La brèche est ouverte dans le mur européen de l’austérité

Note du 26 janvier 2015

Ce dimanche 25 janvier le choix du peuple grec est sans appel : exerçant sa pleine souveraineté, il a mis largement en tête Syriza et fait largement minoritaire les partis qui ont mis en œuvre l’austérité dictée par la troïka (FMI, BCE, Commission européenne). La décision du suffrage universel du peuple grec s’impose à tous, à commencer aux autres gouvernements européens.

Une voie nouvelle s’ouvre en Europe !

Gouvernants Ne touchez pas à la Grèce ! Respectez la volonté de son peuple !

Exigeons que soit largement effacée la dette publique grecque, dette indue car liée aux taux d’intérêt astronomiques imposés par les grandes banques internationales et les agences de notation.

Défendons dans tous les pays européens la même politique que Syriza : protéger les plus pauvres, soutenir la consommation populaire et les investissements utiles, restaurer les services publics et la sécurité sociale, contrôler le secteur financier et faire peser le poids de l’impôt sur les plus riches. Une brèche s’est ouverte dans le mur européen de l’austérité ; une autre Europe est possible.

En Grèce l’opportunisme du Parti Socialiste (PASOK) qui a soutenu et imposé les mesures d’austérité a été largement sanctionné avec un score inférieur à 5%. Le sectarisme du parti Communiste (KKE) qui a refusé l’alliance avec Syriza a été sanctionné par les électeurs.

En France comme en Grèce l’alternative passe par l’union de la gauche anti austérité et des écologistes. Souhaitons que le Front de gauche et Europe Ecologie Les Verts sauront surmonter les sectarismes pour fournir lors des prochaines échéances électorales une offre électorale unifiée. A nous tous, ici et maintenant, de démontrer qu’une alternative est possible !

René REVOL

L’effet Dimitri, sur l’année 2011 on avait vu juste, la question majeure du traité européen à venir et souvenir sur Vaclav Havel !

Note du 19 décembre 2011                

L’effet Dimitri.
Saluons d’abord le succès sur le réseau de la vidéo que j’ai posté dans ma note précédente. C’était le témoignage d’un franco grec Dimitri de retour de Grèce à l’assemblée citoyenne de ma commune, Grabels. Elle a été visionnée plus de 34 000 fois ; elle a touché le cœur et les tripes de femmes et d’hommes dans notre pays. Cela a permis à chacun de mesurer les conséquences humaines précises des politiques pratiquées en Europe. Un jeune bloggeur de Valenciennes vient de m’écrire cette phrase choc : « grâce à cette vidéo, je suis passé de la nécessité de l’indignation, à la nécessité de l’insurrection ! ». Si vous ne l’avez pas encore diffusée dans votre réseau et votre carnet d’adresse, n’hésitez pas car vous ferez œuvre utile à l’éducation populaire et à la préparation à la résistance au nouvel ordre austéritaire.

 Un an après.
J’ai ouvert ce blog il y a un peu plus d’un an et n’hésitez pas à relire ma note du 3 janvier  où je présentais mes vœux. Elle était titrée « Et si 2011 était plus important que 2012 ». A l’époque la doxa dominante consistait à dire que nous allions bientôt sortir de la crise, notamment en suivant les bons conseils du docteur DSK qui du haut du FMI menait le monde financier et en France nous devions nous préparer à son triomphe électoral en 2012. Et opportunément on sortait un sondage où Mélenchon était devancé par Besancenot, Borloo, Villepin ou Nicolas Hulot…..je me souviens même d’un dirigeant socialiste de l’Hérault qui a parié avec moi une bouteille de champagne que Mélenchon ne serait jamais désigné par les communistes…..Ne croyez pas que les gens n’ont pas de mémoire. Tout le monde se souvient de cet enfumage. Car comme le dit si bien un militant apiculteur rencontré au Vigan : « Quand on veut tirer un rayon de miel, il faut bien enfumer les abeilles ! ».  Bref en ce début janvier 2011 il ne fallait pas céder à la domination de l’opinion et si vous voulez vous distraire allez sur les blogs des dirigeants de droite comme socialistes (et de quelques autres enfumeurs et  enfumés) pour lire leurs vœux 2011…Cela vous vaccinera pour leurs vœux 2012.

A l’époque j’annonçais, sans savoir comment cela allait se matérialiser, une crise majeure de la dette des Etats développés entraînant une crise de l’Euro et, au vu des axes choisis pour les politiques économiques, une récession européenne puis mondiale. Exactement le déroulé qui s’est produit. J’annonçais que cette crise économique et sociale servirait de base à une offensive des libéraux et socio-libéraux au pouvoir contre le modèle social protecteur en Europe. Ils ont dépassé mes prévisions. Par ailleurs j’annonçais que cette crise se couplerait avec une crise écologique fondamentale ; la catastrophe japonaise qui a glacé le monde d’effroi est venu vérifier ce pronostic et a abouti à isoler le lobby nucléaire dans l’opinion mondiale. L’année se finit sur le désolant sommet de Durban qui amène tous les experts à prévoir un réchauffement de la planète de 3 à 4° dans le siècle menaçant l’équilibre de l’éco système humain. J’annonçais aussi une crise alimentaire, publiquement vérifiée dans la corne de l’Afrique, et plus souterraine à travers l’augmentation de la population mondiale sous et mal nourrie. Mais j’annonçais aussi que le dispositif des forces ne pouvait éviter qu’un choc révolutionnaire se produise ici ou là. La révolution tunisienne puis égyptienne et leur onde de choc à Bahreïn, à Aden, en Lybie, en Israël, en Syrie …a largement confirmé le pronostic. Quant à la scène politique française, j’annonçais que « nous n’irions pas en pente douce jusqu’en 2012 » ; le moins qu’on puisse dire c’est que le chemin a été accidenté :  le contingent d’un incident dans un hôtel newyorkais a réalisé la nécessité politique qu’un directeur du FMI ne pouvait pas représenter la gauche en France….Borloo le sauveur de la droite s’est évaporé…l’écologiste des multinationales Nicolas Hulot, bien que porté aux nues par l’élite médiatique, s’est fait balayer….Quant à Besancenot il a craqué sous l’effet de la contradiction entre d’une part sa popularité et d’autre part l’absence totale d’usage qu’il pouvait en faire vu la politique d’isolement sectaire qu’il portait avec son organisation.

Pas d’action politique sérieuse sans une solide théorie.
Si je suis revenu sur cette note du 3 janvier 2011 c’est à la demande d’un jeune sympathisant qui en la relisant me demandait ce qui m’avait (je devrais dire « nous » car plusieurs vœux dont ceux des responsables du PG allaient dans le même sens ainsi que ceux d’économistes par exemple les fameux « atterrés » ) inspiré un pronostic aussi vérifié. Cela m’a permis de mener avec ce jeune homme une discussion approfondie sur l’importance de la théorie comme guide pour l’action. C’est un des enseignements les plus précieux d’une (bonne) formation marxiste. Ne pas se laisser impressionner par l’écume de l’opinion mais analyser la structure de la situation économique, sociale, culturelle et politique, étudier soigneusement la dynamique de la situation mondiale, européenne et nationale et ne tenir compte de l’opinion que pour mieux formuler son discours de manière à être entendu par ceux qui sont englués dans ce tapage médiatique. L’étude systématique aidée d’outils théoriques rigoureux qui ont fait leur preuve est une condition pour l’action. Cette exigence théorique combinée à la formation du flair nécessaire pour choisir le moment et la forme de l’action peuvent être redoutables dans une situation de crise comme la notre. C’est cela qui nous a amené un certain nombre à quitter le PS en 2008 pour ouvrir une perspective que les drogués aux sondages d’opinion considéraient sans avenir. Nous sommes au milieu du gué, continuons notre œuvre. Etudier les conditions objectives qui encadrent l’action des hommes ne doit pas oublier ce que disait Marx (à l’inverse d’une certaine pensée mécaniste de certains marxistes) ce sont les hommes eux-mêmes qui font leur propre histoire.

L’enjeu du nouveau traité.
Il faut prendre la mesure de ce qui a été décidé lors du sommet européen du 7 décembre ; vous avez pu lire beaucoup d’analyses et de commentaires pour forger votre opinion. Mais je voudrais insister sur le saut qui a été réalisé à cette occasion : pour la première fois on cherche à mettre en place un dispositif contraignant tous les budgets nationaux des 27 pays. Instituer la fameuse règle d’or absurde de l’équilibre budgétaire et l’automaticité des sanctions, voire l’intervention directe de Bruxelles dans l’élaboration des budgets nationaux. L’erreur économique d’une telle orientation a été longuement analysée dans ce blog et est largement partagée par de nombreux analystes venant d’horizons différents. On le sait l’austérité dans tous les pays en même temps ne peut produire que la récession généralisée. Mais il reste deux questions : 1° Pourquoi persistent t ils ? On peut certes invoquer l’aveuglement d’une élite formatée pour cette politique et qui n’arrive pas à penser autre chose ; mais cela est un peu facile. Je crois qu’ils y voient aussi une formidable opportunité pour aller jusqu’au bout de leur système de libéralisation marchande de l’économie et de la société. Sarkozy l’a quasiment avoué. 2° L’enjeu politique n’est il pas plus important ? En effet, ce sommet n’a pu prendre cette décision de mise au pas de chaque budget national que parce que préalablement Goldman  Sachs avait la main surla BCE via Draghi et parce que les dirigeants européens avaient pu imposer sans aucune consultation populaire les gouvernements Goldman Sachs Papadamos en Grèce et Monti en Italie. Ayant bafoué provisoirement avec succès la volonté populaire dans deux pays ils pouvaient proposer un système qui la bafouerait dans tous les pays européens en même temps ! Mais l’affaire n’est pas jouée, loin de là. Car il leur faut un nouveau traité qu’ils doivent faire vite adopter pour « rassurer les marchés financiers » (qui depuis montrent qu’ils ne le sont guère !) : et tout ce petit monde s’agite pour le faire adopter dés mars 2011. Sarkozy et Bayrou sont ouvertement pour, Hollande veut le réviser tout en respectant son objectif austéritaire (rajouter un peu de croissance dans la rigueur) et les Verts EE ont accepté son objectif dans l’accord avec le PS (avant qu’Eva Joly s’apprête à dire ici ou là l’inverse)….Bref en mars l’heure de vérité sonnera : qui est pour ? qui est contre ? qui est sous la table ? Et on a là les moyens de donner un enjeu public et national au scrutin présidentiel un mois plus tard. On aura l’occasion d’en reparler car d’ici là les spéculateurs vont s’en donner à cœur joie et les soubresauts ne manqueront pas. Par ailleurs les signes de l’exaspération sociale ne manquent pas non plus  sans que la perspective électorale calme le jeu social, comme çà s’est produit autrefois. En tout cas la trêve des confiseurs sera courte.  

Un mot pour finir sur Vaclav Havel qui vient de nous quitter à l’âge de 75 ans. Touché par cette disparition, je voudrais témoigner d’une rencontre. En 1982 je suis allé à Prague pour une mission secrète de soutien àla Charte 77 qui menait le combat contre l’oppression stalinienne. Après des pérégrinations rocambolesques dans la ville pour échapper à la filature policière (l’un de ceux qui me suivait ressemblait à l’inspecteur Gadget du dessin animé et j’en garde un souvenir précis et comique) j’ai pu rencontrer le petit groupe à qui j’amenais quelques moyens et ils me firent rencontrer Havel pendant une heure (au-delà c’était risqué) : le regard direct, les questions précises, une conscience aigüe de l’histoire, une sorte de pessimisme raisonné, une volonté farouche, une amabilité naturelle et  la finesse que donne l’élégance des gens de théâtre….je n’oublierai jamais cet homme. Après la révolution de velours il est devenu peu après président dela République Tchèque et je n’ai pas toujours partagé ses choix souvent laxistes envers les économistes libéraux, mais il n’y avait pas à l’époque beaucoup d’exceptions. A l’heure de sa disparition, je veux garder l’image de cet homme inflexible résistant à l’oppression. Il nous faudra ce type d’hommes pour la résistance qui vient.     

Je l’ai dit : la trêve des confiseurs sera courte. Profitez en car, contrairement à ce que l’on pouvait croire lors de ma note de vœux d’il y a un an,  2012 sera finalement une année décisive et on aura besoin de tous !

René REVOL