en France et plus de 350 dans l’Hérault et plus de 700 dans la région Languedoc Roussillon. Cette progression est extraordinaire et significative.

Cela nous oblige à deux choses à mon avis : une concerne le fond de notre programme et l’autre concerne la forme parti elle-même. Le programme : le PG a été à l’initiative de deux éléments programmatiques essentiels qu’il lui faut approfondir.  D’une part le concept de révolution citoyenne qui contient la forme que peut prendre l’émancipation contemporaine qui doit mêler à la fois mobilisations sociales et participation électorale en s’inspirant des modèles sud américains ; la révolution citoyenne réunifie l’exigence démocratique sur le plan politique et l’émancipation sur le plan social ; Elle inspire tous nos actes. Or dans ce domaine nous restons trop souvent au slogan et il faut apprendre à tous les échelons (nationaux comme locaux) à lui trouver des traductions précises qui mettent en œuvre cette radicalité concrète qui la caractérise.  Le deuxième concept essentiel est celui de « planification écologique » qui nous permet aujourd’hui de redéfinir un projet socialiste pour le 21ème  siècle : l’écosocialisme. On aura l’occasion d’y revenir puisqu’après le succès des assises nationales de l’écosocialisme le 1er décembre nous préparons des assises régionales à Clermont l’Hérault le 26 janvier 2012. La deuxième obligation concerne la forme parti : car cette forme parti  est à la fois indispensable et en même temps à dépasser. Indispensable car sans cette organisation en parti nous n’aurions rien pu faire car nous aurions été dépendants des puissants. Le parti est une condition de l’indépendance et donc de notre liberté. Mais en même temps il nous faut savoir dépasser cette forme. Sans le savoir nous véhiculons encore des formes d’organisation du passé qui sclérosent la vie politique.  Cet apprentissage d’un nouveau système partisan émancipateur ne se fera pas en un jour mais il faut toujours l’avoir à l’esprit. J’aurai l’occasion d’y rentrer en détail dans la préparation de notre congrès ;  mais juste une remarque : quand nous avons un débat interne faisons le en imaginant qu’il est public et que tout le monde peut  nous voir et nous entendre. Nos paroles doivent être claires et compréhensibles de tous. Cette façon ouverte de nous construire est vitale et conditionne le fond programmatique comme la stratégie. Avec un parti de plus de 12 000 le PG est à l’épreuve de la maturité où il doit à la fois conserver son élan révolutionnaire et s’assurer de son efficacité dans l’action. Et cela il doit le faire en gardant au cœur du Front de gauche sa perspective de l’unité de l’autre gauche capable d’offrir une alternative gouvernementale à la soumission socio libérale.

Deux mots sur Dolez. Il est effectivement triste de le voir partir. Mais cela ne m’étonne guère. On ne l’a guère entendu depuis les débuts du PG et nous avions eu l’occasion de l’accueillir à Montpellier en février mars 2011 et j’avais ressenti chez lui déjà une crainte que le PS nous fasse payer notre indépendance en se reportant mal sur nous au second tour. Bref sa réélection semblait passer avant notre indépendance politique. Ce qu’il affirme dans sa tribune à Libération est le contraire de ce que défend le PG et notamment ce que j’ai développé ci-dessus. Il est donc normal qu’il s’en aille. Simplement il aurait mieux valu qu’il le dise avant que le PG lui donne l’investiture ! et qu’il se fasse réélire en toute clarté sur ses bases. Cela est d’autant plus dommage qu’au moment même où il quitte le PG des élus socialistes régionaux du Nord quittent le PS et rejoignent le PG pour former un groupe au conseil régional avec des élus écologistes en rupture avec EELV. Cela m’amène au mandat d’élu local qui est le mien.

Maire et conseiller de l’Agglomération de Montpellier : respecter le mandat du peuple !

Pas ici de compte rendu de mandat car ce n’est pas le lieu dans ce blog personnel, mais juste partager une analyse et un sentiment. J’ai été élu maire de ma commune de 6000 habitants en 2008 sur une liste citoyenne qui certes avait l’investiture des partis de gauche mais qui était avant tout soudée par son projet ; et depuis je ne me pose qu’une seule question à toutes les étapes de ce mandat : rester fidèle à appliquer le mandat que les électeurs m’ont donné en votant pour notre programme, ce qui semble être une exigence impérative. J’applique avec scrupule ce programme qui soude mon équipe quelque soit la diversité de ses origines ou ses différences politiques et philosophiques A chaque nouvelle étape se présentant, je lui soumets la question. Et quand il m’est arrivé de l’oublier elle ne manque pas de me le rappeler. Et pour moi cela est une force. La preuve : lorsque l’un des élus de mon équipe a pris prétexte de ma participation à la création du PG fin 2008 pour rompre avec cette liste il est parti…seul ! Et pour cause puisque y compris lui-même reconnaissait que je restais fidèle au mandat reçu par le peuple. Ce beau mot de « mandat » donne tout son contenu à la fonction d’élu et c’est sous cet angle – le respect du mandat – que les citoyens doivent exercer le contrôle permanent le plus vigilant des élus.

Je ne m’étendrais pas ici sur l’exercice de la mandature de maire car j’aurai l’occasion d’y revenir. Ici je voudrai dire un mot sur mon mandat de délégué à l’Agglomération de Montpellier. Je rappelle d’abord que c’est un mandat indirect et non pas directement issu du vote populaire. C’est le conseil municipal qui m’y a élu (à l’unanimité d’ailleurs !) et je ne manque pas de rappeler cet aspect indirect régulièrement au conseil d’agglo et ce rappel d’un certain déficit démocratique ne manque pas d’en énerver plus d’un. Naturellement je ne défends au conseil d’agglo que des positions qui ont l’assentiment de ma majorité municipale. C’est une forte contrainte mais une contrainte démocratique créatrice. J’y ai le sentiment parfois d’être un des rares à fonctionner ainsi ! Or ces deux derniers mois l’Agglomération de Montpellier a traversé des turbulences où j’ai été amené en accord avec ma majorité municipale à marquer ma différence :

1) Refus de cette ostentatoire et dispendieuse campagne de promotion de la marque « Montpellier Unlimited »  (avec toujours inscrite à côté le nom du président de l’agglo) ; je n’acceptais pas qu’on transforme Montpellier en marque comme une savonnette ou un hamburger ; j’ai été le premier à dénoncer cela et j’ai été suivi à l’unanimité par mon Conseil Municipal. Mais derrière il y a plus : car cette opération relève d’une stratégie de compétition entre les territoires présentée comme l’Alpha et l’Omega de la croissance et de l’emploi. Je refuse cette logique de la compétitivité territoriale et lors des élections locales de 2014 et 2015 il faudra être porteur d’un projet alternatif à celui là en prônant la coopération entre les territoires fondée sur la relocalisation des activités et la solidarité

2) Refus de la hausse d’une fiscalité locale particulièrement injuste qu’il s’agisse des cotisations payées par les petites entreprises alors que celles des grosses diminuent et surtout refus de la hausse de la taxe d’habitation, impôt particulièrement injuste qui frappe les plus modestes beaucoup plus fort que les autres. Les collectivités locales doivent exiger la réforme fiscale nationale au lieu de se rabattre sur leurs populations.

3) Défense du service public pour la gestion des biens communs. J’ai déjà marqué mon opposition en votant contre la privatisation du service funéraire ; Et maintenant nous allons nous engager dans la campagne pour la mise en place d’une régie publique de l’eau à l’échelle de l’agglomération puisqu’elle a récupéré cette compétence. Là nous sommes heureux d’accueillir le 12 février prochain avec le collectif « eau secours 34 » mon camarade Gabriel Amard, président de la Communauté d’Agglomération des lacs de l’Essonne et qui a organisé le retour de l’eau en régie publique. Ce dossier va être au centre des débats locaux des prochains mois.

Il ya d’autres sujets sur lesquels on aura l’occasion de revenir mais sur ce blog politique personnel je ne cherche pas du tout à rendre compte de mon mandat mais simplement à montrer comment une stratégie nationale de radicalité concrète peut trouver des traductions vivantes et directes dans l’exercice d’un mandat local.

Lectures de fin d’année.

Quand ma femme m’a vu prendre plein d’ouvrages de Rousseau pour partir quelques jours en congés, elle s’est foutue de moi : « Tu repasses ton bac philo ? ». En effet j’ai été pris d’une envie irrépressible de relire le sublime Jean-Jacques. Lors de mes 17 ans (il y a bientôt cinquante ans !) c’est Rousseau qui m’a mis sur la voie qui fut ensuite la mienne jusqu’à ce jour. C’est lui qui m’a débarrassé définitivement de cette obsession du péché originel que toutes les religions du Livre cherchent à faire peser sur chaque conscience individuelle, puissante opération de soumission des consciences à l’ordre du monde. Pour moi ce fut un jour lumineux de novembre 1965 lorsque  la lecture de Rousseau m’a fait clairement comprendre que nous n’avions aucune responsabilité mais que la société portait elle cette responsabilité et que ce que nous devions faire c’était d’œuvrer à changer la société des hommes. J’ai un souvenir quasi physique de cette expérience de lecture adolescente et cela fait des années que je m’étais juré de relire Rousseau ; m’apercevant que l’année du tricentenaire de sa naissance allait se terminer (heureux chambériens qui ont eu tout le loisir de l’honorer cette année avec de multiples rendez vous culturels !) sans que je n’honore cet engagement de relecture alors je suis parti avec le Contrat social, Emile, le discours sur l’origine de l’inégalité et quelques autres textes (vous vous rendez compte : j’ai même emmené la Belle Héloïse malgré le sentiment d’ennui que ce texte m’avait procuré en son temps surtout sa deuxième partie). Bref je vous raconterai peut être ce qu’a donné cette cure hivernale de Rousseau.

Mais ne vous en faites pas j’ai aussi pris  d’autres ouvrages ; en sciences sociales je viens de finir « la crise qui vient » de Laurent Davezies qui montre bien les effets différenciés de la crise actuelle selon la structure économique des territoires et il souligne notamment les effets de la baisse des dépenses publiques sur les territoires qui vivent le plus de la redistribution sociale et républicaine. C’est une mine de réflexion pour redéfinir une nouvelle politique d’aménagement du territoire.  Je me fixe maintenant la lecture du dernier ouvrage de l’anthropologue génial Alain TESTART : « Avant l’histoire. L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac » (chez Gallimard) ; ne croyez pas que je fuis mon temps pour me réfugier dans la préhistoire ! En étudiant l’évolution des premières sociétés humaines Testart interroge l’évolution des sociétés humaines en général. J’ai adoré les textes précédents d’Alain TESTART soit ses textes anthropologiques sur le néolithique soit sa thèse en  épistémologie des sciences sociales que je partage totalement (et à laquelle j’avais consacré une partie d’une note en février 2011); je ne manquerai pas de vous en rendre compte. Par ailleurs je reste fidèle à mes refuges habituels : un roman (« Léon et Louise » par Alex CAPUS chez Actes Sud) et bien sûr quelques perles poétiques sans lesquelles j’étouffe.

Bon j’ai été trop long et je vous souhaite à tous une bonne fin d’année et profitez en bien avant que le début de l’année 2013 nous happe dans son tourbillon.

René REVOL