Décentralisation ? Non, féodalisation !

Note du 28 janvier 2013.

Les sujets dont je voudrais vous parler ne manquent pas : les dangers de l’intervention militaire au Mali, l’injonction faite aux parlementaires de recopier l’accord imposé par le Medef sans en changer une ligne, mes raisons de soutenir le mariage pour tous, le succès des assises régionales de l’éco socialisme qui ont rassemblé plus de 300 participants samedi 26 à Clermont l’Hérault, le combat qui s’engage pour obtenir une régie publique de l’eau à Montpellier, ma confrontation avec le jeune député PS Sébastien DENAJA sur TV SUD – pour voir la vidéo cliquez ici

Je vous invite à aller sur des blogs amis trouver pleins d’information et d’analyses sur ces sujets.

Pour ma part je pense urgent aujourd’hui de mettre en lumière un très mauvais coup qui se prépare contre la république : l’acte 3 de la décentralisation. Si ma contribution, même raccourcie, peut vous apparaitre un peu longue, faites l’effort de la lire jusqu’au bout pour prendre la mesure de ce qui se trame. Élargissons le débat ; ne laissons pas les élus être les seuls à s’occuper de ce dossier, car c’est une question démocratique majeure qui nécessite l’intervention des citoyens. J’attends vos réactions.

Bonne lecture.

René REVOL

Décentralisation ? Non, féodalisation !

Un avant projet de loi mettant en place ce qu’on appelle l’acte 3 de la décentralisation est en circulation parmi les parlementaires et les responsables des collectivités territoriales et doit être envoyé par le gouvernement avant fin janvier pour avis au Conseil d’Etat. Puis ensuite le débat parlementaire sera engagé dès mars pour aboutir dans l’année à une loi définitive pour que les prochaines élections municipales (2014), départementales et régionales (2015) se tiennent dans le cadre de cette nouvelle architecture. La lecture de cet avant projet m’a particulièrement inquiété et c’est pour éclairer ce débat à venir que j’écris cette note.

Cette réforme des collectivités territoriales est présentée comme l’acte 3 de la décentralisation. L’acte 1 avait été constitué par les lois Defferre de 1982 et l’acte 2 par la réforme Raffarin de 2004. Or cette nouvelle réforme a été préparée par le précédent gouvernement Fillon-Sarkozy et est poursuivie par l’actuel gouvernement Ayrault-Hollande avec des modifications marginales. Il nous faut donc étudier de près ce texte, dont les conséquences sont importantes pour le fonctionnement de notre République. Avant d’analyser dans le détail les conséquences du projet de loi élaboré en ce moment, il est utile dans une première partie de rappeler les orientations générales des élites néolibérales concernant les collectivités locales qui ont imposé leur philosophie générale, tant dans les cercles dirigeants de la droite que dans une partie de la gauche.

Première partie :

L’axe bureaucratique contre l’axe démocratique

Notre République est le résultat d’une construction historique et le fruit de nombreux combats sociaux et politiques. Ces combats ont comme fil rouge la nécessité d’assurer la souveraineté populaire sur les institutions publiques. Les trois étages qui ont constitué la France républicaine depuis 1789 jusqu’à nos jours sont clairement identifiés (nation, département, commune) et soumis à l’expression de la souveraineté populaire par le biais du suffrage universel direct. Au niveau national l’élection du parlement au suffrage universel garantit que la capacité de faire la loi est soumise à la volonté populaire ; l’élection au suffrage universel du président de la république ne fait que s’ajouter à cet aspect (sans aborder ici le débat des effets antidémocratiques de cette élection). Il en découle que la Loi votée par le parlement est la même pour tous sur tout le territoire national, assurant le caractère unique et indivisible de la République, participant de l’exigence de l’égalité des citoyens face à elle. A l’échelle territoriale la République s’est toujours refusée à hiérarchiser les collectivités locales, aucune collectivité ne peut ainsi exercer une autorité tutélaire sur une autre. Elles se distinguent uniquement par le territoire couvert et par les compétences  exercées. La collectivité locale centrale de la République Française est la Commune. La libre administration des communes, inscrite dans notre droit fondamental actuel, est l’héritière du combat pour les libertés commencé dès le Moyen-âge  par la revendication de la liberté communale. L’élection des conseillers municipaux au suffrage universel direct a été une conquête des républicains contre tous les pouvoirs autoritaires et anti démocratiques de l’ancien régime, de l’Empire ou du régime de Vichy. L’autre institution locale héritée de la Révolution est le département avec l’élection au suffrage universel de son assemblée, le mal nommé Conseil général. Donc commune, département et parlement sont les trois piliers de ce que j’appelle l’axe démocratique de notre république, chacun étant issu du suffrage universel direct. Cela ne signifie pas que tout est parfait dans ce système institutionnel, loin s’en faut (on peut par exemple discuter le mode de scrutin uninominal à deux tours à l’échelon national et départemental qui, à la différence du scrutin proportionnel, empêche une grande partie de la population d’être représentée) mais ces institutions sont au fondement républicain de notre vie politique.

Or à ce triptyque républicain « nation-département-commune »  s’oppose un autre modèle de gestion des territoires fondé sur le triptyque Europe-Région- Agglomération. Ces niveaux d’exercice du pouvoir se sont graduellement imposés dans les 50 dernières années. L’Europe est le fruit de la construction européenne et des transferts de souveraineté de la nation vers les institutions européennes depuis 1957 qui se sont accélérés après l’Acte Unique de 1986 puis les séries de traités depuis Maastricht en 1992. La région, refusée par les républicains depuis la fin des Provinces féodales de l’Ancien Régime, est apparue dans les années soixante dans le cadre de la réforme gaulliste de l’Etat puis a conquis une plus grande place avec la réforme Defferre de 1982. Enfin dans les décennies 1990 et 2000 des textes, dont la loi Chevènement de 1999, substituent à la coopération intercommunale les communautés de communes et autres agglomérations. Ce triptyque repose sur un argumentaire rationaliste : l’espace européen serait plus efficace que l’espace national dans le cadre d’une mondialisation croissante, l’espace régional serait plus adapté à la compétition intra-européenne que le département trop petit ; quant aux 36000 communes françaises elles seraient une exception française archaïque inapte à traiter les enjeux des territoires et les communautés de communes, agglomérations et métropoles seraient plus adaptées à une gestion moderne du territoire. Cette rationalité bureaucratique est au cœur du discours moderniste partagé par les élites politiques au pouvoir depuis trente ans et qui défendent un nouveau modèle de gestion des territoires, ou, pour parler la novlangue néolibérale, un nouveau modèle de « gouvernance » territoriale.

Un modèle de compétitivité des territoires et de défiance du citoyen.

Ce modèle bureaucratique est fondé sur deux principes dominants :

Premier principe : la compétition territoriale. C’est l’importation dans le domaine des collectivités territoriales du principe économique, dominant depuis le triomphe du capitalisme financiarisé et mondialisé, de l’offre compétitive. Sans  développer cette notion ici, on peut la résumer par  l’idée que la croissance économique ne passerait plus par la hausse de la demande privée et publique (pouvoir d’achat en hausse et régulation publique) mais par une amélioration de la compétitivité de l’offre. En d’autres termes dans la capacité du secteur productif privé d’un territoire de conquérir des parts de marché sur les autres, par le jeu combiné de la baisse des prix et de l’innovation, d’où l’antienne de la baisse du coût du travail et des dépenses publiques, de la réorientation des dépenses sociales « improductives » vers des dépenses «  productives ». Cette doctrine économique néolibérale sert de doxa et d’inconscient aux élites ; même si la crise mondiale depuis 2008, fruit de cette politique, a ouvert un champ plus élargi de critiques. On transfert donc aux territoires et aux collectivités publiques la logique de la compétitivité. Le but de la gestion d’un territoire consisterait à créer de l’attractivité pour les investissements en vu de créer emploi et prospérité. Ce discours propagandiste, vous pouvez le lire à longueur de colonnes dans les publications des journaux édités par les Régions et les Agglomérations ou Métropoles. Il faut baisser les impôts sur les entreprises (voire multiplier les zones franches et autres cadeaux de toute sorte), favoriser la mobilité et la formation de la main d’œuvre adaptée à ces entreprises arrivantes. Dans la compétition mondiale les grandes métropoles devront se livrer une guerre sans merci pour conquérir aux détriments des autres les activités porteuses. La conséquence en est naturellement l’appauvrissement et la désertification des autres territoires urbains ou ruraux éliminés de cette compétition. Dans certains pays centralisés comme la France ces territoires moins compétitifs ont pu bénéficier des mécanismes de redistribution de revenus et de services publics qui servent ainsi d’amortisseurs. Mais la baisse des dépenses publiques ne peut qu’affaiblir cette capacité de résistance ; ces territoires semblent dans cette logique voués à la paupérisation (comme le montre le chercheur Laurent Davezies dans son dernier ouvrage La crise qui vient). Quant aux fleurons de la compétition, dans les métropoles, la priorité est donnée à l’attractivité au détriment de la solidarité. La politique d’aménagement urbain est entièrement dirigée par la nécessité de favoriser la compétitivité du territoire. C’est le fondement de tout le discours gestionnaire dominant, notamment à la tête des régions et des grandes agglomérations.

Deuxième principe : éliminer le « biais démocratique ».  Je tire cette expression des penseurs néolibéraux notamment américains qui développent l’idée que la démocratie a un défaut (biais) majeur qui nuit à l’efficacité économique. Ce vieil argument réactionnaire – développé par Vilfredo Pareto, économiste très libéral du début du XXe siècle qui applaudit à l’arrivée de Mussolini [preuve que le libéralisme économique s’accommode mal du libéralisme politique] –  a été remis à la mode par les économistes libéraux contemporains (notamment l’école de Virginie). L’idée en est simple si ce n’est simpliste : en démocratie le peuple a intérêt à élire ceux qui leur promettent plus de pouvoir d’achat, plus de services et moins d’impôts ; la démocratie ne peut donc n’être pour ces auteurs  que source d’inflation et de déficit public ! Ils en concluent qu’il faut sortir du champ démocratique toutes les décisions économiques notamment monétaires et budgétaires pour les soumettre soit à une macro-règle qui s’imposerait à tous, soit à une institution indépendante de la souveraineté populaire, voire aux deux en les combinant – comme on le voit avec les institutions de l’Union Européenne. On avait peine à croire il ya quelques années qu’un tel cynisme antidémocratique ait pu être couché noir sur blanc et on pensait qu’il ne s’agissait que des élucubrations d’intellectuels isolés. Or cela est désormais en train de se mettre en place à tous les échelons pour éloigner la gestion des institutions publiques des choix citoyens. Et c’est là que nous retrouvons notre moderne triptyque.

C’est au niveau européen que le « biais démocratique » a été le plus éliminé : la gouvernance européenne a récupéré directement ou indirectement la majorité des outils économiques que les nations membres lui ont transférés ; ils sont entre les mains d’institutions non élues (BCE, Cour de justice, Commission…), sans contrôle d’un parlement européen croupion (sans les pouvoirs d’un vrai parlement ni de réelle légitimité vue l’énorme abstention pour son élection), et bénéficiant de la complaisance des dirigeants nationaux qui se soumettent à un système de règles contraignantes. Les institutions européennes, éloignées de tout réel contrôle démocratique, ont pris le pas sur les échelons nationaux légitimement élus.

La Région est le seul membre du triptyque qui soit le fruit d’une élection au suffrage universel direct. Mais cela n’est le cas que depuis une vingtaine d’années ; la légitimité historique de cette institution est faible dans la conscience des citoyens (surtout quand la région ne dispose pas de réelle consistance historique ou culturelle) ; la participation électorale est faible faute de l’évidence de l’enjeu politique. Son rôle a pourtant grandi avec les nouvelles compétences qui lui ont été progressivement attribuées : investissement dans les lycées, formation professionnelle pour adultes, transports régionaux et surtout une compétence économique majeure dans le contexte de compétitivité accrue entre territoires, avec un budget où la part discrétionnaire est importante. Peu à peu le poids de la région s’est consolidé face au département ; l’un des objectifs poursuivi par les réformes en cours (Sarkozy puis Hollande) est d’assurer définitivement la prééminence de la région. A la région le rôle stratégique de lutte économique dans la compétition mondiale ; au département la tâche de soulager socialement les dégâts de la mondialisation.

Enfin à l’échelle communale la montée en puissance des institutions de coopération intercommunale à fiscalité propre est patente : Communautés de commune, Agglomérations, Métropoles. Celles-ci récupèrent des compétences stratégiques : transports, déchets, eau, économie, aides à la pierre etc.… au détriment des communes. Or justement ces institutions de l’intercommunalité ne sont pas élues au suffrage universel direct mais composées de membres élus par les conseils municipaux ; ce caractère indirect de leur mode d’élection contribue à éloigner cette gestion du citoyen au profit de logiques purement gestionnaires et bureaucratiques. L’un des objectifs des réformes en cours est de faire disparaître définitivement l’autonomie communale. L’élection municipale, la plus mobilisatrice en France avec l’élection présidentielle, établit une relation démocratique forte entre une population et son maire y compris dans les grandes villes ; ce « biais démocratique » est manifestement trop gênant pour nos libéraux !

Coopération, solidarité et démocratie contre Compétition et bureaucratie.

Face à la logique de la compétition entre les territoires il ne s’agit pas de défendre l’idée que la commune reste le seul lieu de gestion pertinent de l’intérêt général. Nulle intention dans mon propos de contester qu’il peut y avoir différents niveaux d’échelles pertinentes selon les sujets à traiter. Pourquoi ne pas envisager une politique commune macroéconomique à l’échelle européenne ? Pourquoi ne pas étudier la cohérence des transports dans une région ? Pourquoi ne pas envisager la gestion de ce bien commun qu’est l’eau à l’échelle d’un bassin versant ? Le problème n’est pas là. Il réside dans la capacité à répondre à ces questions, d’une part en les fondant sur une coopération consentie et solidaire entre les différentes collectivités locales, d’autre part en le faisant avec les citoyens, pas sans eux ou contre eux. La modernité ne consiste pas à évincer les citoyens pour confier la gestion à des experts ; la modernité implique au contraire de faire de cette gestion un enjeu de la citoyenneté et des instances de décision collective. Le propre de la République est de servir l’intérêt général ; c’est sous cet auspice qu’il faut établir les modalités de fonctionnement démocratique des collectivités locales. L’efficacité économique fondée sur la rationalité instrumentale ne produit pas l’intérêt général, bien au contraire, tant les expertises sont soumises aux puissances des lobbys et des intérêts financiers. Une vraie réforme des collectivités territoriales devrait au contraire de ce qui se fait actuellement être fondée sur les principes suivant : 1) Garantir l’unité et l’indivisibilité de la République en faisant de la loi nationale l’impératif qui garantit l’égalité de tous sur le même territoire ; 2) Donner la prééminence à une logique de coopération et de solidarité entre les territoires et entre les institutions locales ; 3) Soumettre toutes les autorités à la légitimité démocratique de la souveraineté populaire à travers le suffrage universel et le contrôle citoyen. Après ce cadrage général, nous allons essayer de comprendre la portée des propositions présentées dans le projet du gouvernement actuel.

 


Deuxième partie :

La logique bureaucratique domine l’acte 3 de la décentralisation

Déficit démocratique confirmé.

Les médias et les élus focalisent leur attention sur les modalités d’élection au niveau du département et des agglomérations. Ce n’est à mon avis pas l’essentiel, mais examinons les propositions. L’élection du Conseil départemental (nouveau nom du conseil général) se fera par canton au scrutin binominal paritaire à deux tours. On n’élira plus une personne par canton, mais un couple : un homme et une femme, tout en conservant le même nombre de conseillers départementaux. Le nombre de cantons sera donc divisé par 2, avec donc un nouveau redécoupage. C’est une nouvelle usine à gaz électorale, unique au monde, fruit du génie bureaucratique français. Elle est justifiée par deux arguments : 1. imposer la parité, 2. rééquilibrer les territoires. Il existe un moyen beaucoup plus simple d’atteindre ces objectifs : le scrutin de liste départemental à la proportionnelle, avec une liste paritaire (alternance homme/femme comme aux élections municipales, régionales ou européennes) et une représentation équilibrée des territoires du département dans chaque liste pour préserver un ancrage territorial. Un tel scrutin peut être mis en place sans augmenter le nombre de conseillers, sans redécoupage arbitraire, tout en garantissant la parité de genre et une représentation démocratique. Etait-ce ceci qui gênait nos génies bureaucratiques, plus soucieux de renforcer le bipartisme PS / UMP que d’assurer une juste représentation des sensibilités ? Derrière ce mode surréaliste de scrutin pour les élections départementales se cache un autre objectif : limiter les compétences du département à celles d’un guichet social aux moyens réduits.

L’autre « innovation » démocratique est à la fois insignifiante et trompeuse : les électeurs voteraient, lors des municipales, pour des candidats fléchés sur les listes pour siéger aux conseils des communautés de communes ou d’agglomérations. Innovation insignifiante, quand on sait qu’au bout du compte ce sont les présidents d’Agglomération qui sont les véritables détenteurs du pouvoir local. Innovation trompeuse car ces élus seront moins encore l’expression de l’équipe municipale et sans responsabilité directe devant le peuple.

La région à la tête d’une structure de plus, bureaucratique et non élue : la  CTAP !

La prééminence est désormais clairement donnée à la région, d’abord par ses compétences  élargies, mais plus encore par son rôle de pilote de toutes les collectivités territoriales de son territoire. Est ainsi prévue la mise en place d’une Conférence Territoriale de l’Action Publique (CTAP). Dirigée par le Président de région elle rassemblera les grands féodaux de la région (Présidents de chaque département, des grandes agglomérations, des maires des villes plus de 100 000 habitants et de 4 (4 !) représentants des autres maires). Le président et le préfet de région seront maitres de l’ordre du jour. La CTAP élaborera un Pacte de gouvernance territoriale qui s’imposera à chaque collectivité. Elle émettra un avis sur les demandes de toute collectivité locale d’assurer à titre expérimental des compétences relevant d’une autre collectivité, pouvant ainsi recomposer la responsabilité de chaque collectivité et redistribuer à la carte les compétences. Nul doute que les Eurométropoles (Lille, Lyon, Marseille) et les communautés métropolitaines (agglomérations de plus de 400 000 habitants), voire d’autres intercommunalités, se tailleront le plus gros des compétences au détriment des communes et des départements. Avec une carte des compétences établie au gré des majorités et des combinaisons politiques, le risque est grand de voir se mettre en place un véritable patchwork, tant au sein de chaque région qu’entre elles. Ce serait l’éclatement de la gestion territoriale et du cadre républicain. Se profile la fin de l’unité de la loi sur le territoire et se crée les conditions de l’expérimentation législative dans une région, vieux rêve des antirépublicains.

Démantèlement du service public par le biais de la décentralisation  

Cela va de pair avec un grand lâchage par l’Etat de ses responsabilités. Sous le couvert d’approfondissement de la décentralisation, l’Etat se défausse dans des domaines clés de ses prérogatives. Il ne s’agit pas seulement de lui reprocher de transférer des compétences sans transférer les ressources correspondantes, comme l’entend souvent. Même avec les ressources suffisantes, il est nuisible que certaines compétences de service public national ne soient plus assurées par l’Etat mais par les régions.

Ainsi pour la formation professionnelle, l’apprentissage, l’orientation et l’enseignement supérieur. Le code de l’éducation serait modifié, permettant à la région d’être, d’une façon générale, compétente en matière de formation professionnelle en direction des jeunes, des adultes, des personnes handicapées et des personnes détenues. Un nouvel article ferait la région le maitre d’ouvrage pour arrêter la carte des formations professionnelles initiales, établir la liste des ouvertures et fermetures de sections de FP dans les établissements du second degré. Plus de cadrage national au niveau de l’apprentissage pour les conventions puisque le contenu de la convention type serait déterminé par chaque région, sans clauses de caractères obligatoires ! Quant à l’orientation, l’Education nationale en est en grande partie dessaisie : elle ne se fait plus sous l’autorité du délégué à l’information de l’orientation, mais sous la houlette de la région qui l’organise : que deviennent les CIO, dès lors que différents types d’organismes peuvent être reconnus comme participants au service public. Il est clairement dit que la région organise le service public de l’orientation tout au long de la vie, que les personnels d’orientation relevant du Ministère de l’EN sont placés sous l’autorité de la région et que la charge des CIO est transférée à la région, comme aussi les biens meubles et immeubles. Ce qui était en cours pour l’enseignement supérieur et la recherche est confirmé : la région définit un schéma régional de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation quand bien même il est fait référence au cadre des orientations du plan national.

En matière de développement économique, le schéma régional de développement économique et de l’innovation est loin de mettre au cœur le soutien à l’économie sociale et solidaire, ni d’ailleurs à la relocalisation et aux circuits cours. Ainsi le fonds de solidarité économique se donne-t-il comme priorité les actions de soutien à l’internationalisation et à l’innovation des PME  et des entreprises intermédiaires, en conformité avec un plan régional pour l’internationalisation des entreprises. Compétitivité oblige ! Pour les transports, la région, chargée de l’aménagement, du développement, de la cohérence et de la mise en valeur du réseau ferré d’intérêt local  est appelée à poursuivre le processus de se substituer aux carences de l’Etat et au démantèlement de la SNCF, avec transfert de la propriété d’infrastructure ferroviaire correspondant.

Notons par ailleurs que les moyens de pression sur les communes et les groupements de communes seraient renforcés par les conditions qui leurs seraient imposées. Pas de subventions de la région pour un projet qui n’entrerait pas dans les orientations fixées par le schéma régional (symétriquement, pas de subvention du département pour un projet non conforme au schéma départemental). La liberté communale est singulièrement mise à mal.

Le triomphe de la métropole.

L’autre grand gagnant de la réforme avec la région est le troisième pilier du triptyque bureaucratique : la métropole. L’intercommunalité instituée autour de grandes agglomérations, accentue les déséquilibres territoriaux avec le reste des territoires, comme souligné dans la première partie. Le projet de loi favorise explicitement la formation de nouvelles métropoles au statut et aux compétences renforcées, en en faisant les vrais lieux de pouvoir. Paris doit prendre la main sur tout le territoire de sa couronne dans une entité nouvelle, Marseille est clairement invitée à rejoindre Lyon en absorbant dans un ensemble métropolitain les ¾ du territoire des Bouches du Rhône (coup de force contre lequel s’élèvent plus d’une centaine de maires et de conseils municipaux sur les 110 concernés). Lille (voire Nice) devrait faire partie comme Lyon et Marseille des Eurométropoles et une dizaine d’agglomérations urbaines seraient en voie de métropolisation : Strasbourg, Nancy, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier,  Grenoble… Ces mastodontes urbains avec à leur tête des présidents omnipotents, tels de nouveaux féodaux, auraient la mainmise sur les communes intégrées et structureraient fortement les autres territoires, réduisant le département à un simple guichet social et les communes à des entités sans consistance dont le seul pouvoir sera de faire les mariages et de donner le nom des rues…. Maire d’une ville dans l’agglomération de Montpellier, je ressens déjà la perte de substance des prérogatives communales que représente le transfert à l’agglomération des compétences des transports, des déchets, de l’eau etc… Les citoyens n’ont plus ce même pouvoir de contrôle sur leurs élus. La résistance des communes à la métropolisation est saine et doit être défendue. Contrairement à ce qu’écrivent certains plumitifs aux ordres cela n’a rien de ringard et de réactionnaire. C’est la résistance de la démocratie communale ; c’est la résistance de la souveraineté populaire qui veut garder le pouvoir d’élire ses élus, d’avoir prise ainsi sur le choix de la politique à mettre en œuvre sur le territoire où ils vivent.

La question centrale de la compétence « urbanisme ».

Les articles 40, 41 et 51 du projet de loi en débat constituent une véritable rupture dans la maîtrise du sol, enjeu stratégique du développement local s’il en est. Ils enlèvent la compétence urbanisme aux communes pour la transférer aux communautés de communes, aux agglomérations et aux métropoles. En clair, les communes perdent leur pouvoir d’établir leur Plan local d’urbanisme (PLU) qui sera décidé à l’échelle supérieure comme c’est le cas aujourd’hui dans les métropoles existantes. Or ce document est décisif : c’est celui qui décide si un terrain est constructible, naturel ou agricole, et quelle est sur un terrain déclaré constructible la nature de la densité construite. Bref le PLU dessine le paysage urbain et a des conséquences considérables sur l’environnement naturel et humain qui constitue le cadre de vie de la cité. En l’enlevant aux communes on l’éloigne du contrôle citoyen et on le soumet un peu plus à la logique des aménageurs plus sensibles aux profits des promoteurs immobiliers qu’à l’intérêt général.

Conclusion : Exiger le retrait du projet de loi « acte III de la décentralisation »

Pour conclure, après ces remarques qui ne sont qu’une ébauche d’analyse du projet de loi, on voit à quel point le discours démagogique sur « la décentralisation qui rapproche les décisions du citoyen » est creux et mensonger. La décentralisation qu’on nous propose vise à dessaisir les citoyens de toute maitrise sur le territoire qu’ils habitent. On confie la gouvernance de ce territoire à un aréopage de grands féodaux à la tête des régions et des grandes agglomérations, dans l’objectif avoué de transformer leurs territoires en enjeux de la compétition mondiale, jouant les territoires les uns contre les autres. Tout est d’ailleurs ordonné pour que l’Etat se défausse davantage encore de ses responsabilités, telle la formation, subordonnée aux besoins régionaux spécifiques et aux intérêts proprement économiques. Cette nouvelle architecture institutionnelle renforce un ensemble de grands potentats locaux et urbains, affaiblit le pouvoir des citoyens et corrélativement la force de l’Etat et de la loi républicaine. Il est donc du devoir de tout élu responsable du mandat que lui a donné le peuple, du devoir de tout démocrate et de tout républicain attaché aux libertés communales et à l’égalité de tous devant la même loi, bref du devoir de tout citoyen, de tout mettre en œuvre pour faire échec à cet acte 3 de la décentralisation, à rejeter cette loi en l’état. Ce projet de loi doit être retiré purement et simplement de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Une vraie décentralisation démocratique et républicaine doit être fondée sur la souveraineté populaire, le contrôle citoyen, la coopération entre les collectivités et la solidarité entre les territoires et les populations : Oui à une décentralisation mais non à la féodalisation !

28 janvier 2013

René REVOL, Maire de Grabels,

Membre du Parti de Gauche (Front de gauche)

Pour télécharger le billet « Décentralisation ? Non féodalisation ! » cliquez ici

Un vœu simple pour 2013 : Prendre aux riches pour donner aux pauvres !

Note du 4 janvier 2013

Et pour la nouvelle  année je vous fais d’abord un cadeau : une belle citation d’ALMEIDA GARRET, grand dramaturge et écrivain du romantisme portugais mort à Lisbonne en 1854 :

« Et je demande aux économistes politiques, aux moralistes, s’ils ont déjà calculé le nombre d’individus qu’il est nécessaire de condamner à la misère, à un travail disproportionné, au découragement, à l’infantilisation, à une ignorance crapuleuse, à une détresse invincible, à la pénurie absolue, pour produire un riche ? »

 

Invitations :

Le Parti de Gauche dans l’Hérault présente ses vœux lors des quatre rendez-vous suivants : 

A Clermont L’Hérault jeudi 10 janvier 

A Grabels le samedi 12 janvier à 18h lieu salle des anciennes écoles

A Montpellier le mardi 15 janvier à 18 h au bar l’Alternatif- 53 rue du Faubourg de Boutonnet.

A Béziers le mercredi 16 janvier à 19 h au local du Parti de Gauche Béziers.

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Rendez vous régional exceptionnel :

Participez tous aux Assises Régionales de l’éco socialisme

Le Samedi 26 janvier de 9h30 à 18h à Clermont l’Hérault pour l’éco socialisme

 

Difficile d’écrire cette note de rentrée alors que je viens de perdre un ami, qui était mon adjoint à l’urbanisme dans ma ville. Un type formidable d’énergie et de projets qui a été emporté par la maladie. Répondant à sa demande je lui ai promis de ne rien changer de mes activités en cette rentrée de janvier. Alors je me suis décidé à vous écrire mes vœux pour 2013.

Pour des vœux (donc désirs et souhaits) sincères et authentiques. Terrible période de vœux où, par sa fonction, vous devez assister à des cérémonies où vous voyez des gens dont vous savez qu’ils se détestent se souhaiter la meilleure année possible…. Quant à moi je m’adresse ici à tous ceux que j’aime et que j’affectionne et je suis sûr que dans les 5 à 6000 personnes qui visitent ce blog au moins une fois par trimestre s’y trouvent une grande partie d’entre eux : mes compagnons d’aventure politique au Front de gauche, ceux qui regardent cela de loin mais avec sympathie, ceux qui sont restés au PS et qui me jurent depuis trois ans qu’ils me rejoignent demain, des amis qui apprécient mon action municipale mais qui ne partagent pas toutes mes convictions politiques,  ceux avec qui j’ai partagé des actions féministes, citoyennes ou laïques, d’anciens collègues et élèves avec qui nous avons partagé de grands moments de passion intellectuelle, les collègues qui ont partagé avec moi les aventures de la formation des maîtres ou celle de l’éducation civique, la tribu aussi des sciences économiques et sociales dont l’élan m’accompagne toujours, et puis tous ceux qui ont partagé à un moment ou à un autre une même passion pour une lecture de romans, d’histoire, de philosophie ou de poésie, ceux qui ont partagé ne serait ce qu’une minute de fraternité et d’amitié au sommet d’une montagne, au bord de la mer, dans ses grands moments de retrouvailles et de victuailles, ….bref vaste cohorte bigarrée et indisciplinée d’amis de tout acabit je vous souhaite à vous et à tous ceux qui vous sont chers la meilleure année possible et je nous souhaite à nous tous que cette année permette à nos actions d’avancer un peu plus sur le chemin de l’émancipation humaine.

2012 : L’année des riches ?  Souvenez-vous le début de l’année 2012 : chacun des grands candidats cherchaient à imposer son agenda pour que tout le monde ne parle que de çà. Sarkozy et Le Pen voulaient qu’on cause identité nationale, immigration et insécurité (çà avait bien marché deux fois, en 2002 et 2007, pourquoi pas une troisième ?), Bayrou (oui, en janvier il était à 15% et le chouchou des médias) ne voulait nous parler que de dette publique et Hollande ne parlait…de rien car fondant sa stratégie sur le seul rejet de Sarkozy ! Et pataras fin janvier un sondage montrait que la préoccupation dominante des français était l’accroissement des inégalités et que ce qui les choquait le plus était l’indécence de l’extrême richesse. C’était parti et ce thème une fois installé au cœur dont débat public, rien ni personne ne pourront l’en déloger. Dans son émission de janvier sur France 2 Mélenchon a été un formidable amplificateur de ce débat en avançant la proposition d’un revenu maximum vite devenue très populaire… Les gens imitaient son geste des ciseaux avec ses doigts, geste qu’il avait  accompagné de ces mots : « au dessus je prends tout ! ». A ce moment là certains suivant leurs vieux réflexes  se mirent à s’écrier avec un air pincé : « populisme ! démagogie ! vous allez faire fuir talents et capitaux ! ». Malgré le relais des médias bien pensants rien n’y fit, le thème devint très populaire et les meetings de Mélenchon se remplirent toujours plus ; au point que Sarkozy lui-même proposa  de taxer les riches émigrés à l’étranger et que Hollande, comprenant le danger, décidait subitement de taxer à 75% les revenus au dessus d’1 millions d’€, surprenant ses plus proches conseillers, Sapin et autres Moscovici. La question de la richesse indigne et de la pauvreté injuste devenaient ainsi les grands thèmes de l’année.

Cadeaux de Noël pour les riches. L’année s’est achevée par deux évènements significatifs : d’une part l’indécente sortie de Depardieu qui a fait son numéro sans trouver grâce dans l’opinion (à la surprise des belles personnes qui l’ont soutenu et qui disent comme Catherine Deneuve « ne pas comprendre les Français ») ; d’autre part l’invalidation le 29 décembre de la taxe à 75% par la très droitière institution du Conseil constitutionnel… .et revoilà Hollande plus encore à découvert sur sa gauche. En effet en six mois il a pu imposer le traité européen le plus libéral, empêcher une hausse du SMIC un tant soit peu décente, faire passer la hausse de la TVA pourtant condamnée par lui du temps de Sarkozy, faire un cadeau de 20 milliards aux grands groupes capitalistes sans aucune contre partie, imposer un budget d’austérité pire que celui de Fillon l’année d’avant, obtenir le pacte de compétitivité que réclamait le patronat….toutes mesures de droite qui sont passées sans coup férir. Et cette taxe, bien inférieure à celle que les américains imposaient aux riches jusqu’en 1980, voilà qu’on l’annule et Hollande de se donner toute l’année pour remettre en place cette taxe dite exceptionnelle car limitée à deux ans !

Si 2012 a été l’année des « riches » puisqu’on a enfin parlé du scandale de la grande richesse, il faudrait que 2013 soit l’année où on se décide enfin de prendre aux riches !

Prendre aux « riches » pour donner aux « pauvres » est une revendication permanente des opprimés et il n’y a aucune gêne à la reprendre. C’est ce que demandait la plèbe romaine, les gueux en révolte dans la Flandre au 12ème siécle  ou les révoltes des Ciompi dans les villes italiennes du 16ème ou encore ce que demandaient les Nivellers du temps de Cromwell dans l’Angleterre du 18ème ; puis ce qui est mieux connu de la Révolution Française jusqu’aux mouvements ouvriers dans les pays développés et les mouvements d’émancipation des peuples opprimés. Une même exigence à travers mille formes différentes : prendre aux riches pour donner aux pauvres. On me fait remarquer que la redistribution des richesses n’est pas en soi une exigence révolutionnaire ou socialiste. C’est vrai il s’agit d’une exigence certes portée par les socialistes comme une première étape, mais aussi revendiquée par les républicains sociaux voire par certains secteurs de la bourgeoisie qui y voyaient un moyen de garantir la paix sociale et d’éviter la révolution. La redistribution était au programme des solidaristes et des radicaux avant 1914 puis cela devint le mot d’ordre des socialistes réformistes, des démocrates chrétiens et des gaullistes au point de faire consensus pendant toute les « trente glorieuses », la divergence portant sur l’ampleur de la redistribution à opérer. C’était au programme des travaillistes de l’après guerre au Royaume Uni dans le droit fil des théories de Keynes et de Beveridge. Le New-deal de Roosevelt reprend cela à son compte comme dans les années soixante on le voit refleurir au temps de la « nouvelle frontière » de Johnson. Mais notons qu’aujourd’hui ce programme minimum de la redistribution est devenu insupportable pour la grande majorité des dirigeants non seulement de droite mais aussi de la gauche sociale-libérale. La redistribution est insupportable pour un capitalisme financiarisé et mondialisé où l’alpha et l’oméga de la bonne politique est la compétitivité à tout prix par la baisse du coût du travail, des dépenses publiques et de l’impôt. Aujourd’hui défendre le développement de la redistribution par les cotisations sociales et l’impôt progressif sur le revenu (pas par la très injuste TVA),  nécessaires à l’élévation des prestations sociales et à la promotion et élargissement d’un vaste service public, apparait comme une position proprement révolutionnaire.

Ceci dit il faut avoir conscience que mettre en cause la richesse, comme l’évoque la citation en exergue, ce n’est pas seulement s’en prendre à une possession qui serait trop importante ; c’est mettre en cause une relation sociale où la richesse ne se crée qu’en produisant de la pauvreté en masse. Donc une politique de gauche qui envisage de prendre aux riches pour donner aux pauvres doit produire en même temps une perspective de mise en cause du mécanisme par lequel la richesse se fait en créant la pauvreté. Une politique de redistribution n’est durable que si elle se lie à une politique généralisée de remise ne cause de la propriété privée et des rapports sociaux au travail.  Cela n’a rien de neuf : c’est le programme du socialisme historique. Or il nous faut aujourd’hui réinventer ce programme pour les temps actuels,  ceux du capitalisme mondialisé et financiarisé qui  bouleverse les anciens rapports comme il met en cause l’écosystème lui-même. Le programme du Front de gauche et de son candidat à la présidentielle ouvrait ce chemin ; il faut maintenant poursuivre et achever ce travail de refondation. C’était notamment la tâche des assises nationales de l’écosocialisme qui se sont tenues à Paris le 1er décembre dernier. Les thèses qui ont nourri les débats et les comptes rendu de ces derniers constituent les premiers matériaux. Nous allons lancer des débats identiques dans de nombreuses régions et le 26 janvier pour le Languedoc Roussillon nous tiendrons des assises régionales à Clermont l’Hérault auxquelles je vous invite à participer activement. Attendez-vous à ce que ce blog serve à diffuser le maximum de contributions à ce travail de refondation d’un programme pour l’émancipation au 20ème siècle.

René Revol.

Entre la fin et le début …

Note du 26 décembre 2012

Dans cette note je jette un œil sur l’année politique qui s’achève, donne mon sentiment sur le Parti de gauche et son avenir, dit un mot de Dolez, en profite aussi pour commenter l’exercice de mon mandat de Maire et aussi de délégué à la Communauté d’Agglomération de Montpellier, justifie aussi cette envie irrépressible qui vient de me prendre de relire Jean-Jacques Rousseau et parle un peu des bouquins que j’emmène dans ces quelques jours de repos de fin d’année.

 L’homme politique de l’année 2012.

Quand j’ai posé cette question à une vieille connaissance  journaliste parisien que j’ai rencontré lors d’un de mes derniers voyages dans la capitale (et dont les options politiques sont pourtant loin des miennes) sa réponse a jailli sans hésitations : « Mélenchon ». Comme je ne le soupçonne guère de flatterie à mon égard, je lui ai demandé ses raisons. Sa réponse fut en substance la suivante : début 2011 les observateurs rapides de la situation s’attendaient à ce que le triomphe de DSK ne trouve sur sa gauche que l’opposition témoignage d’un Besancenot. Six mois plus tard tout cela était balayé et toutes les cartes redistribuées. Dans ce contexte le positionnement de Mélenchon et du Front de gauche (c’est-à-dire l’union d’une gauche de rupture alternative au PS) ouvrait un espace politique réel. Bon, à cette étape de son raisonnement je suis en accord sauf que pour lui c’est le fruit du hasard alors que pour moi le contingent (Sofitel de New York d’un côté, le renoncement de Besancenot de l’autre) réalise le nécessaire de la situation sociale et politique. Ensuite mon interlocuteur souligne le talent et la force de la campagne de Mélenchon. Plein des préventions journalistiques habituelles à son égard il m’avoue avoir été scotché par d’abord l’émission « Des paroles et des actes » de janvier 2012 qui pour lui a révélé Mélenchon au grand nombre, puis par les prestations de ses meetings largement visionnés sur le net où il a apprécié à la fois le souffle et l’argumentation. Un aveu : après chaque écoute du candidat, il fallait qu’il se reprenne pour rester fidèle à ses options politiques (il a fini par voter Bayrou !!). Et quand je lui ai demandé ce qu’il pensait du résultat, il trouve que nous avions eu tort d’être déçu car un score à deux chiffres à une présidentielle fait de votre candidat une « alternative durable ». Donc oui Mélenchon est bien l’homme nouveau de la vie politique en 2012 ! Or justement cet homme politique ne porte pas un projet personnel et providentiel mais une option politique alternative. Le problème (et désormais ce n’est que moi qui parle) c’est que le front de gauche n’est pas encore à la hauteur de ce qu’a signifié la candidature Mélenchon en avril dernier. On l’a vu aux législatives de juin et encore plus aux législatives partielles de décembre. Certes il y a un aspect du Front de gauche qui s’améliore :  à l’actif il y a son élargissement avec l’arrivée du courant Gauche Anticapitaliste (des militants expérimentés et formés issus du NPA) et des Alternatifs (au fond le premier courant écolo socialiste) ; il y aussi cette capacité de mobilisation comme on l’a vu dans la manif du 30 septembre contre le nouveau traité ultralibéral européen. On le voit aussi quand le Front de gauche se mobilise auprès de salariés en lutte comme on l’a vu dans ma région auprès des postiers ou des Sanofi. Côté passif on ressent une certaine paralysie nationale. Certes il y a des causes conjoncturelles et passagères à cette paralysie, par exemple le fait que le PCF soit en pleine période de Congrès. Mais à mon avis il y a une vraie discussion stratégique qui traverse le Front de gauche : Faut-il privilégier un positionnement de pression sur le gouvernement de gauche d’Ayrault et Hollande pour qu’il se réoriente plus à gauche ? Ou alors faut il en pointant les renoncements socio libéraux du gouvernement ouvrir une nouvelle perspective gouvernementale à gauche ? Ce débat stratégique traverse le Front de gauche et il est clair que le tournant libéral de l’automne (TSCG, budget d’austérité, hausse de la TVA, pacte de compétitivité, crédits d’impôts au capital sans contrepartie, réforme pour flexibiliser le marché du travail, hausse homéopathique du SMIC…) a dissipé les quelques illusions de l’été. Manifestement au Parti de Gauche dans nos instances nous avons fait le choix de l’alternative ; et c’est ce qu’affirme nettement la plateforme unifiée qui est sortie du dernier CN et qui est soumise à notre Congrès de mars. Il semble que la grande majorité des composantes du Front de gauche s’oriente vers cette issue. Et nous suivrons tous avec attention le Congrès de février du PCF sur cette question stratégique vitale pour l’avenir.

L’avenir du PG .

Le PG est l’innovation politique majeure à gauche en France depuis trente ans. Et pourtant le PG est né par défaut car ceux qui ont initié le PG étaient partisans d’un parti unique à la gauche du PS sur le modèle de Die Linke. Mais comme nos partenaires de gauche voulaient tout à la fois conserver leurs identités politiques (à commencer par le PCF) et faire alliance, la solution passait par la construction du Front de gauche : celui-ci a été initié dans les élections européennes de 2009 puis vu l’engouement qu’il a produit il a su traverser les échéances locales toujours délicates (des élections régionales en 2010 et cantonales en 2011) avant de prendre l’envol qu’on connaît dans la mère des batailles de l’élection présidentielle. Cette construction originale à la gauche du PS nous a amené à concevoir un Parti différent : d’abord par son nom qui laisse ouvert à toutes origines à gauche et il est vrai que nous nous y retrouvons d’origines diverses : anciens socialistes, anciens communistes, anciens trotskystes, anciens issus du républicanisme chevénementiste, ou anciens membres de partis écologistes, voire anciens anarchistes ou anarcho-syndicalistes, et très souvent sans appartenances politiques préalables syndicalistes ou militants associatifs ou laïcs ou tiers mondistes qui voient la nécessité d’un engagement politique ; ensuite ces origines différentes ne sont pas dans le PG des identités auxquelles nous nous accrochons et bien au contraire en nous définissant comme un parti creuset nous cherchons à reprendre ce qu’il y a de meilleur dans toutes ces traditions pour définir un horizon émancipateur et révolutionnaire pour le temps présent ; enfin parce que justement nous sommes partisans d’un parti unique à la gauche du PS pour nous le PG est transitoire, ce n’est pas une fin ce n’est qu’un moyen et qu’une étape.  Cette méthode a marché : lors du premier congrès en février 2009 nous étions 3500 (et 80 dans le 34) puis lors du 2ème congrès au printemps 2011 nous étions 6000 (dont 140 dans le 34) et fin décembre 2012 en adhérents à jour de leurs cotisations nous sommes plus de 12 000 en France et plus de 350 dans l’Hérault et plus de 700 dans la région Languedoc Roussillon. Cette progression est extraordinaire et significative.

Cela nous oblige à deux choses à mon avis : une concerne le fond de notre programme et l’autre concerne la forme parti elle-même. Le programme : le PG a été à l’initiative de deux éléments programmatiques essentiels qu’il lui faut approfondir.  D’une part le concept de révolution citoyenne qui contient la forme que peut prendre l’émancipation contemporaine qui doit mêler à la fois mobilisations sociales et participation électorale en s’inspirant des modèles sud américains ; la révolution citoyenne réunifie l’exigence démocratique sur le plan politique et l’émancipation sur le plan social ; Elle inspire tous nos actes. Or dans ce domaine nous restons trop souvent au slogan et il faut apprendre à tous les échelons (nationaux comme locaux) à lui trouver des traductions précises qui mettent en œuvre cette radicalité concrète qui la caractérise.  Le deuxième concept essentiel est celui de « planification écologique » qui nous permet aujourd’hui de redéfinir un projet socialiste pour le 21ème  siècle : l’écosocialisme. On aura l’occasion d’y revenir puisqu’après le succès des assises nationales de l’écosocialisme le 1er décembre nous préparons des assises régionales à Clermont l’Hérault le 26 janvier 2012. La deuxième obligation concerne la forme parti : car cette forme parti  est à la fois indispensable et en même temps à dépasser. Indispensable car sans cette organisation en parti nous n’aurions rien pu faire car nous aurions été dépendants des puissants. Le parti est une condition de l’indépendance et donc de notre liberté. Mais en même temps il nous faut savoir dépasser cette forme. Sans le savoir nous véhiculons encore des formes d’organisation du passé qui sclérosent la vie politique.  Cet apprentissage d’un nouveau système partisan émancipateur ne se fera pas en un jour mais il faut toujours l’avoir à l’esprit. J’aurai l’occasion d’y rentrer en détail dans la préparation de notre congrès ;  mais juste une remarque : quand nous avons un débat interne faisons le en imaginant qu’il est public et que tout le monde peut  nous voir et nous entendre. Nos paroles doivent être claires et compréhensibles de tous. Cette façon ouverte de nous construire est vitale et conditionne le fond programmatique comme la stratégie. Avec un parti de plus de 12 000 le PG est à l’épreuve de la maturité où il doit à la fois conserver son élan révolutionnaire et s’assurer de son efficacité dans l’action. Et cela il doit le faire en gardant au cœur du Front de gauche sa perspective de l’unité de l’autre gauche capable d’offrir une alternative gouvernementale à la soumission socio libérale.

Deux mots sur Dolez. Il est effectivement triste de le voir partir. Mais cela ne m’étonne guère. On ne l’a guère entendu depuis les débuts du PG et nous avions eu l’occasion de l’accueillir à Montpellier en février mars 2011 et j’avais ressenti chez lui déjà une crainte que le PS nous fasse payer notre indépendance en se reportant mal sur nous au second tour. Bref sa réélection semblait passer avant notre indépendance politique. Ce qu’il affirme dans sa tribune à Libération est le contraire de ce que défend le PG et notamment ce que j’ai développé ci-dessus. Il est donc normal qu’il s’en aille. Simplement il aurait mieux valu qu’il le dise avant que le PG lui donne l’investiture ! et qu’il se fasse réélire en toute clarté sur ses bases. Cela est d’autant plus dommage qu’au moment même où il quitte le PG des élus socialistes régionaux du Nord quittent le PS et rejoignent le PG pour former un groupe au conseil régional avec des élus écologistes en rupture avec EELV. Cela m’amène au mandat d’élu local qui est le mien.

Maire et conseiller de l’Agglomération de Montpellier : respecter le mandat du peuple !

Pas ici de compte rendu de mandat car ce n’est pas le lieu dans ce blog personnel, mais juste partager une analyse et un sentiment. J’ai été élu maire de ma commune de 6000 habitants en 2008 sur une liste citoyenne qui certes avait l’investiture des partis de gauche mais qui était avant tout soudée par son projet ; et depuis je ne me pose qu’une seule question à toutes les étapes de ce mandat : rester fidèle à appliquer le mandat que les électeurs m’ont donné en votant pour notre programme, ce qui semble être une exigence impérative. J’applique avec scrupule ce programme qui soude mon équipe quelque soit la diversité de ses origines ou ses différences politiques et philosophiques A chaque nouvelle étape se présentant, je lui soumets la question. Et quand il m’est arrivé de l’oublier elle ne manque pas de me le rappeler. Et pour moi cela est une force. La preuve : lorsque l’un des élus de mon équipe a pris prétexte de ma participation à la création du PG fin 2008 pour rompre avec cette liste il est parti…seul ! Et pour cause puisque y compris lui-même reconnaissait que je restais fidèle au mandat reçu par le peuple. Ce beau mot de « mandat » donne tout son contenu à la fonction d’élu et c’est sous cet angle – le respect du mandat – que les citoyens doivent exercer le contrôle permanent le plus vigilant des élus.

Je ne m’étendrais pas ici sur l’exercice de la mandature de maire car j’aurai l’occasion d’y revenir. Ici je voudrai dire un mot sur mon mandat de délégué à l’Agglomération de Montpellier. Je rappelle d’abord que c’est un mandat indirect et non pas directement issu du vote populaire. C’est le conseil municipal qui m’y a élu (à l’unanimité d’ailleurs !) et je ne manque pas de rappeler cet aspect indirect régulièrement au conseil d’agglo et ce rappel d’un certain déficit démocratique ne manque pas d’en énerver plus d’un. Naturellement je ne défends au conseil d’agglo que des positions qui ont l’assentiment de ma majorité municipale. C’est une forte contrainte mais une contrainte démocratique créatrice. J’y ai le sentiment parfois d’être un des rares à fonctionner ainsi ! Or ces deux derniers mois l’Agglomération de Montpellier a traversé des turbulences où j’ai été amené en accord avec ma majorité municipale à marquer ma différence :

1) Refus de cette ostentatoire et dispendieuse campagne de promotion de la marque « Montpellier Unlimited »  (avec toujours inscrite à côté le nom du président de l’agglo) ; je n’acceptais pas qu’on transforme Montpellier en marque comme une savonnette ou un hamburger ; j’ai été le premier à dénoncer cela et j’ai été suivi à l’unanimité par mon Conseil Municipal. Mais derrière il y a plus : car cette opération relève d’une stratégie de compétition entre les territoires présentée comme l’Alpha et l’Omega de la croissance et de l’emploi. Je refuse cette logique de la compétitivité territoriale et lors des élections locales de 2014 et 2015 il faudra être porteur d’un projet alternatif à celui là en prônant la coopération entre les territoires fondée sur la relocalisation des activités et la solidarité

2) Refus de la hausse d’une fiscalité locale particulièrement injuste qu’il s’agisse des cotisations payées par les petites entreprises alors que celles des grosses diminuent et surtout refus de la hausse de la taxe d’habitation, impôt particulièrement injuste qui frappe les plus modestes beaucoup plus fort que les autres. Les collectivités locales doivent exiger la réforme fiscale nationale au lieu de se rabattre sur leurs populations.

3) Défense du service public pour la gestion des biens communs. J’ai déjà marqué mon opposition en votant contre la privatisation du service funéraire ; Et maintenant nous allons nous engager dans la campagne pour la mise en place d’une régie publique de l’eau à l’échelle de l’agglomération puisqu’elle a récupéré cette compétence. Là nous sommes heureux d’accueillir le 12 février prochain avec le collectif « eau secours 34 » mon camarade Gabriel Amard, président de la Communauté d’Agglomération des lacs de l’Essonne et qui a organisé le retour de l’eau en régie publique. Ce dossier va être au centre des débats locaux des prochains mois.

Il ya d’autres sujets sur lesquels on aura l’occasion de revenir mais sur ce blog politique personnel je ne cherche pas du tout à rendre compte de mon mandat mais simplement à montrer comment une stratégie nationale de radicalité concrète peut trouver des traductions vivantes et directes dans l’exercice d’un mandat local.

Lectures de fin d’année.

Quand ma femme m’a vu prendre plein d’ouvrages de Rousseau pour partir quelques jours en congés, elle s’est foutue de moi : « Tu repasses ton bac philo ? ». En effet j’ai été pris d’une envie irrépressible de relire le sublime Jean-Jacques. Lors de mes 17 ans (il y a bientôt cinquante ans !) c’est Rousseau qui m’a mis sur la voie qui fut ensuite la mienne jusqu’à ce jour. C’est lui qui m’a débarrassé définitivement de cette obsession du péché originel que toutes les religions du Livre cherchent à faire peser sur chaque conscience individuelle, puissante opération de soumission des consciences à l’ordre du monde. Pour moi ce fut un jour lumineux de novembre 1965 lorsque  la lecture de Rousseau m’a fait clairement comprendre que nous n’avions aucune responsabilité mais que la société portait elle cette responsabilité et que ce que nous devions faire c’était d’œuvrer à changer la société des hommes. J’ai un souvenir quasi physique de cette expérience de lecture adolescente et cela fait des années que je m’étais juré de relire Rousseau ; m’apercevant que l’année du tricentenaire de sa naissance allait se terminer (heureux chambériens qui ont eu tout le loisir de l’honorer cette année avec de multiples rendez vous culturels !) sans que je n’honore cet engagement de relecture alors je suis parti avec le Contrat social, Emile, le discours sur l’origine de l’inégalité et quelques autres textes (vous vous rendez compte : j’ai même emmené la Belle Héloïse malgré le sentiment d’ennui que ce texte m’avait procuré en son temps surtout sa deuxième partie). Bref je vous raconterai peut être ce qu’a donné cette cure hivernale de Rousseau.

Mais ne vous en faites pas j’ai aussi pris  d’autres ouvrages ; en sciences sociales je viens de finir « la crise qui vient » de Laurent Davezies qui montre bien les effets différenciés de la crise actuelle selon la structure économique des territoires et il souligne notamment les effets de la baisse des dépenses publiques sur les territoires qui vivent le plus de la redistribution sociale et républicaine. C’est une mine de réflexion pour redéfinir une nouvelle politique d’aménagement du territoire.  Je me fixe maintenant la lecture du dernier ouvrage de l’anthropologue génial Alain TESTART : « Avant l’histoire. L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac » (chez Gallimard) ; ne croyez pas que je fuis mon temps pour me réfugier dans la préhistoire ! En étudiant l’évolution des premières sociétés humaines Testart interroge l’évolution des sociétés humaines en général. J’ai adoré les textes précédents d’Alain TESTART soit ses textes anthropologiques sur le néolithique soit sa thèse en  épistémologie des sciences sociales que je partage totalement (et à laquelle j’avais consacré une partie d’une note en février 2011); je ne manquerai pas de vous en rendre compte. Par ailleurs je reste fidèle à mes refuges habituels : un roman (« Léon et Louise » par Alex CAPUS chez Actes Sud) et bien sûr quelques perles poétiques sans lesquelles j’étouffe.

Bon j’ai été trop long et je vous souhaite à tous une bonne fin d’année et profitez en bien avant que le début de l’année 2013 nous happe dans son tourbillon.

René REVOL

La petite musique du « modèle espagnol »

Note du 26 novembre

Une petite musique commence à s’entendre dans les cercles patronaux et bancaires quand on suit un peu les notes publiées par leurs économistes aux ordres. C’est le retour du « modèle espagnol ». non pas celui qu’on nous vantait il y a une dizaine d’années où l’Espagne nous était montrée comme  l’exemple à suivre avec sa forte croissance fondée sur l’immobilier et le crédit facile joint à une forte dérèglementation et une restriction du déficit public… Si on ressortait ce que ces messieurs disaient à l’époque cela ferait mal car ce modèle en question a débouché sur une catastrophe économique et financière entraînant la plus forte récession qu’ait connue l’Espagne moderne avec son cortège de misère et de chômage. Non ce n’est pas de cela dont on nous parle aujourd’hui. L’Espagne serait un exemple de redressement de la compétitivité. Voyons cela de plus prés.

D’abord il est peut être utile de définir avec précision ce terme. En effet l’autre soir dans un Conseil d’agglomération de Montpellier où l’on dissertait sur « le redressement de la compétitivité de notre territoire » j’ai demandé à quelques élus de différents bords ce que c’était la compétitivité et j’ai eu des réponses pour le moins vagues : « le dynamisme » « le bonus » « la vigueur » « le muscle » « la productivité » et même « la vitesse d’adaptation »….la preuve que nos élites locales vivent dans une sorte de charabia cotonneux. La compétitivité a un sens très précis : il s’agit des parts de marché d’un produit, d’une entreprise, d’une branche. Elle s’améliore quand je prends des parts de marché nouvelles et elle se détériore quand j’en perds. Donc  redresser la compétitivité d’un pays c’est lorsque son économie marchande conquiert des parts de marché nouvelles que ce soit sur son marché interne ou sur l’export. On distingue généralement deux leviers de la compétitivité : d’une part la compétitivité prix, lorsque je conquiers des marchés par des prix plus bas que mes concurrents, et d’autre part la compétitivité hors prix lorsque je conquiers des marchés par d’autres moyens que le prix : la qualité du produit, l’innovation…baisser les prix et donc les coûts et innover sont donc les ritournelles qu’on nous ressert quand on parle de compétitivité.

Aujourd’hui l’Espagne redresserait sa compétitivité et cela serait un exemple pour l’Europe. Et quand on nous en parle ce n’est pas de l’innovation qu’on nous parle mais de la baisse des prix relatifs espagnols ; or cette baisse est due à trois phénomènes directement issue de la récession imposée à l’Espagne par les dirigeants européens et espagnols :
1) la montée massive du chômage (25% de la population active est sans emploi, un record !) ce qui fait baisser la masse salariale totale et surtout permet de faire pression à la baisse des salaires ;
2) lié au phénomène précédent la renégociation à la baisse des salaires dans les entreprises avec un chantage à l’emploi
3) la baisse des cotisations sociales et donc de la protection sociale en général.
Bref l’application du rapport Gallois avant la lettre par une baisse massive du coût du travail ce qui entraîne la baisse des prix relatifs des produits fabriqués. Remarquons au passage qu’il ne s’agit ici que de la compétitivité prix et qu’on est loin de tout effort dans l’innovation. Avec des prix plus bas l’industrie espagnol piquerait des marchés aux français et même aux allemands. Et il faudrait qu’on suive leur exemple. Renault ne s’y est pas trompé en annonçant la création d’une usine en Espagne tout en commençant un chantage en France pour limiter les salaires. On ajoute à cela « regardez le commerce extérieur de l’Espagne se redresse ». Mais cela n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. En effet si d’un côté l’Espagne arrive à maintenir un niveau d’exportations identique grâce à la baisse  de ses prix relatifs, c’est l’effondrement des importations qui fait que le solde s’améliore, or cette chute des importations est due à l’effondrement de la demande : chute du pouvoir d’achat, mois d’achats , misère, chômage, chute des investissements …tout cela serait bon pour le redressement. Non le modèle espagnol est un leurre.

On commence à le ressentir dans notre région. Un entrepreneur du bâtiment nous a confié qu’il voyait arriver sur les chantiers de plus en plus d’ouvriers qualifiés espagnols : charpentiers, menuisiers, carreleurs, plaquistes, électriciens, plombiers….les chantiers étant à l’arrêt en Espagne ils viennent travailler de manière tout à fait légale en Languedoc.  Cela est normal dans notre région mais ce qui l’est moins c’est leur nombre croissant et le fait que les employeurs payent ces braves gens au minimum, ce qu’ils acceptent bien entendu, exerçant ainsi une pression à la baisse sur des salaires locaux dans un gros secteur de la région (où en même temps les mises en chantiers ont reculé de 50% en un an).

Ce soit disant « modèle espagnol » c’est la relance par la baisse du coût du travail en rendant l’offre productive plus compétitive. C’est toujours le même modèle depuis le milieu des années 80 théorisé à l’époque par ceux qu’ont appelé les « économistes de l’offre » désignant ainsi la nouvelle doxa dominante néolibérale.  L’objectif est de croître économiquement en contraignant sa demande interne et en gagnant des parts de marché sur la demande externe ; bref d’avoir comme seul moteur de la croissance les exportations mais en contraignant les moteurs de la demande interne : consommation et dépenses publiques en souhaitant que les investissements des entreprises reste dynamique par la hausse des exportations et la hausse de la part du profit dans la valeur ajoutée au détriment du salaire.  Cela a commencé chez nous par la fameuse stratégie de la désinflation compétitive. Déjà le bilan de cette stratégie sur prés de vingt cinq ans d’expérience est particulièrement calamiteux. Elle n’a pu durer qu’à deux conditions : 1) que dans sa zone commerciale la demande interne des autres pays  continue à se développer. C’est ainsi que l’Allemagne a pu se développer grâce à la demande interne croissante des pays du sud de l’Europe. Le développement des pays émergents fut aussi le moteur des exportations. Ce ne peut plus être le cas de nos jours où la récession frappe tous les pays. Dans un tel contexte la hausse de la compétitivité se transforme en lutte à mort pour prendre des parts dans des marchés qui se  rétractent. 2) la deuxième condition de cette croissance consistait à compenser la baisse du pouvoir d’achat par une hausse du crédit privé comme public. Après la crise du crédit privé en 2008 et celle de la dette publique depuis 2010, cette variable d’ajustement s’est épuisée. Le modèle « Gallois » ou « espagnol » nous mène en 2013 à une exacerbation de la concurrence et plus de récession.

Or c’est exactement là où nous mène la politique désormais clairement assumée par Hollande et son gouvernement. Après les trois premières étapes de cet automne : 1) adoption de la règle d’or austéritaire du TSCG ; 2) présentation d’un budget d’austérité augmentant la pression fiscale sur le grand nombre, pas seulement les riches, puis la baisse des dépenses publiques ; 3) la rapport Gallois qui acte la recherche de la compétitivité par la baisse du coût du travail notamment en transférant le financement de la protection sociale des entreprises vers les ménages via la CSG et la TVA ; mais aussi en introduisant le crédit d’impôt généralisé pour les entreprises, qui plus est sans contrôle.  L’hiver va commencer par la « réforme «  du marché du travail avec la flexibilité qui passe par la remise en cause du CDI, clairement demandé par le patronat dans les négociations en cours.

Comme nous l’avions publiquement défendu dans nos meetings du 14 novembre : une autre politique est possible et crédible comme le démontre notre contre-budget (que je vous invite à diffuser largement) et le Front de gauche propose une majorité alternative en proposant aux écologistes et à la gauche du PS de former le support d’une alternative à l’impasse dans laquelle on s’enfonce.

René Revol.

Voilà où nous mène la baisse du coût du travail : Dimitri témoigne.

Note du 19 novembre 

Le 14 dernier les syndicats européens ont tenu leur rôle de défense des intérêts des salariés en appelant à une mobilisation dans 21 pays en même temps et à la grève générale dans quatre d’entre eux. Le caractère limité mais déterminé de la mobilisation en France ne doit pas nous cacher l’importance historique de cette première : une action européenne unique. L’ampleur de la régression sociale à l’œuvre dans l’Europe du sud provoque la stupeur. Plus que de longs discours visionnez l’intervention de Dimitri de retour de Grèce au meeting du PG à Montpellier le 14 mars au soir.

Dimitri avait déjà fait un témoignage à l’assemblée citoyenne de Grabels en décembre 2011, témoignage qui avait eu un large succés sur la toile. Faites de même avec celui-ci et envoyez le à votre carnet d’adresse !

Vous pouvez aussi voir l’intégralité du Meeting du Parti de Gauche :  » A bas l’austérité ! », du 14 novembre 2012 à Montpellier

René Revol

Forte déconnexion entre la base et le sommet

Note du 14 octobre

Conférence TSGC – 18 octobre 2012

L’assemblé Nationale et le Sénat ont donc adopté le traité européen et la loi organique qui pérennisent l’austérité à perpétuité. Outre que c’est une forfaiture, cela ne clôt en rien l’affaire. D’abord tous les pays ne l’ont pas encore adopté ; ensuite sa mise en œuvre va se heurter à de multiples obstacles politiques, économiques et sociaux ; enfin l’avancée inexorable de la récession en Europe ne va pas manquer de provoquer fissures et craquements de tous ordres qui risquent bien de mettre à bas tout l’édifice. J’aurai l’occasion de revenir sur le fond lors du débat contradictoire qui m’opposera jeudi prochain à un responsable socialiste. Je tiens d’ailleurs ici à le saluer car il est le seul élu et responsable socialiste local qui ait accepté de débattre publiquement du traité. Cela ne m’étonne pas car j’ai toujours eu du respect pour Max LEVITA avec qui j’entretiens des rapports cordiaux. Nous n’appartenons pas à la même culture politique : il vient de celle de la deuxième gauche – rocardienne puis social-libérale, je suis de celle de l’autre gauche, qui prône la rupture avec le capitalisme. Si nous nous opposons souvent, j’apprécie son honnêteté intellectuelle et sa correction dans l’échange des arguments. Pour la qualité du débat, gageons qu’il en sera de même jeudi prochain.

La voie de l’austérité choisie par les dirigeants européens commence à trouver de plus en plus de contradicteurs dans leur propre camp. Le FMI lui-même s’inquiète de voir l’Europe rajouter de l’austérité à la récession en cours. Le contre sens économique est désormais souligné par de larges cercles, d’autant que devient visible leur peur de l’explosion sociale qui peut en résulter. Les citoyens quant à eux sont en train de décrocher : ils ne croient plus aux sornettes austéritaires. Cela atteste que nous avons eu pleinement raison d’organiser la manifestation nationale du 30 septembre à Paris contre le traité et l’austérité : sa puissance et sa détermination comme son caractère unitaire ouvrent la voie à la résistance populaire. On a pu le vérifier ces derniers jours, notamment à Montpellier, dans la mobilisation exceptionnelle de Sanofi. Les salariés étaient plus de 800 jeudi dernier dans les rues de la ville unis derrière leur intersyndicale pour réclamer le retrait du plan de suppression d’emplois ; ils manifestaient, au lendemain de la déclaration honteuse de Montebourg validant le plan social, une grande détermination. Cette mobilisation de Sanofi fait bouger les lignes ; cela permet de populariser la nécessité d’une loi interdisant les licenciements boursiers (dans les entreprises qui font des profits). Sanofi en est de ce point de vue une parfaite illustration avec en 2011 8 milliards de bénéfices sur un chiffre d’affaires de 33 milliards, soit le taux de profit astronomique de 24% ! La rapacité de ses dirigeants les conduit à liquider un pan entier de la recherche sur le médicament.

Si le Front de gauche a pu être il y a quelques mois un peu isolé en réclamant une loi interdisant les licenciements boursiers, la mobilisation Sanofi a vu cette exigence devenir largement majoritaire. Non seulement les salariés ont repris cette revendication mais on a vu à l’initiative des élus Front de gauche toutes les collectivités locales (Montpellier, département, agglomération, région…) voter des vœux dans ce sens… à l’unanimité ! C’est un formidable point d’appui pour exiger que les députés votent cette loi au plus vite. Lors du meeting des Sanofi à Montpellier, les manifestants ont copieusement hué la députée PS de la ville pour avoir tenté de manière hautaine et cassante de défendre la direction de Sanofi. Après les positions claires et nettes des élus du Front de gauche (Claudine Troadec pour le PCF, Francis Viguié pour la GA, et moi-même pour le PG) il est à noter qu’Hélène Mandroux, Maire de Montpellier, a elle aussi appelé de ses vœux au vote d’une telle loi. Se retournant vers ces deux consœurs socialistes députése, elle leur lança devant une foule ravie « Bougez-vous ! les députés ! ». Mais seuls les élus du Front de gauche étaient à même d’offrir aussi une perspective industrielle en proposant l’intégration de Sanofi dans un vaste pôle public du médicament. Au pouvoir nous pourrions immédiatement la mettre en œuvre.

En se soumettant au carcan néolibéral du dispositif européen dont l’objet est d’empêcher la souveraineté populaire de s’exercer, le gouvernement Hollande – Ayrault est aspiré dans une spirale infernale, dont les effets agissent beaucoup plus vite que prévu. Reflet déformé de ce qui se passe dans les profondeurs de la population, le vote interne qui vient de se dérouler au PS prend à contre-pied ses dirigeants : avec d’une part une abstention de masse, d’autre part la poussée des courants de gauche.

La large victoire de Chavez contre le candidat unique de l’alliance de la social-démocratie, de la droite et de l’extrême droite avec un taux de participation de 80% est un formidable encouragement. Dés lors qu’on s’appuie sur le peuple et qu’on fait droit à ses intérêts, en prenant aux riches pour financer la santé gratuite, faire reculer l’analphabétisme, éradiquer la pauvreté…, la force du peuple qui se met en mouvement balaie toutes les combinaisons politiciennes.

En tenant compte d’un contexte certes différent, le Front de gauche doit s’en inspirer. Indépendant du PS et donc libre de ses décisions, intransigeant contre la droite et l’extrême droite, fidèle à son programme de rupture, présent dans la mobilisation sociale et par son expression politique, le Front de gauche peut devenir le recours politique dont notre peuple a besoin.

Attelons-nous à cette tâche avec méthode.
René Revol.

De GRABELS à PARIS (suite)

Note du 24 septembre 2012

Une belle fête à Grabels le 22 septembre pour les 220 ans de la République.

Vous pourrez vous faire une petite idée de ce rendez vous en regardant les vidéos suivantes. Accompagné par une magnifique fanfare (« la grosse couture ») et clos comme de coutume par un spectacle de cirque, la journée politique a été bien fréquentée entre les discours du vin d’honneur municipal, les 120 repas distribués au banquet républicain et le débat de l’après midi avec Eric Coquerel  sur le thème « Europe et République », ce sont environ 200 personnes qui se sont rassemblées, alors qu’au même moment de très nombreux militants s’étaient mobilisés dans le Gard contre l’exploitation des gaz et huiles de schiste. Ce qui m’a frappé dans les débats et échanges de samedi à Grabels, c’est la maturité politique des participants et aussi le début d’une ferme détermination à agir, après un certain attentisme de l’été.


L’Association pour la république de Grabels fête le 220é anniversaire de la République Francaise, en présence de Eric Coquerel, Secrétaire National du parti de Gauche, qui anime un débat « Europe et République ».


Le débat, animé par René Revol et Eric Coquerel va porter sur les notions de République, de Citoyenneté, de Nation et de supranationalisme, d’Europe,de monnaie….

La montée en puissance du refus du traité

L’offensive menée par le Front de gauche contre le traité et pour un référendum commence à porter ses fruits. Le fait que la direction nationale d’EE les Verts aient opté à 70% pour le Non est un évènement majeur qui ouvre une brèche dans le consensus mou gouvernemental et qui va rendre encore plus crédible la recherche d’une autre issue. Au sein du PS lui-même les doutes grandissent. Dans les débats menés avec les dirigeants socialistes (en tout cas avec ceux qui acceptent le débat) les arguments utilisés sont faibles et portent de moins en moins : d’abord l’argument pour dire « ne faites pas le jeu de la droite » peut difficilement être maintenu par ceux qui s’apprêtent à voter avec la droite un texte élaboré par Sarkozy et Merkel ; ensuite, on nous dit que le traité est une formalité et que l’important est la politique mise en œuvre, or les gens justement voient que Hollande vient de se lancer dans un plan d’austérité pour 2013 de 30 milliards d’économies (37 milliards vient de préciser Ayrault en y ajoutant les 7 milliards ajoutés par son gouvernement pour la fin 2012) ; ce plan d’austérité est le plus important jamais fait en France et en plus pour atteindre en 2013 un déficit de 3% du PIB (qui d’ailleurs ne sera pas atteint car fondé sur une hypothèse de croissance de 0.8 jugée irréaliste par TOUS les économistes). Au moment où on voit les dégâts causés par un retour au 3%, on voudrait nous faire croire qu’avec le Traité ce serait mieux alors que celui-ci prévoit que les déficits ne doivent jamais dépasser 0.5%, avec de surcroit des sanctions automatiques  en cas de dépassement. Enfin ces derniers jours est revenu l’antienne de « sauvons l’euro » ou « être contre le traité c’est vouloir sortir de l’euro »….Cet argument passe de moins en moins car trop resservi depuis quatre ans où on nous joue tous les six mois le jeu du quitte ou double de l’Euro et de l’austérité. Bref les esprits sont en train de s’interroger et c’est le moment de diffuser documents et arguments. Les bouquins de Mélenchon et de Laurent, ceux des économistes atterrés, le très pédagogique numéro spécial de A gauche dont vous pouvez demander  des exemplaires en nombre, les vidéos, les sites ….Bref nous ne manquons pas de matériaux pour dire que ce traité et l’austérité qu’il systématise est :

1 – un non sens économique : alors que le début de récession dans tous les pays développés éteint les moteurs de la demande privée (consommation, investissement, exportations) il est stupide d’étouffer la demande publique par des économies drastiques. Lisez les derniers bouquins de Krugman ou Stiglitz qui ne sont ni socialistes ni révolutionnaires : ils n’ont pas de mot assez durs pour stigmatiser un tel aveuglement, qui ne s’explique pour eux que par une soumission aux diktats de la finance.

2 – Une injustice sociale, car ce traité ne vise qu’à faire payer par les peuples la crise du système financier. Que pèse la nouvelle tranche à 75% sur les plus riches (déjà présentée comme provisoire) face à la baisse des pensions et des salaires, la hausse de l’âge du départ ou l’hémorragie des services publics d’éducation et de santé. Chacun voit bien en Grèce ou en Espagne qui paye la crise : la jeunesse, le salariat, les artisans, les petits retraités… La misère sociale ne peut que s’accroître sous les effets de la politique d’austérité généralisée qui sera gravée dans le marbre du traité.

3- Un déni démocratique, d’une part parce qu’on se garde bien de demander au peuple de trancher et d’autre part parce que ce traité vise à dépouiller complètement les Etats nationaux et leur représentation élue de tout pouvoir budgétaire. Par différents mécanismes qui sont bien expliqués dans les références ci-dessus tous les pouvoirs vont se trouver concentrer dans des instances non élues : la Commission et la Cour de justice de l’Union (dont la jurisprudence ultra libérale fait craindre le pire).

En conséquence la mobilisation pour la manifestation du 30 septembre est essentielle. Je serai dans le train qui part de Montpellier à 7h24. Vous trouverez encore quelque places sinon faites comme ces jeunes croisés samedi qui mettent en place des covoiturages. Bref la démonstration de force du 30 est importante.

Un rapport de force qui se joue dans les mois qui viennent

Notre manifestation va participer de quelque chose de plus large : le rapport de force à l’échelle de l’Europe comme du pays entre capital et travail. Il y a quelques jours une information intéressante est passée dans les journaux patronaux. Il était souligné la baisse sensible des salaires et donc pour eux du « coût du travail » en Grèce ; et ces articles remarquaient que si les 9 plans d’austérité successifs depuis trois ans n’avaient pas réussi à faire baisser le déficit (puisque celui-ci et la dette sont plus importants qu’avant la crise) ils avaient néanmoins permis de faire baisser les salaires et de modifier le fonctionnement du marché du travail. L’enjeu central de la confrontation actuelle est bien souligné. Il en va de même chez nous lorsque Parisot à l’assemblée du MEDEF (où tant de ministres se sont précipités !) a souligné le caractère essentiel de « la réforme du marché du travail » et de la maîtrise du coût du travail. De ce point de vue Hollande a été clair : soit les partenaires sociaux s’entendent soit le gouvernement tranchera d’ici la fin de l’année….et ce qu’on entend a de quoi nous inquiéter notamment la remise en cause du CDI. Bref quelle que soit l’issue parlementaire de début octobre sur le traité notre grande mobilisation du 30 septembre participe de la construction d’un rapport de force favorable au travail dans les mois décisifs qui s’annoncent.

René Revol.

De GRABELS le Samedi 22 à PARIS le Dimanche 30 !

Note du 17 septembre 2012.

Je vous invite tous à participer le samedi 22 septembre à la désormais traditionnelle Fête de la République de Grabels. A cette occasion nous fêterons le 220ème anniversaire de la proclamation de la première République le 22 septembre 1792. Nous avons initié cette fête peu célébrée en France il y douze ans avec mon amie grabelloise et toujours fidèle au poste, Nicole BELLARD. En 2000 quand nous l’avons lancé nous avons subi certains railleries sur la ringardise de fêter la république ; d’année en année elle s’est installée dans le calendrier et désormais une partie de la journée est organisée de concert avec la municipalité.

Ce qui explique ce succès est cette idée-force : il n’y a pas de projet républicain qui ne se réalise sans tension. Les principes au fondement de la République, proclamés par les révolutionnaires de 1789, ont été par le passé et le sont toujours quotidiennement, bafoués par la société capitaliste. A l’occasion de ce rendez vous annuel nous recherchons dans ces principes républicains la source d’inspiration pour les combats contemporains contre les injustices et l’oppression.

En 1792 les aristocrates fuyaient à l’étranger pour combattre contre leur patrie, mais la victoire à Valmy fut gagnée le 21 septembre par le peuple et la république. En 2012, les puissants sont du côté des puissances internationales de l’argent et de la finance, là aussi contre leur patrie républicaine. En 1792 le Roi a tenté de fuir le pays avant d’être repris à Varenne. Aujourd’hui l’homme le plus riche de France, Bernard ARNAULT, envisage de fuir en Belgique pour échapper à son devoir fiscal.

En ce 220ème anniversaire, le thème choisi pour le débat est celui des rapports entre République et Construction Européenne. Notre invité d’honneur est Eric COQUEREL. Leader étudiant en 1986, président du MARS (Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale) en 2003, parmi les co-fondateurs du Parti de gauche en 2009 dont il est secrétaire national, il a contribué à cette extraordinaire innovation politique qu’est le Front de gauche. Vous pourrez acheter à la Fête l’ouvrage qu’il vient de faire paraitre : Au cœur du Front de gauche. A la veille du débat parlementaire et de la grande manifestation du 30 septembre, il introduira samedi prochain un débat au cœur de nos préoccupations et nul doute passionnant.

Voici le déroulé de la journée de Samedi 22 septembre à Grabels :
12h : accueil en musique dans la cour des anciennes écoles au centre du village. 12h30 : Apéritif municipal et prise de parole. Outre moi-même qui accueille en tant que Maire de la commune, sont annoncés : Monique PETARD, conseillère générale, Christian ASSAF, nouveau député PS de la circonscription et bien sûr notre invité Eric COQUEREL.
Nous rendrons un hommage à notre amie et camarade Marie-Jo Suarez, récemment disparue.
13h-14h30 : banquet Républicain (inscrivez vous à l’adresse suivante : feterepublique34790@yahoo.fr ou tél. 06 22 37 14 94.
15h : Grand débat public « République et Europe » introduit par Eric Coquerel.

La fête de la République est l’occasion depuis des années d’offrir un spectacle de clowns et de magiciens, c’est devenu une tradition du village. Outre une fanfare très singulière, un marionnettiste… vous aurez l’occasion d’apprécier cette année un clown rock assez exceptionnel qui se produira à 18h dans la Cour Charles Flottes derrière la mairie.

En espérant vous retrouver nombreux samedi prochain.

Dans ma prochaine note je vous ferai un compte rendu précis de ce rendez vous (si possible avec une ou deux vidéos) et je m’appesantirai un peu plus sur les raisons qui doivent nous amener à refuser le nouveau traité d’austérité. Car le 30 septembre je vous appelle à participer les plus nombreux possible à la grande manifestation nationale contre l’austérité et le traité Merkozy.

Rentrée dure, réponse molle !

Note du 25 août 2012.

Avant de développer ma chronique politique de rentrée en cette fin d’août je voudrais répondre à plusieurs d’entre vous qui m’ont écrit pour regretter que je ne parle plus sur ce blog de mes lectures personnelles comme je le faisais encore il y a un an ou deux. Je m’excuse donc d’avoir laissé l’urgence politique et sociale envahir ce blog et je répare cet oubli à la fin de cette note en vous livrant mes réflexions sur mes lectures de l’été, avec une petite perle littéraire qui m’a enchanté.

Oui la rentrée est dure : j’ai repris mes rendez vous en mairie avec la population et je peux vous assurer que l’enthousiasme olympique n’a pas fait disparaître les angoisses. Il ya d’abord cette contraction du pouvoir d’achat avec d’un côté des salaires en berne (et c’est souvent par la suppression des primes que le revenu baisse) et de l’autre des prix qui montent : le prix de l’essence, celui de l’électricité, les quittances de charges arrivent avec toujours une hausse…certains ménages où il y a pourtant deux emplois ne voient pas comment ils vont pouvoir assurer les frais de rentrée. J’ai notamment rencontré un couple (infirmier et aide soignante) qui était tout fier que son grand garçon ait réussi à rentrer dans une bonne filière professionnelle mais c’est loin et il y a beaucoup de frais. Ils voulaient renoncer. J’ai mobilisé tout ce que j’ai pu car je ne supportais pas que ce jeune voit son avenir bouché. Mais pour un cas résolu, combien de renoncements ailleurs ! Et puis la montée du chômage et de la précarité est très sensible cet été : il y a d’abord les licenciements. Quand on voit que dans le fleuron pharmaceutique de Montpellier SANOFI on programme 200 suppressions d’emplois alors que l’entreprise a fait des profits record on a de quoi enrager. Mais ce qui est surtout visible dans notre région ce sont les effets des fins de contrat d’intérim et les CDD non renouvelés. Dans beaucoup d’entreprises c’est la variable d’ajustement : fin d’intérim et fin de CDD ça ne se voit pas. Par contre cela gonfle la liste d’attente des chômeurs. Cela touche aussi l’éducation nationale où de nombreux emplois aidés n’ont pas été renouvelés en juin; des emplois hautement qualifiés sont également concernés comme on l’a vu au CNRS où après avoir multiplié les CDD de chercheurs ceux-ci ont été remerciés. Quant à la rentrée scolaire, il ne faut pas s’attendre à une baisse des effectifs dans les classes ; comment voulez vous que la petite bouée d’oxygène des 1000 postes puisse compenser les 70 000 postes supprimés par Sarkozy en 5 ans ? La situation va vite être tendue dans de nombreux établissements. Je pourrais continuer la liste avec la santé, le logement, la baisse des moyens dans le secteur culturel….bref la rentrée sera dure.

Réponse molle. Quant à la réponse de Hollande elle est bien molle. Si on regarde les salaires, la conférence sociale n’a rien donné et le coup de pouce au SMIC fut presque ridicule ; le lobbying patronal a joué à plein et il a porté ses fruits. Allocations familiales et minima sociaux ne bougeant pas, on aura finalement obtenu que la hausse de 25% de l’allocation de rentrée scolaire c’est-à-dire autour d’une trentaine d’Euros versés en une seule fois. Ce n’est pas comme ça qu’on redressera le pouvoir d’achat. D’autant que rien n’est fait pour bloquer les prix : la valse hésitation sur le prix de l’essence pour finir par une baisse des taxes sans toucher au prix pétrolier, la mesure va s’avérer cosmétique. Là aussi le lobby pétrolier a joué à fond et a gagné ; il est vrai que ce lobby était enhardi par ses succès précédents sur les forages en Guyane (où il a quand même eu la peau d’une ministre) ou sur les gaz de schiste où selon les ministres on ne sait plus quelle est la position du gouvernement. Quant au front de l’emploi ce n’est guère plus brillant. Depuis mai le patronat met en œuvre une vague de licenciements qu’il avait gardée sous le coude sous l’ère Sarkozy ; et face à cela les belles envolées lyriques de Montebourg n’ont guère d’effet. Une des lois prioritaires serait d’interdire les licenciements boursiers c’est-à-dire d’interdire les licenciements dans les entreprises qui font des profits et versent des dividendes à leurs actionnaires. Il faut donner le pouvoir aux salariés de se réapproprier leur outil de production de manière coopérative quand les patrons font défaut. Appuyé sur ces deux moyens on pourrait sauver des milliers d’emplois en les insérant dans une vraie stratégie publique de réinvestissement industriel. C’est ce que nous avions élaboré au front de gauche avec la mise en place d’une planification écologique. Un épisode de cet été montre l’absence de vision de ce gouvernement habitué qu’il est au bon vieux fonctionnement social libéral : pour aider le secteur automobile en crise on nous propose de subventionner prioritairement les voitures électriques. Très bien la voiture électrique mais les objectifs fixés nécessitent l’augmentation de la capacité de production électrique et comme dans ce domaine le compromis PS-verts a fait l’impasse sur l’avenir du nucléaire, tout cela ne peut se faire qu’avec deux centrales nucléaires supplémentaires ….ce qui serait le comble pour celui qui voulait faire baisser le nucléaire de 25% ! Là aussi le lobby patronal a pesé de tout son poids pour qu’aucune mesure radicale soit prise et cela va se payer par une montée en flèche des licenciements dans la récession qui se met en place. Les 150 000 emplois d’avenir à mi chemin entre les emplois aidés précaires et les emplois jeunes Jospin ne joueront qu’à la marge.

La même mollesse caractérise d’autres dossiers, par exemple le logement où on ne retient que deux mesures :
1- l’élaboration d’une loi d’encadrement de la hausse des loyers futurs, alors qu’après vingt ans de hausse indécente il fallait imposer une baisse des loyers ; là aussi le lobby immobilier s’est montré plus influent que les locataires ;
2- l’augmentation de 50% du plafond du Livret A (alors qu’on avait promis le doublement et là c’est le lobby bancaire de l’assurance vie qui a joué son rôle) ; s’il est bien d’encourager l’épargne populaire qui est la source principale du financement du logement social, on est là devant une mesurette qui ne résoudra pas la carence massive de logement. C’est tout un modèle économique qu’il fallait bouleverser avec méthode. J’en avais fait une longue note d’analyse dans un billet de ce blog au cours de la campagne présidentielle.

Reste le collectif budgétaire de juillet qui demeure bien modeste au vu des enjeux. Car l’essentiel est de revenir à la fiscalité d’avant Sarkozy ; s’il fallait effectivement abolir les privilèges fiscaux exorbitants accordés par le président des riches, on ne peut pas dire que revenir simplement à la fiscalité Chirac soit une grande mesure de gauche. En ce qui concerne les dépenses publiques on reste dans le cadre du « semestre européen » c’est-à-dire le cadrage imposé par Bruxelles. Et on en a eu la confirmation avec les lettres de cadrage du Premier Ministre à ses ministres pour les budgets 2013 – 2015 : elles annoncent une austérité budgétaire pour deux ans (et seulement des vases communicants vers un peu plus de crédits à l’éducation et à la police, donc au détriment des autres). Bref on reste dans la philosophie qui nous conduit au désastre : quand l’activité se réduit et que la demande des ménages et des entreprises se ralentit, quand les achats des autres pays diminuent, ajouter en plus une diminution des dépenses publiques ne peut qu’amplifier la catastrophe. D’où ce sentiment de paralysie et de mollesse que donne le pouvoir socialiste, d’autant plus surprenant que la droite était KO et qu’avec tous les pouvoirs locaux et nationaux les moyens d’action ne manquaient pas.

Comment expliquer cette mollesse ? Ce n’est pas une question de caractère. C’est profondément lié à un choix politique qui encadre toute l’action gouvernementale et qui joue comme une discipline sur l’ensemble comme sur chacun. Il s’agit de la soumission au carcan libéral européen totalement assumé par Hollande. Le traité MERKEL-SARKOZY a été repris tel quel sans en changer une virgule, contrairement aux engagements de renégociation. Le traité reste le même tel qu’il a été déjà adopté par une partie des pays et Hollande n’a obtenu en échange de sa soumission qu’une vague déclaration pour la croissance appuyée sur un montant budgétaire microscopique et qui d’ailleurs avait déjà été décidé. Que va peser ce pacte pour la croissance face à la mécanique infernale du traité : des cacahuètes ! Car mesurons bien que le nouveau traité accentue l’austérité puisqu’il fait obligation à chaque pays d’avoir un déficit public qui ne dépasse jamais 0.5% du PIB quelles que soient les circonstances. Et si vous n’obéissez pas vous serez sanctionné financièrement par la Cour de Justice, instance non élue. Déjà les Etats avaient perdu le pouvoir monétaire en le confiant à la BCE agence non élue du système financier et on a vu où cela nous a mené. Maintenant il faudrait que les Etats abandonnent leur souveraineté budgétaire et par là abandonnent tout pouvoir. Que signifie une compétence sur l’éducation et la santé si je n’ai plus le contrôle du budget qui les finance. Ce dogmatisme libéral qui impose l’austérité pour toujours est ahurissant dans le contexte d’une récession. Au moment où face au ralentissement économique la Chine, le Japon, les Etats-Unis, le Brésil mettent en place des plans de relance…l’Europe s’attache les mains dans le dos en généralisant les baisses de dépenses publiques qui ne feront qu’accroître la récession. Cette politique est si peu rationnelle qu’on s’interroge sur ce qui la motive. Outre la routine politique et l’amour propre qui poussent à persévérer dans sa doxa par incapacité à penser un autre monde, il faut y ajouter la force des intérêts : les détenteurs du capital financier ont largement pris le pouvoir intellectuel comme matériel dans les institutions gouvernementales comme dans celles de l’UE et sauver ce pouvoir financier les pousse à une politique de déflation favorable à une valorisation de l’épargne au détriment des producteurs de richesse. La chute n’en sera que plus brutale.

La campagne contre ce traité et la campagne pour qu’il soit soumis au vote populaire a une importance cruciale à cette rentrée. La décision du Conseil Constitutionnel de cet été disant qu‘il n’y avait besoin d’aucune modification de la constitution est une mascarade, qui prouve bien qu’en France nous n’avons pas de Cour Suprême fondé sur le droit mais un aréopage politique au service des élites et qui prend les décisions qui arrangent bien ces dernières. Si on lit de prés son arrêt on découvre l’idée que la règle d’or serait déjà dans la constitution puisque celle-ci prône la recherche de l’équilibre des comptes publics. Et de l’autre Hollande se félicite de cette décision car ainsi il ne modifie pas la constitution pour y intégrer la règle d’or…alors cette règle d’or, elle y est ou elle n’y est pas ? Hollande et le Conseil sont donc d’accord mais avec des raisons totalement opposées. Cela ressemble plus à une manœuvre interne à un congrès socialiste qu’à une bonne gouvernance de l’Etat. Bref le gouvernement serait mal inspiré de tuer le débat en septembre par une adoption à la sauvette du traité austéritaire.

Oui une autre voie est possible et elle va s’imposer au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la récession. Cette voie consiste à mettre en place de vastes plans de relance de l’activité dans le cadre d’une planification écologique, de soutenir les salaires notamment les plus bas pour doper la consommation et lié à cela prendre en main le réseau bancaire pour le mettre au service du développement et l’arracher à la spéculation et racheter les dettes des Etats par les banques centrales. Cette voie nous aurions pu l’ouvrir en Europe le 17 juin dernier si Syryza avait été majoritaire en Grèce et si le Front de gauche avait été incontournable pour faire une majorité de gauche en France. Cela était possible mais cela n’a pas eu lieu. C’est donc par le fracas de la crise et de la résistance sociale que cette issue va s’imposer comme nécessaire et il revient à la dynamique unitaire du Front de gauche de porter cette issue. Le succés ce Week End des Estivales du Front de gauche à Grenoble est un signe encourageant.

Un enjeu : la démocratie. Le débat démocratique, sa possibilité, son contenu, dans ce contexte devient un enjeu. Nous avons tous salué le départ de Sarkozy et la fin des décisions unilatérales et autoritaires du monarque républicain. On ne pouvait que se féliciter du retour d’un certain dialogue politique comme social. Mais il y a eu peu à peu pendant ces cent jours des signes qui inquiètent sur la poursuite d’un vrai débat démocratique. Il y a eu d’abord la volonté de réduire la gauche à un seul parti le PS ; je laisse de côtés les radicaux et autres chevénementistes qui sont domestiqués depuis longtemps. Les Verts EE ont été proprement réduits au silence d’abord dans la campagne présidentielle par le fameux accord avec le PS ou les dirigeants des Verts ont tué la campagne d’Eva Joly, quels qu’aient été son courage et sa combativité, puis ensuite sa conséquence leur intégration au gouvernement et à la majorité parlementaire : devant tous leurs postes et donc leur existence au PS ils se retrouvent avec une « muselière » (pour reprendre le trait de lucidité de Cécile Duflot). Un certain nombre de sujets importants dont les Verts sont les porteurs historiques notamment sur l’environnement peuvent ainsi être partiellement occultés dans le débat public. Cette situation a d’ailleurs eu pour conséquence de générer tout un courant alternatif et écologiste dans le Front de gauche. Mais justement la deuxième étape de cette offensive a été la tentative de marginalisation du Front de gauche. L’acharnement personnel contre Mélenchon atteint des sommets depuis un an et l’énergie extraordinaire qui a été déployée par les dirigeants du PS pour qu’il ne soit pas député n’enlève rien au fait qu’avec 11% des voix et 4 millions d’électeurs le FG est la deuxième force politique à gauche et la quatrième force politique importante ; il demeure que Hollande n’aurait pas été élu avec 50.5 % sans les voix du FG.

Cette force n’a pas pu être domestiquée car nous préférons n’avoir que 10 députés mais libres plutôt que quatre fois plus mais soumis. On voit à nouveau à cette rentrée les tenants du social libéralisme reprendre leurs attaques personnelles au lieu de répondre sur le fond. Ils ont bien tort car les questions de fond que nous posons (dont certaines sont développées ci-dessus) ne vont pas disparaître par enchantement parce qu’on fait une plaisanterie sur les vacances vénézuéliennes de Mélenchon. Il faut donc l’accepter il y a et il y aura dans ces mois un débat à gauche entre le PS et ses alliés et le Front de gauche : ce débat est sain et nécessaire à la réussite de la gauche en général.

Il traverse d’ailleurs le PS lui-même. Et à ce sujet il est inquiétant que la préparation du congrès du PS ait commencé par un oukaze : la motion commune des deux A (Aubry et Ayrault) à laquelle tous étaient sommés de se rallier ! Silence dans les rangs ! Ce débat au sein du PS est aussi nécessaire que le débat général à gauche ; la réussite de la gauche en dépend aussi. Souhaitons que Hamon et consorts trouveront le courage d’exprimer leurs idées.

La commission JOSPIN. Mais il n’y a pas que la démocratie entre les partis politiques. Il y a aussi la démocratie dans la société. Dans une prochaine note je reviendrai sur la démocratie sociale proprement dite. Ici je voudrais aborder la démocratie citoyenne. Donc Hollande a nommé une commission sur le thème de la rénovation et la moralisation de la vie politique que préside Lionel JOSPIN. La personnalité de son président à la réputation d’intégrité plaide en faveur de la moralisation ; pour ce qui est de la rénovation, il en va autrement car Jospin est bien loin de la 6ème république lui qui s’est clairement prononcé contre le parlementarisme et pour la présidentialisation (qu’il a lui-même favorisé en inversant le calendrier et avec le quinquennat, ce qui fut une arme pour Chirac puis pour Sarkozy). Je n’ai rien à dire sur la composition de cette commission ; il y a certes des gens de droite (trop à mon goût) mais il y aussi des personnes très libres et qui ont porté des propositions intéressantes dans le passé, et on verra si elles auront la capacité de les défendre ou si l’administration centrale aux ordre du Président ou du Premier Ministre qui encadre ce genre de commission (je parle d’expérience ayant vécu ce genre de situation entre 2000 et 2002 !) imposera ses vues transformant les membres de la Commission en faire valoir impuissants. Rien n’est automatique dans ce domaine et l’avenir nous dira ce qu’il en est. Mais le problème n’est pas là ; il tient dans la méthode fermée de cette commission et de son travail qui semble très archaïque. Pourquoi ne pas faire des auditions publiques de parlementaires, de représentants d’associations, d’experts reconnus au point de vue différents ? Pourquoi ne pas retransmettre ces auditions et ces débats sur une chaîne parlementaire ? Pourquoi ne pas ouvrir un site en sollicitant des contributions de tous ? Pourquoi ne pas lancer des tribunes dans les journaux et les autres médias ? Bref un débat démocratique moderne ! Ce que la droite avait organisé avec la Commission STASI sur la laïcité pourquoi la gauche ne serait pas capable de l’organiser sur l’évolution des institutions politiques de notre démocratie. J’espère que des voix ayant plus d’écho que la mienne vont s’élever pour réclamer ce vrai débat démocratique et rappeler à Hollande et Jospin que le temps des « commissions à la Clémenceau » est fini et que par sa méthode même de fonctionnement cette commission manifeste « la rénovation et la moralisation » sur laquelle elle doit travailler.

Bon j’ai été assez long et vous avez compris qu’à cette rentrée le travail du Front de gauche va toujours être aussi important dans la résistance sociale comme dans la proposition de solutions de gauche alternatives au consensus libéral européen. Bonne rentrée à toutes et à tous.

Lectures d’été

L’été pour moi est une aubaine pour la lecture entre deux tournées de kayak et les obligations municipales. J’ai eu comme d’habitude trois types de lectures : 1) les essais en sciences sociales, histoire ou philosophie ; 2) la poésie toujours là comme piqures de rappel ; 3) et enfin des romans , la vie quoi ? J’insisterai beaucoup plus sur la dernière catégorie.

En sciences sociales j’ai dévoré plusieurs essais sur la question de la Protection sociale, de la pauvreté et de l’Etat social en général car je prépare une publication sur ce thème qui me passionne en ce moment et sur lequel il y a un enjeu politique pour les temps qui viennent. J’aurai l’occasion d’y revenir. J’ai particulièrement étudié les travaux de Serge Paugam et Nicolas Duvoux sur la pauvreté dans nos sociétés ; dans les différentes lectures sur le thème de l’Etat social je note particulièrement la somme de Christophe Ramaux sur l’Etat social sortie juste avant l’été. Ce dernier travail a certes des défauts à mon avis (rien sur la pauvreté justement, une certaine tendance à la digression sur des hors sujet, le ton parfois hautain d’un universitaire sur les autres, une obsession anti marxiste surprenante pour un antilibéral affirmé). Malgré cela ce travail est une vraie mine tant par la qualité de son argumentation que par les analyses et recommandations. Par ailleurs en histoire des idées un livre peu connu qui m’a passionné sur la montée des idées racistes et xénophobes à travers la pensée allemande du XXe siècle : un travail remarquable mais un peu difficile par moment. Il s’agit de « Entre chiens et loups » par Edith FUCHS (Editions Le félin). Il me faudrait aussi du temps pour parler de la somme de Christian LAVAL et Pierre DARDOT « Marx, prénom Karl » chez Gallimard ; il faudra que j’y revienne car il y a à l’échelle internationale un véritable retour à Marx (que j’ai pu constater aussi dans les jeunes générations) et cela entraîne une reprise à nouveaux frais de vieux débats passionnants. Dans ce domaine Dardot et Laval apportent beaucoup. J’en profite aussi pour essayer de rattraper mon retard dans la connaissance du nouveau philosophe représentatif de la tradition critique allemande, Axel HONNETH, notamment son bouquin de 2007 sur la réification.

Ensuite dans mes lectures poétiques je voudrai privilégier la dernière livraison de la revue « Souffles » (la plus vieille revue littéraire du sud de la France que dirige mon ami et collègue conseiller municipal Christophe CORP) : le thème de ce numéro porte sur les métamorphoses et contient de pures merveilles avec lesquelles j’ai passé des heures délicieuses. Les poèmes de Christophe CORP et de mon autre ami Marc WETZEL ne sont pas les moins intéressants. Je vous conseille la pièce de Jaime ROCHA « Chauve-Souris » avec une belle présentation de Marc WETZEL (nous avions eu l’honneur d’accueillir jaime ROCHA à Grabels le 4 août 2011 pour la traditionnelle nuit du 4 août que notre équipe municipale consacre à la poésie dans un clin d’œil à l’abolition des privilèges). Bref si vous avez quelque influence sur une bibliothèque faites la s’abonner à la revue « Souffles » (info@souffles-lem.fr).

Enfin il y a les lectures romanesques qui peuplent mes nuits en temps de travail et mes journées en temps de vacances. Certes il ya des polars plus ou moins bien ficelés mais qui vous distraient toujours, il y a les romans qui vous déçoivent que je préfère taire ; j’ai apprécié le dernier William BOYD « L’attente de l’aube », une belle histoire de vie et d’espionnage entre 1913 et 1916 entre Vienne, Londres et Genève : sympathique mais pas un chef d’œuvre, comme si cet auteur brillant n’avait pas assez travaillé mais tout à fait plaisant à lire cependant. Il y a un grand Montalban de 1991 qui m’avait échappé « le labyrinthe grec », que tout le monde semblait connaître mais que je n’avais pas lu et je n’ai pas été déçu. Il y aussi l’extraordinaire roman américain de Paula FOX qui se déroule à la New Orléans « le dieu des cauchemars » qui date de 1990. Une vraie histoire humaine dans les profondeurs d’une ville fascinante qui traite de fait du prix que les femmes doivent payer pour vivre libres. Puis vient la perle de l’été. Une vraie révélation. « Eva dort » de Francesca MELANDRI aux éditions Gallimard. C’est le premier roman d’une scénariste et documentariste italienne de talent. Et c’est une réussite. Par une construction qui mélange l’espace – un long déplacement en train tout au long de l’Italie – et le temps – rappels historico-familiaux réguliers- elle traite à travers une histoire personnelle et humaine absolument poignante de la façon dont l’histoire (ici de l’Italie) marque nos vies et leur donne cette épaisseur et cette force qui nous fait homme ou femme. On y découvre le destin singulier du haut-Adige (ou Sud Tyrol pour les autrichiens) devenu arbitrairement italien en 1918 et qui à partir de là subit tous les aléas de l’histoire jusqu’à son combat pour l’autonomie en 1950 – 1960 avant que les années de plomb italiennes ne viennent semer leur confusion. On apprend beaucoup de choses sur la construction même de l’Italie et de son sentiment d’appartenance. On apprend beaucoup aussi sur le plurilinguisme, son utilité et ses effets. Sans oublier que la femme et l’amour sont les vrais protagonistes de cette histoire. Après un début de quelques pages un peu facile à mon goût, le reste est d’une grande tenue, d’une force au point qu’à la fin d’un chapitre un peu de respiration et de méditation est indispensable avant de s’attaquer au suivant. Je ne suis pas un critique littéraire. Je ne suis qu’un lecteur. Et ici je ne voulais que partager le bonheur de cette lecture d’été. Lisez « Eva dort» !

René REVOL

Hommage à Jacques FAUCHER

Note du 8 août 2012

Jacques FAUCHER nous a quittés ce mardi 7 août. Je tiens dans ce blog à lui rendre hommage. Je me contenterai ici de quelques remarques personnelles sans prétendre à l’exhaustivité et nous aurons l’occasion avec tous ses amis, qui le connaissent depuis bien longtemps avant moi, de revenir sur le parcours de cet homme et de ce militant extraordinaire. Mes premières pensées vont bien sûr à sa femme Marie, désormais seule après une vie commune de plus de 60 ans, et à son fils Gilles.

J’ai rencontré pour la première fois Jacques et Marie FAUCHER un jour de mai 1987. Je venais d’être nommé à Montpellier après 14 ans d’enseignement à Chambéry, précédée d’une jeunesse  grenobloise. Avec ma nouvelle compagne, Annie, nous avions décidé de construire une vie nouvelle à Montpellier. N’y connaissant personne, mon ami Pierre BROUE me conseilla d’aller voir son ami d’enfance et de toujours Jacques FAUCHER. Il fut donc mon premier contact à Montpellier. L’accueil fut extraordinaire : « ici tu es chez toi. Vous pouvez rester autant de temps que vous voulez ; le temps qu’il vous faut pour trouver une demeure à Montpellier » et très vite assiettes, verres et vins sortent sur la table pour marquer la fraternité nouvelle. Et il en ira ainsi dés que de nouveaux invités arrivaient chez eux. Cette ouverture aux autres et cette camaraderie spontanée impressionnaient tous les visiteurs. Car Jacques et Marie c’est d’abord ce lieu magique à Montferrier-le-Lez d’accueil et de fraternité.  Ce lieu a été pour moi le cadre de rencontres humaines exceptionnelles avec des personnages qui faisaient le séjour chez Jacques et Marie pour débattre des grands enjeux du passé comme du présent. Come ici je ne peux pas les citer tous je n’en retiendrai qu’un : « Raoul » le vieux militant trotskyste à la vie militante et personnelle si mouvementée avec qui nous avons passé des heures et des heures à mélanger les époques et les idées, pendant que Raoul enfilait les unes après les autres ses cigarettes Kent !

Car Jacques fut un grand militant du mouvement ouvrier et syndical de l’Hérault. Dés la sortie du Lycée ardéchois de Privas  – car Jacques revendiquait cette racine d’Ardèche- (où s’était noué la forte amitié avec Pierre BROUE, son aîné de deux ans) il rejoint après guerre le mouvement trotskyste notamment dans sa branche « lambertiste ».  Plus ou moins engagé dans les aléas des divisions de ce mouvement, il est toujours resté fidèle à ces idées et n’a jamais cédé à la mode. Il appartenait à cette tradition trotskyste qui refusait l’isolement sectaire et privilégiait l’action de masse notamment syndicale. D’où deux combats essentiels chez Jacques : le syndicalisme et la laïcité. En effet dés le début des années cinquante Jacques comme instituteur s’investit dans le SNI et la FEN. Partisan résolu de l’unité et de l’indépendance de la FEN, il se situe dans la tradition de l’Ecole Emancipée et de la fameuse motion BONNISSEL-VALIERE : lutte de classes, indépendance syndicale absolue vis-à-vis de l’Etat, démocratie interne….Ces positions sont majoritaires chez les instituteurs de l’Hérault et l’amène à s’opposer tant aux dérives droitières de la social démocratie qu’aux méthodes staliniennes du PCF. Cette puissance syndicale amène Jacques à se faire élire secrétaire général de la FEN dans l’Hérault en 1958. Cette conquête sera un formidable point d’appui pour son action, notamment dans la mobilisation contre le « coup d’Etat » de De Gaulle en 1958, où seuls la FEN, la CGT et le PCF s’y opposent. Il se distinguera aussi par son refus d’applaudir le nom de Kennedy en 1960, ce qui permettra à ses adversaires politiques de le déloger de sa position. Il sera de tous les combats et naturellement 1968. Ces dernières années, malgré des problèmes de santé, il ne ratait jamais aucune des grandes manifs en 1995, 2003, ou 2009.  Le combat laïque était pour lui un élément essentiel de l’action émancipatrice. Son intransigeance à ce sujet m’a beaucoup influencé. Avec son ami et complice, Antoine CONEJERO, il a construit associations laïques et multiplié publications et actions sur ce terrain. Il était résolument opposé aux nouvelles conceptions dites  de « laïcité ouverte » qui contribuait selon lui à remettre en cause les fondements mêmes de la laïcité de l’école comme de l’Etat. Il se présentait toujours comme un instituteur laïque.  

Ceux qui l’ont connu depuis bien longtemps avant ma rencontre qui fut tardive auront l’occasion de revenir sur son action passée. Mais je voudrais pour finir insister sur deux passions qui caractérisaient Jacques. C’était un fou de cinéma et il fut longtemps l’un des animateurs du Club jean Vigo et fut ainsi à l’origine du festival du cinéma  méditerranéen   de Montpellier aujourd’hui devenu une manifestation très connue qui à lieu chaque vacances de Toussaint. Par ailleurs Jacques était un véritable artiste de la photographie. Ces réalisations ont été un peu exposées et j’espère que nous aurons l’occasion de faire connaître son œuvre photographique remarquable.

Un mot personnel pour finir. Dans nos échanges sur la situation politique nationale et internationale nous avions une différence de sensibilité, bien que souvent d’accord sur l’analyse : il se disait « pessimiste » alors qu’il me jugeait trop « optimiste ». Il faut bien que je l’avoue : les faits lui donnaient souvent raison. Son expérience historique depuis les années 40 lui donnait une acuité politique et sociale aigue qui va me manquer.

Adieu, Jacques.