Et si 2011 était plus important que 2012 !

Bon, nous y voilà dans cette année 2011. Et, maire oblige, je vais devoir assister à toutes ces interminables cérémonies de vœux. Un copain anglais me disait qu’il ne comprenait pas tout ce cérémonial en France qui dure un mois ; qu’on se souhaite la bonne année entre amis, voisins, famille et qu’on fasse de même avec ceux qui partagent une fraternité républicaine, rien que de très normal ; mais de voir ce spectacle des élites en tous genres se souhaiter les meilleurs vœux de bonheur et de santé alors que bien souvent ils se détestent souverainement, c’est au bout du compte assez affligeant. D’un naturel plutôt sociable et civil, je me plierai à ces conventions. Mais j’accorderai surtout mon temps aux habitants de ma commune avec qui j’ai une relation citoyenne et fraternelle particulière. Ne voulant pas mélanger les genres je vous laisse découvrir sur le site de la Ville de Grabels ma carte de vœux 2011. Je suis sûr qu’elle va vous inspirer plein de réflexions originales. Et si vous êtes dans le coin le lundi 17 janvier à 19h venez assister aux vœux municipaux à la salle polyvalente.

Quant à cette année 2011, foin des mièvreries habituelles, mieux vaut se dire les choses clairement : elle va être terrible !

D’abord il n’y aucune raison que la crise économique se ralentisse. Dans ce domaine, le discours dominant est consternant sur le thème éternel du « c’est un mauvais moment à passer » « on ne peut rien faire d’autre que des restrictions budgétaires » « il n’y a plus d’argent dans les caisses » « il y aura une reprise » et pourquoi pas « après la pluie, le beau temps revient toujours »… Propos d’autant plus consternants qu’ils s’accompagnent souvent de mots savants pour avancer les idées basiques des économistes libéraux : tout s’arrangera avec le temps, laissons faire le marché. Or dans les discussions avec la population on sent les gens plus ou moins confusément conscients de la gravité de la crise et de l’impasse de ce système. De plus en plus grandit la conscience que nous sommes face à une crise systémique dont on ne sortira qu’à travers une brisure profonde.

Nous sommes face à une crise du capitalisme financiarisé et mondialisé qui s’est imposé depuis le milieu des années 80 suite à la crise, dans les années 70, du capitalisme fordiste. Le capitalisme financiarisé et mondialisé n’est pas une génération spontanée mais le fruit des décisions des gouvernements de l’époque (chacun avec sa variante) : libéralisation des marchés des marchandises par généralisation du libre échange pour imposer un régime concurrentiel, libéralisation totale des marchés monétaires et financiers entrainant la disparition de toute réglementation publique, libéralisation du marché du travail par une flexibilisation généralisée dans la gestion de la main d’œuvre, privatisation de la quasi-totalité des entreprises publiques, ouverture à la concurrence de tous les services publics, démantèlement des régimes de retraites et de la santé publique, diminution des impôts et des dépenses publiques etc. Quelque soit le terme utilisé, libéralisation, dérégulation, déréglementation, il s’agit d’une offensive menée sans relâche depuis les années 80 et qui se poursuit à travers la crise actuelle.

La logique intellectuelle dominante est celle dite de l’offre compétitive. Nul besoin de soutenir la demande des ménages ou de l’Etat pour soutenir la croissance (cela est présenté comme une vieillerie keynésienne provoquant les haussements d’épaule de nos « savants » libéraux) ; ce qu’il faudrait désormais c’est rendre l’offre (c’est-à-dire les entreprises) compétitive par les prix, en abaissant les coûts de production (ceux du travail bien sûr !) afin de répercuter cette baisse sur les prix de vente et assurer ainsi une croissance saine et sans inflation d’une économie concurrentielle.

Ce conte de fées a été décliné sur tous les tons depuis trente ans. Outre que la logique de la concurrence libre et non faussée est celle du moins-disant social, fiscal, écologique, celle-là même de la grande régression, (pour reprendre l’excellente expression de Jacques Généreux) elle est grosse de crises et soubresauts.
Juste un oubli en effet : le salaire n’est pas qu’un coût, c’est aussi un revenu. Et quand on baisse la masse salariale on ne fait pas que baisser les coûts, on fait baisser aussi les revenus et on diminue par là-même la capacité d’achat de la société. Ce mécanisme inexorable s’est amplifié depuis la fin des années 80 et s’est manifesté par une première récession mondiale entre 1991 et 1993, puis à nouveau en 2001. Le mécanisme d’une vaste crise mondiale de surproduction s’est ainsi mis en place. L’échéance a été retardée d’une part par une extension de l’accumulation capitaliste dans les pays émergents du Sud (ce qui permettait en même temps de faire pression sur les salaires du Nord) et d’autre part par une extension phénoménale du crédit chargé de compenser cette diminution des capacités d’achat de la société. Les subprimes ont été le point ultime de cette orgie de crédits privés. La bulle du crédit privé a atteint une ampleur inégalée et a pénétré tout le système via la titrisation (la possibilité pour les prêteurs de négocier les crédits sur le marché financier). Pendant ce temps, les actionnaires réclamaient toujours plus de rendement (dividendes et hausse des actions) ; ils exigeaient une rentabilité de 15% par an alors que le produit réel n’augmentait que de 2 à 3 %. Prétention irréalisable, si ce n’est en instaurant une dictature du capital financier par une surexploitation de la main d’œuvre, le chômage de masse, le recul des droits sociaux, les avantages fiscaux, les faibles investissements et la chasse aux coûts. Une part croissante de la valeur créée allant à la rente financière avide de spéculation, la part rémunérant le travail a fortement baissé.

Un pouvoir d’achat qui stagne ou régresse d’un côté et de l’autre une montagne de crédits qui croissent : l’épreuve de vérité ne pouvait tarder. Les premiers défauts massifs de paiement apparaissent mi 2007 ; je me souviens alors d’une brillante déclaration du nouveau directeur du FMI début 2008 disant que le gros de la crise était derrière nous et que nous allions rentrer dans une période de croissance ! Ah ce DSK quel génie ! Bref la montagne de dette privée a explosé le 14 septembre 2008 quand Lehman Brothers a fait faillite menaçant d’entraîner avec elle la majorité du système bancaire mondial. Et qu’ont trouvé nos Diafoirius de l’économie ? Eh bien sauvons les banques en transmettant cette dette privée aux Etats ! 2009 a vu ainsi grandir une dette publique gigantesque se substituant à une partie de la dette privée. Endettement des Etats sauveurs des banques en recourant aux marchés financiers tenus toujours par ces mêmes banques et institutions financières qui entendent s’engraisser sur leurs dos. Le mécanisme est simple : on demande aux Etats de s’endetter pour sauver le système bancaire qui va jouer de la plus ou moins faible crédibilité des Etats pour leur prêter au prix fort. Cette crédibilité est établie par les agences de notation, des institutions privées dont les actionnaires sont justement les banques et les institutions financières (ce qui frise le conflit d’intérêt !) Ces agences désignent les mauvais élèves qui doivent payer le plus cher.

Vous avez suivi en 2010 l’orchestration de la crise grecque suivie de la crise irlandaise. Se prépare un scénario identique au Portugal en attendant l’Espagne, puis à qui le tour ? Avec toujours la même potion : faire payer cette dette publique par les peuples ! Baisse des salaires, remise en cause des régimes de retraites, baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des dépenses publiques, destruction programmée de la sécurité Sociale, augmentation des tarifs de toutes sortes… Comme dans la comédie de Molière, on soigne le malade par des saignées. Avec de tels remèdes, comme le disent de plus en plus d’économistes, c’est le malade qui risque d’y passer. Une forte récession ne peut que s’ensuivre avec son cortège de misère et ses conséquences désastreuses pour la civilisation. L’analyse pourrait être largement complétée : cette crise systémique mondiale se couple avec une crise écologique majeure, dont les dimensions énergétiques et alimentaires ne sont pas moins catastrophiques. En tout état de cause, 2011 verra se déployer dès les premiers mois les conséquences de cette machine infernale. Pourtant depuis des années des voix expertes se sont élevées pour alerter sur la catastrophe qui vient. Parmi les économistes, Jacques Généreux, Dominique Plihon et tant d’autres l’ont écrit, expliqué et décortiqué depuis des années. A ma modeste place, je vous renvoie à mon article de 2004 dans le N°1 de la revue « Pour la République Sociale » édité par l’association PRS, article au titre évocateur : « capitalisme et barbarie ».

Ensuite, 2011 sera terrible en France avec ce que nous annonce Sarkozy. Là aussi on pourrait détailler le programme. Ça commence dès ce premier janvier avec la fin du monopole de la Poste sur le courrier de moins de 50g.
Je ne retiendrai que deux points : d’une part le démantèlement annoncé de la Protection Sociale avec à terme la remise en cause de l’assurance maladie. Le point d’attaque va passer par la réforme sur la dépendance sur laquelle je reviendrai en détail dans une prochaine note car je crois que sur ce point il y a un important travail d’éclairage et d’explication à faire. L’autre point de l’offensive sarkozyste que je veux souligner concerne les effets de plus en plus visibles de la diminution des dépenses publiques et du nombre de fonctionnaires. On l’a vu avec l’épisode neigeux : notre service public va être de plus en plus confronté à des risques de rupture. D’ores et déjà les conditions d’enseignement de nos enfants se dégradent fortement avec les milliers de suppressions de postes déjà réalisées ; ce qui se prépare pour la rentrée 2011 est stupéfiant.

Vous l’avez compris : 2011 va être terrible. Ceux qui s’imaginent que cette année ne va servir qu’à un casting pré électoral font une lourde erreur. Nous ne sommes pas sur une pente douce qui nous mène tranquillement vers la présidentielle ; toutes les ruptures sont possibles dans la chaîne des Etats menacés de faillite, comme dans la gestion de l’Euro. Quant à la société, elle souffre et n’en peut plus. Par la brutalité des mesures prises et par son refus de bouger sur les retraites, le gouvernement croyait générer l’abattement et la fatalité. Erreur ! C’est la rage qui monte, c’est l’orage qui gronde. En ce moment il ne s’agit pas d’attendre sur le bord du chemin, ni d’attendre 2012, ni d’attendre la révolution. Rage et colère ne produisent rien de bon mécaniquement. La responsabilité politique est d’être prêt à gouverner. Dire : voilà ce qui peut être fait pour sauver notre peuple, voilà comment on peut le faire et dans quels délais. Celles et ceux qui auront cette détermination à changer l’ordre des choses, seront les seuls qu’on écoutera au fur et à mesure que la crise ravagera notre monde. Certains en haut lieu ont été surpris du succès du nouveau petit livre rouge de Jean-Luc Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous ! » : il a atteint les 50 000 exemplaires, ce qui est exceptionnel pour ce type d’ouvrage. Ce qui me frappe c’est de voir ce livre pénétrer dans des ménages assez éloignés de la vie politique quotidienne et peu au fait des arcanes des partis et groupes politiques. Je l’ai vérifié lors de ces rencontres très mélangées qui se font pendant les fêtes de fin d’année : la parole de Mélenchon a touché un large public. Pour deux raisons à mon avis : d’une part un langage de rupture assumé et clair, d’autre part, il ne s’agit pas d’une simple protestation mais d’une volonté de gouverner pour mettre en œuvre cette rupture. C’est d’ailleurs ce qui explique la rage et la violence des attaques contre lui. Ses détracteurs ont compris qu’ils n’ont pas devant eux un sympathique révolté qui ne voudrait jamais gouverner mais bien quelqu’un qui est prêt à assumer le pouvoir.

Je reviendrai souvent sur ce blog sur les mesures concrètes que nous mettrons en œuvre une fois au pouvoir. Et chacune des batailles que nous allons mener dans les semaines nourriront et se nourriront de ces solutions alternatives. Cette année 2011 est effectivement décisive.

Alors Bonne Année à vous tous, amis, camarades, citoyens, lecteurs de ce blog.

René Revol

Lectures de Noël 2010

Le dernier Thomas PYNCHON, « les sciences sociales sont-elles scientifiques ? », et lectures historiques sur la naissance du PCF, plus un cadeau de Noël.

Avec ces quelques jours de congés, entre les différents rendez vous familiaux auxquels je tiens tant (eh ! oui) c’est à nouveau les plongées – souvent nocturnes – dans les bouquins.

D’abord avant tout le besoin d’un roman pour partir loin dans l’aventure humaine. Aujourd’hui c’est le dernier Thomas PYNCHON. Cet américain m’a toujours fasciné ; non pas pour son côté secret car c’est son droit le plus strict (et tout à son honneur) d’avoir tout fait pour rester étranger aux médias (il n’y a qu’une photo jeune de lui et personne ne sait où il vit ; bref un modèle face à tous les BHL que je vomis), mais pour l’ambiance extraordinaire qu’il y a dans ses romans où les personnages semblent vivre même à travers la forme de son écriture et de ses dialogues assez hors normes. J’adore ses phrases à rallonge avec des digressions qui nous apprennent plus sur l’histoire, les personnages ou les lieux. Cette fois ci avec « Vice Caché » on est dans une ettonante histoire policière, dans les années hippies sur la Côte Ouest, avec un détective. Plein de bouleversements, avec des portaits incroyables, des dialogues pour le moins surprenants, on est dans le Los Angeles de 1970 qui ne se relève pas des marques laissées par les émeutes du quartier de Watts en 1965, avec des tensions raciales permanentes, une bourgeoisie corrompue qui flirte avce l’extrême droite, et déjà le public halluciné des premiers soldats revenant traumatisés du Vietnam. Je ne vous en dis pas plus mais croyez moi le voyage vaut le détour.

 

Sur les sciences sociales. Ensuite un peu de boulot (travail ou plaisir ?) ; je dois tenir début mars une formation dans une autre académie pour des professeurs venant de deux disciplines (philosophie et sciences économiques et sociales) et se retrouvant ensemble. Le thème que je dois traiter porte sur l’épistémologie des sciences sociales ou autrement dit est ce que l’économie, la sociologie, la science politique, l’histoire etc…peuvent prétendre au statut de science ? J’ai accepté cette formation d’abord parce que je suis toujours passionné par le fait de mettre ensemble des enseignants de différentes disciplines ; j’avais déjà goûté à cet exercice lorsque j’étais chargé de mission dans l’Education Nationale pour la mise en place de l’éducation civique entre 2000 et 2002. Notre système d’enseignement est construit sur des parallèles disciplinaires qui ne doivent jamais se rejoindre et c’est un drame si on pense que les élèves eux sont bien obligés de croiser quotidiennement ces différents savoirs. Il y aussi un autre intérêt : les sciences sociales sont construites pour nous aider à comprendre le monde et leurs résultats servent de base à notre action pour le transformer. Bref une politique conséquente de transformation s’appuie sur les résultats scientifiques de différentes sciences sociales. Or ces résultats n’ont pas la solidité des sciences de la nature. Cela nourrit souvent un relativisme de bon aloi qui laisse souvent le champ libre aux superstitions idéologiques à la mode. Donc explorer la scientificité des sciences sociales est un sujet qui me passionne depuis toujours. Dans la petite quinzaine de publications que je travaille en ce moment je vous conseille le petit ouvrage déjà ancien de l’anthropologue Alain TESTART « Pour les sciences sociales. Essai d’épistémologie » (Editions Christian Bourgois 1991). Alain TESTART présente l’originalité d’être d’une part de formation scientifique (ingénieur et centralien) et d’avoir embrassé la carrière d’anthropologue allant étudier les peuples premiers notamment dans son ouvrage sur les chasseurs cueilleurs. La thèse épistémologique qu’il développe se rapproche le plus de ce que je pense après 40 années d’enseignement des sciences sociales. Je me permets de la résumer malgré le caractère réducteur de ce genre d’exercice. Mais comme vous avez eu la patience de me lire jusque là sur un thème aussi ardu, je vous dois bien ce résumé rapide :
Les sciences ne se définissent pas par une partie du réel qui leur « appartiendrait ». L’économie ainsi s’occuperait par exemple de l’entreprise ou des échanges et la sociologie pourrait investiguer des domaines comme la famille et le lien social. Mais pourquoi s’interdire un regard sociologique sur l’entreprise et le marché ? Pourquoi s’interdire un regard économique sur la famille et le lien social ? On ne peut qu’y gagner une meilleure compréhension du réel. On peut donc légitimement s’interroger sur la nécessité de définir un objet spécifique à chaque science : on pourrait dire que chaque science a son sujet spécifique et qu’elle porte sur le même objet un regard qui lui est propre, un mode d’investigation particulier. Les frontières à partir de là deviennent plus floues et poreuses et appellent plus la collaboration que la délimitation véhémente à laquelle se livrent les détenteurs du pouvoir universitaire dans ces deux disciplines. Pour régler cette question de l’objet spécifique d’une science on peut formuler les trois postulats suivants : 1) chaque science traite toujours du même monde qui est unique 2) chaque science est coextensive en droit et en principe à la totalité du monde. 3) les différences entre sciences ne proviennent pas du monde mais de leur problématique. La sociologie, l’économie, la psychologie, etc. ne diffèrent donc pas par la spécificité du monde qu’elles étudient mais par un champ épistémologique, par une problématique propre, par les questions qu’elles posent au monde. Et dans cette problématique, elle doit se déployer complètement dans son autonomie.
Naturellement ce résumé n’engage que moi et je vous renvoie à la publication que je ferai à l’issue de ce stage de formation.

Enfin, la naissance du Parti Communiste Français il y a 90 ans à Tours m’intéresse particulièrement ces dernières semaines d’anniversaire. Quand même un congrès un jour de Noël (le 25 décembre 1920) il n’y a que des communistes (des vrais) pour oser une chose pareille ! Mais soyons sérieux, les débats qui animent ce 90ème anniversaire sont tout à fait intéressants. Ce n’est pas chez moi un intérêt nouveau, c’est le moins qu’on puisse dire puisque dés mon adolescence j’étais travaillé par cette question centrale du XXe siècle : comment ce qui a soulevé l’espérance d’émancipation pour des millions d’exploités et d’opprimés à travers le monde a pu se transformer en une machine infernale broyant les peuples ? Je n’ai jamais eu de complaisance pour la terreur stalinienne car cela représentait en plus des affres d’une répression le comble de la perversion : que des libérateurs se transforment en bourreau. Comprendre cette transformation m’a toujours paru essentiel pour ceux qui voulaient combattre pour l’émancipation humaine. C’est pour cela que j’ai toujours rejeté la facilité intellectuelle d’une part de ceux qui présentaient cela comme un mal nécessaire, d’autre part ceux qui assimilaient cette terreur à tous les autres totalitarismes en s’évitant ainsi de comprendre la particularité de cette mutation d’un projet émancipateur en une entreprise d’oppression. Bon cela n’est pas nouveau mais a aiguisé une curiosité sur la façon dont le communisme français s’était laissé soumettre par le stalinisme. J’avais déjà touché cela du doigt lorsque j’avais fait mon mémoire de sciences-po sur la résistance au stalinisme en France entre 1929 et 1933, avant que je n’engage en histoire une thèse sur le destin de l’opposant communiste catalan au stalinisme en Espagne républicaine, Andreu NIN, assassiné en 1937 par la GPU sur le territoire de la République espagnole. C’est donc en terrain connu que je me suis plongé dans la littérature de cet anniversaire.

Mais à cela s’est ajouté un autre intérêt. En effet en ce début de XXIe siècle nous rentrons dans une nouvelle période de fondation du combat émancipateur, et la crise que traverse le capitalisme mondialisé et qui va encore s’amplifier entraîne des bouleversements majeurs qui appellent la formation d’un nouvel horizon émancipateur et un nouvel instrument pour ce faire. A sa place modeste, le Parti de Gauche se situe dans ce projet. Dans ce contexte, nous pouvons tirer des leçons à étudier cet autre moment fondateur que fut le chaudron européen de 1914 à 1924. Comparaison n’est pas raison, aussi veillons toujours à bien comprendre les évènements dans leur logique historique propre ; c’est ce qui est le plus instructif.

Il y a de nombreux écrits récents qui reviennent sur ce moment. Je ne les citerai pas sauf un seul : un travail d’un jeune historien que je trouve (malgré l’énervement que provoquent en moi certains passages où je ne partage pas son point de vue) qu’il permet de bien se situer dans l’aventure extraordinaire de la fondation du PCF en 1920 au Congrès de Tours. Il s’agit de « Camarades ! La naissance du Parti Communiste en France » par Romain DUCOLOMBIER (Editions Perrin – 2010 -23€). Ce travail postule une méthode qui me plaît. Il ne cède pas à l’historiographie dominante qui fait de la naissance du PCF « un accident » dont il s’agit juste d’éclairer les circonstances exceptionnelles. Une certaine histoire tellement absorbée à vouloir que cet évènement historique n’ait rien de nécessaire veut le réduire à un accident. Sans pour autant se laisser aller à un déterminisme historique mécaniste (très présent dans l’histoire officielle du PCF faite par lui-même : « ça ne devait avoir lieu que comme ça »), l’auteur veut mettre en évidence la véritable création historique d’un évènement qui n’est pas écrit d’avance et qui aurait pu être différent mais qui s’explique par le jeu des forces qui traversent la société, pas seulement le champ politique militant directement concerné, mais aussi l’expérience de toute une génération. Un évènement donc, pas un accident.

Cette expérience historique se nourrit à plusieurs sources.

La naissance du Parti communiste en France est d’abord le fruit du traumatisme d’une guerre atroce que le socialisme d’avant 1914 croyait pouvoir éviter et qui finalement la soutint en croyant défendre la République contre l’impérialisme réactionnaire allemand et qui se révéla une boucherie contre les peuples français et allemands, avec la participation des socialistes aux gouvernements de guerre. La présence dans ces gouvernements d’Albert Thomas ou encore du vieux Jules Guesde, dont l’intransigeance révolutionnaire avant guerre était notoire, fait naître un profond ressentiment anti socialiste dans le peuple de gauche qui se morfond dans les tranchées ou qui pleure ses morts à l’arrière. C’est en effet dans la génération des jeunes qui sortent vivants de cette expérience que se met en mouvement une recherche d’un nouvel idéal émancipateur. Cela commence dés les premiers mois de la guerre et on peut le retrouver dans les correspondances des poilus, enfin exhumées et publiées. Cette recherche est d’autant plus forte qu’a disparu à la veille de la déclaration de guerre la figure titulaire de Jean Jaurès qui était le ciment de l’unité socialiste. Comme personne ne peut dire à cette génération ce qu’aurait fait Jaurès face à cette nouvelle situation, elle se retrouve orpheline et elle se cherche obscurément une issue à travers ces longues années de guerre.

La deuxième source est sans nul doute l’attraction de cette extraordinaire révolution russe, en commençant dés la révolution de février qui chasse le Tsar et établit la République, car c’est une première rupture majeure dans la poursuite de la guerre, puis qui se poursuit avec la révolution d’octobre qui apparaît aux yeux de millions d’ouvriers et paysans européens d’une incroyable audace, en distribuant aux paysans les terres prises aux aristocrates, en instituant la journée de 8h, en décidant la paix séparée, en donnant tout le pouvoir aux conseils locaux et d’entreprise. On ne mesure pas de nos jours l’incroyable popularité des bolcheviks en Europe à l’époque, sans que d’ailleurs la grande majorité des populations connaissent précisément le programme bolchevik. Lénine et Trotski étaient simplement synonymes d’audace et de rupture aux yeux de millions d’hommes dans les deux dernières années de guerre. Ce mélange du traumatisme de la guerre et de l’attrait de la révolution russe est un puissant révélateur politique.

Le Parti Communiste qui se forme en France en 1920 est le fruit de plusieurs expériences politiques et militantes : la minorité socialiste contre la guerre qui a résisté au chauvinisme triomphant avec la personnalité attachante d’un Boris Souvarine, le petit groupe des syndicalistes révolutionnaires qui s’était formé dans la CGT anarcho-syndicaliste d’avant guerre avec la personnalité d’Alfred Rosmer, les dirigeants socialistes hésitants qui finissent par basculer vers le communisme dont Marcel Cachin est la figure la plus connue, sans oublier un immense réseau de terrain de militants qui ont fait le communisme dans les départements….

Passionnant également de voir poindre dés la naissance les germes d’une certaine dégénérescence que le stalinisme va ensuite amplifier. Dés les années 20 ce qui frappe c’est l’incapacité des russes qui dominent la IIIe internationale à faire confiance à l’énergie révolutionnaire d’un nouveau parti. On le voit dés le Congrès de Tours avec la fameuse 21ème condition d’adhésion à l’IC qui cherche à épurer les partis naissants des supposés opportunistes. Puis peu à peu le Parti se trouve confronté à un phénomène de bureaucratisation qui étouffe débats et initiatives. Ce contrôle était censé permettre protéger le Parti des influences bourgeoises (la répression policière est violente et les tentatives d’étouffement nombreuses) mais il se révèle vite un moyen de surveillance du parti pour que ses cadres et militants restent fidèles à la ligne imposée à Moscou. Ce sera notamment l’effet de ce qu’on appelle la « bolchévisation » conduite de Moscou par Zinoviev et menée en France par Treint. Une fois le travail fait, Staline (qui s’est imposé en dans le Parti russe en éliminant successivement ses rivaux, Trotski en 1924, Zinoviev et Kamenev en 1926 puis Boukharine en 1928) élimine Zinoviev de l’IC et Treint dans le PCF. En France il mise notamment un jeune grandi dans les années vingt, un certain Maurice Thorez. Force est de constater que le grand parti ouvrier né à Tours en 1920 n’est plus qu’un groupuscule isolé en 1930. Une des raisons de ce recul est l’abandon par le PC de la stratégie du Front Unique avancée au IVe condrés de l’IC en 1924 (Unité face au capital entre les partis ouvriers, tout en gardant une organisation indépendante des communistes) au profit d’une dénonciation prioritaire des socialistes. Cette attitude suicidaire a été bien menée en Allemagne aboutissant au refus de choisir entre Hitler et le SPD ce qui permit à Hitler de venir au pouvoir légalement avec 32% des voix alors que SPD et KPD rassemblaient à eux deux plus de 55% des voix !

On peut donc dire qu’il y a eu un premier PCF de 1920 à 1933, au terme duquel celui-ci est devenu un petit groupe isolé et sous respiration artificielle de Moscou. Cette première histoire est souvent peu étudiée et on passe vite à la deuxième époque où le PCF va renaître dans l’expérience du Front Populaire.[On peut d’ailleurs à mon avis distinguer quatre âges du PCF : les années vingt, le Front Populaire, la Libération et le PCF structurant le mouvement ouvrier français des trente glorieuses, le PCF des années 1970 et 1980 du programme commun et son déclin historique ; chacun de ces âges ayant nourri des travaux historiques passionnants] L’intérêt de l’historiographie de ce 90ème anniversaire est de revenir sur l’expérience et les leçons de cette décennie vingt avec ses espoirs et ses désillusions.

Enfin une dernière remarque : mon cadeau de Noël a été d’offrir à certains parents et amis éloignés de la vie politique quotidienne le dernier bouquin de Mélenchon (« Qu’ils s’en aillent tous ! » qui fait un tabac en librairie) auquel j’ajoute parfois La grande Régression de Jacques Généreux (Comme me disait une nouvelle recrue du PG à la Paillade : « Généreux pour comprendre, Mélenchon pour agir ! ») ….D’ailleurs une anecdote à ce sujet après avoir acheté 3 bouquins de Mélenchon pour les offrir je me mis à le feuilleter dans le tram de Montpellier en revenant chez moi. Pendant le parcours, je fus abordé par plusieurs personnes intéressés par Mélenchon et qui vaient entendus parler de ce bouquin. Finalement j’ai vendu mes 3 exemplaires m’obligeant à revenir à la librairie….Enfin se battre en ayant un écho populaire c’est plus agréable que ces longues années de bataille dans l’ignorance médiatique. Et cela on ne le doit pas à la gentillesse des médias ( !) mais à l’énergie et à la clarté du discours que porte en notre nom Jean-Luc Mélenchon.

Bonnes lectures et joyeuses fêtes de fin d’année à toutes et à tous !

Note du 19 décembre 2010

Dans cette note je vous parle de ma rencontre avec les salariés de Carrefour, d’une expérience de démocratie participative et du film sur Frêche.

 Avec les salariés de Carrefour.
Ah Ils avaient fière allure cette petite centaine de salariés de Carrefour Trifontaine ce premier jour des fêtes, qui bloquait l’entrée de l’hypermarché ce samedi 17 décembre ! Quand on connaît les difficultés de l’action syndicale dans cette entreprise, c’est une réussite de réaliser un tel rassemblement ce samedi de grandes courses de Noël ! Déjà j’avais été invité par des administrés de ma commune qui travaillent dans ce magasin puis la section syndicale avaient invité tous les élus et représentants politiques à venir les soutenir. Avec mes amis communistes de Montpellier, nous étions les seuls élus présents ! J’imagine que les socialistes locaux étaient trop occupés à se disputer les dépouilles du grand timonier pour daigner venir soutenir ces « petits » salariés. J’ai été touché par leur joie de voir arriver un Maire pour les soutenir face aux vigiles et aux gendarmes. Ils font face à une exploitation grandissante ; l’amplification des horaires de manutention sur toute la nuit, les horaires fractionnés pour les caissières leur interdisant toute vie de famille régulière, et les salaires, parlons des salaires : 950€ pour une jeune femme à qui on ne donne que 31h après dix ans d’ancienneté dans la boîte ; voilà une jeune femme seule avec deux enfants qui travaille toute la semaine et qui est en dessous du seuil de pauvreté. Leurs témoignages sont bouleversants, comme celui de ce chef de gondole qui est attaché à son métier et qui voit, la mort dans l’âme, Carrefour sous-traiter des rayons à d’autres enseignes (Virgin, l’Oréal…) avec des salariés précaires qui n’ont plus aucun lien d’emploi avec Carrefour, divisant ainsi la solidarité entre salariés. Pour les journalistes qui lisent ce blog, je leur dit mon regret que le grand journal local ait été absent ce samedi. Pour soutenir ce légitime combat, un bon reportage sur ces nouveaux prolétaires des temps modernes est nécessaire.

Car bien sûr, contrairement aux discours omniprésents des belles personnes, les classes populaires non seulement n’ont pas disparu mais ne cessent d’augmenter sous les effets de la crise économique et de l’évolution du capitalisme. D’abord les chiffres parlent d’eux-mêmes : prés de 80% de la population appartiennent aux catégories populaires (ouvriers, employés, professions intermédiaires, petits artisans, petits paysans, chômeurs… Et on pourrait élargir cette liste quand on sait qu’une professeure des écoles ou un infirmier chef est classé comme cadre !). Ensuite les séparations traditionnelles entre ouvriers et employés s’estompent ; les ouvriers sont au ¾ des hommes et les employés au ¾ des femmes. De plus généralement ces ouvriers et ces employés sont mariés si bien que si on fait le total des enfants et des adultes près de 60% de la population vit dans une famille avec un adulte ouvrier ou/et employé ! Depuis la décennie 80 on nous a bourré le crâne avec la prétendue disparition de la classe ouvrière qui laisserait la place à une vaste classe moyenne individualiste et consumériste. Or toute cette représentation de l’univers social est en train de voler en éclats sous les effets de la crise sociale. En fait chacun s’aperçoit que si on veut parler de disparition des classes populaires…. c’est dans les discours des élites politiques et des experts à leur service qu’il faut chercher. Ces dernières années et plus particulièrement ces derniers mois, on assiste au « retour de la classe ouvrière » ; c’est même le principal enseignement du mouvement social de l’automne contre la réforme des retraites.  Des travaux sociologiques mettent bien cela en évidence ces dernières années. Parmi eux je vous conseille une bonne synthèse avec « Sociologie des classes populaires » de Philippe Alonzo et Cédric Hugrée (Armand Colin – Collection 128 Sociologie – avril 2010 – 9€50).

 Démocratie locale
Il se passe quelque chose d’intéressant à analyser sur ma commune. Je précise que je ne veux pas ici faire un compte rendu de maire ; vous trouverez tout cela sur le site de la ville de Grabels. Juste quelques impressions ressenties à travers l’action locale. Elu pour aménager une nouvelle place centrale du village avec Maison Commune, rassemblant les activités sociales, culturelles, associatives et éventuellement l’administration communale, l’équipe municipale que j’ai l’honneur de conduire s’est engagée dans une étude urbaine qui sera suivie d’un concours d’architecte pour un début de réalisation entre la fin 2011. Vous qui me lisez de loin vous vous dites rien d’extraordinaire là dedans. Justement on a tenu à introduire une dimension participative pour que les citoyens puissent co-élaborer avec nous le projet. Déjà on eu du mal à trouver une équipe qui, en plus des habituels urbanistes, architectes et programmistes, associent un sociologue chargé de ce volet participatif. On l’a trouvé et on est en train de finir cette phase. Je veux juste en tirer ici quelques leçons. D’abord, nombreuses furent au début les remarques de scepticisme : «n’avez-vous pas déjà tout décidé ? », « je ne sais pas quoi penser, dites nous d’abord votre projet », « ne serat ce oas que des lots en l’air ? » etc.

L’animatrice de la consultation (jeune sociologue pleine de talents) ne s’est pas laissée décontenancer et a fait son chemin : réunion publique de lancement avec une centaine de personnes, rencontres avec les comités de quartier, avec les associations, parcours commentés avec des citoyens, ateliers d’urbanisme, sans oublier un magnifique travail (selon les dires des maîtresses) avec les deux classes de CM2 du village…. Peu à peu de nombreux habitants se sont accrochés et construisent en partant du cahier des charges rédigé par les élus une perspective évolutive de cet aménagement décisif pour les 50 ans qui viennent. On en est là et il y a encore du chemin avant qu’on finalise le projet fin février. Cela pour vous dire qu’il ne suffit pas de mettre en place des procédures participatives car nos concitoyens sont dans une société qui les exclut de toute parole et spontanément ils ne croient pas qu’on tiendra compte de leur avis.

Certains se souviennent bien que lorsqu’on leur a demandé de voter sur la constitution européenne ils ont majoritairement voté Non et qu’ensuite les pouvoirs politiques se sont assis sur leur vote. Ils n’oublient pas que celui qui vient de leur imposer une réforme des retraites s’est fait élire avec l’engagement solennel qu’il ne toucherait pas au droit à la retraite à 60 ans. Tous ces dénis de démocratie pèsent sur nos concitoyens et nourrit un scepticisme profond. Dans ce contexte, la présence d’une démarche locale et continue de participation peut être un excellent antidote et un facteur d’éducation civique pour tous (y compris bien sûr pour les élus !).

C’est la première leçon. Ensuite la « démocratie participative » donne la parole à ceux qui ont déjà le monopole de la parole dans la société : cadres supérieurs, enseignants, chercheurs, retraités cultivés…. Les classes populaires et les jeunes, on ne les voit guère. Et donc on risque de prendre comme avis des habitants ce qui, de fait, n’est que l’avis d’une élite sociale (ce qui n’empêche pas trouver dans les propos de celle-ci des choses tout à fait dignes d’intérêt). Il faut donc un effort spécifique en termes de moyens comme de langage vers les classes populaires et les jeunes pour qu’ils pèsent avec leurs mots et leurs exigences dans ce débat. Voilà pour la deuxième leçon. Et enfin la politique c’est le domaine de la volonté ; les populations ne donnent leur avis que si elles ont le sentiment qu’il y a un élu non seulement à leur écoute mais que cet élu est prêt à l’action, y compris contre le vent dominant. Dès qu’on affirme et porte cette volonté, les habitants s’investissent plus. Je vous tiendrai au courant de mon ressenti au fur et à mesure que ce dossier avancera. Si vous avez vécu d’autres expériences positives ou négatives sur ce type de procédure de démocratie locale, n’hésitez pas à les partager. Je suis preneur !

 Le film sur Frêche.
Vous êtes plusieurs à insister pour que j’aille voir le film sur la campagne de Frêche aux régionales, malgré le dégoût que cela m’inspire. Je pensais avoir mieux à faire dans l’immédiat mais vous m’avez convaincu : je vais y aller pendant les vacances. Déjà les propos qu’on entend de ceux qui l’ont vu soulignent d’une part la médiocrité de son entourage et d’autre part le fait que le personnage porte à son comble l’hypocrisie et le mensonge comme vertus cardinales de son action politique. Et de belles âmes de prendre un air docte pour nous dire que « c’est normal, que la politique c’est comme çà » ! Non, non et non ! Vite la révolution citoyenne pour en finir avec le cynisme et rétablir la politique dans ce qu’elle devrait toujours être : un moyen de l’émancipation humaine. Je l’entends d’ici : « ah l’idéaliste, le naïf… ». Qu’ils se méfient, ces mesdames et messieurs les importants : il peut arriver que les idéalistes et les naïfs se mettent en mouvement et les balaient. Regardez en Islande : les idéalistes et les naïfs ont refusé de sauver les banques avec leurs impôts à la différence de tous les autres pays en crise et résultat : pas de catastrophes, juste quelques banques en moins et une reconstruction du pays sur d’autres bases sans avoir à supporter un alourdissement de la dette publique due au renflouement des banques. En plus les idéalistes et les naïfs islandais ont décidé d’adopter une nouvelle constitution démocratique. Ils ont élu une assemblée constituante composée d’élus qui ne doivent jamais avoir été élus auparavant et qui ne pourront jamais être élus dans les assemblées suivantes. Comme ça on est sûr qu’ils s’occupent plus d’écrire une bonne constitution que de soigner leur carrière.

Voilà que ça se rapproche : cette refondation citoyenne et démocratique était l’apanage de certains pays sud américains (Venezuela, Bolivie, Equateur, Uruguay ….) et les beaux esprits européens nous disaient « Exotisme ! Inapplicable chez  nous ! Populisme ! Démagogie !». Et maintenant en Islande, ils vont nous dire quoi ? « Trop froid ! Trop glacé ! ». Allez sur le net et suivez les débats citoyens et leur effervescence en Irlande ou en Grèce. Allez jeter un œil chez les étudiants anglais et leurs profs ou chez les syndicalistes espagnols et portugais qui préparent des grèves générales…. L’exigence de la définanciarisation pour que l’économie se construise sur la base des besoins sociaux grandit dans toute l’Europe ! On en reparlera en détail.

Prenez des forces avec les Fêtes de fin d’année, on en aura besoin

                                                                                                                  René Revol

Après Frêche, règlement de comptes et TSR à l’Agglo ! Et un bol d’air avec le PG et la Gazette !

Dans cette note je parle de la succession de Frêche, de l’avenir de l’agglomération de Montpellier, du Parti de Gauche dans le département et de la dernière livraison de la Gazette .

Georges FRECHE est donc décédé fin octobre 2010. J’ai naturellement participé aux hommages républicains  organisés à l’occasion de ses obsèques  ainsi qu’à mon conseil municipal. Je ne dirai rien de ceux (très nombreux) qui le détestaient et qui à cette occasion ont participé aux concours d’hypocrisie, ni de ceux (moins nombreux) qui ont profité du fait qu’il ne pouvait plus répondre pour l’injurier. Dans ces deux attitudes l’indécence était à son comble. Dans ces cas là mon caractère me pousse à faire ce que je dois et à regarder ailleurs et chercher l’air frais…Ceci dit, à peine disparu, la guerre de succession a fait rage. Au conseil régional Navarro a pris le pouvoir en utilisant Bourquin et a éliminé à la fois ceux qui manifestaient un peu d’indépendance (les gardois et les audois) et ceux qui en savaient un peu trop comme Delacroix qui a suivi le maître de longues années dans les cabinets et l’administration. Le plus lamentable dans l’affaire étant le rôle de supplétifs disciplinés joués par Gayssot et ses ex communistes, les ex Verts ou divers MRC et autres stipendiés. Notons que la presse a enfin publié les éléments qui mettent en évidence les tricheries de Navarro et de sa compagne dans la Fédération PS de l’Hérault. Certains socialistes jouent les vierges effarouchées et font mine de découvrir avec effroi toutes ces fausses cartes et faux chèques et voudraient attribuer cela au seul Navarro. Je constate que ces éléments étaient bien connus du vivant de l’empereur de Septimanie et qu’à l’époque les nombreux éléments fournis par mes soins quand j’étais au PS n’étaient jamais repris. A tous les congrès de 1997 à 2008 j’ai systématiquement fait des recours contre des pratiques frauduleuses de la Fédération. A trois occasions le Congrès National du PS à ma demande a blâmé Navarro…et l’a laissé en place ! Aujourd’hui ils veulent tous se refaire une virginité sur son dos en oubliant un peu vite que tous ont longtemps cautionné ce système. Mais l’animal sait se défendre et n’a pas que des dossiers vides ; c’est ce qu’on vient de voir au Conseil Régional….De politique régionale dans tout cela il n’en fut pas question. Le Parti de Gauche est le seul à avoir à cette occasion mis en chantier une perspective nouvelle d’action régionale fondée sur la relocalisation des activités économiques, agricoles et culturelles, pour le développement autocentré, la défense et la promotion des services publics…Le document qui résume cette perspective sera versé au débat des Etats Généraux des territoires que l’autre gauche organisera début février pour élaborer une perspective alternative à la politique d’adaptation à la mondialisation libérale.

Quant à l’Agglomération de Montpellier, le résultat est tout aussi lamentable. L’héritier désigné par la Frêchie est Jean-Pierre Moure, Maire de Cournonsec, commune de 2600 habitants certes mais acteur de longue date de l’agglomération auprès du maître. La maire de Montpellier, Hélène Mandroux,  a bien tenté quelque chose mais après sa défaite régionale (7%) derrière la liste front de Gauche NPA (que je conduisais) et celle des Verts, elle ne pouvait guère être majoritaire parmi ses pairs sélectionnés du temps de Frêche; elle a finalement accepté d’être  première vice présidente. Personnellement, en tant que maire je suis membre du Conseil d’agglomération et j’ai voulu porter à cette occasion une autre perspective politique, notamment sur la régie publique de l’eau ou sur le traitement des déchets, ce que j’avais fait ouvertement avec Frêche. Appuyé sur cette action j’ai fait acte de candidature à la Vice Présidence et je me suis présenté contre le maire UMP de Vendargues, soutenu ouvertement par le nouveau président de l’Agglomération, Jean-Pierre Moure. Je suis fier  d’avoir obtenu 18 voix dans ce contexte d’ostracisme (alors que les bulletins du maire UMP étaient imprimés et que pour voter pour moi il fallait écrire mon nom au stylo….j’avais déjà connu cette méthode au PS avec  Navarro – qui d’ailleurs l’autre soir était au premier rang de la tribune des invités pour observer de près la manœuvre). Je rends hommage ici à Hélène Mandroux, la Maire de Montpellier, qui a ostensiblement appelé à voter pour moi. A part quelques élus de terrain, c’est la seule ; y compris les quatre élus communistes montpelliérains de l’agglomération n’ont rien laissé transparaître (il est vrai que leur discrétion politique est impressionnante depuis 2008 !). Donc à l’agglomération de Montpellier, la grande majorité des  socialistes préfère voter pour un Maire UMP (qui a aussi la sympathie du Front national) que pour un Maire Parti de Gauche. TSR « tout sauf Revol » semble être leur consigne. Au moins avec Frêche le débat était musclé et public. Aujourd’hui c’est l’édredon mou des amis qui se partagent le gâteau.  

Le paysage politique est désormais clair : l’Agglomération de Montpellier est dirigée par une coalition PS-UMP -PC-Modem. Déjà la ville de Montpellier est dirigée par une alliance de premier tour PS-PC-Modem excluant les VERTS, le NPA et le PG. Me voilà donc à l’agglo le seul opposant de gauche de cette union locale des partis dominants. C’est une situation que je connais bien et je vais tranquillement l’assumer en portant le programme d’une vraie gauche sur les dossiers de l’agglomération : gestion de l’eau, traitements des déchets dans le cadre d’une planification écologique, gratuité des transports en commun, fin des subventions à la tête du client mais dotations sur critères publics….Le nouveau Président m’a immédiatement déclaré que ma commune n’aurait pas à souffrir de mauvais reports de subventions ; j’en prends acte et je vais veiller à ce que les actes suivent les paroles.

Bon, maintenant,  prenons l’air ! Mercredi soir j’étais invité à une réunion publique de l’autre gauche à St Pons, dans les hauts cantons. Une quarantaine de présents, un super débat, je peux vous le dire amis et camarades qui ont mené la bataille des régionales : les forces que nous avons commencé à mettre en mouvement en mars dernier sont là intactes et disponibles pour l’action politique alternative. Samedi matin il y a eu l’AG départementale statutaire du PG suite au Congrès du Mans avec près de 80 participants ce qui est un beau résultat vu les multiples obligations des uns et des autres en cette fin d’automne hivernal. Nous aurons l’occasion de revenir sur les contenus de nos débats mais je voudrai souligner un point important. Il y a deux ans le PG s’est construit ici à partir d’un appel que j’ai lancé. On pouvait penser que le PG reposait sur ma seule personnalité, ce qui pouvait être accru par le fait que j’étais tête de liste régionale. Or notre travail quotidien et militant a construit une véritable génération nouvelle. Si je continue à occuper des responsabilités nationales (et je ne manquerai pas de le faire auprès de Mélenchon dans la campagne qui vient), je suis fier que ma camarade Myriam Hubert du Clermontois nous représente au BN, que les deux co secrétaires départementaux soient Alain Chaignon et Chantal Ponsot et enfin je constate qu’à mes côtés au Conseil national sur nos huit représentants il y a la moitié qui ont moins de 30 ans ! mais bien plus que cela, l’enjeu du parti de Gauche est de fusionner des expériences politiques de gauche différentes et ainsi parmi les animateurs du PG 34 on retrouve côte à côte des  militantes et militants qui viennent du PS, du PCF, du MRC, des trotskystes, du NPA, des altermondialistes, des écologistes, des syndicalistes étudiants, enseignants, dans la santé, à la SNCF etc…Notre objectif n’est pas de faire un parti de plus et c’est pour cela que nous ne nous construisons pas contre les autres partis de gauche ; nous ne cherchons pas à durer mais à être utile en forgeant le creuset du Parti de l’émancipation pour les temps qui viennent.    

Enfin un mot sur la double page qui m’est consacrée sur la gazette « Les bons plans de René Revol ». Vous lirez cet exercice « people » que je craignais beaucoup. Finalement le résultat est assez sympa et me ressemble d’après Annie, mon épouse. Je veux juste dire que j’ai fait connaissance à cette occasion avec une journaliste sensible et cultivée (et que ce n’est pas si fréquent !). On était ensemble à Grenoble en 1968 mais on n’avait pas le même âge : moi je faisais la grève et les manifs  et elle faisait du patin à roulettes dans les rues vides (pensez donc à 8 ou 9 ans pas d’école et les rues vidées de leur voiture sans essence et du patin à roulettes avec les copines !). Par ailleurs on a partagé pleins de goûts et de connaissances communes. Un mot aussi sur le photographe : un mec épatant qui a été séduit par Grabels et qui a connu Delteil. Bref un bon moment car pour une fois je n’étais pas crispé comme souvent quand la presse est là et vous épie.

Bon j’ai été trop long ; je vous laisse et la semaine prochaine je vous parlerai de ma commune car je crois qu’il s’y passe des choses instructives pour tous.

                                                                                                                    René Revol

La gauche par l’exemple : Pour une régie publique de l’eau

Incombe à l’élu local, en particulier quand il est Maire, une responsabilité particulière : celle d’élaborer à son niveau une politique alternative à la régression néolibérale. De nombreux élus de gauche sont quasiment paralysés par la situation et oscillent entre deux positions : soit l’application des politiques libérales moyennant, pour donner le change et communiquer, quelques ajustements homéopathiques ; soit un renoncement  agrémenté d’un discours qui renvoie les citoyens aux échéances électorales nationales. Sans autre perspective  qu’un changement futur de la politique nationale … elle-même soumise aux orientations européennes. Attitudes qui nourrissent désespérance, perte de confiance dans la politique, abstention.

Une autre voie s’offre à l’élu de terrain : ouvrir des brèches dans le mur des politiques libérales pour montrer par l’exemple qu’une autre politique est possible. C’est la démarche d’une association nationale d’élus « La gauche par l’exemple » constituée à l’initiative de Gabriel Amard, Président de la Communauté d’Agglomération des Lacs de l’Essonne et membre du Secrétariat National du Parti de Gauche.

Un colloque national s’est tenu ce samedi 27 novembre  à la Communauté d’agglomération des lacs de l’Essonne en collaboration avec le journal Sarkophage dirigé par Paul Ariès sur le thème de la gratuité des services publics. Thierry Aufranc, adjoint aux finances de Grabels, a assisté à ce colloque et y a pris la parole. Le compte-rendu qu’il va faire de ce colloque vous sera communiqué sur ce blog. Je veux présentement dire quelques mots de l’action que j’ai engagée pour la régie publique de l’eau dans l’Agglomération de Montpellier. 

Comme vous le savez, en tant que Maire de Grabels et délégué élu à la Communauté d’Agglomération de Montpellier, je me suis clairement prononcé pour le retour en régie publique pour la gestion de l’eau au niveau de l’Agglo puisque celle-ci a récupéré la compétence eau depuis le 1er janvier 2010. Cette question va vite arriver à l’ordre du jour avec la fin des 14 contrats d’affermage qui couvrent l’agglomération ; la majorité d’entre eux sera renouvelée en 2013. La majorité des DSP (délégations de service public), à commencer par la ville de Montpellier est attribuée à la multinationale VEOLIA (17 communes contre 9 à Suez et 2 la SAUR). Nous devons dès à présent engager le débat public et démocratique pour choisir notre mode de gestion de l’approvisionnement en eau.

Il faut savoir que la France se singularise dans ce domaine : dans le monde, pour 90 % des cas la gestion de l’eau est publique ; en Europe, elle l’est pour 70 % de la population. C’est exactement l’inverse qui prévaut en France : les opérateurs privés assurent l’approvisionnement pour 70 % de la population, que ce soit par des concessions ou des délégations de service public.

Pourtant un mouvement se développe aujourd’hui en faveur du retour à la régie publique. Plusieurs villes ont déjà fait ce choix : Grenoble, Cherbourg,  Castres, Neufchâteau, et bien sûr Paris. Plusieurs raisons conduisent à ce choix.

L’eau est un bien commun, indispensable à la vie. Privé d’eau, l’homme meurt en 3 jours. On ne peut se passer d’un apport continu pour répondre aux besoins de cette ressource, tant en quantité qu’en qualité. Dés lors se justifie la mise en place d’une tarification solidaire qui accorde à titre gratuit ces premiers mètres cubes nécessaires à la vie. La gestion publique le permet, non la logique de profit.

Préserver la ressource et garantir la pérennité de l’approvisionnement est tout à la fois une nécessité sociale et un impératif écologique. Il y a donc lieu d’établir une tarification écologique qui pénalise les gros consommateurs et le gaspillage. Les opérateurs privés sont portés à mettre en place des tarifs dégressifs pour encourager la consommation d’eau. Ayant pour préoccupation première le niveau des dividendes, ils établissent a minima le niveau d’investissements, loin le plus souvent de ce qui est nécessaire pour assurer le renouvellement du réseau et son entretien. La régie publique a quant à elle pour premier souci de léguer aux générations futures un réseau performant et pérenne, de répondre aux besoins d’une eau de qualité, de l’économiser.

Le citoyen et usager a aussi tout à gagner de la transparence des comptes et à une gestion démocratique. C’est un des aspects les plus mis en avant par les collectivités locales qui font le choix de la gestion publique. Elles s’appuient sur un rapport de la Cour des Comptes qui a mis le doigt sur les dysfonctionnements de la gestion des opérateurs privés : des marges exceptionnelles et des tarifs souvent confiscatoires – de 20 à 30% plus chers que les régies publiques, des revenus financiers considérables dus à la spéculation sur les taxes perçues (placées puis reversées avec retard), des tarifs de prestation et des frais élevés par rapport à des services publics similaires, des insuffisances d’investissements. Les usagers n’ont guère de droit de regard et se trouvent confrontés au manque de lisibilité des factures et des comptes. Dans une régie publique, le conseil d’administration peut être composé, en plus des élus, d’usagers, d’associations de consommateurs, de représentants du personnel de la régie, etc. On est loin de cette garantie de transparence chez l’opérateur privé.

Les élus de l’Agglomération de Montpellier ne vont pas pouvoir différer longtemps ce débat. Souhaitons qu’à l’occasion de la mise en place de la nouvelle présidence de l’Agglomération de Montpellier ce jeudi 2 décembre un engagement soit pris dans cette direction.

Retour du Congrès du Parti de Gauche au Mans

La ville du Mans me laissait deux souvenirs contradictoires, un bon et un mauvais. Commençons par le mauvais : le dernier Congrès du PS auquel  j’ai assisté où la gauche du parti fut défaite à la fois par les combines diverses et variées et aussi par son incapacité à s’unir et à offrir une alternative solide au social-libéralisme. Le bon souvenir maintenant : le meeting unitaire de la gauche antilibérale du 7 novembre 2006 où j’étais intervenu aux côtés de Marie George Buffet, José Bové, Clémentine Autain, Claude Debons, Claire Villiers et quelques autres. La foule nombreuse, l’enthousiasme et la clarté de ce que nous avancions allaient se retrouver  le 18 novembre suivant au même type de meeting qui se tenait avec  5000 personnes à Montpellier mais cette fois ci avec Jean-Luc Mélenchon en plus. Le peuple de gauche avait répondu présent à l’appel mais la gauche antilibérale s’avère dans les mois qui suivent incapable de répondre à cette attente et se divise ; nous l’avons payé d’une défaite en 2007 – défaite que le peuple de notre pays, confronté quotidiennement aux méfaits  de Sarkozy, paie lui aussi le prix fort. L’incapacité, tant celle de la gauche du PS à changer le cours de son parti que celle de la gauche antilibérale à s’unir – nous ont convaincu de prendre l’initiative de lancer le Parti de gauche et le Front de gauche fin 2008. Et c’est à nouveau au Mans, deux ans après, que le Parti de gauche – fondé en février 2009 – tient son premier Congrès ! Le moins qu’on puisse dire est que la première étape du pari que nous nous étions fixés est réussie.

Ma première joie fut, dans cette ville ouvrière, rebelle et attachante,  toujours dirigée par une municipalité authentiquement à gauche, de retrouver mes amis de la gauche progressiste. Suivant Robert JARRY (maire de 1977 à 2001, décédé en 2008), ils avaient quitté le PCF en 1989 pour chercher les voies d’un nouveau parti de la gauche de transformation sociale. Ils sont vingt ans après dans les rangs du Parti de Gauche pour entrainer une nouvelle génération dans la construction d’un Front de Gauche populaire et puissant aux côtés  de nos camarades du PCF.

Ce congrès a été un succès par la qualité de la représentation (prés de 700 délégués représentant plus de 7000 adhérents), par l’élaboration d’une orientation précise au lendemain d’un puissant mouvement social, par l’ampleur et la qualité des très nombreuses délégations internationales, par la présence de délégations de toute la gauche politique et syndicale. Vous retrouverez tout cela sur le site du PG et pourrez visionner les principales interventions  sur Télé de Gauche, à commencer par la conclusion remarquable de Jean-Luc Mélenchon. Voici quelques impressions de Congrès.

Elu par le Congrès dans une commission de six membres chargée d’élaborer une proposition de listes pour le Nouveau BN, la commission des conflits et la commission financière, j’ai eu la charge d’en exposer les conclusions au Congrès, qui bien sûr est seul habilité à trancher en dernière instance. On peut juger un parti par la façon dont il désigne ses instances de direction. Ce genre d’exercice est souvent l’occasion d’affrontements sournois : comme j’en ai eu l’expérience attristante au PS, le choc des ambitions escamote vite les questions de fond. Mes appréhensions ont vite été levées à ce Congrès du PG. Nous fume agréablement surpris par la maturité et le sens des responsabilités des candidats comme des responsables que nous avons auditionné pendant le weekend. Assurer une stricte parité hommes femmes, assurer un rajeunissement des instances dirigeantes, maintenir ce caractère creuset d’un parti qui fédère et fusionne des militants venant de tous les horizons de la gauche, assurer une représentation suffisante de la Province quand on sait que toutes les responsabilités importantes se concentrent en région parisienne pour des raisons évidentes, soigner la présence de tous les secteurs de combat, permettre aux régions encore faibles et pleine de capacités de développement d’être représentées….  Je crois que nous avons fait un bon travail et que le Congrès a su montrer à ce sujet une vraie maturité malgré notre jeune âge et notre diversité.

Bien que cette tâche m’ait beaucoup occupé dans ces deux jours de congrès, j’ai pu suivre et participer aux débats politiques. Ne nous laissons pas dominer par les compte rendus  médiatiques qui veulent réduire la discussion à la candidature de Mélenchon et aux relations avec le PCF ; une vraie discussion politique a lieu en fait sur le positionnement du Front de gauche : celui-ci doit il comme autrefois à la gauche de la gauche  chercher à peser le plus possible à un premier tour pour ensuite constater que le PS est devant et se rallier à son programme en acceptant quelques compensations parlementaires et gouvernementales ? Cette stratégie sert dans les faits de marche pied au social libéralisme et ne prend pas en compte le mouvement tellurique qui depuis le Non de 2005 et les mouvements sociaux de 2009 et 2010 pousse notre société à une rupture avec le capitalisme financiarisé et mondialisé. Cette position d’adaptation au PS ne correspond pas à la situation. Nous avons adopté à ce congrès un texte qui trace clairement la voie : le Front de Gauche  doit se présenter aux électeurs (et ce dès les cantonales) avec l’ambition d’être majoritaire dans la gauche. Il ne doit pas être là dans une posture de témoignage protestataire mais dire qu’il est prêt à gouverner, et sur un un programme clair de transformation sociale. Le fait que la personnalité de Mélenchon ait un écho dans les profondeurs populaires n’est pas un phénomène  proprement « personnel » ; c’est la traduction d’un attrait pour un homme politique qui ne s’en laisse pas compter par les puissants et affirme clairement sa volonté de rupture avec les politiques libérales (j’aborderai un jour cette question du rapport de la personne et du mouvement de fond collectif ; il y a à ce sujet une tradition théorique fort oubliée). Les têtes de chapitre d’un programme de mesures à appliquer une fois au pouvoir sont  : l’ Assemblée constituante, la redistribution des richesses et entre autres l’instauration d’un revenu maximum, la défense et l’extension des services publics,  la mises au service du bien commun des industries de réseaux (eau, électricité), la sortie du Traité de Lisbonne. Aux socialistes de se définir par rapport à nos propositions concrètes de rupture ; le peuple sait d’expérience que les promesses générales ne sont que du vent.   Seule une telle stratégie peut remettre en mouvement les millions d’hommes et de femmes qui ont quitté les élections et qui sont marqués par le désespoir. 

Dans l’immédiat les tâches ne manquent pas : assurer une mobilisation pour la manif de mardi à 17h contre la réforme des retraites pour montrer que nous ne lâcherons rien, faire signer la pétition en ligne qui fait un tabac pour un référendum sur cette question, arracher les sans papiers à commencer par les jeunes majeurs des griffes de la police qui veut les expulser …

Nous ne sommes pas de ceux qui disent qu’il faut attendre 2012. D’abord parce que le climat délétère de ce régime ne nous met pas à l’abri d’une rupture inopinée, ensuite parce que la rage populaire peut exploser à tout moment, enfin parce que le programme de 2012 ne s’écrira pas dans le secret d’une alcôve de la Rue de Solférino mais dans les exigences construites au cœur d’une société mobilisée.

Enfin un dernier mot sur les rencontres de ce congrès. Parmi les congressistes comme parmi  les invités, j’ai fait beaucoup  de retrouvailles émouvantes : un vieux de 68 qui retrouve la fougue de sa jeunesse, des syndicalistes étudiants de l’Unef de la grande époque, des syndicalistes enseignants, un journaliste qui m’avait suivi à Prague en 1982, des anciens grenoblois comme des nouveaux languedociens, des anciens étudiants devenus des militants aguerris, des anciens socialistes devenus des organisateurs des campagnes du Front de gauche… La vie politique dans notre camp n’est pas l’affligeant spectacle que donne les grands partis officiels : des discours hypocrites qui cachent mal haine et règlements de compte. Vous reconnaîtrez un parti fidèle à l’idéal d’émancipation humaine à l’ambiance de fraternité – qui est, faut-il le rappeler, un des trois préceptes de la devise républicaine. Enfin je ne voudrais pas oublier la joie que j’ai eu à discuter avec Clémentine AUTAIN, venue faire une belle intervention dans notre congrès et interpellant la salle (qui tourne déjà sur le net). Clémentine est intelligente, indépendante d’esprit  et combative ; une vraie discussion s’engage avec elle sur le fond. Tout y passe : République et laïcité (une vraie divergence mais aussi un débat sans anathème) transformation de la forme parti, évolution de la société et des groupes sociaux et transformation des chemins de l’émancipation (sur ces points nous sommes  très proches). Je serai ravi que l’approfondissement de nos discussions nous permette de mener ensemble le combat qui vient.   

                                                                                                                René Revol

Lectures

Mon temps libre est rempli  d’une part de rencontres d’hommes et de femmes (à commencer par Annie et mes enfants et puis tant d’amis …je n’en dirai jamais rien ; laissez moi  cet univers personnel sauf bien sûr si ces rencontres présentent un intérêt public) et d’autre part de lectures multiples sans lesquels je ne peux survivre : certes des articles et des essais de sciences sociales, d’économie, de philosophie  et d’histoire mais il y a aussi cette présence indéracinable des romans et de la poésie. Oh je ne ferai surtout pas de fiches de lecture. Je ne supporte plus les fiches de lecture ! Pourquoi ? Parce que mes étudiants font des fiches de lecture que je lis depuis des décennies et je n’en peux plus ! Non pas qu’elle ne soit pas de bonnes fiches de lecture. J’ai la chance inouie depuis vingt ans d’enseigner aux meilleurs et ils vous font des synthèses éblouissantes. Mais parfois quand j’ai lu un bouquin  et que je lis ensuite la fiche de l’étudiant il m’arrive à la fois de trouver la fiche juste et d’avoir le sentiment qu’il manque quelque chose. En fait ce qui manque c’est l’expérience personnelle que j’ai eue dans cette lecture. Car la lecture est une expérience vitale, qui vous prend aux tripes et vous emporte (enfin, pas toujours car çà dépend du bouquin). En tout cas au lieu d’une fiche je mettrai dans cette rubrique ce que j’ai ressenti  dans une lecture.

Par exemple ce WE de Toussaint (outre l’intégrale de Terminator que ma famille m’a plus ou moins imposé sur canal…et je ne le regrette pas !) je me suis payé le dernier Philip Roth.  A nouveau un régal. Les articles des critiques vous diront certainement comment est bien croquée la société américaine à travers un petit campus de l’Ohio en pleine guerre de Corée en 1951…Certes c’est vrai mais moi j’ai aimé quelque chose qui m’a fait pensé à la société d’avant 1968 dans laquelle j’ai vécu mon adolescence. La scène où le narrateur et le doyen de l’Université s’affrontent  dans une joute verbale splendide (où le pacifiste, socialiste, logicien et athée Bertrand Russell  joue un rôle) m’a proprement transporté dans mon INDIGNATION (c’est le titre du roman) de mon adolescence contre les curés qui dirigeaient la boîte où mes parents m’avaient mis. Quant à la « révolte des petites culottes » (je suis sûr que vous allez vous précipiter pour savoir ce que c’est !) elle révèle la masse de frustration que la société puritaine accumule  amenant les individus à passer en quelques instants de comportements normés et lissés à une explosion d’agissements  débridés.  Là aussi cela m’a rappelé avant 68 à Grenoble mais au moins le puritanisme avait fait sur nous moins de dégâts. Quand en 1967 on a pris d’assaut les résidences universitaires des filles (la mixité était interdite ! eh oui les jeunes …c’était la préhsitoire mais méfiez vous elle repointe le nez) et que pour çà on devait faire sauter un rang de CRS…   D’abord c’était avec le plus grand respect pour les filles en question et aussi avec leur complicité puisqu’elles avaient ouvert les lances à incendie pour arroser les flics pendant que nous les garçons on les bombardait (les flics pas les filles !) avec des petites  « bombes de moutarde » qui ne faisait aucun mal mais qui les faisait vite déguerpir. Il n’y a rien de tout çà dans Roth mais mon WE a été jubilatoire parce qu’en lisant ce roman passionnant  toute cette expérience vécue m’est revenue en pleine conscience. Bref allez lire le dernier Roth et si rien ne vient c’est que vous n’avez pas eu d’INDIGNATION a votre adolescence!

Philip ROTH Indignation Gallimard 2010

Le Blog : donc voilà moi aussi je m’ y mets.

Un blog…déjà dans ma famille mon fils de 14 ans en a déjà un depuis plus d’un an.  Il n’y a donc rien d’innovant dans cette affaire. Juste le besoin de m’exprimer régulièrement et d’échanger dans un cadre rapide et collectif avec les centaines qui ne cessent de m’écrire, de me mailer, de m’appeler (s’ils ont la chance d’avoir mon numéro et qu’il ne soit pas occupé) et tous ceux qui dans la rue en manif ou en réunion ou tout simplement en passant m’interpellent. Ma personne n’y est pas pour grand-chose mais de la campagne du NON en 2005 à cette magnifique campagne régionale de début 2010 avec la liste « A gauche Maintenant » que j’ai eu l’honneur de conduire, en passant par les municipales à Grabels, par la formation du Parti de Gauche puis ma présence aux européennes de 2009 sur la liste du Front de Gauche conduite par mon ami Jean-Luc Mélenchon ou par les multiples actions citoyennes ou sociales auxquelles j’ai participé, …bref tout çà m’a fait monter sur la table et m’a rendu visible. Alors utilisons ce moyen formidable du blog pour échanger. Vous y trouverez des rubriques : la note hebdomadaire, une photothèque,  une vidéothèque,  mon aphorisme de la semaine (petite passion perso), mes lectures coup de cœur (puisque je ne dors guère et que je lis beaucoup), une chronique municipale pour dire mon ressenti direct sur ce mandat de maire qui m’occupe tant (les infos municipales sur mon action vous les trouverez  sur le site de la ville, ici ce sera plus du vécu, une sorte de prise de vue personnelle un peu décalée), les liens avec les blogs amis…Alors tout cela est en chantier et fait sans moyens professionnels … j’en appelle à votre indulgence.

La manif. C’est donc la huitième journée d’action en deux mois. Il paraît que nous étions plus d’un million et les médias aux ordres parlent de décrue…J’en connais qui au début n’aurait jamais parié que nous serions capables de faire une manif d’un million. Moi qui ait fait toutes ces journées sans rater une grève ni une manif de bout en bout, je n’ai en aucune manière ressenti ce dernier samedi de l’abattement ou du défaitisme, malgrè une participation un peu moindre. Au contraire une profonde détermination. Ce mouvement social est d’une profondeur extraordinaire. Mille anecdotes pourraient être citées. Je n’en prends qu’une : j’ai participé à un débat  avec des lycéens. J’ai été stupéfié par  la vitesse à laquelle ils ont appris ; le système de retraites n’avait plus de secret pour eux, la réforme était connue en détail et devant un adulte journaliste (assez superficiel  qui sortait les platitudes qu’on entendait en boucle sur le choc démographique etc…) ils ont montré une maturité et une connaissance précise du dossier. Cela démontre que la majorité de nos concitoyens sont aujourd’hui convaincus qu’on peut garder l’âge du départ à 60 ans à taux plein et sans augmenter la durée de cotisations et que cela est finançable à condition d’oser taper là où est le fric.  Cette conviction majoritaire est d’ailleurs la première victoire précieuse de ce mouvement.  Mais la prise de conscience va beaucoup plus loin à la recherche d’un changement profond des logiques à l’œuvre de nos jours. Les gens sont disposés pour aller beaucoup plus loin. J’espère que les organisations syndicales nous offriront une vraie perspective de mobilisation car les forces sont intactes. Je n’ai jamais voulu donner de consignes d’action dans ce mouvement social car je ne pense pas que cela soit la responsabilité d’un responsable politique. Je voudrais ici me faire l’écho de deux propositions complémentaires qui circulaient dans la manif et que je me contente de mettre dans le débat. 1) Pourquoi ne pas organiser une grève avec montée massive sur paris dans une grande manifestation nationale à paris ? Une marée humaine de millions et millions avec des milliers de trains spéciaux de toute la France  …Cela remettrait en évidence le vrai rapport de force pour ne pas accepter  la promulgation. Je sais que cette idée  a été évoquée dans l’intersyndicale nationale ; 2) Comme l’argument démocratique nous est opposé – « le parlement représentant le peuple a voté » – pourquoi ne pas organiser nous même le référendum citoyen dans chaque commune, dans chaque bureau de vote, en demandant à chaque maire respectueux de la république et de la démocratie d’ouvrir les registres d’électeurs  et d’ouvrir les mairies. Des millions de NON apporteraient ainsi la démonstration que ce vote légal du parlement est illégitime.

 Un programme partagé initié par le Front de Gauche. Les salariés, retraités, jeunes, citoyens rassemblés dans ce mouvement social contre la réforme des retraites sentent bien que la gauche social démocrate du PS manque de clarté et de crédibilité. Personne ne veut leur faire confiance à priori pour revenir sur cette réforme. Toutes les enquêtes d’opinion l’attestent (comme cette enquête de Louis Harris dans le dernier Huma Dimanche). Voilà pourquoi il ne faut plus tarder à mettre en chantier  un programme alternatif de rupture avec le capitalisme. Cela avait été lancé à la Fête de l’Humanité par les dirigeants du Front de Gauche. Mais  sur le terrain cela tardait à venir alors que les militants étaient très demandeurs. Je me réjouis que les responsables héraultais du Front de gauche se soient mis d’accord pour lancer ce chantier pour un programme partagé. La première réunion a lieu ce mardi 9 novembre à 18h salle Pitot. Venez nombreux et surtout participez ! Les autres forces de gauche et syndicats ont été invités largement à venir participer s’ils le souhaitent. A cet égard je vous invite à aller sur le site national du PG où il y une super rubrique sur le programme où tout le monde peut directement s’exprimer.

Ce qui est en cause n’est pas une énième discussion en chambre sur un programme…Ce qui est à l’ordre du jour c’est d’organiser l’irruption citoyenne pour réorganiser toute la société sur des bases justes et égalitaires. Il n’y a pas à attendre 2012 et un sauveur suprême. C’est ce que Mélenchon appelle dans son dernier bouquin « la révolution citoyenne ».  Le fait qu’en 15 jours ce bouquin soit déjà vendu à plus de 40 000 exemplaires est déjà un signe (ce qui lui vaut la haine baveuse des puissants). La révolution citoyenne passe dans toutes les manifestations quotidiennes par lesquelles nos concitoyens remettent en cause l’ordre établi : dans l’atelier, au bureau, à l’école, dans la ville, dans le quartier, dans la lutte pour les droits des femmes, des sans papiers, des sans logis…Une formidable effervescence cherche à imaginer et à construire un monde nouveau  plus solidaire. C’est en donnant la parole à tous ceux là que le programme du changement social   se fraiera son chemin. Et cela fera aussi irruption sur le terrain électoral.  Alors rendez vous dans les ateliers du programme partagé. Cela me rappelle ce qu’un des maîtres de ma  jeunesse, le professeur Pierre Broué, m’a dit au lendemain de la grève générale de 1968 : « Tu as deux mains, une pour le mégaphone, une pour la plume, n’oublies jamais de te servir toujours des deux ».

                                                                                René Revol