De la crise politique en France

(Note du 5 avril 2011) 

Voilà trois semaines que je n’ai pu dégager du temps pour ce blog. La charge d’un  fort investissement municipal d’une part et d’autre part l’accompagnement des candidats du Front de gauche dans les élections cantonales m’ont largement mobilisé, sans oublier bien sûr le Concours de Normale Sup que je « passe » chaque année depuis vingt ans avec mes étudiants : nous sommes désormais à 15 jours du concours et la pression sur le prof est proportionnelle aux angoisses intellectuelles des étudiants…  Je ne m’en plains pas, c’est une joie qui me manquera l’an prochain quand j’aurai fait valoir mes droits à la retraite, mais en attendant çà carbure !

Dans ma note précédente, le 14 mars, je parlais d’état d’urgence, suite aux conséquences de la catastrophe nucléaire au Japon et à l’annonce d’une percée du Front national dans les sondages. Depuis les faits ont largement confirmé mon propos. Je ne reviendrai pas ici en détail sur la situation japonaise. Elle pose au monde entier la nécessité d’une sortie maitrisée du nucléaire ; chacun comprend bien que cela n’est possible que si on arrête de confier au privé la gestion de nos industries énergétiques et qu’on s’engage dans une planification écologique. « Ecologie » « Socialisme » « République » sont les trois principes que le Parti de Gauche affiche sous son sigle. Ecologie et socialisme sont indissociables car renoncer à la course au profit et protéger  l’écosystème humain vont de pair. Cela suppose deux impératifs contenus dans l’exigence républicaine : remettre aux commandes la souveraineté populaire et donner la priorité à la res publica, la chose commune, le bien commun, l’intérêt général. Rien de neuf dans tout cela mais ce qui est nouveau, c’est de voir de plus en plus de nos concitoyens de tous les horizons s’orienter aujourd’hui dans cette direction, suite aux catastrophes engendrées par le système dominant.

J’aurais l’occasion dans une autre note de revenir sur la planification écologique en détail notamment en le déclinant à travers l’action locale.  Je voudrais insister aujourd’hui sur la signification des élections cantonales en général comme dans mon département de l’Hérault. Les caractéristiques majeures de ce scrutin sont à mon avis les suivantes :

1) Une abstention massive. Il ne faut pas avoir fait campagne pour oser dire que cela n’est qu’un oubli, par la faute aux médias qui n’en ont pas assez parlé. Combien de fois ai-je entendu dire «  A quoi çà sert de voter puisque c’est toujours la même chose quelque soit l’élu, et que notre situation empire ?».
Ce sentiment est partagé par la majorité des abstentionnistes qui décident d’exprimer leur défiance politique explicite en n’allant pas voter.
Ces vingt dernières années on est passé d’une « abstention en creux », c’est-à-dire d’une abstention liée au désintérêt pour la chose publique ou liée à une faible implication sociale, à une « abstention en bosse » c’est-à-dire volontaire pour manifester ainsi  son rejet du système politique et de l’offre politique. Si ces deux composantes de l’abstention sont présentes depuis longtemps dans les enquêtes d’opinion, la nouveauté est que la deuxième composante semble devenir majoritaire. Lutter contre l’abstention ne passera pas par un discours civique moralisateur, mais en apportant la preuve par l’exemple. Nous réussirons à faire baisser l’abstention par une mobilisation citoyenne qui propulse des élus nouveaux, fidèles à leurs engagements. L’étude précise des listes électorales de la Paillade démontre que le fait d’avoir choisi comme candidat du Front de Gauche un enfant du quartier et d’avoir ancré la campagne sur une mobilisation citoyenne a permis de faire revenir vers les urnes des abstentionnistes de longues dates (dont certains qui croyaient ne pas être inscrits). 

2) Le bouleversement à droite constitue un séisme politique dont nous devons tirer toutes les conséquences. D’une part prenons la mesure de l’affaissement inégalé de l’UMP (pourtant parti unique de la majorité présidentielle) ; il est assez exceptionnel que sur certains bureaux l’UMP avec 10% fasse moins dans l’Hérault que le Front de gauche ! Quand on regarde de prés les bureaux de vote de mon village il apparaît nettement que l’électorat UMP est nombreux à être resté à la maison ; dans le canton en général on peut le répartir en trois tiers : un tiers d’abstentionnistes, un tiers pour leur candidat, un tiers vote FN.

D’autre part le deuxième fait majeur est le fait que le FN est devenu un concurrent direct de Sarkozy et de l’UMP pour diriger la droite. En LR et dans l’Hérault il a largement dominé de plus de 10 points l’UMP. Une bonne partie de l’électorat de la droite parlementaire a décidé de changer de chefs, car la culture de la droite c’est de s’en remettre à un chef. Sarkozy étant massivement désavoué, sans être à ce jour remis en cause par son camp, le choix se porte sur Marine Le Pen.
Un mot sur un débat que nous avons eu au PG : certains prétendaient que les sondages étaient bidonnés et que MLP était surévaluée. Si bien sûr les sondages peuvent être d’une part amplifiés et d’autre part mis en scène pour assurer une promotion médiatique honteuse de la fille « mieux que le père », nous étions nombreux à penser que ces sondages traduisaient un mouvement réel : les faits nous ont donnés raison. L’analyse des votes FN doit être faite finement. Si je regarde les deux cantons où je vis et milite : à Montpellier 10 (Montpellier, Grabels, Juvignac) il y a une forte progression du FN dans les zones pavillonnaires ou de petits ensembles privés, surtout dans ceux proches des quartiers les plus populaires, par contre dans la partie populaire notamment le canton Montpellier 9 (La Paillade) il y a un recul en pourcentage et en voix du FN. Si les sondages sortie des urnes nous donneront plus d’indications, il apparaît qu’il n’y a pas de progression proprement ouvrière et populaire du FN, que c’est l’électorat populaire UMP (car il y toujours eu un électorat populaire de droite) qui quitte Sarkozy pour Le Pen. Ce mouvement est encore plus net dans les couches moyennes appauvries et menacées de déclassement ou travaillées par la peur du déclassement. Cette subite radicalisation à l’extrême droite de la petite bourgeoisie avait été bien analysée dans les années trente ou chez certains sociologues sur « l’extrémisme politique du centre social en période de crise » (Lipset).

Mais qu’est ce qui fait que ces couches sociales se tournent vers le FN ? Deux éléments à cette étape, A) Ils ont été encouragés par la droite sarkozyste elle-même : débats et positions prises sur l’identité nationale, les Roms, l’islam, le discours de Grenoble, les petites phrases de Hortefeux jusqu’aux dernières de Guéant avec sa « croisade » et autres « on ne sent plus chez soi ». Tout cela légitime le Pen aux yeux du grand nombre. B) Quant à la gauche officielle qui apparaît sans chef ni véritable programme, elle ne constitue pas une force d’attraction. La classe moyenne apeurée ne suivra la gauche que si celle-ci donne le sentiment d’être déterminée à changer leur situation concrète. Les communicants ne se rendent pas compte des dégâts qu’ils ont causé avec leur reportage sur DSK à Canal+ : arrogance, richesse et distance avec le peuple s’étalaient au grand jour ! Je ne vois pas comment la « gauche FMI » pourrait attirer ces électeurs… sans parler de l’électorat populaire de gauche ! La gauche doit se présenter comme puissante et déterminée à rompre avec la situation existante, c’est la condition pour que le FN reflue. Et puis être au contact sur le terrain : de ce point de vue il est significatif qu’en construisant une candidature populaire et unitaire du Front de gauche sur la Paillade nous ayons éliminé le FN du second tour. C’est la perspective nationale que nous devons nous fixer. La « gauche FMI » ne pourra jamais reconquérir l’électorat populaire qui s’abstient ou s’abandonne, qui ne se laisse plus convaincre par le vote utile.

Prenons la mesure de la situation qui s’est ouverte en mars : l’ouverture de la crise politique en France. Crise politique car nous assistons à une vraie crise de la domination politique. Le Président de la République est transformé en politicien de bas étage pris dans une course effrénée pour sauver sa situation ; sa majorité est prise en tenaille entre résister ou céder au FN. Le président a manifestement fait le choix de la stratégie de droitisation à outrance de son conseiller Patrick Buisson (ancien directeur de rédaction de Minute), d’où le Ni Ni entre vote PS et vote FN, et la relance d’un débat de fait sur l’islam. Cette crise ne va pas seulement accélérer les fractures au sein de la droite, elle atteint aussi la légitimité du président, sa légitimité à être le chef des armées et de décider de frappes en Lybie ou en Côte d’ivoire, comme sa légitimité à porter une quelconque des « réformes » qui viennent. De ce point de vue avril mai 2012 est encore loin et la crise politique va creuser largement son sillon, menaçant l’équilibre même du pouvoir comme le montre la pression pour qu’il se sépare de Fillon. 

4) Les résultats à gauche sont tout à fait intéressants. Le PS est majoritaire mais avec une diminution de ses voix parfois très significative. Le PS n’est pas hégémonique. Il doit composer avec les deux autres forces qui émergent à gauche : Le Front de Gauche, désormais deuxième force à gauche localement comme nationalement, et Europe Ecologie Les Verts.
Dans le Languedoc Roussillon les résultats sont les suivants : PS 28.31 – FdG 11.38 – EE-LV 8.66

Ces résultats montrent que le PS ne peut prétendre à représenter seul la gauche, ni revendiquer des ralliements sans condition de ce qu’il considérait autrefois comme des confettis de la gauche. Mais ces résultats montrent aussi que le mouvement engagé aux européennes et aux régionales où le FdG, nouvelle offre à gauche, atteignait déjà plus de  8% a continué de plus belle avec une moyenne de plus de 11% dans la région et 10% nationalement ce qui en fait la deuxième force à gauche. Ce résultat des cantonales confirme aussi la pertinence d’une union de la gauche de transformation sociale. Cela est très visible dans l’Hérault également : là où le PCF a joué le jeu du Front de gauche en s’alliant avec le PG et la GU en affichant nettement la perspective du Front de gauche les résultats sont là.

C’est notamment le cas à Montpellier où tous les candidats progressent nettement par rapport à 2004 et par rapport aux européennes et régionales. C’est le cas notamment avec le candidat PCF dans le 7ème canton (malgré la concurrence du NPA) et le candidat PG dans le 10ème canton qui font tous les deux plus de 10%, dépassant les 20% dans plusieurs bureaux populaires (Petit bard, la Valsière), la progression étant nette non seulement depuis 2004 (où le FdG n’existait pas) mais aussi par rapport aux européennes et aux régionales. C’est le cas bien sûr dans le canton 9, territoire éminemment populaire de la Paillade, où la candidature citoyenne de Mohamed Bouklit, présentée par l’association « Front de gauche des quartiers populaires » et les composantes politiques du Front de gauche, a réalisé un magnifique score de 22% éliminant le FN (qui avec 20% recule en voix et en pourcentage) et l’UMP (5%), se qualifiant ainsi pour le second tour dans le canton du Président du Conseil Général en ballotage avec un peu moins de 50% des voix. J’aurai l’occasion de revenir plus loin sur les raisons de la présence du Front de gauche au deuxième tour de ce canton, mais soulignons dans l’immédiat les vertus d’une part de l’union de l’autre gauche et d’une campagne dynamique sur le terrain avec des candidats issus de ces quartiers. De ce point de vue la stratégie d’une partie du PCF de l’Hérault hostile au Front de gauche et présentant des candidats exclusivement PCF (n’hésitant pas en même temps à utiliser au dernier moment le sigle Front de gauche pour gagner des voix… comme quoi le sectarisme n’exclut pas l’électoralisme !)  a subi un cuisant échec : ainsi à Clermont l’Hérault le PCF qui avait atteint jusqu’à 30% des voix dans ce canton obtient 5% dans une candidature de division contre la candidate PG du Front de Gauche alliée avec des Verts qui partageaient un combat citoyen local et qui a obtenu plus de 11% dans un contexte de cinq candidatures concurrentes à gauche. Il en va de même pour le NPA : là où il s’unit avec le Front de gauche comme à Ganges il obtient plus de 11% et là où il est solitaire il est en dessous de la barre des 5%, même quand il a un bon candidat comme le conseiller municipal de Montpellier, syndicaliste, connu pour ses combats politiques et sociaux sur la ville.

Bref le Front de gauche a de l’avenir si il est à la fois uni et ouvert ; uni dans toutes ses composantes actuelles qui doivent confirmer leur volonté de travailler ensemble et de concert pour les prochaines échéances, ouvert aux autres composantes de la gauche de transformation sociale (comme dans cette campagne l’a montré soit avec la présence active de la Fase ou du NPA dans certains cantons de la région, notamment dans l’Aude), ouvert aussi à une meilleure représentation des citoyens mobilisés sur le terrain, souvent non inscrits dans une organisation politique. Ainsi a-t-on vu naître dans ces deux mois dans l’Hérault deux associations : d’une part une association départementale du Front de gauche permettant aux citoyens non encartés d’adhérer et de militer dans un cadre commun avec les organisations membres du Front de gauche et les comités locaux unitaires du Front de gauche vont se structurer dés ce printemps ; d’autre part « le Front de gauche des quartiers populaires » né à la Paillade qui engage la même démarche en cherchant à construire une nouvelle représentation des quartiers populaires de Montpellier. Le « Front de gauche des quartiers populaires » a déjà pris les dispositions pour continuer sa mobilisation civique et politique dans les quartiers populaires de Montpellier.  Déjà dans les autres villes de la région, et en banlieue parisienne cette initiative trouve un écho.  

Le Front de gauche a donc atteint son objectif en réalisant un score à deux chiffres. Ce n’est pas là une fierté mal placée car elle revêt une importance particulière. Le Front de Gauche devient ainsi une alternative crédible à l’échelle du pays et son objectif d’être une force candidate au pouvoir n’est pas hors d’atteinte. Car le front de gauche offre un axe stratégique pour combattre le FN et le défaire. Cela est un débat fondamental à gauche. En effet certains croient à gauche que face au FN il suffit de tenir le bon vieux discours antifasciste mêlant un moralisme très général et un appel au rassemblement des républicains. S’il va de soi qu’il faut en toutes circonstances (notamment électorales) tout faire pour que les électeurs se rassemblent pour battre le FN, cela ne saurait suffire. Comme je l’ai expliqué plus haut le FN se nourrit de la désespérance sociale et de la peur du déclassement en offrant une image de force et de détermination. La majorité de ses électeurs ne  se détourneront de lui que si se constitue une gauche qui démontre une détermination à changer leurs conditions d’existence, une gauche qui ne soit pas un mélange de moralisme béat et de résignation à l’Europe libérale et à la mondialisation capitaliste, une gauche prête à gouverner directement en disant les mesures immédiates qu’elle sera capable de prendre pour lutter contre le chômage et la misère, capable de garantir la santé et l’éducation, capable de préserver notre environnement. Comme l’ont dit les candidats du Front de gauche : « Si vous ne savez pas faire, laissez nous la place car nous nous savons faire. » Une gauche sociale et déterminée peut alors être intransigeante sur les valeurs et les principes en montrant une fermeté sans faille contre le racisme et la xénophobie. Après avoir vu par exemple l’an dernier une majorité de la gauche régionale justifier les blagues nauséabondes de feu Georges Frêche, comment voulez vous qu’on les prenne au sérieux aujourd’hui dans leurs appels à l’union sacrée républicaine ?

Parlons maintenant de l’extraordinaire expérience réalisée à la Paillade, dans ce fameux canton 9, le sortant socialiste étant Président du Conseil Général. Mohamed Bouklit a réalisé 22% au premier tour, éliminant le FN et l’UMP, puis, suite au vote quasi unanime de son Comité de soutien a décidé de se maintenir au second tour face à André Vezinhet qui avait raté de deux points les 50%. Commençons par l’anecdotique : Dimanche 20 entre 22h et 24h pas moins de cinq responsables socialistes (y compris nationaux) m’appellent pour que le candidat du Front de gauche arrivé en deuxième position avec 22% et ayant éliminé de la compétition FN et UMP,  se retire pour laisser comme seul candidat en lice le Président du CG sortant. Je leur fais remarquer que dans une trentaine de cas les candidats EEV et PS communs se maintiennent contre le FdG en appelant la droite à voter pour eux. Quant au choix de maintien ou non au second tour, je leur ai dit que je n’avais aucun pouvoir de décision, qu’ils devaient appeler directement les candidats et qu’il appartenait à l’assemblée citoyenne du FdG du quartier de décider. Ils ne comprirent pas.

Leur conception de la politique exclut que les gens soient égaux ; s’il y a un candidat qui s’appelle Mohamed il ne peut être que manipulé par plus puissant que lui ; ils ne comprenaient pas que le Front de gauche et particulièrement le PG avait construit dans ce quartier une démarche citoyenne pour que le candidat qui sera porteur de notre programme soit issu du quartier et constitue cette nouvelle représentation politique populaire que nous appelons de nos vœux. Ensuite le sortant a fait une grosse erreur quand on lui a demandé pourquoi il n’avait pas répondu à la demande de débat de Mohamed Bouklit : « j’ai pris le parti de l’ignorance. » ; l’ensemble des citoyens porteurs sur le quartier de cette candidature a décidé après mûre réflexion qu’ils maintenaient la candidature au second tour en le justifiant ainsi : « après avoir éliminé le FN à 20% et l’UMP à 5%, on en appelle à tous les abstentionnistes (prés de 70%) pour qu’ils choisissent entre les deux candidats de gauche en étant certain ainsi de ne pas favoriser la droite ». En tant que président du comité de soutien j’ai respecté et assumé leur décision collective et unanime. Je n’ai pas hésité une seconde bien qu’il m’en coûte de m’opposer frontalement à une personnalité avec qui j’ai toujours eu des rapports courtois (à la différence de G. Frêche par exemple). Aussi que n’ai-je entendu entre les deux tours de certains hiérarques ? « Vous vous attaquez à une personnalité imminente du PS » mais jusqu’à nouvel ordre la candidature et le vote sont libres dans notre pays et le souverain final c’est le peuple par son vote auquel tous doivent se soumettre ; « Tu n’auras plus de subvention pour ta commune » mais Frêche m’avait fait la même menace avant mon élection municipale, sans empêcher la transformation de ma commune. Et puis ne serait-il pas temps que les subventions se définissent en fonction de l’intérêt général ? Comme d’ailleurs le Conseil général de l’Hérault entend le faire en rompant justement avec ce genre de pratiques. « Vous allez livrer la Paillade aux islamistes ». Ce dernier « argument » mérite une réponse nette et cinglante : Mohamed Bouklit est un acteur associatif de longue date sur le quartier malgré ses 34 ans, notamment dans la plateforme citoyenne qui défendait des conceptions laïques et républicaines  au grand jour et son programme électoral est d’une grande clarté à ce sujet. D’ailleurs lors d’une des réunions publiques, quand une expression islamiste s’est exprimée contre le Front de gauche, nous n’y avons pas fait obstacle mais lui avons apporté la réponse laïque et républicaine qui s’impose, faisant l’unanimité des soutiens de Mohamed. Cette campagne de dénigrement de sa candidature est non seulement indigne mais témoigne d’une ignorance des réalités et d’un abandon du combat républicain sur le terrain. Enfin j’ai saisi l’occasion pour rappeler à mes interlocuteurs que certains d’entre eux n’avaient pas hésité à l’agglomération de Montpellier à voter ou à laisser voter pour un maire UMP contre un maire de gauche, qu’ils se rappelaient de mon existence quand ils avaient besoin de moi entre les deux tours.

Dans tous les autres cantons j’ai fait mon travail de rassemblement contre la droite et l’extrême droite : dans le canton où se situe ma commune j’ai largement diffusé un appel en tant que maire pour assurer la défaite du FN en votant pour la candidate socialiste arrivée en tête ; j’ai fait de même pour Jean-Pierre Moure, candidat du PS à Pignan, en passant outre à l’attitude qu’il avait eu lors de l’élection des vice présidents de l’agglomération ; et de même dans d’autres cantons du Gard et de l’Hérault. Quant à l’exception du canton Montpellier 9, on ne peut que se réjouir de l’expression d’une nouvelle génération politique de gauche dans ce quartier populaire. Une exception qui ne mettait pas en danger la gauche, ni ne faisait pas des 20% de l’électorat FN et des 5% de l’UMP les arbitres entre le candidat PS et celui du FdeG des quartiers populaires. Ce n’était pas le cas dans le reste de la France pour les socialistes et les écologistes (souvent alliés en l’occurrence) qui ont multiplié les exceptions (une quarantaine environ) pour appeler la droite à la rescousse pour battre un Front de gauche, généralement communiste : dans tous ces cas les électeurs de gauche ont d’ailleurs largement confirmé le Front de gauche. Quant à la Paillade, malgré une pression énorme pour un vote « officiel » (grand bond en avant du vote… dans la maison de retraite !), le candidat du front de gauche est passé de 22 à 34%, augmentant ses voix de 800 votes ce qui constitue une mobilisation exceptionnelle et prometteuse. 

Un espoir est né dans les quartiers populaires de Montpellier et l’aventure va continuer et s’amplifier pour faire émerger de tous les quartiers de Montpellier une nouvelle génération politique qui se structurera dans le Front de gauche des quartiers populaires, élaborant ses exigences sociales et politiques, faisant ses propositions alternatives et prêtes à les porter à toutes les échéances à venir. On aura l’occasion d’en reparler.

Comme je vois que la date anniversaire de la moitié de mon mandat municipal approche, je vais me permettre dans une prochaine note de la saluer par quelques remarques et impressions personnelles.

5 avril 2011
René Revol

Note du 7 février 2011

Le temps s’accélère et je dois écourter les nuits pour écrire sur ce blog. Dans cette note je traite de l’analyse des révolutions tunisiennes et égyptiennes et de leurs conséquences, des signes de fracture « en haut » et « en bas » en France et de la manière d’y assumer nos responsabilités, et dans ce cadre je dirai deux mots de questions politiques héraultaises.

La contagion révolutionnaire. J’imagine que vous êtes comme moi depuis des semaines, rivés sur vos écrans dés que vous avez un peu de liberté pour suivre la révolution citoyenne en marche en Tunisie puis maintenant en Egypte. J’écris ces mots dans le fameux « vendredi de la peur » et on voit en direct des centaines de milliers d’égyptiens converger dans les rues dans ce qu’eux ont décidé d’appeler le « vendredi du départ » ! C’est le premier enseignement de ces deux révolutions en cours : le moteur du changement est dans l’énergie populaire et sa soif d’émancipation. « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » affirmait la proclamation de fondation de la 1ère Internationale, écrite et lue par Marx et votée à Londres lors du meeting de solidarité avec le peuple polonais qui luttait pour son émancipation et sa liberté. Cela sonne comme un mot d’ordre neuf car c’est le fil qui relie tous les combats émancipateurs : n’attendons pas notre salut d’un chef suprême ou d’une tutelle étrangère au peuple, notre émancipation ne peut venir que de la mise en mouvement du peuple lui-même. C’est dans le combat même qui y conduit que se joue la société émancipée de demain. L’auto-organisation populaire de la révolution conditionne son issue et pose le fait que la nouvelle société ne pourra être fondée que sur la souveraineté populaire. L’effervescence qui continue en Tunisie après avoir chassé Ben Ali prouve la profondeur de cette exigence de souveraineté populaire. C’est pour cela que nous assistons à une révolution citoyenne : « révolution » parce que devant l’écrasement de toute liberté la seule issue est dans l’insurrection pour qu’ils s’en aillent (« dégage ! » va devenir un slogan universel !) et « citoyenne » parce que les peuples sont farouchement attachés à la démocratie et à la l’exercice de leurs libres suffrages. Cette puissance populaire fait peur aux puissants à commencer pour l’impérialisme américain qui n’hésite pas d’abandonner le soutien qu’il accordait aux régimes en place pour s’investir dans « l’organisation de la transition ». Nous allons suivre avec la plus grande attention cette vague populaire, ses avancées, comme ses difficultés, et nous devons exiger de nos Etats la plus forte solidarité contre la répression. La deuxième leçon (je l’avais précisée lors de mon billet précédent) c’est la façon extraordinaire dont revendications sociales et revendications démocratiques sont intimement liées. Cela est dénié dans la grande presse. Les grands journaux américains mettent en scène une « insurrection de la liberté » mais évitent soigneusement d’aborder les questions sociales, et les dirigeants européens emboîtent le pas à cette analyse. Or l’exigence de manger à sa faim et de conditions de vie décentes est un ferment de contestation dans ces pays où les peuples supportent de moins en moins que la misère grandisse y compris pour les jeunes diplômés alors que la richesse d’une infime minorité s’accroît dans des proportions vertigineuses. Or cette inégalité et cette misère, si elles sont jugées encore plus insupportables quand elle est portée par un pouvoir policier et dictatorial, elles ne tirent pas leurs sources de ce pouvoir mais de ce que ce pouvoir applique avec zèle les recommandations du FMI et des marchés financiers. Certains papiers ont fort opportunément souligné cette semaine que l’Egypte était de plus en plus montré ces derniers mois comme un « bon élève économique » avec son taux de croissance de 7% annuel et la croissance de sa production industrielle au point que The Economist (l’hebdomadaire libéral du capitalisme financier) osa parler d’un « Tigre du moyen orient » ! Comme les mêmes ne tarissaient pas d’éloges il y a quatre ans sur le  « fabuleux tigre celtique » irlandais…No Comment ! Or cette croissance se faisait avec des salaires moyens de 50€ et le FMI exigea et obtint que le budget fasse des économies en diminuant ses subventions sur les produits alimentaires de base…Et on voit se reproduire une loi remarquée par Marx en son temps (et aussi par Tocqueville d’ailleurs) : quand le développement économique s’accroît et que la misère perdure, cette dernière devient encore plus insupportable et se développent en même temps les aspirations et les déceptions avec comme résultat : l’explosion. Les peuples ne rentreront pas chez eux tant qu’ils n’auront pas le sentiment qu’on répond à cette urgence sociale. La troisième leçon concerne la question dite de la « menace islamiste ».  On voit à nouveau des esprits éclairés nous resservir la soupe mijotée depuis la décennie 90 et qui fut formidablement mise en scène suite au 11 septembre 2001 et ce qui suivit en Afghanistan et en Irak. D’abord nous n’ignorons pas du tout le caractère réactionnaire de l’islamisme radical qui de la même manière que le fondamentalisme religieux américain ou l’extrémisme de droite en Europe se nourrit de la crise sociale et politique pour offrir des « solutions » fondées sur l’exclusion et la haine des « différents » les plus proches : entre juifs et arabes, entre sunnites et coptes, entre sunnites et chiites, entre pakistanais et hindous, entre blancs et noirs, entre arabes et gitans, entre ….flamands et wallons …la liste est longue ! Mais justement la domination impérialiste occidentale qui dans le cadre de la mondialisation met en coupe réglée le monde a trouvé dans l’islamisme l’ennemi idéal pour faire passer sa domination. Moubarak a bien résumé cela « C’est l’islamisme ou moi », ce qui fut aussi le mot d’ordre de Ben Ali et cela avait commencé en Algérie par la suspension des élections de 1992 où pour éviter le FIS on eu une dictature militaire, résultat on a eu le GIA puis l’AQMI et leurs horreurs auxquels répondaient les horreurs de l’armée avec à chaque fois les mêmes victimes (des gens du peuple massacrés) et les mêmes bénéficiaires (les affaires prospèrent). Ce dispositif enfermait les peuples dans un dilemme sans issue et permettait de le maintenir soumis. C’est cela qui se brise sous nos yeux. Le processus d’émancipation en cours pose ainsi non seulement la question sociale et démocratique mais la nécessaire invention d’une issue laïque ; cela se voit dans tous les textes qui circulent aujourd’hui en Tunisie et en Egypte. Bien sûr rien n’est joué et la lutte est en cours mais comme le disait le vieux Engels : inutile de gémir ou de rêver, « c’est la lutte qui donne le résultat de la lutte » !

Où va la France ?

Certains bons esprits se rassurent : « la France ce n’est pas la Tunisie ou l’Egypte, ma brave dame ! »…Rien n’est moins sûr ! On avait déjà entendu que la révolution démocratique sud américaine n’était pas exportable en France, en oubliant que ce processus était déjà fort différent selon les pays d’Amérique Latine : l’Argentine de Kirshner ce n’est pas le Brésil de Lula qui n’est ni le frente popular uruguayen qui n’est pas Moralés en Bolivie, ni l’Equateur ni le Venezuela, ni Cuba….mais derrière ces processus différents il y avait un même mouvement politique et social de subversion sociale et démocratique. Il en va de même aujourd’hui et il n’est pas sans intérêt de rapprocher ce qui s’est passé en Tunisie et en Islande… qui à l’évidence sont des pays différents !  Or pour comprendre qu’en France on est dans une marmite en pleine surchauffe au bord de l’explosion il suffit de voir comment ces évènements tunisiens puis égyptiens influencent la mentalité populaire chez nous : je rencontre de plus en plus de citoyens des classes populaires qui n’hésitent plus à dire qu’il faudrait faire pareil. En tout cas la conscience qu’il est possible de relever la tête et de ne plus subir fait son chemin. Il ne faudrait pas croire que le retrait d’un mouvement social de grande ampleur comme celui des retraites l’an dernier signifie un recul de la volonté populaire d’en découdre. Un ancien étudiant devenu prof à Dôle m’a envoyé plusieurs messages pour me décrire la puissante mobilisation populaire dans sa ville contre le départ de l’usine Standard : non seulement les ouvriers concernés sont en mouvement (ce qui est la première entreprise de la localité) mais avec eux toutes les couches de la population : scolaires et enseignants, services publics, autres entreprises, commerçants etc.….Ce collègue peu politisé jusque là me décrit son engagement avec enthousiasme. Il en va de même du désastre dans l’éducation avec ces milliers de suppression de postes : dans le collège de mon fils c’est la révolte des profs et des parents qui gronde et je suis certain que la grève de jeudi 10 sera puissante. Il est clair partout qu’« En bas » on n’en peut plus ! Dans la vie quotidienne de ma  semaine on capte en permanence les petits signes d’une nervosité sociale à fleur de peau : dans la salle d’attente de mon médecin, dans le bus puis le tram puis le train pour aller bosser à Nîmes, dans la file d’attente d’une caisse de supermarché, en faisant le plein à la pompe …mais il est vrai que nombre dans l’élite ne fréquentent plus de tels lieux ou s’ils le font ne parlent plus normalement avec les gens.

Mais il n’y a pas qu’en bas que çà fout le camp. Significatif a été la mobilisation des compagnies de CRS qui ont finalement obtenu gain de cause. Le cœur de l’Etat c’est la force armée et quand ses membres se mobilisent contre le gouvernement c’est un signe indéniable de crise politique au sommet. Lorsqu’au début de 1958 les policiers manifestèrent devant les fenêtres du Ministère qui les dirige, ce fut le signe que le régime politique allait s’effondrer. Cette mobilisation inédite de CRS est tout aussi significative. Un policier de Nîmes m’a raconté l’état de délabrement de la police d’Etat dans cette bonne ville qui a perdu 150 agents en dix ans ; il était exaspéré après Sarkozy…d’autant plus qu’il avait voté pour lui ! La provocation de Sarkozy à Nantes ouvre une nouvelle phase dans la crise de l’Etat dans ses fonctions régaliennes de justice et de police. En effet jusque là on régnait en opposant justice « laxiste » et police « excédée » et maintenant il apparaît aux yeux de tous que le problème provient de la suppression massive de postes dans les deux, ce qui interdit aux magistrats comme aux policiers de faire leur travail normalement. Et pendant ce temps Alliot-Marie se débat dans son histoire de jets privés décrédibilisant le gouvernement français aux yeux du monde…..Comme disait Lénine « Quand en bas on ne peut plus vivre comme avant et qu’en haut on ne peut plus gouverner comme avant, cela signifie qu’on entre dans une période prérévolutionnaire»

Dans une telle situation la responsabilité politique des partisans d’une transformation sociale est importante. Inutile d’en rajouter dans les mots d’ordre et les revendications, ils fusent d’eux-mêmes dans la situation. En étant présent au cœur des actions et des combats de notre peuple, donc en étant dans le mouvement même de la révolution citoyenne qui vient, nous devons être unis pour être prêts à gouverner pour un nouvel ordre social et démocratique. Le Parti de Gauche n’a pas d’autre utilité que de construire cette  perspective avec la stratégie du Front de Gauche. Jean-Luc Mélenchon a raison de taper sur Strauss-Kahn car cette démission de la gauche pour un « candidat naturel » qui reprendrait de fait la politique de la droite serait la pire catastrophe. Le peuple est excédé devant soit le silence soit  les hésitations d’un PS entre une politique de gauche et la fidélité au social libéralisme. L’heure de l’alternative à gauche a sonné. Et il y a une occasion de le faire savoir tout de suite.

20 et 27 mars 2011.
Dans deux mois la moitié de la France va être appelée aux urnes à l’occasion des élections cantonales. J’ai essayé d’agir à mon niveau pour que le front de Gauche soit présent dans le plus grand nombre de cantons et qu’il soit non seulement uni mais aussi ouvert aux autres composantes de la gauche indépendante du PS. Dans le Gard, les PO, l’Aude les composantes du Front de Gauche ont passé un accord départemental pour présenter des candidats partout, et notamment dans l’Aude en élargissant l’accord au NPA. Malgré nos appels et nos efforts, cela n’a pas été accepté dans l’Hérault par le secrétariat départemental du PCF et nous le regrettons. Mais cela ne nous a pas empêché de bâtir canton par cantons des candidatures unitaires pour aboutir à ce jour à une présence dans plus de 20 cantons. Le PCF et le PG constituent très souvent des couples de candidats montrant le visage unitaire du front de gauche. De plus à Béziers un candidat PG aura une suppléante FASE et à Clermont l’Hérault une candidate PG aura un suppléant Vert représentant une mobilisation locale de grande ampleur contre un projet de bétonisation de terres agricoles. J’aurai l’occasion de revenir en détail sur les combats locaux qui constituent autant d’ancrages profonds du FdG dans le peuple de ce pays. Mais je voudrais dire aujourd’hui deux mots des territoires qui me sont les plus proches. Je suis Maire de Grabels qui fait partie du 10ème canton de Montpellier. Aux européennes de 2009, le FdG a fait 16% dans ma commune et aux régionales de 2010 26%. Nous avons collectivement décidé que je ne serai pas candidat (ce qui surprend beaucoup politiciens locaux et journalistes)  et je trouve que nous avons pris une très bonne décision. Le fdG présente un jeune professeur de 28 ans mais au passé déjà bien pourvu en combats et expériences nombreuses, Lionel Descamps, et il a pour suppléante une infirmière grabelloise Myriam Aufranc. Ils n’ont aucun mandat et mènent une formidable campagne de terrain. Le PG a fait le choix du renouvellement et  de la jeunesse. Je vais les soutenir de toutes mes forces car ils représentent l’avenir d’une nouvelle représentation politique populaire. Je connais également bien La Paillade qui est limitrophe de ma ville et de mon canton et là le PG présente un candidat issu des mobilisations citoyennes des quartiers populaires, Mohamed Bouklit. A 34 ans, diplômé d’informatique, habitant depuis toujours la Paillade, il a notamment animé la Plateforme citoyenne qui joue un rôle civique majeur dans le quartier. Il a pour suppléante Danièle Ledudal, militante du NON en 2005 puis une des animatrices des Collectifs antilibéraux dans ce quartier, ancienne de la LCR, actuellement gauche unitaire. Je sens que Mohamed et Danièle vont construire à cette occasion un vrai levier politique dans ce quartier populaire que j’aime tant : j’y suis encore parent d’élève et je participe à beaucoup d’évènements de sa vie publique. J’ai été très honoré que les deux candidats m’aient demandé de présider leur comité de soutien.

Vous voyez que ces cantonales sont beaucoup plus que des élections cantonales : un moyen de construire et d’enraciner une vraie gauche à un an des élections décisives de 2012. Alors occupez vous en ! Tous !

René REVOL