RESPECT !

Note du 16 mars 2015

C’est le court et magnifique slogan de la coalition qui rassemble dans l’Isère Europe Ecologie les Verts, le Parti de Gauche, Nouvelle Donne, des associations citoyennes, quelques communistes et ex socialistes. Après avoir remporté Grenoble en devançant nettement le PS, l’UMP et le FN, cette belle coalition progressiste  présente des candidats dans 23 cantons sur 29. Elle se fixe l’objectif d’être en tête de la gauche. Quel que soit le résultat, le fait que l’expérience grenobloise se poursuive à l’échelle du département est en soi facteur d’espoir dans un contexte national particulièrement sombre. Alors que le PS et son gouvernement annoncent qu’ils ne changeront rien à leur politique d’austérité, alors que Sarkozy et l’UMP/UDI nous promettent la même politique en pire, alors que des millions d’électeurs de gauche s’apprêtent à voter avec leurs pieds en s’abstenant (dans mes rencontres chez les habitants cette semaine, c’est le cas de prés d’un sur deux), alors que le FN peut attendre, d’une moindre démobilisation de son électorat, mécaniquement des victoires, nous sommes confrontés à un contexte politique difficile. Il ne servirait à rien pour autant de s’agiter et de paniquer, il faut préparer l’avenir, manifester l’existence d’une gauche alternative au PS moribond, comme l’ont fait Syriza et Podemos. C’est le sens des listes RESPECT en Isère.

Dans notre région des signaux vont dans le même sens. Ainsi dans les politiques, à l’échelle départementale, des listes EELV/PG/société civile concurrencent un PS en plein doute. Dans ce département nous regrettons que les élus PCF sortants aient acceptés le déshonneur d’une alliance avec le PS austéritaire pour éviter la déroute ; avec le déshonneur ils pourraient bien récolter la déroute ! Dans l’Hérault, la décomposition socialiste est à son comble, suite notamment à la perte de Montpellier au profit du dissident socialiste Saurel. La droite est aussi dans un mauvais état aggravé par la perte de la deuxième ville du département au profit de l’extrême droite. Quant au Front de gauche il faut bien constater la quasi disparition de toute autorité départementale, laissant place à des positionnements locaux contradictoires.

Dans ce champ de ruines il faut saluer les réalisations de rassemblement du Front de Gauche et des écologistes comme c’est le cas sur le canton 2 de Montpellier (Nicolas DUBOURG – Muriel RESSIGUIER) ou sur le canton de Pignan (Serge DESSEIGNE- Anne TITAUT-GROLLEAU). Il est regrettable, sur le canton 1 de Montpellier où le potentiel électoral EELV/FDG dépasse celui du PS, que les responsables verts locaux se soient ralliés à des socialistes en déroute, obligeant le Front de Gauche à porter seul la perspective de l’alternative (avec le binôme Isabelle CABECA – Joël VEZINHET). Dans le canton de Clermont l’Hérault, une belle candidature Verts/PG (Jean COUPIAC- Myriam HUBERT) est porteuse d’espoir malgré le sectarisme du PCF local qui a refusé l’union et maintenu un candidat.

Bref nous allons tout faire cette dernière semaine pour que ces positions d’avenir soient les plus fortes possibles. Après la prise de position remarquée de Cécile Duflot pour un nouveau rassemblement progressiste concurrent du PS, les signaux porteurs d’avenir se multiplient ; il faudra les faire fructifier malgré la catastrophe électorale annoncée.

Et pourquoi pas des listes RESPECT aux prochaines régionales ?

René REVOL

La brèche est ouverte dans le mur européen de l’austérité

Note du 26 janvier 2015

Ce dimanche 25 janvier le choix du peuple grec est sans appel : exerçant sa pleine souveraineté, il a mis largement en tête Syriza et fait largement minoritaire les partis qui ont mis en œuvre l’austérité dictée par la troïka (FMI, BCE, Commission européenne). La décision du suffrage universel du peuple grec s’impose à tous, à commencer aux autres gouvernements européens.

Une voie nouvelle s’ouvre en Europe !

Gouvernants Ne touchez pas à la Grèce ! Respectez la volonté de son peuple !

Exigeons que soit largement effacée la dette publique grecque, dette indue car liée aux taux d’intérêt astronomiques imposés par les grandes banques internationales et les agences de notation.

Défendons dans tous les pays européens la même politique que Syriza : protéger les plus pauvres, soutenir la consommation populaire et les investissements utiles, restaurer les services publics et la sécurité sociale, contrôler le secteur financier et faire peser le poids de l’impôt sur les plus riches. Une brèche s’est ouverte dans le mur européen de l’austérité ; une autre Europe est possible.

En Grèce l’opportunisme du Parti Socialiste (PASOK) qui a soutenu et imposé les mesures d’austérité a été largement sanctionné avec un score inférieur à 5%. Le sectarisme du parti Communiste (KKE) qui a refusé l’alliance avec Syriza a été sanctionné par les électeurs.

En France comme en Grèce l’alternative passe par l’union de la gauche anti austérité et des écologistes. Souhaitons que le Front de gauche et Europe Ecologie Les Verts sauront surmonter les sectarismes pour fournir lors des prochaines échéances électorales une offre électorale unifiée. A nous tous, ici et maintenant, de démontrer qu’une alternative est possible !

René REVOL

Implication citoyenne et alternative politique

Note du 22 décembre 2014

Je ressens vivement chaque jour une contradiction majeure dans mon action publique. Je profite de ce moment de pause des fêtes de fin d’année pour partager avec vous quelques réflexions sur ce sujet.

Contrairement au discours dominant des chroniqueurs qui parlent sous le mode de l’évidence  se dispensant ainsi d’apporter les preuves de leurs allégations – d’une tendance lourde de la droitisation de la société marquée par une demande d’un pouvoir autoritaire et le reflux des mobilisations sociales et citoyennes reflétant une passivité individualiste de nos concitoyens, je constate sur le terrain une toute autre situation. Les mobilisations sociales par entreprises sont plus nombreuses en 2014 que les années précédentes ; les mobilisations citoyennes de masse ne manquent pas à l’image dans notre région de la mobilisation contre le barrage de Sivens. A l’échelon municipal, je constate comme maire une forte disponibilité des citoyens dont la mobilisation a d’ailleurs  permis à notre liste municipale de gagner nettement contre l’hostilité des partis de droite et de gauche (à de rares exceptions, dont le PG bien entendu). Sur des sujets précis qui font sens pour les habitants ceux-ci répondent présents : ce fut le cas lorsqu’on a organisé en 2013 un référendum sur l’eau ou quand il s’agit de se mobiliser contre un projet routier qui va détruire notre paysage et menacer la santé comme les ressources en eau. Cette disponibilité citoyenne j’ai pu la voir à l’œuvre quand il a fallu faire face aux inondations catastrophiques qui ont frappé mon village cet automne : l’engagement solidaire fut massif et exemplaire. Mais les choses vont plus loin puisque les habitants se mobilisent avec nous pour que les ouvrages de protection soient faits envers et contre les coupes budgétaires de l’austérité et interviennent contre les projets de promoteurs qui veulent bétonner les zones inondées (Note 1).

Bref la disponibilité pour l’implication citoyenne est là. Mais force est de constater qu’elle ne reste puissante que sur des enjeux locaux ; elle est beaucoup plus laborieuse sur des enjeux politiques et sociaux nationaux. On l’a par exemple vérifié dans la mobilisation politico-sociale contre l’austérité budgétaire ; l’appel des 3 A était unitaire et clair ; les citoyens contactés l’approuvaient mais ils se sont peu déplacés. Est-ce que cela signifie que le peuple aurait un défaut de conscience politique et sociale et qu’il ne saisirait plus les enjeux globaux ? Certes le bourrage de crâne médiatique lié au déclin de la socialisation politique des grandes organisations n’est pas sans effet. On n’en constate pas moins toujours le même intérêt aux grandes questions politiques sociales été environnementales ; cet intérêt se mesure particulièrement sur le net et les réseaux sociaux comme dans les conversations de « sociabilité rapprochée » comme le disent les sociologues qui étudient les relations entre collègues, voisins, amis ou parents. La France reste un pays « politique » où les grandes questions centrales sont suivies par les citoyens.

Ce qui a changé c’est que le peuple a le sentiment de ne plus avoir aucune prise sur le global ; à la différence du local où ils ont l’intuition de pouvoir modifier le cours des choses.

Ce renoncement sur le global se nourrit d’un fait largement partagé par le grand nombre, bien au-delà des électeurs de gauche : le sentiment d’avoir été trahi par François Hollande ; il s’est fait élire contre la finance et il s’est immédiatement soumis à elle. Cela ne fait d’ailleurs guère discussion chez les analystes sérieux de l’opinion publique qui soulignent qu’on est bien au-delà des « déceptions » qu’avaient générées Mitterrand ou Jospin. La brisure est profonde et les socialistes risquent bien d’en boire la coupe électorale jusqu’à la lie ; quant au reste de la gauche elle serait emportée avec eux si elle n’arrivait pas à incarner une nouvelle voie.

Je suis intimement convaincu qu’implication citoyenne et alternative politique sont intimement liées. Si on veut que les citoyens ne restent mobilisés que sur les seules questions locales et que le mouvement social et civique prenne confiance en lui, il est indispensable que se construise une alternative politique crédible à moyen terme. On le voit bien sur la mobilisation pour la 6ème République. D’un côté la pétition en ligne a connu un succès considérable avec bientôt 100 000 signatures, ce qui prouve bien que nos concitoyens se passionnent toujours autant pour les enjeux centraux (et quoi de plus central que la question du régime politique) ; mais force est de voir que les ateliers constituants et rassemblements sur ce thème restent modestes au vu de l’ampleur de la pétition. Car l’implication citoyenne pour la 6R a besoin elle aussi d’une perspective politique crédible.

Or cette alternative politique à gauche en France tarde à se matérialiser, contrairement à l’Espagne et la Grèce. La situation politique entre la France et ces deux pays diffère profondément. Dans ceux-ci où la droite est au pouvoir et assume la mise en œuvre d’une austérité drastique,  les gens veulent en finir avec cette politique ; ils ne se tournent ni du côté du Pasok ni de celui du PSOE car tous se souviennent que ce sont les socialistes qui ont initié ces politiques d’austérité. La perspective que Podemos et Syriza gouvernent est devenue crédible à court terme et cela nourrit naturellement la mobilisation citoyenne. En France il s’agit de renverser la « gauche » libérale par la gauche radicale, c’est naturellement bien plus difficile. Avec en embuscade un FN qui mobilise 25% des électeurs qui se déplacent aux urnes ; ce qui fait du FN une alternative politique à droite crédible.

A cela s’ajoute la division et les hésitations de l’autre gauche française. EELV était au gouvernement il y a un an et le PCF a fortement entamé sa crédibilité dans son autonomie vis-à-vis du PS lors des municipales. Certes depuis, une évolution de ces deux partis semble en cours mais on est encore loin du but. Un rassemblement du Front de Gauche et d’EELV voire de socialistes en rupture sans oublier Nouvelle Donne et d’autres opposants de gauche serait de nature à ouvrir la voie à une alternative à gauche. Toute nouvelle pierre posée dans cette entreprise sera une bonne nouvelle et doit être soutenue mais une condition est aussi indispensable : que cette coalition de gauche indépendante du social libéralisme ouvre largement ses portes à l’implication populaire et citoyenne pour que le peuple impose sa volonté. La bataille n’est pas jouée et le chemin est escarpé, mais il n’y a pas d’autres voies. Une telle stratégie qui unifie implication citoyenne et alternative politique implique plein de choses : la façon d’aborder les échéances électorales à venir, les modalités et les objets des luttes sociales et civiques, la nature de l’engagement des élus….

On aura l’occasion d’en reparler…l’année prochaine. Bonne fin d’année à tous

René REVOL

Note 1 : A ce sujet, alors que je suis engagé dans un rude combat contre un promoteur qui veut bétonner les bords de la rivière qui a dévasté mon village dans la nuit des 6/7 octobre. Pour arriver à ses fins il n’hésite pas à me diffamer (comme la justice l’a reconnu en le condamnant), il est intéressant de voir certains soutenir indirectement ce promoteur contre moi à travers des « blogs poubelles » et autres commentaires malveillants et mensongers  de ceux qui aux dernières élections municipales dans ma commune ont été balayés par le suffrage universel. Tout cela a pour but de m’impressionner pour me faire céder. Ils me connaissent mal.

Le 21 puis le 23 et enfin le 25 mai !

 Note du 19  mai 2014

Dans la semaine qui s’annonce nous avons trois rendez vous majeur :

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Mercredi 21 mai :
avec le grand meeting régional du Front de gauche pour les élections européennes avec la participation de Jean-Luc MELENCHON. Donc Tous au Zénith mercredi 21 mai à 20h !

 

Vendredi 23 mai : je vous appelle à participer à la grande manifestation d’élus et de citoyens contre la réforme territoriale de Hollande Valls qui se déroulera devant la Préfecture de l’Hérault à 17h à Montpellier.
(rendez-vous au Peyrou à 17h où nous aurons notre banderole)

Et enfin dimanche 25 mai pour les élections européennes à un seul tour ; le score du Front de gauche doit être le plus élevé possible pour ouvrir l’alternative à gauche face à la déroute annoncée du PS.
Comme j’ai participé à plusieurs réunions publiques, à des diffusions de tracts et à des rencontres avec des citoyens, je voudrai aborder quelques points abordés et discutés.

D’abord un sujet qui commence à percer et dont les gens commencent à s’approprier, celui du marché transatlantique et de ses conséquences. Le travail d’explicitation avance bien. Dans ma bonne commune de Grabels le comité local du PG a organisé une réunion publique sur ce thème avec une bonne soixantaine de présents, animée par Muriel RESSIGUIER candidate sur la liste européenne du grand sud ouest conduite par Jean-Luc MELENCHON. Je vous invite à largement communiquer dans vos réseaux le remarquable document élaboré sur ce sujet par Raoul Marc JENNAR qui se dépense sans compter pour faire son travail d’éveil des consciences. Je suis fier d’être membre du même parti que cet intellectuel engagé précis et rigoureux. Vous trouverez son argumentation ici. Je ne reviens pas donc sur ce thème désormais bien connu. J’ai par ailleurs constaté dans mes rencontres avec la population qu’un autre sujet, connu de la population, provoquait de vives réactions : la question des travailleurs étrangers détachés. Si on les rencontre de plus en plus sur nos chantiers, c’est comme vous le savez parce qu’ils coutent bien moins chers, car assujettis aux charges sociales du pays d’origine. Des officines (souvent basées juridiquement à Chypre) recrutent et placent des salariés dans toute l’Europe, réalisant au passage de belles marges bénéficiaires. Cette « traite » a un double avantage pour les capitalistes : d’une part faire baisser le coût du travail par la mise en concurrence et le nivellement par le bas du niveau de salaire ; d’autre part de diviser les salariés des différents pays, quitte à nourrir la xénophobie. Ce sujet scandalise de plus en plus nos concitoyens.

Je veux à présent souligner quel est l’axe stratégique de la campagne du Front de Gauche : pour une désobéissance civique à grande échelle. La gauche a eu pour thème  il ya dix ans de mener campagne pour changer l’Europe pour la rendre plus sociale, plus démocratique et plus écologique… Ce discours n’a plus aucune crédibilité tant il apparaît qu’il n’y a chez ceux, sociaux démocrates ou libéraux conservateurs, en responsabilité à la Commission ou au Parlement, non seulement pas l’ombre d’une évolution quant à leur politique, mais une dérive austéritaire sans borne. Qui peut croire les mêmes quand ils promettent qu’en votant pour eux l’Europe deviendra plus sociale ? Il ya dans la population une profonde défiance vis-à-vis du discours « réformiste » européen. C’est pourquoi le Front de Gauche mène campagne non pour « changer l’Europe » mais pour ROMPRE avec la construction européenne en place, afin d’ouvrir la voie à une autre construction, de solidarité entre les peuples européens. Comment mettre en place la stratégie de cette rupture ? En prônant la désobéissance nationale avec les directives européennes ; en traçant la perspective que la France puisse désobéir et ouvrir ainsi la voie aux autres peuples. Aujourd’hui le pacte de responsabilité et le plan de 50 milliards d’économies découlent directement de l’exigence de la Commission que la France retourne aux 3% de déficit d’ici 2017. Or cette exigence de la Commission procède directement du traité Merkel/Sarkozy.  Hollande, qui ne l’a pas renégocié comme il l’avait promis, l’applique avec le plus grand zèle. Ce plan de destruction des acquis sociaux, pour de gros cadeaux financiers au patronat sur le dos des retraités et des minima sociaux, provoque l’hostilité populaire et la mobilisation sociale. Les élections européennes, qui s’inscrivent désormais dans le contexte de cette mobilisation sociale,  ouvre la possibilité d’une issue politique : que la France refuse le diktat de la Commission et désobéisse au traité. Cette stratégie de rupture est proposée dans de très nombreux pays européens aux électeurs. Le résultat des européennes sera en France un élément important de la construction d’un rapport de force contre le plan d’austérité. Battons campagne au nom d’une désobéissance civique de masse ! N’oublions pas que l’UE n’est régie que par des traités entre ses Etats membres et qu’elle n’est soumise  à aucun « Etat européen ». Ne s’y applique donc pas la contrainte d’un État qui disposerait du « monopole de la violence légitime » (pour reprendre la définition de l’État de Max Weber). La discipline européenne réside dans la soumission volontaire de chaque État membre. Un pays peut donc décider de rompre partiellement ou totalement cette discipline et ouvrir ainsi une perspective aux autres peuples. La tension à laquelle la politique austéritaire et les institutions européennes soumettent les peuples d’Europe mènent à un point de rupture inévitable, sans qu’on sache aujourd’hui où quand et comment cela se produira. Notre responsabilité est de renforcer la construction d’une alternative pour qu’elle assume ses responsabilités dans cette crise inévitable.

J’aurai l’occasion de revenir dans une prochaine note sur le combat contre la réforme territoriale ce qui n’est pas sans rapport avec les enjeux européens :

En attendant rendez-vous le 21, le 23 et le 25 mai !

René REVOL

« Nul besoin de faire la sérénade devant les fenêtres du PS » – Lettre à Nicolas GARCIA, secrétaire départemental du PCF dans les Pyrénées Orientales.

Lettre à Nicolas GARCIA, secrétaire départemental du PCF dans les Pyrénées Orientales.

Cher Nicolas,

Je me permets de répondre à la note récente de ton blog où tu mets en cause le Parti de Gauche et où tu me cites. Je le fais car nous avons souvent combattu ensemble côte à côte depuis 2005 et la campagne pour le NON au TCE et j’ai beaucoup de respect pour ton action tant au Front de gauche dans les Pyrénées Orientales qu’en tant que Maire d’Elne. A chaque fois que tu m’as invité pour animer une réunion publique ou partager une action j’ai répondu présent ; en 2010 quand il a fallu défendre l’honneur de la gauche face à Georges Frêche, tu as refusé de suivre Gayssot et autres opportunistes et tu t’es engagé pour la liste du Front de Gauche que je conduisais ; lorsque tu nous as demandé que Jean-Luc Mélenchon soit présent à la Fête du travailleur Catalan, celui-ci a toujours répondu présent. Si cette critique du Parti de Gauche était le fait du secrétaire départemental du 34 je ne perdrais pas mon temps à lui répondre car depuis le début il a toujours manifesté son hostilité au Front de gauche, ce qui est normal pour un élu qui s’est toujours plié aux volontés de Frêche et de ses successeurs (il fut même le seul responsable du PCF à refuser de venir au meeting de campagne de Mélenchon à Montpellier où nous étions 10 000 !) mais venant de toi avec qui j’ai partagé tant de combats communs, tu comprendras que je prenne le temps de répondre à ta mise en cause en espérant te convaincre, d’autant que tes informations sont fausses.

Tu affirmes que le PG est contre toute présence commune avec des socialistes sur des listes municipales dès le premier tour dans toutes les villes. Cela est faux. Je te précise donc la position du PG. Dans les grandes villes de plus de 20 000 habitants il nous paraît indispensable que le Front de gauche se présente sur des listes autonomes du parti socialiste car il faut permettre aux électeurs de voter à gauche contre l’austérité que met en œuvre le gouvernement Hollande-Ayrault. Ce dernier vient de décider de mettre au régime sec les collectivités locales en baissant massivement la Dotation 2014 ; comment pourrions nous être sur les mêmes listes que ceux qui approuvent cette cure libérale et que vaudront leurs promesses puisqu’ils mettront en œuvre cette austérité locale programmée? Naturellement si un élu socialiste rompait avec cette logique libérale nous pourrions nous rassembler ; nous n’excluons pas cette hypothèse quand on voit le début d’une vague de démissions qui se profile, mais ce n’est le cas d’aucun candidat PS actuellement dans les grandes villes et pour le PCF à Paris comme à Perpignan ou Montpellier se compromettre sur une liste PS c’est le plus sûr moyen de partager le rejet populaire qui grandit dans le pays et ainsi laisser le champ libre au FN qui apparaîtrait comme la seule alternative. Ce serait catastrophique et c’est bien pour cela que dans la grande majorité des villes les communistes votent massivement dans leur consultation interne pour des listes Front de Gauche autonomes.

Quant aux villes de moins de 20 000 habitants la mise en œuvre de politiques municipales en rupture avec l’austérité peut parfaitement se faire en rassemblant toute la gauche authentique d’une ville ou d’un village et parmi eux il ne manque pas de socialistes de terrain qui nous suivront ! Tu me fais l’honneur de parler de la ville de Grabels qui avec ses 6500 habitants est membre de l’Agglomération de Montpellier. Laisse moi d’abord te rappeler que quand j’ai été élu en 2008 c’est CONTRE Georges Frêche et Robert Navarro (1er fédéral PS) qui avaient appelé à voter pour une autre liste ! Ensuite tu parles d’un élu « centriste » ; tu fais certainement allusion à un élu qui se disait « centre gauche et admirateur de DSK » et je t’informe qu’il a quitté notre liste au début du mandat et qu’il a depuis inondé le net de critiques virulentes contre notre politique. Son écho est faible puisqu’il est parti seul, toute la liste étant resté solidaire. Sur les 22 colistiers 6 sont au PG (le PCF n’existe pas chez nous) et 5 sont au PS et les 11 autres sont non encartés. Nos actions ont été soumises à tous et approuvées. Le bilan est là :
1- Refus de l’austérité avec un plan d’investissements massifs (3M€ par an en moyenne soit le triple des communes identiques) et municipalisation de la crèche et du centre de loisirs faisant passer le personnel de 60 en 2008 à 101 en 2013 ;
2- Mise en place de circuits courts avec un marché local et une réinstallation d‘agriculteurs, base d’une politique de relocalisation des activités à l’opposé de la stratégie frêchiste (devenue depuis la doxa du PS et du gouvernement) des pôles privés de compétitivité ;
3- Politique massive de logements sociaux les faisant passer en 5 ans de 108 à 400 !
4- Prise de position claire et nette pour refuser la métropole ;
5- Pour la gestion publique de l’eau contre la DSP à VEOLIA défendue par le Président PS de l’agglomération et candidat socialiste à la mairie de Montpellier et cette décision soumise à un référendum municipal qui a obtenu 95% des voix pour la régie publique….Et je pourrais ainsi aligner d’autres exemples.
Je suis certain qu’un tel programme et une telle action ne peuvent qu’entraîner la majorité de la base socialiste que nous rencontrons dans nos villages et nos quartiers. Je sais que ton action à Elne va dans le même sens et depuis bien longtemps. Alors nul besoin de faire la sérénade devant les fenêtres du PS pour faire triompher localement une politique de gauche.

Et ainsi ensemble nous pourrons porter haut et clair les couleurs d’une gauche qui n’est pas libérale et que le front de gauche peut rassembler , non seulement aux municipales mais aussi deux mois après aux élections européennes dans le grand sud ouest derrière Jean-Luc Mélenchon ou encore aux élections régionales en Languedoc Roussillon en mars 2015 où nous devrons porter une alternative à gauche à la gestion socio-libérale des Bourquin et consorts.

En espérant que nos débats seront constructifs et nous permettront de faire vivre le Front de gauche partout dans notre région.

Fraternellement,

René REVOL

Touche pas à mon intermittente !

Sommes-nous dans une démocratie et un Etat de droit quand on voit ce qui se passe dans les médias, Sophie Tissier l’intermittente de D8 placardisée pour être intervenue à l’antenne sur ses conditions de travail lors du passage de Jean-Luc Mélenchon en juin dernier,  lance une pétition qui a déjà récolté plus de 10 000 signatures.

Vous trouverez le lien de la pétition en cliquant ici !

Signez en masse !

René REVOL

Retraites et Révolution citoyenne !

Au lieu d’une note écrite, je vous invite à regarder mon passage dans l’émission « La voix est libre », sur France 3 Languedoc Roussillon du samedi 14 septembre, en cliquant ici.

Dans les 25 minutes de cette émission, j’ai pu exprimer l’opinion du Parti de gauche notamment sur la contre-réforme des retraites où pour la première fois un gouvernement de « gauche » entérine et aggrave les mesures adoptées par la droite en 1993, 2003 et 2010.

Je vous invite aussi à participer aux deux rendez-vous politiques locaux à la fin de cette semaine où nous accueillons notamment Alexis CORBIERES, secrétaire national du PG, Maire Adjoint du 11ème arrondissement de Paris.

Vendredi 20 septembre à 19h30 dans la salle du Café de l’Esplanade à Montpellier

Débat autour du thème « Assumer le combat contre le Front National ».
Le débat est organisé par le Front de gauche de Montpellier à l’initiative du PG et sera animé par Muriel Ressiguier, porte-parole montpelliéraine du PG. Alexis CORBIERES est un spécialiste de ces questions notamment avec son ouvrage sur le FN «  Vote FN pourquoi ? ».

Samedi  21 septembre, je vous invite à la 14ème édition de la Fête de la République à Grabels (dans la cour des anciennes écoles) à partir de 12h pour un banquet républicain où notre invité d’honneur cette année est justement Alexis CORBIERES où il nous parlera de l’expérience sud-américaine et plus particulièrement de la mise en œuvre de la Révolution Citoyenne.

Pensez à vous inscrire pour le repas de 12h30 (tarif de 15 euros et 8 euros pour les étudiants et les chômeurs) auprès de l’association pour la fête de la République par mail : feterepublique34790@yahoo.fr ou par téléphone : 06 22 37 14 94.

René Revol.

 

 

Où va la France ? La dérive des continents sociaux s’accélère.

Note du 24 avril 2013

Un mot d’abord avant de développer les sujets principaux de cette note : un adolescent de 16 ans et ses potes que je connais un peu me disent être tombés sur ce blog et de certes avoir vite survolé les textes (qui manifestement ne les ont pas passionnés !!) mais par contre d’avoir été scotché par les aphorismes de René Char que je mets en exergue. Je suis heureux que ces jeunes aient pu rentrer dans ce blog par cette porte. N’hésitez pas à faire comme eux en cliquant sur l’onglet « aphorismes ». Je leur dédie l’aphorisme que j’ai choisi pour ce jour ; il leur va à merveille.   

Dans cette note je m’essaye à une appréciation générale de l’évolution économique et sociale de notre pays et de sa politique, mais aussi et surtout une analyse du début de la crise du régime politique actuel, de l’évolution des rapports de force sociaux, de la radicalisation à gauche comme à droite et de son mécanisme interne, de l’importance de cette appréciation théorique dans la définition de notre stratégie et de notre expression au PG et je dis aussi un mot sur les « outrances » et ce qu’il faut en penser. Et comme cette note est un peu longue je commence par vous faire un petit cadeau.   

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Ci-dessus il s’agit de la bannière que les paysans vignerons de mon village Grabels ont brandi dans les grandes manifestations de de la révolte viticole de 1907. Le texte est en occitan et signifie :

« Vous arrosez d’eau le pays 
Vous arrosez d’or vos amis
Nous vous balaierons tous,
Fraudeurs, arroseurs et arrosés. »

Cette affiche a été retrouvée en 2010 (ainsi que celle de 1963 reprennat le même texte mais traduit en Français lors d’une autre grande manifestation viticole), elle a été restaurée par un artiste local et est désormais exposée dans la salle du Conseil Municipal. Et lors d’un récent mariage lorsque les invités m’ont demandé de leur traduire le texte un moment magique s’est produit : ils ont tous applaudi ! Comme quoi la perspective d’un grand « coup de balai » est toujours d’actualité et correspond aux attentes populaires. En 1907 les négociants avides de profit coupaient le vin avec l’eau pour s’enrichir et appauvrir les vignerons ; en 2013 ils fraudent le fisc. Ces braves gens dans ce mariage n’ont pas eu besoin de discours pour faire le lien.
Et je vous fais un deuxième cadeau, si vous allez lire la nouvelle constitution équatorienne qui prône la révolution citoyenne, vous trouverez la formule suivante en quechua, qui est d’actualité :

« AMA QUILLA, AMA LLULLA, AMA SHUA »
« No ser ocioso, no mentir, no robar »
« Ne pas être désœuvré, ne pas mentir, ne pas voler »

J’utilise  l’expression dans mon titre de « dérive des continents » tirée de la tectonique des plaques parce qu’elle me paraît adaptée à ce qui est entrain de se passer dans notre société, étant entendu que la dérive des continents physique est à un bout à l’échelle de la lenteur et que la dérive des continents sociaux peut s’accélérer vivement.  Une société est un complexe aggloméré et sédimenté, fait de groupes sociaux aux intérêts divergents et contradictoires, structuré par des institutions politiques et sociales qui encadrent des rapports sociaux en mouvement, mais une société c’est aussi des représentations collectives du monde et de l’homme qui font les consciences individuelles. Cet ensemble d’objectivité et de subjectivité, qui interagissent les unes sur les autres, évolue parfois lentement et parfois s’accélère. De plus les niveaux différents du complexe social n’évoluent pas au même rythme provoquant d’incessants décalages ; et dans la différence des rythmes ce sont souvent les représentations subjectives, les croyances et les sentiments comme les systèmes d’idées,  qui évoluent le plus lentement, ce qui débouche souvent sur la stupeur que provoque le choc de la réalité brutale sur une conscience qui découvre soudainement la réalité. Or justement j’ai le sentiment si ce n’est la certitude que nous assistons en ce moment à une accélération de l’évolution du complexe social global. Plusieurs phénomènes se superposent en même temps. La situation économique et sociale où la récession mortifère du Sud européen commence à faire effet dans notre pays, la remise ne cause de la base même de l’autorité politique que manifeste la perte phénoménale de confiance  exprimée dans l’extraordinaire affaire Cahuzac, tout cela débouchant sur une polarisation politique grandissante traversant tout le corps social comme en témoigne d’un côté la détermination et la colère dans les luttes ouvrières et de l’autre la radicalisation à droite contre le mariage pour tous. Prenons rapidement chacun de ces points.

La situation économique : Arrive la catastrophe annoncée.

Pour traiter ce point je vous reproduis ci après un extrait de la réponse que j’ai apporté à un groupe d’anciens étudiants qui m’interrogeaient fin février. En cette fin d’avril on peut en garder tous les termes.

« J’enrage ! » est l’expression utilisée par John Maynard KEYNES dans une lettre de 1931 à son collègue Robertson. Ce qui le mettait en fureur c’était la politique suivie par les grandes puissances de l’époque face à la crise économique qui frappait les économies capitalistes depuis le déclenchement de la grande dépression en octobre 1929. Aux Etats-Unis le président Hoover prônait l’austérité budgétaire ajoutant de la crise à la crise et il faudra attendre 1932 pour que la donne change avec l’arrivée de Rooseveltqui après avoir poursuivi quelques mois la même politique comprit vite qu’il fallait changer radicalement d’orientation ; en Angleterre on baigne encore dans le conservatisme financier dont Baldwin fut le héros comme premier ministre (avec son chancelier de l’échiquier un certain Winston Churchill dont la politique d’austérité des années 20 fut une des causes majeures de la misère ouvrière anglaise des années suivantes – cela est trop souvent oublié quand on fait l’éloge de ce personnage) en espérant qu’un taux de change fort de la livre sterling et des taux d’intérêt élevés valorisent le capital, ce qui a bien sûr produit un accroissement du déclin industriel britannique (avant qu’au cours de l’année 1931 le nouveau premier ministre Ramsey Mac Donald ne se résolve à une salutaire dévaluation) ; en France on vit encore sous la doctrine monétariste que Poincaré avait imposé en 1926 et on croit pouvoir échapper à l’effet de la crise mondiale; enfin en Allemagne le Président de la République de Weimar le vieux  Hindenburg appelle au pouvoir des politiciens de centre droit qui imposent une cure d’austérité budgétaire drastique aggravant la récession et faisant ainsi le lit de Hitler, qu’ils n’hésiteront pas à mettre légalement au pouvoir en janvier 1933 (bien que les nazis n’aient que 31% des voix aux dernières élections). Donc en 1931 Keynes voit bien les conséquences dramatiques des politiques d’austérité pratiquées simultanément dans tous les pays en même temps ne pouvant provoquer que la chute de la demande interne (investissement et consommation) et externe (exportations) ; il voit bien que la première conséquence de cette politique c’est l’aggravation de la misère et du chômage répandant le désespoir dans les populations ; et il voit aussi  que la conséquence suivante sera la ruine des démocraties libérales occidentales (qu’il avait d’ailleurs anticipé dans un texte prémonitoire en 1919aprés avoir claqué la porte des négociations du traité de Versailles dont il était un des experts britanniques). Bref vous l’avez compris. En ce moment je ne vous parle pas des années 30 mais bien de ce qui se passe aujourd’hu, en tenant compte des différences de situationi. Car on est de plus en plus nombreux à enrager contre la politique actuelle des dirigeants européens. Les résultats économiques de l’année 2012 sont exactement ce que nous avions prévu : une catastrophe pour la zone Euro qui voit son PIB baisser au 4ème trimestre ( de – 0.6% ce qui amplifie ce qui avait été constaté déjà au 3ème trimestre où la zone Euro avait été officiellement déclaré en récession). Non seulement parce que les petits « pays du sud » continuent de s’effondrer : Grèce (dont le processus de sous développement est d’une rapidité et d’une violence inouie), Chypre, Portugal, suivis maintenant par les « gros » du Sud (recul massif de l’Espagne et plus modéré de l’Italie) mais maintenant la récession a atteint des pays du Nord et non des moindres : l’Allemagne vient d’avoir un recul de -0.6% au 4ème trimestre soit une moyenne annuelle de 0.7% (après une année 2011 à 3% …et souvenez vous des commentaires de l’époque !). Et la France qui suit sous Hollande la même orientation économique générale que sous Sarkozy est entraînée dans cette spirale récessive : le gouvernement Ayrault avait construit son budget 2013 sur une hypothèse de croissance de 1.3% puis au vu des premiers résultats macroéconomiques l’avaient modifié en novembre en se basant sur une hypothèse de 0.8% ; le budget a été adopté sur cette base et Ayrault vient de reconnaître qu’il n’en sera rien et que la croissance sera au mieux de 0,1% ! [ En cette fin avril cette hypothèse n’est plus reprise par aucun expert car ils tablent tous sur une croissance négative en 2013] Et bien sûr le déficit limité à 3% ne sera pas respecté puisque la chute de la croissance entraîne inexorablement la chute des recettes fiscales. Et que croyez vous qu’ils concluent après six mois d’erreur et de myopie ? Et bien on ne change rien et on nous annonce encore des hausses d’impôt et des  économies dans les dépenses publiques qui auront le même effet que les économies précédentes : elles feront baisser la demande publique et privée et donc la croissance, et donc les recettes de l’Etat …ce qui aura pour effet d’augmenter le déficit de l’Etta que ces mesures étaient censées combler. Sommet européen début février : que décide t on ? De réduire le budget européen (dont la scandaleuse réduction de l’aide alimentaire alors que la fréquentation des « soupes populaires » – comme on disait dans les années 30 – a doublé en un an) ; et Hollande ose appeler cela un bon compromis. Et le G20 qui vient de se tenir confirme la priorité à la rigueur budgétaire.  

Je ne change rien à cette analyse faite en février et largement confirmée dans ces deux mois et j’enrage tout autant. J’enrage parce que je constate tous les jours les dégâts de cette politique sur des populations de plus en plus nombreuses : CDD non renouvelé, intérimaire qui restent à la maison, jeunes qui restent dans la file d’attente du chômage, de plus en plus de fin de droits, retour humiliant chez les parents entre 30 et 40 ans, désespoir des chômeurs en fin de droits, les épiceries sociales qui explosent sous la demande comme je le vois pour celle de mon village….Que faut-il faire pour qu’on comprenne enfin que derrière ces mots abstraits de « récession » ou « austérité » ou « baisse des dépenses publiques »…il y a des drames humains, des parcours de vies qui se jouent !

Certains pensent s’en sortir en nous disant qu’au moins cette politique de rigueur a convaincu les marchés (financiers bien sûr) de la crédibilité des Etats et que donc les taux obligataires ont baissé et restent très bas, ce qui permettrait d’alléger le poids de la dette publique. Il est vrai que les taux sont bas mais les banques ne prêtent pas pour autant. Au lieu de jouer sur le prix du crédit, les banques jouent sur le rationnement du crédit en ne prêtant qu’aux Etats, collectivités ou entreprises les plus sûrs. Car la conjonction de toutes ces politiques d’austérité nourrissant la récession a plombé la confiance de tous les acteurs économiques qui se sont réfugiés dans des attitudes de retrait : les entreprises reportent leurs investissements tant qu’elles ne sont pas sûres de vendre plus, les ménages qui le peuvent épargnent inquiets d’un avenir en berne, et c’est dans ce contexte que les Etats décident de dépenser moins. Bref par tous les bouts qu’on prenne le problème le cercle vicieux poursuit son cheminement infernal.

Plus qu’une crise gouvernementale, une crise du régime politique

L’affaire Cahuzac a déclenché quelque chose d’irrémédiable dans les profondeurs de la société. La symbolique est énorme : celui là même qui était chargé de lutter contre la fraude fiscale se révèle être un fraudeur ; le ministre du budget qui met en place l’austérité pour tous ne se l’applique pas à lui-même. Puis se révèle au grand jour l’entre soi et les connivences d’un monde privilégié gangréné par l’argent, monde dans lequel les frontières politiques s’effacent au point de montrer qu’un dirigeant socialiste et ministre est resté ami avec des affairistes d’extrême droite tout çà étant connu de Madame Le Pen. Le soupçon se répand sur tous les ministres et le Président lui-même notamment à travers les révélations sur son trésorier de campagne. Le bon peuple se dit : « Si l’un a trempé pourquoi pas les autres ? Si l’un a menti pourquoi croire les autres ? » Ce sentiment est ravageur et les dénégations, les démonstrations d’honnêteté ou les publications de patrimoine n’y changeront rien. C’est le fondement même de l’autorité politique qui est atteint. Max Weber a bien montré que toute domination politique est basée sur deux piliers indissociables l’un de l’autre : d’une part le monopole de la violence qui fonde la puissance de l’Etat en dernier ressort ; mais aussi d’autre part la légitimité de ce monopole de la force qui elle se base sur le consentement du peuple à l’autorité. Voltaire avait fait remarquer déjà qu’on ne pouvait pas mettre un gendarme derrière chaque citoyen et que l’obéissance des peuples était le principal fondement du pouvoir politique. Et lorsque cette obéissance disparaît le seul monopole de la force physique ne durera pas  – même si dans l’intervalle cela peut faire beaucoup de dégâts. Weber, Elias et d’autres ont souligné que deux monopoles fondent l’Etat : le monopole des armes et le monopole fiscal. Le fait que le scandale concerne le responsable gouvernemental de lever l’impôt a naturellement plus de conséquences car cela porte atteinte au consentement à l’impôt chez les citoyens ce qui est une des bases les plus importantes de l’Etat moderne.

L’affaire Cahuzac fait franchir une étape décisive à la situation du pays : nous étions dans une crise économique et sociale ou pour être plus précis dans cette crise économique et sociale la politique d’austérité suivie par ce gouvernement dans la continuité du précédent était fortement remise en cause et n’était plus acceptée par la majorité de nos concitoyens. Il l’avait manifesté en chassant Sarkozy.  Le sentiment a grandi mois après mois que Hollande les trompait en reprenant la même politique à quelques changements cosmétiques prés. Cela s’est imposé dans les esprits depuis la fin 2012 et la diversion militaire du Mali n’a eu d’effet qu’une ou deux semaines ; toutes les enquêtes d’opinion ont montré dés janvier un refus majoritaire dans le pays de cette politique d’austérité. A ce sujet le retournement de certains commentateurs est assez drôle et significatif du changement d’état d’esprit dans le pays. Il faut les voir en ce moment s’amuser des erreurs de calculs soit du FMI il y a deux mois, soit d’éminents économistes récemment. Bref le rejet de la politique d’austérité atteint des cercles de plus en plus larges.  Mais l’affaire Cahuzac nous fait franchir un degré dans la crise : nous passons d’une crise de la politique gouvernementale à une crise même de la domination politique ; la pourriture du système est visible et le peuple voit au grand jour que les institutions politiques sont totalement pénétrées par l’argent roi. Cette défiance généralisée rend possible non pas seulement une crise gouvernementale mais une véritable crise de régime, une crise du régime politique qui nous gouverne. Il ne suffira pas de changer de gouvernement. C’est cela qui est à l’œuvre sous nos yeux. Ces analyses nous les poussons quotidiennement au Parti de Gauche pour pouvoir au mieux mener  notre action et on mesure l’importance de ces débats théoriques sur la situation  à travers l’évolution des prises de position de notre principal porte parole Jean-Luc Mélenchon. En janvier en lançant la campagne du Front de gauche contre l’austérité et pour une politique alternative, Mélenchon posait avec juste raison la question d’une alternative gouvernementale à gauche par une nouvelle alliance du front de gauche avec les écologistes et les socialistes qui refusent la politique d’austérité. Cette perspective gouvernementale était en phase avec le refus croissant de la politique d’austérité dans le pays qui mettait le gouvernement dans une impasse. Après l’épisode chypriote (qui a montré que les dirigeants des institutions européennes à commencer par la BCE se souciaient comme de leur dernière chemise de respecter la démocratie d’un pays voire même les propres règlements européens et qu’ils n’hésitent pas à utiliser une violence monétaire absolue pour contraindre un pays) et après l’affaire Cahuzac et le commencement d’une paralysie et d’une crise de régime, nous continuons certes à défendre une alternative gouvernementale à gauche mais il faut aller plus loin. Il faut offrir une perspective systémique et donc une réponse cohérente et saisissable par tous à la crise du régime politique de la Vème République. Aussi quand Mélenchon un vendredi matin à France Info lance l’appel à une grande marche nationale le 5 mai pour la 6ème république ce n’est pas une lubie passagère ou une initiative « personnelle » (comme le croient les médias) mais le fruit d’une analyse mûrie de la situation du pays et de son évolution. Le succès de cette initiative à la base, son caractère unitaire bien au delà du seul Front de gauche, prouve la pertinence de l’analyse de la situation. Mais en même temsp elle pèse sur la situation objective elle-même et contribue à la modifier en ouvrant une issue possible.

Le nombre, la force et la confiance.

Donner force et confiance dans l’action collective à la masse des salariés, chômeurs, retraités et jeunes qui subissent aujourd’hui.  En prenant l’initiative du 5 mai nous visons à donner les moyens au nombre de trouver sa force en se rassemblant sur une vraie perspective politique. Nous l’avons vu lors du meeting de Montpellier le 11 avril avec Mélenchon et les autres représentants nationaux du Front de gauche. Nous n’avions qu’une salle de 1000 places. Très vite bondée avant l’heure du meeting, la salle voisine identique s’est remplie face aux écrans géants puis la rue s’est remplie pour s’agglutiner autour des sonos…3000 présents avec les salariés de boites menacées, les postiers, les chercheurs licenciés… et surtout cette masse de jeunes avides de sens et d’action pour un monde meilleur. Les participants ont trouvé dans ce rassemblement des raisons et des sentiments de résistance et de force qui irriguent autour d’eux depuis. C’est ce qu’on verra le 5 mai à grande échelle et j’invite tout un chacun à ne pas manquer ce rendez vous. Car il ouvrira un printemps social et politique sans précédent et cette conviction je la tire de l’analyse du mouvement des forces en présence.

La radicalisation à droite et la crise des classes moyenne

Ce qui se passe dans la mobilisation réactionnaire contre le mariage pour tous est aussi très significatif. Le petit bourgeois catholique est saisi d’effroi devant la crise générale de notre société et croit trouver dans le culte de la famille « naturelle » un refuge face au monde. Depuis toujours certes entre la pensée réactionnaire et la pensée progressisteune divergence théorique les oppose : du côté progressiste l’égalité des droits passe avant les inégalités naturelles alors que pour les réactionnaires les inégalités sociales trouvent leur source dans les différences de la nature. Relisez les débats philosophiques des Lumières ou encore le débat entre Condorcet et ses adversaires sur le droit de vote des femmes, tout y est. Ce qui est intéressant actuellement dans la mobilisation réactionnaire contre le droit au mariage et à l’adoption pour les homosexuels c’est cette mobilisation de l’argument « naturaliste ».  Laissons le folklore d’un mouvement qui se partage entre une folle qui se fait prénommer Frigide et une illuminée qui s’appelle « Bourges » (çà ne s’invente pas !) le plus important est ce que signifie cette mobilisation : la petite bourgeoisie, qui constitue la clientèle traditionnelle de la droite, se radicalise sous l’effet à la fois de la crise économique qui les menace de déclassement et aussi par la le vide ouvert par la crise de l’autorité politique (y compris à la tête de l’UMP). N’oublions pas que l’Eglise et ses différentes organisations satellites constituent une vaste organisation de masse qui structure le pays (même s’il ne faut pas négliger qu’elle est traversée par des forces divergentes). Ce réseau social est secoué en profondeur par cette mobilisation où ce petit peuple réac ne fait pas que de la politique mais croit défendre une identité anthropologique. L’UMP et même le FN ne maîtrisent rien. Ceci dit ne sur estimons pas à cette étape la puissance de ce mouvement réactionnaire. Si le salariat et la résistance sociale à l’austérité et l’alternative à gauche se met en mouvement sa puissance actuelle paraîtra alors bien pâle. Entre la radicalisation réactionnaire et la mobilisation progressiste la course de vitesse est désormais engagée et cela va accélérer la « dérive des continents sociaux » dont je parlais au début de cette note. Une chose est certaine : dans cette tenaille, l’air se raréfie pour Hollande et la crise interne au PS et à EELV va grandir et nourrir ainsi notre action.

« Outrances ! Vous avez dit  outrances ?»

Dans ce contexte une des armes de l’adversaire est de diaboliser Mélenchon. Ah les « outrances » langagières de Mélenchon c’est devenu le mois dernier la ritournelle des puissants qui dirigent les médias. Que cela influence quelques esprits qui ne vérifient jamais les sources ou qui n’ont pas le temps de le faire, ce n’est que très classique. Je suis cependant resté attentif à ceux qui parmi des gens proches reprenaient cet argument. Si ceux-ci avaient la patience et l’honnêteté de vérifier je leur ai fait chercher le verbatim exact de ce qu’ils avaient cru entendre comme « outrance » et à chaque fois ils ont pu reconnaître qu’ils avaient été victimes du bruit médiatique il en va ainsi de « populisme » « langue de la finance internationale » « purifier l’air »….le comble c’est quand on fait comparer le comportement journalistique face à Mélenchon et celui tout miel avec la mère Le Pen. Bref parmi les notres l’effet de cette campagne est faible car ceux-ci se méfient de la propagande dominante et demandent à vérifier de prés quand ils ont un doute. Mais ces mouvements d’humeur dans un sens puis dans un autre vis à vis de Mélenchon dans les couches intellectuelles des classes moyennes est un signe de la nervosité que crée la situation d’affaissement de la gauche gouvernementale. Un public a voté Hollande et devant l’échec annoncé espère qu’il se reprenne voire en utilisant la pression du Front de gauche ; de bons amis à moi partagent cette vision mais c’est une pure illusion. Hollande ne se reprendra pas par un effort de la raison. Ou pour être précis il est inefficace et inutile « d’attendre » qu’il se reprenne. La marche à l’abîme est en route pour le social libéralisme et je comprends que cela horrifie ceux qui aimeraient en faire l’économie et préfère une évolution calme et tranquille à des bouleversements. Mais on n’en fera pas l’économie. La rage subite de certains à gauche contre Jean Luc n’est que l’expression d’une impuissance et d’une panique. Ne vous énervez pas contre eux. Faites comme moi : écouter, parler, convaincre en les entrainant dans l’action. Par exemple envoyer leur ces deux vidéos et dites leur d’avoir la patience de les suivre et de nous dire avec quoi ils ne sont pas d’accord. Vous verrez cela permet de parler du fond.

D’ailleurs la diabolisation est en train de perdre du souffle car y compris du point de vue des dominants ils s’aperçoivent qu’en diabolisant Mélenchon  en même temps qu’ils intègrent le Pen au jeu ils ne font que faire de Mélenchon et donc du Front de gauche le recours face à la crise du système.

Alors, amis, camarades, citoyens, gardez confiance dans votre force collective.

Mettez votre énergie et votre intelligence au service de l’action émancipatrice.

La France est à un tournant.

 Que vous soyez jeune ou vieux, c’est le moment d’avoir vingt ans dans vos têtes !

Pour l’humain d’abord contre la finance et l’austérité

Pour la 6 ème République

Rendez vous le 5 mai à Paris à la Bastille à partir de 13h30 !      

René Revol.

Décentralisation ? Non, féodalisation !

Note du 28 janvier 2013.

Les sujets dont je voudrais vous parler ne manquent pas : les dangers de l’intervention militaire au Mali, l’injonction faite aux parlementaires de recopier l’accord imposé par le Medef sans en changer une ligne, mes raisons de soutenir le mariage pour tous, le succès des assises régionales de l’éco socialisme qui ont rassemblé plus de 300 participants samedi 26 à Clermont l’Hérault, le combat qui s’engage pour obtenir une régie publique de l’eau à Montpellier, ma confrontation avec le jeune député PS Sébastien DENAJA sur TV SUD – pour voir la vidéo cliquez ici

Je vous invite à aller sur des blogs amis trouver pleins d’information et d’analyses sur ces sujets.

Pour ma part je pense urgent aujourd’hui de mettre en lumière un très mauvais coup qui se prépare contre la république : l’acte 3 de la décentralisation. Si ma contribution, même raccourcie, peut vous apparaitre un peu longue, faites l’effort de la lire jusqu’au bout pour prendre la mesure de ce qui se trame. Élargissons le débat ; ne laissons pas les élus être les seuls à s’occuper de ce dossier, car c’est une question démocratique majeure qui nécessite l’intervention des citoyens. J’attends vos réactions.

Bonne lecture.

René REVOL

Décentralisation ? Non, féodalisation !

Un avant projet de loi mettant en place ce qu’on appelle l’acte 3 de la décentralisation est en circulation parmi les parlementaires et les responsables des collectivités territoriales et doit être envoyé par le gouvernement avant fin janvier pour avis au Conseil d’Etat. Puis ensuite le débat parlementaire sera engagé dès mars pour aboutir dans l’année à une loi définitive pour que les prochaines élections municipales (2014), départementales et régionales (2015) se tiennent dans le cadre de cette nouvelle architecture. La lecture de cet avant projet m’a particulièrement inquiété et c’est pour éclairer ce débat à venir que j’écris cette note.

Cette réforme des collectivités territoriales est présentée comme l’acte 3 de la décentralisation. L’acte 1 avait été constitué par les lois Defferre de 1982 et l’acte 2 par la réforme Raffarin de 2004. Or cette nouvelle réforme a été préparée par le précédent gouvernement Fillon-Sarkozy et est poursuivie par l’actuel gouvernement Ayrault-Hollande avec des modifications marginales. Il nous faut donc étudier de près ce texte, dont les conséquences sont importantes pour le fonctionnement de notre République. Avant d’analyser dans le détail les conséquences du projet de loi élaboré en ce moment, il est utile dans une première partie de rappeler les orientations générales des élites néolibérales concernant les collectivités locales qui ont imposé leur philosophie générale, tant dans les cercles dirigeants de la droite que dans une partie de la gauche.

Première partie :

L’axe bureaucratique contre l’axe démocratique

Notre République est le résultat d’une construction historique et le fruit de nombreux combats sociaux et politiques. Ces combats ont comme fil rouge la nécessité d’assurer la souveraineté populaire sur les institutions publiques. Les trois étages qui ont constitué la France républicaine depuis 1789 jusqu’à nos jours sont clairement identifiés (nation, département, commune) et soumis à l’expression de la souveraineté populaire par le biais du suffrage universel direct. Au niveau national l’élection du parlement au suffrage universel garantit que la capacité de faire la loi est soumise à la volonté populaire ; l’élection au suffrage universel du président de la république ne fait que s’ajouter à cet aspect (sans aborder ici le débat des effets antidémocratiques de cette élection). Il en découle que la Loi votée par le parlement est la même pour tous sur tout le territoire national, assurant le caractère unique et indivisible de la République, participant de l’exigence de l’égalité des citoyens face à elle. A l’échelle territoriale la République s’est toujours refusée à hiérarchiser les collectivités locales, aucune collectivité ne peut ainsi exercer une autorité tutélaire sur une autre. Elles se distinguent uniquement par le territoire couvert et par les compétences  exercées. La collectivité locale centrale de la République Française est la Commune. La libre administration des communes, inscrite dans notre droit fondamental actuel, est l’héritière du combat pour les libertés commencé dès le Moyen-âge  par la revendication de la liberté communale. L’élection des conseillers municipaux au suffrage universel direct a été une conquête des républicains contre tous les pouvoirs autoritaires et anti démocratiques de l’ancien régime, de l’Empire ou du régime de Vichy. L’autre institution locale héritée de la Révolution est le département avec l’élection au suffrage universel de son assemblée, le mal nommé Conseil général. Donc commune, département et parlement sont les trois piliers de ce que j’appelle l’axe démocratique de notre république, chacun étant issu du suffrage universel direct. Cela ne signifie pas que tout est parfait dans ce système institutionnel, loin s’en faut (on peut par exemple discuter le mode de scrutin uninominal à deux tours à l’échelon national et départemental qui, à la différence du scrutin proportionnel, empêche une grande partie de la population d’être représentée) mais ces institutions sont au fondement républicain de notre vie politique.

Or à ce triptyque républicain « nation-département-commune »  s’oppose un autre modèle de gestion des territoires fondé sur le triptyque Europe-Région- Agglomération. Ces niveaux d’exercice du pouvoir se sont graduellement imposés dans les 50 dernières années. L’Europe est le fruit de la construction européenne et des transferts de souveraineté de la nation vers les institutions européennes depuis 1957 qui se sont accélérés après l’Acte Unique de 1986 puis les séries de traités depuis Maastricht en 1992. La région, refusée par les républicains depuis la fin des Provinces féodales de l’Ancien Régime, est apparue dans les années soixante dans le cadre de la réforme gaulliste de l’Etat puis a conquis une plus grande place avec la réforme Defferre de 1982. Enfin dans les décennies 1990 et 2000 des textes, dont la loi Chevènement de 1999, substituent à la coopération intercommunale les communautés de communes et autres agglomérations. Ce triptyque repose sur un argumentaire rationaliste : l’espace européen serait plus efficace que l’espace national dans le cadre d’une mondialisation croissante, l’espace régional serait plus adapté à la compétition intra-européenne que le département trop petit ; quant aux 36000 communes françaises elles seraient une exception française archaïque inapte à traiter les enjeux des territoires et les communautés de communes, agglomérations et métropoles seraient plus adaptées à une gestion moderne du territoire. Cette rationalité bureaucratique est au cœur du discours moderniste partagé par les élites politiques au pouvoir depuis trente ans et qui défendent un nouveau modèle de gestion des territoires, ou, pour parler la novlangue néolibérale, un nouveau modèle de « gouvernance » territoriale.

Un modèle de compétitivité des territoires et de défiance du citoyen.

Ce modèle bureaucratique est fondé sur deux principes dominants :

Premier principe : la compétition territoriale. C’est l’importation dans le domaine des collectivités territoriales du principe économique, dominant depuis le triomphe du capitalisme financiarisé et mondialisé, de l’offre compétitive. Sans  développer cette notion ici, on peut la résumer par  l’idée que la croissance économique ne passerait plus par la hausse de la demande privée et publique (pouvoir d’achat en hausse et régulation publique) mais par une amélioration de la compétitivité de l’offre. En d’autres termes dans la capacité du secteur productif privé d’un territoire de conquérir des parts de marché sur les autres, par le jeu combiné de la baisse des prix et de l’innovation, d’où l’antienne de la baisse du coût du travail et des dépenses publiques, de la réorientation des dépenses sociales « improductives » vers des dépenses «  productives ». Cette doctrine économique néolibérale sert de doxa et d’inconscient aux élites ; même si la crise mondiale depuis 2008, fruit de cette politique, a ouvert un champ plus élargi de critiques. On transfert donc aux territoires et aux collectivités publiques la logique de la compétitivité. Le but de la gestion d’un territoire consisterait à créer de l’attractivité pour les investissements en vu de créer emploi et prospérité. Ce discours propagandiste, vous pouvez le lire à longueur de colonnes dans les publications des journaux édités par les Régions et les Agglomérations ou Métropoles. Il faut baisser les impôts sur les entreprises (voire multiplier les zones franches et autres cadeaux de toute sorte), favoriser la mobilité et la formation de la main d’œuvre adaptée à ces entreprises arrivantes. Dans la compétition mondiale les grandes métropoles devront se livrer une guerre sans merci pour conquérir aux détriments des autres les activités porteuses. La conséquence en est naturellement l’appauvrissement et la désertification des autres territoires urbains ou ruraux éliminés de cette compétition. Dans certains pays centralisés comme la France ces territoires moins compétitifs ont pu bénéficier des mécanismes de redistribution de revenus et de services publics qui servent ainsi d’amortisseurs. Mais la baisse des dépenses publiques ne peut qu’affaiblir cette capacité de résistance ; ces territoires semblent dans cette logique voués à la paupérisation (comme le montre le chercheur Laurent Davezies dans son dernier ouvrage La crise qui vient). Quant aux fleurons de la compétition, dans les métropoles, la priorité est donnée à l’attractivité au détriment de la solidarité. La politique d’aménagement urbain est entièrement dirigée par la nécessité de favoriser la compétitivité du territoire. C’est le fondement de tout le discours gestionnaire dominant, notamment à la tête des régions et des grandes agglomérations.

Deuxième principe : éliminer le « biais démocratique ».  Je tire cette expression des penseurs néolibéraux notamment américains qui développent l’idée que la démocratie a un défaut (biais) majeur qui nuit à l’efficacité économique. Ce vieil argument réactionnaire – développé par Vilfredo Pareto, économiste très libéral du début du XXe siècle qui applaudit à l’arrivée de Mussolini [preuve que le libéralisme économique s’accommode mal du libéralisme politique] –  a été remis à la mode par les économistes libéraux contemporains (notamment l’école de Virginie). L’idée en est simple si ce n’est simpliste : en démocratie le peuple a intérêt à élire ceux qui leur promettent plus de pouvoir d’achat, plus de services et moins d’impôts ; la démocratie ne peut donc n’être pour ces auteurs  que source d’inflation et de déficit public ! Ils en concluent qu’il faut sortir du champ démocratique toutes les décisions économiques notamment monétaires et budgétaires pour les soumettre soit à une macro-règle qui s’imposerait à tous, soit à une institution indépendante de la souveraineté populaire, voire aux deux en les combinant – comme on le voit avec les institutions de l’Union Européenne. On avait peine à croire il ya quelques années qu’un tel cynisme antidémocratique ait pu être couché noir sur blanc et on pensait qu’il ne s’agissait que des élucubrations d’intellectuels isolés. Or cela est désormais en train de se mettre en place à tous les échelons pour éloigner la gestion des institutions publiques des choix citoyens. Et c’est là que nous retrouvons notre moderne triptyque.

C’est au niveau européen que le « biais démocratique » a été le plus éliminé : la gouvernance européenne a récupéré directement ou indirectement la majorité des outils économiques que les nations membres lui ont transférés ; ils sont entre les mains d’institutions non élues (BCE, Cour de justice, Commission…), sans contrôle d’un parlement européen croupion (sans les pouvoirs d’un vrai parlement ni de réelle légitimité vue l’énorme abstention pour son élection), et bénéficiant de la complaisance des dirigeants nationaux qui se soumettent à un système de règles contraignantes. Les institutions européennes, éloignées de tout réel contrôle démocratique, ont pris le pas sur les échelons nationaux légitimement élus.

La Région est le seul membre du triptyque qui soit le fruit d’une élection au suffrage universel direct. Mais cela n’est le cas que depuis une vingtaine d’années ; la légitimité historique de cette institution est faible dans la conscience des citoyens (surtout quand la région ne dispose pas de réelle consistance historique ou culturelle) ; la participation électorale est faible faute de l’évidence de l’enjeu politique. Son rôle a pourtant grandi avec les nouvelles compétences qui lui ont été progressivement attribuées : investissement dans les lycées, formation professionnelle pour adultes, transports régionaux et surtout une compétence économique majeure dans le contexte de compétitivité accrue entre territoires, avec un budget où la part discrétionnaire est importante. Peu à peu le poids de la région s’est consolidé face au département ; l’un des objectifs poursuivi par les réformes en cours (Sarkozy puis Hollande) est d’assurer définitivement la prééminence de la région. A la région le rôle stratégique de lutte économique dans la compétition mondiale ; au département la tâche de soulager socialement les dégâts de la mondialisation.

Enfin à l’échelle communale la montée en puissance des institutions de coopération intercommunale à fiscalité propre est patente : Communautés de commune, Agglomérations, Métropoles. Celles-ci récupèrent des compétences stratégiques : transports, déchets, eau, économie, aides à la pierre etc.… au détriment des communes. Or justement ces institutions de l’intercommunalité ne sont pas élues au suffrage universel direct mais composées de membres élus par les conseils municipaux ; ce caractère indirect de leur mode d’élection contribue à éloigner cette gestion du citoyen au profit de logiques purement gestionnaires et bureaucratiques. L’un des objectifs des réformes en cours est de faire disparaître définitivement l’autonomie communale. L’élection municipale, la plus mobilisatrice en France avec l’élection présidentielle, établit une relation démocratique forte entre une population et son maire y compris dans les grandes villes ; ce « biais démocratique » est manifestement trop gênant pour nos libéraux !

Coopération, solidarité et démocratie contre Compétition et bureaucratie.

Face à la logique de la compétition entre les territoires il ne s’agit pas de défendre l’idée que la commune reste le seul lieu de gestion pertinent de l’intérêt général. Nulle intention dans mon propos de contester qu’il peut y avoir différents niveaux d’échelles pertinentes selon les sujets à traiter. Pourquoi ne pas envisager une politique commune macroéconomique à l’échelle européenne ? Pourquoi ne pas étudier la cohérence des transports dans une région ? Pourquoi ne pas envisager la gestion de ce bien commun qu’est l’eau à l’échelle d’un bassin versant ? Le problème n’est pas là. Il réside dans la capacité à répondre à ces questions, d’une part en les fondant sur une coopération consentie et solidaire entre les différentes collectivités locales, d’autre part en le faisant avec les citoyens, pas sans eux ou contre eux. La modernité ne consiste pas à évincer les citoyens pour confier la gestion à des experts ; la modernité implique au contraire de faire de cette gestion un enjeu de la citoyenneté et des instances de décision collective. Le propre de la République est de servir l’intérêt général ; c’est sous cet auspice qu’il faut établir les modalités de fonctionnement démocratique des collectivités locales. L’efficacité économique fondée sur la rationalité instrumentale ne produit pas l’intérêt général, bien au contraire, tant les expertises sont soumises aux puissances des lobbys et des intérêts financiers. Une vraie réforme des collectivités territoriales devrait au contraire de ce qui se fait actuellement être fondée sur les principes suivant : 1) Garantir l’unité et l’indivisibilité de la République en faisant de la loi nationale l’impératif qui garantit l’égalité de tous sur le même territoire ; 2) Donner la prééminence à une logique de coopération et de solidarité entre les territoires et entre les institutions locales ; 3) Soumettre toutes les autorités à la légitimité démocratique de la souveraineté populaire à travers le suffrage universel et le contrôle citoyen. Après ce cadrage général, nous allons essayer de comprendre la portée des propositions présentées dans le projet du gouvernement actuel.

 


Deuxième partie :

La logique bureaucratique domine l’acte 3 de la décentralisation

Déficit démocratique confirmé.

Les médias et les élus focalisent leur attention sur les modalités d’élection au niveau du département et des agglomérations. Ce n’est à mon avis pas l’essentiel, mais examinons les propositions. L’élection du Conseil départemental (nouveau nom du conseil général) se fera par canton au scrutin binominal paritaire à deux tours. On n’élira plus une personne par canton, mais un couple : un homme et une femme, tout en conservant le même nombre de conseillers départementaux. Le nombre de cantons sera donc divisé par 2, avec donc un nouveau redécoupage. C’est une nouvelle usine à gaz électorale, unique au monde, fruit du génie bureaucratique français. Elle est justifiée par deux arguments : 1. imposer la parité, 2. rééquilibrer les territoires. Il existe un moyen beaucoup plus simple d’atteindre ces objectifs : le scrutin de liste départemental à la proportionnelle, avec une liste paritaire (alternance homme/femme comme aux élections municipales, régionales ou européennes) et une représentation équilibrée des territoires du département dans chaque liste pour préserver un ancrage territorial. Un tel scrutin peut être mis en place sans augmenter le nombre de conseillers, sans redécoupage arbitraire, tout en garantissant la parité de genre et une représentation démocratique. Etait-ce ceci qui gênait nos génies bureaucratiques, plus soucieux de renforcer le bipartisme PS / UMP que d’assurer une juste représentation des sensibilités ? Derrière ce mode surréaliste de scrutin pour les élections départementales se cache un autre objectif : limiter les compétences du département à celles d’un guichet social aux moyens réduits.

L’autre « innovation » démocratique est à la fois insignifiante et trompeuse : les électeurs voteraient, lors des municipales, pour des candidats fléchés sur les listes pour siéger aux conseils des communautés de communes ou d’agglomérations. Innovation insignifiante, quand on sait qu’au bout du compte ce sont les présidents d’Agglomération qui sont les véritables détenteurs du pouvoir local. Innovation trompeuse car ces élus seront moins encore l’expression de l’équipe municipale et sans responsabilité directe devant le peuple.

La région à la tête d’une structure de plus, bureaucratique et non élue : la  CTAP !

La prééminence est désormais clairement donnée à la région, d’abord par ses compétences  élargies, mais plus encore par son rôle de pilote de toutes les collectivités territoriales de son territoire. Est ainsi prévue la mise en place d’une Conférence Territoriale de l’Action Publique (CTAP). Dirigée par le Président de région elle rassemblera les grands féodaux de la région (Présidents de chaque département, des grandes agglomérations, des maires des villes plus de 100 000 habitants et de 4 (4 !) représentants des autres maires). Le président et le préfet de région seront maitres de l’ordre du jour. La CTAP élaborera un Pacte de gouvernance territoriale qui s’imposera à chaque collectivité. Elle émettra un avis sur les demandes de toute collectivité locale d’assurer à titre expérimental des compétences relevant d’une autre collectivité, pouvant ainsi recomposer la responsabilité de chaque collectivité et redistribuer à la carte les compétences. Nul doute que les Eurométropoles (Lille, Lyon, Marseille) et les communautés métropolitaines (agglomérations de plus de 400 000 habitants), voire d’autres intercommunalités, se tailleront le plus gros des compétences au détriment des communes et des départements. Avec une carte des compétences établie au gré des majorités et des combinaisons politiques, le risque est grand de voir se mettre en place un véritable patchwork, tant au sein de chaque région qu’entre elles. Ce serait l’éclatement de la gestion territoriale et du cadre républicain. Se profile la fin de l’unité de la loi sur le territoire et se crée les conditions de l’expérimentation législative dans une région, vieux rêve des antirépublicains.

Démantèlement du service public par le biais de la décentralisation  

Cela va de pair avec un grand lâchage par l’Etat de ses responsabilités. Sous le couvert d’approfondissement de la décentralisation, l’Etat se défausse dans des domaines clés de ses prérogatives. Il ne s’agit pas seulement de lui reprocher de transférer des compétences sans transférer les ressources correspondantes, comme l’entend souvent. Même avec les ressources suffisantes, il est nuisible que certaines compétences de service public national ne soient plus assurées par l’Etat mais par les régions.

Ainsi pour la formation professionnelle, l’apprentissage, l’orientation et l’enseignement supérieur. Le code de l’éducation serait modifié, permettant à la région d’être, d’une façon générale, compétente en matière de formation professionnelle en direction des jeunes, des adultes, des personnes handicapées et des personnes détenues. Un nouvel article ferait la région le maitre d’ouvrage pour arrêter la carte des formations professionnelles initiales, établir la liste des ouvertures et fermetures de sections de FP dans les établissements du second degré. Plus de cadrage national au niveau de l’apprentissage pour les conventions puisque le contenu de la convention type serait déterminé par chaque région, sans clauses de caractères obligatoires ! Quant à l’orientation, l’Education nationale en est en grande partie dessaisie : elle ne se fait plus sous l’autorité du délégué à l’information de l’orientation, mais sous la houlette de la région qui l’organise : que deviennent les CIO, dès lors que différents types d’organismes peuvent être reconnus comme participants au service public. Il est clairement dit que la région organise le service public de l’orientation tout au long de la vie, que les personnels d’orientation relevant du Ministère de l’EN sont placés sous l’autorité de la région et que la charge des CIO est transférée à la région, comme aussi les biens meubles et immeubles. Ce qui était en cours pour l’enseignement supérieur et la recherche est confirmé : la région définit un schéma régional de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation quand bien même il est fait référence au cadre des orientations du plan national.

En matière de développement économique, le schéma régional de développement économique et de l’innovation est loin de mettre au cœur le soutien à l’économie sociale et solidaire, ni d’ailleurs à la relocalisation et aux circuits cours. Ainsi le fonds de solidarité économique se donne-t-il comme priorité les actions de soutien à l’internationalisation et à l’innovation des PME  et des entreprises intermédiaires, en conformité avec un plan régional pour l’internationalisation des entreprises. Compétitivité oblige ! Pour les transports, la région, chargée de l’aménagement, du développement, de la cohérence et de la mise en valeur du réseau ferré d’intérêt local  est appelée à poursuivre le processus de se substituer aux carences de l’Etat et au démantèlement de la SNCF, avec transfert de la propriété d’infrastructure ferroviaire correspondant.

Notons par ailleurs que les moyens de pression sur les communes et les groupements de communes seraient renforcés par les conditions qui leurs seraient imposées. Pas de subventions de la région pour un projet qui n’entrerait pas dans les orientations fixées par le schéma régional (symétriquement, pas de subvention du département pour un projet non conforme au schéma départemental). La liberté communale est singulièrement mise à mal.

Le triomphe de la métropole.

L’autre grand gagnant de la réforme avec la région est le troisième pilier du triptyque bureaucratique : la métropole. L’intercommunalité instituée autour de grandes agglomérations, accentue les déséquilibres territoriaux avec le reste des territoires, comme souligné dans la première partie. Le projet de loi favorise explicitement la formation de nouvelles métropoles au statut et aux compétences renforcées, en en faisant les vrais lieux de pouvoir. Paris doit prendre la main sur tout le territoire de sa couronne dans une entité nouvelle, Marseille est clairement invitée à rejoindre Lyon en absorbant dans un ensemble métropolitain les ¾ du territoire des Bouches du Rhône (coup de force contre lequel s’élèvent plus d’une centaine de maires et de conseils municipaux sur les 110 concernés). Lille (voire Nice) devrait faire partie comme Lyon et Marseille des Eurométropoles et une dizaine d’agglomérations urbaines seraient en voie de métropolisation : Strasbourg, Nancy, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier,  Grenoble… Ces mastodontes urbains avec à leur tête des présidents omnipotents, tels de nouveaux féodaux, auraient la mainmise sur les communes intégrées et structureraient fortement les autres territoires, réduisant le département à un simple guichet social et les communes à des entités sans consistance dont le seul pouvoir sera de faire les mariages et de donner le nom des rues…. Maire d’une ville dans l’agglomération de Montpellier, je ressens déjà la perte de substance des prérogatives communales que représente le transfert à l’agglomération des compétences des transports, des déchets, de l’eau etc… Les citoyens n’ont plus ce même pouvoir de contrôle sur leurs élus. La résistance des communes à la métropolisation est saine et doit être défendue. Contrairement à ce qu’écrivent certains plumitifs aux ordres cela n’a rien de ringard et de réactionnaire. C’est la résistance de la démocratie communale ; c’est la résistance de la souveraineté populaire qui veut garder le pouvoir d’élire ses élus, d’avoir prise ainsi sur le choix de la politique à mettre en œuvre sur le territoire où ils vivent.

La question centrale de la compétence « urbanisme ».

Les articles 40, 41 et 51 du projet de loi en débat constituent une véritable rupture dans la maîtrise du sol, enjeu stratégique du développement local s’il en est. Ils enlèvent la compétence urbanisme aux communes pour la transférer aux communautés de communes, aux agglomérations et aux métropoles. En clair, les communes perdent leur pouvoir d’établir leur Plan local d’urbanisme (PLU) qui sera décidé à l’échelle supérieure comme c’est le cas aujourd’hui dans les métropoles existantes. Or ce document est décisif : c’est celui qui décide si un terrain est constructible, naturel ou agricole, et quelle est sur un terrain déclaré constructible la nature de la densité construite. Bref le PLU dessine le paysage urbain et a des conséquences considérables sur l’environnement naturel et humain qui constitue le cadre de vie de la cité. En l’enlevant aux communes on l’éloigne du contrôle citoyen et on le soumet un peu plus à la logique des aménageurs plus sensibles aux profits des promoteurs immobiliers qu’à l’intérêt général.

Conclusion : Exiger le retrait du projet de loi « acte III de la décentralisation »

Pour conclure, après ces remarques qui ne sont qu’une ébauche d’analyse du projet de loi, on voit à quel point le discours démagogique sur « la décentralisation qui rapproche les décisions du citoyen » est creux et mensonger. La décentralisation qu’on nous propose vise à dessaisir les citoyens de toute maitrise sur le territoire qu’ils habitent. On confie la gouvernance de ce territoire à un aréopage de grands féodaux à la tête des régions et des grandes agglomérations, dans l’objectif avoué de transformer leurs territoires en enjeux de la compétition mondiale, jouant les territoires les uns contre les autres. Tout est d’ailleurs ordonné pour que l’Etat se défausse davantage encore de ses responsabilités, telle la formation, subordonnée aux besoins régionaux spécifiques et aux intérêts proprement économiques. Cette nouvelle architecture institutionnelle renforce un ensemble de grands potentats locaux et urbains, affaiblit le pouvoir des citoyens et corrélativement la force de l’Etat et de la loi républicaine. Il est donc du devoir de tout élu responsable du mandat que lui a donné le peuple, du devoir de tout démocrate et de tout républicain attaché aux libertés communales et à l’égalité de tous devant la même loi, bref du devoir de tout citoyen, de tout mettre en œuvre pour faire échec à cet acte 3 de la décentralisation, à rejeter cette loi en l’état. Ce projet de loi doit être retiré purement et simplement de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Une vraie décentralisation démocratique et républicaine doit être fondée sur la souveraineté populaire, le contrôle citoyen, la coopération entre les collectivités et la solidarité entre les territoires et les populations : Oui à une décentralisation mais non à la féodalisation !

28 janvier 2013

René REVOL, Maire de Grabels,

Membre du Parti de Gauche (Front de gauche)

Pour télécharger le billet « Décentralisation ? Non féodalisation ! » cliquez ici

Un vœu simple pour 2013 : Prendre aux riches pour donner aux pauvres !

Note du 4 janvier 2013

Et pour la nouvelle  année je vous fais d’abord un cadeau : une belle citation d’ALMEIDA GARRET, grand dramaturge et écrivain du romantisme portugais mort à Lisbonne en 1854 :

« Et je demande aux économistes politiques, aux moralistes, s’ils ont déjà calculé le nombre d’individus qu’il est nécessaire de condamner à la misère, à un travail disproportionné, au découragement, à l’infantilisation, à une ignorance crapuleuse, à une détresse invincible, à la pénurie absolue, pour produire un riche ? »

 

Invitations :

Le Parti de Gauche dans l’Hérault présente ses vœux lors des quatre rendez-vous suivants : 

A Clermont L’Hérault jeudi 10 janvier 

A Grabels le samedi 12 janvier à 18h lieu salle des anciennes écoles

A Montpellier le mardi 15 janvier à 18 h au bar l’Alternatif- 53 rue du Faubourg de Boutonnet.

A Béziers le mercredi 16 janvier à 19 h au local du Parti de Gauche Béziers.

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Rendez vous régional exceptionnel :

Participez tous aux Assises Régionales de l’éco socialisme

Le Samedi 26 janvier de 9h30 à 18h à Clermont l’Hérault pour l’éco socialisme

 

Difficile d’écrire cette note de rentrée alors que je viens de perdre un ami, qui était mon adjoint à l’urbanisme dans ma ville. Un type formidable d’énergie et de projets qui a été emporté par la maladie. Répondant à sa demande je lui ai promis de ne rien changer de mes activités en cette rentrée de janvier. Alors je me suis décidé à vous écrire mes vœux pour 2013.

Pour des vœux (donc désirs et souhaits) sincères et authentiques. Terrible période de vœux où, par sa fonction, vous devez assister à des cérémonies où vous voyez des gens dont vous savez qu’ils se détestent se souhaiter la meilleure année possible…. Quant à moi je m’adresse ici à tous ceux que j’aime et que j’affectionne et je suis sûr que dans les 5 à 6000 personnes qui visitent ce blog au moins une fois par trimestre s’y trouvent une grande partie d’entre eux : mes compagnons d’aventure politique au Front de gauche, ceux qui regardent cela de loin mais avec sympathie, ceux qui sont restés au PS et qui me jurent depuis trois ans qu’ils me rejoignent demain, des amis qui apprécient mon action municipale mais qui ne partagent pas toutes mes convictions politiques,  ceux avec qui j’ai partagé des actions féministes, citoyennes ou laïques, d’anciens collègues et élèves avec qui nous avons partagé de grands moments de passion intellectuelle, les collègues qui ont partagé avec moi les aventures de la formation des maîtres ou celle de l’éducation civique, la tribu aussi des sciences économiques et sociales dont l’élan m’accompagne toujours, et puis tous ceux qui ont partagé à un moment ou à un autre une même passion pour une lecture de romans, d’histoire, de philosophie ou de poésie, ceux qui ont partagé ne serait ce qu’une minute de fraternité et d’amitié au sommet d’une montagne, au bord de la mer, dans ses grands moments de retrouvailles et de victuailles, ….bref vaste cohorte bigarrée et indisciplinée d’amis de tout acabit je vous souhaite à vous et à tous ceux qui vous sont chers la meilleure année possible et je nous souhaite à nous tous que cette année permette à nos actions d’avancer un peu plus sur le chemin de l’émancipation humaine.

2012 : L’année des riches ?  Souvenez-vous le début de l’année 2012 : chacun des grands candidats cherchaient à imposer son agenda pour que tout le monde ne parle que de çà. Sarkozy et Le Pen voulaient qu’on cause identité nationale, immigration et insécurité (çà avait bien marché deux fois, en 2002 et 2007, pourquoi pas une troisième ?), Bayrou (oui, en janvier il était à 15% et le chouchou des médias) ne voulait nous parler que de dette publique et Hollande ne parlait…de rien car fondant sa stratégie sur le seul rejet de Sarkozy ! Et pataras fin janvier un sondage montrait que la préoccupation dominante des français était l’accroissement des inégalités et que ce qui les choquait le plus était l’indécence de l’extrême richesse. C’était parti et ce thème une fois installé au cœur dont débat public, rien ni personne ne pourront l’en déloger. Dans son émission de janvier sur France 2 Mélenchon a été un formidable amplificateur de ce débat en avançant la proposition d’un revenu maximum vite devenue très populaire… Les gens imitaient son geste des ciseaux avec ses doigts, geste qu’il avait  accompagné de ces mots : « au dessus je prends tout ! ». A ce moment là certains suivant leurs vieux réflexes  se mirent à s’écrier avec un air pincé : « populisme ! démagogie ! vous allez faire fuir talents et capitaux ! ». Malgré le relais des médias bien pensants rien n’y fit, le thème devint très populaire et les meetings de Mélenchon se remplirent toujours plus ; au point que Sarkozy lui-même proposa  de taxer les riches émigrés à l’étranger et que Hollande, comprenant le danger, décidait subitement de taxer à 75% les revenus au dessus d’1 millions d’€, surprenant ses plus proches conseillers, Sapin et autres Moscovici. La question de la richesse indigne et de la pauvreté injuste devenaient ainsi les grands thèmes de l’année.

Cadeaux de Noël pour les riches. L’année s’est achevée par deux évènements significatifs : d’une part l’indécente sortie de Depardieu qui a fait son numéro sans trouver grâce dans l’opinion (à la surprise des belles personnes qui l’ont soutenu et qui disent comme Catherine Deneuve « ne pas comprendre les Français ») ; d’autre part l’invalidation le 29 décembre de la taxe à 75% par la très droitière institution du Conseil constitutionnel… .et revoilà Hollande plus encore à découvert sur sa gauche. En effet en six mois il a pu imposer le traité européen le plus libéral, empêcher une hausse du SMIC un tant soit peu décente, faire passer la hausse de la TVA pourtant condamnée par lui du temps de Sarkozy, faire un cadeau de 20 milliards aux grands groupes capitalistes sans aucune contre partie, imposer un budget d’austérité pire que celui de Fillon l’année d’avant, obtenir le pacte de compétitivité que réclamait le patronat….toutes mesures de droite qui sont passées sans coup férir. Et cette taxe, bien inférieure à celle que les américains imposaient aux riches jusqu’en 1980, voilà qu’on l’annule et Hollande de se donner toute l’année pour remettre en place cette taxe dite exceptionnelle car limitée à deux ans !

Si 2012 a été l’année des « riches » puisqu’on a enfin parlé du scandale de la grande richesse, il faudrait que 2013 soit l’année où on se décide enfin de prendre aux riches !

Prendre aux « riches » pour donner aux « pauvres » est une revendication permanente des opprimés et il n’y a aucune gêne à la reprendre. C’est ce que demandait la plèbe romaine, les gueux en révolte dans la Flandre au 12ème siécle  ou les révoltes des Ciompi dans les villes italiennes du 16ème ou encore ce que demandaient les Nivellers du temps de Cromwell dans l’Angleterre du 18ème ; puis ce qui est mieux connu de la Révolution Française jusqu’aux mouvements ouvriers dans les pays développés et les mouvements d’émancipation des peuples opprimés. Une même exigence à travers mille formes différentes : prendre aux riches pour donner aux pauvres. On me fait remarquer que la redistribution des richesses n’est pas en soi une exigence révolutionnaire ou socialiste. C’est vrai il s’agit d’une exigence certes portée par les socialistes comme une première étape, mais aussi revendiquée par les républicains sociaux voire par certains secteurs de la bourgeoisie qui y voyaient un moyen de garantir la paix sociale et d’éviter la révolution. La redistribution était au programme des solidaristes et des radicaux avant 1914 puis cela devint le mot d’ordre des socialistes réformistes, des démocrates chrétiens et des gaullistes au point de faire consensus pendant toute les « trente glorieuses », la divergence portant sur l’ampleur de la redistribution à opérer. C’était au programme des travaillistes de l’après guerre au Royaume Uni dans le droit fil des théories de Keynes et de Beveridge. Le New-deal de Roosevelt reprend cela à son compte comme dans les années soixante on le voit refleurir au temps de la « nouvelle frontière » de Johnson. Mais notons qu’aujourd’hui ce programme minimum de la redistribution est devenu insupportable pour la grande majorité des dirigeants non seulement de droite mais aussi de la gauche sociale-libérale. La redistribution est insupportable pour un capitalisme financiarisé et mondialisé où l’alpha et l’oméga de la bonne politique est la compétitivité à tout prix par la baisse du coût du travail, des dépenses publiques et de l’impôt. Aujourd’hui défendre le développement de la redistribution par les cotisations sociales et l’impôt progressif sur le revenu (pas par la très injuste TVA),  nécessaires à l’élévation des prestations sociales et à la promotion et élargissement d’un vaste service public, apparait comme une position proprement révolutionnaire.

Ceci dit il faut avoir conscience que mettre en cause la richesse, comme l’évoque la citation en exergue, ce n’est pas seulement s’en prendre à une possession qui serait trop importante ; c’est mettre en cause une relation sociale où la richesse ne se crée qu’en produisant de la pauvreté en masse. Donc une politique de gauche qui envisage de prendre aux riches pour donner aux pauvres doit produire en même temps une perspective de mise en cause du mécanisme par lequel la richesse se fait en créant la pauvreté. Une politique de redistribution n’est durable que si elle se lie à une politique généralisée de remise ne cause de la propriété privée et des rapports sociaux au travail.  Cela n’a rien de neuf : c’est le programme du socialisme historique. Or il nous faut aujourd’hui réinventer ce programme pour les temps actuels,  ceux du capitalisme mondialisé et financiarisé qui  bouleverse les anciens rapports comme il met en cause l’écosystème lui-même. Le programme du Front de gauche et de son candidat à la présidentielle ouvrait ce chemin ; il faut maintenant poursuivre et achever ce travail de refondation. C’était notamment la tâche des assises nationales de l’écosocialisme qui se sont tenues à Paris le 1er décembre dernier. Les thèses qui ont nourri les débats et les comptes rendu de ces derniers constituent les premiers matériaux. Nous allons lancer des débats identiques dans de nombreuses régions et le 26 janvier pour le Languedoc Roussillon nous tiendrons des assises régionales à Clermont l’Hérault auxquelles je vous invite à participer activement. Attendez-vous à ce que ce blog serve à diffuser le maximum de contributions à ce travail de refondation d’un programme pour l’émancipation au 20ème siècle.

René Revol.