Le cadeau de rentrée de Macron : licenciement de masse dans le périscolaire et l’associatif 

Au cœur de l’été, le 9 août, au détour d’une intervention, Murielle Pénicaud, l’ancienne DRH d’une multinationale devenue ministre du travail, annonce la fin programmée des « emplois aidés ». Les jours qui ont suivi ont montré qu’il ne s’agissait pas d’une phrase en l’air mais d’une politique qui prendra effet dès cette rentrée.

De quoi s’agit-il ? Les emplois aidés sont des dispositifs qui ont varié dans le temps depuis que le chômage de masse s’est installé en France, et qui amène l’Etat à prendre en charge les cotisations sociales, et parfois une partie du salaire d’emplois essentiellement dans le secteur non-marchand. Ce sont essentiellement les jeunes en sortie d’études ou en recherche d’insertion professionnelle qui occupent la grande majorité de ces emplois provisoires. Ce sont essentiellement les collectivités territoriales et surtout les communes dans les services périscolaires (accueil du matin et du soir avant et après l’école, temps du repas, temps d’activité périscolaire, centre de loisir du mercredi et des vacances scolaires) et le monde associatif, sportif et culturel qui mobilisent la majorité des emplois aidés. L’Éducation nationale et d’autres services de l’État en mobilisent une minorité importante, ainsi que les petites entreprises. Certes, ces emplois n’offrent pas la garantie d’un CDI ni même d’un CDD et peuvent être de ce point de vue critiqués. Mais cette critique implique qu’on demande la transformation de ces emplois aidés (CAE, CUI, CIE) en CDI ou en CDD et non pas leur suppression pure et simple, dont les seules conséquences en seront l’aggratin du chômage, de la précarité et de la pauvreté notamment des jeunes. Certes, on peut aussi les critiquer au nom de ce que les économistes appellent un effet d’aubaine : en effet, une collectivité, une grosse association, une entreprise pouvant créer un véritable emploi peuvent profiter de ce dispositif pour ne pas assumer le coût de cet emploi et faire un gain sur le dos du travailleur et de l’État. Mais il convient alors de mettre en place de véritables dispositifs de surveillance en renforçant les pouvoirs de l’inspection du travail pour sanctionner ce type de comportements et de soumettre attribution d’emplois aidés à des règles strictes. Parmi celles-ci le respect du droit à des temps de formation au cours même de la période de l’emploi aidé mais aussi des dispositifs qui garantissent la sortie par le haut de cette situation transitoire. Aujourd’hui, dans les dernières statistiques de bilan disponibles pour l’année 2016, 57% des emplois aidés débouchent sur un emploi véritable. Ce n’est pas un mauvais résultat même s’il peut et doit être nettement amélioré. Dans ma commune, comme maire, je veille avec les services municipaux à ce que les emplois aidés (qui ne dépassent pas 5% de l’effectif) débouchent sur un emploi en concertation étroite avec l’agent concerné.

Ce sont donc de faux prétextes que mobilise Mme la Ministre dans la diminution drastique des emplois aidés et ce dès cette rentrée. En effet, lorsque les associations et les communes ont fait en juillet les démarches nécessaires à la création d’emplois pour assurer la rentrée, elles se sont vues signifier un refus net : « les crédits sont coupés jusqu’à la fin de l’année ». Cette décision brutale met dans une difficulté majeure tout un pan de l’activité sociale de notre pays et contribue à licencier de fait des dizaines de milliers de jeunes. Ces derniers trouvaient là une activité rémunérée, une première expérience professionnelle qui leur mettait le pied à l’étrier et une réelle utilité sociale ; on les renvoie brutalement dans le chômage et à la démerde individuelle.

Mme Pénicaud cherche également à nous enfumer.  Elle nous dit ainsi que l’éducation reste une priorité pour les emplois aidés. Or d’une part il ne s’agit pour elle que de l’éducation nationale de l’État et en aucun cas de l’éducation périscolaire qui, elle, est frappée de plein fouet. D’autre part elle réduit pour l’éducation nationale proprement dite le nombre d’emplois aidés à la rentrée 2017 qui ne seront que de 50 000 au lieu des 70 000 l’année précédente ; comment peut-on parler d’une priorité alors qu’il s’agit d’une baisse de près de 30% des emplois aidés dans l’éducation nationale proprement dite ? C’est ainsi que le ministère de l’éducation nationale est conduit, pour maintenir les AVS (assistant de vie scolaire) indispensables à l’accompagnement des enfants handicapés à l’école, à supprimer massivement les emplois aidés administratifs, moins visibles et moins sensibles. On déshabille Pierre pour habiller Paul.

Cette attitude ne nous étonne guère venant d’une ministre qui lorsqu’elle était DRH de Danone avait mis en place un licenciement boursier, licenciement qui avait fait monter l’action de Danone, ce dont elle fut remerciée par une plus-value boursière personnelle de 1,13 million d’euros !

Le banquier Macron choisit bien ses collaborateurs. 

Préparons-nous donc à dénoncer ce plan de licenciement déguisé et à nous mobiliser à la rentrée pour le mettre en échec.

René Revol

Comment vaincre le fascisme ? 

Le lendemain du 7 mai, lors de la journée pour la commémoration de la victoire sur le nazisme, les insoumis de Montpellier et de sa région rendront hommage à la résistance et au programme du conseil national de la résistance en se rassemblant à 15 heures dans les jardins du Peyrou où se trouve la photo de Jean Moulin. À cette occasion, je reviens ici sur la meilleure manière de combattre le fascisme.

Quelques mots pour se détourner du brouillage et de la confusion entretenus dans cet entre deux tours de l’élection présidentielle. L’armada médiatique des dominants s’est mobilisée au nom de l’antifascisme pour appeler à voter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Je laisse de côté ici les injonctions à la fois ignobles et ridicules à l’adresse de Jean-Luc Mélenchon pour qu’il se rallie à cette cohorte. Injonctions qu’il a eu raison de ne pas suivre, maintenant ainsi l’unité de ses électeurs partagés entre ceux qui se résolvent à voter Macron tout en s’opposant à sa politique et ceux qui ne parviennent pas à s’y résoudre et font le choix de l’abstention ou du vote blanc. La sinistre campagne des bien-pensants pour assimiler cette position à celle du ni-ni n’est pas parvenue à travestir la position claire et tranchée de la France insoumise : pas une voix ne doit se porter sur Marine Le Pen. Passons à la question de fond : devant un péril qui s’apparente au fascisme, comment le combattre et le vaincre ? Quelle stratégie mettre en place ?

Mais précisons d’abord brièvement la nature du Front National. Si ce n’est pas encore du fascisme assumé, on s’en approche. Historiquement e fascisme est un mouvement de mobilisation d’une partie du peuple pour à terme en finir avec la démocratie et briser le mouvement ouvrier syndical ; il s’accompagne généralement de milices plus ou moins armées et développe une xénophobie pour fixer sur l’étranger la colère populaire et la détourner du banquier. Le mouvement politique du fascisme a pris, depuis un siècle et selon les contextes historiques et nationaux, des formes variées. Sans s’attarder ici sur l’analyse de ces différentes variantes, il importe de signaler en quoi le Front National en reprend une part significative.

Avec par exemple son appel au peuple contre les élites, son discours ni droite ni gauche, l’habillage social qui implique le refus de l’universel et le racisme, ce sont autant d’invariants caractéristiques du fascisme, même si pour le moment le Front National donne le sentiment de se plier au jeu démocratique électoral et n’en est pas encore à mobiliser ouvertement des milices armées. Non seulement cela peut venir, mais on doit réfléchir au combat contre le Front National en tenant compte de sa potentialité fasciste.

Comme le prouvent toutes les expériences historiques, le mot d’ordre du simple antifascisme est nettement insuffisant et peut nourrir toutes les confusions. Jusqu’à nos jours la forme électorale prise de manière dominante pour lutter contre le Front National était le front républicain. Le front républicain consiste au fait que tous les partis de droite et de gauche qui se déclarent républicains mettent sous le boisseau leurs divergences pour s’unir lorsqu’il y a un danger que le Front National devienne majoritaire. On a vu ce front républicain à l’œuvre lors des dernières régionales en faveur des candidats de droite en PACA et en Ile-de-France. On l’avait vu aussi à l’œuvre en 2002 pour Jacques Chirac ainsi que dans différentes situations municipales, départementales ou législatives. Je me suis toujours opposé à cette stratégie qui visait à estomper toute différence entre la droite et la gauche ; il ne faut pas alors s’étonner qu’une partie de la population finisse par mettre dans le même sac la droite et la gauche, et plus encore quand, comme cela a été le cas dans les cinq dernières années, la « gauche » fait une politique de droite.

Le front républicain n’a eu au fond qu’un seul effet : renforcer la montée du Front National. On le voit à nouveau à l’œuvre dans ce second tour des élections présidentielles avec les appels à voter sans condition pour Emmanuel Macron venant de tous les bords pour faire barrage au Front National. Si on peut comprendre l’utilisation de ce bulletin de vote pour éviter le pire, on peut tout aussi bien comprendre le refus de se saisir de ce bulletin qui légitime la politique du candidat. D’autant que le candidat Macron assure clairement le maintien de sa politique ultralibérale au nom des 24 % obtenus au premier tour ; cela après s’être présenté comme le seul vote utile contre le Front National et quand bien même les enquêtes d’opinion indiquent que près de 40 % de ses électeurs du premier tour déclare ne pas partager sa politique. Ce tour de passe-passe est devenu si coutumier et grossier que la majorité des électeurs s’en aperçoit, dont une partie de ceux qui vont voter pour lui au second tour. Quel que soit le résultat, la stratégie du front républicain a fait faillite dans sa lutte contre le Front National.

Certes le ralliement de la gauche au front républicain contribue à la confusion. Mais pour aller plus loin dans l’analyse il faut prendre en compte qu ce qui nourrit surtout la montée de l’extrême droite c’est le soutien par une partie de la gauche des politiques néolibérales. Politiques qui nourrissent le chômage et la misère d’une grande partie de la population. Cette assemblage du front républicain et du soutien aux politiques d’austérité a déjà dans l’histoire été expérimenté plusieurs reprises, avec chaque fois les mêmes effets catastrophiques. Ce fut ainsi le cas entre 1929 et 1933 en Allemagne dans la république de Weimar. Le parti socialiste allemand, le SPD, a eu cette même stratégie. Lors de l’élection présidentielle le candidat socialiste s’était rallié au vieux maréchal réactionnaire Hindenburg pour faire barrage à l’arrivée d’Hitler puis a régulièrement apporté son soutien aux différents gouvernements de centre-droit, notamment celui de Brüning dont la politique d’austérité a profondément aggravé les conséquences sociales catastrophiques de la crise économique de l’époque. Il faut ajouter à ce tableau le rôle joué par le parti communiste allemand (le KPD) qui, suivant les consignes de Moscou, considérait que le parti socialiste plus dangereux qu’Hitler ! Aux élections de novembre 1932, le parti nazi avait 33 % des voix et le parti socialiste et le parti communiste près de 40 %. Mais le vieux maréchal préféra nommer un gouvernement de transition avant de nommer Hitler chanchellier fin janvier 1933 Hitler au pouvoir. On connaît la suite. Des attitudes similaires de la social-démocratie dans d’autres contextes historiques ont abouti au même résultat. En désespérant la population laborieuse par des politiques néolibérales qui ne profitent qu’aux plus riches, on les jette nécessairement dans les bras du fascisme si aucune alternative n’est proposée à gauche.

On trouve aussi une autre justification ou front républicain antifasciste. Il faudrait se résoudre à ne rien changer à l’ordre existant et de se concentrer dans l’immédiat sur l’urgence que constitue la lutte contre le fascisme. On retrouve cette attitude en France et en Espagne entre 1934 et 1938. Après les émeutes fascistes et antiparlementaires du 6 février 1934, les manifestants du 12 février ont imposé aux deux cortèges séparés du parti socialiste SFIO et du parti communiste de fusionner en une vaste marée humaine, ce qui a été la première marche d’une mobilisation populaire qui débouchera sur la victoire électorale du Front populaire et la grève générale de juin 1936. Or devant cette mobilisation les dirigeants du parti socialiste et surtout du parti communiste français, suivant une recommandation du Komintern, développer une stratégie du rassemblement de tous les Français contre le fascisme, mettant au second rang les attentes de transformation sociale que la mise en place des 40 heures des congés payés avait profondément nourrie dans le peuple. Cette stratégie de l’union nationale ne pouvait conduire qu’à l’échec. En Espagne alors que l’armée de Franco lança son insurrection les dirigeants des partis du centre-gauche, du parti communiste espagnol et de l’aile droite du PSOE faire tomber le gouvernement de largo caballero, représentant l’aile gauche du parti socialiste, lui reprochant d’engager des réformes sociales profondes avant de s’être assuré de la victoire militaire sur le fascisme. Ils n’hésitèrent pas à utiliser la violence pour réduire au silence ce qui n’acceptait pas ce front républicain son contenu social. Le peuple espagnol ne voyant pas ainsi sa condition se modifier, la majorité paysanne voyant refuser le partage des terres, les ouvriers des villes voyant que leur salaire augmentait pas, il est normal que la population fut moins facile à mobiliser dans la guerre contre Franco ; d’autant qu’en même temps le gouvernement de Léon Blum décidait la non-intervention alors que Hitler et Mussolini apporté un soutien sans faille à l’armée de Franco.

Ces expériences des années 30 on nourrit de nombreuses discussions à l’époque est particulièrement dans les rangs de la résistance pendant la seconde guerre mondiale. C’est pour cela que la déclaration de mars 1944 du conseil national de la résistance–« les jours heureux » contient avec la plus grande clarté à la fois la nécessité de l’unité dans une implacable contre l’occupant nazi et en même temps avant sa perspective d’une vaste transformation sociale. Ainsi le ressort de la résistance n’est pas seulement l’antifascisme mais en même temps l’aspiration à un monde nouveau libre, juste, plus égale, plus fraternel.

Aujourd’hui il y a aussi dans le vote pour Marine Le Pen le vote sombre du désespoir. Le front républicain qui dissout les différences entre la droite et la gauche et la poursuite des politiques néolibérales qui accroissent inégalités et chômage nourrissent la montée du fascisme. De cette analyse (volontairement sommaire à cette étape) se déduit la définition d’une autre stratégie.

Contre le Front National, les discours mielleux débordant de bons sentiments moralisateurs, prononcés à foison par des intellectuels aux journalistes entourés par les grands patrons du CAC 40, ont autant d’effets sur les électeurs que de l’eau sur la plume d’un canard. Ils sont totalement contre-productifs car ils nourrissent la haine contre le système. La seule stratégie efficace contre le Front National consiste à développer dans les classes populaires une politique de rupture avec l’ordre économique dominant néolibéral. Rompre avec le compromis social libéral et le ventre mou qui rassemble la droite républicaine et le parti socialiste est une condition préalable à toute action politique crédible dans la majorité de la population. Et doit alors se déployer un véritable programme de réduction des inégalités, de relance de l’activité créatrice d’emplois, de solidarité avec tous, de transition écologique assumée par la planification écologique, de retour à une véritable démocratie qui redonne la parole au peuple. C’est le choix fait par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. Au début en février 2016, ceux de mes amis encore pris dans les habitudes des structures politiques du passé n’y ont pas cru et ont exprimé leurs doutes. Mais quasiment tous ont depuis reconnu que c’est grâce à cette posture de rupture et à cette stratégie de transition systémique que le discours de Jean-Luc Mélenchon, favorisée par son talent exceptionnel, a pu faire naître une nouvelle espérance populaire. Ainsi au vote sombre du désespoir s’est en partie substitué un vote d’espoir, qui a su entraîner la majorité de la jeunesse comme de nombreux quartiers populaires. Cette candidature et ce programme je l’ai porté dans les couches populaires et dans la jeunesse, à commencer dans ma propre commune. Grâce à ce travail entre 2012 et 2017 le vote pour Marine Le Pen est passé de 22 % à 17 % et celui pour Jean-Luc Mélenchon de de 15 % à 27 %. Reconquérir les esprits et les cœurs pour faire des citoyens non seulement des électeurs mais aussi des acteurs majeurs du changement est une tâche enthousiasmante.

Pour combattre et vaincre le fascisme, il faut rompre avec l’ordre néolibéral et mobiliser le peuple pour qu’il se rassemble autour d’un projet de transformation sociale. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, qui ont vu se rassembler sur le nom de Jean-Luc Mélenchon plus de 7 millions d’électeurs dont 95 % selon les enquêtes d’opinion déclarent partager son programme, constituent un socle solide pour les étapes suivantes, à commencer par les élections législatives du 11 et du 18 juin où il nous faut partir conquérant avec notre programme l’avenir en commun. Les beaux matins arrivent plus vite que prévu.

René Revol

Lettre ouverte aux maires et conseillers municipaux

Chers collègues,

Je fais partie des 850 parrainages qui ont permis à Jean-Jean Luc Mélenchon d’être candidat à l’Election Présidentielle. Je l’ai fait non seulement par souci démocratique pour permettre son expression politique mais aussi et surtout parce que je partage les solutions qu’il avance pour notre pays. Et tout particulièrement en tant que maire soucieux de l’avenir de nos collectivités.

Je m’adresse franchement à chacun d’entre vous, conscient qu’à une semaine du premier tour, je me dois et je vous invite à le faire, de prendre mes responsabilités devant mes concitoyens.

Quatre candidats sont aujourd’hui susceptibles d’être qualifiés pour le second tour. Tout citoyen attaché à la république et à la paix civile se doit de rejeter la candidature de Madame Le Pen dont le programme se fonde sur la division et la haine des Français entre eux. Quant à Messieurs Fillon et Macron, leurs propositions nous promettent un avenir très sombre  pour nos collectivités. Non seulement ils ne remettent pas en cause la réforme territoriale du quinquennat et les profondes atteintes à la libre administration des communes, mais leurs plans de réduction massive pour les cinq ans à venir du nombre de fonctionnaires (150 000 pour Macron, 500 000 pour Fillon) concernent au premier chef selon leurs propres dires les collectivités locales. Cela conduirait à un affaissement des services publics municipaux, à des mesures drastiques, voire à des fermetures ou des privatisations – par exemple pour les crèches municipales ou les services périscolaires. Quel sort serait alors réservé aux polices municipales ou aux centres communaux d’action sociale (dont un rapport officiel soulignait le soi-disant double emploi avec d’autres services sociaux) ? Les moyens de contrainte, clairement annoncés, relèvent de mesures d’asphyxie de nos finances communales. Serait ainsi accentuée la sévère diminution de la dotation globale de fonctionnement mise en oeuvre sous le mandat de Monsieur Sarkozy avec l’aide de Monsieur Fillon puis sous le mandat de Monsieur Hollande avec l’aide de Monsieur Macron. Ce serait pour l’ancien premier ministre une réduction de 7 ½ milliards sur cinq ans, et pour l’ancien ministre de l’économie de 10 milliards.

Confrontées aux difficultés présentes de boucler le budget de l’année 2017, nos municipalités seraient avec de telles réductions proprement asphyxiées. Pour sa part Monsieur Macron ajoute à cela sa proposition de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers fiscaux en nous annonçant une compensation financière par l’État. Si par expérience nous savons que ces promesses de compensations de l’État se réduisent comme peau de chagrin, nous savons aussi que l’objectif poursuivi dans cette affaire est de nous dessaisir du levier fiscal. Pour un gouvernement courageux ces deux impôts injustes que sont la taxe d’habitation et la taxe foncière appelleraient une profonde réforme pour les indexer sur le revenu et la richesse, mais ne devraient en aucun cas être instrumentalisées contre les collectivités locales.

En tant que Maire, notre responsabilité est aujourd’hui engagée pour barrer la route à la mise en oeuvre de politiques qui mettraient à mal l’intérêt de nos communes.

Vous pouvez, sans avoir à partager tout le programme porté par Jean-Luc Mélenchon dans l’Avenir en Commun, prendre acte des propositions utiles qu’il avance pour nos collectivités.

Dans le cadre de la refondation républicaine, à travers l’élaboration d’une nouvelle constitution, il propose de rétablir pleinement la libre administration des communes qui, depuis la révolution française, est l’un des principes fondateurs de la République. Seraient dans ce cadre remis en cause les funestes réformes territoriales de ces dernières années de concentration dans les métropoles et les grandes régions des moyens et des pouvoirs, de l’éloignement des citoyens des centres de décision. La remise à plat de la réforme territoriale est une urgence et un chantier qui nous incombe au premier chef.

Jean-Luc Mélenchon propose par ailleurs de rétablir les dotations de l’État aux communes au niveau où elles se trouvaient avant les deux derniers quinquennats. Son programme inclut aussi un plan d’investissement massif de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour la transition écologique et l’investissement public ; nos communes sont en attente de tels investissements publics. Il propose, outre la suppression de la très mauvaise réforme des rythmes scolaires, que l’État finance les communes pour leur permettre de garantir la gratuité des cantines scolaires. Pour ma propre commune de 7500 habitants, accueillant plus de 700 enfants dans ses écoles maternelles et élémentaires, j’ai fait un calcul de ce que coûterait une telle mesure : cette dépense serait inférieure à la baisse de la dotation qu’on nous a imposé depuis cinq ans, le rétablissement de l’ancien niveau de la DGF le permettrait.

Chers collègues, une élection présidentielle n’est pas un concours de beauté pour choisir le gendre idéal. C’est un choix collectif qui engage l’avenir. En soutenant Jean-Luc Mélenchon faisons ensemble le choix de l’optimisme.

René Revol

« Les pommes Mélenchon »

La gratuité des cantines scolaires, c’est possible.

À Montpellier les membres de la France insoumise ont eu la bonne idée d’aller distribuer des pommes bio et des crayons sans marque à la sortie des écoles pour populariser la proposition du programme de Jean-Luc Mélenchon visant à la gratuité complète de l’école laïque et notamment la gratuité de la restauration scolaire. Cette initiative a rencontré un vif succès, au point que les enfants n’ont pas tardé à parler des « pommes Mélenchon » !

Certains détracteurs n’ont pas manqué de fustiger la ruine financière qu’entraînerait la gratuité de la restauration scolaire. Je voudrais leur répondre en prenant l’exemple très concret de la restauration scolaire dans mon village dont je suis le Maire. Chaque jour ouvrable, c’est-à-dire quatre jours pendant 36 semaines, nous fournissons autour de 500 repas quotidiens. Les produits sont issus de l’agriculture raisonnée ou biologique et tous les matériaux sont certifiés « développement durable », donc recyclable. Les repas proprement dits ont un coût annuel de 260 000 € et l’ensemble des autres coûts liés au service des repas (personnel des cuisines et d’encadrement des enfants, nettoyage etc.) représente un coût annuel de 240 000 €. En conséquence la restauration scolaire nous revient à 500 000 € sur une année. Comment cela est-il financé actuellement ? D’une part il y a la contribution financière des familles avec une tarification différenciée selon les revenus avec sept tranches, la tranche supérieure contribuant quatre fois plus que la tranche inférieure ; cette contribution ne couvre pas, loin s’en faut, le coût des repas puisqu’elle rapporte annuellement autour de 200 000 €. D’autre part les 300 000 € manquants sont donc couverts par la solidarité communale c’est-à-dire par les impôts de tous. Vous l’avez compris : pour rendre gratuit les repas scolaires de ma Commune il en coûterait donc 200 000 €. Je vais donc maintenant rapporter ce chiffre à la baisse des dotations de l’État imposée à ma commune : en cinq ans la dotation globale de fonctionnement que nous verse l’État est passé de 800 000 € à 400 000 € ! Cette dotation ne représente plus que 5 % du budget global de la commune de 7500 habitants, la mettant ainsi sous tension financière. Il suffirait donc que le nouveau Président de la République et son gouvernement nous rétablissent le niveau des dotations d’il y a cinq ans pour que nous puissions, avec seulement la moitié de cette augmentation, assurer la gratuité des repas. Ce serait donc tout à fait à la portée des communes de réaliser cet engagement si celles-ci retrouvaient le niveau des dotations d’il y a cinq ans, qui n’était pourtant pas extraordinaire. La gratuité de la restauration scolaire est donc possible.

Cette gratuité est nécessaire pour plusieurs raisons :

  • d’abord, il est de la responsabilité de la collectivité de fournir un repas équilibré et de qualité à tous les enfants ce qui contribue à la bonne santé générale de la population.
  • Ensuite, cela permettrait de rendre du pouvoir d’achat aux familles notamment les plus modestes.
  • Enfin, tous les enfants seraient ainsi traités sur un pied d’égalité quelles que soient leurs origines sociales.

Je ne compte pas le développer ici mais il faut également engager une réflexion sur le contenu et le prix de toutes les activités périscolaires. Car en effet selon que vous êtes dans une commune riche ou pauvre, selon les choix de l’équipe municipale, les enfants disposent d’activités périscolaires très inégales  en qualité et en coût. Or certains enfants de ma commune passent, au cours d’une année, plus de temps dans les activités périscolaires qu’en classe. Le périscolaire joue donc un rôle important dans l’éducation de nos enfants ; il les met dans de meilleures dispositions pour entrer dans les apprentissages scolaires. Or, dans ce domaine, surtout après la réforme catastrophique des rythmes scolaires réalisée par Peillon et Hamon, il règne une inégalité criante sur le territoire national. Une politique éducative nouvelle doit donc encadrer nationalement les contenus des activités périscolaires et mettre en place un plan de financement permettant d’aller vers la gratuité.

René Revol

Coup d’œil historique : le centenaire des thèses d’avril

Un coup d’œil dans l’histoire peut nous aider dans le moment intense que nous vivons en ce mois d’avril. C’est le centenaire de la Révolution russe de 1917 et naturellement l’oligarchie intellectuelle et médiatique est silencieuse sur ce sujet. Je n’aborderai pas ici ni les différents aspects et moments de cette révolution, ni la nature et l’évolution du régime qui va s’ensuivre. Je m’attarde sur un moment particulier de cette expérience historique extraordinaire.

Le 7 avril 1917, exactement un mois après la révolution qui a balayé le tsar et installé un régime parlementaire chaotique, Vladimir Oulianov Lénine soumet à ses amis du parti social-démocrate bolchevik un document d’orientation qu’on a coutume d’appeler les thèses d’avril. Après la révolution et la destitution du tsar Nicolas II, Ie gouvernement provisoire se met en place sous la direction de Kerensky qui rassemble la fois des membres de la bourgeoisie libérale, des socialistes modérés (dont fait partie Kerensky) et des membres du parti social-démocrate menchevik. Les dirigeants du parti bolchevik présents en Russie (Lénine est en exil en Suisse) adoptent une ligne de soutien critique au gouvernement provisoire. Lénine, opposé à cette orientation, va développer dès son retour en Russie le 3 avril sa position dans ses fameuses thèses d’avril. Il y défend l’idée que le gouvernement provisoire et sa coalition font des promesses au peuple qu’ils ne pourront pas tenir car il refuse de rompre avec les grands propriétaires fonciers et les industriels capitalistes et d’arrêter la guerre avec l’Allemagne. Il préconise en conséquence que le parti bolchevik ne soutienne pas le gouvernement, car il serait une illusion de croire qu’on peut l’influencer. Il appelle au contraire à dénoncer sans relâche ses atermoiements et son hésitation et ses refus d’avancer vers un programme socialiste. Les thèses d’avril préconisent d’affirmer cette indépendance politique pour s’adresser au grand nombre, notamment dans les conseils ouvriers, de paysans et de soldats qui fleurissent partout dans le pays, créant une situation de double pouvoir : gouvernement d’une part, conseils populaires dénommés en russe «soviets» d’autre part. Les ouvriers réclament la journée de huit heures et des salaires décents, les paysans qui ont faim de terre réclament le partage des grandes propriétés, enfin les soldats réclament avec le peuple la fin de la guerre et la paix par une décision unilatérale de la Russie. Le pain, la terre, la paix, ce sont les trois exigences qui dominent cette révolution. Face à ses trois exigences Kerensky répond qu’il faut attendre la fin de la guerre et une éventuelle victoire militaire, que le peuple doit continuer à faire des sacrifices. Lénine a parfaitement conscience que si à cette étape les bolcheviks sont minoritaires dans les soviets, la dynamique de la situation va leur devenir inévitablement favorable au fur et à mesure que le peuple russe prendra conscience que le gouvernement provisoire reporte la satisfaction de leurs exigences toujours à plus tard.

Dans les thèses d’avril il appelle les militants bolcheviks à un travail méthodique de conviction au sein des conseils ouvriers, de paysans et de soldats pour y devenir majoritaire. Mais pour obtenir la confiance du peuple il faut d’entrée de jeu marquer son indépendance absolue avec le gouvernement et les partis qui le composent. Léon Trotsky, partageant cette analyse, le rejoint avec ses amis dans le parti bolchevik qui adopte à la majorité ces thèses d’avril.

Certes, comparaison n’est pas raison, et il serait stupide d’appliquer mécaniquement cette expérience à la situation de nos jours. À l’époque la première mondialisation avait débouché sur une guerre mondiale d’une cruauté inouïe pour les peuples et la révolution russe ouvrait une période de soubresauts révolutionnaires où le socialisme cherchait à construire une issue à cette barbarie. De nos jours la mondialisation actuelle débouche sur des catastrophes sociales, environnementales et géopolitiques toutes aussi dangereuses, mais cela se fait sous des formes et avec des contenus tout à fait nouveaux.

Pour répondre à ces défis et mettre fin à cette course à l’abîme, il nous incombe de mettre à l’ordre du jour de la révolution citoyenne la question d’un nouvel ordre du monde à la fois démocratique, sociale, écologique et pacifique. Dans une situation, certes très différente de la Russie de 1917, cette réflexion sur les thèses d’avril peut aujourd’hui être source d’inspiration. La révolution citoyenne ne pourra ainsi trouver son chemin que si nous manifestons une totale indépendance politique envers ceux qui accompagnent la mondialisation libérale de leurs belles promesses sans lendemain. Une conviction stratégique qui nous a guidés en février 2016 pour refuser les combinaisons sans principes et les tractations sans fin du processus des primaires. Nous avons pu dès lors manifester publiquement cette position d’indépendance avec la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon et la mise en place du mouvement citoyen de la France insoumise. En ce début avril on constate que nous avions raison. Après ce coup d’œil historique nous retournons à nos tâches pour préparer au mieux l’échéance électorale qui vient.

René Revol

L’ordre et le mouvement

 

Le parti de l’ordre a trouvé son homme : François Fillon incarne désormais en France les trois piliers du nouvel ordre du monde que les puissants souhaitent nous imposer.

Un pilier économique et social.

Sans surprise ce candidat défend la thérapie de choc néolibérale. Il désigne les fonctionnaires comme l’ennemi ; la haine du fonctionnaire a toujours été un ciment d’une certaine droite et ce n’est pas par hasard qu’il remet en cause les 35 heures des fonctionnaires pour exiger qu’ils travaillent plus en gagnant moins ; il se garde cependant de désigner les fonctionnaires par leur fonction : infirmier, enseignant, policier… Il ordonne son programme sur la baisse de la demande publique tout en soutenant la demande privée des plus riches et des entreprises avec la suppression de l’ISF et la diminution drastique des cotisations sociales patronales que devront financer les consommateurs. La hausse de la TVA serait le transfert de charge le plus important jamais réalisé en France des entreprises vers les ménages. Un tel programme amplifie ce qui a été initié par Hollande et Valls – Macron. Or, comme le prouvent toutes les expériences passées et contemporaines, la demande privée des plus riches ne compensera pas la baisse de la demande publique et l’appauvrissement de la majorité de la population. Si ce programme se met en place nous assisterons à un accroissement gigantesque des inégalités et du chômage.

Mais le programme de Fillon ne se contente pas d’un simple transfert financier des ménages vers les entreprises et les plus riches ; il cherche aussi à démanteler les structures mêmes de l’ordre public social qui fonde nos relations sociales depuis 70 ans. Il se propose d’une part d’élargir la brèche ouverte par la loi travail de l’inversion de la hiérarchie des normes pour faire primer l’accord d’entreprise dans tous les domaines et pas seulement dans celui du temps de travail comme le prévoit la loi travail ; il remet d’autre part profondément en cause l’universalité de la sécurité sociale et de sa branche maladie en programmant le déremboursement des petits risques et en ouvrant la santé aux prédateurs des assurances privées (comme le disait mon médecin il n’y a pas de petits risques car ce sont les petits risques qui génèrent les gros risques). Le programme économique et social de Fillon est d’une grande clarté et synthétise le programme libéral dominant.

Un pilier sécuritaire.

Là aussi il désigne un ennemi en mesure de fédérer la droite : la fonction principale de son affichage catholique est de mettre en cause l’islam. Ses propositions sécuritaires reprennent la tradition de la présidence Sarkozy afin là encore d’élargir les brèches ouvertes par le gouvernement Valls. Mais ce qui me paraît le plus significatif c’est sa volonté de renforcer le caractère autoritaire du régime politique de la Ve République. Il se réclame avec gourmandise des méthodes pratiquées par le général De Gaulle dans les années 60 qui jouait du plébiscite pour agir par ordonnances en lieu et place de la loi. Cet autoritarisme austère, qui va aggraver de manière considérable le déficit démocratique des institutions, se situe totalement à contre-courant de la demande citoyenne. Impossible donc de combattre François Fillon sans assumer clairement la perspective d’une 6iéme   République.

Un troisième pilier moral.

Celui de l’ordre moral qui permet de discipliner les corps et les cœurs. Cet appel à l’ordre moral, qui stigmatise tant la diversité culturelle que les préférences sexuelles au nom de prétendus valeurs françaises de la famille, a été un puissant facteur de mobilisation du peuple de droite. À ce propos une anecdote : un ami nîmois se situant à gauche croyait pouvoir faire barrage à Fillon en allant voter pour Juppé et voilà ce qu’il décrit : « je me retrouve dimanche matin dans la file d’attente avant le vote et comme l’attente est longue je commence à observer les présents et je suis frappé par la cohérence des tenues vestimentaires : jupes plissées à carreaux en dessous du genou, socquettes blanches, serre-tête en velours, sac Hermès, Loden austère pour les hommes… bref la tenue des bourgeois conservateurs et catholiques qui sont venus ici en masse avec souvent une famille nombreuse. Mon malaise grandit avec les minutes qui passent et finalement je sens bien ici je ne suis pas chez moi, que je ne suis pas avec la population que je côtoie quotidiennement, et finalement je renonce à voter je m’en vais. »

Fillon est donc le candidat du parti de l’ordre : l’ordre libéral, sécuritaire et moral. Au XIXe siècle face au parti de l’ordre il a fallu construire le parti du mouvement, notre tâche est aujourd’hui de construire ce parti du mouvement qui puisse constituer une alternative cohérente aux trois piliers du parti de l’ordre. Mon ami nîmois a compris, quasi physiquement, que la résistance par le choix du moindre mal était vouée à l’échec. Le choix de Macron, Hollande et autres Valls ne constitue en aucun cas des moyens de résistances efficaces, ne serait-ce que parce qu’ils ont incarné à un moment ou un autre le programme du parti de l’ordre. Désormais, après cette démonstration de force du parti de l’ordre à quatre mois et demi de l’élection présidentielle, il ne sert à rien d’attendre que les candidats socialistes en aient fini avec leurs palinodies. Notre société dispose des forces, des énergies, des idées et des expériences qui constituent le socle du parti du mouvement. Dans le travail d’élaboration du programme de la France insoumise nous avons été des dizaines de milliers à mettre la main à la pâte. Nous disposons d’une base solide qu’il nous faut élargir et projeter dans toutes les dimensions de la vie sociale, qui peut s’incarner certes avec notre candidat Jean-Luc Mélenchon et la construction de 577 candidatures aux législatives, mais aussi dans d’innombrables initiatives citoyennes dans nos quartiers, dans nos villages, dans les entreprises ou nos écoles.

Ce parti du mouvement nous avons pu commencer à le faire exister sur la toile, dans les réseaux sociaux ou à travers des vidéos, grâce à ces outils, nous arrivons à marquer les esprits. Il s’agit désormais d’aller physiquement au contact des populations et de créer cette confiance que donne le face-à-face. Puis viendra le moment où nous briserons la chape de plomb médiatique et où la parole de Jean-Luc Mélenchon permettra d’éveiller le grand nombre. Le parti du mouvement qui s’institue progressivement sous nos yeux doit fonctionner tel un mouvement social, non par simple délégation comme dans un parti traditionnel. Le parti du mouvement est porteur d’un nouvel ordre contradictoire à celui du parti de l’ordre : un ordre social, écologique et égalitaire garantissant d’une part l’application de la règle verte et d’autre part le travail et la protection sociale pour tous, un ordre politique démocratique où une 6ième République garantissant la citoyenneté pour tous et assure la sécurité publique, un ordre humaniste garant de la liberté de choix de vie et du développement libre de sa personne pour chacun. C’est sur un tel programme que se mobilisent la jeunesse et une grande partie de la population laborieuse dans de nombreux pays. La responsabilité qui nous revient en France, pour triompher du parti de l’ordre, est de faire vivre le parti du mouvement.

René Revol

Changer de République en 2017 ? Chiche !

Le 8 septembre 2016

La décomposition politique en France, chaque jour nourrie par un évènement nouveau, conforte de plus en plus chez nos concitoyens l’idée qu’il ne suffit pas de changer d’hommes et qu’il faut changer de système. Un des sentiments les plus partagés est, quoiqu’on dise en haut, que leur parole est refoulée et qu’ils n’en tiendront pas compte. Dans ce contexte, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est susceptible de devenir le moyen pacifique dont notre peuple peut se saisir pour changer de système. Le premier engagement de Jean-Luc Mélenchon n’est-il pas que, dès son investiture, il mettrait en œuvre l’article 11 de la Constitution et convoquerait une Assemblée constituante chargée d’instaurer une 6e République pour redonner le pouvoir au citoyen ?

Le fait que les candidats déclarés ou potentiels se répandent tous en propos généraux sur la nécessité de changer la politique est bien la preuve que nos concitoyens attendent un changement de système auquel ils répondent par des phrases creuses qui les tromperont de moins en moins. Rapidement il peut apparaître que seul Jean-Luc Mélenchon ne se contente pas de déclarations et propose un chemin concret et précis qui peut être engagé dès le mois de mai prochain.

Dans le débat public et le milieu universitaire sur les changements institutionnels nécessaires, certains soulignent l’importance de dépasser le niveau de la simple représentation politique pour redonner au peuple un vrai pouvoir de délibération. L’idée, qui a fortement progressé ces dernières années, est que le peuple entend être pris au sérieux, qu’il puisse se prononcer sur les grandes questions de son destin et en délibérer collectivement. Cette idée se retrouvait déjà dans celle de démocratie participative avancée depuis une bonne décennie. En appeler à la raison de nos concitoyens et leur soumettre les grandes questions collectives est au principe même de la démocratie. Or force est de constater l’hésitation, même parmi ceux partisans de l’instauration d’une délibération et d’une démocratie participative, à confier la décision finale au peuple – comme si on avait peur de son pouvoir. Cela s’exprime entre autre dans la méfiance vis-à-vis du référendum, dont le bon usage peut pourtant être tout autre que celui du référendum-plébiscite dès lors qu’il permet sur des questions majeures d’ouvrir un large débat et de donner le dernier mot au peuple souverain. Il est un des outils du développement de la délibération collective et un des dispositifs qui redonnent le pouvoir au citoyen.

L’aspiration au renouvellement politique et démocratique s’est aussi manifestée ces dernières années par un développement de l’investissement dans la vie locale. Les citoyens s’investissent de plus en plus à une échelle où ils ont le sentiment de conserver encore une certaine prise. Associations, collectifs, comités d’action ou de défense, sur telle ou telle cause, sociale, civique, ou environnementale, se multiplient chaque jour. Cette irruption citoyenne par le bas est précieuse et peut être un levier décisif du changement de régime politique. Certains commentateurs en ont conclu qu’il fallait désormais privilégier la démocratie locale et négliger la dimension globale. Ce serait une redoutable impasse qui finirait par rendre impuissante l’action locale elle-même. A travers les questions locales dont se saisissent nos concitoyens s’incarnent souvent des enjeux politiques, nationaux ou mondiaux. J’ai pu vérifier dans mon action municipale qu’il s’agisse du contrôle public de l’eau, de la lutte contre les inondations ou de l’action sociale, que les plus fortes mobilisations locales permettent en même temps de matérialiser des enjeux globaux, parfois à l’échelle de la planète. Privilégier l’horizontalité démocratique sur la verticalité bureaucratique ne signifie pas limiter les citoyens à leur seule proximité mais en faire des acteurs politiques à part entière.

Nous pouvons avoir l’année prochaine au cours du deuxième semestre 2017 une formidable délibération collective nationale qui instaure un nouveau régime politique. Par quelle méthode ? Convoquer des élections à une assemblée constituante, c’est organiser une campagne de plusieurs mois où dans tous les quartiers et tous les villages les assemblées citoyennes débattent des différentes propositions d’organisation du pouvoir citoyen. C’est ensuite élire des députés à cette assemblée constituante en appliquant une règle claire pour les candidats : ne jamais avoir été élus à une assemblée précédente et ne plus pouvoir se présenter aux prochaines assemblées pour nous offrir les garanties que ne soit pris en compte dans le débat démocratique que l’intérêt général. C’est faire que cette assemblée constituante mène ses débats dans une relation publique avec les citoyens comme les moyens de communication modernes nous permettent de le faire. C’est enfin faire ratifier le résultat final par le peuple. Un beau programme de rupture avec le système sclérosé en place pour « changer de république », réalisable dès 2017 !

J’ai noté que Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste avait un projet de nouvelle constitution. Cette initiative prouve bien la pertinence et l’actualité de l’initiative de Jean-Luc Mélenchon. Mais si on regarde de plus près la proposition d’Arnaud Montebourg qui consiste à proposer d’emblée une nouvelle constitution, cela ressemble beaucoup à la méthode de Charles De Gaulle en 1958, qui, avec Michel Debré a rédigé en secret une Constitution toute prête, le peuple n’étant invité qu’à la ratifier par une espèce de plébiscite. La question n’est donc pas de proposer ex cathedra une nouvelle constitution parmi d’autres, mais de mettre notre peuple et ses représentants en capacité de la construire. C’est la seule manière de créer le ciment social d’une mobilisation citoyenne qui sera la vraie force de ce nouveau régime. Les propositions de changement ne manquent pas ; par exemple dans le fonctionnement de la commune dont j’ai la charge, j’ai mis en place ce processus de référendum d’initiative populaire (qui a été notamment utilisé pour décider la mise en place d’une régie publique de l’eau). Il fait partie des propositions que je défendrais dans ce débat public parmi d’autres (par exemple le processus de révocabilité des élus par le peuple), mais il reviendra à la délibération collective de trancher. Le changement politique attendu par la majorité de notre peuple est réellement à notre portée. Quand je développe ces arguments autour de moi à des citoyens de tous horizons, je ressens à la fois chez eux un très vif intérêt et une forme d’hésitation. En effet, l’obstacle principal à franchir est la peur du changement, nourrie par la pesanteur du conservatisme. Les mois qui viennent vont être importants pour populariser cette idée qui, je vous le rappelle est le premier point du projet de programme de la France Insoumise présenté par Jean -Luc Mélenchon.

Enfin je termine par une anecdote. Interrogé par deux journalistes fin août qui me demandaient si j’étais candidat aux législatives, je leur ai répondu : « être candidat à être député croupion de la 5e République ne m’intéresse pas, la seule chose qui m’intéresserait c’est de participer à une assemblée constituante pour une 6e République »  Je pense que c’est la meilleure manière dans nos circonscriptions de faire campagne pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

René Revol

Soyez nombreux Samedi 10 septembre à regarder l’interview de Jean-Luc Mélechon dans la nouvelle formule de l’émission « On est pas couché ».

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Faire campagne !

Le 5 juin, j’étais place Stalingrad à Paris avec les 10 000 citoyennes et citoyens qui ont répondu à l’appelle de Jean-Luc Mélenchon. Si, malgré un emploi du temps infernal, j’ai tenu à y être, c’est parce que je pense qu’il est temps de faire campagne. Dans ce texte modeste, je ne compte pas faire de grandes analyses de la situation historique dans laquelle nous sommes ; chacun peut se forger son opinion en confrontant les évènements et la lecture des différents blogs de notre campagne. Je veux simplement témoigner de ce que je fais avec mes amis locaux en espérant que cela puisse servir à l’action de tous. Faire campagne c’est avant tout chercher à se lier au grand nombre pour le mettre en mouvement.

Jean-Luc Mélenchon nous a appellé à une « campagne victorieuse ». On aurait tort de voir là une fanfaronnade, ou à la méthode Coué. Cela a une signification beaucoup plus profonde. D’abord la perspective de dépasser le parti socialiste, perspective désormais à portée de main comme l’indiquent certains sondages. L’argument du vote utile mobilisé par Hollande et son camp se retourne contre eux ; le vote Mélenchon devient dès lors le vote du renouveau de la gauche mais aussi le seul qui puisse concurrencer l’extrême droite et la droite. Ensuite le signal que nous sommes devenus totalement indépendants du parti socialiste. Comme cela se vérifie dans d’autres pays comme l’Espagne, devient caduque le vieux raisonnement, encore partagé par certains dirigeants du PCF, selon lequel notre rôle ne consisterait qu’à peser à gauche sur le PS. Enfin, l’objectif de mener une « campagne victorieuse » manifeste, s’il le fallait, qu’il ne s’agit pas d’une candidature d’extrême gauche, de pur témoignage et d’impuissance. Les groupes d’appui à JLM2017 n’ont pas vocation à se replier de manière nombriliste sur eux-mêmes mais à trouver le chemin du grand nombre. Lorsque plusieurs personnes se retrouvent pour cette campagne dans un quartier, une entreprise ou un village, ce n’est pas pour se poser la question dérisoire de savoir qui sera candidat aux législatives pour atteindre 1%, mais pour définir les moyens de se projeter dans le réel de leurs concitoyens et faire de la campagne pour Mélenchon un moyen d’action utile pour tous.

Dans ma commune, j’ai aidé à la constitution d’un groupe d’appui à la campagne de Jean-Luc Mélenchon (un des 1000 constitués, soutenu par plus de 100 000 signatures), groupe dénommé « Grabels la Rebelle », qui agit de concert avec les militants du parti de gauche, du front de gauche et de tous ceux qui veulent s’y joindre. Notre première action a été de participer activement aux mobilisations contre la loi travail… et nous serons encore présents aux prochaines manifestations, surtout si ce gouvernement prend la décision scélérate de les interdire. Pour faire campagne dans notre petite ville nous avons organisé une réunion publique d’information et de débat dans la maison commune du village sur la loi travail, avec la participation d’un ancien inspecteur du travail qui a décortiqué le projet de loi, qui a rassemblé en avril près d’une centaine de personnes, bien au-delà du cercle des convaincus.

Nous avons également organisé dans le quartier populaire de la ville une réunion publique sur la révolution fiscale avec la participation de Liêm Hoang Ngoc, avec plus de 60 personnes. Ces deux réunions nous ont permis de diffuser des papiers à la population et d’ouvrir des discussions fécondes avec les citoyens pour faire connaître la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Cette action, nous cherchons à la poursuivre en rédigeant des petits argumentaires pour une large diffusion sur des points programmatiques de JLM2017 qui peuvent répondre aux interrogations de nos concitoyens.

Je suis convaincu que l’interrogation majeure porte sur la défiance vis-à-vis d’un système politique qui met à distance les citoyens et que la campagne pour une constituante afin de refonder une véritable République démocratique laïque et sociale est le levier principal de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Encore faut-il travailler la formulation, la popularisation et ses différentes modalités d’expression pour rendre accessible cette campagne à tous. Je ne manquerai pas de vous communiquer les résultats de nos réflexions collectives.

Pour aller plus loin, notre campagne doit s’incarner, s’inscrire dans le concret, dans des enjeux locaux significatifs. C’est ce que nous avons fait dans notre mobilisation contre la gare de la Mogère. Cette gare est le symbole local des grands projets inutiles décidés contre l’avis des citoyens et nuisibles à l’environnement. Voilà deux ans que nous menons ce combat en participant à la mobilisation des collectifs concernés, en défendant ce point de vue aux élections municipales de 2014 comme aux élections départementales régionales de 2015. Lors des élections régionales la liste Nouveau Monde que nous soutenions a fait 10% des voix et a obtenu après sa fusion technique avec celle de Delga, que le nouveau Conseil régional fasse un moratoire sur la gare de la Mogère et organise un débat citoyen. Ce fut une première victoire qui nous a servi de point d’appui pour mener une large campagne d’opinion. Les élus municipaux que nous sommes avons défendu notre point de vue devant le Conseil Municipal de Grabels qui a adopté notre position à l’unanimité. Et le 16 juin lors de l’Assemblée locale des « états généraux du ferroviaire » à Montpellier, nous avons pu constater que l’immense majorité des 300 présents soutenait notre position, obligeant le conseil régional à jouer profil bas, voire à acquiescer à la volonté majoritaire de la salle. C’est un acquis et nous devons maintenant tout faire pour qu’au terme de ce débat public la gare de la Mogère soit définitivement enterrée. Certes, je ne me fais aucune illusion et je sais que les multinationales présentes dans le consortium qui tiennent en laisse la SNCF feront tout pour faire passer leur projet. Mais à cette étape notre combat, commun avec des citoyens, des militants associatifs et des syndicalistes, a déjà abouti à faire pencher majoritairement l’opinion publique de notre côté.

J’ai développé cet exemple de la gare de la Mogère car il est symbolique du type d’action locale qui va contribuer à enraciner la candidature de Jean-Luc Mélenchon comme seule perspective politique à toutes les résistances qui se lèvent dans le pays. Autre exemple, celui vérifié lors de mes déplacements pour soutenir les mobilisations pour des régies publiques de l’eau : la défense, très populaire, des biens communs, peut devenir un levier majeur de notre campagne.

Bref, sortons nos drapeaux et nos étendards et tendons la main à nos concitoyens pour construire avec eux une issue politique à l’impasse dans laquelle cherche à les enfermer les défenseurs de l’ordre libéral-sécuritaire qu’ils soient de droite ou de gauche.

Bon courage à tous.

René Revol

La Régie Publique de l’Eau à Montpellier : une expérience du pouvoir citoyen !

Note du 28 avril 2015

L’Agglomération de Montpellier aura été ainsi celle qui a eu le courage d’interrompre l’appel d’offre lancé par l’ancienne majorité pour la poursuite de la DSP afin de réaliser le passage en régie dès 2016. Après cette victoire il me paraît utile de revenir sur le combat politique et citoyen qui y a abouti et sur les principales leçons qu’on peut en tirer. Je vous invite aussi à revoir les vidéos de mes principales interventions de cette dernière année reproduite dans mon dernier post.

QUATRE ANS D’ACTION CITOYENNE

Cette victoire a était le fruit de combats citoyens inlassables depuis une bonne dizaine d’années et sur notre territoire plus particulièrement depuis 2009. Prenant appui sur le retour en régie de grandes collectivités comme Grenoble et Paris des associations et des personnalités prirent l’action en main et je me souviens d’avoir accompagné Madame Danièle Mitterrand et son association France Libertés lors d’un passage dans l’Hérault. A l’époque Georges Frêche ne voulut même pas recevoir l’épouse de l’ancien Président de la République ! Groupes citoyens et associations commencèrent à fleurir dont la plus active est l’association Eau secours 34. Le premier moment public important se joua lorsque l’Agglomération récupéra la compétence eau transférée par les 31 communes de son périmètre au 1er janvier 2010. Devenu Maire de Grabels en 2008, je me sentis bien seul à l’époque quand notre Conseil Municipal fut le seul à se saisir de cette occasion pour proposer le retour en régie au terme des contrats qui s’approchait. Depuis la mobilisation citoyenne ne cessa de s’amplifier et le deuxième moment important se situa au premier semestre 2013. L’Agglomération mit en branle un énorme dispositif de communication appelé « consultation citoyenne », tout cela pour convaincre que la seule solution était de continuer la DSP avec Véolia ! Mais ce matraquage publicitaire eut pour seul effet d’éveiller la curiosité du public qui devenait de plus en plus réceptif aux arguments des partisans du retour en régie. Les associations regroupées dans un collectif multiplient rencontres et débats et organisent dans les villages et les quartiers des votations citoyennes. A Grabels c’est la municipalité elle-même (ce sera la seule) qui organise information, débat et référendum municipal. La participation au vote dépasse les 50% et la régie recueille 95% ! Nous apportions la preuve que la question du retour en régie était devenue une question populaire dont les citoyens peuvent se saisir. Le paroxysme de cet épisode fut atteint lorsque le Président de l’Agglomération imposa en plein été à 7 mois de l’échéance électorale un vote engageant pour sept ans la collectivité dans une nouvelle DSP avec le privé. La puissance de la manifestation citoyenne (rejetée hors de l’enceinte manu militari) et l’importance de la minorité d’élus qui votèrent contre ou abstention étaient significatifs que la bataille n’était pas finie. En e­ffet, la problématique de l’eau relève d’enjeux techniques, sanitaires, économiques, mais aussi environnementaux, démocratiques et sociaux qui doivent placer le citoyen au cœur du service public.

Et cette mobilisation citoyenne se régla dans la séquence électorale municipale  de mars 2014. Dans ma Commune, notre équipe intégra dans ses engagements le mandat du retour en régie publique de l’eau qui nous avait été donné dix mois plus tôt et les électeurs nous firent largement confiance. Dans les autres communes hors Montpellier quatre équipes furent aussi élues avec un engagement clair pour la Régie : Clapiers, Jacou, Lavérune et Murviel les Montpellier. Notons que les autres équipes élues n’avaient prudemment rien dit sur le sujet. Mais l’essentiel se joua à Montpellier : La liste Front de Gauche conduite par Muriel Ressiguier s’était engagée pour un retour en régie de l’ensemble des activités l’eau et celle du dissident socialiste Philippe Saurel s’était prononcé pour la régie. Même les listes UMP et FN se prononcèrent dans ce sens. Seule la liste Moure rassemblant le PS, EELV, PRG et les élus sortants du PCF restés cramponnés à la DSP. Vous connaissez le résultat avec l’élection. Au lendemain de son élection il me fut proposé de devenir Vice-Président pour mettre en place une régie publique de l’eau potable. La proposition était claire dès le début : faire immédiatement une régie de l’eau et attendre la fin des nouvelles DSP pour y intégrer l’assainissement. Après l’avis favorable unanime tant de ma majorité municipale que des instances du PG j’acceptais et nous pouvions enfin passer de la préconisation à la réalisation.

Je tire de ces années de mobilisation jusqu’en 2014 trois leçons :

1- Ne pas se laisser impressionner par la solitude parmi l’élite politique et persévérer en fonction de ce qu’on croit juste.

2- Faire de la régie une question citoyenne et s’appuyer sur l’implication populaire en en appelant à l’intelligence collective.

3- Aller, le moment venu, au-delà de l’action associative et ne pas hésiter à investir le champ politique pour faire trancher le débat par le suffrage universel.

D’AVRIL 2014 A AVRIL 2015 : UN TRAVAIL ACHARNE POUR CRÉER LA REGIE

Une anecdote significative pour commencer : en avril 2014 un des responsables locaux d’une des composantes locales du Front de gauche (dont je suis un membre actif) écrivait sur son blog qu’il était inutile que je devienne Vice-président de l’Agglomération pour réaliser le retour vers le public de l’eau potable puisque le Président élu avait pris l’engagement de faire la régie ! Outre le fait que ce mélange de sectarisme (ne jamais prendre de responsabilités exécutives) et d’opportunisme (faire confiance dans les engagements des élus) est un mal endémique d’une partie de la gauche radicale – qu’elle doit apprendre à dépasser à l’instar de Syriza ou Podemos – je m’aperçois que sans mon action depuis un an, soutenue par la mobilisation associative et citoyenne au travers notamment du comité de suivi citoyen, la régie n’aurait pas vu le jour.

En effet plusieurs étapes durent être franchies, non sans mal. D’abord sous la pression médiatique d’élus de droite et des multinationales,  on chercha à nous faire renoncer sous toute une série de prétextes : notamment le manque de temps pour mettre en œuvre la régie et la sagesse qu’il y aurait de nous contenter dans un premier temps d’une DSP… Bref nous aurions dû appliquer le programme du candidat socialiste battu. Ensuite certains nous approchaient pour expliquer que la régie était trop difficile à mettre en place et nous conseiller de nous contenter d’une SPL (Société publique locale) – ce qui aurait atténuer fortement le caractère public et démocratique de la structure. Je ne cédai pas un pouce et dès l’été 2014 nous nous engagions dans le processus menant à la régie… ce qui n’empêcha pas quelques scribouillards de blogs poubelles d’écrire que j’avais renoncé à la Régie. Il est d’ailleurs intéressant de constater que c’est dans cette période que se met en branle contre ma personne une incroyable campagne de calomnie. J’ai pu ainsi vérifier que la mise en place de cette régie dérangeait tout un petit monde qui avait intérêt à son échec. Ils en seront pour leurs frais.

Dans cette période de mise en place le soutien citoyen fut décisif. Et pour lui permettre de s’exprimer j’ai veillé à ce que se mette en place un comité citoyen de suivi qui a accompagné tout le processus. Son travail patient d’investigation et sa vigilance a permis de mettre en lumière le caractère injustifiable des tarifs payés par les usagers pour rémunérer les multinationales de l’eau. Sans son action je ne suis pas certain que notre entreprise ait pu aboutir.

Rappelons qu’à l’automne je fus aussi fortement mobilisé par les conséquences des inondations catastrophiques qui ont frappé ma commune. J’ai essayé d’y faire face au mieux de mes possibilités comme j’en ai rendu compte sur ce blog. En tout cas cela ne m’a pas fait ralentir la programmation de la mise en place de la Régie.

Outre le recrutement d’un directeur et de son équipe projet, le dernier trimestre 2014 fut occupé par deux négociations importantes à mener : d’une part avec les services de l’Etat pour qu’ils nous autorisent légalement à passer en régie et valident l’avenant transitoire d’un an le temps de mettre en place la régie… Cet accord n’arriva qu’au tout dernier moment, début octobre. D’autre part, il a fallu justement négocier l’avenant en question avec les délégataires en place et que ces avenants se fassent aux meilleures conditions pour la collectivité pour que nous ayons le maximum de marges pour mettre en place la régie. Cela fut rondement mené et nous avons obtenu pour l’année 2015 une baisse significative de la rémunération du délégataire ; cela nous permet de financer la transition vers la régie sans qu’il en coûte un centime de plus ni à l’usager ni au contribuable.

Une fois ces questions réglées, restait un sujet de débat : le choix du statut juridique de la Régie. Sans entrer ici dans des aspects techniques apportons les précisions suivantes : comme la régie directe est interdite par la loi depuis le décret Poincaré de 1926 (sauf celles très rares qui existaient avant cette date) toutes les régies sont donc dotées de l’autonomie financière vivant uniquement de la facturation de leurs services (c’est le principe l’eau paye l’eau). La question se résume à savoir si elle est à simple autonomie financière ou si en plus elle est dotée d’une véritable personnalité morale. Un vrai débat s’est engagé sur ce choix et il tourna à l’avantage de la régie dotée de l’autonomie financière et de la personnalité morale. Ce choix avait ma préférence mais j’ai tenu à ce que cela émerge d’un vrai débat sur le fond, comme on le voit dans l’excellent échange qui a eu lieu au comité citoyen de suivi que chacun a pu suivre en ligne. Voulu comme un exercice participatif, même si la décision relève du conseil, ma démarche a été animée par  le souci de bâtir la Régie sur des valeurs communes. Il y a aussi été réaffirmé l’attachement  à  inscrire des activités dans une durée qui dépasse les échéances habituelles des contrats de concession.

Ce sont précisément deux raisons fondamentales qui plaident pour la régie personnalisée :

  1. La Régie personnalisée permet par son mode de fonctionnement de défendre pleinement la notion de service public ; responsable d’une activité industrielle et commerciale elle offre la réactivité à la continuité et la fiabilité du service rendu. Son indépendance lui permet de n’obéir qu’aux missions économiques, sociales, écologiques et démocratiques clairement spécifiées dans ses statuts notamment celles de prendre en compte la nécessaire préservation de la ressource en eau pour aujourd’hui et demain ; de garantir l’accessibilité pour tous à l’eau potable, et l’égalité de tous face à la qualité de l’eau.
  2. La régie personnalisée est plus démocratique puisque les représentants des associations d’usagers et environnementales ainsi que les représentants du personnel sont membres du Conseil d’Administration avec voix délibérative (c’est le choix que nous avons fait) aux côtés des élus issus du Conseil Métropolitain. Cela lui donne une légitimité élargie à la fois une légitimité représentative issue du suffrage universel et une légitimité participative issue de l’implication citoyenne.

Ainsi le Conseil Métropolitain du 28 avril 2015 vient d’adopter les statuts de la régie à autonomie financière et à personnalité morale de Montpellier Méditerranée Métropole, et a élu son CA, nommé don directeur. Dès mai 2015 la Régie va pouvoir agir en toute responsabilité pour assurer directement au premier janvier 2016 le service public de l’Eau pour les 337 000 habitants de son périmètre.

Les tâches qui nous restent à réaliser d’ici la fin de l’année 2015 sont nombreuses : installation officielle du CA et de son équipe ; assurer le transfert dans les meilleures conditions possibles des personnels de Veolia et faire les recrutements complémentaires, poursuivre au même rythme les investissements qui garantissent la préservation de la ressource, poursuivre les recherches engagées… Par ailleurs nous nous sommes engagés à baisser le prix de l’eau dès 2016 et cela nécessite, dans notre volonté de transparence, de construire le compte d’exploitation prévisionnel de manière solide pour que l’annonce de cette baisse du prix soit sérieuse et puisse être tenue. Bref le travail ne manque pas d’ici la fin de l’année pour que nous puissions confirmer ce que d’autres collectivités ont déjà prouvées : que le service public est à la fois plus efficace, plus écologique et plus juste. Ce sera un formidable point d’appui pour tant de causes citoyennes.

QUELQUES ENSEIGNEMENTS DE CETTE PREMIERE VICTOIRE.

  1. On mesure d’abord l’importance de la fidélité des élus à leurs engagements électoraux. C’est assez rare par les temps actuels (« mon ennemi c’est la finance » …). Il arrive parfois qu’un édile sincère se trouve confronté une fois élu à des forces considérables pour lui faire lâcher prise. Ne pas céder à la pression est donc la première condition.
  2. Notre action fut toujours collective et citoyenne. Là fut l’essentiel. Dans cette première année de mandature nous avons veillé à ce que l’implication citoyenne se poursuive comme avant 2014. C’est pourquoi j’ai tenu à mettre en place dès juin un Comité citoyen de suivi de la mise en place de la régie avec quatre composantes égales : élus, associations citoyennes, chercheurs et personnalités qualifiées, personnels. En sept mois ce comité citoyen a tenu trois séances publiques intégralement filmées et mises en ligne permettant ainsi le contrôle des citoyens. Des ateliers de travail ont aussi été organisés et des rapports publiés. Outre un débat sur les résultats de la recherche sur la ressource en eau qui fut fort intéressant, le débat le plus important eut lieu sur le statut de la Régie et la prise de position à une très large majorité pour la régie personnalisée ; ce qui a pesé lourd dans la décision finale. Nous avons ainsi à notre modeste place sur ce dossier su faire évoluer la démocratie de la délégation à l’implication.

Instruit par l’expérience de ce comité de suivi nous avons décidé d’installer à côté de la Régie un Observatoire de l’EAU, confirmant ainsi notre volonté de mettre le citoyen au cœur du service public de l’eau. Observatoire qui pourra aussi, du moins je le souhaite, préparer les esprits au retour en régie de l’assainissement, enjeu et objectif important à réaliser… J’aurai l’occasion de revenir sur ces dossiers.

Vive la Régie Publique de l’Eau !

Retour sur la mise en place de la Régie Publique de l’Eau – Montpellier

Note du 14 avril 2015

Le lundi 13 avril 2015, un  an après le vote à l’unanimité du Conseil d’Agglomération de Montpellier qui a acté le retour en régie publique de l’eau, nous avons présenté les statuts de la future régie publique de l’eau de Montpellier Méditerranée Métropole.

Afin d’assurer la mise en place de la régie publique de la Métropole de Montpellier au 1er janvier 2016, Montpellier Méditerranée Métropole délibèrera en session plénière le 28 avril prochain sur les statuts de la régie.

Comme l’a proposé le Comité citoyen de suivi de mise en oeuvre de la régie publique, et en accord avec la Conférence des Maires de la Métropole, il sera proposé au Conseil métropolitain une régie à autonomie financière et personnalité morale.

Vous pouvez également donner votre avis sur le nom de la future régie publique de l’eau, en participant à un sondage en cliquant ici.

Vous trouverez ci-dessous les articles de Midi Libre et de l’Hérault du Jour du 14 avril 2015.

Article Midi Libre du 14 avril 2015

Article Midi Libre - 14 avril 2015

 

 

 

Article Hérault du Jour du 14 avril 2015
article HDJ - 14 avril 2015

 

 

Vous trouverez ci-dessous toutes les vidéos retraçant le processus de mise en place de la régie publique de l’eau.

Conseil d’Agglomération – 7 mai 2014 partie I 

Conseil d’Agglomération de Montpellier – 7 mai 2014 – Partie II 

1ere réunion du Comité citoyen de suivi – 25 juin 2014 – Grabels 

Réunion Publique – 4 novembre 2014 

Comité citoyen de suivi de la mise en oeuvre de la régie publique de l’eau – 13 mars 2015