La métaphore de la cordée et le solidarisme : Réflexion sur une arnaque intellectuelle

Lors de son intervention télévisée du 15 octobre dernier, pour répondre à l’accusation de favoriser les plus riches, le président de la république, Emmanuel Macron, a utilisé une métaphore pour le moins malheureuse. Il en effet déclaré qu’il fallait cesser de jeter des pierres au premier de cordée. Immédiatement de nombreux commentateurs, et pas seulement l’opposition, ont déploré une telle image qui fait des plus riches des dirigeants actifs et les moteurs de notre société, alors qu’il s’agit le plus souvent de rentiers qui profitent de leur fortune financière sans réellement participer à l’activité productive du pays. Cela ne mériterait pas une note sur ce blog si certains ne s’étaient pas mobilisés pour soutenir la pertinence de la métaphore, au secours d’un président qui de « fainéants » à « bordel » s’enfonce dans des propos de plus en plus méprisants pour le peuple. Parmi ces défenseurs je note l’article écrit dans le journal libéral l’Opinion par l’historien François Dosse. Celui-ci ose défendre la métaphore de la cordée montagnarde comme symbole d’une pensée solidariste. Comme peu de monde sait en quoi consiste la pensée solidariste, cela fait savant pour impressionner le petit monde médiatique souvent assez ignorant. Avant de démonter cette arnaque intellectuelle, j’apporte quelques précisions rapides sur l’auteur. François Dosse est un historien sérieux qui a écrit de brillantes biographies d’intellectuels et par exemple on retiendra son histoire de l’école historique des annales dans « L’histoire en miettes ». Par ailleurs François Dosse a souvent manifesté une proximité intellectuelle avec ce qu’on pourrait appeler le christianisme social. Il a notamment manifesté une grande sympathie pour la pensée de Paul Ricœur (1913 – 2005), philosophe français protestant auteur notamment d’une théorie philosophique sur la responsabilité, entre autres écrits très prolifiques. Et en 1997 c’est François Dosse, alors professeur à Sciences Po Paris, qui a présenté son jeune étudiant Emmanuel Macron, au vieux philosophe Paul Ricœur, qui avec l’âge avait besoin d’un scribe qui l’accompagne. Macron a été le secrétaire de Paul Ricœur pendant deux ou trois ans et cela n’en fait pas pour autant son héritier philosophique. Mais c’est une autre histoire. François Dosse cherche à créer une filiation intellectuelle entre la philosophie solidariste du début du XXe siècle, la philosophie de Paul Ricœur et la pensée politique Emmanuel Macron (sur laquelle nous n’avons pas beaucoup d’écrits conséquents mais beaucoup de commentaires journalistiques autour des discours du président). Avant de savoir si la métaphore de la cordée révèle le supposé solidarisme de Macron essayons de répondre à la question : qu’est-ce que le solidarisme ?

A la fin du XIXe siècle devant l’émergence de ce qu’on appelle à l’époque dans les élites « la question sociale », c’est-à-dire les conséquences catastrophiques sur la condition laborieuse des ouvriers du capitalisme triomphant à l’époque, plusieurs doctrines cherchent à y répondre. On peut rapidement distinguer les doctrines suivantes sans rentrés dans les différentes nuances internes qui les caractérisent :

  • Il faut rappeler la pensée conservatrice et réactionnaire qui bien que déclinante à l’époque préconise le retour aux solidarités communautaires traditionnelles de l’Ancien Régime. Lors de l’affaire Dreyfus, la littérature de certains antidreyfusards vénère la paix sociale que permettrait ce retour aux inégalités immuables des communautés traditionnelles et ils reprennent les idées des penseurs conservateurs du début du XIXe siècle, Bonald et de Maistre. Ce courant nourrira notamment l’Action française de Charles Maurras.
  • La pensée libérale justifie la liberté du marché comme le régulateur le plus efficace de la vie sociale et considère que face à la misère absolue on peut admettre quelques mesures résiduelles de solidarité. En France un économiste comme Leroy-Beaulieu qui domine l’université à cette époque est significatif de ce libéralisme.
  • Se séparant de la pensée conservatrice, le christianisme social autant catholique que protestant développe l’idée d’une charité publique organisée en direction des plus pauvres, théorisées notamment dans les encycliques papales, notamment Rerum Novarum de 1893. En France ce christianisme social sera notamment à l’origine de la fondation en 1919 du syndicat chrétien, la CFTC. Dans l’Allemagne de Bismarck, le christianisme social inspire notamment les lois sociales paternalistes du Reich.
  • La pensée socialiste avec toutes ses nuances est en pleine ascension à cette époque pour fonder la lutte de la classe ouvrière ayant pour objectif à court terme l’obtention de protections sociales forte comme étape vers l’expropriation des capitalistes et le socialisme. Certains selon une méthode révolutionnaire et d’autres une méthode réformiste.
  • Le solidarisme a été élaboré par des penseurs républicains et notamment du parti radical socialiste. Le plus célèbre d’entre eux est Léon Bourgeois qui fut parlementaire et ministre de la IIIe République mais aussi un écrivain prolixe cherchant à fonder cette doctrine. Sur le plan intellectuel on peut rattacher au fondement du solidarisme le philosophe Alain et le sociologue Émile Durkheim. Cette philosophie politique va dominer le parti radical et une partie des dirigeants de la IIIe République de 1890 jusqu’à la fin des années 20. C’est souvent en se référant à cette doctrine que des parlementaires justifient le vote de certaines lois sociales, par exemple la loi très importante sur les accidents du travail de 1898, ou la création du premier ministère du travail avec René Viviani en 1906. En quoi consiste la pensée solidariste ?

Elle considère que la société n’est pas une simple agrégation d’individus libres et indépendants mais une société marquée par la division du travail débouchant sur la constitution de groupes sociaux interdépendants les uns avec les autres. Léon Bourgeois développe l’idée que chaque individu est beaucoup moins le fruit de son action individuelle que la résultante de sa relation avec les autres ; il affirme que chaque individu a une dette sociale d’une part vis-à-vis des générations qui l’ont précédé et notamment de celles qui l’ont formé, que ce soit dans l’univers familial ou dans l’univers social élargi, mais aussi une dette vis-à-vis des autres groupes et individus avec lesquels il est en interdépendance et en interaction et sans lesquels son action ne pourrait pas avoir lieu. Léon Bourgeois en déduit que chaque individu au cours de sa vie contribue à rembourser cette dette sociale en faisant que son action dans la société ne profite pas qu’à lui mais aussi à tous les autres. C’est ainsi qu’il fonde la solidarité comme étant au cœur de la vie sociale. De cette analyse, les solidaristes en déduisent une théorie de l’Etat : celui-ci doit être chargé de la coordination de la société, doit mettre en place un service public qui prenne en charge les biens communs à tous, et doit être fondamentalement laïque, c’est-à-dire indépendant des Eglises. Mais, le plus intéressant dans cette théorie concerne leur façon de traiter la question sociale.

Les solidaristes constatent que la vie sociale produit des inégalités illégitimes et justifie ainsi la nécessaire action de l’État pour corriger ces inégalités. En s’appuyant sur cette analyse, ils vont défendre la nécessité d’un impôt sur le revenu ce qui va entraîner des batailles homériques à l’assemblée. Le socialiste Jaurès en avait fait l’un de ses combats en déclarant à la Chambre dès 1894 : « L’impôt progressif vient corriger la progression automatique et terrible de la puissance croissante des grands capitaux. » Nommé en 1895 à la tête d’un gouvernement composé des seuls radicaux Léon Bourgeois propose l’impôt progressif sur le revenu, mais la mobilisation de la bourgeoisie et de la droite le fait tomber dès l’année suivante. Et ce n’est qu’en 1913, qu’un début d’impôt progressif sur le revenu est mis en place.

Léon Bourgeois défend également la nécessité des assurances sociales obligatoires sans lesquelles il ne peut pas y avoir de couverture des risques sociaux comme la maladie, les accidents du travail, la maternité ou la vieillesse. Ces différentes positions se heurteront à la résistance farouche de l’ordre établi, y compris au sein du parti radical, pour limiter au maximum ces lois sociales de la IIIe République avant que dans les années 30 on ne fasse un pas important avec l’assurance-maladie et en 1936 les réformes du Front populaire avec les congés payés et les 40 heures. Et lorsque le Conseil National de la Résistance écrit son programme en 1943 et lorsqu’il est mis en œuvre à la libération, plus personne ne parle du solidarisme qui a disparu avec la IIIe République mais on peut raisonnablement penser que ces réformes sociales sont dans la continuité de la pensée solidariste. La preuve notamment se trouve dans les écrits du fondateur de la sécurité sociale en France, Pierre Laroque, qui se réfère explicitement au solidarisme dans lequel il a été formé à la fin des années 20. On peut donc dire que le solidarisme est à l’origine du système assurantiel collectif, qui est un des piliers de l’Etat-providence.

Comprenons-nous bien : je ne défends en aucune manière le solidarisme. Par honnêteté intellectuelle je me contente de rappeler brièvement en quoi consiste cette pensée qui a inspiré les républicains ou plutôt une partie d’entre eux entre 1890 et 1930. On voit qu’on est aux antipodes du macronisme et de ses réformes fiscales qui accroissent les inégalités, aux antipodes d’une pensée libérale qui valorise la seule initiative individuelle et la réussite des premiers de cordée qui devrait mécaniquement profiter aux autres. Macron est dans la droite ligne du libéralisme et c’est faire injure aux républicains sociaux que de le raccrocher à cette lignée. Je considère donc que François Dosse, qu’on a trouvé souvent plus inspiré, participe d’une escroquerie intellectuelle en qualifiant Macron de solidarisme.

Ceci dit, quelles sont les failles et les faiblesses du solidarisme des républicains sociaux ? Quand on lit les œuvres complètes de Jaurès on rencontre souvent des arguments critiques vis-à-vis des solidaristes, même si il n’hésitait pas à s’allier avec eux pour obtenir des réformes sociales. Les socialistes reprochent à juste titre au solidaristes de marginaliser le rôle du conflit et notamment du conflit social. En effet les solidaristes partagent avec le christianisme social une vision organiciste de la société, employeurs et employés sont des groupes sociaux complémentaires dont on doit assurer le fonctionnement équilibré. Pour eux donc les conflits sociaux ne sont que des anomalies passagères qui résultent d’une mauvaise organisation. On trouve la même idée à la fin de l’ouvrage d’Émile Durkheim De la division du travail social. Cela va inspirer une longue tradition quant à la possible association du capital et du travail jusqu’à nos jours. Le général De Gaulle y fera lui-même ouvertement référence dans ses discours et dans ses lois dites de participation ou encore dans sa présentation du projet de loi soumise au référendum de 1969, qui précipitera son départ. Les socialistes d’avant 1914, au contraire, considèrent le conflit social comme inévitable dans un système capitaliste. L’intérêt des capitalistes et l’intérêt des salariés sont des intérêts contradictoires. Ils ne peuvent qu’engendrer ce qu’on a appelé la lutte des classes. Jean Jaurès et ses amis socialistes considèrent qu’elle est un moyen le plus souvent nécessaire pour arracher les conquêtes sociales. Il aura fréquemment l’occasion de reprocher aux radicaux socialistes leur hostilité à la lutte des ouvriers et de  condamner les gouvernements républicains qui n’hésitent pas à réprimer violemment les grèves ouvrières.

Le terme de solidariste a disparu dans les années 30 mais on peut considérer qu’intellectuellement il a triomphé pendant la courte période des 30 glorieuses parmi les dirigeants des grands partis de l’époque. Car dans cette période le capitalisme fordiste, appuyé sur son extension mondiale et notamment l’exploitation du tiers-monde, a pu dégager des marges qui ont permis aux partis et syndicats ouvriers d’obtenir des conquêtes sociales, comme la sécurité sociale, la réduction du temps de travail ou la hausse du pouvoir d’achat. Et quand on relie les textes des dirigeants sociaux-démocrates de cette époque où même des gaullistes ou des communistes, on repère rapidement derrière des références idéologiques formelles une inspiration solidariste. Depuis la fin des années 70 ce monde a disparu et la pratique solidariste (ou social-démocrate, ou fordiste…) n’a plus de grain à moudre. Et le capitalisme devenu un capitalisme financier organise méthodiquement désormais la régression sociale, tout en justifiant un libéralisme, parfois repeint en libéralisme social, qui permettrait à chacun d’assumer la responsabilité de ses actes (repenser à l’éthique de responsabilité dans la philosophie de Paul Ricoeur) et qui bien sûr ne peut que fustiger l’État-providence et les systèmes publics de solidarité.

Une autre limite du solidarisme doit être soulignée. En effet, les solidaristes des années 1890 jusqu’aux années 20 baignaient dans une croyance un peu aveugle dans les vertus de la science et de son application à la production et à la société. Il est vrai que le soutien au développement scientifique a été à cette époque un facteur de progrès, notamment contre les superstitions cléricales et conservatrices, mais cette époque n’a pas été très lucide sur les conséquences contradictoires du progrès scientifique. Par exemple le grand chimiste Marcellin Berthelot (qui fut aussi un écrivain politique et même un ministre dans le même gouvernement dirigé par Léon bourgeois en 1895) est assez représentatif de ce scientisme qui déboucha sur le productivisme destructeur que nous connaissons. Et c’est sur ce point que la critique faite par l’écologie radicale nous a apporté récemment une contribution décisive.

Au-delà de la nécessaire remise à leur place des raccourcis médiatiques, s’imposait une réflexion critique sur les théories politiques progressistes apparues au début du XXe siècle, afin de construire dans le nouvel âge du capitalisme dans lequel nous sommes rentrés depuis une trentaine d’années une nouvelle philosophie politique de l’émancipation. Mais cela est une autre histoire.

Le 23 octobre 2017

René Revol

 

Complément fiche : scandale de Sanofi

Samedi 14 octobre 2017, je publiais une vidéo sur ma chaîne YouTube pour dénoncer le scandale Sanofi, à la demande d’employés de l’entreprise, rencontrés lors d’une manifestation syndicale à laquelle je participais. Cette note de blog servira de complément technique et chiffré à cette vidéo.

Tout d’abord, il est bon de rappeler que le secteur de la santé est une des principales sources d’emploi sur le territoire Montpelliérain dans lequel l’entreprise Sanofi occupe la première place.

A la base, Sanofi fut construite sur l’idée de devenir un grand représentant national de la santé dans le but d’assurer l’indépendance thérapeutique de la France. La satisfaction de l’actionnariat et la recherche du profit maximum ne pouvaient alors constituer le seul objectif de cette entreprise nationalisée. Aujourd’hui, l’entreprise n’assume plus du tout sa fondation sur des fonds publics, ni son statut de champion national et notamment depuis décembre 2008 avec l’arrivée Christopher Viehbacher (qui touchera dès sont arrivée près de 2 millions d’euros avant même de commencer a travailler) qui va entraîner définitivement l’entreprise et ses salariés dans la tourmente de la finance. Sanofi devient alors, et de manière récurrente, une des premières entreprises du CAC 40.  Avec un taux de rentabilité parmi les plus haut, la classant en 2016, 61ème sur les 100 entreprises les plus rentables au monde juste derrière TOTAL et devançant L’Oréal et LVMH.

De même, l’entreprise entreprend dès la même année, un grand plan de « restructuration » entraînant le licenciement de plus de 5000 emplois depuis 2008 dont 1200 postes de chercheurs, alors même que l’entreprise a touché plus de 17 millions d’euros dans le cadre du CICE en 2014 et plus de 125 millions au titre du CIR.

Sanofi n’est donc plus une entreprise ayant pour but la recherche de l’intérêt général et le progrès de la médecine mais utilise ce qu’il reste de la recherche dans le but de maximiser leurs profits. Ce grand « décrassage » s’effectue entre autre au détriment de la population puisque Sanofi fait également l’objet d’une procédure au civil pour « défaut d’information » auprès des patients mais aussi des médecins qui ont prescrit la Dépakine, antiépileptique ayant causé des handicaps lourds chez des milliers d’enfants.

Sur Montpellier, un site industriel Sanofi va être démoli avant même d’avoir servi. Le bâtiment flambant neuf à la pointe de la technologie a été achevé en 2012 et a coûté plus de 107 millions d’euros. Le groupe annonce avoir changé de stratégie. Le bâtiment de plus de 9.000m2 équipé d’un matériel dernier cri en matière de recherche chimique ne servira donc jamais et va être démoli pour y reconstruire des barres d’immeuble. Pourtant en 2009, cette cellule de recherche était présentée par l’entreprise comme le summum de la recherche mondiale.

C’est donc sur ce constat alarmant qu’il parait nécessaire que les syndicats, les salariés et les milliers de personnes victime de l’entreprise Sanofi se mobilise pour la nationalisation de toutes les entreprises pharmaceutiques exerçant sur le territoire français afin que celle-ci soient véritablement au service du corps médical et de la population et non plus au seul bénéfice du capital et de l’argent roi.

Il est grand temps pour Montpellier de retrouver une synergie entre le secteur de la recherche, les hôpitaux et la santé.

 

Justice pour Thomas Sankara

 

Dimanche 15 octobre à 15H, j’étais à Montpellier allée T Sankara, aux côtés de Marianne Sankara son épouse, pour rendre hommage au grand dirigeant du Burkina Faso assassiné il y a 30 ans, le 15 octobre 1987.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette histoire Africaine, je rappelle brièvement que le capitaine T Sankara est arrivé au pouvoir en 1983 porté par une révolution populaire, il est devenu à l’époque en Afrique, le symbole de l’émancipation Africaine et de la justice sociale contre l’emprise néocoloniale notamment des élites françaises. Il a mis en œuvre dans son pays un processus de redistribution de la richesse au bénéfice des plus pauvres, un plan de scolarisation massif des garçons et des filles ; il a été aussi un ardent partisan du droit des femmes en Afrique. En 1986, au sommet D’Addis-Abeba il a appelé à l’annulation de la dette des pays les plus pauvres, précisant qu’ainsi les populations qui ne payerons plus la dette ne mourrons plus de fin, tout en étant certain que les préteurs non remboursés eux, ne mourrons pas de faim non plus. Il a appelé également à un mouvement international d’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Il fut immédiatement dénoncé par les puissants de la terre et l’année suivante en octobre 1987, il était assassiné dans son bureau présidentiel dans des conditions non encore élucidés, son successeur, Blaise Compaoré (dont en soupçonne sa participation au complot contre Sankara) a dirigé le pays d’une main de fer au service de la France Afrique et des puissants. En 2013 la révolte de la jeunesse et de la population l’a chassé du pouvoir et a permis l’organisation d’élections libres.

La renommée de Sankara est immense, dans toute l’Afrique, car il symbolise avec d’autre grande figure, la lutte pour l’émancipation africaine. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte lors d’un voyage dans une des iles du Cap Vert (ancienne colonie portugaise) lorsque j’ai vu dans certaines tavernes affiché cote à cote l’effigie d’Amílcar Cabral (grand révolutionnaire de Guinée-Bissau et du Cap vert qui fut assassiné par la police secrète de Salazar, le dictateur portugais) et celle de T Sakara. Il est significatif qu’il soit populaire même dans un pays non francophone.

Lors de la cérémonie du 15 octobre 2017, l’épouse de Sankara, Mariam SANKARA a lancé un appel solennel pour que toute la lumière soit faite sur les conditions et les complicités dans l’assassinat du dirigeant Burkinabé. Cet appel a été largement repris par de nombreuses associations. Je m’adresse au gouvernement français pour qu’il déclassifie les documents secrets défenses concernant cette affaire et qu’il aide la justice à faire toute la lumière sur cet assassinat, j’ai transmis cette demande à la députée de l’HERAULT Muriel Ressiguier que je représenté à cette cérémonie et au groupe des députés de la France Insoumise présidé par JL Mélenchon pour qu’ils appui cette démarche.

Justice pour Thomas Sankara

Rene Revol

 

 

Quand Jupiter partira en vrille : Contribution à l’analyse de la situation politique – La loi de Tocqueville

Des historiens et des sociologues ont l’habitude d’appeler « loi de Tocqueville » un phénomène particulier qu’on observe à mon avis en ce moment. En 1859, dans L’Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville, auteur libéral de la première moitié du XIXe siècle, observe que l’effervescence sociale qui débouche sur la Révolution française de 1789 se développe dans un contexte d’amélioration économique. Ce ne serait donc pas en soi l’accumulation de la misère qui provoquerait la révolution, mais ce moment particulier où après une période de misère sociale une légère reprise de l’activité économique fait espérer au peuple une amélioration de ses conditions, qu’il ne voit pas venir. Bien qu’elle produise des aspirations grandissantes dans la population, la croissance économique est loin de profiter à tous. Se développe alors un puissant sentiment de ce que plus tard d’autres sociologues appelleront la frustration relative : les aspirations croissent de plus en plus vite alors que la situation des personnes stagne. Un tel contexte est favorable à l’ébullition révolutionnaire. On aurait très bien pu appeler ce phénomène « Loi de Marx » car Karl Marx fait la même remarque en 1849 dans Les luttes de classe en France pour décrire la période qui précède la révolution de février 1848. J’observe qu’aujourd’hui, nous avons sous les yeux un phénomène identique. La croissance économique et donc l’augmentation du revenu national ont particulièrement stagné dans la décennie récente, avec un PIB variant avec un taux de croissance entre 0% et 1,5%. Comme la croissance de la productivité annuelle est en moyenne de 1,5%, une croissance économique inférieure à ce chiffre est nécessairement destructrice d’emplois, à population constante. Ce phénomène s’aggrave dès lors que  la population active (le nombre total de personnes désirant travailler) augmente comme c’est le cas actuellement. Or, depuis l’an dernier, la croissance économique dépasse enfin la croissance de la productivité et on attend pour cette année 2017 une croissance du PIB de 1,7%. L’espoir d’une amélioration des salaires et de l’emploi peut ainsi naitre dans la population. Or force est de constater que les rapports sociaux qui se sont imposés dans la période précédente au profit du capital (sous l’effet des mesures des gouvernements Sarkozy et Hollande) font que cette croissance profite avant tout aux actionnaires comme le montre l’explosion des profits du CAC40, alors que le pouvoir d’achat stagne et maintient un chômage de masse, vu que cette croissance économique génère plus de créations d’emplois précaires que d’emplois stables. L’impatience sociale dans la population laborieuse et la jeunesse ne peut qu’en être aiguisée. La frustration relative ne peut que croître. D’autant que s’affirme et s’affiche sans complexe avec Macron une politique ouvertement favorable aux riches et dure envers les pauvres. L’effervescence sociale est grandissante dans notre pays. Cela s’est vu jusqu’à cet été dans de très nombreuses luttes locales, dont GM&S à la Souterraine dans la Creuse en a été le symbole, mais il y en eut beaucoup d’autres. Les mouvements sociaux plus centralisés de ce mois de septembre, avec les succès de la mobilisation du 12 septembre derrière une partie des syndicats et celle de la marche du 23 septembre de la France insoumise sont des indicateurs du climat social : loin de fléchir, nourrie de cette « frustration » qui relève de fait du sentiment de spoliation et d’injustice, cette effervescence peut prendre de l’ampleur, sans qu’on puisse dire quand et comment cela se développera.

Après avoir observé ce qui se passe en bas, jetons un œil sur la façon dont on peut caractériser ce qui se passe en haut.

Un Bonaparte sans base populaire.

De nombreux observateurs notent que la présidence Macron se caractérise par une centralisation intense du pouvoir. C’est un phénomène de « bonapartisation » de la Ve République, pour laquelle les institutions s’y prêtent à merveille. La verticalité du pouvoir se manifeste par cette toute puissance de la présidence dans l’initiative des lois, le caractère effacé d’un Premier ministre falot, « chef » d’un gouvernement composé de personnalités de second rang, une limitation drastique des pouvoirs du Parlement comme le symbolise bien la méthode des ordonnances, le peu de cas voire l’escamotage de tous les corps intermédiaires comme le montre la palinodie des discussions avec les syndicats cet été sur les ordonnances (ce qui amène aujourd’hui y compris les syndicats « réformistes » à se braquer contre le gouvernement), le mépris revendiqué des collectivités territoriales dont le rôle de maillage du territoire national et leur statut d’autonomie constitutionnelle sont mis en cause, tant par la baisse des dotations que par l’affaissement de leur autonomie fiscale avec l’exonération de la taxe d’habitation pour 80% de la population.… Bref, Macron fait le vide entre lui et le peuple, ébranle les institutions qui sont l’ossature républicaine. S’il copie certaines modalités du bonapartisme il n’est pas en position d’établir l’assise sociale de ce type de régime politique. Les deux Napoléons, comme tous les apprentis Bonaparte que nous a léguée l’histoire, renforçaient cette centralisation du pouvoir et œuvraient à la disparition des corps intermédiaires en recourant à un plébiscite populaire. Napoléon III, s’étant fait élire président grâce à la mobilisation électorale de la majorité paysanne de l’époque, avait pu isoler le prolétariat urbain ainsi que d’autres couches urbaines y compris bourgeoises. C’est un phénomène qu’a bien analysé Karl Marx dans le 18 brumaire de Louis Bonaparte. Le général de Gaulle mit en œuvre des processus similaires entre 1958 et 1969 en usant de l’arme plébiscitaire du référendum, où il obtenait de larges majorités qui lui fournissaient ainsi une base sociale dans le pays. Rien de tel avec Emmanuel Macron. Les 24% des suffrages obtenus au premier tour des élections présidentielles sont loin de relever d’un mouvement d’adhésion à sa personne ou à son programme qu’il dévoila avec parcimonie. Le parti pris de l’establishment médiatico-politique, laissant entendre le gros risque de voir Mme Le Pen  gagnante du 1er tour des présidentielles, a fortement aidé Macron à devancer d’assez peu ses concurrents. Son élection par défaut au second tour face à Mme Le Pen ne lui donne aucune légitimité populaire. Il n’y a donc rien d’étonnant qu’il soit devenu dans les sondages d’opinion 4 mois après son élection le président le plus impopulaire, y compris par rapport à François Hollande. On assiste donc à une bonapartisation du pouvoir, mais sans base populaire. La probabilité dans un tel contexte d’une rupture majeure avec le peuple est forte. Je pense d’ailleurs qu’Emmanuel Macron et son entourage le savent et qu’ils sont déterminés à mobiliser à plein régime leur pouvoir pour essayer d’infliger une défaite sociale aux couches populaires afin que la résignation l’emporte sur la révolte. On en est loin !

Le fait qu’ils aient choisi d’attaquer en priorité le droit du travail par la méthode autoritaire des ordonnances, alors que la majorité de l’opinion et y compris au sein du patronat ne le lui demandait pas, après avoir cherché à en dissimuler le contenu à la veille du second tour des législatives du 18 juin, montre la détermination idéologique de ce pouvoir à faire passer en force ses mesures libérales. Il se prépare à multiplier les annonces dans bien d’autres domaines en recourant à de brutales contre-réformes, dont celles sur le logement, sur les retraites ou les mesures à venir dans le budget d’austérité en préparation. Une telle frénésie d’agression néolibérale contre notre modèle social ne pourra que faire grandir l’exaspération et la frustration populaire et réduire sa base sociale.

Effervescence sociale, hégémonie culturelle et perspectives politiques.

Nul besoin d’être grand clerc pour savoir que dans les semaines et les mois qui viennent les mobilisations sociales vont croitre. La nécessité de leur convergence et de l’unité va de plus en plus s’imposer. Naturellement ici, nous ne savons pas dire quand et comment les choses se passeront. Mais dans ce contexte nous avons une responsabilité politique et il faut en préciser la teneur. Les sept millions de voix de Jean-Luc Mélenchon, nos 17 députés et leur groupe parlementaire, les dizaines de milliers de personnes de toutes les générations et de toutes origines qui ont manifesté le 23 septembre ou qui participent aux actions de milliers de groupes d’appui, tout cela fait de la France insoumise une alternative politique crédible dotée non seulement d’un leadership mais également d’un programme abouti. L’expérience du passé nous montre souvent que les mobilisations sociales s’épuisent faute de perspective politique, ou au contraire prennent de l’assurance et de la puissance quand une force politique s’affirme pour prendre la relève. Nous avons vécu ce dernier cas, notamment dans les luttes sociales très dures des années 1979 et 1980 : les mobilisations ouvrières et populaires se trouvaient confortées par la perspective rendue possible d’une victoire du programme commun de la gauche et de François Mitterrand. La situation n’est certes pas identique, mais il est aujourd’hui de la responsabilité de la France insoumise, qui en a d’ores et déjà réuni des bases solides, de travailler à construire cette alternative politique. Le fait que LFI ne soit pas un parti politique traditionnel de la gauche (trop porté le plus souvent à contenter de préparer les prochaines échéances électorales) mais un mouvement social, culturel et politique qui participe à de nombreuses dynamiques citoyennes et sociales dans le pays, lui donne une originalité et force particulière pour ouvrir une perspective pour le grand nombre, pour le conforter dans sa résistance aux attaques libérales. Les macronistes nous accusent de vouloir renverser l’ordre légal par la rue. Vous savez qu’il n’en est rien et que la France insoumise respecte le cadre républicain, celui comprenant également l’exercice libre du droit de grève et du droit de manifestation ! Mais notre impact politique de plus en plus large dans la population, notre lien aux mobilisations sociales de plus en plus unitaires va devenir un point d’appui et un outil très précieux. À un moment donné un Bonaparte isolé, sans adhésion populaire, voire confronté à l’hostilité majoritaire de la population ne pourra plus gouverner comme avant ; s’ouvriront alors des brèches et la perspective concrète de sa chute. Mais une autre condition est aussi nécessaire pour qu’une perspective politique soit efficace. Il faut qu’elle soit en harmonie avec un sentiment dominant dans la population. C’est ce que Gramsci dénommait « hégémonie culturelle ».Macron a tenté d’imposer une hégémonie culturelle fondait sur une opposition binaire entre société ouverte, libre et dynamique face à une société fermé, conservatrice et repliée sur elle-même. Le Charabia médiatique à décliner cette opposition sur tous les tons pendant la campagne électorale et madame Le Pen a bien joué son rôle d’épouvantail pour tenter d’accréditer cette thèse. Mais cela n’était que la surface des choses car cette opposition artificielle (société ouverte/ société fermée) est utilisé depuis de nombreuses années et elle est particulièrement remise en cause dans le cœur et l’esprit du peuple devant les effets dévastateur du libéralisme de cette soit disant société ouverte. La faiblesse relative du score de Macron au premier tour et l’émergence e du vote Mélenchon à plus de 20% étaient déjà le signe qu’une autre opposition se structurait dans l’opinion du grand nombre. Et quelque semaine et mois de  gouvernement macron, ont contribué largement à l’imposer. Il s’agit de l’opposition entre l’oligarchie financière et le peuple. Et, au risque de choquer les beaux esprits, l’opposition profonde entre les riches et les pauvres. Macron a réussi à se faire identifier comme le président au service des riches et Mélenchon comme le point avancé du rassemblement du peuple contre cette oligarchie. Dans une situation de frustration relative grandissante et d’effervescence sociale, une présidence autoritaire sans base populaire confrontée à un sentiment hostile delà majorité populaire, disposant d’une perspective politique, ouvre le champ des possibles. Voilà pourquoi Jupiter partira en vrille.

René Revol
Le 26 septembre 2017

Le cadeau de rentrée de Macron : licenciement de masse dans le périscolaire et l’associatif 

Au cœur de l’été, le 9 août, au détour d’une intervention, Murielle Pénicaud, l’ancienne DRH d’une multinationale devenue ministre du travail, annonce la fin programmée des « emplois aidés ». Les jours qui ont suivi ont montré qu’il ne s’agissait pas d’une phrase en l’air mais d’une politique qui prendra effet dès cette rentrée.

De quoi s’agit-il ? Les emplois aidés sont des dispositifs qui ont varié dans le temps depuis que le chômage de masse s’est installé en France, et qui amène l’Etat à prendre en charge les cotisations sociales, et parfois une partie du salaire d’emplois essentiellement dans le secteur non-marchand. Ce sont essentiellement les jeunes en sortie d’études ou en recherche d’insertion professionnelle qui occupent la grande majorité de ces emplois provisoires. Ce sont essentiellement les collectivités territoriales et surtout les communes dans les services périscolaires (accueil du matin et du soir avant et après l’école, temps du repas, temps d’activité périscolaire, centre de loisir du mercredi et des vacances scolaires) et le monde associatif, sportif et culturel qui mobilisent la majorité des emplois aidés. L’Éducation nationale et d’autres services de l’État en mobilisent une minorité importante, ainsi que les petites entreprises. Certes, ces emplois n’offrent pas la garantie d’un CDI ni même d’un CDD et peuvent être de ce point de vue critiqués. Mais cette critique implique qu’on demande la transformation de ces emplois aidés (CAE, CUI, CIE) en CDI ou en CDD et non pas leur suppression pure et simple, dont les seules conséquences en seront l’aggratin du chômage, de la précarité et de la pauvreté notamment des jeunes. Certes, on peut aussi les critiquer au nom de ce que les économistes appellent un effet d’aubaine : en effet, une collectivité, une grosse association, une entreprise pouvant créer un véritable emploi peuvent profiter de ce dispositif pour ne pas assumer le coût de cet emploi et faire un gain sur le dos du travailleur et de l’État. Mais il convient alors de mettre en place de véritables dispositifs de surveillance en renforçant les pouvoirs de l’inspection du travail pour sanctionner ce type de comportements et de soumettre attribution d’emplois aidés à des règles strictes. Parmi celles-ci le respect du droit à des temps de formation au cours même de la période de l’emploi aidé mais aussi des dispositifs qui garantissent la sortie par le haut de cette situation transitoire. Aujourd’hui, dans les dernières statistiques de bilan disponibles pour l’année 2016, 57% des emplois aidés débouchent sur un emploi véritable. Ce n’est pas un mauvais résultat même s’il peut et doit être nettement amélioré. Dans ma commune, comme maire, je veille avec les services municipaux à ce que les emplois aidés (qui ne dépassent pas 5% de l’effectif) débouchent sur un emploi en concertation étroite avec l’agent concerné.

Ce sont donc de faux prétextes que mobilise Mme la Ministre dans la diminution drastique des emplois aidés et ce dès cette rentrée. En effet, lorsque les associations et les communes ont fait en juillet les démarches nécessaires à la création d’emplois pour assurer la rentrée, elles se sont vues signifier un refus net : « les crédits sont coupés jusqu’à la fin de l’année ». Cette décision brutale met dans une difficulté majeure tout un pan de l’activité sociale de notre pays et contribue à licencier de fait des dizaines de milliers de jeunes. Ces derniers trouvaient là une activité rémunérée, une première expérience professionnelle qui leur mettait le pied à l’étrier et une réelle utilité sociale ; on les renvoie brutalement dans le chômage et à la démerde individuelle.

Mme Pénicaud cherche également à nous enfumer.  Elle nous dit ainsi que l’éducation reste une priorité pour les emplois aidés. Or d’une part il ne s’agit pour elle que de l’éducation nationale de l’État et en aucun cas de l’éducation périscolaire qui, elle, est frappée de plein fouet. D’autre part elle réduit pour l’éducation nationale proprement dite le nombre d’emplois aidés à la rentrée 2017 qui ne seront que de 50 000 au lieu des 70 000 l’année précédente ; comment peut-on parler d’une priorité alors qu’il s’agit d’une baisse de près de 30% des emplois aidés dans l’éducation nationale proprement dite ? C’est ainsi que le ministère de l’éducation nationale est conduit, pour maintenir les AVS (assistant de vie scolaire) indispensables à l’accompagnement des enfants handicapés à l’école, à supprimer massivement les emplois aidés administratifs, moins visibles et moins sensibles. On déshabille Pierre pour habiller Paul.

Cette attitude ne nous étonne guère venant d’une ministre qui lorsqu’elle était DRH de Danone avait mis en place un licenciement boursier, licenciement qui avait fait monter l’action de Danone, ce dont elle fut remerciée par une plus-value boursière personnelle de 1,13 million d’euros !

Le banquier Macron choisit bien ses collaborateurs. 

Préparons-nous donc à dénoncer ce plan de licenciement déguisé et à nous mobiliser à la rentrée pour le mettre en échec.

René Revol

Politique de l’eau et de l’assainissement : Bilan de 3 ans de mandat : mission accomplie !

2014- 2017 EAU POTABLE & ASSAINISSEMENT

Bilan de mandat / 3 ans : mission accomplie

En Avril 2014, suite aux élections municipales, j’ai été élu vice-président de la métropole de Montpellier, en charge de la politique de l’eau potable et de l’assainissement. Le 5 juillet 2017, le Président de la Métropole, Philippe Saurel, a mis fin de manière unilatérale à ma délégation. Celui-ci voulant imposer un exécutif uniquement composé d’adhérents d’un parti politique, en l’occurrence la République En Marche, les 7 vice-présidents refusant cette adhésion forcée ont donc  été  exclus  de  l’exécutif  métropolitain.  Cette décision arbitraire est totalement contraire au principe de la coopération intercommunale que nous avions mis en œuvre de 2014 à 2017.Dans ce document, je vous présente le bilan de mon mandat de trois ans. Le 7 mai 2014, dans la premières session extraordinaire du conseil d’agglomération, j’ai proposé à l’assemblée un programme d’action qui a été validé à l’unanimité. Les objectifs que j’avais fixés pour les 3 premières années ont été atteints et constituent une base solide pour l’avenir de notre territoire.

Nous avons mis en place une Régie publique de l’eau pour les 13 communes représentant 80% de la population où la Métropole exerce son autorité organisatrice.

Réalisée en 18 mois – délais le plus rapide en comparaison des autres situations nationales – elle fonctionne depuis le 1er janvier 2016, avec une efficacité reconnue par tous. De plus, cette mise en place s’est faite dans un esprit écologique, social et citoyen, qui n’a aucunement nuit à son efficacité économique.

Ecologique : nous avons engagé une politique de préservation de la ressource en eau essentielle en période de changement climatique.

Sociale : nous avons baissé de 10% le prix de l’eau, ce qui ne nous a pas empêché de multiplier par 3 les investissements par rapport à la période des délégataires privés.

Citoyenne : nous avons accompagné sa mise en place par un comité citoyen de suivi, et la régie a une personnalité morale, gérée par un conseil d’administration intégrant des représentants des associations, des comités de quartier, du personnel, du monde universitaire.

Pour le traitement des eaux usées, l’assainissement, nous avons poursuivi un effort majeur d’investissement, notamment avec l’intercepteur Est, soit 16M d’euros essentiels à la préservation de l’environnement. Dans la renégociation des délégations de service public pour l’assainissement, nous avons obtenu à la fois une amélioration des prestations et une baisse des prix, que nous avons pu redistribuer aux usagers. Plus essentiel, la collectivité récupère la propriété du système d’information en 2017, sans coût supplémentaire et surtout la possibilité est ouverte, en cette fin d’année 2017, de mettre fin à la délégation de Véolia sur Maera. En effet, l’investissement de 100 Millions d’euros, prévu pour étendre et améliorer la station d’épuration de Maera peut se faire en retournant en régie directe permettant ainsi aux services publics de mieux contrôler les entreprises qui se verraient attribuer ce marché. En tout cas c’était ma volonté politique clairement affirmée et je suis surpris du flou de Philippe Saurel sur ce dossier. La porte serait-elle rouverte aux multinationales de l’eau ? Nous avons également mis en œuvre un vaste programme de coopération décentralisée avec le sud (qui était totalement ignoré avant 2014) et nous veillerons attentivement à son développement.

Enfin, les citoyens de la Métropole disposent d’un organe de contrôle démocratique avec la création le 22 mars dernier de l’OMME (Observatoire Montpellier Métropole de l’Eau), dont la vigilance et le dynamisme seront pour nous tous très utiles. Fiers du mandat accompli en trois ans, regroupés avec la majorité des maires de la Métropole qui refusent le repli sectaire de son Président, nous poursuivrons notre travail de coopération intercommunale avec la même énergie au bénéfice de l’intérêt général.

René REVOL,
Maire de Grabels,
Conseiller communautaire Montpellier
Méditerranée Métropole.

REGIE DES EAUX au service des citoyens

2014/2015 : Le temps de la mise en œuvre.

Au terme de mois de travail et d’échanges, nous sommes parvenus à atteindre les objectifs que nous nous étions fixés, à la surprise d’un grand nombre d’observateurs qui faisait part de leur scepticisme, notamment sur le délai annoncé de 18 mois pour créer et mettre en œuvre la régie des eaux de Montpellier Méditerranée. Comme vice-président, j’avais la responsabilité de mener à terme la mise en place d’une véritable Régie publique. L’Agglomération de Montpellier aura ainsi été celle qui a eu le courage d’interrompre l’appel d’offre lancé par l’ancienne majorité pour la poursuite de DSP afin de réaliser le passage en régie publique dès 2016.

2016/ 2017 : La Régie un acteur public majeur

Le retour en gestion publique, effective depuis le 1er janvier 2016, a permis à la Régie des eaux de Montpellier Méditerranée Métropole de devenir un acteur public majeur de la gestion de l’eau du territoire. La volonté de la Régie des eaux, à l’unisson des engagements de la Métropole de Montpellier Méditerranée, est de garantir un service de qualité et un prix de l’eau transparent et maîtrisé tout en défendant une vision stratégique et de long terme pour une gestion durable de la ressource en eau.

La Régie des eaux promeut un modèle économique, social et environnemental éco-citoyen pour la préservation de la ressource et la lutte contre le changement climatique.

La Régie des eaux c’est :

– investir13 M € en 2017 soit 43% du budget de la Régie des eaux.

– sécuriser la distribution d’eau avec la décision de construction d’une nouvelle usine de potabilisation (Valedeau)

– lutter contre les fuites en augmentant le taux de rendement du réseau qui en un an est passé de 79% à près de 81%

– rénover26 des 31 ouvrages de stockage d’eau

– promouvoir une gestion raisonnée de la ressource en sensibilisant les usagers et les citoyens.

Les temps forts du retour en gestion publique de l’eau potable

mai 2014 : convoqué en session extraordinaire, le conseil de Montpellier Agglomération se prononce pour le retour de l’eau potable en régie publique au 1er janvier 2016, à l’unanimité des présents (77 voix pour et 14 abstentions).

19 juin 2014: les élus actent la création d’un comité citoyen de suivi de mise en œuvre de la régie publique de  l’eau,  comité  citoyen  qui  regroupe  des  élus,  des associations, des usagers, des personnels qualifiés et des scientifiques de divers horizons.

25 juin 2014 : Première réunion du comité de suivi à Grabels, sous la présidence de Philippe Saurel.

30 octobre 2014: le Conseil d’Agglomération déclare « sans suite le marché de DSP au privé de l’eau potable pour motif d’intérêt général ».

1er janvier 2015 : Montpellier Agglomération devient Montpellier Méditerranée Métropole.

Février  2015:  le  Comité  citoyen  dans  son  avis  à  la Métropole  se  prononce  pour  la  création  d’une  régie publique à autonomie financière et responsabilité morale (régie personnalisée).

28 avril 2015: adoption des statuts de la Régie des eaux par le Conseil de Métropole, en accord avec le Comité citoyen et  la Conférence des Maires.

18 mai 2015: 1er conseil d’administration de la Régie des eaux composé de 20 membres dont 14 élus, 1 personnalité qualifié, 4 représentants d’association et 1 représentant du personnel. René Revol et Thierry Ruf (personnalité qualifié), sont respectivement élus Président et vice-président. Grégory Vallée est nommé Directeur.

Juin 2015 : signature d’un accord de méthode entre la Régie et les organisations syndicales sur le transfert des personnels de Veolia.

Décembre 2015 : le choix a été fait d’une baisse (10%) raisonnée du prix de l’eau pour permettre à la Régie des eaux de multiplier par trois l’investissement.

Coopération avec les territoires limitrophes

Signature de la convention de vente d’eau en gros

Le 25 octobre 2016, Montpellier Méditerranée Métropole, la Régie des Eaux, le SMEA et la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup ont signé la convention de vente d’eau en gros qui ouvre une nouvelle ère dans les relations entre la Métropole et le territoire du Grand Pic Saint-Loup. Elle est le fruit d’une impulsion politique forte et d’une coopération des services, notamment ceux de la Direction Eau et Assainissement, qui signent une volonté de trouver des solutions justes pour chacune des parties. La convention entérine l’accord sur le prix de vente de l’eau pour les 10 ans à venir (2016-2025) à 14,8 centimes le m3, intégrant le coût de production et les investissements prévus pour sécuriser l’ensemble des installations.

ASSAINISSEMENT  investir et préparer l’avenir

2014 : Le temps de la renégociation

A l’été 2014, nous n’avions pas les moyens humains et techniques de gérer en même temps le retour en Régie publique de l’eau potable et celui de l’assainissement. En effet réussir le passage en gestion publique en moins de 18 mois était déjà un énorme défi à relever. Il a donc été décidé de revoir le marché public afin de renforcer les droits de la collectivité, d’obtenir la baisse des marges des délégataires au profit de la collectivité et des usagers et de préparer en fonction du choix des élus la possibilité d’un retour en régie publique de l’assainissement. Les discussions durant l’été 2014 ont ainsi permis de réaliser des avancées significatives sur les différents lots (Maera, réseau Maera, secteur Est Ouest), en sachant que les marges de manœuvres étaient plus que limitées, car le marché public avait été lancé par l’ancienne majorité quelques mois avant les échéances électorales.

– Secteur Est et Ouest attribué à ALTEAU. Ce secteur (17 communes) est couvert par13 stations d’épuration largement modernisées ces dernières  années.  Avec  une  part délégataire  ramenée  a  1,0000  € HT/m3 (1er janvier 2015),  soit  une baisse de 0,0230 € HT/m3, le gain annuel estimé pour notre intercommunalité représente 71 203 € HT/an.

– l’usine de traitement des eaux usées Maera (un lot) et le réseau Maera (un lot) conrespondant aux 14 autres communes de la Métropole dont le réseau est raccordé à l’usine MAERA, ont été attribués à Veolia qui acceptait une baisse de la part délégataire de – 0,1278 € HT/m3,  représentant un gain important pour Montpellier3M estimé à 2,9 Millions € HT annuel. Au final, les négociations des trois marchés de DSP ont permis  au  budget  assainissement  d’enregistrer  des recettes supplémentaires de 3,3 M€/an et sur la durée des trois contrats de DSP ces recettes supplémentaires sont estimées à 23 M€, pour servir à réaliser le plan d’investissement du schéma directeur de l’Assainissement.

2015/2020 : L’enjeu des réalisations majeures

L’intercepteur Est. La pose de ce collecteur sur 12 kms s’inscrit dans le développement du Schéma Directeur d’assainissement prévoyant de déconnecter les réseaux séparatifs des réseaux unitaires afin d’améliorer la collecte des eaux usées jusqu’à MAERA et de préserver le Lez. MAERA.  A  été  approuvé  un  programme  de  travaux ambitieux en vue de l’extension et l’optimisation de la station d’épuration répondant aux objectifs prioritaires qui sont d’intégrer les exigences de traitement par temps de pluie; de proposer une filière boues complète et dédiée ; d’assurer « zéro nuisance » pour l’environnement immédiat du site et de faire passer l’usine d’épuration des eaux usées d’une capacité de traitement de 470 000 équivalents-habitants  à  600  000  à  l’horizon  2030.  Ce programme  de  travaux  a  fait  l’objet  d’un  accord longtemps jugé irréaliste entre la métropole de Montpellier et la communauté d’agglomération du Pays de l’Or. Parmi les principaux travaux un bassin de rétention de 750 000 m3 sera  construit  d’ici  à  2018 afin  de  régler  le  problème  de pollution. Mais certains acquis sont-ils en passe de disparaître ? La valorisation des eaux usées traitées (ReUSE) est un maillon indispensable à la logique d’économie circulaire, c’est aussi un des vecteurs de bonne gestion de la ressource, qui permettrait de limiter l’usage de la ressource naturelle et d’améliorer le traitement des eaux usées traitées. Le développement du biogaz à partir des déchets issus du traitement  des  eaux  usées. C’est  un  enjeu  économique lorsque  l’on  sait  que  la  facture  annuelle  pour  Maera représente 1 million d’euros. Le retour en régie directe de l’usine Maera dès les prochains mois, ce qui permettrait de mieux gérer la station.

« La délégation de service public en cours est de sept ans, partagée en deux périodes de trois ans et demi. Cela pour laisser une éventualité de mise en place d’une régie publique Assainissement retour vers le public ? » René Revol

La gestion publique de l’assainissement, des questions à poser maintenant pour faire les bons choix en 2020.

Dans le cadre de la DSP passée en 2014, Veolia va remettre la totalité du système d’information à la Métropole, ce qui permettra d’acquérir la maîtrise technique des outils nécessaires à la reprise en gestion publique sans coût supplémentaire pour la Métropole. Ainsi dès maintenant pour MAERA et en 2020 pour le réseau, la Métropole a la  possibilité  de  décider  entre  un  retour  en  régie  publique  de l’assainissement. Que va-t-il advenir de ce projet ?assainissement. »

L’OBSERVATOIRE  la citoyenneté renouvelée

Création de l’observatoire de l’eau (OMME) présidé par Michel DEBLAIZE, ancien directeur de la délégation régionale de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée et Corse. A l’occasion de la journée internationale de l’eau, le 22 mars 2016, l’Observatoire Montpellier Métropole de l’Eau (OMME) a officiellement tenu sa réunion inaugurale. Instance de démocratie participative, indépendante, créée par le conseil de la Métropole, l’Observatoire Montpellier Métropole de l’Eau (OMME) est un lieu d’échange, de réflexion et de suivi qui souhaite faire participer les habitants de la Métropole etdes territoires limitrophes aux problématiques liées à l’eau et à l’assainissement. Sa vocation est de fournir des avis consultatifs aux élus. La composition de cet observatoire est marquée par une représentation plurielle où les représentants des usagers, des locataires, des consommateurs et des citoyens soucieux de l’environnement côtoieront des élus, des chercheurs et des professionnels investis dans la thématique de l’eau. Ainsi l’Observatoire Montpellier Métropole de l’Eau se compose de 11 représentants pour chacun des trois collèges suivants : élus, acteurs institutionnels, universitaires et chercheurs. Le collège des usagers compte quant à lui 12 représentants. Ces représentants sont nommés par le Président de la Métropole de Montpellier pour une durée de 3 ans, sans que leur mandat ne puisse excéder celui des élus métropolitains en cours.

L’objectif est de mettre en place un espace citoyen de vigilance et d’information, où les élus de la Métropole et des intercommunalités voisines, les services de l’administration, de la Régie des eaux et des syndicats puissent questionner et être questionnés… Certes, ce n’est pas un espace délibératif c’est toujours le Conseil de Métropole qui prend les décisions. Mais l’Observatoire peut proposer un sujet et il doit rendre accessibles ses avis, ses rapports… à toutes ettous, pour une plus grande démocratie de l’eau, c’est aussi cela l’enjeu de la gestion publique de l’eau.

Coopération décentralisée

La loi permet de consacrer jusqu’à 1% du budget « eau » de la collectivité à des actions de solidarité internationale concernant l’eau et  l’assainissement.  Totalement  absente avant 2014, nous l’avons largement engagée depuis en mettant en place en partenariat  avec  l’agence  de  l’eau  des  actions concernant l’eau potable et l’assainissement dans les pays suivants : Maroc, Mauritanie, Burkina-Faso, Niger, Haïti, Liban (pleine de la Bekaa), villages du sud de l’Inde. Une quinzaine d’autres actions ont été préparées et ne doivent donc pas être abandonnées. Ces actions de solidarité internationale s’inscrivent dans une stratégie de préservation de la ressource et d’amélioration de l’environnement dans le contexte d’urgence créé par le changement climatique.

La Régie des eaux participe de la promotion de la gestion publique

La Régie des eaux a adhéré au niveau national à France eau Publique, créée en 2012, elle regroupe 42 collectivités et opérateurs publics en charge de l’alimentation en eau potable et de l’assainissement des eaux usées de près de 11 millions d’habitants, soit 17% de la population totale française. Les membres de France Eau Publique reconnaissent l’eau comme un bien commun et vital pour l’humanité. Ses membres collaborent au sein de groupes thématiques pour confronter leur savoir-faire, s’inspirer des meilleures pratiques et progresser ensemble. Aqua Publica Europea, qui rassemble les services publics d’eau et d’assainissement et leurs associations nationales et régionales dont le  but  est  de  promouvoir  la  gestion  publique  de  l’eau.  Les opérateurs  membres  d’APE  fournissent  des  services  d’eau  et d’assainissement à plus de 60 millions de citoyens en Europe !

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Comment vaincre le fascisme ? 

Le lendemain du 7 mai, lors de la journée pour la commémoration de la victoire sur le nazisme, les insoumis de Montpellier et de sa région rendront hommage à la résistance et au programme du conseil national de la résistance en se rassemblant à 15 heures dans les jardins du Peyrou où se trouve la photo de Jean Moulin. À cette occasion, je reviens ici sur la meilleure manière de combattre le fascisme.

Quelques mots pour se détourner du brouillage et de la confusion entretenus dans cet entre deux tours de l’élection présidentielle. L’armada médiatique des dominants s’est mobilisée au nom de l’antifascisme pour appeler à voter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Je laisse de côté ici les injonctions à la fois ignobles et ridicules à l’adresse de Jean-Luc Mélenchon pour qu’il se rallie à cette cohorte. Injonctions qu’il a eu raison de ne pas suivre, maintenant ainsi l’unité de ses électeurs partagés entre ceux qui se résolvent à voter Macron tout en s’opposant à sa politique et ceux qui ne parviennent pas à s’y résoudre et font le choix de l’abstention ou du vote blanc. La sinistre campagne des bien-pensants pour assimiler cette position à celle du ni-ni n’est pas parvenue à travestir la position claire et tranchée de la France insoumise : pas une voix ne doit se porter sur Marine Le Pen. Passons à la question de fond : devant un péril qui s’apparente au fascisme, comment le combattre et le vaincre ? Quelle stratégie mettre en place ?

Mais précisons d’abord brièvement la nature du Front National. Si ce n’est pas encore du fascisme assumé, on s’en approche. Historiquement e fascisme est un mouvement de mobilisation d’une partie du peuple pour à terme en finir avec la démocratie et briser le mouvement ouvrier syndical ; il s’accompagne généralement de milices plus ou moins armées et développe une xénophobie pour fixer sur l’étranger la colère populaire et la détourner du banquier. Le mouvement politique du fascisme a pris, depuis un siècle et selon les contextes historiques et nationaux, des formes variées. Sans s’attarder ici sur l’analyse de ces différentes variantes, il importe de signaler en quoi le Front National en reprend une part significative.

Avec par exemple son appel au peuple contre les élites, son discours ni droite ni gauche, l’habillage social qui implique le refus de l’universel et le racisme, ce sont autant d’invariants caractéristiques du fascisme, même si pour le moment le Front National donne le sentiment de se plier au jeu démocratique électoral et n’en est pas encore à mobiliser ouvertement des milices armées. Non seulement cela peut venir, mais on doit réfléchir au combat contre le Front National en tenant compte de sa potentialité fasciste.

Comme le prouvent toutes les expériences historiques, le mot d’ordre du simple antifascisme est nettement insuffisant et peut nourrir toutes les confusions. Jusqu’à nos jours la forme électorale prise de manière dominante pour lutter contre le Front National était le front républicain. Le front républicain consiste au fait que tous les partis de droite et de gauche qui se déclarent républicains mettent sous le boisseau leurs divergences pour s’unir lorsqu’il y a un danger que le Front National devienne majoritaire. On a vu ce front républicain à l’œuvre lors des dernières régionales en faveur des candidats de droite en PACA et en Ile-de-France. On l’avait vu aussi à l’œuvre en 2002 pour Jacques Chirac ainsi que dans différentes situations municipales, départementales ou législatives. Je me suis toujours opposé à cette stratégie qui visait à estomper toute différence entre la droite et la gauche ; il ne faut pas alors s’étonner qu’une partie de la population finisse par mettre dans le même sac la droite et la gauche, et plus encore quand, comme cela a été le cas dans les cinq dernières années, la « gauche » fait une politique de droite.

Le front républicain n’a eu au fond qu’un seul effet : renforcer la montée du Front National. On le voit à nouveau à l’œuvre dans ce second tour des élections présidentielles avec les appels à voter sans condition pour Emmanuel Macron venant de tous les bords pour faire barrage au Front National. Si on peut comprendre l’utilisation de ce bulletin de vote pour éviter le pire, on peut tout aussi bien comprendre le refus de se saisir de ce bulletin qui légitime la politique du candidat. D’autant que le candidat Macron assure clairement le maintien de sa politique ultralibérale au nom des 24 % obtenus au premier tour ; cela après s’être présenté comme le seul vote utile contre le Front National et quand bien même les enquêtes d’opinion indiquent que près de 40 % de ses électeurs du premier tour déclare ne pas partager sa politique. Ce tour de passe-passe est devenu si coutumier et grossier que la majorité des électeurs s’en aperçoit, dont une partie de ceux qui vont voter pour lui au second tour. Quel que soit le résultat, la stratégie du front républicain a fait faillite dans sa lutte contre le Front National.

Certes le ralliement de la gauche au front républicain contribue à la confusion. Mais pour aller plus loin dans l’analyse il faut prendre en compte qu ce qui nourrit surtout la montée de l’extrême droite c’est le soutien par une partie de la gauche des politiques néolibérales. Politiques qui nourrissent le chômage et la misère d’une grande partie de la population. Cette assemblage du front républicain et du soutien aux politiques d’austérité a déjà dans l’histoire été expérimenté plusieurs reprises, avec chaque fois les mêmes effets catastrophiques. Ce fut ainsi le cas entre 1929 et 1933 en Allemagne dans la république de Weimar. Le parti socialiste allemand, le SPD, a eu cette même stratégie. Lors de l’élection présidentielle le candidat socialiste s’était rallié au vieux maréchal réactionnaire Hindenburg pour faire barrage à l’arrivée d’Hitler puis a régulièrement apporté son soutien aux différents gouvernements de centre-droit, notamment celui de Brüning dont la politique d’austérité a profondément aggravé les conséquences sociales catastrophiques de la crise économique de l’époque. Il faut ajouter à ce tableau le rôle joué par le parti communiste allemand (le KPD) qui, suivant les consignes de Moscou, considérait que le parti socialiste plus dangereux qu’Hitler ! Aux élections de novembre 1932, le parti nazi avait 33 % des voix et le parti socialiste et le parti communiste près de 40 %. Mais le vieux maréchal préféra nommer un gouvernement de transition avant de nommer Hitler chanchellier fin janvier 1933 Hitler au pouvoir. On connaît la suite. Des attitudes similaires de la social-démocratie dans d’autres contextes historiques ont abouti au même résultat. En désespérant la population laborieuse par des politiques néolibérales qui ne profitent qu’aux plus riches, on les jette nécessairement dans les bras du fascisme si aucune alternative n’est proposée à gauche.

On trouve aussi une autre justification ou front républicain antifasciste. Il faudrait se résoudre à ne rien changer à l’ordre existant et de se concentrer dans l’immédiat sur l’urgence que constitue la lutte contre le fascisme. On retrouve cette attitude en France et en Espagne entre 1934 et 1938. Après les émeutes fascistes et antiparlementaires du 6 février 1934, les manifestants du 12 février ont imposé aux deux cortèges séparés du parti socialiste SFIO et du parti communiste de fusionner en une vaste marée humaine, ce qui a été la première marche d’une mobilisation populaire qui débouchera sur la victoire électorale du Front populaire et la grève générale de juin 1936. Or devant cette mobilisation les dirigeants du parti socialiste et surtout du parti communiste français, suivant une recommandation du Komintern, développer une stratégie du rassemblement de tous les Français contre le fascisme, mettant au second rang les attentes de transformation sociale que la mise en place des 40 heures des congés payés avait profondément nourrie dans le peuple. Cette stratégie de l’union nationale ne pouvait conduire qu’à l’échec. En Espagne alors que l’armée de Franco lança son insurrection les dirigeants des partis du centre-gauche, du parti communiste espagnol et de l’aile droite du PSOE faire tomber le gouvernement de largo caballero, représentant l’aile gauche du parti socialiste, lui reprochant d’engager des réformes sociales profondes avant de s’être assuré de la victoire militaire sur le fascisme. Ils n’hésitèrent pas à utiliser la violence pour réduire au silence ce qui n’acceptait pas ce front républicain son contenu social. Le peuple espagnol ne voyant pas ainsi sa condition se modifier, la majorité paysanne voyant refuser le partage des terres, les ouvriers des villes voyant que leur salaire augmentait pas, il est normal que la population fut moins facile à mobiliser dans la guerre contre Franco ; d’autant qu’en même temps le gouvernement de Léon Blum décidait la non-intervention alors que Hitler et Mussolini apporté un soutien sans faille à l’armée de Franco.

Ces expériences des années 30 on nourrit de nombreuses discussions à l’époque est particulièrement dans les rangs de la résistance pendant la seconde guerre mondiale. C’est pour cela que la déclaration de mars 1944 du conseil national de la résistance–« les jours heureux » contient avec la plus grande clarté à la fois la nécessité de l’unité dans une implacable contre l’occupant nazi et en même temps avant sa perspective d’une vaste transformation sociale. Ainsi le ressort de la résistance n’est pas seulement l’antifascisme mais en même temps l’aspiration à un monde nouveau libre, juste, plus égale, plus fraternel.

Aujourd’hui il y a aussi dans le vote pour Marine Le Pen le vote sombre du désespoir. Le front républicain qui dissout les différences entre la droite et la gauche et la poursuite des politiques néolibérales qui accroissent inégalités et chômage nourrissent la montée du fascisme. De cette analyse (volontairement sommaire à cette étape) se déduit la définition d’une autre stratégie.

Contre le Front National, les discours mielleux débordant de bons sentiments moralisateurs, prononcés à foison par des intellectuels aux journalistes entourés par les grands patrons du CAC 40, ont autant d’effets sur les électeurs que de l’eau sur la plume d’un canard. Ils sont totalement contre-productifs car ils nourrissent la haine contre le système. La seule stratégie efficace contre le Front National consiste à développer dans les classes populaires une politique de rupture avec l’ordre économique dominant néolibéral. Rompre avec le compromis social libéral et le ventre mou qui rassemble la droite républicaine et le parti socialiste est une condition préalable à toute action politique crédible dans la majorité de la population. Et doit alors se déployer un véritable programme de réduction des inégalités, de relance de l’activité créatrice d’emplois, de solidarité avec tous, de transition écologique assumée par la planification écologique, de retour à une véritable démocratie qui redonne la parole au peuple. C’est le choix fait par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. Au début en février 2016, ceux de mes amis encore pris dans les habitudes des structures politiques du passé n’y ont pas cru et ont exprimé leurs doutes. Mais quasiment tous ont depuis reconnu que c’est grâce à cette posture de rupture et à cette stratégie de transition systémique que le discours de Jean-Luc Mélenchon, favorisée par son talent exceptionnel, a pu faire naître une nouvelle espérance populaire. Ainsi au vote sombre du désespoir s’est en partie substitué un vote d’espoir, qui a su entraîner la majorité de la jeunesse comme de nombreux quartiers populaires. Cette candidature et ce programme je l’ai porté dans les couches populaires et dans la jeunesse, à commencer dans ma propre commune. Grâce à ce travail entre 2012 et 2017 le vote pour Marine Le Pen est passé de 22 % à 17 % et celui pour Jean-Luc Mélenchon de de 15 % à 27 %. Reconquérir les esprits et les cœurs pour faire des citoyens non seulement des électeurs mais aussi des acteurs majeurs du changement est une tâche enthousiasmante.

Pour combattre et vaincre le fascisme, il faut rompre avec l’ordre néolibéral et mobiliser le peuple pour qu’il se rassemble autour d’un projet de transformation sociale. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, qui ont vu se rassembler sur le nom de Jean-Luc Mélenchon plus de 7 millions d’électeurs dont 95 % selon les enquêtes d’opinion déclarent partager son programme, constituent un socle solide pour les étapes suivantes, à commencer par les élections législatives du 11 et du 18 juin où il nous faut partir conquérant avec notre programme l’avenir en commun. Les beaux matins arrivent plus vite que prévu.

René Revol

Lettre ouverte aux maires et conseillers municipaux

Chers collègues,

Je fais partie des 850 parrainages qui ont permis à Jean-Jean Luc Mélenchon d’être candidat à l’Election Présidentielle. Je l’ai fait non seulement par souci démocratique pour permettre son expression politique mais aussi et surtout parce que je partage les solutions qu’il avance pour notre pays. Et tout particulièrement en tant que maire soucieux de l’avenir de nos collectivités.

Je m’adresse franchement à chacun d’entre vous, conscient qu’à une semaine du premier tour, je me dois et je vous invite à le faire, de prendre mes responsabilités devant mes concitoyens.

Quatre candidats sont aujourd’hui susceptibles d’être qualifiés pour le second tour. Tout citoyen attaché à la république et à la paix civile se doit de rejeter la candidature de Madame Le Pen dont le programme se fonde sur la division et la haine des Français entre eux. Quant à Messieurs Fillon et Macron, leurs propositions nous promettent un avenir très sombre  pour nos collectivités. Non seulement ils ne remettent pas en cause la réforme territoriale du quinquennat et les profondes atteintes à la libre administration des communes, mais leurs plans de réduction massive pour les cinq ans à venir du nombre de fonctionnaires (150 000 pour Macron, 500 000 pour Fillon) concernent au premier chef selon leurs propres dires les collectivités locales. Cela conduirait à un affaissement des services publics municipaux, à des mesures drastiques, voire à des fermetures ou des privatisations – par exemple pour les crèches municipales ou les services périscolaires. Quel sort serait alors réservé aux polices municipales ou aux centres communaux d’action sociale (dont un rapport officiel soulignait le soi-disant double emploi avec d’autres services sociaux) ? Les moyens de contrainte, clairement annoncés, relèvent de mesures d’asphyxie de nos finances communales. Serait ainsi accentuée la sévère diminution de la dotation globale de fonctionnement mise en oeuvre sous le mandat de Monsieur Sarkozy avec l’aide de Monsieur Fillon puis sous le mandat de Monsieur Hollande avec l’aide de Monsieur Macron. Ce serait pour l’ancien premier ministre une réduction de 7 ½ milliards sur cinq ans, et pour l’ancien ministre de l’économie de 10 milliards.

Confrontées aux difficultés présentes de boucler le budget de l’année 2017, nos municipalités seraient avec de telles réductions proprement asphyxiées. Pour sa part Monsieur Macron ajoute à cela sa proposition de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers fiscaux en nous annonçant une compensation financière par l’État. Si par expérience nous savons que ces promesses de compensations de l’État se réduisent comme peau de chagrin, nous savons aussi que l’objectif poursuivi dans cette affaire est de nous dessaisir du levier fiscal. Pour un gouvernement courageux ces deux impôts injustes que sont la taxe d’habitation et la taxe foncière appelleraient une profonde réforme pour les indexer sur le revenu et la richesse, mais ne devraient en aucun cas être instrumentalisées contre les collectivités locales.

En tant que Maire, notre responsabilité est aujourd’hui engagée pour barrer la route à la mise en oeuvre de politiques qui mettraient à mal l’intérêt de nos communes.

Vous pouvez, sans avoir à partager tout le programme porté par Jean-Luc Mélenchon dans l’Avenir en Commun, prendre acte des propositions utiles qu’il avance pour nos collectivités.

Dans le cadre de la refondation républicaine, à travers l’élaboration d’une nouvelle constitution, il propose de rétablir pleinement la libre administration des communes qui, depuis la révolution française, est l’un des principes fondateurs de la République. Seraient dans ce cadre remis en cause les funestes réformes territoriales de ces dernières années de concentration dans les métropoles et les grandes régions des moyens et des pouvoirs, de l’éloignement des citoyens des centres de décision. La remise à plat de la réforme territoriale est une urgence et un chantier qui nous incombe au premier chef.

Jean-Luc Mélenchon propose par ailleurs de rétablir les dotations de l’État aux communes au niveau où elles se trouvaient avant les deux derniers quinquennats. Son programme inclut aussi un plan d’investissement massif de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour la transition écologique et l’investissement public ; nos communes sont en attente de tels investissements publics. Il propose, outre la suppression de la très mauvaise réforme des rythmes scolaires, que l’État finance les communes pour leur permettre de garantir la gratuité des cantines scolaires. Pour ma propre commune de 7500 habitants, accueillant plus de 700 enfants dans ses écoles maternelles et élémentaires, j’ai fait un calcul de ce que coûterait une telle mesure : cette dépense serait inférieure à la baisse de la dotation qu’on nous a imposé depuis cinq ans, le rétablissement de l’ancien niveau de la DGF le permettrait.

Chers collègues, une élection présidentielle n’est pas un concours de beauté pour choisir le gendre idéal. C’est un choix collectif qui engage l’avenir. En soutenant Jean-Luc Mélenchon faisons ensemble le choix de l’optimisme.

René Revol

« Les pommes Mélenchon »

La gratuité des cantines scolaires, c’est possible.

À Montpellier les membres de la France insoumise ont eu la bonne idée d’aller distribuer des pommes bio et des crayons sans marque à la sortie des écoles pour populariser la proposition du programme de Jean-Luc Mélenchon visant à la gratuité complète de l’école laïque et notamment la gratuité de la restauration scolaire. Cette initiative a rencontré un vif succès, au point que les enfants n’ont pas tardé à parler des « pommes Mélenchon » !

Certains détracteurs n’ont pas manqué de fustiger la ruine financière qu’entraînerait la gratuité de la restauration scolaire. Je voudrais leur répondre en prenant l’exemple très concret de la restauration scolaire dans mon village dont je suis le Maire. Chaque jour ouvrable, c’est-à-dire quatre jours pendant 36 semaines, nous fournissons autour de 500 repas quotidiens. Les produits sont issus de l’agriculture raisonnée ou biologique et tous les matériaux sont certifiés « développement durable », donc recyclable. Les repas proprement dits ont un coût annuel de 260 000 € et l’ensemble des autres coûts liés au service des repas (personnel des cuisines et d’encadrement des enfants, nettoyage etc.) représente un coût annuel de 240 000 €. En conséquence la restauration scolaire nous revient à 500 000 € sur une année. Comment cela est-il financé actuellement ? D’une part il y a la contribution financière des familles avec une tarification différenciée selon les revenus avec sept tranches, la tranche supérieure contribuant quatre fois plus que la tranche inférieure ; cette contribution ne couvre pas, loin s’en faut, le coût des repas puisqu’elle rapporte annuellement autour de 200 000 €. D’autre part les 300 000 € manquants sont donc couverts par la solidarité communale c’est-à-dire par les impôts de tous. Vous l’avez compris : pour rendre gratuit les repas scolaires de ma Commune il en coûterait donc 200 000 €. Je vais donc maintenant rapporter ce chiffre à la baisse des dotations de l’État imposée à ma commune : en cinq ans la dotation globale de fonctionnement que nous verse l’État est passé de 800 000 € à 400 000 € ! Cette dotation ne représente plus que 5 % du budget global de la commune de 7500 habitants, la mettant ainsi sous tension financière. Il suffirait donc que le nouveau Président de la République et son gouvernement nous rétablissent le niveau des dotations d’il y a cinq ans pour que nous puissions, avec seulement la moitié de cette augmentation, assurer la gratuité des repas. Ce serait donc tout à fait à la portée des communes de réaliser cet engagement si celles-ci retrouvaient le niveau des dotations d’il y a cinq ans, qui n’était pourtant pas extraordinaire. La gratuité de la restauration scolaire est donc possible.

Cette gratuité est nécessaire pour plusieurs raisons :

  • d’abord, il est de la responsabilité de la collectivité de fournir un repas équilibré et de qualité à tous les enfants ce qui contribue à la bonne santé générale de la population.
  • Ensuite, cela permettrait de rendre du pouvoir d’achat aux familles notamment les plus modestes.
  • Enfin, tous les enfants seraient ainsi traités sur un pied d’égalité quelles que soient leurs origines sociales.

Je ne compte pas le développer ici mais il faut également engager une réflexion sur le contenu et le prix de toutes les activités périscolaires. Car en effet selon que vous êtes dans une commune riche ou pauvre, selon les choix de l’équipe municipale, les enfants disposent d’activités périscolaires très inégales  en qualité et en coût. Or certains enfants de ma commune passent, au cours d’une année, plus de temps dans les activités périscolaires qu’en classe. Le périscolaire joue donc un rôle important dans l’éducation de nos enfants ; il les met dans de meilleures dispositions pour entrer dans les apprentissages scolaires. Or, dans ce domaine, surtout après la réforme catastrophique des rythmes scolaires réalisée par Peillon et Hamon, il règne une inégalité criante sur le territoire national. Une politique éducative nouvelle doit donc encadrer nationalement les contenus des activités périscolaires et mettre en place un plan de financement permettant d’aller vers la gratuité.

René Revol