Comment vaincre le fascisme ? 

Le lendemain du 7 mai, lors de la journée pour la commémoration de la victoire sur le nazisme, les insoumis de Montpellier et de sa région rendront hommage à la résistance et au programme du conseil national de la résistance en se rassemblant à 15 heures dans les jardins du Peyrou où se trouve la photo de Jean Moulin. À cette occasion, je reviens ici sur la meilleure manière de combattre le fascisme.

Quelques mots pour se détourner du brouillage et de la confusion entretenus dans cet entre deux tours de l’élection présidentielle. L’armada médiatique des dominants s’est mobilisée au nom de l’antifascisme pour appeler à voter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Je laisse de côté ici les injonctions à la fois ignobles et ridicules à l’adresse de Jean-Luc Mélenchon pour qu’il se rallie à cette cohorte. Injonctions qu’il a eu raison de ne pas suivre, maintenant ainsi l’unité de ses électeurs partagés entre ceux qui se résolvent à voter Macron tout en s’opposant à sa politique et ceux qui ne parviennent pas à s’y résoudre et font le choix de l’abstention ou du vote blanc. La sinistre campagne des bien-pensants pour assimiler cette position à celle du ni-ni n’est pas parvenue à travestir la position claire et tranchée de la France insoumise : pas une voix ne doit se porter sur Marine Le Pen. Passons à la question de fond : devant un péril qui s’apparente au fascisme, comment le combattre et le vaincre ? Quelle stratégie mettre en place ?

Mais précisons d’abord brièvement la nature du Front National. Si ce n’est pas encore du fascisme assumé, on s’en approche. Historiquement e fascisme est un mouvement de mobilisation d’une partie du peuple pour à terme en finir avec la démocratie et briser le mouvement ouvrier syndical ; il s’accompagne généralement de milices plus ou moins armées et développe une xénophobie pour fixer sur l’étranger la colère populaire et la détourner du banquier. Le mouvement politique du fascisme a pris, depuis un siècle et selon les contextes historiques et nationaux, des formes variées. Sans s’attarder ici sur l’analyse de ces différentes variantes, il importe de signaler en quoi le Front National en reprend une part significative.

Avec par exemple son appel au peuple contre les élites, son discours ni droite ni gauche, l’habillage social qui implique le refus de l’universel et le racisme, ce sont autant d’invariants caractéristiques du fascisme, même si pour le moment le Front National donne le sentiment de se plier au jeu démocratique électoral et n’en est pas encore à mobiliser ouvertement des milices armées. Non seulement cela peut venir, mais on doit réfléchir au combat contre le Front National en tenant compte de sa potentialité fasciste.

Comme le prouvent toutes les expériences historiques, le mot d’ordre du simple antifascisme est nettement insuffisant et peut nourrir toutes les confusions. Jusqu’à nos jours la forme électorale prise de manière dominante pour lutter contre le Front National était le front républicain. Le front républicain consiste au fait que tous les partis de droite et de gauche qui se déclarent républicains mettent sous le boisseau leurs divergences pour s’unir lorsqu’il y a un danger que le Front National devienne majoritaire. On a vu ce front républicain à l’œuvre lors des dernières régionales en faveur des candidats de droite en PACA et en Ile-de-France. On l’avait vu aussi à l’œuvre en 2002 pour Jacques Chirac ainsi que dans différentes situations municipales, départementales ou législatives. Je me suis toujours opposé à cette stratégie qui visait à estomper toute différence entre la droite et la gauche ; il ne faut pas alors s’étonner qu’une partie de la population finisse par mettre dans le même sac la droite et la gauche, et plus encore quand, comme cela a été le cas dans les cinq dernières années, la « gauche » fait une politique de droite.

Le front républicain n’a eu au fond qu’un seul effet : renforcer la montée du Front National. On le voit à nouveau à l’œuvre dans ce second tour des élections présidentielles avec les appels à voter sans condition pour Emmanuel Macron venant de tous les bords pour faire barrage au Front National. Si on peut comprendre l’utilisation de ce bulletin de vote pour éviter le pire, on peut tout aussi bien comprendre le refus de se saisir de ce bulletin qui légitime la politique du candidat. D’autant que le candidat Macron assure clairement le maintien de sa politique ultralibérale au nom des 24 % obtenus au premier tour ; cela après s’être présenté comme le seul vote utile contre le Front National et quand bien même les enquêtes d’opinion indiquent que près de 40 % de ses électeurs du premier tour déclare ne pas partager sa politique. Ce tour de passe-passe est devenu si coutumier et grossier que la majorité des électeurs s’en aperçoit, dont une partie de ceux qui vont voter pour lui au second tour. Quel que soit le résultat, la stratégie du front républicain a fait faillite dans sa lutte contre le Front National.

Certes le ralliement de la gauche au front républicain contribue à la confusion. Mais pour aller plus loin dans l’analyse il faut prendre en compte qu ce qui nourrit surtout la montée de l’extrême droite c’est le soutien par une partie de la gauche des politiques néolibérales. Politiques qui nourrissent le chômage et la misère d’une grande partie de la population. Cette assemblage du front républicain et du soutien aux politiques d’austérité a déjà dans l’histoire été expérimenté plusieurs reprises, avec chaque fois les mêmes effets catastrophiques. Ce fut ainsi le cas entre 1929 et 1933 en Allemagne dans la république de Weimar. Le parti socialiste allemand, le SPD, a eu cette même stratégie. Lors de l’élection présidentielle le candidat socialiste s’était rallié au vieux maréchal réactionnaire Hindenburg pour faire barrage à l’arrivée d’Hitler puis a régulièrement apporté son soutien aux différents gouvernements de centre-droit, notamment celui de Brüning dont la politique d’austérité a profondément aggravé les conséquences sociales catastrophiques de la crise économique de l’époque. Il faut ajouter à ce tableau le rôle joué par le parti communiste allemand (le KPD) qui, suivant les consignes de Moscou, considérait que le parti socialiste plus dangereux qu’Hitler ! Aux élections de novembre 1932, le parti nazi avait 33 % des voix et le parti socialiste et le parti communiste près de 40 %. Mais le vieux maréchal préféra nommer un gouvernement de transition avant de nommer Hitler chanchellier fin janvier 1933 Hitler au pouvoir. On connaît la suite. Des attitudes similaires de la social-démocratie dans d’autres contextes historiques ont abouti au même résultat. En désespérant la population laborieuse par des politiques néolibérales qui ne profitent qu’aux plus riches, on les jette nécessairement dans les bras du fascisme si aucune alternative n’est proposée à gauche.

On trouve aussi une autre justification ou front républicain antifasciste. Il faudrait se résoudre à ne rien changer à l’ordre existant et de se concentrer dans l’immédiat sur l’urgence que constitue la lutte contre le fascisme. On retrouve cette attitude en France et en Espagne entre 1934 et 1938. Après les émeutes fascistes et antiparlementaires du 6 février 1934, les manifestants du 12 février ont imposé aux deux cortèges séparés du parti socialiste SFIO et du parti communiste de fusionner en une vaste marée humaine, ce qui a été la première marche d’une mobilisation populaire qui débouchera sur la victoire électorale du Front populaire et la grève générale de juin 1936. Or devant cette mobilisation les dirigeants du parti socialiste et surtout du parti communiste français, suivant une recommandation du Komintern, développer une stratégie du rassemblement de tous les Français contre le fascisme, mettant au second rang les attentes de transformation sociale que la mise en place des 40 heures des congés payés avait profondément nourrie dans le peuple. Cette stratégie de l’union nationale ne pouvait conduire qu’à l’échec. En Espagne alors que l’armée de Franco lança son insurrection les dirigeants des partis du centre-gauche, du parti communiste espagnol et de l’aile droite du PSOE faire tomber le gouvernement de largo caballero, représentant l’aile gauche du parti socialiste, lui reprochant d’engager des réformes sociales profondes avant de s’être assuré de la victoire militaire sur le fascisme. Ils n’hésitèrent pas à utiliser la violence pour réduire au silence ce qui n’acceptait pas ce front républicain son contenu social. Le peuple espagnol ne voyant pas ainsi sa condition se modifier, la majorité paysanne voyant refuser le partage des terres, les ouvriers des villes voyant que leur salaire augmentait pas, il est normal que la population fut moins facile à mobiliser dans la guerre contre Franco ; d’autant qu’en même temps le gouvernement de Léon Blum décidait la non-intervention alors que Hitler et Mussolini apporté un soutien sans faille à l’armée de Franco.

Ces expériences des années 30 on nourrit de nombreuses discussions à l’époque est particulièrement dans les rangs de la résistance pendant la seconde guerre mondiale. C’est pour cela que la déclaration de mars 1944 du conseil national de la résistance–« les jours heureux » contient avec la plus grande clarté à la fois la nécessité de l’unité dans une implacable contre l’occupant nazi et en même temps avant sa perspective d’une vaste transformation sociale. Ainsi le ressort de la résistance n’est pas seulement l’antifascisme mais en même temps l’aspiration à un monde nouveau libre, juste, plus égale, plus fraternel.

Aujourd’hui il y a aussi dans le vote pour Marine Le Pen le vote sombre du désespoir. Le front républicain qui dissout les différences entre la droite et la gauche et la poursuite des politiques néolibérales qui accroissent inégalités et chômage nourrissent la montée du fascisme. De cette analyse (volontairement sommaire à cette étape) se déduit la définition d’une autre stratégie.

Contre le Front National, les discours mielleux débordant de bons sentiments moralisateurs, prononcés à foison par des intellectuels aux journalistes entourés par les grands patrons du CAC 40, ont autant d’effets sur les électeurs que de l’eau sur la plume d’un canard. Ils sont totalement contre-productifs car ils nourrissent la haine contre le système. La seule stratégie efficace contre le Front National consiste à développer dans les classes populaires une politique de rupture avec l’ordre économique dominant néolibéral. Rompre avec le compromis social libéral et le ventre mou qui rassemble la droite républicaine et le parti socialiste est une condition préalable à toute action politique crédible dans la majorité de la population. Et doit alors se déployer un véritable programme de réduction des inégalités, de relance de l’activité créatrice d’emplois, de solidarité avec tous, de transition écologique assumée par la planification écologique, de retour à une véritable démocratie qui redonne la parole au peuple. C’est le choix fait par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. Au début en février 2016, ceux de mes amis encore pris dans les habitudes des structures politiques du passé n’y ont pas cru et ont exprimé leurs doutes. Mais quasiment tous ont depuis reconnu que c’est grâce à cette posture de rupture et à cette stratégie de transition systémique que le discours de Jean-Luc Mélenchon, favorisée par son talent exceptionnel, a pu faire naître une nouvelle espérance populaire. Ainsi au vote sombre du désespoir s’est en partie substitué un vote d’espoir, qui a su entraîner la majorité de la jeunesse comme de nombreux quartiers populaires. Cette candidature et ce programme je l’ai porté dans les couches populaires et dans la jeunesse, à commencer dans ma propre commune. Grâce à ce travail entre 2012 et 2017 le vote pour Marine Le Pen est passé de 22 % à 17 % et celui pour Jean-Luc Mélenchon de de 15 % à 27 %. Reconquérir les esprits et les cœurs pour faire des citoyens non seulement des électeurs mais aussi des acteurs majeurs du changement est une tâche enthousiasmante.

Pour combattre et vaincre le fascisme, il faut rompre avec l’ordre néolibéral et mobiliser le peuple pour qu’il se rassemble autour d’un projet de transformation sociale. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, qui ont vu se rassembler sur le nom de Jean-Luc Mélenchon plus de 7 millions d’électeurs dont 95 % selon les enquêtes d’opinion déclarent partager son programme, constituent un socle solide pour les étapes suivantes, à commencer par les élections législatives du 11 et du 18 juin où il nous faut partir conquérant avec notre programme l’avenir en commun. Les beaux matins arrivent plus vite que prévu.

René Revol

Lettre ouverte aux maires et conseillers municipaux

Chers collègues,

Je fais partie des 850 parrainages qui ont permis à Jean-Jean Luc Mélenchon d’être candidat à l’Election Présidentielle. Je l’ai fait non seulement par souci démocratique pour permettre son expression politique mais aussi et surtout parce que je partage les solutions qu’il avance pour notre pays. Et tout particulièrement en tant que maire soucieux de l’avenir de nos collectivités.

Je m’adresse franchement à chacun d’entre vous, conscient qu’à une semaine du premier tour, je me dois et je vous invite à le faire, de prendre mes responsabilités devant mes concitoyens.

Quatre candidats sont aujourd’hui susceptibles d’être qualifiés pour le second tour. Tout citoyen attaché à la république et à la paix civile se doit de rejeter la candidature de Madame Le Pen dont le programme se fonde sur la division et la haine des Français entre eux. Quant à Messieurs Fillon et Macron, leurs propositions nous promettent un avenir très sombre  pour nos collectivités. Non seulement ils ne remettent pas en cause la réforme territoriale du quinquennat et les profondes atteintes à la libre administration des communes, mais leurs plans de réduction massive pour les cinq ans à venir du nombre de fonctionnaires (150 000 pour Macron, 500 000 pour Fillon) concernent au premier chef selon leurs propres dires les collectivités locales. Cela conduirait à un affaissement des services publics municipaux, à des mesures drastiques, voire à des fermetures ou des privatisations – par exemple pour les crèches municipales ou les services périscolaires. Quel sort serait alors réservé aux polices municipales ou aux centres communaux d’action sociale (dont un rapport officiel soulignait le soi-disant double emploi avec d’autres services sociaux) ? Les moyens de contrainte, clairement annoncés, relèvent de mesures d’asphyxie de nos finances communales. Serait ainsi accentuée la sévère diminution de la dotation globale de fonctionnement mise en oeuvre sous le mandat de Monsieur Sarkozy avec l’aide de Monsieur Fillon puis sous le mandat de Monsieur Hollande avec l’aide de Monsieur Macron. Ce serait pour l’ancien premier ministre une réduction de 7 ½ milliards sur cinq ans, et pour l’ancien ministre de l’économie de 10 milliards.

Confrontées aux difficultés présentes de boucler le budget de l’année 2017, nos municipalités seraient avec de telles réductions proprement asphyxiées. Pour sa part Monsieur Macron ajoute à cela sa proposition de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers fiscaux en nous annonçant une compensation financière par l’État. Si par expérience nous savons que ces promesses de compensations de l’État se réduisent comme peau de chagrin, nous savons aussi que l’objectif poursuivi dans cette affaire est de nous dessaisir du levier fiscal. Pour un gouvernement courageux ces deux impôts injustes que sont la taxe d’habitation et la taxe foncière appelleraient une profonde réforme pour les indexer sur le revenu et la richesse, mais ne devraient en aucun cas être instrumentalisées contre les collectivités locales.

En tant que Maire, notre responsabilité est aujourd’hui engagée pour barrer la route à la mise en oeuvre de politiques qui mettraient à mal l’intérêt de nos communes.

Vous pouvez, sans avoir à partager tout le programme porté par Jean-Luc Mélenchon dans l’Avenir en Commun, prendre acte des propositions utiles qu’il avance pour nos collectivités.

Dans le cadre de la refondation républicaine, à travers l’élaboration d’une nouvelle constitution, il propose de rétablir pleinement la libre administration des communes qui, depuis la révolution française, est l’un des principes fondateurs de la République. Seraient dans ce cadre remis en cause les funestes réformes territoriales de ces dernières années de concentration dans les métropoles et les grandes régions des moyens et des pouvoirs, de l’éloignement des citoyens des centres de décision. La remise à plat de la réforme territoriale est une urgence et un chantier qui nous incombe au premier chef.

Jean-Luc Mélenchon propose par ailleurs de rétablir les dotations de l’État aux communes au niveau où elles se trouvaient avant les deux derniers quinquennats. Son programme inclut aussi un plan d’investissement massif de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour la transition écologique et l’investissement public ; nos communes sont en attente de tels investissements publics. Il propose, outre la suppression de la très mauvaise réforme des rythmes scolaires, que l’État finance les communes pour leur permettre de garantir la gratuité des cantines scolaires. Pour ma propre commune de 7500 habitants, accueillant plus de 700 enfants dans ses écoles maternelles et élémentaires, j’ai fait un calcul de ce que coûterait une telle mesure : cette dépense serait inférieure à la baisse de la dotation qu’on nous a imposé depuis cinq ans, le rétablissement de l’ancien niveau de la DGF le permettrait.

Chers collègues, une élection présidentielle n’est pas un concours de beauté pour choisir le gendre idéal. C’est un choix collectif qui engage l’avenir. En soutenant Jean-Luc Mélenchon faisons ensemble le choix de l’optimisme.

René Revol

Coup de force contre les transports en commun

Il est surprenant que peu de personne l’ait remarqué. En épluchant de près le programme du candidat de la droite, François Fillon, j’ai trouvé l’extrait suivant du point 4 :

« Supprimer les multiples taxes qui pèsent sur la masse salariale (cotisations FNAL, versement transport, taxes CNSA, taxe sur les véhicules de tourisme, contribution apprentissage). ».

Le diable se niche dans les détails. Ainsi dans cette parenthèse, au milieu d’une page, François Fillon propose la suppression du « versement transport ». Or il ne s’agit pas d’un détail. En effet, dans la quasi-totalité des grandes villes les employeurs de plus de 11 salariés participent au financement des transports en commun par un versement proportionnel à leur masse salariale. En effet, si les salariés devaient payer au prix coûtant leur transport en commun, beaucoup ne pourraient pas se rendre à leur travail, si ce n’est en voiture (et si ils en ont une), entraînant par la même la paralysie de la circulation et l’asphyxie des villes. Le versement transport est loin d’être négligeable, les 7,5 milliards d’€ de ressource nationalement peuvent représenter entre 40 et 60% du financement des transports en commun. Sa suppression entraînerait la faillite de plusieurs réseaux urbains de transport et une forte réduction de l’offre de transport collectif ; un déficit croissant des collectivités locales qui sont les autorités organisatrices du transport ; et une augmentation gigantesque des titres de transport pour tous les usagers. Si cette mesure passait, nous assisterions à un recul social et environnemental. Un recul social car l’augmentation des tarifs entraînerait une perte de pouvoir d’achat pour tous les citoyens et de multiples plans de licenciements ; un recul environnemental car le développement des transports en commun au détriment de la circulation automobile est un moyen essentiel de la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution. Une bonne part du Versement transport est consacrée à l’investissement, ce qui a permis aux grandes villes françaises de relancer les trams notamment. Sans versement transport comment financer la future ligne 5 du tram ?

Il est à noter qu’une partie du patronat a historiquement défendu l’idée de ce versement transport au nom de leur intérêt bien compris en permettant à leurs salariés de se rendre au travail. Ce temps est derrière nous quand on voit les barons du MEDEF réclamer depuis plusieurs années la suppression de ce versement transport.

D’ailleurs, en épluchant la litanie des rapports pondus par les experts libéraux de ces dernières années on trouve toujours cette proposition, par exemple dans le rapport Attali co-rédigé par un certain Emmanuel Macron !

François Fillon affirme qu’il compensera cette baisse de recettes par une hausse de deux points de la TVA. Cela ne règle rien bien au contraire, pour deux raisons. D’une part, la TVA est l’impôt le plus injuste car il est proportionnellement plus élevé pour les revenus les plus pauvres ; son augmentation de deux points est une agression directe de leur pouvoir d’achat. Cela répond très bien par contre à la volonté de tous les libéraux, qui, sous des formes différentes, de Fillon à Macron, proposent de transférer vers les ménages une partie des prélèvements sur les entreprises. D’autre part, la TVA qui n’est pas une ressource dédiée contribue au budget général de l’Etat qui est libre de l’utiliser comme il le veut. Alors que le versement transport est une ressource dédiée, obligatoirement versée au budget des transports. Il ne s’agit donc nullement d’une question mineure. Je reviendrai dans une autre note sur les conséquences tout aussi catastrophiques d’autres suppressions de taxes.

J’en appelle à tous les usagers des transports en commun, à leurs associations, aux élus attachés aux services publics de transport : mobilisons-nous pour le maintien du versement transport et du financement collectif des transports en commun. En agissant nous enrichirons le programme de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon, notamment dans son point 47 (page 77) :

« Défendre et reconstruire le maillage de transports en commun et de services publics sur tous le territoire ».

Sur chacun de nos territoires, nous ne manquons pas de propositions concrètes pour décliner une telle exigence.

René Revol

L’ordre et le mouvement

 

Le parti de l’ordre a trouvé son homme : François Fillon incarne désormais en France les trois piliers du nouvel ordre du monde que les puissants souhaitent nous imposer.

Un pilier économique et social.

Sans surprise ce candidat défend la thérapie de choc néolibérale. Il désigne les fonctionnaires comme l’ennemi ; la haine du fonctionnaire a toujours été un ciment d’une certaine droite et ce n’est pas par hasard qu’il remet en cause les 35 heures des fonctionnaires pour exiger qu’ils travaillent plus en gagnant moins ; il se garde cependant de désigner les fonctionnaires par leur fonction : infirmier, enseignant, policier… Il ordonne son programme sur la baisse de la demande publique tout en soutenant la demande privée des plus riches et des entreprises avec la suppression de l’ISF et la diminution drastique des cotisations sociales patronales que devront financer les consommateurs. La hausse de la TVA serait le transfert de charge le plus important jamais réalisé en France des entreprises vers les ménages. Un tel programme amplifie ce qui a été initié par Hollande et Valls – Macron. Or, comme le prouvent toutes les expériences passées et contemporaines, la demande privée des plus riches ne compensera pas la baisse de la demande publique et l’appauvrissement de la majorité de la population. Si ce programme se met en place nous assisterons à un accroissement gigantesque des inégalités et du chômage.

Mais le programme de Fillon ne se contente pas d’un simple transfert financier des ménages vers les entreprises et les plus riches ; il cherche aussi à démanteler les structures mêmes de l’ordre public social qui fonde nos relations sociales depuis 70 ans. Il se propose d’une part d’élargir la brèche ouverte par la loi travail de l’inversion de la hiérarchie des normes pour faire primer l’accord d’entreprise dans tous les domaines et pas seulement dans celui du temps de travail comme le prévoit la loi travail ; il remet d’autre part profondément en cause l’universalité de la sécurité sociale et de sa branche maladie en programmant le déremboursement des petits risques et en ouvrant la santé aux prédateurs des assurances privées (comme le disait mon médecin il n’y a pas de petits risques car ce sont les petits risques qui génèrent les gros risques). Le programme économique et social de Fillon est d’une grande clarté et synthétise le programme libéral dominant.

Un pilier sécuritaire.

Là aussi il désigne un ennemi en mesure de fédérer la droite : la fonction principale de son affichage catholique est de mettre en cause l’islam. Ses propositions sécuritaires reprennent la tradition de la présidence Sarkozy afin là encore d’élargir les brèches ouvertes par le gouvernement Valls. Mais ce qui me paraît le plus significatif c’est sa volonté de renforcer le caractère autoritaire du régime politique de la Ve République. Il se réclame avec gourmandise des méthodes pratiquées par le général De Gaulle dans les années 60 qui jouait du plébiscite pour agir par ordonnances en lieu et place de la loi. Cet autoritarisme austère, qui va aggraver de manière considérable le déficit démocratique des institutions, se situe totalement à contre-courant de la demande citoyenne. Impossible donc de combattre François Fillon sans assumer clairement la perspective d’une 6iéme   République.

Un troisième pilier moral.

Celui de l’ordre moral qui permet de discipliner les corps et les cœurs. Cet appel à l’ordre moral, qui stigmatise tant la diversité culturelle que les préférences sexuelles au nom de prétendus valeurs françaises de la famille, a été un puissant facteur de mobilisation du peuple de droite. À ce propos une anecdote : un ami nîmois se situant à gauche croyait pouvoir faire barrage à Fillon en allant voter pour Juppé et voilà ce qu’il décrit : « je me retrouve dimanche matin dans la file d’attente avant le vote et comme l’attente est longue je commence à observer les présents et je suis frappé par la cohérence des tenues vestimentaires : jupes plissées à carreaux en dessous du genou, socquettes blanches, serre-tête en velours, sac Hermès, Loden austère pour les hommes… bref la tenue des bourgeois conservateurs et catholiques qui sont venus ici en masse avec souvent une famille nombreuse. Mon malaise grandit avec les minutes qui passent et finalement je sens bien ici je ne suis pas chez moi, que je ne suis pas avec la population que je côtoie quotidiennement, et finalement je renonce à voter je m’en vais. »

Fillon est donc le candidat du parti de l’ordre : l’ordre libéral, sécuritaire et moral. Au XIXe siècle face au parti de l’ordre il a fallu construire le parti du mouvement, notre tâche est aujourd’hui de construire ce parti du mouvement qui puisse constituer une alternative cohérente aux trois piliers du parti de l’ordre. Mon ami nîmois a compris, quasi physiquement, que la résistance par le choix du moindre mal était vouée à l’échec. Le choix de Macron, Hollande et autres Valls ne constitue en aucun cas des moyens de résistances efficaces, ne serait-ce que parce qu’ils ont incarné à un moment ou un autre le programme du parti de l’ordre. Désormais, après cette démonstration de force du parti de l’ordre à quatre mois et demi de l’élection présidentielle, il ne sert à rien d’attendre que les candidats socialistes en aient fini avec leurs palinodies. Notre société dispose des forces, des énergies, des idées et des expériences qui constituent le socle du parti du mouvement. Dans le travail d’élaboration du programme de la France insoumise nous avons été des dizaines de milliers à mettre la main à la pâte. Nous disposons d’une base solide qu’il nous faut élargir et projeter dans toutes les dimensions de la vie sociale, qui peut s’incarner certes avec notre candidat Jean-Luc Mélenchon et la construction de 577 candidatures aux législatives, mais aussi dans d’innombrables initiatives citoyennes dans nos quartiers, dans nos villages, dans les entreprises ou nos écoles.

Ce parti du mouvement nous avons pu commencer à le faire exister sur la toile, dans les réseaux sociaux ou à travers des vidéos, grâce à ces outils, nous arrivons à marquer les esprits. Il s’agit désormais d’aller physiquement au contact des populations et de créer cette confiance que donne le face-à-face. Puis viendra le moment où nous briserons la chape de plomb médiatique et où la parole de Jean-Luc Mélenchon permettra d’éveiller le grand nombre. Le parti du mouvement qui s’institue progressivement sous nos yeux doit fonctionner tel un mouvement social, non par simple délégation comme dans un parti traditionnel. Le parti du mouvement est porteur d’un nouvel ordre contradictoire à celui du parti de l’ordre : un ordre social, écologique et égalitaire garantissant d’une part l’application de la règle verte et d’autre part le travail et la protection sociale pour tous, un ordre politique démocratique où une 6ième République garantissant la citoyenneté pour tous et assure la sécurité publique, un ordre humaniste garant de la liberté de choix de vie et du développement libre de sa personne pour chacun. C’est sur un tel programme que se mobilisent la jeunesse et une grande partie de la population laborieuse dans de nombreux pays. La responsabilité qui nous revient en France, pour triompher du parti de l’ordre, est de faire vivre le parti du mouvement.

René Revol

Le 21 puis le 23 et enfin le 25 mai !

 Note du 19  mai 2014

Dans la semaine qui s’annonce nous avons trois rendez vous majeur :

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Mercredi 21 mai :
avec le grand meeting régional du Front de gauche pour les élections européennes avec la participation de Jean-Luc MELENCHON. Donc Tous au Zénith mercredi 21 mai à 20h !

 

Vendredi 23 mai : je vous appelle à participer à la grande manifestation d’élus et de citoyens contre la réforme territoriale de Hollande Valls qui se déroulera devant la Préfecture de l’Hérault à 17h à Montpellier.
(rendez-vous au Peyrou à 17h où nous aurons notre banderole)

Et enfin dimanche 25 mai pour les élections européennes à un seul tour ; le score du Front de gauche doit être le plus élevé possible pour ouvrir l’alternative à gauche face à la déroute annoncée du PS.
Comme j’ai participé à plusieurs réunions publiques, à des diffusions de tracts et à des rencontres avec des citoyens, je voudrai aborder quelques points abordés et discutés.

D’abord un sujet qui commence à percer et dont les gens commencent à s’approprier, celui du marché transatlantique et de ses conséquences. Le travail d’explicitation avance bien. Dans ma bonne commune de Grabels le comité local du PG a organisé une réunion publique sur ce thème avec une bonne soixantaine de présents, animée par Muriel RESSIGUIER candidate sur la liste européenne du grand sud ouest conduite par Jean-Luc MELENCHON. Je vous invite à largement communiquer dans vos réseaux le remarquable document élaboré sur ce sujet par Raoul Marc JENNAR qui se dépense sans compter pour faire son travail d’éveil des consciences. Je suis fier d’être membre du même parti que cet intellectuel engagé précis et rigoureux. Vous trouverez son argumentation ici. Je ne reviens pas donc sur ce thème désormais bien connu. J’ai par ailleurs constaté dans mes rencontres avec la population qu’un autre sujet, connu de la population, provoquait de vives réactions : la question des travailleurs étrangers détachés. Si on les rencontre de plus en plus sur nos chantiers, c’est comme vous le savez parce qu’ils coutent bien moins chers, car assujettis aux charges sociales du pays d’origine. Des officines (souvent basées juridiquement à Chypre) recrutent et placent des salariés dans toute l’Europe, réalisant au passage de belles marges bénéficiaires. Cette « traite » a un double avantage pour les capitalistes : d’une part faire baisser le coût du travail par la mise en concurrence et le nivellement par le bas du niveau de salaire ; d’autre part de diviser les salariés des différents pays, quitte à nourrir la xénophobie. Ce sujet scandalise de plus en plus nos concitoyens.

Je veux à présent souligner quel est l’axe stratégique de la campagne du Front de Gauche : pour une désobéissance civique à grande échelle. La gauche a eu pour thème  il ya dix ans de mener campagne pour changer l’Europe pour la rendre plus sociale, plus démocratique et plus écologique… Ce discours n’a plus aucune crédibilité tant il apparaît qu’il n’y a chez ceux, sociaux démocrates ou libéraux conservateurs, en responsabilité à la Commission ou au Parlement, non seulement pas l’ombre d’une évolution quant à leur politique, mais une dérive austéritaire sans borne. Qui peut croire les mêmes quand ils promettent qu’en votant pour eux l’Europe deviendra plus sociale ? Il ya dans la population une profonde défiance vis-à-vis du discours « réformiste » européen. C’est pourquoi le Front de Gauche mène campagne non pour « changer l’Europe » mais pour ROMPRE avec la construction européenne en place, afin d’ouvrir la voie à une autre construction, de solidarité entre les peuples européens. Comment mettre en place la stratégie de cette rupture ? En prônant la désobéissance nationale avec les directives européennes ; en traçant la perspective que la France puisse désobéir et ouvrir ainsi la voie aux autres peuples. Aujourd’hui le pacte de responsabilité et le plan de 50 milliards d’économies découlent directement de l’exigence de la Commission que la France retourne aux 3% de déficit d’ici 2017. Or cette exigence de la Commission procède directement du traité Merkel/Sarkozy.  Hollande, qui ne l’a pas renégocié comme il l’avait promis, l’applique avec le plus grand zèle. Ce plan de destruction des acquis sociaux, pour de gros cadeaux financiers au patronat sur le dos des retraités et des minima sociaux, provoque l’hostilité populaire et la mobilisation sociale. Les élections européennes, qui s’inscrivent désormais dans le contexte de cette mobilisation sociale,  ouvre la possibilité d’une issue politique : que la France refuse le diktat de la Commission et désobéisse au traité. Cette stratégie de rupture est proposée dans de très nombreux pays européens aux électeurs. Le résultat des européennes sera en France un élément important de la construction d’un rapport de force contre le plan d’austérité. Battons campagne au nom d’une désobéissance civique de masse ! N’oublions pas que l’UE n’est régie que par des traités entre ses Etats membres et qu’elle n’est soumise  à aucun « Etat européen ». Ne s’y applique donc pas la contrainte d’un État qui disposerait du « monopole de la violence légitime » (pour reprendre la définition de l’État de Max Weber). La discipline européenne réside dans la soumission volontaire de chaque État membre. Un pays peut donc décider de rompre partiellement ou totalement cette discipline et ouvrir ainsi une perspective aux autres peuples. La tension à laquelle la politique austéritaire et les institutions européennes soumettent les peuples d’Europe mènent à un point de rupture inévitable, sans qu’on sache aujourd’hui où quand et comment cela se produira. Notre responsabilité est de renforcer la construction d’une alternative pour qu’elle assume ses responsabilités dans cette crise inévitable.

J’aurai l’occasion de revenir dans une prochaine note sur le combat contre la réforme territoriale ce qui n’est pas sans rapport avec les enjeux européens :

En attendant rendez-vous le 21, le 23 et le 25 mai !

René REVOL

Où va la France ? La dérive des continents sociaux s’accélère.

Note du 24 avril 2013

Un mot d’abord avant de développer les sujets principaux de cette note : un adolescent de 16 ans et ses potes que je connais un peu me disent être tombés sur ce blog et de certes avoir vite survolé les textes (qui manifestement ne les ont pas passionnés !!) mais par contre d’avoir été scotché par les aphorismes de René Char que je mets en exergue. Je suis heureux que ces jeunes aient pu rentrer dans ce blog par cette porte. N’hésitez pas à faire comme eux en cliquant sur l’onglet « aphorismes ». Je leur dédie l’aphorisme que j’ai choisi pour ce jour ; il leur va à merveille.   

Dans cette note je m’essaye à une appréciation générale de l’évolution économique et sociale de notre pays et de sa politique, mais aussi et surtout une analyse du début de la crise du régime politique actuel, de l’évolution des rapports de force sociaux, de la radicalisation à gauche comme à droite et de son mécanisme interne, de l’importance de cette appréciation théorique dans la définition de notre stratégie et de notre expression au PG et je dis aussi un mot sur les « outrances » et ce qu’il faut en penser. Et comme cette note est un peu longue je commence par vous faire un petit cadeau.   

Photo 001

Ci-dessus il s’agit de la bannière que les paysans vignerons de mon village Grabels ont brandi dans les grandes manifestations de de la révolte viticole de 1907. Le texte est en occitan et signifie :

« Vous arrosez d’eau le pays 
Vous arrosez d’or vos amis
Nous vous balaierons tous,
Fraudeurs, arroseurs et arrosés. »

Cette affiche a été retrouvée en 2010 (ainsi que celle de 1963 reprennat le même texte mais traduit en Français lors d’une autre grande manifestation viticole), elle a été restaurée par un artiste local et est désormais exposée dans la salle du Conseil Municipal. Et lors d’un récent mariage lorsque les invités m’ont demandé de leur traduire le texte un moment magique s’est produit : ils ont tous applaudi ! Comme quoi la perspective d’un grand « coup de balai » est toujours d’actualité et correspond aux attentes populaires. En 1907 les négociants avides de profit coupaient le vin avec l’eau pour s’enrichir et appauvrir les vignerons ; en 2013 ils fraudent le fisc. Ces braves gens dans ce mariage n’ont pas eu besoin de discours pour faire le lien.
Et je vous fais un deuxième cadeau, si vous allez lire la nouvelle constitution équatorienne qui prône la révolution citoyenne, vous trouverez la formule suivante en quechua, qui est d’actualité :

« AMA QUILLA, AMA LLULLA, AMA SHUA »
« No ser ocioso, no mentir, no robar »
« Ne pas être désœuvré, ne pas mentir, ne pas voler »

J’utilise  l’expression dans mon titre de « dérive des continents » tirée de la tectonique des plaques parce qu’elle me paraît adaptée à ce qui est entrain de se passer dans notre société, étant entendu que la dérive des continents physique est à un bout à l’échelle de la lenteur et que la dérive des continents sociaux peut s’accélérer vivement.  Une société est un complexe aggloméré et sédimenté, fait de groupes sociaux aux intérêts divergents et contradictoires, structuré par des institutions politiques et sociales qui encadrent des rapports sociaux en mouvement, mais une société c’est aussi des représentations collectives du monde et de l’homme qui font les consciences individuelles. Cet ensemble d’objectivité et de subjectivité, qui interagissent les unes sur les autres, évolue parfois lentement et parfois s’accélère. De plus les niveaux différents du complexe social n’évoluent pas au même rythme provoquant d’incessants décalages ; et dans la différence des rythmes ce sont souvent les représentations subjectives, les croyances et les sentiments comme les systèmes d’idées,  qui évoluent le plus lentement, ce qui débouche souvent sur la stupeur que provoque le choc de la réalité brutale sur une conscience qui découvre soudainement la réalité. Or justement j’ai le sentiment si ce n’est la certitude que nous assistons en ce moment à une accélération de l’évolution du complexe social global. Plusieurs phénomènes se superposent en même temps. La situation économique et sociale où la récession mortifère du Sud européen commence à faire effet dans notre pays, la remise ne cause de la base même de l’autorité politique que manifeste la perte phénoménale de confiance  exprimée dans l’extraordinaire affaire Cahuzac, tout cela débouchant sur une polarisation politique grandissante traversant tout le corps social comme en témoigne d’un côté la détermination et la colère dans les luttes ouvrières et de l’autre la radicalisation à droite contre le mariage pour tous. Prenons rapidement chacun de ces points.

La situation économique : Arrive la catastrophe annoncée.

Pour traiter ce point je vous reproduis ci après un extrait de la réponse que j’ai apporté à un groupe d’anciens étudiants qui m’interrogeaient fin février. En cette fin d’avril on peut en garder tous les termes.

« J’enrage ! » est l’expression utilisée par John Maynard KEYNES dans une lettre de 1931 à son collègue Robertson. Ce qui le mettait en fureur c’était la politique suivie par les grandes puissances de l’époque face à la crise économique qui frappait les économies capitalistes depuis le déclenchement de la grande dépression en octobre 1929. Aux Etats-Unis le président Hoover prônait l’austérité budgétaire ajoutant de la crise à la crise et il faudra attendre 1932 pour que la donne change avec l’arrivée de Rooseveltqui après avoir poursuivi quelques mois la même politique comprit vite qu’il fallait changer radicalement d’orientation ; en Angleterre on baigne encore dans le conservatisme financier dont Baldwin fut le héros comme premier ministre (avec son chancelier de l’échiquier un certain Winston Churchill dont la politique d’austérité des années 20 fut une des causes majeures de la misère ouvrière anglaise des années suivantes – cela est trop souvent oublié quand on fait l’éloge de ce personnage) en espérant qu’un taux de change fort de la livre sterling et des taux d’intérêt élevés valorisent le capital, ce qui a bien sûr produit un accroissement du déclin industriel britannique (avant qu’au cours de l’année 1931 le nouveau premier ministre Ramsey Mac Donald ne se résolve à une salutaire dévaluation) ; en France on vit encore sous la doctrine monétariste que Poincaré avait imposé en 1926 et on croit pouvoir échapper à l’effet de la crise mondiale; enfin en Allemagne le Président de la République de Weimar le vieux  Hindenburg appelle au pouvoir des politiciens de centre droit qui imposent une cure d’austérité budgétaire drastique aggravant la récession et faisant ainsi le lit de Hitler, qu’ils n’hésiteront pas à mettre légalement au pouvoir en janvier 1933 (bien que les nazis n’aient que 31% des voix aux dernières élections). Donc en 1931 Keynes voit bien les conséquences dramatiques des politiques d’austérité pratiquées simultanément dans tous les pays en même temps ne pouvant provoquer que la chute de la demande interne (investissement et consommation) et externe (exportations) ; il voit bien que la première conséquence de cette politique c’est l’aggravation de la misère et du chômage répandant le désespoir dans les populations ; et il voit aussi  que la conséquence suivante sera la ruine des démocraties libérales occidentales (qu’il avait d’ailleurs anticipé dans un texte prémonitoire en 1919aprés avoir claqué la porte des négociations du traité de Versailles dont il était un des experts britanniques). Bref vous l’avez compris. En ce moment je ne vous parle pas des années 30 mais bien de ce qui se passe aujourd’hu, en tenant compte des différences de situationi. Car on est de plus en plus nombreux à enrager contre la politique actuelle des dirigeants européens. Les résultats économiques de l’année 2012 sont exactement ce que nous avions prévu : une catastrophe pour la zone Euro qui voit son PIB baisser au 4ème trimestre ( de – 0.6% ce qui amplifie ce qui avait été constaté déjà au 3ème trimestre où la zone Euro avait été officiellement déclaré en récession). Non seulement parce que les petits « pays du sud » continuent de s’effondrer : Grèce (dont le processus de sous développement est d’une rapidité et d’une violence inouie), Chypre, Portugal, suivis maintenant par les « gros » du Sud (recul massif de l’Espagne et plus modéré de l’Italie) mais maintenant la récession a atteint des pays du Nord et non des moindres : l’Allemagne vient d’avoir un recul de -0.6% au 4ème trimestre soit une moyenne annuelle de 0.7% (après une année 2011 à 3% …et souvenez vous des commentaires de l’époque !). Et la France qui suit sous Hollande la même orientation économique générale que sous Sarkozy est entraînée dans cette spirale récessive : le gouvernement Ayrault avait construit son budget 2013 sur une hypothèse de croissance de 1.3% puis au vu des premiers résultats macroéconomiques l’avaient modifié en novembre en se basant sur une hypothèse de 0.8% ; le budget a été adopté sur cette base et Ayrault vient de reconnaître qu’il n’en sera rien et que la croissance sera au mieux de 0,1% ! [ En cette fin avril cette hypothèse n’est plus reprise par aucun expert car ils tablent tous sur une croissance négative en 2013] Et bien sûr le déficit limité à 3% ne sera pas respecté puisque la chute de la croissance entraîne inexorablement la chute des recettes fiscales. Et que croyez vous qu’ils concluent après six mois d’erreur et de myopie ? Et bien on ne change rien et on nous annonce encore des hausses d’impôt et des  économies dans les dépenses publiques qui auront le même effet que les économies précédentes : elles feront baisser la demande publique et privée et donc la croissance, et donc les recettes de l’Etat …ce qui aura pour effet d’augmenter le déficit de l’Etta que ces mesures étaient censées combler. Sommet européen début février : que décide t on ? De réduire le budget européen (dont la scandaleuse réduction de l’aide alimentaire alors que la fréquentation des « soupes populaires » – comme on disait dans les années 30 – a doublé en un an) ; et Hollande ose appeler cela un bon compromis. Et le G20 qui vient de se tenir confirme la priorité à la rigueur budgétaire.  

Je ne change rien à cette analyse faite en février et largement confirmée dans ces deux mois et j’enrage tout autant. J’enrage parce que je constate tous les jours les dégâts de cette politique sur des populations de plus en plus nombreuses : CDD non renouvelé, intérimaire qui restent à la maison, jeunes qui restent dans la file d’attente du chômage, de plus en plus de fin de droits, retour humiliant chez les parents entre 30 et 40 ans, désespoir des chômeurs en fin de droits, les épiceries sociales qui explosent sous la demande comme je le vois pour celle de mon village….Que faut-il faire pour qu’on comprenne enfin que derrière ces mots abstraits de « récession » ou « austérité » ou « baisse des dépenses publiques »…il y a des drames humains, des parcours de vies qui se jouent !

Certains pensent s’en sortir en nous disant qu’au moins cette politique de rigueur a convaincu les marchés (financiers bien sûr) de la crédibilité des Etats et que donc les taux obligataires ont baissé et restent très bas, ce qui permettrait d’alléger le poids de la dette publique. Il est vrai que les taux sont bas mais les banques ne prêtent pas pour autant. Au lieu de jouer sur le prix du crédit, les banques jouent sur le rationnement du crédit en ne prêtant qu’aux Etats, collectivités ou entreprises les plus sûrs. Car la conjonction de toutes ces politiques d’austérité nourrissant la récession a plombé la confiance de tous les acteurs économiques qui se sont réfugiés dans des attitudes de retrait : les entreprises reportent leurs investissements tant qu’elles ne sont pas sûres de vendre plus, les ménages qui le peuvent épargnent inquiets d’un avenir en berne, et c’est dans ce contexte que les Etats décident de dépenser moins. Bref par tous les bouts qu’on prenne le problème le cercle vicieux poursuit son cheminement infernal.

Plus qu’une crise gouvernementale, une crise du régime politique

L’affaire Cahuzac a déclenché quelque chose d’irrémédiable dans les profondeurs de la société. La symbolique est énorme : celui là même qui était chargé de lutter contre la fraude fiscale se révèle être un fraudeur ; le ministre du budget qui met en place l’austérité pour tous ne se l’applique pas à lui-même. Puis se révèle au grand jour l’entre soi et les connivences d’un monde privilégié gangréné par l’argent, monde dans lequel les frontières politiques s’effacent au point de montrer qu’un dirigeant socialiste et ministre est resté ami avec des affairistes d’extrême droite tout çà étant connu de Madame Le Pen. Le soupçon se répand sur tous les ministres et le Président lui-même notamment à travers les révélations sur son trésorier de campagne. Le bon peuple se dit : « Si l’un a trempé pourquoi pas les autres ? Si l’un a menti pourquoi croire les autres ? » Ce sentiment est ravageur et les dénégations, les démonstrations d’honnêteté ou les publications de patrimoine n’y changeront rien. C’est le fondement même de l’autorité politique qui est atteint. Max Weber a bien montré que toute domination politique est basée sur deux piliers indissociables l’un de l’autre : d’une part le monopole de la violence qui fonde la puissance de l’Etat en dernier ressort ; mais aussi d’autre part la légitimité de ce monopole de la force qui elle se base sur le consentement du peuple à l’autorité. Voltaire avait fait remarquer déjà qu’on ne pouvait pas mettre un gendarme derrière chaque citoyen et que l’obéissance des peuples était le principal fondement du pouvoir politique. Et lorsque cette obéissance disparaît le seul monopole de la force physique ne durera pas  – même si dans l’intervalle cela peut faire beaucoup de dégâts. Weber, Elias et d’autres ont souligné que deux monopoles fondent l’Etat : le monopole des armes et le monopole fiscal. Le fait que le scandale concerne le responsable gouvernemental de lever l’impôt a naturellement plus de conséquences car cela porte atteinte au consentement à l’impôt chez les citoyens ce qui est une des bases les plus importantes de l’Etat moderne.

L’affaire Cahuzac fait franchir une étape décisive à la situation du pays : nous étions dans une crise économique et sociale ou pour être plus précis dans cette crise économique et sociale la politique d’austérité suivie par ce gouvernement dans la continuité du précédent était fortement remise en cause et n’était plus acceptée par la majorité de nos concitoyens. Il l’avait manifesté en chassant Sarkozy.  Le sentiment a grandi mois après mois que Hollande les trompait en reprenant la même politique à quelques changements cosmétiques prés. Cela s’est imposé dans les esprits depuis la fin 2012 et la diversion militaire du Mali n’a eu d’effet qu’une ou deux semaines ; toutes les enquêtes d’opinion ont montré dés janvier un refus majoritaire dans le pays de cette politique d’austérité. A ce sujet le retournement de certains commentateurs est assez drôle et significatif du changement d’état d’esprit dans le pays. Il faut les voir en ce moment s’amuser des erreurs de calculs soit du FMI il y a deux mois, soit d’éminents économistes récemment. Bref le rejet de la politique d’austérité atteint des cercles de plus en plus larges.  Mais l’affaire Cahuzac nous fait franchir un degré dans la crise : nous passons d’une crise de la politique gouvernementale à une crise même de la domination politique ; la pourriture du système est visible et le peuple voit au grand jour que les institutions politiques sont totalement pénétrées par l’argent roi. Cette défiance généralisée rend possible non pas seulement une crise gouvernementale mais une véritable crise de régime, une crise du régime politique qui nous gouverne. Il ne suffira pas de changer de gouvernement. C’est cela qui est à l’œuvre sous nos yeux. Ces analyses nous les poussons quotidiennement au Parti de Gauche pour pouvoir au mieux mener  notre action et on mesure l’importance de ces débats théoriques sur la situation  à travers l’évolution des prises de position de notre principal porte parole Jean-Luc Mélenchon. En janvier en lançant la campagne du Front de gauche contre l’austérité et pour une politique alternative, Mélenchon posait avec juste raison la question d’une alternative gouvernementale à gauche par une nouvelle alliance du front de gauche avec les écologistes et les socialistes qui refusent la politique d’austérité. Cette perspective gouvernementale était en phase avec le refus croissant de la politique d’austérité dans le pays qui mettait le gouvernement dans une impasse. Après l’épisode chypriote (qui a montré que les dirigeants des institutions européennes à commencer par la BCE se souciaient comme de leur dernière chemise de respecter la démocratie d’un pays voire même les propres règlements européens et qu’ils n’hésitent pas à utiliser une violence monétaire absolue pour contraindre un pays) et après l’affaire Cahuzac et le commencement d’une paralysie et d’une crise de régime, nous continuons certes à défendre une alternative gouvernementale à gauche mais il faut aller plus loin. Il faut offrir une perspective systémique et donc une réponse cohérente et saisissable par tous à la crise du régime politique de la Vème République. Aussi quand Mélenchon un vendredi matin à France Info lance l’appel à une grande marche nationale le 5 mai pour la 6ème république ce n’est pas une lubie passagère ou une initiative « personnelle » (comme le croient les médias) mais le fruit d’une analyse mûrie de la situation du pays et de son évolution. Le succès de cette initiative à la base, son caractère unitaire bien au delà du seul Front de gauche, prouve la pertinence de l’analyse de la situation. Mais en même temsp elle pèse sur la situation objective elle-même et contribue à la modifier en ouvrant une issue possible.

Le nombre, la force et la confiance.

Donner force et confiance dans l’action collective à la masse des salariés, chômeurs, retraités et jeunes qui subissent aujourd’hui.  En prenant l’initiative du 5 mai nous visons à donner les moyens au nombre de trouver sa force en se rassemblant sur une vraie perspective politique. Nous l’avons vu lors du meeting de Montpellier le 11 avril avec Mélenchon et les autres représentants nationaux du Front de gauche. Nous n’avions qu’une salle de 1000 places. Très vite bondée avant l’heure du meeting, la salle voisine identique s’est remplie face aux écrans géants puis la rue s’est remplie pour s’agglutiner autour des sonos…3000 présents avec les salariés de boites menacées, les postiers, les chercheurs licenciés… et surtout cette masse de jeunes avides de sens et d’action pour un monde meilleur. Les participants ont trouvé dans ce rassemblement des raisons et des sentiments de résistance et de force qui irriguent autour d’eux depuis. C’est ce qu’on verra le 5 mai à grande échelle et j’invite tout un chacun à ne pas manquer ce rendez vous. Car il ouvrira un printemps social et politique sans précédent et cette conviction je la tire de l’analyse du mouvement des forces en présence.

La radicalisation à droite et la crise des classes moyenne

Ce qui se passe dans la mobilisation réactionnaire contre le mariage pour tous est aussi très significatif. Le petit bourgeois catholique est saisi d’effroi devant la crise générale de notre société et croit trouver dans le culte de la famille « naturelle » un refuge face au monde. Depuis toujours certes entre la pensée réactionnaire et la pensée progressisteune divergence théorique les oppose : du côté progressiste l’égalité des droits passe avant les inégalités naturelles alors que pour les réactionnaires les inégalités sociales trouvent leur source dans les différences de la nature. Relisez les débats philosophiques des Lumières ou encore le débat entre Condorcet et ses adversaires sur le droit de vote des femmes, tout y est. Ce qui est intéressant actuellement dans la mobilisation réactionnaire contre le droit au mariage et à l’adoption pour les homosexuels c’est cette mobilisation de l’argument « naturaliste ».  Laissons le folklore d’un mouvement qui se partage entre une folle qui se fait prénommer Frigide et une illuminée qui s’appelle « Bourges » (çà ne s’invente pas !) le plus important est ce que signifie cette mobilisation : la petite bourgeoisie, qui constitue la clientèle traditionnelle de la droite, se radicalise sous l’effet à la fois de la crise économique qui les menace de déclassement et aussi par la le vide ouvert par la crise de l’autorité politique (y compris à la tête de l’UMP). N’oublions pas que l’Eglise et ses différentes organisations satellites constituent une vaste organisation de masse qui structure le pays (même s’il ne faut pas négliger qu’elle est traversée par des forces divergentes). Ce réseau social est secoué en profondeur par cette mobilisation où ce petit peuple réac ne fait pas que de la politique mais croit défendre une identité anthropologique. L’UMP et même le FN ne maîtrisent rien. Ceci dit ne sur estimons pas à cette étape la puissance de ce mouvement réactionnaire. Si le salariat et la résistance sociale à l’austérité et l’alternative à gauche se met en mouvement sa puissance actuelle paraîtra alors bien pâle. Entre la radicalisation réactionnaire et la mobilisation progressiste la course de vitesse est désormais engagée et cela va accélérer la « dérive des continents sociaux » dont je parlais au début de cette note. Une chose est certaine : dans cette tenaille, l’air se raréfie pour Hollande et la crise interne au PS et à EELV va grandir et nourrir ainsi notre action.

« Outrances ! Vous avez dit  outrances ?»

Dans ce contexte une des armes de l’adversaire est de diaboliser Mélenchon. Ah les « outrances » langagières de Mélenchon c’est devenu le mois dernier la ritournelle des puissants qui dirigent les médias. Que cela influence quelques esprits qui ne vérifient jamais les sources ou qui n’ont pas le temps de le faire, ce n’est que très classique. Je suis cependant resté attentif à ceux qui parmi des gens proches reprenaient cet argument. Si ceux-ci avaient la patience et l’honnêteté de vérifier je leur ai fait chercher le verbatim exact de ce qu’ils avaient cru entendre comme « outrance » et à chaque fois ils ont pu reconnaître qu’ils avaient été victimes du bruit médiatique il en va ainsi de « populisme » « langue de la finance internationale » « purifier l’air »….le comble c’est quand on fait comparer le comportement journalistique face à Mélenchon et celui tout miel avec la mère Le Pen. Bref parmi les notres l’effet de cette campagne est faible car ceux-ci se méfient de la propagande dominante et demandent à vérifier de prés quand ils ont un doute. Mais ces mouvements d’humeur dans un sens puis dans un autre vis à vis de Mélenchon dans les couches intellectuelles des classes moyennes est un signe de la nervosité que crée la situation d’affaissement de la gauche gouvernementale. Un public a voté Hollande et devant l’échec annoncé espère qu’il se reprenne voire en utilisant la pression du Front de gauche ; de bons amis à moi partagent cette vision mais c’est une pure illusion. Hollande ne se reprendra pas par un effort de la raison. Ou pour être précis il est inefficace et inutile « d’attendre » qu’il se reprenne. La marche à l’abîme est en route pour le social libéralisme et je comprends que cela horrifie ceux qui aimeraient en faire l’économie et préfère une évolution calme et tranquille à des bouleversements. Mais on n’en fera pas l’économie. La rage subite de certains à gauche contre Jean Luc n’est que l’expression d’une impuissance et d’une panique. Ne vous énervez pas contre eux. Faites comme moi : écouter, parler, convaincre en les entrainant dans l’action. Par exemple envoyer leur ces deux vidéos et dites leur d’avoir la patience de les suivre et de nous dire avec quoi ils ne sont pas d’accord. Vous verrez cela permet de parler du fond.

D’ailleurs la diabolisation est en train de perdre du souffle car y compris du point de vue des dominants ils s’aperçoivent qu’en diabolisant Mélenchon  en même temps qu’ils intègrent le Pen au jeu ils ne font que faire de Mélenchon et donc du Front de gauche le recours face à la crise du système.

Alors, amis, camarades, citoyens, gardez confiance dans votre force collective.

Mettez votre énergie et votre intelligence au service de l’action émancipatrice.

La France est à un tournant.

 Que vous soyez jeune ou vieux, c’est le moment d’avoir vingt ans dans vos têtes !

Pour l’humain d’abord contre la finance et l’austérité

Pour la 6 ème République

Rendez vous le 5 mai à Paris à la Bastille à partir de 13h30 !      

René Revol.

Communiqué du 24 avril 2012

 A Grabels, le 24 avril 2012,

Ce dimanche 22 avril 2012, lors du 1er tour de l’élection présidentielle, les électeurs ont fait leur choix. Les grandes tendances qui se dessinent sont : le rejet de la politique du Président sortant, l’apparition d’une nouvelle force à gauche, le Front de Gauche passant les 10% ; une nouvelle poussée de l’Extrême droite.

Dans la région Languedoc-Roussillon, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche, obtient plus de 13% des suffrages exprimés. Avec le deuxième plus gros score pour le Front de gauche, notre région se place juste après Midi-Pyrénées, confirmant un ancrage durable et la progression de cette nouvelle force politique.

Force politique indépendante, le Front de gauche est la clé du résultat final. Par conséquent j’appelle toutes celles et tous ceux qui ont porté notre programme « l’Humain d’abord ! » à poursuivre le combat contre l’extrême droite et contre le politique d’austérité du Président sortant, en votant contre Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012, en utilisant le bulletin de vote François Hollande.

L’espoir suscité par le Front de Gauche passe dans les jours qui viennent par une forte mobilisation pour chasser Sarkozy du pouvoir lors du 2ème tour des présidentielles. La mobilisation citoyenne autour du Front de gauche se poursuivra avec les élections législatives en envoyant le plus grand nombre de députés Front de gauche, afin qu’ils portent les lois nécessaires à notre peuple pour assurer la redistribution des richesses, la planification écologique, le retour de la retraite à 60 ans à taux plein, la fin des privilèges de la finance et de la banque, un logement abordable pour tous et la marche vers une 6èmeRépublique. Seule cette politique de rupture avec le libéralisme et le capitalisme, en mettant au cœur l’humain d’abord, peut faire barrage à la montée de l’extrême droite.

Fidèle à notre devise « unité dans les urnes et dans la rue », j’appelle tous les sympathisants, militants et soutiens du Front de Gauche à participer massivement au rassemblement du 1er mai à 10 heures devant les Jardins du Peyrou (Montpellier).

A l’issue de cette manifestation, toutes les composantes du Front de Gauche se retrouveront pour un rassemblement festif, au Kiosque Bosc (Esplanade), à partir de 12 heures.

René Revol,
représentant régional du candidat
Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon,
à l’élection présidentielle.


Note du 20 avril

Ce soir à minuit ce blog sera mis en veille jusqu’à dimanche 22 avril au soir, conformément à ce que nous impose la loi. Je profite donc de ce message pour publier un dernier billet avant le 1er tour des élections présidentielles.

Ma première pensée va à toutes ces générations militantes que j’ai fréquentées depuis 45 ans que je milite et qui avaient pour projet de construire une gauche de combat de masse. D’ores et déjà quelque soit la marge dans laquelle se situera le résultat nous pouvons dire que la campagne du front de gauche et de son candidat, jean-Luc MELENCHON, est arrivée à créer une nouvelle gauche combative, jeune, pleine d’énergie et avec laquelle il faudra désormais compter. Première mission accomplie ! Ce peuple de gauche mis en mouvement par millions n’arrêtera pas sa marche le soir des élections ; il sera aux avant poste de la confrontation inéluctable qui se prépare avec la finance. Cette dernière a son programme (baisse des salaires, baisse des dépenses publiques, baisse de la protection sociale tout çà pour financer la rente) et elle cherchera à le mettre en œuvre quelle que soit le président élu ; le peuple aura pour sa résistance son programme « l’humain d’abord » et la puissance du vote Mélenchon sera mon premier point d’appui décisif ; le reste n’est que bruit médiatique et futile. Le seul vote utile est le vote Mélenchon. Dans cette campagne, des milliers et des milliers d’acteurs se sont formés et constitués et formeront les cadres de la bataille qui vient.

D’ici dimanche faites toutes et tous votre travail de conviction, un à un, avec patience et résolution. Si nous arrivons à imposer le Front de Gauche devant Le Pen c’est un bouleversement politique qui donnera une perspective à toute l’Europe. Si cette poussée amenait le Front de gauche au deuxième tour c’est la révolution citoyenne qui sera déclenchée.

Ils ont des millions ; nous sommes des millions. Notre nombre et notre détermination est notre force.

Dimanche soir à Montpelliernous serons à 20h rue bosquet au local de campagne puis le Front de gauche se rassemblera à partir de 21h au kiosque Bosc sur l’Esplanade pour une soirée électorale militante et festive.

Il se passe quelque chose !

Note du 15 février

L’ampleur des tâches de la campagne du Front de Gauche, liée aux obligations de mon mandat municipal que j’assure d’une main ferme en toutes circonstances, m’ont quelque peu éloigné du clavier ; m’y revoilà pour vous dire qu’il se passe quelque chose !

L’évènement du 8 février

photo Stéphane Brulot

Le 8 février Jean-Luc Mélenchon a tenu son meeting régional en Languedoc-Roussillon à Montpellier. Quelle démonstration ! Déjà les succès des meetings précédents nous avaient obligés en catastrophe à changer de hall dans le parc expositions. Nous avons quitté les salles qui avaient pourtant fait le plein de la gauche antilibérale :
le 22 mai 2005 pour le Non de gauche, le 17 novembre 2006 pour l’unité antilibérale et le 29 janvier 2010 pour la liste régionale d’ « A Gauche Maintenant » que j’ai eu le privilège de conduire, chacun de ces rendez vous rassemblant entre 4 et 5 000 personnes. Cette fois ci ce fut une véritable marée humaine et nous étions au gros du meeting plus de 9 000, retrouvant des affluences que seule la candidature de Mitterrand de 81 avait rassemblé. En soi cela est déjà un évènement. Mais tous ceux qui ont vécu cette soirée voyaient bien qu’il se passait quelque chose de nouveau ; comme l’a dit Midi-Libre lui-même : « une nouvelle gauche est née » ! La première chose qui frappait était la diversité des publics présents qui au fur et à mesure de la soirée s’unifiaient dans l’adhésion aux idées développées par le candidat du front de gauche. Pour illustrer ce point voici un extrait d’un mail que m’a envoyé un sympathisant, jusque là un peu sceptique, le lendemain du meeting :

«Cher René, Je veux te témoigner ma grande satisfaction après le meeting d’hier. Mélenchon m’a enthousiasmé et tu peux compter sur moi pour la campagne […]. Arrivé largement en avance j’ai pu observer l’arrivée du public et je me suis permis d’en aborder pour leur demander les raisons de leur présence ; j’ai le sentiment que toutes les composantes naturelles de la gauche étaient là : des communistes revigorés et fiers de voir leur parti repartir enfin à la hausse, des syndicalistes très nombreux arborant fièrement leurs badges CGT, SUD, FO ou FSU et çà c’est sacrément nouveau en France, les militants altermondialistes qui ne se réfugiaient pas comme avant dans une sorte de retenue politique, des militants des droits de l’homme, les associatifs engagés dans la défense des travailleurs sans papiers, les animateurs des collectifs contre les gaz de schistes ainsi que des agriculteurs des hauts cantons, des écologistes bien sûr attirés par l’idée de planification écologique et inquiets de l’accord PS-EEVerts, les militants anticapitalistes qui semblaient trouver une issue à l’impasse du NPA, et puis des socialistes assez nombreux dont un qui affichait son badge du poing et la rose (quand je lui ai demandé pourquoi il était là, il me répond : « je viens voir par moi-même ce que dit Mélenchon mais aussi pour le moment j’ai l’impression que c’est le seul candidat qui puisse se dire socialiste. » ). Il y avait aussi beaucoup de gens qui étaient venus à 2 ou 3 sans afficher une appartenance et que je voyais au cours de la soirée s’échauffer, rire et applaudir. Mais ce qui m’a le plus impressionné c’est cette masse de jeunes qu’on n’avait pas vu depuis longtemps dans les meetings de gauche ; ils étaient particulièrement actifs et joyeux. Quand je pense à tout ce qu’on dit sur leur dépolitisation et leur zapping permanent et là ils sont restés attentifs à suivre des discours pendant prés de deux heures ! Bref tu dois savoir tout çà autant que moi mais ce que je veux surtout te dire : faites bien attention à offrir à tous ces gens un cadre ouvert et dynamique où ils se sentent à l’aise comme ils sont pour qu’ils puissent agir .Le PG et le Front de gauche peuvent être ce cadre de reconstitution de la gauche si on s’y prend bien. Je vois une force considérable prête à se mettre en mouvement. Bien à toi et à bientôt. Marc »  

Photo Loïc Bertrand

Marc résume très bien mon sentiment : une force populaire s’unifie et se met en mouvement. Désormais va se produire un aller retour permanent entre ce qui se passe d’un côté dans le sommet de la campagne et de l’autre l’action souterraine des mille et une discussions et rencontres au travail, au café, entre amis, en famille. Dans la période qui s’ouvre le mécanisme des petites phrases et de la pipolisation, qui font le spectacle médiatique habituel des campagnes avec un peuple de spectateurs passifs, semble bien compromis. Des enjeux vitaux pour la vie du peuple vont désormais venir sur la table maintenant que notre candidat est audible de tous. 

Février mars : l’enjeu du traité européen
Parmi ces enjeux, il est significatif que la question européenne soit à nouveau au centre, maintenant que le cinéma de Sarkozy en sauveur de l’Euro et du triple A se termine en fiasco et que la discrète manœuvre de Hollande en parlant de renégociation…après l’élection semble intenable. Bref les partisans de l’Europe libérale espéraient que la question européenne laisse la place à d’autres sujets dont ils dicteraient l’agenda (sécurité, chômeurs « profiteurs », immigration…) et que nous avalisions ainsi par omission les questions vitales et particulièrement les politiques européennes austéritaires qu’on nous impose. Et bien c’est raté. D’abord parce que pour le grand nombre s’impose le sentiment qu’aucune politique autonome de croissance et d’emploi dans notre pays n’est possible dans le cadre de la discipline imposée par les institutions européennes et des traités européens. En situation de reflux ce sentiment peut produire de la résignation ; mais en situation de montée sociale et politique ce sentiment fonde la nécessité de la rupture avec les traités ultra libéraux qui régentent la construction européenne. Déjà dans la phase précédente de la campagne nous avons pu imposer l’idée que rien n’était possible sans remettre en cause la puissance des marchés financiers (« Les réguler ? Non, leur briser les reins »), au point que dans certains débats je vois les interlocuteurs d’autres forces politiques admettre la main sur le cœur qu’il faut combattre les marchés financiers, même s’ils ne proposent aucune mesure allant dans ce sens. Maintenant c’est le tour de l’Europe : le nouveau projet de traité européen rédigé par Merkozy et approuvé sans résistance par les gouvernements conservateurs et sociaux démocrates de 25 pays sera signé en mars prochain. Or ce traité a le culot d’imposer à tous les pays une discipline budgétaire absolue et que personne ne pourra remettre en cause ; les 3% de déficit de Maastricht sont loin et nous voilà avec 0% ou 0.5% ! Après avoir perdu toute souveraineté monétaire avec la mise en place d’une Banque centrale indépendante de tout pouvoir politique et de tout contrôle démocratique (et on a vu depuis vingt ans que cette BCE n’a de cesse que de se soumettre aux exigences des marchés financiers), le nouveau traité préconise un mécanisme visant à déposséder chaque pays de toute autonomie budgétaire pour imposer à tous la même règle : baisse des dépenses publiques et baisse des impôts des riches ! La campagne du Front de Gauche sera donc une campagne pour dire Non au traité austéritaire ; la souveraineté populaire doit à nouveau s’imposer comme en 2005 mais cette fois ci en étant instruite de l’expérience de la catastrophe à laquelle a conduit le traité de Lisbonne. Chaque jour de la Grèce au Portugal, de l’Espagne à l’Italie, de l’Irlande à la Roumanie, l’actualité amène son lot de faits et d’arguments pour dire Non au nouveau traité. En ce moment l’ampleur des coups portés par la troïka contre le peuple grec indigne tous ceux qui en ont pris connaissance ; et il est assez sidérant que ces mesures soient imposées par ceux qui ont maquillé les comptes (les dirigeants de la droite grecque, la Nouvelle Démocratie , en accord avec le dirigeant européen de Goldman Sachs devenu depuis le président de la BCE qui fait payer cette erreur au peuple grec alors qu’il en est le complice direct ; quant aux sociaux démocrates grecs du PASOK ils sont encouragés par tous les socialistes européens à voter pour l’austérité maximale …ce qui les discrédite pour des décennies aux yeux de leur peuple). La première étape du NON au nouveau traité consiste dans la mobilisation de solidarité avec le peuple grec. Car ce qu’exige la troïka a été voulu par Sarkozy et il devra s’expliquer des souffrances qu’il contribue avec les autres dirigeants européens à imposer à ce peuple.

Le 21 février, les socialistes français au pied du mur
Les dirigeants socialistes français ont cru pouvoir s’exonérer d’une réponse claire sur ce traité. Au parlement européen les députés français se sont abstenus alors que les autres députés socialistes européens votaient pour. Puis François Hollande s’est déclaré favorable à une renégociation du traité s’il est élu. Cette position ambigüe ne va pas tenir longtemps. D’abord nous n’avons pas la mémoire courte : un épisode historique devrait nous instruire ; en avril 1997 lors de la préparation des élections législatives anticipées, qui ont vu la victoire de la gauche plurielle, Lionel Jospin a déclaré sur TF1 : « Les critères de Maastricht ne sont pas gravés dans le marbre et je les remettrai en cause ». Le peuple a donc espéré une remise en cause de l’austérité imposée à l’époque par la convergence pour faire l’Euro. Or en juin 97 à peine élu Jospin a signé le traité d’Amsterdam qui pérennisait les critères de convergence dans le cadre du pacte de stabilité. Les promesses pour demain ne sauraient donc nous suffire. Il nous faut des actes : or justement à partir du 21 février le parlement va aborder le texte préalable à ce traité et adopter ce texte consiste à approuver le traité. Jean Luc MELENCHON a expliqué cela en détail aux 9000 présents du meeting de Montpellier qui ont écouté cela avec la plus grande attention ; ce fut un grand moment d’éducation populaire. Depuis blogs et notes diffusent l’analyse détaillée de ce texte informant ainsi du forfait qui se prépare, à l’image de la formidable campagne civique de 2005. Hollande ne va pas pouvoir prétendre pendant longtemps que c’est un texte technique sans importance. Soit à la fin du mois ils votent ce texte et alors la promesse de renégociation n’est que du vent aux yeux de tous car il se sera fait le complice des plans de misère que l’Europe impose aux peuples ; soit ils votent contre et ils sauvent l’honneur de la gauche et nous aurons ainsi une base unitaire de mobilisation pour remettre en cause le traité. Et qu’ils ne nous fassent pas à nouveau le coup de l’abstention qui revient à laisser passer le texte.

Mener campagne : une tâche pour chacun
Pour terminer deux anecdotes qui montrent que chacun peut se poser la question de la meilleure manière dont il peut participer à cette campagne présidentielle. Un ami non encarté et non engagé politiquement m’informe qu’il est venu avec sa femme au meeting ; convaincus, à la sortie, ils ont acheté dix programmes « l’humain d’abord » et envisagent de les vendre dans la semaine ; ils ont ouvert un petit carnet en faisant la liste de tous les amis et liens familiaux qu’ils vont contacter pour les faire voter Mélenchon le 22 avril en réfléchissant aux meilleurs arguments possibles et les mieux adaptés. Cette démarche simple va se multiplier et irriguer la société dans les jours qui viennent. Le mépris médiatique sur le Front de gauche (qui fait suite au silence médiatique qui ne pouvait plus tenir) convainc chaque jour de nouveaux convaincus qu’ils ne doivent ne compter que sur eux-mêmes pour faire campagne et faire connaître le projet du Front de gauche et son candidat.

Une autre anecdote. Plusieurs enseignants ou parents d’élèves ou citoyens concernés par les questions d’éducation ont pris connaissance du discours de Mélenchon aux vœux au personnel de l’éducation. Et touchés par le contenu ils décident de diffuser le lien qui permet d’écouter ce discours d’une heure. Ainsi l’un d’entre eux écrit cela à ses collègues « Vous ne cessez de dire à vos élèves que pour devenir de vrais citoyens ils doivent se forger une opinion par eux-mêmes en s’informant au mieux ; alors commençons par nous l’appliquer à nous-mêmes pour les prochaines élections présidentielles en refusant le vote mécanique selon ses habitudes ou selon le paresseux vote utile. Aussi je vous demande de consacrer une petite heure à écouter le discours de mélenchon sur l’éducation. Personnellement convaincu par ce discours je suis preneur de toute réaction et de tout débat à ce sujet » et de donner le lien suivant : cliquez ici

Mille démarches similaires se multiplient et forment la matière première d’une mobilisation citoyenne souterraine qui se nourrit de tous les évènements qui se passent à la surface ; je vous appelle toutes et tous à vous y inscrire sans attendre de consignes.

Dans ma prochaine note j’aborderai la question cruciale du logement.

René REVOL

Voir la vidéo du discours de Jean Luc Mélenchon à Montpellier 

J.-L. Mélenchon – Discours de Montpellier par lepartidegauche

Emeutes urbaines anglaises, quartiers populaires en France, Mélenchon, laïcité et révolution citoyenne

Note du 15 août 2011

Emeutes urbaines en Angleterre. Ceux qui croyaient que l’été serait calme en sont pour leur frais ; avant de revenir dans une note prochaine sur la crise économique je voudrais vous parler des quartiers populaires. Les émeutes urbaines qui ont explosé début août dans les quartiers des grandes villes anglaises nous rappellent la situation d’urgence qui règne dans les milieux populaires dans les grands pays européens et que leur lieu d’habitat et de vie est devenu un des lieux majeurs de l’expression du ras le bol.

Il était dur de se faire une idée précise en lisant la presse française mais si on prenait le temps de consulter la presse anglaise on peut noter de grandes caractéristiques : 1) Contrairement à ce qui a été écrit dans certains journaux français, les émeutes n’ont quasiment aucun caractère ethnique ni de rivalités interethniques comme cela avait pu être le cas autrefois ; il suffit de voir le défilé des comparutions immédiates devant les tribunaux pour constater la diversité des jeunes et des moins jeunes qui ont participé (ou sont accusés d’avoir participé) à des violences ou à des vols; 2) le gouvernement anglais ne sort que l’arsenal répressif (avec la mise en scène d’une délation à grande échelle qui vous donne la nausée) et se refuse à faire le lien avec la situation sociale, et contribue par là même à accentuer le fossé social grandissant entre la minorité de plus en plus riche et la majorité populaire ; 3) A la différence de la France de l’automne 2005 les pillages de magasins ont joué un rôle essentiel plus que les autodestructions de bâtiments dans les quartiers concernés, ne serait ce que parce que l’habitat social est plus diffus en Angleterre et aussi aux dires des émeutiers eux-mêmes ils ne voulaient pas rater l’occasion de « prendre ce qui leur manque » (The Guardian du 10 août). 4) la très grande majorité des analystes anglais soulignent que cette explosion trouve sa source dans l’appauvrissement massif des milieux populaires et notamment suite aux baisses drastiques de tous les budgets sociaux. Significatif aussi que le paradoxe du Gouvernement Cameron qui appelle à la mobilisation policière tout azimut et qui en même temps supprime massivement des postes de policiers, ouvrant une vraie crise de confiance avec sa propre police. Je voudrais aussi noter une remarque pertinente faite par un journaliste anglais dont j’ai oublié ici la référence : il faisait remarquer qu’il fallait cesser de parler de banlieues difficiles et marginalisées (comme en France on parle de « zones sensibles ») car c’est la majorité de la population qui est désormais concernée par les difficultés sociales et il notait que les jeunes qui ont participé à ces émeutes viennent de milieux différents participant aux différentes composantes des classes populaires, et de faire le lien avec la puissante révolte l’an dernier des étudiants anglais contre le renchérissement massif des droits d’inscription à l’Université. Enfin notons le silence des travaillistes qui ne l’oublions pas sont aussi à l’origine de ces émeutes par les politiques néolibérales précédentes et l’absence d’alternative politique qui ne peut que nourrir l’impasse de la violence émeutière.

L’actualité des quartiers populaires en France. Mais cela peut aussi nous permettre de faire le point sur la situation des quartiers populaires français vite retombés dans le silence médiatique après 2005. Or pour les citoyens et militants engagés il y a urgence dans les quartiers populaires. Début juillet, la visite de Jean-Luc MELENCHON, candidat du Front de gauche aux élections présidentielles, dans le quartier populaire de La Paillade à Montpellier, a donné lieu à une petite médiatisation qui a permis de soulever ces questions trop souvent délaissées dans le débat public. Cette visite était significative à plus d’un titre. D’abord parce que dans ce quartier le Front de gauche a présenté aux élections cantonales un candidat citoyen, Mohamed BOUKLIT, (avec Danièle LEDUDAL, de la Gauche Unitaire comme suppléante, et moi-même, responsable régional du Parti de Gauche, comme président du comité de soutien) dont le résultat a surpris : avec 22 % au premier tour, éliminant le FN et la droite pour la première fois, 35% au second tour avec une participation en hausse, face au président socialiste du Conseil Général. Ensuite, parce que s’est constitué sur ce quartier un mouvement politique, social et civique original avec la formation du « Front de gauche des Quartiers Populaires » (FGQP) ; ce FGQP a tenu des assises locales en juin, établissant une première ébauche d’une charte revendicative des attentes des quartiers populaires de Montpellier, lançant un appel à des assises nationales des quartiers populaires pour l’automne. Enfin parce que par cette visite (la deuxième visite de terrain après sa désignation suite à celle des ouvriers de FRALIB à Marseille), Jean-Luc MELENCHON décidait de placer les quartiers populaires au centre de sa campagne.

Cécité médiatique et obsession communautaire. Une telle initiative aurait du susciter l’intérêt des médias pour les questions socialement vives soulevées. Comment expliquer que le plus gros chantier des dix dernières années réalisé par le Conseil général sur le territoire du quartier n’ait embauché aucun habitant du quartier ? Comment expliquer qu’un quartier de 40 000 habitants ne dispose que d’une seule crèche de 40 places – les mamans étant renvoyées à l’argument scandaleux que « dans leur communauté les femmes ne travaillent pas » ? Comment expliquer le clientélisme dominant dans l’attribution de certains logements sociaux laissant la majorité des habitants dans le mal logement chez les marchands de sommeil du parc privé ? Comment expliquer les discriminations systématiques à l’embauche, par exemple pour tous ces diplômés de l’enseignement supérieur si nombreux dans la jeunesse pleine d’énergie de ce quartier ? Pourquoi les initiatives associatives et citoyennes sont systématiquement rejetées si elles ne sont pas contrôlées par les autorités ? Pourquoi aucun établissement scolaire du quartier n’a été rénové ? Comment garantir la tranquillité de vie de nos concitoyens quand la police de proximité a été totalement supprimée ? Comment se fait il que générations après générations les énergies citoyennes nouvelles soient découragées ? Comment expliquer les 80 % d’abstentions sauf quand une candidature les concerne et donc les mobilise ? Il ne manquait pas questions pour travailler à une enquête approfondie sur les raisons sociales profondes qui ont fait le succès de la candidature de Mohamed Bouklit et du Front de gauche des Quartiers populaires. Je connais même des étudiants en journalisme qui ont commencé ce travail passionnant.

Mais dans la presse pas un mot, à commencer par la presse locale. En effet celle-ci a voulu mettre le projecteur sur la question communautaire et religieuse, qui pourtant n’a été posée à aucun moment dans cette campagne. Dés le mois de mars est sorti comme par enchantement le fameux SMS appelant à voter pour notre « frère musulman » ; ce soit disant SMS a été cité par certains responsables socialistes puis reproduit par le quotidien régional, repris par un journaliste dans Marianne puis enfin à nouveau cité récemment dans un article de Médiapart. Dés que ce « SMS » a été cité nous avons demandé qu’il nous soit communiqué et de ne le reproduire que si les auteurs étaient identifiés. Ce qui fut la démarche de journalistes scrupuleux qui, n’ayant pu obtenir cette source, ne l’ont pas reproduit. A qui profitait un tel SMS ? Il est facile de le deviner. J’ai interrogé directement ceux qui ont publié ce SMS qui se sont gardés d’apporter une réponse… Aussi quelle ne fut pas ma surprise de voir un jeune journaliste de Médiapart, susceptible d’avoir une certaine rigueur journalistique, nous fournir à nouveau le copié collé de ce SMS sans vérifier ses sources…. l’inexpérience sans doute !

La force de la laïcité. Mais derrière il ya la question de fond du communautarisme et de la laïcité, d’aucuns voulant opposer le « laïcard » Mélenchon (pour reprendre le titre très orienté de l’article de Médiapart) et le communautarisme qui serait dans la nature des quartiers populaires. Une telle présentation n’exprime pas qu’une paresse de la pensée ; elle structure une représentation à la fois du Front de gauche et de son candidat comme de l’évolution des quartiers populaires, analyse qui est complètement fausse. Rappelons qu’une première génération s’est levée dans les années 80 avec la marche pour l’égalité dont les contours étaient parfaitement laïques et que cette génération s’est sentie trahie par ceux qui ont conquis des places dans l’establishment de gauche comme de droite, sans faire reculer la discrimination dont était victime les jeunes et les habitants de leurs quartiers. La génération suivante a grandi entre la première affaire du foulard en 1991 jusqu’à l’instrumentalisation du 11 septembre 2001 dans le cadre de la théorie du « choc des civilisations » qui a servi de fond culturel du discours dominant, sous toutes ses facettes. Tout le système a voulu jeter cette génération dans les bras du fondamentalisme religieux, une minorité de « bien-élevés » étant intégrés au système (à droite comme à gauche) pour servir de faire valoir. A Montpellier la stratégie de Frêche était le paroxysme de cette orientation en multipliant les provocations contre les musulmans en tant que tels tout en achetant tel ou tel « représentant communautaire ».

Or cette génération a majoritairement refusé cette dérive communautaire et a cherché à résister à ce glissement vers un discours politico-religieux. Tout s’est noué autour de la crise de l’automne 2005 où il est clairement apparu à ces jeunes hommes et à ces jeunes femmes que la question sociale (sous toutes ses formes : emploi, chômage, ghettoïsation, logements, droits… ) était la question centrale à laquelle il ne pouvait être apportée qu’une réponse politique et sociale, et non religieuse. Et ils ont fait mouvement vers des investissements associatifs et citoyens en 2006 et 2007. Ce travail de terrain par exemple pour l’inscription sur les listes électorales ou pour définir des droits nouveaux du citoyen dans les quartiers a été considérable. On en a souvent retenu que le vote pour Ségolène Royal en 2007 mais il a vite été compris par ces acteurs de terrain que ce vote n’était qu’un vote par défaut puisqu’ils n’avaient pas été associés à la sélection du candidat pour les représenter. Vivant dans le tissu associatif et éducatif du quartier de la Paillade depuis 1993, quartier limitrophe de ma commune et où moi-même comme mes amis ou mes enfants avons beaucoup de liens et d’engagements, j’ai observé de prés cette évolution sociale et politique. Or c’est dans cette dernière période qu’a grandi la conscience que l’engagement associatif ne pouvait suffire ; qu’il fallait investir le champ politique si on ne voulait pas à nouveau être trompé, si on voulait que se construise une authentique représentation populaire.

La question que je me pose : comment se fait-il que des analystes, par ailleurs cultivés et perspicaces, ne comprennent rien à cette évolution politique majeure, ânonnent de vieux préjugés qu’auraient dû balayer entre autres l’immense processus de la révolution arabe ? Dés lors qu’on fréquente et vit dans ce quartier on voit une nouvelle France dont les énergies cherchent à se mettre en mouvement. Il est consternant que des esprits soi-disant éclairés substituent la question religieuse à la question sociale. Ainsi est sans cesse rappelé que le candidat des cantonales de 2011, étudiant en 2000, fut candidat au CROUS à Montpellier sur une liste d’étudiants « musulmans » ? Et alors ? Faut-il lui refusé le crédit d’avoir depuis évolué, au contact des milieux associatifs et altermondialistes ? Faudrait-il renvoyer toute cette génération à une appartenance religieuse et ne pas chercher à partager avec elle la perspective d’une alternative politique et sociale? Pourquoi taire le discours républicain et laïque que Mohamed Bouklit tient depuis de longues années dans son quartier qui démontre un positionnement pour s’approprier la laïcité de la république comme une condition de l’émancipation ?

Il ne faut pas dès lors pas s’étonner que ce soit Mélenchon qui trouve le chemin des quartiers populaires et de ces citoyens engagés : toujours resté intransigeant sur la question laïque, il n’est pas de ceux qui les renvoient pas à leurs appartenances. Car la laïcité c’est avant tout l’affirmation que la croyance religieuse et philosophique est libre et appartient à la sphère privée de chacun ; elle sous-tend que ce qui nous rassemble dans la même cité politique, c’est l’intérêt général. Pour que chacun dispose de la liberté de conscience et de culte il ne peut être prôné par l’Etat ni religion officielle ni principe religieux ; la qualité de citoyen est acquise indépendamment de nos appartenances particulières. Or cette compréhension de la laïcité passe d’autant mieux dans les quartiers populaires qu’elle est la réponse à l’enfermement particulariste dans lequel on a cherché à enfermer les populations qui y vivent.

Des quartiers aux classes populaires. Je crois en fait qu’au delà d’une incompréhension de la laïcité il y a aussi une vraie cécité dans les élites politique, intellectuelles et médiatiques sur la France nouvelle qui se construit dans les milieux populaires. Certains se sont évertués pendant des années à nier le maintien d’une France populaire en prétextant que nous étions devenus une société d’individus et de classes moyennes. Dans cette vision du monde social il ya d’un côté la majorité des inclus et de l’autre une minorité d’exclus. Une vision du monde où les classes sociales ont disparu et où l’action collective qui en découle disparait avec elles, qu’on traite ces exclus par la stigmatisation ou par la charité. Cela a consisté à une vaste opération de « désenchantement » voire d’occultation de l’existence de la classe ouvrière, réduisant la question sociale à des problèmes sociaux, résumant l’essentiel de ces problèmes sociaux la relégation territoriale dans des banlieues désormais appelées dans la novlangue technocratique « les zones sensibles ». Des « zones sensibles » auxquelles on ajoute un marquage plus ou moins ethnique, des territoires de relégation devenant le lieu des nouvelles « classes dangereuses ». Fin de la classe ouvrière et relégation des exclus dans les quartiers sensibles devinrent les deux faces complémentaires d’un même discours.

Or toute cette construction intellectuelle a fait faillite, quand bien même elle demeure le credo d’une pensée indigente. Les classes populaires sont de retour. On découvre d’abord que les catégories socioprofessionnelles des ouvriers, en majorité des hommes, et des employés, en majorité des femmes (majoritairement compagnes ou épouses des premiers) constituent la majorité absolue de la population active. Si on prend toute la famille, on constate que c’est prés de 70% de la population qui vit dans un ménage dont l’un des actifs au moins est soit ouvrier soit employé. Certes ce n’est plus une classe populaire structurée par une majorité d’ouvriers d’industrie comme c’était encore le cas dans les années soixante. Les nouvelles classes populaires ont été modifiées par plusieurs phénomènes : d’une part par les modifications des structures productives avec la croissance de ce qu’on peut appeler le « prolétariat tertiaire » devenu majoritaire dans les classes populaires ; d’autre part ces classes populaires partagent l’expérience de la crise sociale et économique et les effets du libéralisme triomphant c’est-à-dire l’expérience du chômage à répétition, de la précarité généralisée, des salaires bloqués ou en baisse et de la baisse de toutes les protections sociales. Ces classes populaires se rendent compte de leur nouvelle unité de situation et sont à la recherche d’une nouvelle modalité d’expression de leurs attentes, lorsqu’elles ne cèdent pas au désespoir. Certes le lieu de travail peut redevenir un lieu de reconstitution politique et sociale des classes populaires. Certains l’ont d’ailleurs enterré un peu trop vite. L’entreprise, l’usine, l’établissement demeurent des lieux indéniables de reconnaissance et de mobilisation ; ce sont plutôt les branches professionnelles qui déclinent dans les mobilisations collectives. Ceci dit l’entreprise ne joue ce rôle que pour une minorité des classes populaires. La grande majorité est éclatée et cherche d’autres voies pour se rassembler et défendre ses intérêts. Le lieu d’habitat, ce fameux quartier populaire, constitue un cadre potentiel de reconnaissance et de mobilisation. Cette potentialité a pu être combattue par les puissants en jouant des rivalités communautaires et en nourrissant le racisme, qui depuis toujours est un formidable instrument de division au service de l’ordre établi. Mais l’expérience vécue a fait reculer cette arme de division et le sentiment de partager la même galère face à une richesse de plus en plus impudente prend racine. J’ai la conviction que le quartier populaire va être un lieu privilégié de l’insurrection civique qui vient. On voit donc que la question posée par le Front de Gauche des Quartiers Populaires va beaucoup plus loin et pose en fait la question des moyens que nous mettons au service de la révolution citoyenne. Avec la campagne présidentielle et législative qui commence de fait à cette rentrée, notre objectif n’est pas de faire une campagne comme une autre face aux électeurs ; la candidature de Mélenchon et des candidats du Front de gauche n’est pas une fin en soi ; c’est un moyen formidable de construction des instruments de la révolution citoyenne. Ce n’est pas une formule. Dans le contexte de crise majeure de civilisation que nous traversons, les peuples sont en mouvement ; la révolution citoyenne est inéluctable ; rien ni personne ne peut en prédire les formes et les cheminements. Par contre la responsabilité politique des militants et des citoyens engagés est de construire dans cette société mobilisée les instruments collectifs qui permettront de conduire cette révolution citoyenne à la victoire. La mobilisation dans les urnes sera un moment crucial de cette construction.

Un dernier mot pour dire ma joie de voir cet été 300 000 israéliens manifester dans Tel Aviv pour la justice sociale avec une banderole « faisons comme les Egyptiens »…cela a un certain rapport avec le contenu de cette note !

J’arrête là car je vois que j’abuse de mon clavier pour cette période de vacances ….à moins que l’actualité m’obligent d’y revenir plus vite que prévu.

Quelque part sur le littoral breton, le 15 août 2011….