Le 21 puis le 23 et enfin le 25 mai !

 Note du 19  mai 2014

Dans la semaine qui s’annonce nous avons trois rendez vous majeur :

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Mercredi 21 mai :
avec le grand meeting régional du Front de gauche pour les élections européennes avec la participation de Jean-Luc MELENCHON. Donc Tous au Zénith mercredi 21 mai à 20h !

 

Vendredi 23 mai : je vous appelle à participer à la grande manifestation d’élus et de citoyens contre la réforme territoriale de Hollande Valls qui se déroulera devant la Préfecture de l’Hérault à 17h à Montpellier.
(rendez-vous au Peyrou à 17h où nous aurons notre banderole)

Et enfin dimanche 25 mai pour les élections européennes à un seul tour ; le score du Front de gauche doit être le plus élevé possible pour ouvrir l’alternative à gauche face à la déroute annoncée du PS.
Comme j’ai participé à plusieurs réunions publiques, à des diffusions de tracts et à des rencontres avec des citoyens, je voudrai aborder quelques points abordés et discutés.

D’abord un sujet qui commence à percer et dont les gens commencent à s’approprier, celui du marché transatlantique et de ses conséquences. Le travail d’explicitation avance bien. Dans ma bonne commune de Grabels le comité local du PG a organisé une réunion publique sur ce thème avec une bonne soixantaine de présents, animée par Muriel RESSIGUIER candidate sur la liste européenne du grand sud ouest conduite par Jean-Luc MELENCHON. Je vous invite à largement communiquer dans vos réseaux le remarquable document élaboré sur ce sujet par Raoul Marc JENNAR qui se dépense sans compter pour faire son travail d’éveil des consciences. Je suis fier d’être membre du même parti que cet intellectuel engagé précis et rigoureux. Vous trouverez son argumentation ici. Je ne reviens pas donc sur ce thème désormais bien connu. J’ai par ailleurs constaté dans mes rencontres avec la population qu’un autre sujet, connu de la population, provoquait de vives réactions : la question des travailleurs étrangers détachés. Si on les rencontre de plus en plus sur nos chantiers, c’est comme vous le savez parce qu’ils coutent bien moins chers, car assujettis aux charges sociales du pays d’origine. Des officines (souvent basées juridiquement à Chypre) recrutent et placent des salariés dans toute l’Europe, réalisant au passage de belles marges bénéficiaires. Cette « traite » a un double avantage pour les capitalistes : d’une part faire baisser le coût du travail par la mise en concurrence et le nivellement par le bas du niveau de salaire ; d’autre part de diviser les salariés des différents pays, quitte à nourrir la xénophobie. Ce sujet scandalise de plus en plus nos concitoyens.

Je veux à présent souligner quel est l’axe stratégique de la campagne du Front de Gauche : pour une désobéissance civique à grande échelle. La gauche a eu pour thème  il ya dix ans de mener campagne pour changer l’Europe pour la rendre plus sociale, plus démocratique et plus écologique… Ce discours n’a plus aucune crédibilité tant il apparaît qu’il n’y a chez ceux, sociaux démocrates ou libéraux conservateurs, en responsabilité à la Commission ou au Parlement, non seulement pas l’ombre d’une évolution quant à leur politique, mais une dérive austéritaire sans borne. Qui peut croire les mêmes quand ils promettent qu’en votant pour eux l’Europe deviendra plus sociale ? Il ya dans la population une profonde défiance vis-à-vis du discours « réformiste » européen. C’est pourquoi le Front de Gauche mène campagne non pour « changer l’Europe » mais pour ROMPRE avec la construction européenne en place, afin d’ouvrir la voie à une autre construction, de solidarité entre les peuples européens. Comment mettre en place la stratégie de cette rupture ? En prônant la désobéissance nationale avec les directives européennes ; en traçant la perspective que la France puisse désobéir et ouvrir ainsi la voie aux autres peuples. Aujourd’hui le pacte de responsabilité et le plan de 50 milliards d’économies découlent directement de l’exigence de la Commission que la France retourne aux 3% de déficit d’ici 2017. Or cette exigence de la Commission procède directement du traité Merkel/Sarkozy.  Hollande, qui ne l’a pas renégocié comme il l’avait promis, l’applique avec le plus grand zèle. Ce plan de destruction des acquis sociaux, pour de gros cadeaux financiers au patronat sur le dos des retraités et des minima sociaux, provoque l’hostilité populaire et la mobilisation sociale. Les élections européennes, qui s’inscrivent désormais dans le contexte de cette mobilisation sociale,  ouvre la possibilité d’une issue politique : que la France refuse le diktat de la Commission et désobéisse au traité. Cette stratégie de rupture est proposée dans de très nombreux pays européens aux électeurs. Le résultat des européennes sera en France un élément important de la construction d’un rapport de force contre le plan d’austérité. Battons campagne au nom d’une désobéissance civique de masse ! N’oublions pas que l’UE n’est régie que par des traités entre ses Etats membres et qu’elle n’est soumise  à aucun « Etat européen ». Ne s’y applique donc pas la contrainte d’un État qui disposerait du « monopole de la violence légitime » (pour reprendre la définition de l’État de Max Weber). La discipline européenne réside dans la soumission volontaire de chaque État membre. Un pays peut donc décider de rompre partiellement ou totalement cette discipline et ouvrir ainsi une perspective aux autres peuples. La tension à laquelle la politique austéritaire et les institutions européennes soumettent les peuples d’Europe mènent à un point de rupture inévitable, sans qu’on sache aujourd’hui où quand et comment cela se produira. Notre responsabilité est de renforcer la construction d’une alternative pour qu’elle assume ses responsabilités dans cette crise inévitable.

J’aurai l’occasion de revenir dans une prochaine note sur le combat contre la réforme territoriale ce qui n’est pas sans rapport avec les enjeux européens :

En attendant rendez-vous le 21, le 23 et le 25 mai !

René REVOL

La Vice-Présidence de l’Agglomération pour faire la Régie Publique de l’eau : une victoire du combat citoyen !

Mardi 22 avril 2014, sur proposition de Philippe Saurel, Président et Maire de Montpellier, le Conseil d’Agglomération m’a élu Vice-Président avec la mission clairement formulée de mettre en place la régie publique de l’eau. Je considère cette élection comme la reconnaissance d’un long combat citoyen. Le débat sur la gestion de l’eau est engagé à Grabels depuis des années. Notre Conseil Municipal s’était clairement prononcé en avril 2009 pour un débat public suivi d’un référendum sur la gestion de l’eau, il demandait à l’Agglomération qui prenait la compétence de l’eau d’organiser avant juillet 2013 une consultation tant des citoyens que des Conseils Municipaux. J’avais personnellement lancé un appel dès octobre 2009 en m’adressant aux Maires de l’Agglomération pour poser clairement la question du retour à la régie publique.

Faute d’une réponse au niveau des responsables de l’Agglomération nous avons, en tant qu’élus, organisé en mai 2013 dans notre Commune une votation, précédée d’un vaste débat public. Grabels fut la seule municipalité de l’Agglomération de Montpellier à avoir organisé cette consultation. Avec un résultat clair et net : une participation de plus de la moitié des titulaires de compteurs d’eau et 95% favorable à la gestion de l’eau en régie publique.

Je me réjouis que mission me soit donnée, ce 22 avril 2014, de réaliser la volonté majoritaire de la population de ma Commune. Je suis fier d’avoir la charge de mettre en œuvre la Régie publique de l’eau. L’eau est un bien commun de l’humanité qui ne peut être traité comme une simple marchandise. L’arracher des mains des multinationales, c’est la rendre au peuple.

Avec cette élection c’est aussi la reconnaissance du large combat citoyen et associatif organisé dans toutes les villes de l’Agglomération pour le retour en régie publique. Je tiens ici à rendre particulièrement hommage à l’association « Eau Secours 34 » et au collectif pour le retour à la régie publique pour avoir mené un formidable travail de sensibilisation et de mobilisation des usagers, de rencontres avec les élus, de diffusion de l’information, recourant pour des réunions publiques à l’expérience et l’expertise de diverses personnalités, faisant signer des milliers de citoyens, organisant des votations citoyennes, suppléant ainsi à la carence des collectivités qui auraient dû les organiser. La preuve est faite que l’implication populaire et la mobilisation citoyenne payent. Cela peut servir d’exemple pour beaucoup d’autres sujets. J’aurai à cœur d’associer au mieux les acteurs associatifs et citoyens à la mise en œuvre de ma mission.

Membre du bureau de l’Agglomération je ferai de mon mieux pour honorer la confiance qui m’est faite. Cet engagement se fait en conservant ma liberté politique. Homme libre, élu fidèle au mandat pris devant le peuple, je continuerai à défendre mes convictions et mes engagements. Membre du bureau de l’Agglomération et Maire de Grabels je demeure profondément opposé à la politique d’austérité du gouvernement Valls. En mettant en place la régie publique de l’eau au nom de l’Agglomération comme en mettant en œuvre dans la Commune de Grabels les engagements pris devant les électeurs nous comptons bien apporter la preuve par l’exemple qu’une autre politique est possible.

René REVOL

Où va la France ? La dérive des continents sociaux s’accélère.

Note du 24 avril 2013

Un mot d’abord avant de développer les sujets principaux de cette note : un adolescent de 16 ans et ses potes que je connais un peu me disent être tombés sur ce blog et de certes avoir vite survolé les textes (qui manifestement ne les ont pas passionnés !!) mais par contre d’avoir été scotché par les aphorismes de René Char que je mets en exergue. Je suis heureux que ces jeunes aient pu rentrer dans ce blog par cette porte. N’hésitez pas à faire comme eux en cliquant sur l’onglet « aphorismes ». Je leur dédie l’aphorisme que j’ai choisi pour ce jour ; il leur va à merveille.   

Dans cette note je m’essaye à une appréciation générale de l’évolution économique et sociale de notre pays et de sa politique, mais aussi et surtout une analyse du début de la crise du régime politique actuel, de l’évolution des rapports de force sociaux, de la radicalisation à gauche comme à droite et de son mécanisme interne, de l’importance de cette appréciation théorique dans la définition de notre stratégie et de notre expression au PG et je dis aussi un mot sur les « outrances » et ce qu’il faut en penser. Et comme cette note est un peu longue je commence par vous faire un petit cadeau.   

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Ci-dessus il s’agit de la bannière que les paysans vignerons de mon village Grabels ont brandi dans les grandes manifestations de de la révolte viticole de 1907. Le texte est en occitan et signifie :

« Vous arrosez d’eau le pays 
Vous arrosez d’or vos amis
Nous vous balaierons tous,
Fraudeurs, arroseurs et arrosés. »

Cette affiche a été retrouvée en 2010 (ainsi que celle de 1963 reprennat le même texte mais traduit en Français lors d’une autre grande manifestation viticole), elle a été restaurée par un artiste local et est désormais exposée dans la salle du Conseil Municipal. Et lors d’un récent mariage lorsque les invités m’ont demandé de leur traduire le texte un moment magique s’est produit : ils ont tous applaudi ! Comme quoi la perspective d’un grand « coup de balai » est toujours d’actualité et correspond aux attentes populaires. En 1907 les négociants avides de profit coupaient le vin avec l’eau pour s’enrichir et appauvrir les vignerons ; en 2013 ils fraudent le fisc. Ces braves gens dans ce mariage n’ont pas eu besoin de discours pour faire le lien.
Et je vous fais un deuxième cadeau, si vous allez lire la nouvelle constitution équatorienne qui prône la révolution citoyenne, vous trouverez la formule suivante en quechua, qui est d’actualité :

« AMA QUILLA, AMA LLULLA, AMA SHUA »
« No ser ocioso, no mentir, no robar »
« Ne pas être désœuvré, ne pas mentir, ne pas voler »

J’utilise  l’expression dans mon titre de « dérive des continents » tirée de la tectonique des plaques parce qu’elle me paraît adaptée à ce qui est entrain de se passer dans notre société, étant entendu que la dérive des continents physique est à un bout à l’échelle de la lenteur et que la dérive des continents sociaux peut s’accélérer vivement.  Une société est un complexe aggloméré et sédimenté, fait de groupes sociaux aux intérêts divergents et contradictoires, structuré par des institutions politiques et sociales qui encadrent des rapports sociaux en mouvement, mais une société c’est aussi des représentations collectives du monde et de l’homme qui font les consciences individuelles. Cet ensemble d’objectivité et de subjectivité, qui interagissent les unes sur les autres, évolue parfois lentement et parfois s’accélère. De plus les niveaux différents du complexe social n’évoluent pas au même rythme provoquant d’incessants décalages ; et dans la différence des rythmes ce sont souvent les représentations subjectives, les croyances et les sentiments comme les systèmes d’idées,  qui évoluent le plus lentement, ce qui débouche souvent sur la stupeur que provoque le choc de la réalité brutale sur une conscience qui découvre soudainement la réalité. Or justement j’ai le sentiment si ce n’est la certitude que nous assistons en ce moment à une accélération de l’évolution du complexe social global. Plusieurs phénomènes se superposent en même temps. La situation économique et sociale où la récession mortifère du Sud européen commence à faire effet dans notre pays, la remise ne cause de la base même de l’autorité politique que manifeste la perte phénoménale de confiance  exprimée dans l’extraordinaire affaire Cahuzac, tout cela débouchant sur une polarisation politique grandissante traversant tout le corps social comme en témoigne d’un côté la détermination et la colère dans les luttes ouvrières et de l’autre la radicalisation à droite contre le mariage pour tous. Prenons rapidement chacun de ces points.

La situation économique : Arrive la catastrophe annoncée.

Pour traiter ce point je vous reproduis ci après un extrait de la réponse que j’ai apporté à un groupe d’anciens étudiants qui m’interrogeaient fin février. En cette fin d’avril on peut en garder tous les termes.

« J’enrage ! » est l’expression utilisée par John Maynard KEYNES dans une lettre de 1931 à son collègue Robertson. Ce qui le mettait en fureur c’était la politique suivie par les grandes puissances de l’époque face à la crise économique qui frappait les économies capitalistes depuis le déclenchement de la grande dépression en octobre 1929. Aux Etats-Unis le président Hoover prônait l’austérité budgétaire ajoutant de la crise à la crise et il faudra attendre 1932 pour que la donne change avec l’arrivée de Rooseveltqui après avoir poursuivi quelques mois la même politique comprit vite qu’il fallait changer radicalement d’orientation ; en Angleterre on baigne encore dans le conservatisme financier dont Baldwin fut le héros comme premier ministre (avec son chancelier de l’échiquier un certain Winston Churchill dont la politique d’austérité des années 20 fut une des causes majeures de la misère ouvrière anglaise des années suivantes – cela est trop souvent oublié quand on fait l’éloge de ce personnage) en espérant qu’un taux de change fort de la livre sterling et des taux d’intérêt élevés valorisent le capital, ce qui a bien sûr produit un accroissement du déclin industriel britannique (avant qu’au cours de l’année 1931 le nouveau premier ministre Ramsey Mac Donald ne se résolve à une salutaire dévaluation) ; en France on vit encore sous la doctrine monétariste que Poincaré avait imposé en 1926 et on croit pouvoir échapper à l’effet de la crise mondiale; enfin en Allemagne le Président de la République de Weimar le vieux  Hindenburg appelle au pouvoir des politiciens de centre droit qui imposent une cure d’austérité budgétaire drastique aggravant la récession et faisant ainsi le lit de Hitler, qu’ils n’hésiteront pas à mettre légalement au pouvoir en janvier 1933 (bien que les nazis n’aient que 31% des voix aux dernières élections). Donc en 1931 Keynes voit bien les conséquences dramatiques des politiques d’austérité pratiquées simultanément dans tous les pays en même temps ne pouvant provoquer que la chute de la demande interne (investissement et consommation) et externe (exportations) ; il voit bien que la première conséquence de cette politique c’est l’aggravation de la misère et du chômage répandant le désespoir dans les populations ; et il voit aussi  que la conséquence suivante sera la ruine des démocraties libérales occidentales (qu’il avait d’ailleurs anticipé dans un texte prémonitoire en 1919aprés avoir claqué la porte des négociations du traité de Versailles dont il était un des experts britanniques). Bref vous l’avez compris. En ce moment je ne vous parle pas des années 30 mais bien de ce qui se passe aujourd’hu, en tenant compte des différences de situationi. Car on est de plus en plus nombreux à enrager contre la politique actuelle des dirigeants européens. Les résultats économiques de l’année 2012 sont exactement ce que nous avions prévu : une catastrophe pour la zone Euro qui voit son PIB baisser au 4ème trimestre ( de – 0.6% ce qui amplifie ce qui avait été constaté déjà au 3ème trimestre où la zone Euro avait été officiellement déclaré en récession). Non seulement parce que les petits « pays du sud » continuent de s’effondrer : Grèce (dont le processus de sous développement est d’une rapidité et d’une violence inouie), Chypre, Portugal, suivis maintenant par les « gros » du Sud (recul massif de l’Espagne et plus modéré de l’Italie) mais maintenant la récession a atteint des pays du Nord et non des moindres : l’Allemagne vient d’avoir un recul de -0.6% au 4ème trimestre soit une moyenne annuelle de 0.7% (après une année 2011 à 3% …et souvenez vous des commentaires de l’époque !). Et la France qui suit sous Hollande la même orientation économique générale que sous Sarkozy est entraînée dans cette spirale récessive : le gouvernement Ayrault avait construit son budget 2013 sur une hypothèse de croissance de 1.3% puis au vu des premiers résultats macroéconomiques l’avaient modifié en novembre en se basant sur une hypothèse de 0.8% ; le budget a été adopté sur cette base et Ayrault vient de reconnaître qu’il n’en sera rien et que la croissance sera au mieux de 0,1% ! [ En cette fin avril cette hypothèse n’est plus reprise par aucun expert car ils tablent tous sur une croissance négative en 2013] Et bien sûr le déficit limité à 3% ne sera pas respecté puisque la chute de la croissance entraîne inexorablement la chute des recettes fiscales. Et que croyez vous qu’ils concluent après six mois d’erreur et de myopie ? Et bien on ne change rien et on nous annonce encore des hausses d’impôt et des  économies dans les dépenses publiques qui auront le même effet que les économies précédentes : elles feront baisser la demande publique et privée et donc la croissance, et donc les recettes de l’Etat …ce qui aura pour effet d’augmenter le déficit de l’Etta que ces mesures étaient censées combler. Sommet européen début février : que décide t on ? De réduire le budget européen (dont la scandaleuse réduction de l’aide alimentaire alors que la fréquentation des « soupes populaires » – comme on disait dans les années 30 – a doublé en un an) ; et Hollande ose appeler cela un bon compromis. Et le G20 qui vient de se tenir confirme la priorité à la rigueur budgétaire.  

Je ne change rien à cette analyse faite en février et largement confirmée dans ces deux mois et j’enrage tout autant. J’enrage parce que je constate tous les jours les dégâts de cette politique sur des populations de plus en plus nombreuses : CDD non renouvelé, intérimaire qui restent à la maison, jeunes qui restent dans la file d’attente du chômage, de plus en plus de fin de droits, retour humiliant chez les parents entre 30 et 40 ans, désespoir des chômeurs en fin de droits, les épiceries sociales qui explosent sous la demande comme je le vois pour celle de mon village….Que faut-il faire pour qu’on comprenne enfin que derrière ces mots abstraits de « récession » ou « austérité » ou « baisse des dépenses publiques »…il y a des drames humains, des parcours de vies qui se jouent !

Certains pensent s’en sortir en nous disant qu’au moins cette politique de rigueur a convaincu les marchés (financiers bien sûr) de la crédibilité des Etats et que donc les taux obligataires ont baissé et restent très bas, ce qui permettrait d’alléger le poids de la dette publique. Il est vrai que les taux sont bas mais les banques ne prêtent pas pour autant. Au lieu de jouer sur le prix du crédit, les banques jouent sur le rationnement du crédit en ne prêtant qu’aux Etats, collectivités ou entreprises les plus sûrs. Car la conjonction de toutes ces politiques d’austérité nourrissant la récession a plombé la confiance de tous les acteurs économiques qui se sont réfugiés dans des attitudes de retrait : les entreprises reportent leurs investissements tant qu’elles ne sont pas sûres de vendre plus, les ménages qui le peuvent épargnent inquiets d’un avenir en berne, et c’est dans ce contexte que les Etats décident de dépenser moins. Bref par tous les bouts qu’on prenne le problème le cercle vicieux poursuit son cheminement infernal.

Plus qu’une crise gouvernementale, une crise du régime politique

L’affaire Cahuzac a déclenché quelque chose d’irrémédiable dans les profondeurs de la société. La symbolique est énorme : celui là même qui était chargé de lutter contre la fraude fiscale se révèle être un fraudeur ; le ministre du budget qui met en place l’austérité pour tous ne se l’applique pas à lui-même. Puis se révèle au grand jour l’entre soi et les connivences d’un monde privilégié gangréné par l’argent, monde dans lequel les frontières politiques s’effacent au point de montrer qu’un dirigeant socialiste et ministre est resté ami avec des affairistes d’extrême droite tout çà étant connu de Madame Le Pen. Le soupçon se répand sur tous les ministres et le Président lui-même notamment à travers les révélations sur son trésorier de campagne. Le bon peuple se dit : « Si l’un a trempé pourquoi pas les autres ? Si l’un a menti pourquoi croire les autres ? » Ce sentiment est ravageur et les dénégations, les démonstrations d’honnêteté ou les publications de patrimoine n’y changeront rien. C’est le fondement même de l’autorité politique qui est atteint. Max Weber a bien montré que toute domination politique est basée sur deux piliers indissociables l’un de l’autre : d’une part le monopole de la violence qui fonde la puissance de l’Etat en dernier ressort ; mais aussi d’autre part la légitimité de ce monopole de la force qui elle se base sur le consentement du peuple à l’autorité. Voltaire avait fait remarquer déjà qu’on ne pouvait pas mettre un gendarme derrière chaque citoyen et que l’obéissance des peuples était le principal fondement du pouvoir politique. Et lorsque cette obéissance disparaît le seul monopole de la force physique ne durera pas  – même si dans l’intervalle cela peut faire beaucoup de dégâts. Weber, Elias et d’autres ont souligné que deux monopoles fondent l’Etat : le monopole des armes et le monopole fiscal. Le fait que le scandale concerne le responsable gouvernemental de lever l’impôt a naturellement plus de conséquences car cela porte atteinte au consentement à l’impôt chez les citoyens ce qui est une des bases les plus importantes de l’Etat moderne.

L’affaire Cahuzac fait franchir une étape décisive à la situation du pays : nous étions dans une crise économique et sociale ou pour être plus précis dans cette crise économique et sociale la politique d’austérité suivie par ce gouvernement dans la continuité du précédent était fortement remise en cause et n’était plus acceptée par la majorité de nos concitoyens. Il l’avait manifesté en chassant Sarkozy.  Le sentiment a grandi mois après mois que Hollande les trompait en reprenant la même politique à quelques changements cosmétiques prés. Cela s’est imposé dans les esprits depuis la fin 2012 et la diversion militaire du Mali n’a eu d’effet qu’une ou deux semaines ; toutes les enquêtes d’opinion ont montré dés janvier un refus majoritaire dans le pays de cette politique d’austérité. A ce sujet le retournement de certains commentateurs est assez drôle et significatif du changement d’état d’esprit dans le pays. Il faut les voir en ce moment s’amuser des erreurs de calculs soit du FMI il y a deux mois, soit d’éminents économistes récemment. Bref le rejet de la politique d’austérité atteint des cercles de plus en plus larges.  Mais l’affaire Cahuzac nous fait franchir un degré dans la crise : nous passons d’une crise de la politique gouvernementale à une crise même de la domination politique ; la pourriture du système est visible et le peuple voit au grand jour que les institutions politiques sont totalement pénétrées par l’argent roi. Cette défiance généralisée rend possible non pas seulement une crise gouvernementale mais une véritable crise de régime, une crise du régime politique qui nous gouverne. Il ne suffira pas de changer de gouvernement. C’est cela qui est à l’œuvre sous nos yeux. Ces analyses nous les poussons quotidiennement au Parti de Gauche pour pouvoir au mieux mener  notre action et on mesure l’importance de ces débats théoriques sur la situation  à travers l’évolution des prises de position de notre principal porte parole Jean-Luc Mélenchon. En janvier en lançant la campagne du Front de gauche contre l’austérité et pour une politique alternative, Mélenchon posait avec juste raison la question d’une alternative gouvernementale à gauche par une nouvelle alliance du front de gauche avec les écologistes et les socialistes qui refusent la politique d’austérité. Cette perspective gouvernementale était en phase avec le refus croissant de la politique d’austérité dans le pays qui mettait le gouvernement dans une impasse. Après l’épisode chypriote (qui a montré que les dirigeants des institutions européennes à commencer par la BCE se souciaient comme de leur dernière chemise de respecter la démocratie d’un pays voire même les propres règlements européens et qu’ils n’hésitent pas à utiliser une violence monétaire absolue pour contraindre un pays) et après l’affaire Cahuzac et le commencement d’une paralysie et d’une crise de régime, nous continuons certes à défendre une alternative gouvernementale à gauche mais il faut aller plus loin. Il faut offrir une perspective systémique et donc une réponse cohérente et saisissable par tous à la crise du régime politique de la Vème République. Aussi quand Mélenchon un vendredi matin à France Info lance l’appel à une grande marche nationale le 5 mai pour la 6ème république ce n’est pas une lubie passagère ou une initiative « personnelle » (comme le croient les médias) mais le fruit d’une analyse mûrie de la situation du pays et de son évolution. Le succès de cette initiative à la base, son caractère unitaire bien au delà du seul Front de gauche, prouve la pertinence de l’analyse de la situation. Mais en même temsp elle pèse sur la situation objective elle-même et contribue à la modifier en ouvrant une issue possible.

Le nombre, la force et la confiance.

Donner force et confiance dans l’action collective à la masse des salariés, chômeurs, retraités et jeunes qui subissent aujourd’hui.  En prenant l’initiative du 5 mai nous visons à donner les moyens au nombre de trouver sa force en se rassemblant sur une vraie perspective politique. Nous l’avons vu lors du meeting de Montpellier le 11 avril avec Mélenchon et les autres représentants nationaux du Front de gauche. Nous n’avions qu’une salle de 1000 places. Très vite bondée avant l’heure du meeting, la salle voisine identique s’est remplie face aux écrans géants puis la rue s’est remplie pour s’agglutiner autour des sonos…3000 présents avec les salariés de boites menacées, les postiers, les chercheurs licenciés… et surtout cette masse de jeunes avides de sens et d’action pour un monde meilleur. Les participants ont trouvé dans ce rassemblement des raisons et des sentiments de résistance et de force qui irriguent autour d’eux depuis. C’est ce qu’on verra le 5 mai à grande échelle et j’invite tout un chacun à ne pas manquer ce rendez vous. Car il ouvrira un printemps social et politique sans précédent et cette conviction je la tire de l’analyse du mouvement des forces en présence.

La radicalisation à droite et la crise des classes moyenne

Ce qui se passe dans la mobilisation réactionnaire contre le mariage pour tous est aussi très significatif. Le petit bourgeois catholique est saisi d’effroi devant la crise générale de notre société et croit trouver dans le culte de la famille « naturelle » un refuge face au monde. Depuis toujours certes entre la pensée réactionnaire et la pensée progressisteune divergence théorique les oppose : du côté progressiste l’égalité des droits passe avant les inégalités naturelles alors que pour les réactionnaires les inégalités sociales trouvent leur source dans les différences de la nature. Relisez les débats philosophiques des Lumières ou encore le débat entre Condorcet et ses adversaires sur le droit de vote des femmes, tout y est. Ce qui est intéressant actuellement dans la mobilisation réactionnaire contre le droit au mariage et à l’adoption pour les homosexuels c’est cette mobilisation de l’argument « naturaliste ».  Laissons le folklore d’un mouvement qui se partage entre une folle qui se fait prénommer Frigide et une illuminée qui s’appelle « Bourges » (çà ne s’invente pas !) le plus important est ce que signifie cette mobilisation : la petite bourgeoisie, qui constitue la clientèle traditionnelle de la droite, se radicalise sous l’effet à la fois de la crise économique qui les menace de déclassement et aussi par la le vide ouvert par la crise de l’autorité politique (y compris à la tête de l’UMP). N’oublions pas que l’Eglise et ses différentes organisations satellites constituent une vaste organisation de masse qui structure le pays (même s’il ne faut pas négliger qu’elle est traversée par des forces divergentes). Ce réseau social est secoué en profondeur par cette mobilisation où ce petit peuple réac ne fait pas que de la politique mais croit défendre une identité anthropologique. L’UMP et même le FN ne maîtrisent rien. Ceci dit ne sur estimons pas à cette étape la puissance de ce mouvement réactionnaire. Si le salariat et la résistance sociale à l’austérité et l’alternative à gauche se met en mouvement sa puissance actuelle paraîtra alors bien pâle. Entre la radicalisation réactionnaire et la mobilisation progressiste la course de vitesse est désormais engagée et cela va accélérer la « dérive des continents sociaux » dont je parlais au début de cette note. Une chose est certaine : dans cette tenaille, l’air se raréfie pour Hollande et la crise interne au PS et à EELV va grandir et nourrir ainsi notre action.

« Outrances ! Vous avez dit  outrances ?»

Dans ce contexte une des armes de l’adversaire est de diaboliser Mélenchon. Ah les « outrances » langagières de Mélenchon c’est devenu le mois dernier la ritournelle des puissants qui dirigent les médias. Que cela influence quelques esprits qui ne vérifient jamais les sources ou qui n’ont pas le temps de le faire, ce n’est que très classique. Je suis cependant resté attentif à ceux qui parmi des gens proches reprenaient cet argument. Si ceux-ci avaient la patience et l’honnêteté de vérifier je leur ai fait chercher le verbatim exact de ce qu’ils avaient cru entendre comme « outrance » et à chaque fois ils ont pu reconnaître qu’ils avaient été victimes du bruit médiatique il en va ainsi de « populisme » « langue de la finance internationale » « purifier l’air »….le comble c’est quand on fait comparer le comportement journalistique face à Mélenchon et celui tout miel avec la mère Le Pen. Bref parmi les notres l’effet de cette campagne est faible car ceux-ci se méfient de la propagande dominante et demandent à vérifier de prés quand ils ont un doute. Mais ces mouvements d’humeur dans un sens puis dans un autre vis à vis de Mélenchon dans les couches intellectuelles des classes moyennes est un signe de la nervosité que crée la situation d’affaissement de la gauche gouvernementale. Un public a voté Hollande et devant l’échec annoncé espère qu’il se reprenne voire en utilisant la pression du Front de gauche ; de bons amis à moi partagent cette vision mais c’est une pure illusion. Hollande ne se reprendra pas par un effort de la raison. Ou pour être précis il est inefficace et inutile « d’attendre » qu’il se reprenne. La marche à l’abîme est en route pour le social libéralisme et je comprends que cela horrifie ceux qui aimeraient en faire l’économie et préfère une évolution calme et tranquille à des bouleversements. Mais on n’en fera pas l’économie. La rage subite de certains à gauche contre Jean Luc n’est que l’expression d’une impuissance et d’une panique. Ne vous énervez pas contre eux. Faites comme moi : écouter, parler, convaincre en les entrainant dans l’action. Par exemple envoyer leur ces deux vidéos et dites leur d’avoir la patience de les suivre et de nous dire avec quoi ils ne sont pas d’accord. Vous verrez cela permet de parler du fond.

D’ailleurs la diabolisation est en train de perdre du souffle car y compris du point de vue des dominants ils s’aperçoivent qu’en diabolisant Mélenchon  en même temps qu’ils intègrent le Pen au jeu ils ne font que faire de Mélenchon et donc du Front de gauche le recours face à la crise du système.

Alors, amis, camarades, citoyens, gardez confiance dans votre force collective.

Mettez votre énergie et votre intelligence au service de l’action émancipatrice.

La France est à un tournant.

 Que vous soyez jeune ou vieux, c’est le moment d’avoir vingt ans dans vos têtes !

Pour l’humain d’abord contre la finance et l’austérité

Pour la 6 ème République

Rendez vous le 5 mai à Paris à la Bastille à partir de 13h30 !      

René Revol.

Décentralisation ? Non, féodalisation !

Note du 28 janvier 2013.

Les sujets dont je voudrais vous parler ne manquent pas : les dangers de l’intervention militaire au Mali, l’injonction faite aux parlementaires de recopier l’accord imposé par le Medef sans en changer une ligne, mes raisons de soutenir le mariage pour tous, le succès des assises régionales de l’éco socialisme qui ont rassemblé plus de 300 participants samedi 26 à Clermont l’Hérault, le combat qui s’engage pour obtenir une régie publique de l’eau à Montpellier, ma confrontation avec le jeune député PS Sébastien DENAJA sur TV SUD – pour voir la vidéo cliquez ici

Je vous invite à aller sur des blogs amis trouver pleins d’information et d’analyses sur ces sujets.

Pour ma part je pense urgent aujourd’hui de mettre en lumière un très mauvais coup qui se prépare contre la république : l’acte 3 de la décentralisation. Si ma contribution, même raccourcie, peut vous apparaitre un peu longue, faites l’effort de la lire jusqu’au bout pour prendre la mesure de ce qui se trame. Élargissons le débat ; ne laissons pas les élus être les seuls à s’occuper de ce dossier, car c’est une question démocratique majeure qui nécessite l’intervention des citoyens. J’attends vos réactions.

Bonne lecture.

René REVOL

Décentralisation ? Non, féodalisation !

Un avant projet de loi mettant en place ce qu’on appelle l’acte 3 de la décentralisation est en circulation parmi les parlementaires et les responsables des collectivités territoriales et doit être envoyé par le gouvernement avant fin janvier pour avis au Conseil d’Etat. Puis ensuite le débat parlementaire sera engagé dès mars pour aboutir dans l’année à une loi définitive pour que les prochaines élections municipales (2014), départementales et régionales (2015) se tiennent dans le cadre de cette nouvelle architecture. La lecture de cet avant projet m’a particulièrement inquiété et c’est pour éclairer ce débat à venir que j’écris cette note.

Cette réforme des collectivités territoriales est présentée comme l’acte 3 de la décentralisation. L’acte 1 avait été constitué par les lois Defferre de 1982 et l’acte 2 par la réforme Raffarin de 2004. Or cette nouvelle réforme a été préparée par le précédent gouvernement Fillon-Sarkozy et est poursuivie par l’actuel gouvernement Ayrault-Hollande avec des modifications marginales. Il nous faut donc étudier de près ce texte, dont les conséquences sont importantes pour le fonctionnement de notre République. Avant d’analyser dans le détail les conséquences du projet de loi élaboré en ce moment, il est utile dans une première partie de rappeler les orientations générales des élites néolibérales concernant les collectivités locales qui ont imposé leur philosophie générale, tant dans les cercles dirigeants de la droite que dans une partie de la gauche.

Première partie :

L’axe bureaucratique contre l’axe démocratique

Notre République est le résultat d’une construction historique et le fruit de nombreux combats sociaux et politiques. Ces combats ont comme fil rouge la nécessité d’assurer la souveraineté populaire sur les institutions publiques. Les trois étages qui ont constitué la France républicaine depuis 1789 jusqu’à nos jours sont clairement identifiés (nation, département, commune) et soumis à l’expression de la souveraineté populaire par le biais du suffrage universel direct. Au niveau national l’élection du parlement au suffrage universel garantit que la capacité de faire la loi est soumise à la volonté populaire ; l’élection au suffrage universel du président de la république ne fait que s’ajouter à cet aspect (sans aborder ici le débat des effets antidémocratiques de cette élection). Il en découle que la Loi votée par le parlement est la même pour tous sur tout le territoire national, assurant le caractère unique et indivisible de la République, participant de l’exigence de l’égalité des citoyens face à elle. A l’échelle territoriale la République s’est toujours refusée à hiérarchiser les collectivités locales, aucune collectivité ne peut ainsi exercer une autorité tutélaire sur une autre. Elles se distinguent uniquement par le territoire couvert et par les compétences  exercées. La collectivité locale centrale de la République Française est la Commune. La libre administration des communes, inscrite dans notre droit fondamental actuel, est l’héritière du combat pour les libertés commencé dès le Moyen-âge  par la revendication de la liberté communale. L’élection des conseillers municipaux au suffrage universel direct a été une conquête des républicains contre tous les pouvoirs autoritaires et anti démocratiques de l’ancien régime, de l’Empire ou du régime de Vichy. L’autre institution locale héritée de la Révolution est le département avec l’élection au suffrage universel de son assemblée, le mal nommé Conseil général. Donc commune, département et parlement sont les trois piliers de ce que j’appelle l’axe démocratique de notre république, chacun étant issu du suffrage universel direct. Cela ne signifie pas que tout est parfait dans ce système institutionnel, loin s’en faut (on peut par exemple discuter le mode de scrutin uninominal à deux tours à l’échelon national et départemental qui, à la différence du scrutin proportionnel, empêche une grande partie de la population d’être représentée) mais ces institutions sont au fondement républicain de notre vie politique.

Or à ce triptyque républicain « nation-département-commune »  s’oppose un autre modèle de gestion des territoires fondé sur le triptyque Europe-Région- Agglomération. Ces niveaux d’exercice du pouvoir se sont graduellement imposés dans les 50 dernières années. L’Europe est le fruit de la construction européenne et des transferts de souveraineté de la nation vers les institutions européennes depuis 1957 qui se sont accélérés après l’Acte Unique de 1986 puis les séries de traités depuis Maastricht en 1992. La région, refusée par les républicains depuis la fin des Provinces féodales de l’Ancien Régime, est apparue dans les années soixante dans le cadre de la réforme gaulliste de l’Etat puis a conquis une plus grande place avec la réforme Defferre de 1982. Enfin dans les décennies 1990 et 2000 des textes, dont la loi Chevènement de 1999, substituent à la coopération intercommunale les communautés de communes et autres agglomérations. Ce triptyque repose sur un argumentaire rationaliste : l’espace européen serait plus efficace que l’espace national dans le cadre d’une mondialisation croissante, l’espace régional serait plus adapté à la compétition intra-européenne que le département trop petit ; quant aux 36000 communes françaises elles seraient une exception française archaïque inapte à traiter les enjeux des territoires et les communautés de communes, agglomérations et métropoles seraient plus adaptées à une gestion moderne du territoire. Cette rationalité bureaucratique est au cœur du discours moderniste partagé par les élites politiques au pouvoir depuis trente ans et qui défendent un nouveau modèle de gestion des territoires, ou, pour parler la novlangue néolibérale, un nouveau modèle de « gouvernance » territoriale.

Un modèle de compétitivité des territoires et de défiance du citoyen.

Ce modèle bureaucratique est fondé sur deux principes dominants :

Premier principe : la compétition territoriale. C’est l’importation dans le domaine des collectivités territoriales du principe économique, dominant depuis le triomphe du capitalisme financiarisé et mondialisé, de l’offre compétitive. Sans  développer cette notion ici, on peut la résumer par  l’idée que la croissance économique ne passerait plus par la hausse de la demande privée et publique (pouvoir d’achat en hausse et régulation publique) mais par une amélioration de la compétitivité de l’offre. En d’autres termes dans la capacité du secteur productif privé d’un territoire de conquérir des parts de marché sur les autres, par le jeu combiné de la baisse des prix et de l’innovation, d’où l’antienne de la baisse du coût du travail et des dépenses publiques, de la réorientation des dépenses sociales « improductives » vers des dépenses «  productives ». Cette doctrine économique néolibérale sert de doxa et d’inconscient aux élites ; même si la crise mondiale depuis 2008, fruit de cette politique, a ouvert un champ plus élargi de critiques. On transfert donc aux territoires et aux collectivités publiques la logique de la compétitivité. Le but de la gestion d’un territoire consisterait à créer de l’attractivité pour les investissements en vu de créer emploi et prospérité. Ce discours propagandiste, vous pouvez le lire à longueur de colonnes dans les publications des journaux édités par les Régions et les Agglomérations ou Métropoles. Il faut baisser les impôts sur les entreprises (voire multiplier les zones franches et autres cadeaux de toute sorte), favoriser la mobilité et la formation de la main d’œuvre adaptée à ces entreprises arrivantes. Dans la compétition mondiale les grandes métropoles devront se livrer une guerre sans merci pour conquérir aux détriments des autres les activités porteuses. La conséquence en est naturellement l’appauvrissement et la désertification des autres territoires urbains ou ruraux éliminés de cette compétition. Dans certains pays centralisés comme la France ces territoires moins compétitifs ont pu bénéficier des mécanismes de redistribution de revenus et de services publics qui servent ainsi d’amortisseurs. Mais la baisse des dépenses publiques ne peut qu’affaiblir cette capacité de résistance ; ces territoires semblent dans cette logique voués à la paupérisation (comme le montre le chercheur Laurent Davezies dans son dernier ouvrage La crise qui vient). Quant aux fleurons de la compétition, dans les métropoles, la priorité est donnée à l’attractivité au détriment de la solidarité. La politique d’aménagement urbain est entièrement dirigée par la nécessité de favoriser la compétitivité du territoire. C’est le fondement de tout le discours gestionnaire dominant, notamment à la tête des régions et des grandes agglomérations.

Deuxième principe : éliminer le « biais démocratique ».  Je tire cette expression des penseurs néolibéraux notamment américains qui développent l’idée que la démocratie a un défaut (biais) majeur qui nuit à l’efficacité économique. Ce vieil argument réactionnaire – développé par Vilfredo Pareto, économiste très libéral du début du XXe siècle qui applaudit à l’arrivée de Mussolini [preuve que le libéralisme économique s’accommode mal du libéralisme politique] –  a été remis à la mode par les économistes libéraux contemporains (notamment l’école de Virginie). L’idée en est simple si ce n’est simpliste : en démocratie le peuple a intérêt à élire ceux qui leur promettent plus de pouvoir d’achat, plus de services et moins d’impôts ; la démocratie ne peut donc n’être pour ces auteurs  que source d’inflation et de déficit public ! Ils en concluent qu’il faut sortir du champ démocratique toutes les décisions économiques notamment monétaires et budgétaires pour les soumettre soit à une macro-règle qui s’imposerait à tous, soit à une institution indépendante de la souveraineté populaire, voire aux deux en les combinant – comme on le voit avec les institutions de l’Union Européenne. On avait peine à croire il ya quelques années qu’un tel cynisme antidémocratique ait pu être couché noir sur blanc et on pensait qu’il ne s’agissait que des élucubrations d’intellectuels isolés. Or cela est désormais en train de se mettre en place à tous les échelons pour éloigner la gestion des institutions publiques des choix citoyens. Et c’est là que nous retrouvons notre moderne triptyque.

C’est au niveau européen que le « biais démocratique » a été le plus éliminé : la gouvernance européenne a récupéré directement ou indirectement la majorité des outils économiques que les nations membres lui ont transférés ; ils sont entre les mains d’institutions non élues (BCE, Cour de justice, Commission…), sans contrôle d’un parlement européen croupion (sans les pouvoirs d’un vrai parlement ni de réelle légitimité vue l’énorme abstention pour son élection), et bénéficiant de la complaisance des dirigeants nationaux qui se soumettent à un système de règles contraignantes. Les institutions européennes, éloignées de tout réel contrôle démocratique, ont pris le pas sur les échelons nationaux légitimement élus.

La Région est le seul membre du triptyque qui soit le fruit d’une élection au suffrage universel direct. Mais cela n’est le cas que depuis une vingtaine d’années ; la légitimité historique de cette institution est faible dans la conscience des citoyens (surtout quand la région ne dispose pas de réelle consistance historique ou culturelle) ; la participation électorale est faible faute de l’évidence de l’enjeu politique. Son rôle a pourtant grandi avec les nouvelles compétences qui lui ont été progressivement attribuées : investissement dans les lycées, formation professionnelle pour adultes, transports régionaux et surtout une compétence économique majeure dans le contexte de compétitivité accrue entre territoires, avec un budget où la part discrétionnaire est importante. Peu à peu le poids de la région s’est consolidé face au département ; l’un des objectifs poursuivi par les réformes en cours (Sarkozy puis Hollande) est d’assurer définitivement la prééminence de la région. A la région le rôle stratégique de lutte économique dans la compétition mondiale ; au département la tâche de soulager socialement les dégâts de la mondialisation.

Enfin à l’échelle communale la montée en puissance des institutions de coopération intercommunale à fiscalité propre est patente : Communautés de commune, Agglomérations, Métropoles. Celles-ci récupèrent des compétences stratégiques : transports, déchets, eau, économie, aides à la pierre etc.… au détriment des communes. Or justement ces institutions de l’intercommunalité ne sont pas élues au suffrage universel direct mais composées de membres élus par les conseils municipaux ; ce caractère indirect de leur mode d’élection contribue à éloigner cette gestion du citoyen au profit de logiques purement gestionnaires et bureaucratiques. L’un des objectifs des réformes en cours est de faire disparaître définitivement l’autonomie communale. L’élection municipale, la plus mobilisatrice en France avec l’élection présidentielle, établit une relation démocratique forte entre une population et son maire y compris dans les grandes villes ; ce « biais démocratique » est manifestement trop gênant pour nos libéraux !

Coopération, solidarité et démocratie contre Compétition et bureaucratie.

Face à la logique de la compétition entre les territoires il ne s’agit pas de défendre l’idée que la commune reste le seul lieu de gestion pertinent de l’intérêt général. Nulle intention dans mon propos de contester qu’il peut y avoir différents niveaux d’échelles pertinentes selon les sujets à traiter. Pourquoi ne pas envisager une politique commune macroéconomique à l’échelle européenne ? Pourquoi ne pas étudier la cohérence des transports dans une région ? Pourquoi ne pas envisager la gestion de ce bien commun qu’est l’eau à l’échelle d’un bassin versant ? Le problème n’est pas là. Il réside dans la capacité à répondre à ces questions, d’une part en les fondant sur une coopération consentie et solidaire entre les différentes collectivités locales, d’autre part en le faisant avec les citoyens, pas sans eux ou contre eux. La modernité ne consiste pas à évincer les citoyens pour confier la gestion à des experts ; la modernité implique au contraire de faire de cette gestion un enjeu de la citoyenneté et des instances de décision collective. Le propre de la République est de servir l’intérêt général ; c’est sous cet auspice qu’il faut établir les modalités de fonctionnement démocratique des collectivités locales. L’efficacité économique fondée sur la rationalité instrumentale ne produit pas l’intérêt général, bien au contraire, tant les expertises sont soumises aux puissances des lobbys et des intérêts financiers. Une vraie réforme des collectivités territoriales devrait au contraire de ce qui se fait actuellement être fondée sur les principes suivant : 1) Garantir l’unité et l’indivisibilité de la République en faisant de la loi nationale l’impératif qui garantit l’égalité de tous sur le même territoire ; 2) Donner la prééminence à une logique de coopération et de solidarité entre les territoires et entre les institutions locales ; 3) Soumettre toutes les autorités à la légitimité démocratique de la souveraineté populaire à travers le suffrage universel et le contrôle citoyen. Après ce cadrage général, nous allons essayer de comprendre la portée des propositions présentées dans le projet du gouvernement actuel.

 


Deuxième partie :

La logique bureaucratique domine l’acte 3 de la décentralisation

Déficit démocratique confirmé.

Les médias et les élus focalisent leur attention sur les modalités d’élection au niveau du département et des agglomérations. Ce n’est à mon avis pas l’essentiel, mais examinons les propositions. L’élection du Conseil départemental (nouveau nom du conseil général) se fera par canton au scrutin binominal paritaire à deux tours. On n’élira plus une personne par canton, mais un couple : un homme et une femme, tout en conservant le même nombre de conseillers départementaux. Le nombre de cantons sera donc divisé par 2, avec donc un nouveau redécoupage. C’est une nouvelle usine à gaz électorale, unique au monde, fruit du génie bureaucratique français. Elle est justifiée par deux arguments : 1. imposer la parité, 2. rééquilibrer les territoires. Il existe un moyen beaucoup plus simple d’atteindre ces objectifs : le scrutin de liste départemental à la proportionnelle, avec une liste paritaire (alternance homme/femme comme aux élections municipales, régionales ou européennes) et une représentation équilibrée des territoires du département dans chaque liste pour préserver un ancrage territorial. Un tel scrutin peut être mis en place sans augmenter le nombre de conseillers, sans redécoupage arbitraire, tout en garantissant la parité de genre et une représentation démocratique. Etait-ce ceci qui gênait nos génies bureaucratiques, plus soucieux de renforcer le bipartisme PS / UMP que d’assurer une juste représentation des sensibilités ? Derrière ce mode surréaliste de scrutin pour les élections départementales se cache un autre objectif : limiter les compétences du département à celles d’un guichet social aux moyens réduits.

L’autre « innovation » démocratique est à la fois insignifiante et trompeuse : les électeurs voteraient, lors des municipales, pour des candidats fléchés sur les listes pour siéger aux conseils des communautés de communes ou d’agglomérations. Innovation insignifiante, quand on sait qu’au bout du compte ce sont les présidents d’Agglomération qui sont les véritables détenteurs du pouvoir local. Innovation trompeuse car ces élus seront moins encore l’expression de l’équipe municipale et sans responsabilité directe devant le peuple.

La région à la tête d’une structure de plus, bureaucratique et non élue : la  CTAP !

La prééminence est désormais clairement donnée à la région, d’abord par ses compétences  élargies, mais plus encore par son rôle de pilote de toutes les collectivités territoriales de son territoire. Est ainsi prévue la mise en place d’une Conférence Territoriale de l’Action Publique (CTAP). Dirigée par le Président de région elle rassemblera les grands féodaux de la région (Présidents de chaque département, des grandes agglomérations, des maires des villes plus de 100 000 habitants et de 4 (4 !) représentants des autres maires). Le président et le préfet de région seront maitres de l’ordre du jour. La CTAP élaborera un Pacte de gouvernance territoriale qui s’imposera à chaque collectivité. Elle émettra un avis sur les demandes de toute collectivité locale d’assurer à titre expérimental des compétences relevant d’une autre collectivité, pouvant ainsi recomposer la responsabilité de chaque collectivité et redistribuer à la carte les compétences. Nul doute que les Eurométropoles (Lille, Lyon, Marseille) et les communautés métropolitaines (agglomérations de plus de 400 000 habitants), voire d’autres intercommunalités, se tailleront le plus gros des compétences au détriment des communes et des départements. Avec une carte des compétences établie au gré des majorités et des combinaisons politiques, le risque est grand de voir se mettre en place un véritable patchwork, tant au sein de chaque région qu’entre elles. Ce serait l’éclatement de la gestion territoriale et du cadre républicain. Se profile la fin de l’unité de la loi sur le territoire et se crée les conditions de l’expérimentation législative dans une région, vieux rêve des antirépublicains.

Démantèlement du service public par le biais de la décentralisation  

Cela va de pair avec un grand lâchage par l’Etat de ses responsabilités. Sous le couvert d’approfondissement de la décentralisation, l’Etat se défausse dans des domaines clés de ses prérogatives. Il ne s’agit pas seulement de lui reprocher de transférer des compétences sans transférer les ressources correspondantes, comme l’entend souvent. Même avec les ressources suffisantes, il est nuisible que certaines compétences de service public national ne soient plus assurées par l’Etat mais par les régions.

Ainsi pour la formation professionnelle, l’apprentissage, l’orientation et l’enseignement supérieur. Le code de l’éducation serait modifié, permettant à la région d’être, d’une façon générale, compétente en matière de formation professionnelle en direction des jeunes, des adultes, des personnes handicapées et des personnes détenues. Un nouvel article ferait la région le maitre d’ouvrage pour arrêter la carte des formations professionnelles initiales, établir la liste des ouvertures et fermetures de sections de FP dans les établissements du second degré. Plus de cadrage national au niveau de l’apprentissage pour les conventions puisque le contenu de la convention type serait déterminé par chaque région, sans clauses de caractères obligatoires ! Quant à l’orientation, l’Education nationale en est en grande partie dessaisie : elle ne se fait plus sous l’autorité du délégué à l’information de l’orientation, mais sous la houlette de la région qui l’organise : que deviennent les CIO, dès lors que différents types d’organismes peuvent être reconnus comme participants au service public. Il est clairement dit que la région organise le service public de l’orientation tout au long de la vie, que les personnels d’orientation relevant du Ministère de l’EN sont placés sous l’autorité de la région et que la charge des CIO est transférée à la région, comme aussi les biens meubles et immeubles. Ce qui était en cours pour l’enseignement supérieur et la recherche est confirmé : la région définit un schéma régional de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation quand bien même il est fait référence au cadre des orientations du plan national.

En matière de développement économique, le schéma régional de développement économique et de l’innovation est loin de mettre au cœur le soutien à l’économie sociale et solidaire, ni d’ailleurs à la relocalisation et aux circuits cours. Ainsi le fonds de solidarité économique se donne-t-il comme priorité les actions de soutien à l’internationalisation et à l’innovation des PME  et des entreprises intermédiaires, en conformité avec un plan régional pour l’internationalisation des entreprises. Compétitivité oblige ! Pour les transports, la région, chargée de l’aménagement, du développement, de la cohérence et de la mise en valeur du réseau ferré d’intérêt local  est appelée à poursuivre le processus de se substituer aux carences de l’Etat et au démantèlement de la SNCF, avec transfert de la propriété d’infrastructure ferroviaire correspondant.

Notons par ailleurs que les moyens de pression sur les communes et les groupements de communes seraient renforcés par les conditions qui leurs seraient imposées. Pas de subventions de la région pour un projet qui n’entrerait pas dans les orientations fixées par le schéma régional (symétriquement, pas de subvention du département pour un projet non conforme au schéma départemental). La liberté communale est singulièrement mise à mal.

Le triomphe de la métropole.

L’autre grand gagnant de la réforme avec la région est le troisième pilier du triptyque bureaucratique : la métropole. L’intercommunalité instituée autour de grandes agglomérations, accentue les déséquilibres territoriaux avec le reste des territoires, comme souligné dans la première partie. Le projet de loi favorise explicitement la formation de nouvelles métropoles au statut et aux compétences renforcées, en en faisant les vrais lieux de pouvoir. Paris doit prendre la main sur tout le territoire de sa couronne dans une entité nouvelle, Marseille est clairement invitée à rejoindre Lyon en absorbant dans un ensemble métropolitain les ¾ du territoire des Bouches du Rhône (coup de force contre lequel s’élèvent plus d’une centaine de maires et de conseils municipaux sur les 110 concernés). Lille (voire Nice) devrait faire partie comme Lyon et Marseille des Eurométropoles et une dizaine d’agglomérations urbaines seraient en voie de métropolisation : Strasbourg, Nancy, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier,  Grenoble… Ces mastodontes urbains avec à leur tête des présidents omnipotents, tels de nouveaux féodaux, auraient la mainmise sur les communes intégrées et structureraient fortement les autres territoires, réduisant le département à un simple guichet social et les communes à des entités sans consistance dont le seul pouvoir sera de faire les mariages et de donner le nom des rues…. Maire d’une ville dans l’agglomération de Montpellier, je ressens déjà la perte de substance des prérogatives communales que représente le transfert à l’agglomération des compétences des transports, des déchets, de l’eau etc… Les citoyens n’ont plus ce même pouvoir de contrôle sur leurs élus. La résistance des communes à la métropolisation est saine et doit être défendue. Contrairement à ce qu’écrivent certains plumitifs aux ordres cela n’a rien de ringard et de réactionnaire. C’est la résistance de la démocratie communale ; c’est la résistance de la souveraineté populaire qui veut garder le pouvoir d’élire ses élus, d’avoir prise ainsi sur le choix de la politique à mettre en œuvre sur le territoire où ils vivent.

La question centrale de la compétence « urbanisme ».

Les articles 40, 41 et 51 du projet de loi en débat constituent une véritable rupture dans la maîtrise du sol, enjeu stratégique du développement local s’il en est. Ils enlèvent la compétence urbanisme aux communes pour la transférer aux communautés de communes, aux agglomérations et aux métropoles. En clair, les communes perdent leur pouvoir d’établir leur Plan local d’urbanisme (PLU) qui sera décidé à l’échelle supérieure comme c’est le cas aujourd’hui dans les métropoles existantes. Or ce document est décisif : c’est celui qui décide si un terrain est constructible, naturel ou agricole, et quelle est sur un terrain déclaré constructible la nature de la densité construite. Bref le PLU dessine le paysage urbain et a des conséquences considérables sur l’environnement naturel et humain qui constitue le cadre de vie de la cité. En l’enlevant aux communes on l’éloigne du contrôle citoyen et on le soumet un peu plus à la logique des aménageurs plus sensibles aux profits des promoteurs immobiliers qu’à l’intérêt général.

Conclusion : Exiger le retrait du projet de loi « acte III de la décentralisation »

Pour conclure, après ces remarques qui ne sont qu’une ébauche d’analyse du projet de loi, on voit à quel point le discours démagogique sur « la décentralisation qui rapproche les décisions du citoyen » est creux et mensonger. La décentralisation qu’on nous propose vise à dessaisir les citoyens de toute maitrise sur le territoire qu’ils habitent. On confie la gouvernance de ce territoire à un aréopage de grands féodaux à la tête des régions et des grandes agglomérations, dans l’objectif avoué de transformer leurs territoires en enjeux de la compétition mondiale, jouant les territoires les uns contre les autres. Tout est d’ailleurs ordonné pour que l’Etat se défausse davantage encore de ses responsabilités, telle la formation, subordonnée aux besoins régionaux spécifiques et aux intérêts proprement économiques. Cette nouvelle architecture institutionnelle renforce un ensemble de grands potentats locaux et urbains, affaiblit le pouvoir des citoyens et corrélativement la force de l’Etat et de la loi républicaine. Il est donc du devoir de tout élu responsable du mandat que lui a donné le peuple, du devoir de tout démocrate et de tout républicain attaché aux libertés communales et à l’égalité de tous devant la même loi, bref du devoir de tout citoyen, de tout mettre en œuvre pour faire échec à cet acte 3 de la décentralisation, à rejeter cette loi en l’état. Ce projet de loi doit être retiré purement et simplement de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Une vraie décentralisation démocratique et républicaine doit être fondée sur la souveraineté populaire, le contrôle citoyen, la coopération entre les collectivités et la solidarité entre les territoires et les populations : Oui à une décentralisation mais non à la féodalisation !

28 janvier 2013

René REVOL, Maire de Grabels,

Membre du Parti de Gauche (Front de gauche)

Pour télécharger le billet « Décentralisation ? Non féodalisation ! » cliquez ici

Un vœu simple pour 2013 : Prendre aux riches pour donner aux pauvres !

Note du 4 janvier 2013

Et pour la nouvelle  année je vous fais d’abord un cadeau : une belle citation d’ALMEIDA GARRET, grand dramaturge et écrivain du romantisme portugais mort à Lisbonne en 1854 :

« Et je demande aux économistes politiques, aux moralistes, s’ils ont déjà calculé le nombre d’individus qu’il est nécessaire de condamner à la misère, à un travail disproportionné, au découragement, à l’infantilisation, à une ignorance crapuleuse, à une détresse invincible, à la pénurie absolue, pour produire un riche ? »

 

Invitations :

Le Parti de Gauche dans l’Hérault présente ses vœux lors des quatre rendez-vous suivants : 

A Clermont L’Hérault jeudi 10 janvier 

A Grabels le samedi 12 janvier à 18h lieu salle des anciennes écoles

A Montpellier le mardi 15 janvier à 18 h au bar l’Alternatif- 53 rue du Faubourg de Boutonnet.

A Béziers le mercredi 16 janvier à 19 h au local du Parti de Gauche Béziers.

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Rendez vous régional exceptionnel :

Participez tous aux Assises Régionales de l’éco socialisme

Le Samedi 26 janvier de 9h30 à 18h à Clermont l’Hérault pour l’éco socialisme

 

Difficile d’écrire cette note de rentrée alors que je viens de perdre un ami, qui était mon adjoint à l’urbanisme dans ma ville. Un type formidable d’énergie et de projets qui a été emporté par la maladie. Répondant à sa demande je lui ai promis de ne rien changer de mes activités en cette rentrée de janvier. Alors je me suis décidé à vous écrire mes vœux pour 2013.

Pour des vœux (donc désirs et souhaits) sincères et authentiques. Terrible période de vœux où, par sa fonction, vous devez assister à des cérémonies où vous voyez des gens dont vous savez qu’ils se détestent se souhaiter la meilleure année possible…. Quant à moi je m’adresse ici à tous ceux que j’aime et que j’affectionne et je suis sûr que dans les 5 à 6000 personnes qui visitent ce blog au moins une fois par trimestre s’y trouvent une grande partie d’entre eux : mes compagnons d’aventure politique au Front de gauche, ceux qui regardent cela de loin mais avec sympathie, ceux qui sont restés au PS et qui me jurent depuis trois ans qu’ils me rejoignent demain, des amis qui apprécient mon action municipale mais qui ne partagent pas toutes mes convictions politiques,  ceux avec qui j’ai partagé des actions féministes, citoyennes ou laïques, d’anciens collègues et élèves avec qui nous avons partagé de grands moments de passion intellectuelle, les collègues qui ont partagé avec moi les aventures de la formation des maîtres ou celle de l’éducation civique, la tribu aussi des sciences économiques et sociales dont l’élan m’accompagne toujours, et puis tous ceux qui ont partagé à un moment ou à un autre une même passion pour une lecture de romans, d’histoire, de philosophie ou de poésie, ceux qui ont partagé ne serait ce qu’une minute de fraternité et d’amitié au sommet d’une montagne, au bord de la mer, dans ses grands moments de retrouvailles et de victuailles, ….bref vaste cohorte bigarrée et indisciplinée d’amis de tout acabit je vous souhaite à vous et à tous ceux qui vous sont chers la meilleure année possible et je nous souhaite à nous tous que cette année permette à nos actions d’avancer un peu plus sur le chemin de l’émancipation humaine.

2012 : L’année des riches ?  Souvenez-vous le début de l’année 2012 : chacun des grands candidats cherchaient à imposer son agenda pour que tout le monde ne parle que de çà. Sarkozy et Le Pen voulaient qu’on cause identité nationale, immigration et insécurité (çà avait bien marché deux fois, en 2002 et 2007, pourquoi pas une troisième ?), Bayrou (oui, en janvier il était à 15% et le chouchou des médias) ne voulait nous parler que de dette publique et Hollande ne parlait…de rien car fondant sa stratégie sur le seul rejet de Sarkozy ! Et pataras fin janvier un sondage montrait que la préoccupation dominante des français était l’accroissement des inégalités et que ce qui les choquait le plus était l’indécence de l’extrême richesse. C’était parti et ce thème une fois installé au cœur dont débat public, rien ni personne ne pourront l’en déloger. Dans son émission de janvier sur France 2 Mélenchon a été un formidable amplificateur de ce débat en avançant la proposition d’un revenu maximum vite devenue très populaire… Les gens imitaient son geste des ciseaux avec ses doigts, geste qu’il avait  accompagné de ces mots : « au dessus je prends tout ! ». A ce moment là certains suivant leurs vieux réflexes  se mirent à s’écrier avec un air pincé : « populisme ! démagogie ! vous allez faire fuir talents et capitaux ! ». Malgré le relais des médias bien pensants rien n’y fit, le thème devint très populaire et les meetings de Mélenchon se remplirent toujours plus ; au point que Sarkozy lui-même proposa  de taxer les riches émigrés à l’étranger et que Hollande, comprenant le danger, décidait subitement de taxer à 75% les revenus au dessus d’1 millions d’€, surprenant ses plus proches conseillers, Sapin et autres Moscovici. La question de la richesse indigne et de la pauvreté injuste devenaient ainsi les grands thèmes de l’année.

Cadeaux de Noël pour les riches. L’année s’est achevée par deux évènements significatifs : d’une part l’indécente sortie de Depardieu qui a fait son numéro sans trouver grâce dans l’opinion (à la surprise des belles personnes qui l’ont soutenu et qui disent comme Catherine Deneuve « ne pas comprendre les Français ») ; d’autre part l’invalidation le 29 décembre de la taxe à 75% par la très droitière institution du Conseil constitutionnel… .et revoilà Hollande plus encore à découvert sur sa gauche. En effet en six mois il a pu imposer le traité européen le plus libéral, empêcher une hausse du SMIC un tant soit peu décente, faire passer la hausse de la TVA pourtant condamnée par lui du temps de Sarkozy, faire un cadeau de 20 milliards aux grands groupes capitalistes sans aucune contre partie, imposer un budget d’austérité pire que celui de Fillon l’année d’avant, obtenir le pacte de compétitivité que réclamait le patronat….toutes mesures de droite qui sont passées sans coup férir. Et cette taxe, bien inférieure à celle que les américains imposaient aux riches jusqu’en 1980, voilà qu’on l’annule et Hollande de se donner toute l’année pour remettre en place cette taxe dite exceptionnelle car limitée à deux ans !

Si 2012 a été l’année des « riches » puisqu’on a enfin parlé du scandale de la grande richesse, il faudrait que 2013 soit l’année où on se décide enfin de prendre aux riches !

Prendre aux « riches » pour donner aux « pauvres » est une revendication permanente des opprimés et il n’y a aucune gêne à la reprendre. C’est ce que demandait la plèbe romaine, les gueux en révolte dans la Flandre au 12ème siécle  ou les révoltes des Ciompi dans les villes italiennes du 16ème ou encore ce que demandaient les Nivellers du temps de Cromwell dans l’Angleterre du 18ème ; puis ce qui est mieux connu de la Révolution Française jusqu’aux mouvements ouvriers dans les pays développés et les mouvements d’émancipation des peuples opprimés. Une même exigence à travers mille formes différentes : prendre aux riches pour donner aux pauvres. On me fait remarquer que la redistribution des richesses n’est pas en soi une exigence révolutionnaire ou socialiste. C’est vrai il s’agit d’une exigence certes portée par les socialistes comme une première étape, mais aussi revendiquée par les républicains sociaux voire par certains secteurs de la bourgeoisie qui y voyaient un moyen de garantir la paix sociale et d’éviter la révolution. La redistribution était au programme des solidaristes et des radicaux avant 1914 puis cela devint le mot d’ordre des socialistes réformistes, des démocrates chrétiens et des gaullistes au point de faire consensus pendant toute les « trente glorieuses », la divergence portant sur l’ampleur de la redistribution à opérer. C’était au programme des travaillistes de l’après guerre au Royaume Uni dans le droit fil des théories de Keynes et de Beveridge. Le New-deal de Roosevelt reprend cela à son compte comme dans les années soixante on le voit refleurir au temps de la « nouvelle frontière » de Johnson. Mais notons qu’aujourd’hui ce programme minimum de la redistribution est devenu insupportable pour la grande majorité des dirigeants non seulement de droite mais aussi de la gauche sociale-libérale. La redistribution est insupportable pour un capitalisme financiarisé et mondialisé où l’alpha et l’oméga de la bonne politique est la compétitivité à tout prix par la baisse du coût du travail, des dépenses publiques et de l’impôt. Aujourd’hui défendre le développement de la redistribution par les cotisations sociales et l’impôt progressif sur le revenu (pas par la très injuste TVA),  nécessaires à l’élévation des prestations sociales et à la promotion et élargissement d’un vaste service public, apparait comme une position proprement révolutionnaire.

Ceci dit il faut avoir conscience que mettre en cause la richesse, comme l’évoque la citation en exergue, ce n’est pas seulement s’en prendre à une possession qui serait trop importante ; c’est mettre en cause une relation sociale où la richesse ne se crée qu’en produisant de la pauvreté en masse. Donc une politique de gauche qui envisage de prendre aux riches pour donner aux pauvres doit produire en même temps une perspective de mise en cause du mécanisme par lequel la richesse se fait en créant la pauvreté. Une politique de redistribution n’est durable que si elle se lie à une politique généralisée de remise ne cause de la propriété privée et des rapports sociaux au travail.  Cela n’a rien de neuf : c’est le programme du socialisme historique. Or il nous faut aujourd’hui réinventer ce programme pour les temps actuels,  ceux du capitalisme mondialisé et financiarisé qui  bouleverse les anciens rapports comme il met en cause l’écosystème lui-même. Le programme du Front de gauche et de son candidat à la présidentielle ouvrait ce chemin ; il faut maintenant poursuivre et achever ce travail de refondation. C’était notamment la tâche des assises nationales de l’écosocialisme qui se sont tenues à Paris le 1er décembre dernier. Les thèses qui ont nourri les débats et les comptes rendu de ces derniers constituent les premiers matériaux. Nous allons lancer des débats identiques dans de nombreuses régions et le 26 janvier pour le Languedoc Roussillon nous tiendrons des assises régionales à Clermont l’Hérault auxquelles je vous invite à participer activement. Attendez-vous à ce que ce blog serve à diffuser le maximum de contributions à ce travail de refondation d’un programme pour l’émancipation au 20ème siècle.

René Revol.

La petite musique du « modèle espagnol »

Note du 26 novembre

Une petite musique commence à s’entendre dans les cercles patronaux et bancaires quand on suit un peu les notes publiées par leurs économistes aux ordres. C’est le retour du « modèle espagnol ». non pas celui qu’on nous vantait il y a une dizaine d’années où l’Espagne nous était montrée comme  l’exemple à suivre avec sa forte croissance fondée sur l’immobilier et le crédit facile joint à une forte dérèglementation et une restriction du déficit public… Si on ressortait ce que ces messieurs disaient à l’époque cela ferait mal car ce modèle en question a débouché sur une catastrophe économique et financière entraînant la plus forte récession qu’ait connue l’Espagne moderne avec son cortège de misère et de chômage. Non ce n’est pas de cela dont on nous parle aujourd’hui. L’Espagne serait un exemple de redressement de la compétitivité. Voyons cela de plus prés.

D’abord il est peut être utile de définir avec précision ce terme. En effet l’autre soir dans un Conseil d’agglomération de Montpellier où l’on dissertait sur « le redressement de la compétitivité de notre territoire » j’ai demandé à quelques élus de différents bords ce que c’était la compétitivité et j’ai eu des réponses pour le moins vagues : « le dynamisme » « le bonus » « la vigueur » « le muscle » « la productivité » et même « la vitesse d’adaptation »….la preuve que nos élites locales vivent dans une sorte de charabia cotonneux. La compétitivité a un sens très précis : il s’agit des parts de marché d’un produit, d’une entreprise, d’une branche. Elle s’améliore quand je prends des parts de marché nouvelles et elle se détériore quand j’en perds. Donc  redresser la compétitivité d’un pays c’est lorsque son économie marchande conquiert des parts de marché nouvelles que ce soit sur son marché interne ou sur l’export. On distingue généralement deux leviers de la compétitivité : d’une part la compétitivité prix, lorsque je conquiers des marchés par des prix plus bas que mes concurrents, et d’autre part la compétitivité hors prix lorsque je conquiers des marchés par d’autres moyens que le prix : la qualité du produit, l’innovation…baisser les prix et donc les coûts et innover sont donc les ritournelles qu’on nous ressert quand on parle de compétitivité.

Aujourd’hui l’Espagne redresserait sa compétitivité et cela serait un exemple pour l’Europe. Et quand on nous en parle ce n’est pas de l’innovation qu’on nous parle mais de la baisse des prix relatifs espagnols ; or cette baisse est due à trois phénomènes directement issue de la récession imposée à l’Espagne par les dirigeants européens et espagnols :
1) la montée massive du chômage (25% de la population active est sans emploi, un record !) ce qui fait baisser la masse salariale totale et surtout permet de faire pression à la baisse des salaires ;
2) lié au phénomène précédent la renégociation à la baisse des salaires dans les entreprises avec un chantage à l’emploi
3) la baisse des cotisations sociales et donc de la protection sociale en général.
Bref l’application du rapport Gallois avant la lettre par une baisse massive du coût du travail ce qui entraîne la baisse des prix relatifs des produits fabriqués. Remarquons au passage qu’il ne s’agit ici que de la compétitivité prix et qu’on est loin de tout effort dans l’innovation. Avec des prix plus bas l’industrie espagnol piquerait des marchés aux français et même aux allemands. Et il faudrait qu’on suive leur exemple. Renault ne s’y est pas trompé en annonçant la création d’une usine en Espagne tout en commençant un chantage en France pour limiter les salaires. On ajoute à cela « regardez le commerce extérieur de l’Espagne se redresse ». Mais cela n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. En effet si d’un côté l’Espagne arrive à maintenir un niveau d’exportations identique grâce à la baisse  de ses prix relatifs, c’est l’effondrement des importations qui fait que le solde s’améliore, or cette chute des importations est due à l’effondrement de la demande : chute du pouvoir d’achat, mois d’achats , misère, chômage, chute des investissements …tout cela serait bon pour le redressement. Non le modèle espagnol est un leurre.

On commence à le ressentir dans notre région. Un entrepreneur du bâtiment nous a confié qu’il voyait arriver sur les chantiers de plus en plus d’ouvriers qualifiés espagnols : charpentiers, menuisiers, carreleurs, plaquistes, électriciens, plombiers….les chantiers étant à l’arrêt en Espagne ils viennent travailler de manière tout à fait légale en Languedoc.  Cela est normal dans notre région mais ce qui l’est moins c’est leur nombre croissant et le fait que les employeurs payent ces braves gens au minimum, ce qu’ils acceptent bien entendu, exerçant ainsi une pression à la baisse sur des salaires locaux dans un gros secteur de la région (où en même temps les mises en chantiers ont reculé de 50% en un an).

Ce soit disant « modèle espagnol » c’est la relance par la baisse du coût du travail en rendant l’offre productive plus compétitive. C’est toujours le même modèle depuis le milieu des années 80 théorisé à l’époque par ceux qu’ont appelé les « économistes de l’offre » désignant ainsi la nouvelle doxa dominante néolibérale.  L’objectif est de croître économiquement en contraignant sa demande interne et en gagnant des parts de marché sur la demande externe ; bref d’avoir comme seul moteur de la croissance les exportations mais en contraignant les moteurs de la demande interne : consommation et dépenses publiques en souhaitant que les investissements des entreprises reste dynamique par la hausse des exportations et la hausse de la part du profit dans la valeur ajoutée au détriment du salaire.  Cela a commencé chez nous par la fameuse stratégie de la désinflation compétitive. Déjà le bilan de cette stratégie sur prés de vingt cinq ans d’expérience est particulièrement calamiteux. Elle n’a pu durer qu’à deux conditions : 1) que dans sa zone commerciale la demande interne des autres pays  continue à se développer. C’est ainsi que l’Allemagne a pu se développer grâce à la demande interne croissante des pays du sud de l’Europe. Le développement des pays émergents fut aussi le moteur des exportations. Ce ne peut plus être le cas de nos jours où la récession frappe tous les pays. Dans un tel contexte la hausse de la compétitivité se transforme en lutte à mort pour prendre des parts dans des marchés qui se  rétractent. 2) la deuxième condition de cette croissance consistait à compenser la baisse du pouvoir d’achat par une hausse du crédit privé comme public. Après la crise du crédit privé en 2008 et celle de la dette publique depuis 2010, cette variable d’ajustement s’est épuisée. Le modèle « Gallois » ou « espagnol » nous mène en 2013 à une exacerbation de la concurrence et plus de récession.

Or c’est exactement là où nous mène la politique désormais clairement assumée par Hollande et son gouvernement. Après les trois premières étapes de cet automne : 1) adoption de la règle d’or austéritaire du TSCG ; 2) présentation d’un budget d’austérité augmentant la pression fiscale sur le grand nombre, pas seulement les riches, puis la baisse des dépenses publiques ; 3) la rapport Gallois qui acte la recherche de la compétitivité par la baisse du coût du travail notamment en transférant le financement de la protection sociale des entreprises vers les ménages via la CSG et la TVA ; mais aussi en introduisant le crédit d’impôt généralisé pour les entreprises, qui plus est sans contrôle.  L’hiver va commencer par la « réforme «  du marché du travail avec la flexibilité qui passe par la remise en cause du CDI, clairement demandé par le patronat dans les négociations en cours.

Comme nous l’avions publiquement défendu dans nos meetings du 14 novembre : une autre politique est possible et crédible comme le démontre notre contre-budget (que je vous invite à diffuser largement) et le Front de gauche propose une majorité alternative en proposant aux écologistes et à la gauche du PS de former le support d’une alternative à l’impasse dans laquelle on s’enfonce.

René Revol.

Forte déconnexion entre la base et le sommet

Note du 14 octobre

Conférence TSGC – 18 octobre 2012

L’assemblé Nationale et le Sénat ont donc adopté le traité européen et la loi organique qui pérennisent l’austérité à perpétuité. Outre que c’est une forfaiture, cela ne clôt en rien l’affaire. D’abord tous les pays ne l’ont pas encore adopté ; ensuite sa mise en œuvre va se heurter à de multiples obstacles politiques, économiques et sociaux ; enfin l’avancée inexorable de la récession en Europe ne va pas manquer de provoquer fissures et craquements de tous ordres qui risquent bien de mettre à bas tout l’édifice. J’aurai l’occasion de revenir sur le fond lors du débat contradictoire qui m’opposera jeudi prochain à un responsable socialiste. Je tiens d’ailleurs ici à le saluer car il est le seul élu et responsable socialiste local qui ait accepté de débattre publiquement du traité. Cela ne m’étonne pas car j’ai toujours eu du respect pour Max LEVITA avec qui j’entretiens des rapports cordiaux. Nous n’appartenons pas à la même culture politique : il vient de celle de la deuxième gauche – rocardienne puis social-libérale, je suis de celle de l’autre gauche, qui prône la rupture avec le capitalisme. Si nous nous opposons souvent, j’apprécie son honnêteté intellectuelle et sa correction dans l’échange des arguments. Pour la qualité du débat, gageons qu’il en sera de même jeudi prochain.

La voie de l’austérité choisie par les dirigeants européens commence à trouver de plus en plus de contradicteurs dans leur propre camp. Le FMI lui-même s’inquiète de voir l’Europe rajouter de l’austérité à la récession en cours. Le contre sens économique est désormais souligné par de larges cercles, d’autant que devient visible leur peur de l’explosion sociale qui peut en résulter. Les citoyens quant à eux sont en train de décrocher : ils ne croient plus aux sornettes austéritaires. Cela atteste que nous avons eu pleinement raison d’organiser la manifestation nationale du 30 septembre à Paris contre le traité et l’austérité : sa puissance et sa détermination comme son caractère unitaire ouvrent la voie à la résistance populaire. On a pu le vérifier ces derniers jours, notamment à Montpellier, dans la mobilisation exceptionnelle de Sanofi. Les salariés étaient plus de 800 jeudi dernier dans les rues de la ville unis derrière leur intersyndicale pour réclamer le retrait du plan de suppression d’emplois ; ils manifestaient, au lendemain de la déclaration honteuse de Montebourg validant le plan social, une grande détermination. Cette mobilisation de Sanofi fait bouger les lignes ; cela permet de populariser la nécessité d’une loi interdisant les licenciements boursiers (dans les entreprises qui font des profits). Sanofi en est de ce point de vue une parfaite illustration avec en 2011 8 milliards de bénéfices sur un chiffre d’affaires de 33 milliards, soit le taux de profit astronomique de 24% ! La rapacité de ses dirigeants les conduit à liquider un pan entier de la recherche sur le médicament.

Si le Front de gauche a pu être il y a quelques mois un peu isolé en réclamant une loi interdisant les licenciements boursiers, la mobilisation Sanofi a vu cette exigence devenir largement majoritaire. Non seulement les salariés ont repris cette revendication mais on a vu à l’initiative des élus Front de gauche toutes les collectivités locales (Montpellier, département, agglomération, région…) voter des vœux dans ce sens… à l’unanimité ! C’est un formidable point d’appui pour exiger que les députés votent cette loi au plus vite. Lors du meeting des Sanofi à Montpellier, les manifestants ont copieusement hué la députée PS de la ville pour avoir tenté de manière hautaine et cassante de défendre la direction de Sanofi. Après les positions claires et nettes des élus du Front de gauche (Claudine Troadec pour le PCF, Francis Viguié pour la GA, et moi-même pour le PG) il est à noter qu’Hélène Mandroux, Maire de Montpellier, a elle aussi appelé de ses vœux au vote d’une telle loi. Se retournant vers ces deux consœurs socialistes députése, elle leur lança devant une foule ravie « Bougez-vous ! les députés ! ». Mais seuls les élus du Front de gauche étaient à même d’offrir aussi une perspective industrielle en proposant l’intégration de Sanofi dans un vaste pôle public du médicament. Au pouvoir nous pourrions immédiatement la mettre en œuvre.

En se soumettant au carcan néolibéral du dispositif européen dont l’objet est d’empêcher la souveraineté populaire de s’exercer, le gouvernement Hollande – Ayrault est aspiré dans une spirale infernale, dont les effets agissent beaucoup plus vite que prévu. Reflet déformé de ce qui se passe dans les profondeurs de la population, le vote interne qui vient de se dérouler au PS prend à contre-pied ses dirigeants : avec d’une part une abstention de masse, d’autre part la poussée des courants de gauche.

La large victoire de Chavez contre le candidat unique de l’alliance de la social-démocratie, de la droite et de l’extrême droite avec un taux de participation de 80% est un formidable encouragement. Dés lors qu’on s’appuie sur le peuple et qu’on fait droit à ses intérêts, en prenant aux riches pour financer la santé gratuite, faire reculer l’analphabétisme, éradiquer la pauvreté…, la force du peuple qui se met en mouvement balaie toutes les combinaisons politiciennes.

En tenant compte d’un contexte certes différent, le Front de gauche doit s’en inspirer. Indépendant du PS et donc libre de ses décisions, intransigeant contre la droite et l’extrême droite, fidèle à son programme de rupture, présent dans la mobilisation sociale et par son expression politique, le Front de gauche peut devenir le recours politique dont notre peuple a besoin.

Attelons-nous à cette tâche avec méthode.
René Revol.

Rentrée dure, réponse molle !

Note du 25 août 2012.

Avant de développer ma chronique politique de rentrée en cette fin d’août je voudrais répondre à plusieurs d’entre vous qui m’ont écrit pour regretter que je ne parle plus sur ce blog de mes lectures personnelles comme je le faisais encore il y a un an ou deux. Je m’excuse donc d’avoir laissé l’urgence politique et sociale envahir ce blog et je répare cet oubli à la fin de cette note en vous livrant mes réflexions sur mes lectures de l’été, avec une petite perle littéraire qui m’a enchanté.

Oui la rentrée est dure : j’ai repris mes rendez vous en mairie avec la population et je peux vous assurer que l’enthousiasme olympique n’a pas fait disparaître les angoisses. Il ya d’abord cette contraction du pouvoir d’achat avec d’un côté des salaires en berne (et c’est souvent par la suppression des primes que le revenu baisse) et de l’autre des prix qui montent : le prix de l’essence, celui de l’électricité, les quittances de charges arrivent avec toujours une hausse…certains ménages où il y a pourtant deux emplois ne voient pas comment ils vont pouvoir assurer les frais de rentrée. J’ai notamment rencontré un couple (infirmier et aide soignante) qui était tout fier que son grand garçon ait réussi à rentrer dans une bonne filière professionnelle mais c’est loin et il y a beaucoup de frais. Ils voulaient renoncer. J’ai mobilisé tout ce que j’ai pu car je ne supportais pas que ce jeune voit son avenir bouché. Mais pour un cas résolu, combien de renoncements ailleurs ! Et puis la montée du chômage et de la précarité est très sensible cet été : il y a d’abord les licenciements. Quand on voit que dans le fleuron pharmaceutique de Montpellier SANOFI on programme 200 suppressions d’emplois alors que l’entreprise a fait des profits record on a de quoi enrager. Mais ce qui est surtout visible dans notre région ce sont les effets des fins de contrat d’intérim et les CDD non renouvelés. Dans beaucoup d’entreprises c’est la variable d’ajustement : fin d’intérim et fin de CDD ça ne se voit pas. Par contre cela gonfle la liste d’attente des chômeurs. Cela touche aussi l’éducation nationale où de nombreux emplois aidés n’ont pas été renouvelés en juin; des emplois hautement qualifiés sont également concernés comme on l’a vu au CNRS où après avoir multiplié les CDD de chercheurs ceux-ci ont été remerciés. Quant à la rentrée scolaire, il ne faut pas s’attendre à une baisse des effectifs dans les classes ; comment voulez vous que la petite bouée d’oxygène des 1000 postes puisse compenser les 70 000 postes supprimés par Sarkozy en 5 ans ? La situation va vite être tendue dans de nombreux établissements. Je pourrais continuer la liste avec la santé, le logement, la baisse des moyens dans le secteur culturel….bref la rentrée sera dure.

Réponse molle. Quant à la réponse de Hollande elle est bien molle. Si on regarde les salaires, la conférence sociale n’a rien donné et le coup de pouce au SMIC fut presque ridicule ; le lobbying patronal a joué à plein et il a porté ses fruits. Allocations familiales et minima sociaux ne bougeant pas, on aura finalement obtenu que la hausse de 25% de l’allocation de rentrée scolaire c’est-à-dire autour d’une trentaine d’Euros versés en une seule fois. Ce n’est pas comme ça qu’on redressera le pouvoir d’achat. D’autant que rien n’est fait pour bloquer les prix : la valse hésitation sur le prix de l’essence pour finir par une baisse des taxes sans toucher au prix pétrolier, la mesure va s’avérer cosmétique. Là aussi le lobby pétrolier a joué à fond et a gagné ; il est vrai que ce lobby était enhardi par ses succès précédents sur les forages en Guyane (où il a quand même eu la peau d’une ministre) ou sur les gaz de schiste où selon les ministres on ne sait plus quelle est la position du gouvernement. Quant au front de l’emploi ce n’est guère plus brillant. Depuis mai le patronat met en œuvre une vague de licenciements qu’il avait gardée sous le coude sous l’ère Sarkozy ; et face à cela les belles envolées lyriques de Montebourg n’ont guère d’effet. Une des lois prioritaires serait d’interdire les licenciements boursiers c’est-à-dire d’interdire les licenciements dans les entreprises qui font des profits et versent des dividendes à leurs actionnaires. Il faut donner le pouvoir aux salariés de se réapproprier leur outil de production de manière coopérative quand les patrons font défaut. Appuyé sur ces deux moyens on pourrait sauver des milliers d’emplois en les insérant dans une vraie stratégie publique de réinvestissement industriel. C’est ce que nous avions élaboré au front de gauche avec la mise en place d’une planification écologique. Un épisode de cet été montre l’absence de vision de ce gouvernement habitué qu’il est au bon vieux fonctionnement social libéral : pour aider le secteur automobile en crise on nous propose de subventionner prioritairement les voitures électriques. Très bien la voiture électrique mais les objectifs fixés nécessitent l’augmentation de la capacité de production électrique et comme dans ce domaine le compromis PS-verts a fait l’impasse sur l’avenir du nucléaire, tout cela ne peut se faire qu’avec deux centrales nucléaires supplémentaires ….ce qui serait le comble pour celui qui voulait faire baisser le nucléaire de 25% ! Là aussi le lobby patronal a pesé de tout son poids pour qu’aucune mesure radicale soit prise et cela va se payer par une montée en flèche des licenciements dans la récession qui se met en place. Les 150 000 emplois d’avenir à mi chemin entre les emplois aidés précaires et les emplois jeunes Jospin ne joueront qu’à la marge.

La même mollesse caractérise d’autres dossiers, par exemple le logement où on ne retient que deux mesures :
1- l’élaboration d’une loi d’encadrement de la hausse des loyers futurs, alors qu’après vingt ans de hausse indécente il fallait imposer une baisse des loyers ; là aussi le lobby immobilier s’est montré plus influent que les locataires ;
2- l’augmentation de 50% du plafond du Livret A (alors qu’on avait promis le doublement et là c’est le lobby bancaire de l’assurance vie qui a joué son rôle) ; s’il est bien d’encourager l’épargne populaire qui est la source principale du financement du logement social, on est là devant une mesurette qui ne résoudra pas la carence massive de logement. C’est tout un modèle économique qu’il fallait bouleverser avec méthode. J’en avais fait une longue note d’analyse dans un billet de ce blog au cours de la campagne présidentielle.

Reste le collectif budgétaire de juillet qui demeure bien modeste au vu des enjeux. Car l’essentiel est de revenir à la fiscalité d’avant Sarkozy ; s’il fallait effectivement abolir les privilèges fiscaux exorbitants accordés par le président des riches, on ne peut pas dire que revenir simplement à la fiscalité Chirac soit une grande mesure de gauche. En ce qui concerne les dépenses publiques on reste dans le cadre du « semestre européen » c’est-à-dire le cadrage imposé par Bruxelles. Et on en a eu la confirmation avec les lettres de cadrage du Premier Ministre à ses ministres pour les budgets 2013 – 2015 : elles annoncent une austérité budgétaire pour deux ans (et seulement des vases communicants vers un peu plus de crédits à l’éducation et à la police, donc au détriment des autres). Bref on reste dans la philosophie qui nous conduit au désastre : quand l’activité se réduit et que la demande des ménages et des entreprises se ralentit, quand les achats des autres pays diminuent, ajouter en plus une diminution des dépenses publiques ne peut qu’amplifier la catastrophe. D’où ce sentiment de paralysie et de mollesse que donne le pouvoir socialiste, d’autant plus surprenant que la droite était KO et qu’avec tous les pouvoirs locaux et nationaux les moyens d’action ne manquaient pas.

Comment expliquer cette mollesse ? Ce n’est pas une question de caractère. C’est profondément lié à un choix politique qui encadre toute l’action gouvernementale et qui joue comme une discipline sur l’ensemble comme sur chacun. Il s’agit de la soumission au carcan libéral européen totalement assumé par Hollande. Le traité MERKEL-SARKOZY a été repris tel quel sans en changer une virgule, contrairement aux engagements de renégociation. Le traité reste le même tel qu’il a été déjà adopté par une partie des pays et Hollande n’a obtenu en échange de sa soumission qu’une vague déclaration pour la croissance appuyée sur un montant budgétaire microscopique et qui d’ailleurs avait déjà été décidé. Que va peser ce pacte pour la croissance face à la mécanique infernale du traité : des cacahuètes ! Car mesurons bien que le nouveau traité accentue l’austérité puisqu’il fait obligation à chaque pays d’avoir un déficit public qui ne dépasse jamais 0.5% du PIB quelles que soient les circonstances. Et si vous n’obéissez pas vous serez sanctionné financièrement par la Cour de Justice, instance non élue. Déjà les Etats avaient perdu le pouvoir monétaire en le confiant à la BCE agence non élue du système financier et on a vu où cela nous a mené. Maintenant il faudrait que les Etats abandonnent leur souveraineté budgétaire et par là abandonnent tout pouvoir. Que signifie une compétence sur l’éducation et la santé si je n’ai plus le contrôle du budget qui les finance. Ce dogmatisme libéral qui impose l’austérité pour toujours est ahurissant dans le contexte d’une récession. Au moment où face au ralentissement économique la Chine, le Japon, les Etats-Unis, le Brésil mettent en place des plans de relance…l’Europe s’attache les mains dans le dos en généralisant les baisses de dépenses publiques qui ne feront qu’accroître la récession. Cette politique est si peu rationnelle qu’on s’interroge sur ce qui la motive. Outre la routine politique et l’amour propre qui poussent à persévérer dans sa doxa par incapacité à penser un autre monde, il faut y ajouter la force des intérêts : les détenteurs du capital financier ont largement pris le pouvoir intellectuel comme matériel dans les institutions gouvernementales comme dans celles de l’UE et sauver ce pouvoir financier les pousse à une politique de déflation favorable à une valorisation de l’épargne au détriment des producteurs de richesse. La chute n’en sera que plus brutale.

La campagne contre ce traité et la campagne pour qu’il soit soumis au vote populaire a une importance cruciale à cette rentrée. La décision du Conseil Constitutionnel de cet été disant qu‘il n’y avait besoin d’aucune modification de la constitution est une mascarade, qui prouve bien qu’en France nous n’avons pas de Cour Suprême fondé sur le droit mais un aréopage politique au service des élites et qui prend les décisions qui arrangent bien ces dernières. Si on lit de prés son arrêt on découvre l’idée que la règle d’or serait déjà dans la constitution puisque celle-ci prône la recherche de l’équilibre des comptes publics. Et de l’autre Hollande se félicite de cette décision car ainsi il ne modifie pas la constitution pour y intégrer la règle d’or…alors cette règle d’or, elle y est ou elle n’y est pas ? Hollande et le Conseil sont donc d’accord mais avec des raisons totalement opposées. Cela ressemble plus à une manœuvre interne à un congrès socialiste qu’à une bonne gouvernance de l’Etat. Bref le gouvernement serait mal inspiré de tuer le débat en septembre par une adoption à la sauvette du traité austéritaire.

Oui une autre voie est possible et elle va s’imposer au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la récession. Cette voie consiste à mettre en place de vastes plans de relance de l’activité dans le cadre d’une planification écologique, de soutenir les salaires notamment les plus bas pour doper la consommation et lié à cela prendre en main le réseau bancaire pour le mettre au service du développement et l’arracher à la spéculation et racheter les dettes des Etats par les banques centrales. Cette voie nous aurions pu l’ouvrir en Europe le 17 juin dernier si Syryza avait été majoritaire en Grèce et si le Front de gauche avait été incontournable pour faire une majorité de gauche en France. Cela était possible mais cela n’a pas eu lieu. C’est donc par le fracas de la crise et de la résistance sociale que cette issue va s’imposer comme nécessaire et il revient à la dynamique unitaire du Front de gauche de porter cette issue. Le succés ce Week End des Estivales du Front de gauche à Grenoble est un signe encourageant.

Un enjeu : la démocratie. Le débat démocratique, sa possibilité, son contenu, dans ce contexte devient un enjeu. Nous avons tous salué le départ de Sarkozy et la fin des décisions unilatérales et autoritaires du monarque républicain. On ne pouvait que se féliciter du retour d’un certain dialogue politique comme social. Mais il y a eu peu à peu pendant ces cent jours des signes qui inquiètent sur la poursuite d’un vrai débat démocratique. Il y a eu d’abord la volonté de réduire la gauche à un seul parti le PS ; je laisse de côtés les radicaux et autres chevénementistes qui sont domestiqués depuis longtemps. Les Verts EE ont été proprement réduits au silence d’abord dans la campagne présidentielle par le fameux accord avec le PS ou les dirigeants des Verts ont tué la campagne d’Eva Joly, quels qu’aient été son courage et sa combativité, puis ensuite sa conséquence leur intégration au gouvernement et à la majorité parlementaire : devant tous leurs postes et donc leur existence au PS ils se retrouvent avec une « muselière » (pour reprendre le trait de lucidité de Cécile Duflot). Un certain nombre de sujets importants dont les Verts sont les porteurs historiques notamment sur l’environnement peuvent ainsi être partiellement occultés dans le débat public. Cette situation a d’ailleurs eu pour conséquence de générer tout un courant alternatif et écologiste dans le Front de gauche. Mais justement la deuxième étape de cette offensive a été la tentative de marginalisation du Front de gauche. L’acharnement personnel contre Mélenchon atteint des sommets depuis un an et l’énergie extraordinaire qui a été déployée par les dirigeants du PS pour qu’il ne soit pas député n’enlève rien au fait qu’avec 11% des voix et 4 millions d’électeurs le FG est la deuxième force politique à gauche et la quatrième force politique importante ; il demeure que Hollande n’aurait pas été élu avec 50.5 % sans les voix du FG.

Cette force n’a pas pu être domestiquée car nous préférons n’avoir que 10 députés mais libres plutôt que quatre fois plus mais soumis. On voit à nouveau à cette rentrée les tenants du social libéralisme reprendre leurs attaques personnelles au lieu de répondre sur le fond. Ils ont bien tort car les questions de fond que nous posons (dont certaines sont développées ci-dessus) ne vont pas disparaître par enchantement parce qu’on fait une plaisanterie sur les vacances vénézuéliennes de Mélenchon. Il faut donc l’accepter il y a et il y aura dans ces mois un débat à gauche entre le PS et ses alliés et le Front de gauche : ce débat est sain et nécessaire à la réussite de la gauche en général.

Il traverse d’ailleurs le PS lui-même. Et à ce sujet il est inquiétant que la préparation du congrès du PS ait commencé par un oukaze : la motion commune des deux A (Aubry et Ayrault) à laquelle tous étaient sommés de se rallier ! Silence dans les rangs ! Ce débat au sein du PS est aussi nécessaire que le débat général à gauche ; la réussite de la gauche en dépend aussi. Souhaitons que Hamon et consorts trouveront le courage d’exprimer leurs idées.

La commission JOSPIN. Mais il n’y a pas que la démocratie entre les partis politiques. Il y a aussi la démocratie dans la société. Dans une prochaine note je reviendrai sur la démocratie sociale proprement dite. Ici je voudrais aborder la démocratie citoyenne. Donc Hollande a nommé une commission sur le thème de la rénovation et la moralisation de la vie politique que préside Lionel JOSPIN. La personnalité de son président à la réputation d’intégrité plaide en faveur de la moralisation ; pour ce qui est de la rénovation, il en va autrement car Jospin est bien loin de la 6ème république lui qui s’est clairement prononcé contre le parlementarisme et pour la présidentialisation (qu’il a lui-même favorisé en inversant le calendrier et avec le quinquennat, ce qui fut une arme pour Chirac puis pour Sarkozy). Je n’ai rien à dire sur la composition de cette commission ; il y a certes des gens de droite (trop à mon goût) mais il y aussi des personnes très libres et qui ont porté des propositions intéressantes dans le passé, et on verra si elles auront la capacité de les défendre ou si l’administration centrale aux ordre du Président ou du Premier Ministre qui encadre ce genre de commission (je parle d’expérience ayant vécu ce genre de situation entre 2000 et 2002 !) imposera ses vues transformant les membres de la Commission en faire valoir impuissants. Rien n’est automatique dans ce domaine et l’avenir nous dira ce qu’il en est. Mais le problème n’est pas là ; il tient dans la méthode fermée de cette commission et de son travail qui semble très archaïque. Pourquoi ne pas faire des auditions publiques de parlementaires, de représentants d’associations, d’experts reconnus au point de vue différents ? Pourquoi ne pas retransmettre ces auditions et ces débats sur une chaîne parlementaire ? Pourquoi ne pas ouvrir un site en sollicitant des contributions de tous ? Pourquoi ne pas lancer des tribunes dans les journaux et les autres médias ? Bref un débat démocratique moderne ! Ce que la droite avait organisé avec la Commission STASI sur la laïcité pourquoi la gauche ne serait pas capable de l’organiser sur l’évolution des institutions politiques de notre démocratie. J’espère que des voix ayant plus d’écho que la mienne vont s’élever pour réclamer ce vrai débat démocratique et rappeler à Hollande et Jospin que le temps des « commissions à la Clémenceau » est fini et que par sa méthode même de fonctionnement cette commission manifeste « la rénovation et la moralisation » sur laquelle elle doit travailler.

Bon j’ai été assez long et vous avez compris qu’à cette rentrée le travail du Front de gauche va toujours être aussi important dans la résistance sociale comme dans la proposition de solutions de gauche alternatives au consensus libéral européen. Bonne rentrée à toutes et à tous.

Lectures d’été

L’été pour moi est une aubaine pour la lecture entre deux tournées de kayak et les obligations municipales. J’ai eu comme d’habitude trois types de lectures : 1) les essais en sciences sociales, histoire ou philosophie ; 2) la poésie toujours là comme piqures de rappel ; 3) et enfin des romans , la vie quoi ? J’insisterai beaucoup plus sur la dernière catégorie.

En sciences sociales j’ai dévoré plusieurs essais sur la question de la Protection sociale, de la pauvreté et de l’Etat social en général car je prépare une publication sur ce thème qui me passionne en ce moment et sur lequel il y a un enjeu politique pour les temps qui viennent. J’aurai l’occasion d’y revenir. J’ai particulièrement étudié les travaux de Serge Paugam et Nicolas Duvoux sur la pauvreté dans nos sociétés ; dans les différentes lectures sur le thème de l’Etat social je note particulièrement la somme de Christophe Ramaux sur l’Etat social sortie juste avant l’été. Ce dernier travail a certes des défauts à mon avis (rien sur la pauvreté justement, une certaine tendance à la digression sur des hors sujet, le ton parfois hautain d’un universitaire sur les autres, une obsession anti marxiste surprenante pour un antilibéral affirmé). Malgré cela ce travail est une vraie mine tant par la qualité de son argumentation que par les analyses et recommandations. Par ailleurs en histoire des idées un livre peu connu qui m’a passionné sur la montée des idées racistes et xénophobes à travers la pensée allemande du XXe siècle : un travail remarquable mais un peu difficile par moment. Il s’agit de « Entre chiens et loups » par Edith FUCHS (Editions Le félin). Il me faudrait aussi du temps pour parler de la somme de Christian LAVAL et Pierre DARDOT « Marx, prénom Karl » chez Gallimard ; il faudra que j’y revienne car il y a à l’échelle internationale un véritable retour à Marx (que j’ai pu constater aussi dans les jeunes générations) et cela entraîne une reprise à nouveaux frais de vieux débats passionnants. Dans ce domaine Dardot et Laval apportent beaucoup. J’en profite aussi pour essayer de rattraper mon retard dans la connaissance du nouveau philosophe représentatif de la tradition critique allemande, Axel HONNETH, notamment son bouquin de 2007 sur la réification.

Ensuite dans mes lectures poétiques je voudrai privilégier la dernière livraison de la revue « Souffles » (la plus vieille revue littéraire du sud de la France que dirige mon ami et collègue conseiller municipal Christophe CORP) : le thème de ce numéro porte sur les métamorphoses et contient de pures merveilles avec lesquelles j’ai passé des heures délicieuses. Les poèmes de Christophe CORP et de mon autre ami Marc WETZEL ne sont pas les moins intéressants. Je vous conseille la pièce de Jaime ROCHA « Chauve-Souris » avec une belle présentation de Marc WETZEL (nous avions eu l’honneur d’accueillir jaime ROCHA à Grabels le 4 août 2011 pour la traditionnelle nuit du 4 août que notre équipe municipale consacre à la poésie dans un clin d’œil à l’abolition des privilèges). Bref si vous avez quelque influence sur une bibliothèque faites la s’abonner à la revue « Souffles » (info@souffles-lem.fr).

Enfin il y a les lectures romanesques qui peuplent mes nuits en temps de travail et mes journées en temps de vacances. Certes il ya des polars plus ou moins bien ficelés mais qui vous distraient toujours, il y a les romans qui vous déçoivent que je préfère taire ; j’ai apprécié le dernier William BOYD « L’attente de l’aube », une belle histoire de vie et d’espionnage entre 1913 et 1916 entre Vienne, Londres et Genève : sympathique mais pas un chef d’œuvre, comme si cet auteur brillant n’avait pas assez travaillé mais tout à fait plaisant à lire cependant. Il y a un grand Montalban de 1991 qui m’avait échappé « le labyrinthe grec », que tout le monde semblait connaître mais que je n’avais pas lu et je n’ai pas été déçu. Il y aussi l’extraordinaire roman américain de Paula FOX qui se déroule à la New Orléans « le dieu des cauchemars » qui date de 1990. Une vraie histoire humaine dans les profondeurs d’une ville fascinante qui traite de fait du prix que les femmes doivent payer pour vivre libres. Puis vient la perle de l’été. Une vraie révélation. « Eva dort » de Francesca MELANDRI aux éditions Gallimard. C’est le premier roman d’une scénariste et documentariste italienne de talent. Et c’est une réussite. Par une construction qui mélange l’espace – un long déplacement en train tout au long de l’Italie – et le temps – rappels historico-familiaux réguliers- elle traite à travers une histoire personnelle et humaine absolument poignante de la façon dont l’histoire (ici de l’Italie) marque nos vies et leur donne cette épaisseur et cette force qui nous fait homme ou femme. On y découvre le destin singulier du haut-Adige (ou Sud Tyrol pour les autrichiens) devenu arbitrairement italien en 1918 et qui à partir de là subit tous les aléas de l’histoire jusqu’à son combat pour l’autonomie en 1950 – 1960 avant que les années de plomb italiennes ne viennent semer leur confusion. On apprend beaucoup de choses sur la construction même de l’Italie et de son sentiment d’appartenance. On apprend beaucoup aussi sur le plurilinguisme, son utilité et ses effets. Sans oublier que la femme et l’amour sont les vrais protagonistes de cette histoire. Après un début de quelques pages un peu facile à mon goût, le reste est d’une grande tenue, d’une force au point qu’à la fin d’un chapitre un peu de respiration et de méditation est indispensable avant de s’attaquer au suivant. Je ne suis pas un critique littéraire. Je ne suis qu’un lecteur. Et ici je ne voulais que partager le bonheur de cette lecture d’été. Lisez « Eva dort» !

René REVOL

« Ni Rire, ni pleurer, mais comprendre » SPINOZA

Nous arrivons au terme d’une séquence électorale commencée il y a un an par la désignation de Jean-Luc Mélenchon comme candidat du Front de gauche. Cette séquence va s’achever dimanche 17 juin par les second tour des élections législatives : le travail n’est pas fini et d’ici dimanche les uns et les autres nous feront tout pour que la droite et l’extrême droite soient battus. Cela n’a rien de mécanique. Voilà pourquoi j’ai cette semaine mobilisé pour ce vote notamment dans la circonscription où j’étais candidat et cela en gardant une totale indépendance vis-à-vis du PS. Ceci dit à la veille de ce second tour je vous livre ici mes premières réflexions, et pour qu’elles suscitent débats et échanges entre nous.

Investir l’acquis de la campagne présidentielle.
Ne laissons pas la superficie médiatique occulter le mouvement de fond. La campagne de Jean-Luc Mélenchon au nom du Front de gauche a construit un socle durable pour les évènements qui viennent et pour offrir une alternative de gauche. Prenons la mesure de ce qui a été réalisé. Premièrement, un socle programmatique avec le programme de « l’Humain d’abord » ; il constitue désormais une référence politique pour des centaines de milliers de femmes et d’hommes, une référence pour toute la gauche pour les évènements qui viennent et ainsi il peut servir de base permanente à l’unité de l’autre gauche. Mais a été élaboré aussi un socle idéologique avec le concept de « la révolution citoyenne » dont les implications théoriques et pratiques sont considérables et qui ont peu été analysées ; cela constitue la base stratégique de la période mouvementée qui s’ouvre et renouvelle le combat émancipateur pour le XXIe siècle. Il en va de même du concept de « planification écologique ». On aura l’occasion d’approfondir ce corpus idéologique. Enfin troisième socle : la mise en mouvement d’une force militante et humaine considérable : le nombre et l’enthousiasme d’une nouvelle génération (de tous les âges !) qui rentre ou re-rentre en politique par la conviction et l’action et qui ne la quittera pas de si tôt. Cet acquis il s’agit désormais de voir comment ensemble nous allons l’investir dans le projet transformateur de la société qui passera dans le même mouvement par la transformation de la gauche. Mais maintenant quelques mots sur l’épisode législatif.

L’effet légitimiste.
Il faut se l’avouer clairement : nous (et je me mets dedans) avons sous estimé un effet institutionnel et politique. 2002 avait été particulier et en 1995 il n’y eut pas de dissolution. Nous n’avions que l’expérience récente de 2007 de l’inversion du calendrier. Après la présidentielle et le processus de légitimation que provoque l’élection d’un président, les élections législatives qui suivent dans un aussi court délai sont dominées par la volonté de confirmation de l’élection présidentielle. Cela est le fruit d’institutions antidémocratiques d’une monarchie républicaine unique en Europe. Le scrutin uninominal à deux tours par circonscriptions amplifie cet effet. Chacun sait qu’avec le même nombre de voix le Front de gauche aurait 40 députés avec un scrutin proportionnel alors qu’avec ce mode de scrutin il en aura une dizaine. Ce mécanisme a donc joué et a contribué à minorer notre représentation parlementaire. Mais cela ne fait pas disparaître notre présence populaire. Ce qui a amplifié cet effet malgré la qualité de nos campagnes présidentielles et législative c’est que le lendemain du 6 mai tout a été fait par le nouveau pouvoir socialiste d’occulter tout débat et de répéter en boucle « donnez une majorité au nouveau président ». Ce mur nous ne sommes pas arrivés à le percer.

Comment expliquer l’acharnement du PS contre le Front de gauche en général et contre Mélenchon en particulier ?
D’abord prenons la mesure de la rage dans la base du Front de gauche contre les dirigeants du PS. En effet, Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault n’ont guère eu le temps en 4 semaines de faire plus d’une cinquantaine de circonscriptions sur les 577 pour apporter leurs soutiens aux candidats PS et ils ont trouvé moyen de venir dans la 11ème du pas de Calais combattre personnellement la candidature de Mélenchon CONTRE Le Pen. On aurait pu penser au contraire qu’ils auraient pu choisir de faire de Mélenchon le candidat de la gauche contre la chef du FN. Plus grave en concentrant leurs coups sur Mélenchon ils aidaient directement Marine Le Pen et ils le savaient mais il est vrai que les dirigeants du PS ont une longue tradition d’utilisation du FN pour servir leur cause électorale. D’ailleurs il est révélateur qu’entre les deux tours ni Aubry, ni Ayrault n’ont trouvé le temps de revenir dans cette circonscription soutenir le candidat PS et appeler à la mobilisation générale contre Le Pen ; non ils ont préféré participer au feuilleton socialo-socialiste de La Rochelle ! Quelle misère intellectuelle et politique ! Plus grave encore quand Marine Le Pen reconnaît être l’auteur de faux tracts injurieux contre Mélenchon, quand celui-ci est comparé à Hitler, où est la protestation des dirigeants socialistes. Rien ; silence radio…Ce sont des responsables politiques intelligents. Cela ne peut pas être une omission. C’est délibéré. Ce cynisme politique est d’autant plus inadmissible que les mêmes sont bien contents d’accueillir les 4 millions de voix du Front de gauche sans lesquelles Hollande n’aurait pas été élu. Et idem aux législatives où les voix du Front de gauche sont réclamées pour battre la droite. Naturellement nous ne manquerons pas à l’appel pour battre la droite et l’extrême droite mais il est particulièrement important dans un tel contexte que le Front de Gauche conserve son autonomie politique. Cela dit, une telle volonté d’élimination du Front de gauche ne s’explique pas seulement par un calcul électoral, car quel danger représente 5 ou 10 députés de plus pour le Front de gauche. C’est Fabius qui a vendu la mèche quand il a souligné l’importance cruciale pour le gouvernement que la majorité parlementaire ne dépende pas du Front de gauche. En effet certaines mesures ne pourraient pas être votées dans un tel contexte parlementaire. On imagine clairement qu’il ne s’agit pas là des avancées sociales mais bien des mesures d’austérité même déguisées dans un habillage « de gauche ». Hollande comme Ayrault n’ont-ils pas parlé des « efforts nécessaires » qu’il faudrait demander aux Français ? Donc mes amis du Front de gauche, inutile de geindre après la « méchanceté » d’Aubry et du PS. Préparez vous à construire le refus de l’austérité et surtout préparons nous à faire front avec Syriza et les grecs pour une autre Europe. Cette question risque d’être posée dés le lendemain du 17 juin et les résultats grecs auront plus d’importance que ceux de France.

Un dernier mot sur la curée anti-Mélenchon : l’ignominie a été le fait de la droite entre les deux tours lorsqu’elle a repris les calomnies lancées par Le Pen tout çà pour mettre sur le même plan Front de gauche et Front national, afin de cacher que par son « ni,ni » la droite rongée par 5 ans de sarkozysme d’une droite décomplexée les digues entre droite et FN se fissurent de plus en plus dessinant ainsi les contours d’une nouvelle droite française. On aura l’occasion d’y revenir. Sur cette ignoble campagne contre Jean-Luc vous pouvez aussi lire son dernier billet sur son blog

Des résultats honorables.
La 2ème circonscription de l’Hérault (la seule intégralement montpellieraine) où j’étais le candidat du FdG avec ma candidate remplaçante Hind Emad, nous avons viré en troisième position devant le Front national avec 12,66% des voix. J’aurai l’occasion de revenir sur le détail des résultats bureaux par bureaux. Mais une analyse générale est possible immédiatement. Ce résultat est le meilleur du Front de gauche sur le département des 9 circonscriptions. Par ailleurs ma camarade du PG Myriam Hubert est aussi la seule à franchir la barre des 10% dans la 5ème où elle a fait une formidable campagne aux côtés de Serge Azaïs ( malgré le caractère tardif de sa désignation et le fait qu’une petite partie du Front de gauche a trainé les pieds pour des raisons d’ambitions personnelles qu’on croyaient réservées à la droite et au PS….Passons !). Notons aussi les bons résultats dans les autres circonscriptions : Sébastien Andral avec plus de 9%, Yvan Garcia avec plus de 8%, Frédérique Thonnat et Robert Trinquier tous les deux au dessus de 7%, sans oublier les plus de 6% de Barbazange à Béziers et les plus de 5% d’Annie-Claude Ottan, tous les deux dans des circonscriptions au contexte très difficile. Une moyenne supérieure à 8% sur le département et supérieure à 10% sur la ville de Montpellier : ce sont des bases solides dans le contexte national difficile que nous avons connu. Pour en rester à ma circonscription il y eut un formidable travail de terrain. Nous avons du affronter plusieurs obstacles :

  1. Premier, obstacle le vote légitimiste d’une ville et agglo socialiste depuis 1977 et fortement encadrée par les réseaux socialistes ; mais nous avons ressenti une crise de ce leadership socialiste depuis la disparition de Georges Frêche en octobre 2010. A ce sujet un journaliste a repris le titre du dernier roman d’Amis pour décrire le moment politique de cette ville « Le Montpellier politique est comme une « veuve enceinte » ; le père est mort et l’enfant n’est pas encore là ».

  2. Secondo, je suis Maire d’une commune qui ne se situait plus dans cette circonscription, suite au redécoupage Marleix et ainsi les effets de mon travail local étaient moins visibles même si de nombreux montpellierains m’ont dit dans cette campagne apprécier les réalisations de mon mandat municipal notamment sur les logements sociaux. ;

  3. Tertio, le suppléant désigné, ancien candidat Front de gauche aux cantonales, après avoir accepté quitte le Front de gauche brutalement dix jours avant le premier tour de la présidentielle et mène ouvertement campagne contre moi allant jusqu’à soutenir un candidat de droite « sans étiquette » ; on a fait face et avec nos amis communistes le Front de gauche a désigné comme suppléante la combative Hind Emad : comme me le disait l’une des figures militantes de ces quartiers populaires « On a largement gagné au change ! » ; certes, mais il nous a manqué du temps.

  4. Quarto, la campagne va justement être polluée par ce candidat « sans étiquette » (ex candidat UMP aux cantonales, ex candidat à la CCI et partisan de SarKozy) qui n’hésites pas à faire distribuer les billets de 50 € jusqu’à l’entrée des bureaux de vote et autres pratiques maffieuses (mais la population – y compris celle qui a pris les billets – lui fera payer cher en ne lui accordant que 3% !).

  5. Et enfin, petite mesquinerie secondaire, un ex-candidat PCF Front de gauche aux cantonales précédentes sur un des cantons de cette circonscription refuse d’appeler à voter par pure ambition personnelle, ce qui je le précise n’a pas du tout été suivi par les militants et responsables communistes et jeunesses communistes sur la ville qui se sont engagés sans réserves …  Tout ces obstacles, tout cela n’a pas finalement pesé bien lourd devant la mobilisation citoyenne qui a accompagné la campagne du Front de gauche dans cette circonscription. Ce territoire est désormais structuré par cinq assemblées citoyennes qui mobilisent des centaines de citoyens conscients et actifs qui constituent une force politique considérables sur toute la ville. Le maire de Montpellier, Hélène Mandroux, l’a reconnu à sa manière lorsqu’elle a salué que le Front de gauche était devenu la troisième force politique et la deuxième à gauche dans la ville. Calmement et avec méthode, dans le cadre d’un Front de gauche désormais élargissable au NPA unitaire, nous allons déployer cette force sur la ville à travers toutes les mobilisations citoyennes et sociales. Cette force en mouvement désormais à Montpellier rien ne peut l’arrêter et cette campagne législative a été une excellent école de construction et de maturité. En tout cas je prends toutes les dispositions pour rester au quotidien sur la ville et l’agglomération de Montpellier avec les Assemblées Citoyennes au cœur de leurs actions et de leurs initiatives.

Mélenchon et l’enjeu européen.
Ce qui ne voient la politique qu’à travers le petit bout de la lorgnette de la lutte des « places » se demandent ce que va faire désormais Mélenchon. Bien sûr que nous souhaitions tous au Front de Gauche l’avoir comme porte voix à l’Assemblée Nationale ! mais j’ai vu qu’il se remettait en mouvement : d’un côté il s’inscrit au Front de gauche de la 11ème circonscription du pas de calais et compte bien mener bataille auprés de tous ceux qui se sont rassemblés autour de lui dans cetet campagne. Le Pen ne pourra pas dormir tranquille. Par ailleurs député européen de la grande circonscription du Sud Ouest il m’a directement informé de sa volonté de reprendre les tournées qu’il faisait dans notre région avant la campagne présidentielle : il faut donc nous attendre à le revoir chaque mois entre Montpellier-Nimes et Toulouse ou Bordeaux. On prépare déjà activement ses prochaines venues. Mais l’essentiel n’est pas là. La crise européenne est déjà revenue au devant de la scène : Grèce, Espagne, Italie….le rouleau compresseur du défaut de paiement suit sa logique et s’apprête à saisir à la gorge tous les gouvernements européens. Et la bataille de Mélenchon et du Front de gauche pour refuser l’austérité et ouvrir une autre voie pour l’Europe va rentrer en résonance avec la montée de Syriza et celle de tous les peuples européens. J’y reviendrai en détail dés la semaine prochaine après les résultats des élections législatives…grecques !

Note du 20 avril

Ce soir à minuit ce blog sera mis en veille jusqu’à dimanche 22 avril au soir, conformément à ce que nous impose la loi. Je profite donc de ce message pour publier un dernier billet avant le 1er tour des élections présidentielles.

Ma première pensée va à toutes ces générations militantes que j’ai fréquentées depuis 45 ans que je milite et qui avaient pour projet de construire une gauche de combat de masse. D’ores et déjà quelque soit la marge dans laquelle se situera le résultat nous pouvons dire que la campagne du front de gauche et de son candidat, jean-Luc MELENCHON, est arrivée à créer une nouvelle gauche combative, jeune, pleine d’énergie et avec laquelle il faudra désormais compter. Première mission accomplie ! Ce peuple de gauche mis en mouvement par millions n’arrêtera pas sa marche le soir des élections ; il sera aux avant poste de la confrontation inéluctable qui se prépare avec la finance. Cette dernière a son programme (baisse des salaires, baisse des dépenses publiques, baisse de la protection sociale tout çà pour financer la rente) et elle cherchera à le mettre en œuvre quelle que soit le président élu ; le peuple aura pour sa résistance son programme « l’humain d’abord » et la puissance du vote Mélenchon sera mon premier point d’appui décisif ; le reste n’est que bruit médiatique et futile. Le seul vote utile est le vote Mélenchon. Dans cette campagne, des milliers et des milliers d’acteurs se sont formés et constitués et formeront les cadres de la bataille qui vient.

D’ici dimanche faites toutes et tous votre travail de conviction, un à un, avec patience et résolution. Si nous arrivons à imposer le Front de Gauche devant Le Pen c’est un bouleversement politique qui donnera une perspective à toute l’Europe. Si cette poussée amenait le Front de gauche au deuxième tour c’est la révolution citoyenne qui sera déclenchée.

Ils ont des millions ; nous sommes des millions. Notre nombre et notre détermination est notre force.

Dimanche soir à Montpelliernous serons à 20h rue bosquet au local de campagne puis le Front de gauche se rassemblera à partir de 21h au kiosque Bosc sur l’Esplanade pour une soirée électorale militante et festive.