De la crise politique en France

(Note du 5 avril 2011) 

Voilà trois semaines que je n’ai pu dégager du temps pour ce blog. La charge d’un  fort investissement municipal d’une part et d’autre part l’accompagnement des candidats du Front de gauche dans les élections cantonales m’ont largement mobilisé, sans oublier bien sûr le Concours de Normale Sup que je « passe » chaque année depuis vingt ans avec mes étudiants : nous sommes désormais à 15 jours du concours et la pression sur le prof est proportionnelle aux angoisses intellectuelles des étudiants…  Je ne m’en plains pas, c’est une joie qui me manquera l’an prochain quand j’aurai fait valoir mes droits à la retraite, mais en attendant çà carbure !

Dans ma note précédente, le 14 mars, je parlais d’état d’urgence, suite aux conséquences de la catastrophe nucléaire au Japon et à l’annonce d’une percée du Front national dans les sondages. Depuis les faits ont largement confirmé mon propos. Je ne reviendrai pas ici en détail sur la situation japonaise. Elle pose au monde entier la nécessité d’une sortie maitrisée du nucléaire ; chacun comprend bien que cela n’est possible que si on arrête de confier au privé la gestion de nos industries énergétiques et qu’on s’engage dans une planification écologique. « Ecologie » « Socialisme » « République » sont les trois principes que le Parti de Gauche affiche sous son sigle. Ecologie et socialisme sont indissociables car renoncer à la course au profit et protéger  l’écosystème humain vont de pair. Cela suppose deux impératifs contenus dans l’exigence républicaine : remettre aux commandes la souveraineté populaire et donner la priorité à la res publica, la chose commune, le bien commun, l’intérêt général. Rien de neuf dans tout cela mais ce qui est nouveau, c’est de voir de plus en plus de nos concitoyens de tous les horizons s’orienter aujourd’hui dans cette direction, suite aux catastrophes engendrées par le système dominant.

J’aurais l’occasion dans une autre note de revenir sur la planification écologique en détail notamment en le déclinant à travers l’action locale.  Je voudrais insister aujourd’hui sur la signification des élections cantonales en général comme dans mon département de l’Hérault. Les caractéristiques majeures de ce scrutin sont à mon avis les suivantes :

1) Une abstention massive. Il ne faut pas avoir fait campagne pour oser dire que cela n’est qu’un oubli, par la faute aux médias qui n’en ont pas assez parlé. Combien de fois ai-je entendu dire «  A quoi çà sert de voter puisque c’est toujours la même chose quelque soit l’élu, et que notre situation empire ?».
Ce sentiment est partagé par la majorité des abstentionnistes qui décident d’exprimer leur défiance politique explicite en n’allant pas voter.
Ces vingt dernières années on est passé d’une « abstention en creux », c’est-à-dire d’une abstention liée au désintérêt pour la chose publique ou liée à une faible implication sociale, à une « abstention en bosse » c’est-à-dire volontaire pour manifester ainsi  son rejet du système politique et de l’offre politique. Si ces deux composantes de l’abstention sont présentes depuis longtemps dans les enquêtes d’opinion, la nouveauté est que la deuxième composante semble devenir majoritaire. Lutter contre l’abstention ne passera pas par un discours civique moralisateur, mais en apportant la preuve par l’exemple. Nous réussirons à faire baisser l’abstention par une mobilisation citoyenne qui propulse des élus nouveaux, fidèles à leurs engagements. L’étude précise des listes électorales de la Paillade démontre que le fait d’avoir choisi comme candidat du Front de Gauche un enfant du quartier et d’avoir ancré la campagne sur une mobilisation citoyenne a permis de faire revenir vers les urnes des abstentionnistes de longues dates (dont certains qui croyaient ne pas être inscrits). 

2) Le bouleversement à droite constitue un séisme politique dont nous devons tirer toutes les conséquences. D’une part prenons la mesure de l’affaissement inégalé de l’UMP (pourtant parti unique de la majorité présidentielle) ; il est assez exceptionnel que sur certains bureaux l’UMP avec 10% fasse moins dans l’Hérault que le Front de gauche ! Quand on regarde de prés les bureaux de vote de mon village il apparaît nettement que l’électorat UMP est nombreux à être resté à la maison ; dans le canton en général on peut le répartir en trois tiers : un tiers d’abstentionnistes, un tiers pour leur candidat, un tiers vote FN.

D’autre part le deuxième fait majeur est le fait que le FN est devenu un concurrent direct de Sarkozy et de l’UMP pour diriger la droite. En LR et dans l’Hérault il a largement dominé de plus de 10 points l’UMP. Une bonne partie de l’électorat de la droite parlementaire a décidé de changer de chefs, car la culture de la droite c’est de s’en remettre à un chef. Sarkozy étant massivement désavoué, sans être à ce jour remis en cause par son camp, le choix se porte sur Marine Le Pen.
Un mot sur un débat que nous avons eu au PG : certains prétendaient que les sondages étaient bidonnés et que MLP était surévaluée. Si bien sûr les sondages peuvent être d’une part amplifiés et d’autre part mis en scène pour assurer une promotion médiatique honteuse de la fille « mieux que le père », nous étions nombreux à penser que ces sondages traduisaient un mouvement réel : les faits nous ont donnés raison. L’analyse des votes FN doit être faite finement. Si je regarde les deux cantons où je vis et milite : à Montpellier 10 (Montpellier, Grabels, Juvignac) il y a une forte progression du FN dans les zones pavillonnaires ou de petits ensembles privés, surtout dans ceux proches des quartiers les plus populaires, par contre dans la partie populaire notamment le canton Montpellier 9 (La Paillade) il y a un recul en pourcentage et en voix du FN. Si les sondages sortie des urnes nous donneront plus d’indications, il apparaît qu’il n’y a pas de progression proprement ouvrière et populaire du FN, que c’est l’électorat populaire UMP (car il y toujours eu un électorat populaire de droite) qui quitte Sarkozy pour Le Pen. Ce mouvement est encore plus net dans les couches moyennes appauvries et menacées de déclassement ou travaillées par la peur du déclassement. Cette subite radicalisation à l’extrême droite de la petite bourgeoisie avait été bien analysée dans les années trente ou chez certains sociologues sur « l’extrémisme politique du centre social en période de crise » (Lipset).

Mais qu’est ce qui fait que ces couches sociales se tournent vers le FN ? Deux éléments à cette étape, A) Ils ont été encouragés par la droite sarkozyste elle-même : débats et positions prises sur l’identité nationale, les Roms, l’islam, le discours de Grenoble, les petites phrases de Hortefeux jusqu’aux dernières de Guéant avec sa « croisade » et autres « on ne sent plus chez soi ». Tout cela légitime le Pen aux yeux du grand nombre. B) Quant à la gauche officielle qui apparaît sans chef ni véritable programme, elle ne constitue pas une force d’attraction. La classe moyenne apeurée ne suivra la gauche que si celle-ci donne le sentiment d’être déterminée à changer leur situation concrète. Les communicants ne se rendent pas compte des dégâts qu’ils ont causé avec leur reportage sur DSK à Canal+ : arrogance, richesse et distance avec le peuple s’étalaient au grand jour ! Je ne vois pas comment la « gauche FMI » pourrait attirer ces électeurs… sans parler de l’électorat populaire de gauche ! La gauche doit se présenter comme puissante et déterminée à rompre avec la situation existante, c’est la condition pour que le FN reflue. Et puis être au contact sur le terrain : de ce point de vue il est significatif qu’en construisant une candidature populaire et unitaire du Front de gauche sur la Paillade nous ayons éliminé le FN du second tour. C’est la perspective nationale que nous devons nous fixer. La « gauche FMI » ne pourra jamais reconquérir l’électorat populaire qui s’abstient ou s’abandonne, qui ne se laisse plus convaincre par le vote utile.

Prenons la mesure de la situation qui s’est ouverte en mars : l’ouverture de la crise politique en France. Crise politique car nous assistons à une vraie crise de la domination politique. Le Président de la République est transformé en politicien de bas étage pris dans une course effrénée pour sauver sa situation ; sa majorité est prise en tenaille entre résister ou céder au FN. Le président a manifestement fait le choix de la stratégie de droitisation à outrance de son conseiller Patrick Buisson (ancien directeur de rédaction de Minute), d’où le Ni Ni entre vote PS et vote FN, et la relance d’un débat de fait sur l’islam. Cette crise ne va pas seulement accélérer les fractures au sein de la droite, elle atteint aussi la légitimité du président, sa légitimité à être le chef des armées et de décider de frappes en Lybie ou en Côte d’ivoire, comme sa légitimité à porter une quelconque des « réformes » qui viennent. De ce point de vue avril mai 2012 est encore loin et la crise politique va creuser largement son sillon, menaçant l’équilibre même du pouvoir comme le montre la pression pour qu’il se sépare de Fillon. 

4) Les résultats à gauche sont tout à fait intéressants. Le PS est majoritaire mais avec une diminution de ses voix parfois très significative. Le PS n’est pas hégémonique. Il doit composer avec les deux autres forces qui émergent à gauche : Le Front de Gauche, désormais deuxième force à gauche localement comme nationalement, et Europe Ecologie Les Verts.
Dans le Languedoc Roussillon les résultats sont les suivants : PS 28.31 – FdG 11.38 – EE-LV 8.66

Ces résultats montrent que le PS ne peut prétendre à représenter seul la gauche, ni revendiquer des ralliements sans condition de ce qu’il considérait autrefois comme des confettis de la gauche. Mais ces résultats montrent aussi que le mouvement engagé aux européennes et aux régionales où le FdG, nouvelle offre à gauche, atteignait déjà plus de  8% a continué de plus belle avec une moyenne de plus de 11% dans la région et 10% nationalement ce qui en fait la deuxième force à gauche. Ce résultat des cantonales confirme aussi la pertinence d’une union de la gauche de transformation sociale. Cela est très visible dans l’Hérault également : là où le PCF a joué le jeu du Front de gauche en s’alliant avec le PG et la GU en affichant nettement la perspective du Front de gauche les résultats sont là.

C’est notamment le cas à Montpellier où tous les candidats progressent nettement par rapport à 2004 et par rapport aux européennes et régionales. C’est le cas notamment avec le candidat PCF dans le 7ème canton (malgré la concurrence du NPA) et le candidat PG dans le 10ème canton qui font tous les deux plus de 10%, dépassant les 20% dans plusieurs bureaux populaires (Petit bard, la Valsière), la progression étant nette non seulement depuis 2004 (où le FdG n’existait pas) mais aussi par rapport aux européennes et aux régionales. C’est le cas bien sûr dans le canton 9, territoire éminemment populaire de la Paillade, où la candidature citoyenne de Mohamed Bouklit, présentée par l’association « Front de gauche des quartiers populaires » et les composantes politiques du Front de gauche, a réalisé un magnifique score de 22% éliminant le FN (qui avec 20% recule en voix et en pourcentage) et l’UMP (5%), se qualifiant ainsi pour le second tour dans le canton du Président du Conseil Général en ballotage avec un peu moins de 50% des voix. J’aurai l’occasion de revenir plus loin sur les raisons de la présence du Front de gauche au deuxième tour de ce canton, mais soulignons dans l’immédiat les vertus d’une part de l’union de l’autre gauche et d’une campagne dynamique sur le terrain avec des candidats issus de ces quartiers. De ce point de vue la stratégie d’une partie du PCF de l’Hérault hostile au Front de gauche et présentant des candidats exclusivement PCF (n’hésitant pas en même temps à utiliser au dernier moment le sigle Front de gauche pour gagner des voix… comme quoi le sectarisme n’exclut pas l’électoralisme !)  a subi un cuisant échec : ainsi à Clermont l’Hérault le PCF qui avait atteint jusqu’à 30% des voix dans ce canton obtient 5% dans une candidature de division contre la candidate PG du Front de Gauche alliée avec des Verts qui partageaient un combat citoyen local et qui a obtenu plus de 11% dans un contexte de cinq candidatures concurrentes à gauche. Il en va de même pour le NPA : là où il s’unit avec le Front de gauche comme à Ganges il obtient plus de 11% et là où il est solitaire il est en dessous de la barre des 5%, même quand il a un bon candidat comme le conseiller municipal de Montpellier, syndicaliste, connu pour ses combats politiques et sociaux sur la ville.

Bref le Front de gauche a de l’avenir si il est à la fois uni et ouvert ; uni dans toutes ses composantes actuelles qui doivent confirmer leur volonté de travailler ensemble et de concert pour les prochaines échéances, ouvert aux autres composantes de la gauche de transformation sociale (comme dans cette campagne l’a montré soit avec la présence active de la Fase ou du NPA dans certains cantons de la région, notamment dans l’Aude), ouvert aussi à une meilleure représentation des citoyens mobilisés sur le terrain, souvent non inscrits dans une organisation politique. Ainsi a-t-on vu naître dans ces deux mois dans l’Hérault deux associations : d’une part une association départementale du Front de gauche permettant aux citoyens non encartés d’adhérer et de militer dans un cadre commun avec les organisations membres du Front de gauche et les comités locaux unitaires du Front de gauche vont se structurer dés ce printemps ; d’autre part « le Front de gauche des quartiers populaires » né à la Paillade qui engage la même démarche en cherchant à construire une nouvelle représentation des quartiers populaires de Montpellier. Le « Front de gauche des quartiers populaires » a déjà pris les dispositions pour continuer sa mobilisation civique et politique dans les quartiers populaires de Montpellier.  Déjà dans les autres villes de la région, et en banlieue parisienne cette initiative trouve un écho.  

Le Front de gauche a donc atteint son objectif en réalisant un score à deux chiffres. Ce n’est pas là une fierté mal placée car elle revêt une importance particulière. Le Front de Gauche devient ainsi une alternative crédible à l’échelle du pays et son objectif d’être une force candidate au pouvoir n’est pas hors d’atteinte. Car le front de gauche offre un axe stratégique pour combattre le FN et le défaire. Cela est un débat fondamental à gauche. En effet certains croient à gauche que face au FN il suffit de tenir le bon vieux discours antifasciste mêlant un moralisme très général et un appel au rassemblement des républicains. S’il va de soi qu’il faut en toutes circonstances (notamment électorales) tout faire pour que les électeurs se rassemblent pour battre le FN, cela ne saurait suffire. Comme je l’ai expliqué plus haut le FN se nourrit de la désespérance sociale et de la peur du déclassement en offrant une image de force et de détermination. La majorité de ses électeurs ne  se détourneront de lui que si se constitue une gauche qui démontre une détermination à changer leurs conditions d’existence, une gauche qui ne soit pas un mélange de moralisme béat et de résignation à l’Europe libérale et à la mondialisation capitaliste, une gauche prête à gouverner directement en disant les mesures immédiates qu’elle sera capable de prendre pour lutter contre le chômage et la misère, capable de garantir la santé et l’éducation, capable de préserver notre environnement. Comme l’ont dit les candidats du Front de gauche : « Si vous ne savez pas faire, laissez nous la place car nous nous savons faire. » Une gauche sociale et déterminée peut alors être intransigeante sur les valeurs et les principes en montrant une fermeté sans faille contre le racisme et la xénophobie. Après avoir vu par exemple l’an dernier une majorité de la gauche régionale justifier les blagues nauséabondes de feu Georges Frêche, comment voulez vous qu’on les prenne au sérieux aujourd’hui dans leurs appels à l’union sacrée républicaine ?

Parlons maintenant de l’extraordinaire expérience réalisée à la Paillade, dans ce fameux canton 9, le sortant socialiste étant Président du Conseil Général. Mohamed Bouklit a réalisé 22% au premier tour, éliminant le FN et l’UMP, puis, suite au vote quasi unanime de son Comité de soutien a décidé de se maintenir au second tour face à André Vezinhet qui avait raté de deux points les 50%. Commençons par l’anecdotique : Dimanche 20 entre 22h et 24h pas moins de cinq responsables socialistes (y compris nationaux) m’appellent pour que le candidat du Front de gauche arrivé en deuxième position avec 22% et ayant éliminé de la compétition FN et UMP,  se retire pour laisser comme seul candidat en lice le Président du CG sortant. Je leur fais remarquer que dans une trentaine de cas les candidats EEV et PS communs se maintiennent contre le FdG en appelant la droite à voter pour eux. Quant au choix de maintien ou non au second tour, je leur ai dit que je n’avais aucun pouvoir de décision, qu’ils devaient appeler directement les candidats et qu’il appartenait à l’assemblée citoyenne du FdG du quartier de décider. Ils ne comprirent pas.

Leur conception de la politique exclut que les gens soient égaux ; s’il y a un candidat qui s’appelle Mohamed il ne peut être que manipulé par plus puissant que lui ; ils ne comprenaient pas que le Front de gauche et particulièrement le PG avait construit dans ce quartier une démarche citoyenne pour que le candidat qui sera porteur de notre programme soit issu du quartier et constitue cette nouvelle représentation politique populaire que nous appelons de nos vœux. Ensuite le sortant a fait une grosse erreur quand on lui a demandé pourquoi il n’avait pas répondu à la demande de débat de Mohamed Bouklit : « j’ai pris le parti de l’ignorance. » ; l’ensemble des citoyens porteurs sur le quartier de cette candidature a décidé après mûre réflexion qu’ils maintenaient la candidature au second tour en le justifiant ainsi : « après avoir éliminé le FN à 20% et l’UMP à 5%, on en appelle à tous les abstentionnistes (prés de 70%) pour qu’ils choisissent entre les deux candidats de gauche en étant certain ainsi de ne pas favoriser la droite ». En tant que président du comité de soutien j’ai respecté et assumé leur décision collective et unanime. Je n’ai pas hésité une seconde bien qu’il m’en coûte de m’opposer frontalement à une personnalité avec qui j’ai toujours eu des rapports courtois (à la différence de G. Frêche par exemple). Aussi que n’ai-je entendu entre les deux tours de certains hiérarques ? « Vous vous attaquez à une personnalité imminente du PS » mais jusqu’à nouvel ordre la candidature et le vote sont libres dans notre pays et le souverain final c’est le peuple par son vote auquel tous doivent se soumettre ; « Tu n’auras plus de subvention pour ta commune » mais Frêche m’avait fait la même menace avant mon élection municipale, sans empêcher la transformation de ma commune. Et puis ne serait-il pas temps que les subventions se définissent en fonction de l’intérêt général ? Comme d’ailleurs le Conseil général de l’Hérault entend le faire en rompant justement avec ce genre de pratiques. « Vous allez livrer la Paillade aux islamistes ». Ce dernier « argument » mérite une réponse nette et cinglante : Mohamed Bouklit est un acteur associatif de longue date sur le quartier malgré ses 34 ans, notamment dans la plateforme citoyenne qui défendait des conceptions laïques et républicaines  au grand jour et son programme électoral est d’une grande clarté à ce sujet. D’ailleurs lors d’une des réunions publiques, quand une expression islamiste s’est exprimée contre le Front de gauche, nous n’y avons pas fait obstacle mais lui avons apporté la réponse laïque et républicaine qui s’impose, faisant l’unanimité des soutiens de Mohamed. Cette campagne de dénigrement de sa candidature est non seulement indigne mais témoigne d’une ignorance des réalités et d’un abandon du combat républicain sur le terrain. Enfin j’ai saisi l’occasion pour rappeler à mes interlocuteurs que certains d’entre eux n’avaient pas hésité à l’agglomération de Montpellier à voter ou à laisser voter pour un maire UMP contre un maire de gauche, qu’ils se rappelaient de mon existence quand ils avaient besoin de moi entre les deux tours.

Dans tous les autres cantons j’ai fait mon travail de rassemblement contre la droite et l’extrême droite : dans le canton où se situe ma commune j’ai largement diffusé un appel en tant que maire pour assurer la défaite du FN en votant pour la candidate socialiste arrivée en tête ; j’ai fait de même pour Jean-Pierre Moure, candidat du PS à Pignan, en passant outre à l’attitude qu’il avait eu lors de l’élection des vice présidents de l’agglomération ; et de même dans d’autres cantons du Gard et de l’Hérault. Quant à l’exception du canton Montpellier 9, on ne peut que se réjouir de l’expression d’une nouvelle génération politique de gauche dans ce quartier populaire. Une exception qui ne mettait pas en danger la gauche, ni ne faisait pas des 20% de l’électorat FN et des 5% de l’UMP les arbitres entre le candidat PS et celui du FdeG des quartiers populaires. Ce n’était pas le cas dans le reste de la France pour les socialistes et les écologistes (souvent alliés en l’occurrence) qui ont multiplié les exceptions (une quarantaine environ) pour appeler la droite à la rescousse pour battre un Front de gauche, généralement communiste : dans tous ces cas les électeurs de gauche ont d’ailleurs largement confirmé le Front de gauche. Quant à la Paillade, malgré une pression énorme pour un vote « officiel » (grand bond en avant du vote… dans la maison de retraite !), le candidat du front de gauche est passé de 22 à 34%, augmentant ses voix de 800 votes ce qui constitue une mobilisation exceptionnelle et prometteuse. 

Un espoir est né dans les quartiers populaires de Montpellier et l’aventure va continuer et s’amplifier pour faire émerger de tous les quartiers de Montpellier une nouvelle génération politique qui se structurera dans le Front de gauche des quartiers populaires, élaborant ses exigences sociales et politiques, faisant ses propositions alternatives et prêtes à les porter à toutes les échéances à venir. On aura l’occasion d’en reparler.

Comme je vois que la date anniversaire de la moitié de mon mandat municipal approche, je vais me permettre dans une prochaine note de la saluer par quelques remarques et impressions personnelles.

5 avril 2011
René Revol

Note du 1er mars 2011

Sur la jeunesse

Dans cette note je m’aventure dans quelques analyses sur la jeunesse dans la société actuelle et dans le moment présent du mouvement social.

La présence d’une jeunesse nombreuse, éduquée et sans emploi est au cœur des révolutions arabes en cours. Certains commentateurs veulent en faire une caractéristique propre des pays arabes. Il est vrai que la configuration de la jeunesse dans ces pays est explosive avec les ingrédients suivants : 1) la majorité de la population en dessous de 25 ans suite à l’explosion démographique des années 80 et 90(peu analysée au demeurant), 2) Une caste politique dictatoriale vieillissante et datant d’une toute autre génération ; 3) une jeunesse à la fois éduquée [ suite à la vague de la scolarisation contemporaine qui a d’ailleurs aussi touché les filles (en ce domaine la Tunisie a été pionnière)] et ouverte au monde ; 4) Et surtout une jeunesse qui arrive à la maturité dans des économies totalement livrées à la domination financière qui corrompt et déstructure l’emploi et laisse cette jeunesse sans avenir.

La jeunesse arabe est l’accélérateur de ces révolutions et elle réalise la jonction avec la majorité populaire comme on l’a vu dans les mouvements sociaux tunisiens y compris dans la manifestation de samedi dernier qui exigeait et a obtenu le départ du gouvernement fantoche de la « transition ». Ce n’est pas Facebook qui a fait la révolution, c’est tout aussi stupide que lorsque Louis Philippe accusait la presse d’être la responsable de la révolution de 1848 ! Facebook a été un moyen formidable mais qu’un moyen ; et on le voit bien en Tunisie : le mouvement insurrectionnel a commencé en Tunisie dans le centre du pays, très populaire et peu touristique, suite à l’immolation du jeune vendeur de légumes et de fruits. Ce premier moment était une révolte très populaire avec peu de moyens internet mobilisés ; puis c’est la jeunesse mobilisée de Tunis qui a fait connaître ce mouvement social via les réseaux sociaux sur la toile. Vous connaissez la suite.

Revenons à mon propos : la jeunesse est partout la plaque sensible d’une société et vous voyez à travers elle les soubresauts qui affectent plus sourdement les profondeurs de la société. Nous avons la mémoire courte en France car la jeunesse a récemment donné de la voix et nul besoin de revenir à 1968. Alors que dans les décennies précédentes (70,80,90) nous avions vécu essentiellement des mouvements de la jeunesse scolarisée certes fort significatifs et importants mais assez circonscrits dans une revendication scolaire ou universitaire centralisée contre une mesure du gouvernement, au cœur de la décennie 2000 nous avons fait deux expériences qu’il ne faudrait pas oublier : d’une part ce qu’on appelé les émeutes de la jeunesse des banlieues en octobre novembre 2005 qui avaient tant impressionné le monde des nantis par sa violence éruptive et pour eux inattendue; deux décennies de chômage massif chez les jeunes, un quart d’une génération qui sort chaque année du système scolaire sans aucune qualification et qui se vivent comme des « surnuméraires » pour reprendre l’expression du sociologue Robert Castel, quant aux diplômés qui ont obéi aux exigences officielles de se scolariser le plus longtemps possible et qui ont réussi scolairement ils se heurtent aux années de galère et à la précarité surtout la jeunesse issue de l’immigration. Comment voulez vous que cela n’explose pas dès lors que ces ingrédients s’accumulent au même endroit à cause d’un urbanisme de relégation ? A l’époque des commentateurs rapides dissertèrent sur le fossé qui séparait ces « barbares » d’une majorité silencieuse…Patatras ! Quelques mois plus tard c’était la formidable mobilisation de toute la jeunesse contre le CPE symbole de la précarité de l’emploi qu’on impose aux jeunes. Mobilisation exemplaire dans laquelle la jeunesse entraîne toutes les générations des classes populaires et des classes moyennes. Ces ingrédients sont toujours là et même aggravés par l’ampleur de la crise de 2008 2009 qui a fait repartir à la hausse le chômage et en particulier celui des jeunes, qui reculent dans la file d’attente de l’emploi…Il fallait être bien borné pour s’étonner de cette présence massive de la jeunesse dans le mouvement social de l’automne 2010 contre la « réforme » des retraites.

On peut aller plus loin dans l’analyse de la situation sociale de la jeunesse. Depuis fort longtemps observateurs sociaux et sociologues et ce depuis la fin du 19ème siècle ont souligné la situation de tension anomique qui caractérise cette période où on « devient adulte » (ce qui est la définition même de adolescent). On sort de l’enfance c’est-à-dire d’une période de dépendance et on se dirige vers l’autonomie de l’âge adulte. Un sociologue comme Ralf King Merton avait dès les années 40 aux Etats Unis souligné l’inévitable tension dans la jeunesse entre d’un côté les aspirations croissantes à l’autonomie individuelle (surtout dans une société qui valorise la réussite individuelle) et de l’autre l’absence des moyens de cette autonomie, tant l’absence des moyens symboliques par manque de reconnaissance que l’absence des moyens matériels sont vivement ressenties dans les milieux populaires. Le même auteur soulignait que cela s’aggravait dans la jeunesse issue de l’immigration, chose dont nous ne nous apercevrons en France que trente ans plus tard. Cette tension fut aussi analysée dans le mouvement ouvrier et socialiste car la résolution de cette tension est au cœur des processus d’émancipation humaine qui animent toutes les luttes des exploités. C’est pour cette raison que la jeunesse est toujours au cœur des révolutions ; faut il rappeler par exemple qu’en 1917 l’âge moyen du Parti Bolchevik était de 19 ans (dans une société où on partait travailler à l’usine ou aux champs à 12 ans !)

Mais dans notre société française contemporaine cette période de jeunesse s’est allongée et les frontières entre les âges s’estompent, ce qui aggrave la situation. Il y a un demi siècle la grande majorité de la jeunesse ne faisait guère d’études et la jeunesse se vivait entre deux bornes : la sortie de l’école élémentaire en moyenne vers 12 ans et demi avec ou sans le certificat d’études et la fin se situait dans la conjonction d’une insertion professionnelle stable vers 17 ans, une installation matrimoniale vers 19 ans, le premier enfant pour la femme vers 20 ans et l’intégration civique pour l’homme à 21 ans avec le service militaire obligatoire et le droit de vote. Entre les deux la jeunesse est donc la période assez courte de l’apprentissage, avec une forte identification aux groupes sociaux d’appartenance qui sont très souvent les groupes sociaux de référence vers lesquels on se dirige. Ce monde a disparu et la jeunesse s’est transformée. D’une part la jeunesse s’allonge considérablement et on ne sait plus quand elle commence et quand elle finit. La jeunesse française est scolarisée en moyenne jusqu’à 19 ans or la scolarisation a la vertu d’augmenter les aspirations tout en restant dans un statut d’assisté sans aucune autonomie financière. La scolarisation de masse après 16 ans se fait sans que la jeunesse soit accompagnée financièrement et cela accroît la tension anomique. Il y une dizaine d’années, mes étudiants de prépa avaient fait une enquête sociologique dans mon lycée (lycée de centre ville traditionnel) sur le travail lycéen et établirent que 5% des lycéens travaillent à plein temps donc y compris pendant les périodes scolaires (stupeur en salle des profs ! « Comment font ils ? » « la nuit et le week-end ! chers collègues » « mais alors ils peuvent pas travailler en classe normalement » …je voyais littéralement le monde social faire irruption dans le monde scolaire feutré des prépas) plus 12% travaillent à temps partiel pendant la période scolaire et la majorité travaille au moins un mois l’été….On pourrait aussi sortir les statistiques de l’observatoire de la vie étudiante. Bref la revendication d’un revenu d’autonomie pour tous les jeunes en formation est une exigence centrale (quand je pense qu’elle fait partie du programme de l’UNEF depuis la déclaration de son congrès fondateur de Grenoble …en 1946 !).

Cette période de scolarisation plus ou moins longue et diversifiée fait que la majorité des jeunes font l’expérience de cet âge dans le cadre scolaire. Quant aux bornes de sortie de la jeunesse elles se sont nettement brouillées : l’intégration civique prend plus la forme de la première manif avec un service militaire supprimé et le vote à 18 ans, l’intégration professionnelle se fait sous le mode de l’alternance entre chômage, stages, emplois précaires avec un Cdi qui arrive en moyenne juste avant les trente ans (comment voulez vous qu’ils acceptent alors 42 ans d’activité pour avoir droit à la retraite à taux plein !), quant à l’installation en couple elle relève plus d’expérimentations successives avec une arrivée du premier enfant pour la femme désormais en moyenne à l’âge de trente ans. Cet allongement et cette indétermination sociale et professionnelle de la jeunesse accroît la tension anomique entre l’ampleur des aspirations à l’autonomie qui se réalise certes dans beaucoup de domaines de la vie sociale (comportements sexuels adultes, expression culturelle propre…) mais avec un manque crucial de moyens pendant plus d’une dizaine d’années si ce n’est plus. Cette configuration est explosive et fait de la jeunesse de nos sociétés européennes un des ingrédients de la révolution citoyenne qu’on sent gronder chez nous.

Dans ce cadre commun, les situations sont différentes selon les modèles sociaux européens c’est-à-dire selon les modèles d’états providence, les modèles familiaux, les conquêtes sociales ou les influences religieuses….Une bonne mesure de ces différences consiste à observer l’âge médian du départ définitif de chez les parents : Danemark, Suède, Finlande : 20 ans
Royaume Uni 21 ans
France, Allemagne, Benelux : 23 ans
Autriche 25
Grèce, Espagne, Portugal, Irlande : 27 ans
Italie 28 ans.

Les modalités du vécu de cette période de tension propre à la jeunesse ne sont donc pas les mêmes selon les modèles sociaux. Une publication réalisée en 2008 nous éclaire à ce sujet. Dans « Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe » (PUF 27€) l’auteur, Cécile Van de Velde, distingue quatre grands modèles européens du vécu de la jeunesse :

1) « Se trouver » qui domine par exemple dans le monde scandinave avec une forte aspiration à l’autonomie, un départ précoce de chez les parents qui est garanti par un véritable salaire étudiant, mais cela va de pair avec une longue période de mobilité et d’expérimentation sociale et professionnelle avant stabilisation. L’allongement de la jeunesse est ici aussi sensible mais l’anomie est moindre car plus de moyens sont donnés à l’autonomie, la jeunesse se révoltant lorsque les politiques libérales envisagent de réduire ces moyens.

2) « S’assumer », logique dominante chez les jeunes britanniques où l’on part assez tôt du domicile parental mais pour vite intégrer des jobs souvent précaires et incertains ; les études étant de plus en plus payantes ils sont contraints de travailler. La logique individualiste du modèle libéral anglais pousse les jeunes à chercher à se débrouiller par eux-mêmes …jusqu’à ce qu’ils répondent à cette pression sociale soit par la délinquance (très forte en Angleterre) soit par des maternités précoces parmi les filles des milieux populaires qui se trouvent ensuite seules avec un enfant et une modeste allocation récemment diminuée (les mères précoces une triste particularité britannique), soit enfin par la révolte comme on l’a vu à l’automne avec les étudiants anglais massivement mobilisés contre la hausse des tarifs d’inscription universitaire.

3) « Se placer » dont la jeunesse française est significatif. L’aspiration à l’autonomie et au développement personnel y est également forte mais elle est bridée par une double exigence d’intégration sociale : les études et le diplôme sont considérés comme centraux et déterminants pour le reste de la vie et la sécurité n’est assurée que lorsque un « vrai » travail est enfin trouvé. D’où une extrême sensibilité de la jeunesse française à l’égalité dans les études et contre les mesures discriminatoires dans ce domaine mais aussi une révolte contre la précarité. Le feu couve à nouveau sur ce sujet comme en 2006.

4) « s’installer » qu’on repère bien chez les jeunes espagnols où la conjonction du chômage massif des jeunes de moins de 25 ans, l’absence d’aides financières aux jeunes, la cherté inouïe du logement, le poids idéologique et aussi religieux d’une vision de l’installation comme avant tout une installation matrimoniale et familiale, tout cela explique une situation de cohabitation avec les parents dans tous les milieux sociaux ce qui est un ferment de crise permanente dans la jeunesse.

On le voit : la jeunesse est en Europe est sous tension et elle participera activement aux mouvements sociaux qui viennent. Elle sera un acteur décisif de la révolution citoyenne comme elle l’est dans les révolutions démocratiques depuis dix ans en Amérique Latine ou comme elle l’est dans les révolutions arabes depuis deux mois.

Encore faut il que tous les acteurs politiques à commencer par ceux qui se réclament du changement lui fassent toute sa place. Et dans ce domaine le retard est criant….par exemple en cette période d’élections cantonales on peut remarquer dans mon département que sur les 49 conseillers généraux il y a seulement deux femmes (ça c’est un scandale que tout le monde connaît) mais il y a seulement deux élus de moins de 40 ans et 0 de moins de 30 ans. Et pour finir par un petit cocorico PG nous sommes assez fiers sur mon canton que le PG présente comme candidat Front de gauche un jeune de 28 ans, Lionel Descamps, qui fait une campagne de terrain exceptionnelle. J’espère que les électeurs de mon canton auront l’audace de le propulser sur le devant de la scène car il a toutes les qualités et toutes les compétences pour assumer une responsabilité politique.

Place à la jeunesse au cœur de la révolution citoyenne en marche !

La Révolution citoyenne en Tunisie : un exemple pour tous à commencer…par la France !

Dans cette note je vous parle de la révolution  tunisienne, des conséquences concrètes de la politique gouvernementale sur une petite commune comme celle dont je suis le premier magistrat, de la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Les obligations nombreuses de la rentrée de janvier plus une mauvaise grippe m’ont tenu éloigné du clavier mais c’est avec joie que je retrouve mon blog pour vous dire l’engouement qui a été le mien en suivant heure par heure ce qui s’est passé (et se passe encore) en Tunisie. Pas pour revenir sur les évènements mais pour en donner mon analyse.

 La révolution démocratique tunisienne. D’abord rappelons que le régime dictatorial de Ben Ali était soutenu activement par le gouvernement français comme par les dirigeants socialistes, puisque Ben Ali et son parti étaient membres de l’Internationale Socialiste ! Ceux-ci se répandent en déclaration de soutien au mouvement démocratique tunisien ; ils devraient avoir la décence d’abord de s’excuser d’avoir soutenu Ben Ali. Quant à Madame Alliot-Marie elle devrait démissionner sur le champ si elle voulait sauver l’image de la diplomatie française aux yeux des peuples du monde entier. Je lis dans des journaux que « c’est toute la classe politique française qui a soutenu Ben Ali», cela est faux car l’honneur de la République Française a été sauvé par le combat de solidarité avec les opprimés tunisiens mené depuis des années par le PCF, le Parti de Gauche, le NPA et toutes les organisations de l’autre gauche, auquel il faut ajouter la Ligue des Droits de l’homme et nombre d’associations et de personnalités démocratiques.

Quant à la dynamique des évènements, il ne faut pas oublier la première étape. Face à la crise alimentaire de nombreux pays du Sud sont obligés de subventionner les produits alimentaires de première nécessité pour permettre à leurs peuples de manger à leur faim. Cela a naturellement creusé les déficits budgétaires et donc la dette publique de ces pays. Et que fit le FMI ? Au lieu de soutenir ces pays par une redistribution mondiale des richesses (comme le proposa à l’origine le représentant français lors de la conférence de fondation du FMI en 1944, un certain Mendès-France !), le FMI réclama de ces pays de faire les « réformes structurelles » consistant à privatiser l’économie et à diminuer les subventions publiquesalimentaires. C’est la voie dans laquelle s’engagea la Tunisie de Ben Ali et on a vu le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, en novembre 2008 féliciter chaleureusement le dictateur pour son excellente politique. Les tunisiens n’oublieront ni Madame Alliot-Marie ni Monsieur Strauss-Kahn ! Face à cette politique de hausse des prix alimentaires consécutives à la diminution des subventions (pendant que la famille Ben Ali s’engraissait honteusement aux yeux de tous), cela faisait des mois que les mouvements de protestation se multipliaient notamment sous l’égide de l’UGT. Manifestations, incidents sur les marchés, grèves sporadiques …tout ce que les médias français ne voulaient pas voir jusqu’à ce qu’un vendeur des rues s’immole par le feu et révèle au grand jour une colère populaire (qu’on avait pu aussi voir à l’œuvre dans les émeutes réprimées en Algérie il y a un mois). J’insiste sur ce point car la révolution démocratique tunisienne mêle étroitement la question politique et la question sociale….Ce que cache à nouveau les commentateurs officiels qui s’émerveillent sur la nouvelle démocratie (après avoir louangé Ben ALI) en évitant de souligner l’exigence populaire d’un changement de politique économique et sociale. Ce qui va directement contre la politique  du FMI. Et déjà cette question est maintenant posée par la rue.

Mais il y a plus important. Le mouvement est souvent décrit par les médias comme l’explosion d’une foule en colère ; c’est la vision qu’ont les élites des mouvements populaires. Ceux qui ont suivi heure par heure cette insurrection populaire, notamment sur le net, les réseaux sociaux…ont pu constater la capacité d’auto-organisation dans les quartiers populaires comme chez les jeunes et les étudiants. Un peuple éduqué et conscient, imprégné d’une culture laïque, instruit du passé révolutionnaire français, où les femmes ont réalisé de nombreuses conquêtes, ce peuple a été capable d’isoler le pouvoir et ses forces de répression et de chasser le dictateur. C’est une révolution citoyenne. Et on voit depuis jeudi que la mise en place du nouveau gouvernement ne passe pas et le peuple après avoir dit « Ben Ali dégages ! » ajoute désormais « RCD dégages ! » et tous ceux qui auront été liés au régime vont être balayés d’une manière ou d’une autre. On voit bien cependant les manœuvres des puissances impérialistes (le discrédit de la France laisse la place aux USA pour cette besogne) pour essayer d’établir un nouvel ordre compatible avec leur domination. Mais l’exigence d’une Assemblée Constituante grandit de plus en plus ouvertement dans les manifestations. Des dizaines de milliers de tunisiens se rassemblent ce weekend de villes en villes pour marcher sur Tunis et les enseignants du primaire défient le pouvoir en se mettant en grève illimitée lundi jour de la reprise des cours.

Tous les peuples sont attentifs et tournent les yeux vers le modèle de la révolution citoyenne tunisienne. Naturellement, les peuples voisins  du Maghreb, du Makrech et du moyen orient. Mais ne limitons pas nos regards comme le font les médias. Car les tunisiens donnent des idées à tous les peuples européens, à commencer par les Français.             

Les conséquences directes de la politique de Sarkozy dans ma commune.
Revenons donc à la France. Dans ma dernière note je vous disais que dés janvier 2011, les coups allaient pleuvoir. Je vous laisse faire la liste des mauvais coups du mois, je veux seulement souligner que tout le monde est touché, y compris ma petite commune de 6000 habitants périphérique de Montpellier. Je prends le cas d’un EHPAD (établissement d’hébergement des personnes âgées dépendantes). La décision ministérielle conditionnant son fonctionnement avait été prise en 2005 par le ministre délégué, en charge des personnes âgées, Philipe BAS ; le dossier avait été monté par mon prédécesseur qui n’avait pas été capable de trouver un lieu adéquat. Arrivés aux affaires en 2008, nous trouvons un lieu idéal ; le terrain est acquis par un organisme départemental chargé de construire l’établissement ; la commission concernée où l’Etat est représenté donne son accord formel ; le permis de construire est instruit puis accordé ; les entreprises chargées de la construction choisies …et alors que les travaux s’apprêtent à démarrer on apprend que l’ARS (Agence Régionale de Santé, le nouveau gendarme qui régit la santé à l’échelle régionale directement relié au gouvernement) suspend l’autorisation de fonctionnement ! Outre que ni le Maire, ni le Président du Conseil général n’arrivent à obtenir un quelconque rendez vous de la directrice de cet organisme (ce qui manifeste un mépris incroyable des populations et de leurs élus), les services concernés font savoir que cette décision rentre dans le cadre des économies budgétaires ! D’abord où est l’économie alors que déjà 500 millions d’€, donc de l’argent public, ont été mobilisés pour l’acquisition foncière sur la base de l’autorisation gouvernementale préalable qui avait été donnée ; car la soudaine décision de l’ARS revient à gâcher ces 500 millions ! Ensuite, quel crédit peut-on accorder aux belles paroles du « débat national » sur la dépendance quand par derrière on fait des coupes sombres dans les crédits de fonctionnement des maisons de retraite. Bref l’offensive gouvernementale crée des ravages dans tous les domaines et les mobilisations ne vont pas manquer tout au long de cette  année.

Le sens de la candidature Mélenchon : construire une perspective politique alternative et unitaire.
Or ces mobilisations sociales en période préélectorale ont besoin d’une perspective politique claire contre Sarkozy et sa politique. De ce point de vue les atermoiements socialistes tant sur le fond (leurs textes sont d’une timidité accablante au point de se demander s’ils n’ont pas peur de se retrouver au pouvoir) que sur la forme (jusqu’à quand va durer ce bal des égos ?) bouchent la perspective politique. Il est assez sidérant de voir en même temps comment les médias ont tout fait pour légitimer Marine Le Pen : elle devient ainsi le réceptacle possible d’une certaine colère populaire sans perspective, entre l’abstention, le filet de la xénophobie nationaliste. Cette attitude des médias procède bien sûr aussi d’une manœuvre visant à légitimer le vote utile pour les partis dominants. Il est donc décisif qu’une autre perspective se construise à gauche. C’est pour cela que je salue la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon ce 21 janvier approuvée ensuite par le Conseil national du Parti de Gauche et qui ainsi est publiquement proposée au Front de gauche, ainsi qu’à toutes les formations de l’autre gauche et à tout le peuple de gauche. Le débat va ainsi se mener dans la clarté dans l’autre gauche pour construire une offre politique unitaire pour les prochaines échéances électorales nationales c’est-à-dire l’élection présidentielle ET les élections législatives (car n’oublions pas que ce sont ces dernières qui garantissent une majorité gouvernementale). Mais cette candidature de Mélenchon est d’avantage qu’une proposition dans l’autre gauche. Elle permet de commencer la campagne contre la droite pour une vraie gauche de rupture ; elle permet d’avancer tout de suite des solutions possibles et réalisables face aux mesures de Sarkozy. Et cela a une portée concrète dés 2011 : les luttes sociales pourront se sentir confortées par l’émergence d’une réelle alternative politique. Et inversement ces luttes sociales favoriseront l’irruption citoyenne sur le terrain électoral. Que les propositions de Mélenchon aient un écho, je l’ai vérifié dés ce matin en allant faire ma tournée dans le café populaire de ma commune : il y une proposition qui fait un tabac c’est la proposition du salaire maximum (« Au dessus je prends tout ! »). Les gens comprennent vite et il n’y a personne pour s’y opposer. J’avais eu une tout autre réception, dans un salon patronal auquel je participais en tant que maire en novembre : que n’ai-je entendu (démagogie, trop simpliste, démotivation du travail…) ; ayant fixé le salaire maximum à 20 fois le SMIC je me suis intérieurement amusé des clameurs de mes contradicteurs, qui avouaient par leurs réactions un niveau indécent de leurs gains. …Ainsi c’est parti. De l’audace et avançons nos idées et nos projets sur la place publique. Alors tous ceux qui veulent soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon allez à cette adresse sur son blog

« Je propose ma candidature pour l’élection présidentielle de 2012, au Front de Gauche et à toutes celles et ceux, en métropole et outremer, qui se reconnaissent dans cet engagement pour la Révolution citoyenne. »:

http://www.jean-luc-melenchon.com/liste-dappui-a-ma-candidature/        

Enfin un mot sur l’angle d’attaque trouvé à ce jour par les défenseurs du système contre Mélenchon : l’accusation de populiste et l’amalgame entre Mélenchon et le Pen. J’écris à froid car ce genre de pourriture me donne facilement une rage sans bornes et je préfère attendre avant de réagir. D’abord populisme est un concept creux qui sert surtout aux élites pour manifester leur crainte et leur mépris des mouvements populaires. Je vous renvoie à ce sujet à l’excellent article dans la tribune libre de l’Humanité de ce 22 janvier d’un professeur de philosophie : Benoit Schneckenburger. Ensuite c’est une honte d’assimiler un militant de gauche qui fut de tous les combats antiracistes avec l’extrême droite. Cohn-Bendit s’est déjà déshonoré dans cet exercice avant d’être condamné par son parti ; idem pour Huchon. Et cette  semaine le très droitier et très antigrève dessinateur Jean Plantu a livré son fiel par un dessin de la honte dans L’Express,  provoquant la réprobation de nombreuses personnalités. Et ce samedi 22 je lis dans Midi Libre l’éditorial d’un scribouillard, un certain Yann Marec : « Sur l’estrade du camp des populistes, ils sont deux désormais. Jean-Luc Mélenchon a rejoint sa camarade d’invectives Marine Le Pen. […] N’en déplaise à Mélenchon, Plantu a eu raison… » (Vous retrouverez ce texte page 5 du deuxième cahier régional). En tant que responsable régional du Parti de Gauche, qui a porté les couleurs du front de gauche dans cette région, je m’estime diffamé par ce monsieur et je vais exiger des excuses. Et je vous invite à tous en faire de même. Ne les lâchons pas ; aucune concession à ces monopoleurs des médias qui font ouvertement campagne contre le peuple. J’ai trop de respect pour les métiers de l’information dont nombre de journalistes risquent leur vie pour dire ce qui est pour que nous nous taisions devant ceux qui s’érigent le droit d’injurier dans le secret de leurs bureaux douillets.    

                                                                                                                  René Revol

Et si 2011 était plus important que 2012 !

Bon, nous y voilà dans cette année 2011. Et, maire oblige, je vais devoir assister à toutes ces interminables cérémonies de vœux. Un copain anglais me disait qu’il ne comprenait pas tout ce cérémonial en France qui dure un mois ; qu’on se souhaite la bonne année entre amis, voisins, famille et qu’on fasse de même avec ceux qui partagent une fraternité républicaine, rien que de très normal ; mais de voir ce spectacle des élites en tous genres se souhaiter les meilleurs vœux de bonheur et de santé alors que bien souvent ils se détestent souverainement, c’est au bout du compte assez affligeant. D’un naturel plutôt sociable et civil, je me plierai à ces conventions. Mais j’accorderai surtout mon temps aux habitants de ma commune avec qui j’ai une relation citoyenne et fraternelle particulière. Ne voulant pas mélanger les genres je vous laisse découvrir sur le site de la Ville de Grabels ma carte de vœux 2011. Je suis sûr qu’elle va vous inspirer plein de réflexions originales. Et si vous êtes dans le coin le lundi 17 janvier à 19h venez assister aux vœux municipaux à la salle polyvalente.

Quant à cette année 2011, foin des mièvreries habituelles, mieux vaut se dire les choses clairement : elle va être terrible !

D’abord il n’y aucune raison que la crise économique se ralentisse. Dans ce domaine, le discours dominant est consternant sur le thème éternel du « c’est un mauvais moment à passer » « on ne peut rien faire d’autre que des restrictions budgétaires » « il n’y a plus d’argent dans les caisses » « il y aura une reprise » et pourquoi pas « après la pluie, le beau temps revient toujours »… Propos d’autant plus consternants qu’ils s’accompagnent souvent de mots savants pour avancer les idées basiques des économistes libéraux : tout s’arrangera avec le temps, laissons faire le marché. Or dans les discussions avec la population on sent les gens plus ou moins confusément conscients de la gravité de la crise et de l’impasse de ce système. De plus en plus grandit la conscience que nous sommes face à une crise systémique dont on ne sortira qu’à travers une brisure profonde.

Nous sommes face à une crise du capitalisme financiarisé et mondialisé qui s’est imposé depuis le milieu des années 80 suite à la crise, dans les années 70, du capitalisme fordiste. Le capitalisme financiarisé et mondialisé n’est pas une génération spontanée mais le fruit des décisions des gouvernements de l’époque (chacun avec sa variante) : libéralisation des marchés des marchandises par généralisation du libre échange pour imposer un régime concurrentiel, libéralisation totale des marchés monétaires et financiers entrainant la disparition de toute réglementation publique, libéralisation du marché du travail par une flexibilisation généralisée dans la gestion de la main d’œuvre, privatisation de la quasi-totalité des entreprises publiques, ouverture à la concurrence de tous les services publics, démantèlement des régimes de retraites et de la santé publique, diminution des impôts et des dépenses publiques etc. Quelque soit le terme utilisé, libéralisation, dérégulation, déréglementation, il s’agit d’une offensive menée sans relâche depuis les années 80 et qui se poursuit à travers la crise actuelle.

La logique intellectuelle dominante est celle dite de l’offre compétitive. Nul besoin de soutenir la demande des ménages ou de l’Etat pour soutenir la croissance (cela est présenté comme une vieillerie keynésienne provoquant les haussements d’épaule de nos « savants » libéraux) ; ce qu’il faudrait désormais c’est rendre l’offre (c’est-à-dire les entreprises) compétitive par les prix, en abaissant les coûts de production (ceux du travail bien sûr !) afin de répercuter cette baisse sur les prix de vente et assurer ainsi une croissance saine et sans inflation d’une économie concurrentielle.

Ce conte de fées a été décliné sur tous les tons depuis trente ans. Outre que la logique de la concurrence libre et non faussée est celle du moins-disant social, fiscal, écologique, celle-là même de la grande régression, (pour reprendre l’excellente expression de Jacques Généreux) elle est grosse de crises et soubresauts.
Juste un oubli en effet : le salaire n’est pas qu’un coût, c’est aussi un revenu. Et quand on baisse la masse salariale on ne fait pas que baisser les coûts, on fait baisser aussi les revenus et on diminue par là-même la capacité d’achat de la société. Ce mécanisme inexorable s’est amplifié depuis la fin des années 80 et s’est manifesté par une première récession mondiale entre 1991 et 1993, puis à nouveau en 2001. Le mécanisme d’une vaste crise mondiale de surproduction s’est ainsi mis en place. L’échéance a été retardée d’une part par une extension de l’accumulation capitaliste dans les pays émergents du Sud (ce qui permettait en même temps de faire pression sur les salaires du Nord) et d’autre part par une extension phénoménale du crédit chargé de compenser cette diminution des capacités d’achat de la société. Les subprimes ont été le point ultime de cette orgie de crédits privés. La bulle du crédit privé a atteint une ampleur inégalée et a pénétré tout le système via la titrisation (la possibilité pour les prêteurs de négocier les crédits sur le marché financier). Pendant ce temps, les actionnaires réclamaient toujours plus de rendement (dividendes et hausse des actions) ; ils exigeaient une rentabilité de 15% par an alors que le produit réel n’augmentait que de 2 à 3 %. Prétention irréalisable, si ce n’est en instaurant une dictature du capital financier par une surexploitation de la main d’œuvre, le chômage de masse, le recul des droits sociaux, les avantages fiscaux, les faibles investissements et la chasse aux coûts. Une part croissante de la valeur créée allant à la rente financière avide de spéculation, la part rémunérant le travail a fortement baissé.

Un pouvoir d’achat qui stagne ou régresse d’un côté et de l’autre une montagne de crédits qui croissent : l’épreuve de vérité ne pouvait tarder. Les premiers défauts massifs de paiement apparaissent mi 2007 ; je me souviens alors d’une brillante déclaration du nouveau directeur du FMI début 2008 disant que le gros de la crise était derrière nous et que nous allions rentrer dans une période de croissance ! Ah ce DSK quel génie ! Bref la montagne de dette privée a explosé le 14 septembre 2008 quand Lehman Brothers a fait faillite menaçant d’entraîner avec elle la majorité du système bancaire mondial. Et qu’ont trouvé nos Diafoirius de l’économie ? Eh bien sauvons les banques en transmettant cette dette privée aux Etats ! 2009 a vu ainsi grandir une dette publique gigantesque se substituant à une partie de la dette privée. Endettement des Etats sauveurs des banques en recourant aux marchés financiers tenus toujours par ces mêmes banques et institutions financières qui entendent s’engraisser sur leurs dos. Le mécanisme est simple : on demande aux Etats de s’endetter pour sauver le système bancaire qui va jouer de la plus ou moins faible crédibilité des Etats pour leur prêter au prix fort. Cette crédibilité est établie par les agences de notation, des institutions privées dont les actionnaires sont justement les banques et les institutions financières (ce qui frise le conflit d’intérêt !) Ces agences désignent les mauvais élèves qui doivent payer le plus cher.

Vous avez suivi en 2010 l’orchestration de la crise grecque suivie de la crise irlandaise. Se prépare un scénario identique au Portugal en attendant l’Espagne, puis à qui le tour ? Avec toujours la même potion : faire payer cette dette publique par les peuples ! Baisse des salaires, remise en cause des régimes de retraites, baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des dépenses publiques, destruction programmée de la sécurité Sociale, augmentation des tarifs de toutes sortes… Comme dans la comédie de Molière, on soigne le malade par des saignées. Avec de tels remèdes, comme le disent de plus en plus d’économistes, c’est le malade qui risque d’y passer. Une forte récession ne peut que s’ensuivre avec son cortège de misère et ses conséquences désastreuses pour la civilisation. L’analyse pourrait être largement complétée : cette crise systémique mondiale se couple avec une crise écologique majeure, dont les dimensions énergétiques et alimentaires ne sont pas moins catastrophiques. En tout état de cause, 2011 verra se déployer dès les premiers mois les conséquences de cette machine infernale. Pourtant depuis des années des voix expertes se sont élevées pour alerter sur la catastrophe qui vient. Parmi les économistes, Jacques Généreux, Dominique Plihon et tant d’autres l’ont écrit, expliqué et décortiqué depuis des années. A ma modeste place, je vous renvoie à mon article de 2004 dans le N°1 de la revue « Pour la République Sociale » édité par l’association PRS, article au titre évocateur : « capitalisme et barbarie ».

Ensuite, 2011 sera terrible en France avec ce que nous annonce Sarkozy. Là aussi on pourrait détailler le programme. Ça commence dès ce premier janvier avec la fin du monopole de la Poste sur le courrier de moins de 50g.
Je ne retiendrai que deux points : d’une part le démantèlement annoncé de la Protection Sociale avec à terme la remise en cause de l’assurance maladie. Le point d’attaque va passer par la réforme sur la dépendance sur laquelle je reviendrai en détail dans une prochaine note car je crois que sur ce point il y a un important travail d’éclairage et d’explication à faire. L’autre point de l’offensive sarkozyste que je veux souligner concerne les effets de plus en plus visibles de la diminution des dépenses publiques et du nombre de fonctionnaires. On l’a vu avec l’épisode neigeux : notre service public va être de plus en plus confronté à des risques de rupture. D’ores et déjà les conditions d’enseignement de nos enfants se dégradent fortement avec les milliers de suppressions de postes déjà réalisées ; ce qui se prépare pour la rentrée 2011 est stupéfiant.

Vous l’avez compris : 2011 va être terrible. Ceux qui s’imaginent que cette année ne va servir qu’à un casting pré électoral font une lourde erreur. Nous ne sommes pas sur une pente douce qui nous mène tranquillement vers la présidentielle ; toutes les ruptures sont possibles dans la chaîne des Etats menacés de faillite, comme dans la gestion de l’Euro. Quant à la société, elle souffre et n’en peut plus. Par la brutalité des mesures prises et par son refus de bouger sur les retraites, le gouvernement croyait générer l’abattement et la fatalité. Erreur ! C’est la rage qui monte, c’est l’orage qui gronde. En ce moment il ne s’agit pas d’attendre sur le bord du chemin, ni d’attendre 2012, ni d’attendre la révolution. Rage et colère ne produisent rien de bon mécaniquement. La responsabilité politique est d’être prêt à gouverner. Dire : voilà ce qui peut être fait pour sauver notre peuple, voilà comment on peut le faire et dans quels délais. Celles et ceux qui auront cette détermination à changer l’ordre des choses, seront les seuls qu’on écoutera au fur et à mesure que la crise ravagera notre monde. Certains en haut lieu ont été surpris du succès du nouveau petit livre rouge de Jean-Luc Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous ! » : il a atteint les 50 000 exemplaires, ce qui est exceptionnel pour ce type d’ouvrage. Ce qui me frappe c’est de voir ce livre pénétrer dans des ménages assez éloignés de la vie politique quotidienne et peu au fait des arcanes des partis et groupes politiques. Je l’ai vérifié lors de ces rencontres très mélangées qui se font pendant les fêtes de fin d’année : la parole de Mélenchon a touché un large public. Pour deux raisons à mon avis : d’une part un langage de rupture assumé et clair, d’autre part, il ne s’agit pas d’une simple protestation mais d’une volonté de gouverner pour mettre en œuvre cette rupture. C’est d’ailleurs ce qui explique la rage et la violence des attaques contre lui. Ses détracteurs ont compris qu’ils n’ont pas devant eux un sympathique révolté qui ne voudrait jamais gouverner mais bien quelqu’un qui est prêt à assumer le pouvoir.

Je reviendrai souvent sur ce blog sur les mesures concrètes que nous mettrons en œuvre une fois au pouvoir. Et chacune des batailles que nous allons mener dans les semaines nourriront et se nourriront de ces solutions alternatives. Cette année 2011 est effectivement décisive.

Alors Bonne Année à vous tous, amis, camarades, citoyens, lecteurs de ce blog.

René Revol

Note du 19 décembre 2010

Dans cette note je vous parle de ma rencontre avec les salariés de Carrefour, d’une expérience de démocratie participative et du film sur Frêche.

 Avec les salariés de Carrefour.
Ah Ils avaient fière allure cette petite centaine de salariés de Carrefour Trifontaine ce premier jour des fêtes, qui bloquait l’entrée de l’hypermarché ce samedi 17 décembre ! Quand on connaît les difficultés de l’action syndicale dans cette entreprise, c’est une réussite de réaliser un tel rassemblement ce samedi de grandes courses de Noël ! Déjà j’avais été invité par des administrés de ma commune qui travaillent dans ce magasin puis la section syndicale avaient invité tous les élus et représentants politiques à venir les soutenir. Avec mes amis communistes de Montpellier, nous étions les seuls élus présents ! J’imagine que les socialistes locaux étaient trop occupés à se disputer les dépouilles du grand timonier pour daigner venir soutenir ces « petits » salariés. J’ai été touché par leur joie de voir arriver un Maire pour les soutenir face aux vigiles et aux gendarmes. Ils font face à une exploitation grandissante ; l’amplification des horaires de manutention sur toute la nuit, les horaires fractionnés pour les caissières leur interdisant toute vie de famille régulière, et les salaires, parlons des salaires : 950€ pour une jeune femme à qui on ne donne que 31h après dix ans d’ancienneté dans la boîte ; voilà une jeune femme seule avec deux enfants qui travaille toute la semaine et qui est en dessous du seuil de pauvreté. Leurs témoignages sont bouleversants, comme celui de ce chef de gondole qui est attaché à son métier et qui voit, la mort dans l’âme, Carrefour sous-traiter des rayons à d’autres enseignes (Virgin, l’Oréal…) avec des salariés précaires qui n’ont plus aucun lien d’emploi avec Carrefour, divisant ainsi la solidarité entre salariés. Pour les journalistes qui lisent ce blog, je leur dit mon regret que le grand journal local ait été absent ce samedi. Pour soutenir ce légitime combat, un bon reportage sur ces nouveaux prolétaires des temps modernes est nécessaire.

Car bien sûr, contrairement aux discours omniprésents des belles personnes, les classes populaires non seulement n’ont pas disparu mais ne cessent d’augmenter sous les effets de la crise économique et de l’évolution du capitalisme. D’abord les chiffres parlent d’eux-mêmes : prés de 80% de la population appartiennent aux catégories populaires (ouvriers, employés, professions intermédiaires, petits artisans, petits paysans, chômeurs… Et on pourrait élargir cette liste quand on sait qu’une professeure des écoles ou un infirmier chef est classé comme cadre !). Ensuite les séparations traditionnelles entre ouvriers et employés s’estompent ; les ouvriers sont au ¾ des hommes et les employés au ¾ des femmes. De plus généralement ces ouvriers et ces employés sont mariés si bien que si on fait le total des enfants et des adultes près de 60% de la population vit dans une famille avec un adulte ouvrier ou/et employé ! Depuis la décennie 80 on nous a bourré le crâne avec la prétendue disparition de la classe ouvrière qui laisserait la place à une vaste classe moyenne individualiste et consumériste. Or toute cette représentation de l’univers social est en train de voler en éclats sous les effets de la crise sociale. En fait chacun s’aperçoit que si on veut parler de disparition des classes populaires…. c’est dans les discours des élites politiques et des experts à leur service qu’il faut chercher. Ces dernières années et plus particulièrement ces derniers mois, on assiste au « retour de la classe ouvrière » ; c’est même le principal enseignement du mouvement social de l’automne contre la réforme des retraites.  Des travaux sociologiques mettent bien cela en évidence ces dernières années. Parmi eux je vous conseille une bonne synthèse avec « Sociologie des classes populaires » de Philippe Alonzo et Cédric Hugrée (Armand Colin – Collection 128 Sociologie – avril 2010 – 9€50).

 Démocratie locale
Il se passe quelque chose d’intéressant à analyser sur ma commune. Je précise que je ne veux pas ici faire un compte rendu de maire ; vous trouverez tout cela sur le site de la ville de Grabels. Juste quelques impressions ressenties à travers l’action locale. Elu pour aménager une nouvelle place centrale du village avec Maison Commune, rassemblant les activités sociales, culturelles, associatives et éventuellement l’administration communale, l’équipe municipale que j’ai l’honneur de conduire s’est engagée dans une étude urbaine qui sera suivie d’un concours d’architecte pour un début de réalisation entre la fin 2011. Vous qui me lisez de loin vous vous dites rien d’extraordinaire là dedans. Justement on a tenu à introduire une dimension participative pour que les citoyens puissent co-élaborer avec nous le projet. Déjà on eu du mal à trouver une équipe qui, en plus des habituels urbanistes, architectes et programmistes, associent un sociologue chargé de ce volet participatif. On l’a trouvé et on est en train de finir cette phase. Je veux juste en tirer ici quelques leçons. D’abord, nombreuses furent au début les remarques de scepticisme : «n’avez-vous pas déjà tout décidé ? », « je ne sais pas quoi penser, dites nous d’abord votre projet », « ne serat ce oas que des lots en l’air ? » etc.

L’animatrice de la consultation (jeune sociologue pleine de talents) ne s’est pas laissée décontenancer et a fait son chemin : réunion publique de lancement avec une centaine de personnes, rencontres avec les comités de quartier, avec les associations, parcours commentés avec des citoyens, ateliers d’urbanisme, sans oublier un magnifique travail (selon les dires des maîtresses) avec les deux classes de CM2 du village…. Peu à peu de nombreux habitants se sont accrochés et construisent en partant du cahier des charges rédigé par les élus une perspective évolutive de cet aménagement décisif pour les 50 ans qui viennent. On en est là et il y a encore du chemin avant qu’on finalise le projet fin février. Cela pour vous dire qu’il ne suffit pas de mettre en place des procédures participatives car nos concitoyens sont dans une société qui les exclut de toute parole et spontanément ils ne croient pas qu’on tiendra compte de leur avis.

Certains se souviennent bien que lorsqu’on leur a demandé de voter sur la constitution européenne ils ont majoritairement voté Non et qu’ensuite les pouvoirs politiques se sont assis sur leur vote. Ils n’oublient pas que celui qui vient de leur imposer une réforme des retraites s’est fait élire avec l’engagement solennel qu’il ne toucherait pas au droit à la retraite à 60 ans. Tous ces dénis de démocratie pèsent sur nos concitoyens et nourrit un scepticisme profond. Dans ce contexte, la présence d’une démarche locale et continue de participation peut être un excellent antidote et un facteur d’éducation civique pour tous (y compris bien sûr pour les élus !).

C’est la première leçon. Ensuite la « démocratie participative » donne la parole à ceux qui ont déjà le monopole de la parole dans la société : cadres supérieurs, enseignants, chercheurs, retraités cultivés…. Les classes populaires et les jeunes, on ne les voit guère. Et donc on risque de prendre comme avis des habitants ce qui, de fait, n’est que l’avis d’une élite sociale (ce qui n’empêche pas trouver dans les propos de celle-ci des choses tout à fait dignes d’intérêt). Il faut donc un effort spécifique en termes de moyens comme de langage vers les classes populaires et les jeunes pour qu’ils pèsent avec leurs mots et leurs exigences dans ce débat. Voilà pour la deuxième leçon. Et enfin la politique c’est le domaine de la volonté ; les populations ne donnent leur avis que si elles ont le sentiment qu’il y a un élu non seulement à leur écoute mais que cet élu est prêt à l’action, y compris contre le vent dominant. Dès qu’on affirme et porte cette volonté, les habitants s’investissent plus. Je vous tiendrai au courant de mon ressenti au fur et à mesure que ce dossier avancera. Si vous avez vécu d’autres expériences positives ou négatives sur ce type de procédure de démocratie locale, n’hésitez pas à les partager. Je suis preneur !

 Le film sur Frêche.
Vous êtes plusieurs à insister pour que j’aille voir le film sur la campagne de Frêche aux régionales, malgré le dégoût que cela m’inspire. Je pensais avoir mieux à faire dans l’immédiat mais vous m’avez convaincu : je vais y aller pendant les vacances. Déjà les propos qu’on entend de ceux qui l’ont vu soulignent d’une part la médiocrité de son entourage et d’autre part le fait que le personnage porte à son comble l’hypocrisie et le mensonge comme vertus cardinales de son action politique. Et de belles âmes de prendre un air docte pour nous dire que « c’est normal, que la politique c’est comme çà » ! Non, non et non ! Vite la révolution citoyenne pour en finir avec le cynisme et rétablir la politique dans ce qu’elle devrait toujours être : un moyen de l’émancipation humaine. Je l’entends d’ici : « ah l’idéaliste, le naïf… ». Qu’ils se méfient, ces mesdames et messieurs les importants : il peut arriver que les idéalistes et les naïfs se mettent en mouvement et les balaient. Regardez en Islande : les idéalistes et les naïfs ont refusé de sauver les banques avec leurs impôts à la différence de tous les autres pays en crise et résultat : pas de catastrophes, juste quelques banques en moins et une reconstruction du pays sur d’autres bases sans avoir à supporter un alourdissement de la dette publique due au renflouement des banques. En plus les idéalistes et les naïfs islandais ont décidé d’adopter une nouvelle constitution démocratique. Ils ont élu une assemblée constituante composée d’élus qui ne doivent jamais avoir été élus auparavant et qui ne pourront jamais être élus dans les assemblées suivantes. Comme ça on est sûr qu’ils s’occupent plus d’écrire une bonne constitution que de soigner leur carrière.

Voilà que ça se rapproche : cette refondation citoyenne et démocratique était l’apanage de certains pays sud américains (Venezuela, Bolivie, Equateur, Uruguay ….) et les beaux esprits européens nous disaient « Exotisme ! Inapplicable chez  nous ! Populisme ! Démagogie !». Et maintenant en Islande, ils vont nous dire quoi ? « Trop froid ! Trop glacé ! ». Allez sur le net et suivez les débats citoyens et leur effervescence en Irlande ou en Grèce. Allez jeter un œil chez les étudiants anglais et leurs profs ou chez les syndicalistes espagnols et portugais qui préparent des grèves générales…. L’exigence de la définanciarisation pour que l’économie se construise sur la base des besoins sociaux grandit dans toute l’Europe ! On en reparlera en détail.

Prenez des forces avec les Fêtes de fin d’année, on en aura besoin

                                                                                                                  René Revol

Après Frêche, règlement de comptes et TSR à l’Agglo ! Et un bol d’air avec le PG et la Gazette !

Dans cette note je parle de la succession de Frêche, de l’avenir de l’agglomération de Montpellier, du Parti de Gauche dans le département et de la dernière livraison de la Gazette .

Georges FRECHE est donc décédé fin octobre 2010. J’ai naturellement participé aux hommages républicains  organisés à l’occasion de ses obsèques  ainsi qu’à mon conseil municipal. Je ne dirai rien de ceux (très nombreux) qui le détestaient et qui à cette occasion ont participé aux concours d’hypocrisie, ni de ceux (moins nombreux) qui ont profité du fait qu’il ne pouvait plus répondre pour l’injurier. Dans ces deux attitudes l’indécence était à son comble. Dans ces cas là mon caractère me pousse à faire ce que je dois et à regarder ailleurs et chercher l’air frais…Ceci dit, à peine disparu, la guerre de succession a fait rage. Au conseil régional Navarro a pris le pouvoir en utilisant Bourquin et a éliminé à la fois ceux qui manifestaient un peu d’indépendance (les gardois et les audois) et ceux qui en savaient un peu trop comme Delacroix qui a suivi le maître de longues années dans les cabinets et l’administration. Le plus lamentable dans l’affaire étant le rôle de supplétifs disciplinés joués par Gayssot et ses ex communistes, les ex Verts ou divers MRC et autres stipendiés. Notons que la presse a enfin publié les éléments qui mettent en évidence les tricheries de Navarro et de sa compagne dans la Fédération PS de l’Hérault. Certains socialistes jouent les vierges effarouchées et font mine de découvrir avec effroi toutes ces fausses cartes et faux chèques et voudraient attribuer cela au seul Navarro. Je constate que ces éléments étaient bien connus du vivant de l’empereur de Septimanie et qu’à l’époque les nombreux éléments fournis par mes soins quand j’étais au PS n’étaient jamais repris. A tous les congrès de 1997 à 2008 j’ai systématiquement fait des recours contre des pratiques frauduleuses de la Fédération. A trois occasions le Congrès National du PS à ma demande a blâmé Navarro…et l’a laissé en place ! Aujourd’hui ils veulent tous se refaire une virginité sur son dos en oubliant un peu vite que tous ont longtemps cautionné ce système. Mais l’animal sait se défendre et n’a pas que des dossiers vides ; c’est ce qu’on vient de voir au Conseil Régional….De politique régionale dans tout cela il n’en fut pas question. Le Parti de Gauche est le seul à avoir à cette occasion mis en chantier une perspective nouvelle d’action régionale fondée sur la relocalisation des activités économiques, agricoles et culturelles, pour le développement autocentré, la défense et la promotion des services publics…Le document qui résume cette perspective sera versé au débat des Etats Généraux des territoires que l’autre gauche organisera début février pour élaborer une perspective alternative à la politique d’adaptation à la mondialisation libérale.

Quant à l’Agglomération de Montpellier, le résultat est tout aussi lamentable. L’héritier désigné par la Frêchie est Jean-Pierre Moure, Maire de Cournonsec, commune de 2600 habitants certes mais acteur de longue date de l’agglomération auprès du maître. La maire de Montpellier, Hélène Mandroux,  a bien tenté quelque chose mais après sa défaite régionale (7%) derrière la liste front de Gauche NPA (que je conduisais) et celle des Verts, elle ne pouvait guère être majoritaire parmi ses pairs sélectionnés du temps de Frêche; elle a finalement accepté d’être  première vice présidente. Personnellement, en tant que maire je suis membre du Conseil d’agglomération et j’ai voulu porter à cette occasion une autre perspective politique, notamment sur la régie publique de l’eau ou sur le traitement des déchets, ce que j’avais fait ouvertement avec Frêche. Appuyé sur cette action j’ai fait acte de candidature à la Vice Présidence et je me suis présenté contre le maire UMP de Vendargues, soutenu ouvertement par le nouveau président de l’Agglomération, Jean-Pierre Moure. Je suis fier  d’avoir obtenu 18 voix dans ce contexte d’ostracisme (alors que les bulletins du maire UMP étaient imprimés et que pour voter pour moi il fallait écrire mon nom au stylo….j’avais déjà connu cette méthode au PS avec  Navarro – qui d’ailleurs l’autre soir était au premier rang de la tribune des invités pour observer de près la manœuvre). Je rends hommage ici à Hélène Mandroux, la Maire de Montpellier, qui a ostensiblement appelé à voter pour moi. A part quelques élus de terrain, c’est la seule ; y compris les quatre élus communistes montpelliérains de l’agglomération n’ont rien laissé transparaître (il est vrai que leur discrétion politique est impressionnante depuis 2008 !). Donc à l’agglomération de Montpellier, la grande majorité des  socialistes préfère voter pour un Maire UMP (qui a aussi la sympathie du Front national) que pour un Maire Parti de Gauche. TSR « tout sauf Revol » semble être leur consigne. Au moins avec Frêche le débat était musclé et public. Aujourd’hui c’est l’édredon mou des amis qui se partagent le gâteau.  

Le paysage politique est désormais clair : l’Agglomération de Montpellier est dirigée par une coalition PS-UMP -PC-Modem. Déjà la ville de Montpellier est dirigée par une alliance de premier tour PS-PC-Modem excluant les VERTS, le NPA et le PG. Me voilà donc à l’agglo le seul opposant de gauche de cette union locale des partis dominants. C’est une situation que je connais bien et je vais tranquillement l’assumer en portant le programme d’une vraie gauche sur les dossiers de l’agglomération : gestion de l’eau, traitements des déchets dans le cadre d’une planification écologique, gratuité des transports en commun, fin des subventions à la tête du client mais dotations sur critères publics….Le nouveau Président m’a immédiatement déclaré que ma commune n’aurait pas à souffrir de mauvais reports de subventions ; j’en prends acte et je vais veiller à ce que les actes suivent les paroles.

Bon, maintenant,  prenons l’air ! Mercredi soir j’étais invité à une réunion publique de l’autre gauche à St Pons, dans les hauts cantons. Une quarantaine de présents, un super débat, je peux vous le dire amis et camarades qui ont mené la bataille des régionales : les forces que nous avons commencé à mettre en mouvement en mars dernier sont là intactes et disponibles pour l’action politique alternative. Samedi matin il y a eu l’AG départementale statutaire du PG suite au Congrès du Mans avec près de 80 participants ce qui est un beau résultat vu les multiples obligations des uns et des autres en cette fin d’automne hivernal. Nous aurons l’occasion de revenir sur les contenus de nos débats mais je voudrai souligner un point important. Il y a deux ans le PG s’est construit ici à partir d’un appel que j’ai lancé. On pouvait penser que le PG reposait sur ma seule personnalité, ce qui pouvait être accru par le fait que j’étais tête de liste régionale. Or notre travail quotidien et militant a construit une véritable génération nouvelle. Si je continue à occuper des responsabilités nationales (et je ne manquerai pas de le faire auprès de Mélenchon dans la campagne qui vient), je suis fier que ma camarade Myriam Hubert du Clermontois nous représente au BN, que les deux co secrétaires départementaux soient Alain Chaignon et Chantal Ponsot et enfin je constate qu’à mes côtés au Conseil national sur nos huit représentants il y a la moitié qui ont moins de 30 ans ! mais bien plus que cela, l’enjeu du parti de Gauche est de fusionner des expériences politiques de gauche différentes et ainsi parmi les animateurs du PG 34 on retrouve côte à côte des  militantes et militants qui viennent du PS, du PCF, du MRC, des trotskystes, du NPA, des altermondialistes, des écologistes, des syndicalistes étudiants, enseignants, dans la santé, à la SNCF etc…Notre objectif n’est pas de faire un parti de plus et c’est pour cela que nous ne nous construisons pas contre les autres partis de gauche ; nous ne cherchons pas à durer mais à être utile en forgeant le creuset du Parti de l’émancipation pour les temps qui viennent.    

Enfin un mot sur la double page qui m’est consacrée sur la gazette « Les bons plans de René Revol ». Vous lirez cet exercice « people » que je craignais beaucoup. Finalement le résultat est assez sympa et me ressemble d’après Annie, mon épouse. Je veux juste dire que j’ai fait connaissance à cette occasion avec une journaliste sensible et cultivée (et que ce n’est pas si fréquent !). On était ensemble à Grenoble en 1968 mais on n’avait pas le même âge : moi je faisais la grève et les manifs  et elle faisait du patin à roulettes dans les rues vides (pensez donc à 8 ou 9 ans pas d’école et les rues vidées de leur voiture sans essence et du patin à roulettes avec les copines !). Par ailleurs on a partagé pleins de goûts et de connaissances communes. Un mot aussi sur le photographe : un mec épatant qui a été séduit par Grabels et qui a connu Delteil. Bref un bon moment car pour une fois je n’étais pas crispé comme souvent quand la presse est là et vous épie.

Bon j’ai été trop long ; je vous laisse et la semaine prochaine je vous parlerai de ma commune car je crois qu’il s’y passe des choses instructives pour tous.

                                                                                                                    René Revol

Retour du Congrès du Parti de Gauche au Mans

La ville du Mans me laissait deux souvenirs contradictoires, un bon et un mauvais. Commençons par le mauvais : le dernier Congrès du PS auquel  j’ai assisté où la gauche du parti fut défaite à la fois par les combines diverses et variées et aussi par son incapacité à s’unir et à offrir une alternative solide au social-libéralisme. Le bon souvenir maintenant : le meeting unitaire de la gauche antilibérale du 7 novembre 2006 où j’étais intervenu aux côtés de Marie George Buffet, José Bové, Clémentine Autain, Claude Debons, Claire Villiers et quelques autres. La foule nombreuse, l’enthousiasme et la clarté de ce que nous avancions allaient se retrouver  le 18 novembre suivant au même type de meeting qui se tenait avec  5000 personnes à Montpellier mais cette fois ci avec Jean-Luc Mélenchon en plus. Le peuple de gauche avait répondu présent à l’appel mais la gauche antilibérale s’avère dans les mois qui suivent incapable de répondre à cette attente et se divise ; nous l’avons payé d’une défaite en 2007 – défaite que le peuple de notre pays, confronté quotidiennement aux méfaits  de Sarkozy, paie lui aussi le prix fort. L’incapacité, tant celle de la gauche du PS à changer le cours de son parti que celle de la gauche antilibérale à s’unir – nous ont convaincu de prendre l’initiative de lancer le Parti de gauche et le Front de gauche fin 2008. Et c’est à nouveau au Mans, deux ans après, que le Parti de gauche – fondé en février 2009 – tient son premier Congrès ! Le moins qu’on puisse dire est que la première étape du pari que nous nous étions fixés est réussie.

Ma première joie fut, dans cette ville ouvrière, rebelle et attachante,  toujours dirigée par une municipalité authentiquement à gauche, de retrouver mes amis de la gauche progressiste. Suivant Robert JARRY (maire de 1977 à 2001, décédé en 2008), ils avaient quitté le PCF en 1989 pour chercher les voies d’un nouveau parti de la gauche de transformation sociale. Ils sont vingt ans après dans les rangs du Parti de Gauche pour entrainer une nouvelle génération dans la construction d’un Front de Gauche populaire et puissant aux côtés  de nos camarades du PCF.

Ce congrès a été un succès par la qualité de la représentation (prés de 700 délégués représentant plus de 7000 adhérents), par l’élaboration d’une orientation précise au lendemain d’un puissant mouvement social, par l’ampleur et la qualité des très nombreuses délégations internationales, par la présence de délégations de toute la gauche politique et syndicale. Vous retrouverez tout cela sur le site du PG et pourrez visionner les principales interventions  sur Télé de Gauche, à commencer par la conclusion remarquable de Jean-Luc Mélenchon. Voici quelques impressions de Congrès.

Elu par le Congrès dans une commission de six membres chargée d’élaborer une proposition de listes pour le Nouveau BN, la commission des conflits et la commission financière, j’ai eu la charge d’en exposer les conclusions au Congrès, qui bien sûr est seul habilité à trancher en dernière instance. On peut juger un parti par la façon dont il désigne ses instances de direction. Ce genre d’exercice est souvent l’occasion d’affrontements sournois : comme j’en ai eu l’expérience attristante au PS, le choc des ambitions escamote vite les questions de fond. Mes appréhensions ont vite été levées à ce Congrès du PG. Nous fume agréablement surpris par la maturité et le sens des responsabilités des candidats comme des responsables que nous avons auditionné pendant le weekend. Assurer une stricte parité hommes femmes, assurer un rajeunissement des instances dirigeantes, maintenir ce caractère creuset d’un parti qui fédère et fusionne des militants venant de tous les horizons de la gauche, assurer une représentation suffisante de la Province quand on sait que toutes les responsabilités importantes se concentrent en région parisienne pour des raisons évidentes, soigner la présence de tous les secteurs de combat, permettre aux régions encore faibles et pleine de capacités de développement d’être représentées….  Je crois que nous avons fait un bon travail et que le Congrès a su montrer à ce sujet une vraie maturité malgré notre jeune âge et notre diversité.

Bien que cette tâche m’ait beaucoup occupé dans ces deux jours de congrès, j’ai pu suivre et participer aux débats politiques. Ne nous laissons pas dominer par les compte rendus  médiatiques qui veulent réduire la discussion à la candidature de Mélenchon et aux relations avec le PCF ; une vraie discussion politique a lieu en fait sur le positionnement du Front de gauche : celui-ci doit il comme autrefois à la gauche de la gauche  chercher à peser le plus possible à un premier tour pour ensuite constater que le PS est devant et se rallier à son programme en acceptant quelques compensations parlementaires et gouvernementales ? Cette stratégie sert dans les faits de marche pied au social libéralisme et ne prend pas en compte le mouvement tellurique qui depuis le Non de 2005 et les mouvements sociaux de 2009 et 2010 pousse notre société à une rupture avec le capitalisme financiarisé et mondialisé. Cette position d’adaptation au PS ne correspond pas à la situation. Nous avons adopté à ce congrès un texte qui trace clairement la voie : le Front de Gauche  doit se présenter aux électeurs (et ce dès les cantonales) avec l’ambition d’être majoritaire dans la gauche. Il ne doit pas être là dans une posture de témoignage protestataire mais dire qu’il est prêt à gouverner, et sur un un programme clair de transformation sociale. Le fait que la personnalité de Mélenchon ait un écho dans les profondeurs populaires n’est pas un phénomène  proprement « personnel » ; c’est la traduction d’un attrait pour un homme politique qui ne s’en laisse pas compter par les puissants et affirme clairement sa volonté de rupture avec les politiques libérales (j’aborderai un jour cette question du rapport de la personne et du mouvement de fond collectif ; il y a à ce sujet une tradition théorique fort oubliée). Les têtes de chapitre d’un programme de mesures à appliquer une fois au pouvoir sont  : l’ Assemblée constituante, la redistribution des richesses et entre autres l’instauration d’un revenu maximum, la défense et l’extension des services publics,  la mises au service du bien commun des industries de réseaux (eau, électricité), la sortie du Traité de Lisbonne. Aux socialistes de se définir par rapport à nos propositions concrètes de rupture ; le peuple sait d’expérience que les promesses générales ne sont que du vent.   Seule une telle stratégie peut remettre en mouvement les millions d’hommes et de femmes qui ont quitté les élections et qui sont marqués par le désespoir. 

Dans l’immédiat les tâches ne manquent pas : assurer une mobilisation pour la manif de mardi à 17h contre la réforme des retraites pour montrer que nous ne lâcherons rien, faire signer la pétition en ligne qui fait un tabac pour un référendum sur cette question, arracher les sans papiers à commencer par les jeunes majeurs des griffes de la police qui veut les expulser …

Nous ne sommes pas de ceux qui disent qu’il faut attendre 2012. D’abord parce que le climat délétère de ce régime ne nous met pas à l’abri d’une rupture inopinée, ensuite parce que la rage populaire peut exploser à tout moment, enfin parce que le programme de 2012 ne s’écrira pas dans le secret d’une alcôve de la Rue de Solférino mais dans les exigences construites au cœur d’une société mobilisée.

Enfin un dernier mot sur les rencontres de ce congrès. Parmi les congressistes comme parmi  les invités, j’ai fait beaucoup  de retrouvailles émouvantes : un vieux de 68 qui retrouve la fougue de sa jeunesse, des syndicalistes étudiants de l’Unef de la grande époque, des syndicalistes enseignants, un journaliste qui m’avait suivi à Prague en 1982, des anciens grenoblois comme des nouveaux languedociens, des anciens étudiants devenus des militants aguerris, des anciens socialistes devenus des organisateurs des campagnes du Front de gauche… La vie politique dans notre camp n’est pas l’affligeant spectacle que donne les grands partis officiels : des discours hypocrites qui cachent mal haine et règlements de compte. Vous reconnaîtrez un parti fidèle à l’idéal d’émancipation humaine à l’ambiance de fraternité – qui est, faut-il le rappeler, un des trois préceptes de la devise républicaine. Enfin je ne voudrais pas oublier la joie que j’ai eu à discuter avec Clémentine AUTAIN, venue faire une belle intervention dans notre congrès et interpellant la salle (qui tourne déjà sur le net). Clémentine est intelligente, indépendante d’esprit  et combative ; une vraie discussion s’engage avec elle sur le fond. Tout y passe : République et laïcité (une vraie divergence mais aussi un débat sans anathème) transformation de la forme parti, évolution de la société et des groupes sociaux et transformation des chemins de l’émancipation (sur ces points nous sommes  très proches). Je serai ravi que l’approfondissement de nos discussions nous permette de mener ensemble le combat qui vient.   

                                                                                                                René Revol

Le Blog : donc voilà moi aussi je m’ y mets.

Un blog…déjà dans ma famille mon fils de 14 ans en a déjà un depuis plus d’un an.  Il n’y a donc rien d’innovant dans cette affaire. Juste le besoin de m’exprimer régulièrement et d’échanger dans un cadre rapide et collectif avec les centaines qui ne cessent de m’écrire, de me mailer, de m’appeler (s’ils ont la chance d’avoir mon numéro et qu’il ne soit pas occupé) et tous ceux qui dans la rue en manif ou en réunion ou tout simplement en passant m’interpellent. Ma personne n’y est pas pour grand-chose mais de la campagne du NON en 2005 à cette magnifique campagne régionale de début 2010 avec la liste « A gauche Maintenant » que j’ai eu l’honneur de conduire, en passant par les municipales à Grabels, par la formation du Parti de Gauche puis ma présence aux européennes de 2009 sur la liste du Front de Gauche conduite par mon ami Jean-Luc Mélenchon ou par les multiples actions citoyennes ou sociales auxquelles j’ai participé, …bref tout çà m’a fait monter sur la table et m’a rendu visible. Alors utilisons ce moyen formidable du blog pour échanger. Vous y trouverez des rubriques : la note hebdomadaire, une photothèque,  une vidéothèque,  mon aphorisme de la semaine (petite passion perso), mes lectures coup de cœur (puisque je ne dors guère et que je lis beaucoup), une chronique municipale pour dire mon ressenti direct sur ce mandat de maire qui m’occupe tant (les infos municipales sur mon action vous les trouverez  sur le site de la ville, ici ce sera plus du vécu, une sorte de prise de vue personnelle un peu décalée), les liens avec les blogs amis…Alors tout cela est en chantier et fait sans moyens professionnels … j’en appelle à votre indulgence.

La manif. C’est donc la huitième journée d’action en deux mois. Il paraît que nous étions plus d’un million et les médias aux ordres parlent de décrue…J’en connais qui au début n’aurait jamais parié que nous serions capables de faire une manif d’un million. Moi qui ait fait toutes ces journées sans rater une grève ni une manif de bout en bout, je n’ai en aucune manière ressenti ce dernier samedi de l’abattement ou du défaitisme, malgrè une participation un peu moindre. Au contraire une profonde détermination. Ce mouvement social est d’une profondeur extraordinaire. Mille anecdotes pourraient être citées. Je n’en prends qu’une : j’ai participé à un débat  avec des lycéens. J’ai été stupéfié par  la vitesse à laquelle ils ont appris ; le système de retraites n’avait plus de secret pour eux, la réforme était connue en détail et devant un adulte journaliste (assez superficiel  qui sortait les platitudes qu’on entendait en boucle sur le choc démographique etc…) ils ont montré une maturité et une connaissance précise du dossier. Cela démontre que la majorité de nos concitoyens sont aujourd’hui convaincus qu’on peut garder l’âge du départ à 60 ans à taux plein et sans augmenter la durée de cotisations et que cela est finançable à condition d’oser taper là où est le fric.  Cette conviction majoritaire est d’ailleurs la première victoire précieuse de ce mouvement.  Mais la prise de conscience va beaucoup plus loin à la recherche d’un changement profond des logiques à l’œuvre de nos jours. Les gens sont disposés pour aller beaucoup plus loin. J’espère que les organisations syndicales nous offriront une vraie perspective de mobilisation car les forces sont intactes. Je n’ai jamais voulu donner de consignes d’action dans ce mouvement social car je ne pense pas que cela soit la responsabilité d’un responsable politique. Je voudrais ici me faire l’écho de deux propositions complémentaires qui circulaient dans la manif et que je me contente de mettre dans le débat. 1) Pourquoi ne pas organiser une grève avec montée massive sur paris dans une grande manifestation nationale à paris ? Une marée humaine de millions et millions avec des milliers de trains spéciaux de toute la France  …Cela remettrait en évidence le vrai rapport de force pour ne pas accepter  la promulgation. Je sais que cette idée  a été évoquée dans l’intersyndicale nationale ; 2) Comme l’argument démocratique nous est opposé – « le parlement représentant le peuple a voté » – pourquoi ne pas organiser nous même le référendum citoyen dans chaque commune, dans chaque bureau de vote, en demandant à chaque maire respectueux de la république et de la démocratie d’ouvrir les registres d’électeurs  et d’ouvrir les mairies. Des millions de NON apporteraient ainsi la démonstration que ce vote légal du parlement est illégitime.

 Un programme partagé initié par le Front de Gauche. Les salariés, retraités, jeunes, citoyens rassemblés dans ce mouvement social contre la réforme des retraites sentent bien que la gauche social démocrate du PS manque de clarté et de crédibilité. Personne ne veut leur faire confiance à priori pour revenir sur cette réforme. Toutes les enquêtes d’opinion l’attestent (comme cette enquête de Louis Harris dans le dernier Huma Dimanche). Voilà pourquoi il ne faut plus tarder à mettre en chantier  un programme alternatif de rupture avec le capitalisme. Cela avait été lancé à la Fête de l’Humanité par les dirigeants du Front de Gauche. Mais  sur le terrain cela tardait à venir alors que les militants étaient très demandeurs. Je me réjouis que les responsables héraultais du Front de gauche se soient mis d’accord pour lancer ce chantier pour un programme partagé. La première réunion a lieu ce mardi 9 novembre à 18h salle Pitot. Venez nombreux et surtout participez ! Les autres forces de gauche et syndicats ont été invités largement à venir participer s’ils le souhaitent. A cet égard je vous invite à aller sur le site national du PG où il y une super rubrique sur le programme où tout le monde peut directement s’exprimer.

Ce qui est en cause n’est pas une énième discussion en chambre sur un programme…Ce qui est à l’ordre du jour c’est d’organiser l’irruption citoyenne pour réorganiser toute la société sur des bases justes et égalitaires. Il n’y a pas à attendre 2012 et un sauveur suprême. C’est ce que Mélenchon appelle dans son dernier bouquin « la révolution citoyenne ».  Le fait qu’en 15 jours ce bouquin soit déjà vendu à plus de 40 000 exemplaires est déjà un signe (ce qui lui vaut la haine baveuse des puissants). La révolution citoyenne passe dans toutes les manifestations quotidiennes par lesquelles nos concitoyens remettent en cause l’ordre établi : dans l’atelier, au bureau, à l’école, dans la ville, dans le quartier, dans la lutte pour les droits des femmes, des sans papiers, des sans logis…Une formidable effervescence cherche à imaginer et à construire un monde nouveau  plus solidaire. C’est en donnant la parole à tous ceux là que le programme du changement social   se fraiera son chemin. Et cela fera aussi irruption sur le terrain électoral.  Alors rendez vous dans les ateliers du programme partagé. Cela me rappelle ce qu’un des maîtres de ma  jeunesse, le professeur Pierre Broué, m’a dit au lendemain de la grève générale de 1968 : « Tu as deux mains, une pour le mégaphone, une pour la plume, n’oublies jamais de te servir toujours des deux ».

                                                                                René Revol