Après la retraite, l’offensive !

Dans cette note je vous parle de mon départ en retraite, de la crise de la zone Euro et des perspectives de la rentrée.

RETRAITE . Voilà c’est fait : en septembre ce sera la première fois depuis 1971 que je ne ferai pas la rentrée des classes ! Le 12 juillet dernier j’ai fêté l’évènement à Grabels  avec prés de 200 de mes amis (sans compter tous les messages reçu de partout de ceux qui ne pouvaient pas se joindre à nous) ; j’ai été touché des marques d’amitié de tous ceux qui partagent les différents moments de ma vie professionnelle ou publique. Je les remercie ici personnellement n’ayant pas la possibilité et le temps de m’adresser à chacun d’entre eux. Mais ce qui m’a le plus touché c’est cette délégation d’étudiantes d’hypokhâgne qui ont fait le déplacement et dont la prise de parole fut un grand moment. Car il faut bien l’avouer ce que je regrette le plus ce sont les étudiants. Si je n’aurai aucun mal à me passer de la centaine de copies menssuelles, des formalismes et discussions quelque peu insipides des conseils de classe, des 300km hebdomadaires de voiture pour aller faire mes cours, par contre comment je vais faire pour me passer de ce contact permanent avec une jeunesse entre 17 et 20 ans. Il est de bon ton chez les adultes un peu politisés de se plaindre de la jeunesse et de son faible engagement…grosse erreur. Nul « jeunisme » dans ma remarque. Juste le constat que la jeunesse est le sismographe de la société et il faut savoir lire les signes qu’elle nous envoie. Vous trouverez dans une note précédente de ce blog une analyse de la jeunesse et de sa place dans la société. En tout cas pour moi, l’absence  de ce contact trente cinq semaines par an avec des jeunes en appétit de savoir et ouverts sur les enjeux sociaux et humains de ce monde, c’est indéniablement une perte dont je vais souffrir. Il faut se l’avouer en face. Je ne raterai aucune des occasions qui me permettront de les retrouver. Par ailleurs je n’abandonne pas les sciences sociales mais alors pas du tout. D’abord je monte une collection de bouquins de sciences humaines qui s’appelle « Rebonds » et dont je vous parlerai plus précisément début septembre. Le premier bouquin est de ma plume et parlera du capitalisme et je viens de l’envoyer à l’éditeur. Ensuite, je monte un cercle d’études avec des universitaires montpellierains qui mélangera étudiants et enseignants et toute personne qui voudra s’y joindre avec une séance mensuelle sur un thème important de sciences sociales avec la participation d’une personnalité ressource. Notre première séance est en octobre. Enfin, la montée en puissance du Parti de Gauche pousse des milliers d’adhérents vers la réflexion et la recherche sur la société pour éclairer leur action politique et je compte m’investir dans ce travail citoyen de formation.

Crise de la zone Euro.
Justement en ce moment il y a du boulot de formation à faire sur la crise de la zone euro. Je ne rentre pas ici dans le détail de l’analyse et des solutions alternatives. Vous trouverez dans ce blog des billets précédents qui en parlent et surtout le blog de Jean-Luc Mélenchon est remarquable sur ce thème. Donc juste un mot sur ce que je viens d’entendre à la radio sur les résultats du sommet européen du 21 juillet. Un journaliste ignorant vient de déclarer « L’Europe décide d’injecter 150 milliards d’Euros dans l’économie grecque. » C’est stupéfiant ! C’est zéro centime qui sont mis dans l’économie de ce pays mais c’est 150 milliards qu’on s’apprête à donner aux créanciers dela Grèce. Et en plus il ne s’agit que d’un fonds de garantie qui peut ne pas être entièrement mobilisé. En Grèce au contraire on ponctionne une bonne part de la richesse par des mesures d’austérité et de privatisations pour la donner aux banques notamment françaises. Donc le journaliste aurait du dire « L’Europe décide de prêter 150 milliards d’Euros àla Grèce pour qu’elle rembourse les grandes banques des pays riches qui lui ont prêté à des taux usuraires. Bref l’Europe a décidé de sauver les profits bancaires ! ». Ce qui me rassure c’est que le bon peuple s’en rend compte et se laisse de moins en moins berner. Dans les discussions avec les habitants de mon village c’est très sensible. Par contre on m’interroge beaucoup sur ce qui pourrait être fait à la place. De ce point de vue le Front de gauche a intérêt à formuler clairement ses propositions : rachat de la dette grecque et des pays en situation similaire par la banque Centrale Européenne au taux de 1% auquel elle prête aux banques privées (l’argent que celles ci avaient ensuite prêtées àla Grèce à plus de 10% !), mise en place d’un service public bancaire qui gère le financement des activités productives en se coupant de la spéculation financière, assumer le risque inflationniste qui peut en découler qui d’une part réduira le poids relatif de la dette sur les débiteurs et d’autre part sera compensé par une politique volontariste de ponction des plus riches et de redistribution sur la majorité de la population….. Je vois très bien ce que pourrait faire immédiatement un gouvernement du front de gauche, qui ne manque pas d’esprits fermes et éclairés pour mener une telle politique. Face au consensus mou des conservateurs, libéraux et sociaux démocrates à travers l’Europe qui consiste à capituler devant les diktats des puissances financières, doit s’affirmer une politique claire de rupture avec le système. J’aurai l’occasion de revenir sur ces points dans un prochain billet. Notamment en vous livrant une note de formation que je prépare pour mes amis du parti de gauche.

MELENCHON et révolution citoyenne : comment faire. 
Ce qui a changé dans le dernier mois c’est que le front de gauche est en campagne depuis que Jean-Luc Mélenchon a été désigné comme notre candidat commun. Ce qui a eu d’ailleurs pour effet d’élargir le Front de gauche avec la FASE et Clémentine AUTAIN et les dissidents du NPA avec Danièle OBONO, ces deux jeunes femmes nous apportant une richesse militante remarquable. A la rentrée notamment à la Fête de l’Humanité le programme partagé du Front de gauche sera définitivement présenté à tous et nos candidats aux législatives désignés. Un premier point décisif vient d’être acquis : la candidature de Mélenchon est la candidature unitaire de la vraie gauche et cela déclenche déjà un processus de rassemblement. Mais cela ne saurait suffire. Rassembler la gauche de gauche n’est pas en soi un but ; c’est un moyen. Le moyen de mettre en mouvement une mobilisation sociale et citoyenne qui renverse la table. C’est ce que nous appelons la révolution citoyenne. Si on ne veut pas que cela reste un simple slogan pour affiche de campagne il faut travailler à mettre en place les instruments de cette insurrection civique. C’est un de ses éléments que nous avons mis en place à la Paillade avec le Front de Gauche des Quartiers Populaires, que Mélenchon est venu rencontrer le 1er juillet dernier dans une ambiance de camaraderie et de fraternité populaire qui tranchait avec la bronca subie par Ségolène Royal deux semaines plus tôt. Rassembler immeubles par immeubles, formuler avec les habitants les cahiers de doléances concernant l’emploi, le logement, l’école, l’enfance …. et poser ces exigences face aux puissances de l’argent, mettre en mouvement les femmes et les hommes des quartiers ….telle est la tâche remplie par les citoyens pailladins qui se sont regroupés aux cantonales derrière la candidature de Mohamed Bouklit. Ce travail venu d’en bas va innerver désormais toutela France via les nombreux réseaux militants constitués par des années de luttes multiples. Ce travail peut mettre en mouvement les profondeurs d’une population qui jusqu’alors s’abstient de plus en plus. Tel est l’enjeu des assises nationales du Front de gauche des quartiers populaires qui se tiendront à l’automne à Montpellier, àla Paillade. On aura bien sûr l’occasion d’y revenir à la rentrée. Mais plus généralement c’est cette démarche de mise en mouvement des profondeurs qu’il faut initier partout : bien entendu dans les entreprises et les services publics où le Front de gauche a une solide tradition militante. Mais il faut aussi définir les mots et les moyens qui permettront par exemple de mobiliser les femmes et les jeunes aujourd’hui délaissés par les autres forces politiques qui n’ont que la résignation à leur offrir. Cet été est travailleur, réfléchi, exigeant ; le Front de gauche fourbit ses armes au moment où le PS commence sa compétition où d’ailleurs la course à la crédibilité devant les marchés financiers semble faire dériver tout ce petit monde à droite toute.

Bon vous l’avez compris : mon entrée en retraite professionnelle ne signifie en rien une mise en retrait d’autant que je dois vous rappeler que mon mandat de Maire de ma commune mobilise déjà 70% de mon temps libre. La bataille qui nous mène à 2012 est exaltante et profitez de l’été pour vous refaire une santé de fer (début août je suis sur mon kayak !) car « après la retraite, il y aura l’offensive ! »

Réflexions sur l’ile aux oiseaux : c’est parti !

Il y a un lieu d’exception pour moi ; dans un coin de Bretagne. Et je viens d’y remettre les pieds. Devant aller m’occuper de ma vieille maman bien seule et si loin, une fois mes obligations filiales accomplies, j’ai pris mon kayak de mer et je suis allé sur « l’île aux oiseaux ». Il faut arriver sur ce banc de sable à marée basse ; je monte le kayak sur la petite crête  blanche de coquillages, de pierres et de sable et j’attends deux heures que la marée envahisse le lieu et libère mon embarcation. Peu à peu les oiseaux de toute sorte (et pas seulement des mouettes) chassés par mon arrivée reviennent peu à peu une fois qu’installé je ne bouge plus et j’observe. La beauté du lieu, la puissance de l’océan, les coloris mauves de la lande qui est proche jouent avec le bleu le vert et le gris des flots et les touches blanches de la houle. Les embruns m’enveloppent et ma respiration devient extraordinairement fluide et légère. Les oiseaux m’entourent et ma pensée est comme libre…..

Vous vous demandez ce que vient faire cette confidence maritime sur un blog politique. C’est souvent sur cette île provisoire et chaque jour éphémère que j’ai pris de grandes décisions qui se sont imposées à moi dans ce lieu comme des évidences… C’est là notamment après l’échec du Non au référendum interne au PS sur le TCE en novembre 2004 que j’ai décidé quoi qu’il m’en coûte que le NON devait être défendu devant les citoyens et que ceux-ci avaient des chances de nous écouter. Vous savez ce qu’il en est advenu comme vous savez qu’en novembre 2004 les sondages donnaient le Non à 36%… En fait nous étions quelques uns à comprendre qu’une réorientation globale de la lute émancipatrice à gauche passait par une rupture avec l’Europe qu’on nous imposait. Cela déterminait toute la suite. Souvenez-vous comme c’était loin à l’époque d’être évident ; beaucoup hésitèrent. Cette perspective s’est imposée à moi dans ce lieu comme une nécessité. Très vite j’ai vu que nous étions nombreux dans notre réseau politique à être arrivé aux mêmes conclusions – notamment Jean-Luc Mélenchon dont la détermination dans cette affaire a été décisive, n’hésitant pas à mettre en danger tous ses mandats pour rester fidèle à ses idées. Pour moi, par cet acte fort et fondateur, il a gagné une confiance à gauche qui l’amène aujourd’hui à être le candidat unitaire de l’autre gauche. Ce jour de 2004 sur cette île aux oiseaux j’ai compris le nouveau chemin qui allait nous mener dans la construction d’une véritable alternative. Après tout, à travers de multiples batailles et vicissitudes, cette campagne du NON a ouvert la voie au Front de Gauche et au Parti de gauche.

Aujourd’hui j’ai la conscience aigüe que le monde roule à l’abîme ; l’agitation des communiquants aveugles qui nous gouvernent ne fait que m’en convaincre chaque jour un peu plus. Pas par pessimisme, mais par lucidité. Crise financière planétaire, mondialisation de plus en plus déséquilibrée, inégalités nationales et internationales croissantes, réchauffement climatique qui s’accélère, risque nucléaire confirmé, menace d’éclatement de l’Euro, révolutions arabes désormais confrontées dans trois pays au moins à sa transformation en guerre civile avec son lot de barbaries. Et pendant ce temps la médiacratie au comble de la médiocrité ne trouve qu’à se vautrer dans les affaires privées et sordides des uns et des autres… Nous sommes face à une crise systémique ; vient à la conscience de tous qu’on ne s’en tirera pas par une réformette. Les consciences sont travaillées dans les profondeurs. Cela nourrit indignations, luttes et révoltes ; elles sont des expressions de la volonté des peuples.

Mais nous le savons bien d’expérience : la colère, l’indignation, les révoltes populaires sont des moments indispensables, mais ne suffisent pas à renverser l’ordre politique dominant. Ne cédons pas aux sirènes de ceux qui nous préconisent d’abandonner la sphère politique et de nous replier sur la société civile.  Si les alternatives locales sont utiles et nécessaires, elles ne peuvent qu’être limitées, voire condamnées, sans prolongements globaux auxquelles d’ailleurs elles aspirent. La séparation entre politique et civil est mortelle. Ces deux sphères doivent au contraire se féconder l’une l’autre : « civiliser la sphère politique et politiser la sphère civile ! ». Devant la crise systémique du capitalisme les peuples attendent et recherchent des solutions radicales. Soyons à la hauteur de leurs attentes.  

Nous avons dans l’année qui vient en France une opportunité à saisir. Je l’ai bien senti et compris sur mon île aux oiseaux. Nous ne sommes pas dans un pays dirigé par cette gauche appliquant les potions amères du FMI et laissant ainsi le peuple sans représentation comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal.La Francea une échéance électorale qui peut lui permettre non seulement de chasser Sarkozy le malfaisant mais aussi d’offrir une alternative de rupture en Europe. Cette Europe qui va être demain l’épicentre de la crise, quand, de faillite grecque en faillite irlandaise et portugaise, la zone Euro sera emportée dans la tourmente. Le problème n’est pas de savoir si çà va se produire mais quand çà va se produire. Le temps qui passe est le délai qui nous est offert pour construire cette alternative.

Plus la crise européenne, sociale et écologique s’approfondit plus le doute s’installe quant à «l’évidence sociale libérale » qu’incarnait pour la gauche DSK. Son élimination de DSK (quelle que soient les circonstances contingentes de cette éviction) pose de facto la nécessité d’une autre orientation à gauche. Personne n’est encore là pour l’incarner avec la même puissance. Les Verts se déchirent et peinent à élaborer une orientation de rupture avec le libéralisme, la recherche d’une vraie solution écologique et sociale peut se tourner vers d’autres. Le retrait de Besancenot n’est pas une simple question personnelle, mais manifeste l’échec politique d’une ligne d’isolement et ouvre ainsi la voie au rassemblement de l’autre gauche.

Dans ce contexte le vote des communistes net et clair pour la candidature unitaire de Mélenchon (à la suite dela GU, du PG, dela FASE) est une décision historique qui ouvre une possibilité au peuple de France d’incarner au compte de toute l’Europe une autre voie que la soumission aux banques. La candidature de Jean-Luc Mélenchon, au nom d’un Front de gauche élargi et soutenu par 577 candidats unis du Front de gauche dans tout le pays, nous ouvre une possibilité concrète de construire cette alternative de rupture dans le pays central qu’estla France, terre républicaine de l’Europe. Il ne s’agit pas dans cette campagne d’ajouter une touche de plus dans la gauche, mais d’ouvrir au cœur de la gauche les moyens d’une refondation républicaine, sociale et écologique. Ce message peut et doit être porté partout et auprès de tous.  Maintenant que nous sommes en ordre de marche, il ne faut pas penser au seul moment de l’échéance électorale du printemps 2012 : la bataille commence en septembre quand la faillite dela Grècefera craquer le bateau de toute part. A ce moment là, Jean-Luc Mélenchon et les candidats du Front de gauche incarneront dans la crise ouverte une autre voie qui sera proposée à notre peuple. Elle entre en résonnance avec d’autres luttes en Europe. Les lignes d’une autre orientation s’y dessinent. Pour ne prendre qu’un exemple le succès des référendums sur l’eau, le nucléaire et la justice en Italie donne des idées aux différents peuples européens ; dès lors que nous donnons la parole au peuple peut s’ouvrir la perspective non de la soumission aux banques et aux marchés financiers, mais celle d’une organisation de l’économie et de la société au service de l’intérêt général. 

Sur mon île aux oiseaux ma pensée a eu le même frisson qu’en 2004 !

Comme alors  je compte bien être au premier rang dans la bataille. Vous pouvez compter sur moi pour m’investir dans cet engagement. Avec l’acquis de la riche expérience des années intenses vécues depuis 2004 et qui prendront tout leur sens dans l’année décisive qui s’annonce.  

Alors maintenant, tous ensemble, au boulot !

Immersion en Europe orientale, la deuxième catastrophe du 11 mars, mi mandat municipal et quelques lectures

Note N°  11

Au moment où je m’apprête à poster ce billet, tombe la nouvelle sordide de New-York. La seule réaction digne consiste à attendre la vérité, car c’est d’une affaire criminelle dont il s’agit. Soit c’est vrai et le coupable doit être condamné et nous devons manifester notre solidarité avec la femme de chambre qui serait la victime. Soit c’est faux et l’inculpé doit être lavé de tout soupçon. Revenons donc à mon billet d’origine.

Europe orientale. Ma fille travaillant depuis juillet dernier en Moldavie (petit pays entre Roumanie et Ukraine), je suis allé la voir. Je voudrais ici rapporter quelques impressions  et images de cette immersion de 7 jours dans une famille moldave. Le calendrier orthodoxe organisant la fête des morts au moment où nous passions nous avons participé à ce jour de grandes retrouvailles familiales dans le village d’origine ; des parents venus de la capitale et du monde entier (et notamment d’Italie) puisque 1/3 de la population moldave a immigré. La fraternité et la chaleur de l’accueil qu’on nous a réservé dans ce village m’ont profondément touché : échanges de cadeaux, toast multiples, histoires  croisées, des personnages populaires et fabuleux à la fois marqués par l’histoire mouvementée de la région et par une envie de croquer le présent malgré les conditions difficiles. Le rapport à la religion est comme une marque d’identité avec une faible participation cultuelle. Déjà la vie dans la capitale (Chisinau) nous a impressionnés par ce mélange de modernité et de traditions, cet appétit de renouveau que l’on trouve notamment dans la vie culturelle, le dynamisme créateur des artistes. Outre Bucarest et de multiples déplacements dans les bus populaires (où j’ai eu le sentiment d’un saut dans le temps de mon enfance des années 50… Ah ! ce train de nuit qui a fait 500km en 13h !), nous sommes allés à Odessa en Ukraine (magnifique ville chargée d’histoire et bien rénovée… Oui, oui, je me suis fait photographier sur le célèbre escalier  mais sans la fameuse poussette !). Une soirée avec des jeunes ukrainiens venant de Kiev fut fort instructive.

Le salaire moyen est de 150€ en Moldavie et de 300 € en Ukraine ; les multinationales  d’Europe Occidentale  y  débarquent sans vergogne pour poursuivre leurs « réductions des coûts du travail »….tout en vendant chez nous les produits au même prix, rentabilité financière pour leurs actionnaires oblige ! Sans être de grands économistes mes interlocuteurs ont l’intuition que l’intégration européenne est autant un piège qu’un espoir.La Moldavieet l’Ukraine désirent vivement rentrer dans l’Union Européenne. Ce souhait semble fortement partagé par les personnes que nous avons pu rencontrer, mais elles ne comprennent pas les « réformes «  qu’on leur impose comme condition préalable : réduction des dépenses publiques et démantèlement de tout Etat social  (nos interlocuteurs d’ailleurs font une description louangeuse de l’Etat social français actuel…pourtant en recul !)…

L’Ukraine vient de satisfaire aux exigences européennes (et du FMI)  en modifiant l’âge de départ à la retraite : pour les femmes en passant  de 55 à 60 ans, pour les hommes de 60 à 65 ans et on parle d’aller plus loin vers les 70 ans ! Dans un pays où l’espérance de vie est à 66 ans !! Et comme aucune aide de l’Ouest n’est à attendre (ils envient les transferts reçus entre 1986 et 1997 par les pays intégrés alors à l’UE, l’Espagne et le Portugal), ils ne leur restent  que l’arme du dumping social des salaires bas … au profit des multinationales de l’Ouest qui s’installent chez eux !  Le même chantage s’applique en Roumanie mais cette fois ci pour rentrer dans la zone Euro. Il est plus que temps de changer d’Europe au nom même de la fraternité entre les peuples européens.

Au retour, nous avions 5h pour voir Prague, la ville de mon cœur où je me suis rendu déjà cinq fois (la 1ère en 1982 pour aider les militants dissidents de la charte 77). Mon dernier n’a pas échappé à une leçon d’histoire accélérée : Wenceslas, Jan Palach, la manif du printemps de velours en 1989 , Jean Hus et les racines de la pensée des Lumières, le Pont Charles et la contre réforme avec à la fois sa barbarie et son baroque magnifique, le château, Hitler, la résistance des tchèques, l’amour profond que j’ai pour ce peuple passionné par les Lumières, où les « amis de Jean-Jacques Rousseau » se réunissent régulièrement et où la culture laïque est si forte…. Mais le choc, je l’ai eu cette fois en lisant un journal. A Brno une manifestation a eu lieu le 1er mai organisée par un « Parti des Travailleurs pour la justice sociale »… Je me suis dit tiens ! tiens !  un nouveau parti à gauche en plus du PCT qui résiste à la collaboration capitaliste éhontée du Parti Social Démocrate ! Que nenni ! Ce nouveau parti est un parti d’extrême droite qui a rassemblé des centaines de manifestants « contre l’Europe » aux cris de « Dehors les étrangers »… La camisole de force capitaliste qu’impose l’Union Européenne distille le même poison dans toute l’Europe en promouvant come prétendu représentant de la protestation sociale le nationalisme xénophobe. Et de voir çà dans un pays aussi cultivé et émancipé quela République Tchèque, je dois avouer que cela a décuplé ma colère. La gauche, la vraie, celle qui résiste à la concurrence libre et non faussée, pas celle de la « Porsche tranquille », la gauche a donc une vraie responsabilité pour porter la protestation sociale pour mettre en œuvre une rupture nécessaire vers un autre modèle européen marqué par l’intérêt général, la priorité aux plus pauvres et la solidarité internationale. Cette visite rapide en Europe de l’Est m’a donné encore plus la pêche pour faire du Front de gauche l’alternative politique majeure que Jean-Luc Mélenchon va certainement porter à la prochaine présidentielle. L’irruption du Front de gauche ne prend pas sens uniquement en France.

D’ailleurs à ce sujet un mot sur l’autre catastrophe qui s’est produite le vendredi 11 mars 2011. En effet ce jour là, alors que se produisait le tsunami japonais aux terribles conséquences, les dirigeants de l’Union Européenne actaient le « pacte pour l’Euro » (habillage du pacte de compétitivité négocié depuis des semaines et acté ce jour là et qui vient d’être voté au Parlement le 9 mai). Le cœur de ce dispositif consiste à mettre en place un mécanisme automatique qui oblige tous les gouvernements à pratiquer l’austérité budgétaire tant dans l’État que dansla Sécurité Sociale. Ce mouvement vise  à inscrire dansla Constitution, la loi fondamentale qui est au-dessus de toutes les lois, une obligation à l’équilibre budgétaire. Déjà, au lendemain de son élection, Sarkozy avait avancé cette proposition. Imaginons qu’elle ait été appliquée en 2007… et bien, fin 2008 devant la faillite bancaire, il n’y aurait eu aucun moyen d’intervenir et nous aurions eu un effondrement économique majeur.

Cette idée du constitutionnalisme économique est une idée centrale du néo-libéralisme. Cela a commencé avec le constitutionnalisme monétaire qui justifie l’indépendance des banques centrales afin de les préserver de toute pression inflationniste liée à sa dépendance du pouvoir politique.  Cette thèse a été d’abord défendue en 1977  par deux économistes américains  F.Kyndland et E.Prescott (« Rules rather than discretion : the inconsistency of optimal plan » Journal of Poltical Economy 1977) ce qui leur a valu le Prix Nobel 2004. Pour eux le gouvernement est tenté d’utiliser la politique monétaire pour des objectifs de croissance et d’emploi, de l’utiliser de manière contra cyclique (ce qui veut dire contre la récession quand celle-ci se produit) en liaison avec sa politique budgétaire.  La politique monétaire cesse alors d’être crédible et un « biais inflationniste » peut se développer. C’est pour résorber ce biais que ces auteurs proposent d’instituer une banque centrale indépendante du gouvernement. Dans le prolongement de cette thèse, K.Pogoff préconise, en 1985, l’institution de ce qu’il appelle un « banquier conservateur » ; le gouvernement doit se lier les mains en instituant une banque centrale totalement indépendante de toute autorité politique et guidée par une seule règle : la stabilité des prix. Ainsi la politique monétaire devient crédible et peut casser les anticipations inflationnistes des agents, c’est-à-dire les aspirations à l’emploi et au pouvoir d’achat.

L’avantage de ces économistes c’est qu’ils sont beaucoup moins hypocrites que les politiques qui ont mis en œuvre cette orientation proprement anti-démocratique, notamment dans l’installation de l’Euro.  Cette évolution théorique et politique consiste donc à faire sortir la politique monétaire du champ politique pour qu’elle ne soit plus soumise aux choix démocratiques qui favoriseraient les pressions inflationnistes découlant des préférences des électeurs. Pour cela il est préconisé que la politique monétaire n’obéisse plus à des CHOIX mais soit soumise à des REGLES surplombant les choix. D’où la nécessité d’intégrer l’objectif et le statut de la banque centrale dansla Constitutiondu pays, en surplomb de l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires.

Ce constitutionnalisme économique, d’abord appliqué à la politique monétaire, est désormais à l’œuvre dans la zone Euro :la BCE est indépendante, n’obéit qu’à l’objectif de la stabilité des prix et se contrefout de l’emploi et de la croissance. Ainsi de concert avec le FMI elle a pesé de tout son poids pour exiger la saignée des grecs. Ce qui est nouveau aujourd’hui c’est que les dirigeants européens, à l’initiative de Sarkozy, souhaitent profiter de la crise de la dette publique (dont il ne faut pas oublier qu’une de ses sources réside dans la faillite des banques, donc de la dette privée ; épongée par les Etats, celle-ci nourrit la dette publique)  pour faire passer le constitutionnalisme budgétaire. Dés lors non seulement la monnaie mais le budget de l’Etat échapperait aux choix démocratiques. Cette opération vise de fait à instaurer une dictature des marchés financiers et donc des puissances qui les dirigent. Devant un tel coup d’Etat, nous avons un devoir d’insurrection citoyenne qui lie étroitement l’exigence sociale et l’exigence démocratique. En nous mobilisant tout de suite contre ce coup de force nous préparons la mobilisation citoyenne de 2012 que le Front de gauche doit incarner.

 Aussi je vous invite à participer activement à la conférence de presse publique organisée  vendredi 20 par le Front de gauche salle Léo LaGrange à la Paillade de 17h à 20h.

 Précisons aussi qu’on assiste au grand retour de la « désinflation compétitive » qui fut la doxa dominante en France entre 1983 et 1997. Cela consiste à obtenir la hausse la plus faible des prix par rapport à ses concurrents pour leur prendre le plus de parts de marché. Pour ce faire on contracte au maximum les coûts salariaux dans son pays, on pratique une politique budgétaire restrictive, bref on contraint la demande dans son propre pays en devenant ainsi compétitif chez les autres dans l’espoir que la croissance sera tirée par le dynamisme des exportations. Cette politique a abouti en France certes à un net ralentissement de la hausse de l’inflation mais au prix d’un chômage de masse et d’une forte détérioration du marché du travail. C’est dans le cadre de cette politique (qui s’est faite au nom de l’installation de l’Euro) que les marchés financiers ont pris le dessus et se sont imposés comme les maîtres ; c’est dans le cadre de cette politique que s’est creusé un écart social croissant avec une explosion de la richesse à un pôle et de la pauvreté à un autre. Cette politique a été reprise en Allemagne au cours de la décennie 2000 notamment par l’instauration dela TVAsociale qui lui a permis de baisser le coût du travail en interne en faisant payer la protection sociale allemande parla TVAdonc par les consommateurs des autres pays. Cette politique ne peut d’ailleurs marcher que si vous êtes seul à la pratiquer ; si tous les pays font la même politique les effets s’annulent. C’est bien la le problème aujourd’hui lorsque Sarkozy et Merkel préconisent cette politique de « compétitivité » partout en Europe. Cela n’aura pas d’autre effet que d’accroître les problèmes. La pression sur les salaires et la croissance des profits financiers avaient été la cause profonde des déséquilibres qui avaient fini par exploser en 2008 quand le répit donné par la dette privée ne suffisait plus à retarder l’échéance. En endettant les Etats pour sauver les banques, ils avaient déjà refusé de traiter le fond du problème. Aujourd’hui avec ce pacte de compétitivité ils retournent au fondement de même de ce qui a produit la crise. Cela ne mène à rien de bon.  

Mi-mandat. Comme vous le savez je suis maire d’une ville de plus de 6000 habitants de l’Agglomération de Montpellier et nous sommes au milieu du mandat. Ce blog n’est pas le lieu pour vous présenter le bilan de notre équipe ; vous pourrez vous reporter au site de la ville et si vous passez par Grabels vous aurez une petite brochure faisant le point sur notre action. Je me conterai ici de quelques impressions de cette expérience qui m’est totalement nouvelle. Je me souviens en 2008 d’une remarque de mon ami Jean-Luc Mélenchon, qui avait quitté le mandat d’élu local, celui de Conseiller Général depuis 1983 pour n’exercer qu’un mandat national. « Tu verras le mandat de maire c’est à la fois magnifique et terrible, surtout dans une petite ville. Magnifique parce que tu es élu directement par le peuple et que celui-ci restera toujours à ton contact ; Terrible parce que çà suppose une présence de tous les instants ». Après trois ans d’expérience, je confirme ! La richesse humaine est indéniable. Avant j’avais une compréhension intellectuelle des problèmes sociaux ; maintenant c’est devenu une compréhension directe, quasi physique. Vu que je reçois beaucoup et visite beaucoup les gens, et que la majorité des rencontres ont une dimension sociale.

Quand on me parle ou que j’étudie les questions de déremboursements médicaux, de l’insuffisance de logements sociaux, de la faiblesse des minima sociaux, des difficultés de concilier le travail et un bébé pour une femme, de la galère d’un seul smic dans une famille, de la désorganisation de la vie qu’engendre la précarité… je vois immédiatement apparaître des visages d’hommes et de femmes, des cas précis et ce que cela représente vraiment. Cela me donne une détermination encore plus grande. Je ne sais si c’est un effet de l’âge mais le pouvoir ne m’impressionne guère ; je regarde avec ironie certains de mes collègues élus qui bombent le torse de suffisance et pontifient assis sur leur piédestal d’élu,  fut-il tout petit. Je dois aussi remercier Georges FRECHE qui, en me marginalisant dans les fonctions dirigeantes de l’agglomération  et en m’attaquant avec l’élégance et la finesse qui le caractérisaient, m’a contraint à rester fidèle au terrain et à la mobilisation d’en bas pour bousculer l’oligarchie. Outre le contact avec la richesse humaine c’est la permanence de l’action qui est le deuxième enseignement de mon expérience de maire ! Si vos décisions quotidiennes ne sont pas portées par une vision à long terme, par une vision d’avenir, ce n’est plus de l’action, c’est de la gestion. 

Cette ville était gérée de manière malthusienne et conservatrice ; je sens qu’on l’a mise en mouvement : 133% d’augmentation de logements sociaux en trois ans, un effort prioritaire sur le social, la réalisation d’équipements majeurs tant dans la circulation (en privilégiant les voies douces et l’accessibilité aux handicapés) que dans les terrains sportifs, un marché circuit court qui initie une pratique de relocalisation contre la mondialisation libérale, le combat pour une régie publique de l’eau à l’agglomération dont c’est la compétence, la lutte pour développer des énergies renouvelables… Tout cela … et beaucoup d’autres choses (que mes collègues de cette aventure municipale m’excusent pour tout ce que j’oublie de citer !) s’inscrit dans une chaine de décisions et une volonté de ne pas renoncer.  Au début est l’action et pas le verbe !

J’entends dire que je serais « gentil » « conciliant » etc. ; certains en ont conclu que l’on pouvait me faire reculer sur nos engagements …  C’était mal me connaitre et les renvoie à ma bio sur ce blog ! Pas question de renoncer, j’avance avec mon équipe à un rythme soutenu sur tous les engagements pris devant les électeurs. Faire ! Et pourquoi pas avec le sourire et en écoutant au maximum les gens pour ajuster au mieux les décisions à prendre. Quand Frêche a fait le tram il s’est heurté aux résistances de commerçants, des bobos et des installés, oublieux de l’intérêt général et soucieux de préserver leur confort,  de groupes de pression puissants….Rien ne l’a fait bouger et il l’a fait !

Mais il n’y avait nulle utilité pour ce faire d’un comportement détestable, d’associer des injures à la détermination. Ce que je dis ici ne signifie pas l’approbation de la politique de G. Frêche en général et je n’ai eu de cesse de combattre tant ses dérapages verbaux que sa trop fréquente collusion avec les puissances du profit. Je veux simplement souligner ici l’importance de la volonté sans laquelle il n’y aurait pas d’action politique digne de ce nom.

Autre chose m’amuse aussi : c’est la violence de l’opposition de certains. Ainsi un de mes anciens adjoints est passé dans l’opposition quand j’ai adhéré à sa fondation au parti de gauche, qui s’est formé six mois après l’élection municipale. Personne ne l’a suivi dans notre équipe car au delà de nos différences politiques, notre boussole c’est l’engagement pris sur un programme devant les électeurs. Et comme ce programme est appliqué avec constance et détermination, sa démission ne se justifie que par son allergie politique à la gauche. Depuis il se déchaîne contre tout et son contraire….Cela m’amuse vraiment car notre équipe et son poids dans la commune en sortent  renforcés tant cette agressivité contribue à souligner le changement qui se réalise ici. Au fond tout cela nous stimule et j’avoue que à côté des batailles que j’ai du mener dans ma vie (à commencer face à Navarro ou Frêche dans un passé récent)  l’opposition fébrile de cet excité me distrait plus qu’elle ne m’inquiète.   Un copain journaliste montpellierain qui le connaît un peu m’a livré son explication : « Il a la chance d’être l’opposant d’un Maire qui n’est pas un inconnu puisque tête de liste parti de gauche aux élections régionales etc. cela lui permet d’avoir facilement de la notoriété avec la complicité des médias locaux toujours avides de polémique. C’est la stratégie du coucou. Mais cela suppose d’avoir quelque chose à dire…ce qui ne semble pas le cas en l’occurrence ». Analyse intéressante…

Bref cette expérience municipale m’a déjà appris beaucoup. J’y reviendrai régulièrement sur des dossiers de portée générale : logements sociaux et politique de l’habitat, régie publique de l’eau, gestion des déchets, énergie renouvelable, action sociale. Enfin pour conclure je dirai que le chemin des responsabilités municipales n’est pas réservé à une élite ou une oligarchie, nous apportons la preuve qu’une équipe constituée sur un réseau citoyen peut vraiment bouger les lignes.

 Enfin deux mots sur les lectures que m’ont permis les longs trajets en bus : Niccolo AMMANITI dans la fête du siècle met en scène la décadence de l’oligarchie berlusconienne mêlant hommes d’affaires, maquereaux, bandits, mafieux et prostituées…très édifiant et intéressant, même si le rythme et le style ne m’ont pas convaincu ; le grand, l’immense Jonathan COE dont je ne rate jamais une sortie (si vous ne connaissez pas commencez par testament à l’anglaise…. grand roman au demeurant féroce critique du thachérisme) nous livre un beau texte avec  la vie privée de ms Sim, qui explore les tourments et les dégâts de l’individu solitaire dans la nouvelle société anglaise issue du blairisme. Ces deux romans m’ont plu mais ne m’ont pas vraiment passionné. Par contre Gérard MORDILLAT (l’auteur du célèbre Les vivants et les morts) m’a touché et emporté avec son dernier roman : rouge dans la brume. Amour et lutte des classes au temps présent dans le Nord de la France. Saisissant, laissez vous prendre.  Enfin puisque un des lecteurs me demande quel roman j’ai cité lors de la cérémonie du 8 mai dans ma commune, il s’agit de Vie et destin de Vassili GROSSMAN….le plus grand romancier russe du XXe siècle selon moi…..  Retenons au moins cette phrase : « Deux sentiments me nourrissent en permanence : l’amour et la colère »
                                                                                                        René Revol.

De la crise politique en France

(Note du 5 avril 2011) 

Voilà trois semaines que je n’ai pu dégager du temps pour ce blog. La charge d’un  fort investissement municipal d’une part et d’autre part l’accompagnement des candidats du Front de gauche dans les élections cantonales m’ont largement mobilisé, sans oublier bien sûr le Concours de Normale Sup que je « passe » chaque année depuis vingt ans avec mes étudiants : nous sommes désormais à 15 jours du concours et la pression sur le prof est proportionnelle aux angoisses intellectuelles des étudiants…  Je ne m’en plains pas, c’est une joie qui me manquera l’an prochain quand j’aurai fait valoir mes droits à la retraite, mais en attendant çà carbure !

Dans ma note précédente, le 14 mars, je parlais d’état d’urgence, suite aux conséquences de la catastrophe nucléaire au Japon et à l’annonce d’une percée du Front national dans les sondages. Depuis les faits ont largement confirmé mon propos. Je ne reviendrai pas ici en détail sur la situation japonaise. Elle pose au monde entier la nécessité d’une sortie maitrisée du nucléaire ; chacun comprend bien que cela n’est possible que si on arrête de confier au privé la gestion de nos industries énergétiques et qu’on s’engage dans une planification écologique. « Ecologie » « Socialisme » « République » sont les trois principes que le Parti de Gauche affiche sous son sigle. Ecologie et socialisme sont indissociables car renoncer à la course au profit et protéger  l’écosystème humain vont de pair. Cela suppose deux impératifs contenus dans l’exigence républicaine : remettre aux commandes la souveraineté populaire et donner la priorité à la res publica, la chose commune, le bien commun, l’intérêt général. Rien de neuf dans tout cela mais ce qui est nouveau, c’est de voir de plus en plus de nos concitoyens de tous les horizons s’orienter aujourd’hui dans cette direction, suite aux catastrophes engendrées par le système dominant.

J’aurais l’occasion dans une autre note de revenir sur la planification écologique en détail notamment en le déclinant à travers l’action locale.  Je voudrais insister aujourd’hui sur la signification des élections cantonales en général comme dans mon département de l’Hérault. Les caractéristiques majeures de ce scrutin sont à mon avis les suivantes :

1) Une abstention massive. Il ne faut pas avoir fait campagne pour oser dire que cela n’est qu’un oubli, par la faute aux médias qui n’en ont pas assez parlé. Combien de fois ai-je entendu dire «  A quoi çà sert de voter puisque c’est toujours la même chose quelque soit l’élu, et que notre situation empire ?».
Ce sentiment est partagé par la majorité des abstentionnistes qui décident d’exprimer leur défiance politique explicite en n’allant pas voter.
Ces vingt dernières années on est passé d’une « abstention en creux », c’est-à-dire d’une abstention liée au désintérêt pour la chose publique ou liée à une faible implication sociale, à une « abstention en bosse » c’est-à-dire volontaire pour manifester ainsi  son rejet du système politique et de l’offre politique. Si ces deux composantes de l’abstention sont présentes depuis longtemps dans les enquêtes d’opinion, la nouveauté est que la deuxième composante semble devenir majoritaire. Lutter contre l’abstention ne passera pas par un discours civique moralisateur, mais en apportant la preuve par l’exemple. Nous réussirons à faire baisser l’abstention par une mobilisation citoyenne qui propulse des élus nouveaux, fidèles à leurs engagements. L’étude précise des listes électorales de la Paillade démontre que le fait d’avoir choisi comme candidat du Front de Gauche un enfant du quartier et d’avoir ancré la campagne sur une mobilisation citoyenne a permis de faire revenir vers les urnes des abstentionnistes de longues dates (dont certains qui croyaient ne pas être inscrits). 

2) Le bouleversement à droite constitue un séisme politique dont nous devons tirer toutes les conséquences. D’une part prenons la mesure de l’affaissement inégalé de l’UMP (pourtant parti unique de la majorité présidentielle) ; il est assez exceptionnel que sur certains bureaux l’UMP avec 10% fasse moins dans l’Hérault que le Front de gauche ! Quand on regarde de prés les bureaux de vote de mon village il apparaît nettement que l’électorat UMP est nombreux à être resté à la maison ; dans le canton en général on peut le répartir en trois tiers : un tiers d’abstentionnistes, un tiers pour leur candidat, un tiers vote FN.

D’autre part le deuxième fait majeur est le fait que le FN est devenu un concurrent direct de Sarkozy et de l’UMP pour diriger la droite. En LR et dans l’Hérault il a largement dominé de plus de 10 points l’UMP. Une bonne partie de l’électorat de la droite parlementaire a décidé de changer de chefs, car la culture de la droite c’est de s’en remettre à un chef. Sarkozy étant massivement désavoué, sans être à ce jour remis en cause par son camp, le choix se porte sur Marine Le Pen.
Un mot sur un débat que nous avons eu au PG : certains prétendaient que les sondages étaient bidonnés et que MLP était surévaluée. Si bien sûr les sondages peuvent être d’une part amplifiés et d’autre part mis en scène pour assurer une promotion médiatique honteuse de la fille « mieux que le père », nous étions nombreux à penser que ces sondages traduisaient un mouvement réel : les faits nous ont donnés raison. L’analyse des votes FN doit être faite finement. Si je regarde les deux cantons où je vis et milite : à Montpellier 10 (Montpellier, Grabels, Juvignac) il y a une forte progression du FN dans les zones pavillonnaires ou de petits ensembles privés, surtout dans ceux proches des quartiers les plus populaires, par contre dans la partie populaire notamment le canton Montpellier 9 (La Paillade) il y a un recul en pourcentage et en voix du FN. Si les sondages sortie des urnes nous donneront plus d’indications, il apparaît qu’il n’y a pas de progression proprement ouvrière et populaire du FN, que c’est l’électorat populaire UMP (car il y toujours eu un électorat populaire de droite) qui quitte Sarkozy pour Le Pen. Ce mouvement est encore plus net dans les couches moyennes appauvries et menacées de déclassement ou travaillées par la peur du déclassement. Cette subite radicalisation à l’extrême droite de la petite bourgeoisie avait été bien analysée dans les années trente ou chez certains sociologues sur « l’extrémisme politique du centre social en période de crise » (Lipset).

Mais qu’est ce qui fait que ces couches sociales se tournent vers le FN ? Deux éléments à cette étape, A) Ils ont été encouragés par la droite sarkozyste elle-même : débats et positions prises sur l’identité nationale, les Roms, l’islam, le discours de Grenoble, les petites phrases de Hortefeux jusqu’aux dernières de Guéant avec sa « croisade » et autres « on ne sent plus chez soi ». Tout cela légitime le Pen aux yeux du grand nombre. B) Quant à la gauche officielle qui apparaît sans chef ni véritable programme, elle ne constitue pas une force d’attraction. La classe moyenne apeurée ne suivra la gauche que si celle-ci donne le sentiment d’être déterminée à changer leur situation concrète. Les communicants ne se rendent pas compte des dégâts qu’ils ont causé avec leur reportage sur DSK à Canal+ : arrogance, richesse et distance avec le peuple s’étalaient au grand jour ! Je ne vois pas comment la « gauche FMI » pourrait attirer ces électeurs… sans parler de l’électorat populaire de gauche ! La gauche doit se présenter comme puissante et déterminée à rompre avec la situation existante, c’est la condition pour que le FN reflue. Et puis être au contact sur le terrain : de ce point de vue il est significatif qu’en construisant une candidature populaire et unitaire du Front de gauche sur la Paillade nous ayons éliminé le FN du second tour. C’est la perspective nationale que nous devons nous fixer. La « gauche FMI » ne pourra jamais reconquérir l’électorat populaire qui s’abstient ou s’abandonne, qui ne se laisse plus convaincre par le vote utile.

Prenons la mesure de la situation qui s’est ouverte en mars : l’ouverture de la crise politique en France. Crise politique car nous assistons à une vraie crise de la domination politique. Le Président de la République est transformé en politicien de bas étage pris dans une course effrénée pour sauver sa situation ; sa majorité est prise en tenaille entre résister ou céder au FN. Le président a manifestement fait le choix de la stratégie de droitisation à outrance de son conseiller Patrick Buisson (ancien directeur de rédaction de Minute), d’où le Ni Ni entre vote PS et vote FN, et la relance d’un débat de fait sur l’islam. Cette crise ne va pas seulement accélérer les fractures au sein de la droite, elle atteint aussi la légitimité du président, sa légitimité à être le chef des armées et de décider de frappes en Lybie ou en Côte d’ivoire, comme sa légitimité à porter une quelconque des « réformes » qui viennent. De ce point de vue avril mai 2012 est encore loin et la crise politique va creuser largement son sillon, menaçant l’équilibre même du pouvoir comme le montre la pression pour qu’il se sépare de Fillon. 

4) Les résultats à gauche sont tout à fait intéressants. Le PS est majoritaire mais avec une diminution de ses voix parfois très significative. Le PS n’est pas hégémonique. Il doit composer avec les deux autres forces qui émergent à gauche : Le Front de Gauche, désormais deuxième force à gauche localement comme nationalement, et Europe Ecologie Les Verts.
Dans le Languedoc Roussillon les résultats sont les suivants : PS 28.31 – FdG 11.38 – EE-LV 8.66

Ces résultats montrent que le PS ne peut prétendre à représenter seul la gauche, ni revendiquer des ralliements sans condition de ce qu’il considérait autrefois comme des confettis de la gauche. Mais ces résultats montrent aussi que le mouvement engagé aux européennes et aux régionales où le FdG, nouvelle offre à gauche, atteignait déjà plus de  8% a continué de plus belle avec une moyenne de plus de 11% dans la région et 10% nationalement ce qui en fait la deuxième force à gauche. Ce résultat des cantonales confirme aussi la pertinence d’une union de la gauche de transformation sociale. Cela est très visible dans l’Hérault également : là où le PCF a joué le jeu du Front de gauche en s’alliant avec le PG et la GU en affichant nettement la perspective du Front de gauche les résultats sont là.

C’est notamment le cas à Montpellier où tous les candidats progressent nettement par rapport à 2004 et par rapport aux européennes et régionales. C’est le cas notamment avec le candidat PCF dans le 7ème canton (malgré la concurrence du NPA) et le candidat PG dans le 10ème canton qui font tous les deux plus de 10%, dépassant les 20% dans plusieurs bureaux populaires (Petit bard, la Valsière), la progression étant nette non seulement depuis 2004 (où le FdG n’existait pas) mais aussi par rapport aux européennes et aux régionales. C’est le cas bien sûr dans le canton 9, territoire éminemment populaire de la Paillade, où la candidature citoyenne de Mohamed Bouklit, présentée par l’association « Front de gauche des quartiers populaires » et les composantes politiques du Front de gauche, a réalisé un magnifique score de 22% éliminant le FN (qui avec 20% recule en voix et en pourcentage) et l’UMP (5%), se qualifiant ainsi pour le second tour dans le canton du Président du Conseil Général en ballotage avec un peu moins de 50% des voix. J’aurai l’occasion de revenir plus loin sur les raisons de la présence du Front de gauche au deuxième tour de ce canton, mais soulignons dans l’immédiat les vertus d’une part de l’union de l’autre gauche et d’une campagne dynamique sur le terrain avec des candidats issus de ces quartiers. De ce point de vue la stratégie d’une partie du PCF de l’Hérault hostile au Front de gauche et présentant des candidats exclusivement PCF (n’hésitant pas en même temps à utiliser au dernier moment le sigle Front de gauche pour gagner des voix… comme quoi le sectarisme n’exclut pas l’électoralisme !)  a subi un cuisant échec : ainsi à Clermont l’Hérault le PCF qui avait atteint jusqu’à 30% des voix dans ce canton obtient 5% dans une candidature de division contre la candidate PG du Front de Gauche alliée avec des Verts qui partageaient un combat citoyen local et qui a obtenu plus de 11% dans un contexte de cinq candidatures concurrentes à gauche. Il en va de même pour le NPA : là où il s’unit avec le Front de gauche comme à Ganges il obtient plus de 11% et là où il est solitaire il est en dessous de la barre des 5%, même quand il a un bon candidat comme le conseiller municipal de Montpellier, syndicaliste, connu pour ses combats politiques et sociaux sur la ville.

Bref le Front de gauche a de l’avenir si il est à la fois uni et ouvert ; uni dans toutes ses composantes actuelles qui doivent confirmer leur volonté de travailler ensemble et de concert pour les prochaines échéances, ouvert aux autres composantes de la gauche de transformation sociale (comme dans cette campagne l’a montré soit avec la présence active de la Fase ou du NPA dans certains cantons de la région, notamment dans l’Aude), ouvert aussi à une meilleure représentation des citoyens mobilisés sur le terrain, souvent non inscrits dans une organisation politique. Ainsi a-t-on vu naître dans ces deux mois dans l’Hérault deux associations : d’une part une association départementale du Front de gauche permettant aux citoyens non encartés d’adhérer et de militer dans un cadre commun avec les organisations membres du Front de gauche et les comités locaux unitaires du Front de gauche vont se structurer dés ce printemps ; d’autre part « le Front de gauche des quartiers populaires » né à la Paillade qui engage la même démarche en cherchant à construire une nouvelle représentation des quartiers populaires de Montpellier. Le « Front de gauche des quartiers populaires » a déjà pris les dispositions pour continuer sa mobilisation civique et politique dans les quartiers populaires de Montpellier.  Déjà dans les autres villes de la région, et en banlieue parisienne cette initiative trouve un écho.  

Le Front de gauche a donc atteint son objectif en réalisant un score à deux chiffres. Ce n’est pas là une fierté mal placée car elle revêt une importance particulière. Le Front de Gauche devient ainsi une alternative crédible à l’échelle du pays et son objectif d’être une force candidate au pouvoir n’est pas hors d’atteinte. Car le front de gauche offre un axe stratégique pour combattre le FN et le défaire. Cela est un débat fondamental à gauche. En effet certains croient à gauche que face au FN il suffit de tenir le bon vieux discours antifasciste mêlant un moralisme très général et un appel au rassemblement des républicains. S’il va de soi qu’il faut en toutes circonstances (notamment électorales) tout faire pour que les électeurs se rassemblent pour battre le FN, cela ne saurait suffire. Comme je l’ai expliqué plus haut le FN se nourrit de la désespérance sociale et de la peur du déclassement en offrant une image de force et de détermination. La majorité de ses électeurs ne  se détourneront de lui que si se constitue une gauche qui démontre une détermination à changer leurs conditions d’existence, une gauche qui ne soit pas un mélange de moralisme béat et de résignation à l’Europe libérale et à la mondialisation capitaliste, une gauche prête à gouverner directement en disant les mesures immédiates qu’elle sera capable de prendre pour lutter contre le chômage et la misère, capable de garantir la santé et l’éducation, capable de préserver notre environnement. Comme l’ont dit les candidats du Front de gauche : « Si vous ne savez pas faire, laissez nous la place car nous nous savons faire. » Une gauche sociale et déterminée peut alors être intransigeante sur les valeurs et les principes en montrant une fermeté sans faille contre le racisme et la xénophobie. Après avoir vu par exemple l’an dernier une majorité de la gauche régionale justifier les blagues nauséabondes de feu Georges Frêche, comment voulez vous qu’on les prenne au sérieux aujourd’hui dans leurs appels à l’union sacrée républicaine ?

Parlons maintenant de l’extraordinaire expérience réalisée à la Paillade, dans ce fameux canton 9, le sortant socialiste étant Président du Conseil Général. Mohamed Bouklit a réalisé 22% au premier tour, éliminant le FN et l’UMP, puis, suite au vote quasi unanime de son Comité de soutien a décidé de se maintenir au second tour face à André Vezinhet qui avait raté de deux points les 50%. Commençons par l’anecdotique : Dimanche 20 entre 22h et 24h pas moins de cinq responsables socialistes (y compris nationaux) m’appellent pour que le candidat du Front de gauche arrivé en deuxième position avec 22% et ayant éliminé de la compétition FN et UMP,  se retire pour laisser comme seul candidat en lice le Président du CG sortant. Je leur fais remarquer que dans une trentaine de cas les candidats EEV et PS communs se maintiennent contre le FdG en appelant la droite à voter pour eux. Quant au choix de maintien ou non au second tour, je leur ai dit que je n’avais aucun pouvoir de décision, qu’ils devaient appeler directement les candidats et qu’il appartenait à l’assemblée citoyenne du FdG du quartier de décider. Ils ne comprirent pas.

Leur conception de la politique exclut que les gens soient égaux ; s’il y a un candidat qui s’appelle Mohamed il ne peut être que manipulé par plus puissant que lui ; ils ne comprenaient pas que le Front de gauche et particulièrement le PG avait construit dans ce quartier une démarche citoyenne pour que le candidat qui sera porteur de notre programme soit issu du quartier et constitue cette nouvelle représentation politique populaire que nous appelons de nos vœux. Ensuite le sortant a fait une grosse erreur quand on lui a demandé pourquoi il n’avait pas répondu à la demande de débat de Mohamed Bouklit : « j’ai pris le parti de l’ignorance. » ; l’ensemble des citoyens porteurs sur le quartier de cette candidature a décidé après mûre réflexion qu’ils maintenaient la candidature au second tour en le justifiant ainsi : « après avoir éliminé le FN à 20% et l’UMP à 5%, on en appelle à tous les abstentionnistes (prés de 70%) pour qu’ils choisissent entre les deux candidats de gauche en étant certain ainsi de ne pas favoriser la droite ». En tant que président du comité de soutien j’ai respecté et assumé leur décision collective et unanime. Je n’ai pas hésité une seconde bien qu’il m’en coûte de m’opposer frontalement à une personnalité avec qui j’ai toujours eu des rapports courtois (à la différence de G. Frêche par exemple). Aussi que n’ai-je entendu entre les deux tours de certains hiérarques ? « Vous vous attaquez à une personnalité imminente du PS » mais jusqu’à nouvel ordre la candidature et le vote sont libres dans notre pays et le souverain final c’est le peuple par son vote auquel tous doivent se soumettre ; « Tu n’auras plus de subvention pour ta commune » mais Frêche m’avait fait la même menace avant mon élection municipale, sans empêcher la transformation de ma commune. Et puis ne serait-il pas temps que les subventions se définissent en fonction de l’intérêt général ? Comme d’ailleurs le Conseil général de l’Hérault entend le faire en rompant justement avec ce genre de pratiques. « Vous allez livrer la Paillade aux islamistes ». Ce dernier « argument » mérite une réponse nette et cinglante : Mohamed Bouklit est un acteur associatif de longue date sur le quartier malgré ses 34 ans, notamment dans la plateforme citoyenne qui défendait des conceptions laïques et républicaines  au grand jour et son programme électoral est d’une grande clarté à ce sujet. D’ailleurs lors d’une des réunions publiques, quand une expression islamiste s’est exprimée contre le Front de gauche, nous n’y avons pas fait obstacle mais lui avons apporté la réponse laïque et républicaine qui s’impose, faisant l’unanimité des soutiens de Mohamed. Cette campagne de dénigrement de sa candidature est non seulement indigne mais témoigne d’une ignorance des réalités et d’un abandon du combat républicain sur le terrain. Enfin j’ai saisi l’occasion pour rappeler à mes interlocuteurs que certains d’entre eux n’avaient pas hésité à l’agglomération de Montpellier à voter ou à laisser voter pour un maire UMP contre un maire de gauche, qu’ils se rappelaient de mon existence quand ils avaient besoin de moi entre les deux tours.

Dans tous les autres cantons j’ai fait mon travail de rassemblement contre la droite et l’extrême droite : dans le canton où se situe ma commune j’ai largement diffusé un appel en tant que maire pour assurer la défaite du FN en votant pour la candidate socialiste arrivée en tête ; j’ai fait de même pour Jean-Pierre Moure, candidat du PS à Pignan, en passant outre à l’attitude qu’il avait eu lors de l’élection des vice présidents de l’agglomération ; et de même dans d’autres cantons du Gard et de l’Hérault. Quant à l’exception du canton Montpellier 9, on ne peut que se réjouir de l’expression d’une nouvelle génération politique de gauche dans ce quartier populaire. Une exception qui ne mettait pas en danger la gauche, ni ne faisait pas des 20% de l’électorat FN et des 5% de l’UMP les arbitres entre le candidat PS et celui du FdeG des quartiers populaires. Ce n’était pas le cas dans le reste de la France pour les socialistes et les écologistes (souvent alliés en l’occurrence) qui ont multiplié les exceptions (une quarantaine environ) pour appeler la droite à la rescousse pour battre un Front de gauche, généralement communiste : dans tous ces cas les électeurs de gauche ont d’ailleurs largement confirmé le Front de gauche. Quant à la Paillade, malgré une pression énorme pour un vote « officiel » (grand bond en avant du vote… dans la maison de retraite !), le candidat du front de gauche est passé de 22 à 34%, augmentant ses voix de 800 votes ce qui constitue une mobilisation exceptionnelle et prometteuse. 

Un espoir est né dans les quartiers populaires de Montpellier et l’aventure va continuer et s’amplifier pour faire émerger de tous les quartiers de Montpellier une nouvelle génération politique qui se structurera dans le Front de gauche des quartiers populaires, élaborant ses exigences sociales et politiques, faisant ses propositions alternatives et prêtes à les porter à toutes les échéances à venir. On aura l’occasion d’en reparler.

Comme je vois que la date anniversaire de la moitié de mon mandat municipal approche, je vais me permettre dans une prochaine note de la saluer par quelques remarques et impressions personnelles.

5 avril 2011
René Revol

URGENCE !

Après un début de l’année extraordinaire, la première quinzaine de mars nous livre son lot de séismes !

Janvier et février ont vu la révolution démocratique triompher en Tunisie puis dans le plus grand pays arabe du monde, l’Egypte, avec son onde de choc en Algérie, au Maroc, dans la péninsule arabique et en Lybie. S’ouvre ainsi une perspective aux peuples du monde, à de nombreux pays touchés par cette vague. Parmi eux, un pays qui m’est cher et où j’ai beaucoup d’amis depuis ma visite en 1988 : le Burkina Faso dont le président Compaoré (responsable de l’élimination physique du valeureux capitaine Sankara en 1987) ; une importante mobilisation de la jeunesse est en cours, alors même qu’il vient de se faire réélire à …80% au premier tour !

Ce jour où je retrouve mon clavier je veux insister sur deux évènements majeurs qui ont un impact énorme dans les têtes de millions d’hommes et de femmes ; on doit en prendre la mesure pour y répondre avec calme et détermination. Ce weekend mes obligations m’ont fait participer à différentes activités – porte à porte avec un candidat, réunion publique, rencontre avec des riverains de la Mosson qui craignent que la pluie la fasse déborder, discussions de villages, match de hand local… J’ai pu vérifier en discutant avec des gens très différents que ces deux évènements les marquaient profondément.  

1 Le Japon !
Voilà un des pays les mieux organisés et les plus riches confrontés à un véritable désastre : un séisme et un tsunami entraînant ce qui se révèle heure après heure une  catastrophe nucléaire majeure. Le choc est énorme et je le vis comme tel. Il appelle la lucidité. D’abord cela nous rappelle que nous formons une seule et même humanité, pour paraphraser Montesquieu, que nous vivons dans  le même écosystème humain et nous en sommes co-responsables. Ensuite ces évènements appellent à la solidarité entre tous les peuples et non au « chacun pour soi » que le capitalisme financiarisé et mondialisé a érigé en système. Enfin et surtout la question du nucléaire est posée avec une acuité particulière. Depuis des années je milite pour une sortie raisonnée du nucléaire. Le parti de gauche a pris cette position dès son congrès fondateur et nous avons ouvert le débat sur cette question avec nos partenaires du Front de gauche. La question énergétique pose en fait le problème de ce qui doit primer : le marché ou le plan, le profit individuel ou l’intérêt général. Il ne suffit pas comme Europe Ecologie de préconiser la sortie du nucléaire sans remettre en cause la concurrence libre et non faussée de l’Europe néo libérale si on veut sortir du nucléaire. Pour le faire il faut PLANIFIER l’utilisation des sources d’énergie renouvelable. Cette question vient d’être posée par la mobilisation en cours contre l’extraction des gaz  de schiste. Entre d’un côté le nucléaire et de l’autre la course effrénée jusqu’à épuisement des ressources fossiles, la recherche systématique du profit mène à la catastrophe. Le Collectif héraultais Gaz de schiste, Non merci ! tient dans ma commune mardi soir une réunion d’information et de mobilisation sur les gaz de schiste et je ne manquerai pas d’y assister ; j’ai décidé de prendre un arrêté d’interdiction des forages sur le territoire de Grabels (qui fait partie du périmètre autorisé par le gouvernement). Bref cette catastrophe japonaise éveille les consciences en faisant émerger une double exigence : d’une part la nécessité d’une action internationale concertée et donc l’inanité d’un repli national (car comme on le sait les nuages toxiques franchissent aussi bien les frontières que la finance …toxique) ; d’autre part la nécessité de mettre en place une planification écologique où l’intérêt général commande via la puissance publique. On l’a vu sur les questions européennes depuis 2005, sur les questions économiques avec la crise de 2008, sur les questions sociales avec la mobilisation de 2010 sur les retraites, la nécessité d’une politique radicale en rupture avec la logique de la mondialisation capitaliste devient populaire et majoritaire chez nos concitoyens. Le Front de gauche doit apparaître comme le porteur de cette alternative dans notre pays et ainsi ouvrir une voie pour tous les autres pays européens.

2 – Les derniers sondages qui donnent Marine Le PEN en tête pour l’un d’entre eux et seconde dans les autres cas ont fait aussi leur effet dans les têtes. Avant de revenir en détail sur ces sondages, d’abord l’essentiel : quelque soient les manipulations multiples, un tel sondage et sa publication démontre que la crise politique a commencée en France ! Il va falloir y faire face dés 2011 comme je le prédisais dans mes vœux de début janvier sur ce blog. Précisons donc les choses, à trois niveaux.

Quid de la fiabilité du sondage ? Un ancien sondeur vend lui-même la mèche en disant que le choix de mettre Le Pen devant est un « choix éditorial » ! Avec des marges d’erreurs de 5% en dessus et en dessous on peut mettre devant qui on veut. On découvre aussi qu’il s’agit de sondages internet et que la moitié des sondés déclarent mentir délibérément aux sondeurs. On constate enfin que le coefficient de correction n’est pas communiqué.

Qu’en est-il de l’utilité et de l’usage des sondages : à quoi çà sert et surtout à qui ? A celui qui se retrouve seul face à Marine Le Pen, sûr ainsi de gagner ! La mécanique joue à gauche bien sûr ; on le voit que trop bien : « Peuple de gauche renonce à tes idées et prosterne toi devant les sauveur suprême venu de Washington et du FMI ! Qu’importe le programme et ce qu’il va faire, il est le seul à pouvoir gagner. » Comme me l’a dit un grabellois ce matin dans la file d’attente de la boulangerie « On nous a déjà fait le coup de Miss France en 2007, maintenant c’est Mister you khan ! » Mais cela joue aussi à droite, au point que le seul espoir de Sarkozy est de se retrouver seul face à le Pen. Silence dans les rangs divisés d’une droite affolée par les dégâts de la politique gouvernementale dans l’opinion publique. Tout cela est vrai mais je voudrais soulever un troisième niveau, les effets de ces sondages.

Même si une bonne partie de ces sondages est bidouillée, il ne faut avoir fait aucun travail de terrain pour ne pas se rendre compte qu’ils favorisent des intentions de vote le Pen dans l’expression d’un énorme ras le bol. Dans les nombreux porte-à-porte de cette campagne électorale on rencontre des électeurs susceptibles de voter pour la première fois Le Pen. Que disent-ils ? « donner un coup de pied dans la fourmilière », « pourquoi ne pas essayer ceux qui n’ont jamais été au pouvoir » « je crois que je vais donner ma voix à quelqu’un qui rétablisse l’ordre » « il nous faut quelqu’un de fort »…  C’est ce que j’ai personnellement entendu, en laissant de côtés les arguments plus classiques à connotation xénophobe, moins nombreux qu’auparavant. Marine Le Pen et le FN ne s’y trompe pas en drapant son discours dans des plis soit disant sociaux ou laïques. Pour conquérir des voix, avec la crise économique, sociale et écologique, après les mobilisations populaires en France et dans le monde, il leur faut biaiser. Mais comment ne pas voir aussi qu’une fraction de la classe dominante tant économique que médiatique et politique ne s’interdit plus un possible recours ou alliance avec le Pen pour sauver le système menacé.

Dans la crise politique l’effondrement dans l’opinion de Sarkozy se conjugue avec la montée parallèle de le Pen. A cette crise politique il faut une réponse politique. Pas la répétition de l’argument socialiste de 2002 qui faisait de la multiplicité des candidatures à gauche la cause de la présence de le Pen au second tour. Cet argument est usé et ne peut marcher dix ans après. Déjà en 2002, la cause profonde de l’absence de la gauche au second tour, ce fut l’absence d’une gauche répondant aux aspirations populaires, la déception et le désespoir social auquel la gauche d’accompagnement ne répondait pas. Devant la rage qu’inspirent les conséquences de la politique de Sarkozy et devant l’incapacité d’une gauche FMI à changer le cours des choses, les mêmes causes peuvent conduire aux mêmes effets.


La responsabilité du Front de gauche est énorme
Il présente d’abord la singularité d’être le seul processus d’union à gauche, prenant appui sur le mouvement social ; il constitue ensuite une offre nouvelle et en rupture avec le système en place ; il a enfin la surface nationale qui fait de lui un recours pour le peuple. Reprenons chacune de ces trois remarques :
1) loin d’avoir une orientation claire, le PS est un conglomérat de personnalités qui fournissent sans arrêt des réponses contradictoires ; le Front de Gauche quant à lui, s’il est constitué de plusieurs composantes, dit la même chose sur quasiment tous les grands sujets. Ainsi, lors de l’atelier national qui s’est tenu à Nîmes le 2 mars, JL Mélenchon et Pierre Laurent avançaient sur des questions clés, les mêmes positions lors d’un des grands débats sur le programme partagé.
2) Le Front de gauche ne se pose ni comme supplétif de second tour pour un PS hégémonique, ni comme protestataire isolé et impuissant. Il est candidat à gouverner à gauche pour mettre en œuvre de réelles mesures de rupture.
3) Ces cantonales le prouvent : le FdG est présent dans 1660 cantons sur les 1976 renouvelables. C’est la seule force avec le PS, l’UMP et le FN à avoir une telle couverture nationale. Les autres étant très loin derrière. Ainsi des centaines de nouveaux visages manifestent au grand jour le renouvellement politique et incarnent un changement possible. Avoir construit une telle force nouvelle en trois ans est déjà un succès. Il faut désormais le projeter sans aucune retenue. La course de vitesse est lancée avec le FN, comme dans les années trente. Au-delà des différences entre les deux périodes, il nous faut avoir conscience que la situation est grosses d’enjeux majeurs.  Il n’y a pas de petits combats. A commencer par ces élections cantonales qui doivent être la première réponse aux constructions politiciennes et sondagières. Alors amis, camarades, citoyens, ne négligez pas ce rendez vous des 20 et 27 mars, mobilisez autour de vous, sensibilisez famille, proches et amis, collègues et  jeunes.

Je vous donne rendez vous au grand meeting du Front de gauche qui se tiendra à La Paillade le jeudi 17 mars à partir de 18h30 au centre Léo Lagrange. Jean Luc Mélenchon, co-président du front de gauche et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF ont envoyé un message de soutien aux candidats du Front de gauche, prendront en particulier la parole Roland Leroy, figure historique du PCF, ancien directeur de l’Humanité, Marc  Dolez, député PG du Nord. Plus qu’un meeting électoral, ce sera un tremplin pour le combat politique.

Faisons face ensemble aux urgences, l’actualité nous le rappelle avec force.
René REVOL      

Note du 1er mars 2011

Sur la jeunesse

Dans cette note je m’aventure dans quelques analyses sur la jeunesse dans la société actuelle et dans le moment présent du mouvement social.

La présence d’une jeunesse nombreuse, éduquée et sans emploi est au cœur des révolutions arabes en cours. Certains commentateurs veulent en faire une caractéristique propre des pays arabes. Il est vrai que la configuration de la jeunesse dans ces pays est explosive avec les ingrédients suivants : 1) la majorité de la population en dessous de 25 ans suite à l’explosion démographique des années 80 et 90(peu analysée au demeurant), 2) Une caste politique dictatoriale vieillissante et datant d’une toute autre génération ; 3) une jeunesse à la fois éduquée [ suite à la vague de la scolarisation contemporaine qui a d’ailleurs aussi touché les filles (en ce domaine la Tunisie a été pionnière)] et ouverte au monde ; 4) Et surtout une jeunesse qui arrive à la maturité dans des économies totalement livrées à la domination financière qui corrompt et déstructure l’emploi et laisse cette jeunesse sans avenir.

La jeunesse arabe est l’accélérateur de ces révolutions et elle réalise la jonction avec la majorité populaire comme on l’a vu dans les mouvements sociaux tunisiens y compris dans la manifestation de samedi dernier qui exigeait et a obtenu le départ du gouvernement fantoche de la « transition ». Ce n’est pas Facebook qui a fait la révolution, c’est tout aussi stupide que lorsque Louis Philippe accusait la presse d’être la responsable de la révolution de 1848 ! Facebook a été un moyen formidable mais qu’un moyen ; et on le voit bien en Tunisie : le mouvement insurrectionnel a commencé en Tunisie dans le centre du pays, très populaire et peu touristique, suite à l’immolation du jeune vendeur de légumes et de fruits. Ce premier moment était une révolte très populaire avec peu de moyens internet mobilisés ; puis c’est la jeunesse mobilisée de Tunis qui a fait connaître ce mouvement social via les réseaux sociaux sur la toile. Vous connaissez la suite.

Revenons à mon propos : la jeunesse est partout la plaque sensible d’une société et vous voyez à travers elle les soubresauts qui affectent plus sourdement les profondeurs de la société. Nous avons la mémoire courte en France car la jeunesse a récemment donné de la voix et nul besoin de revenir à 1968. Alors que dans les décennies précédentes (70,80,90) nous avions vécu essentiellement des mouvements de la jeunesse scolarisée certes fort significatifs et importants mais assez circonscrits dans une revendication scolaire ou universitaire centralisée contre une mesure du gouvernement, au cœur de la décennie 2000 nous avons fait deux expériences qu’il ne faudrait pas oublier : d’une part ce qu’on appelé les émeutes de la jeunesse des banlieues en octobre novembre 2005 qui avaient tant impressionné le monde des nantis par sa violence éruptive et pour eux inattendue; deux décennies de chômage massif chez les jeunes, un quart d’une génération qui sort chaque année du système scolaire sans aucune qualification et qui se vivent comme des « surnuméraires » pour reprendre l’expression du sociologue Robert Castel, quant aux diplômés qui ont obéi aux exigences officielles de se scolariser le plus longtemps possible et qui ont réussi scolairement ils se heurtent aux années de galère et à la précarité surtout la jeunesse issue de l’immigration. Comment voulez vous que cela n’explose pas dès lors que ces ingrédients s’accumulent au même endroit à cause d’un urbanisme de relégation ? A l’époque des commentateurs rapides dissertèrent sur le fossé qui séparait ces « barbares » d’une majorité silencieuse…Patatras ! Quelques mois plus tard c’était la formidable mobilisation de toute la jeunesse contre le CPE symbole de la précarité de l’emploi qu’on impose aux jeunes. Mobilisation exemplaire dans laquelle la jeunesse entraîne toutes les générations des classes populaires et des classes moyennes. Ces ingrédients sont toujours là et même aggravés par l’ampleur de la crise de 2008 2009 qui a fait repartir à la hausse le chômage et en particulier celui des jeunes, qui reculent dans la file d’attente de l’emploi…Il fallait être bien borné pour s’étonner de cette présence massive de la jeunesse dans le mouvement social de l’automne 2010 contre la « réforme » des retraites.

On peut aller plus loin dans l’analyse de la situation sociale de la jeunesse. Depuis fort longtemps observateurs sociaux et sociologues et ce depuis la fin du 19ème siècle ont souligné la situation de tension anomique qui caractérise cette période où on « devient adulte » (ce qui est la définition même de adolescent). On sort de l’enfance c’est-à-dire d’une période de dépendance et on se dirige vers l’autonomie de l’âge adulte. Un sociologue comme Ralf King Merton avait dès les années 40 aux Etats Unis souligné l’inévitable tension dans la jeunesse entre d’un côté les aspirations croissantes à l’autonomie individuelle (surtout dans une société qui valorise la réussite individuelle) et de l’autre l’absence des moyens de cette autonomie, tant l’absence des moyens symboliques par manque de reconnaissance que l’absence des moyens matériels sont vivement ressenties dans les milieux populaires. Le même auteur soulignait que cela s’aggravait dans la jeunesse issue de l’immigration, chose dont nous ne nous apercevrons en France que trente ans plus tard. Cette tension fut aussi analysée dans le mouvement ouvrier et socialiste car la résolution de cette tension est au cœur des processus d’émancipation humaine qui animent toutes les luttes des exploités. C’est pour cette raison que la jeunesse est toujours au cœur des révolutions ; faut il rappeler par exemple qu’en 1917 l’âge moyen du Parti Bolchevik était de 19 ans (dans une société où on partait travailler à l’usine ou aux champs à 12 ans !)

Mais dans notre société française contemporaine cette période de jeunesse s’est allongée et les frontières entre les âges s’estompent, ce qui aggrave la situation. Il y a un demi siècle la grande majorité de la jeunesse ne faisait guère d’études et la jeunesse se vivait entre deux bornes : la sortie de l’école élémentaire en moyenne vers 12 ans et demi avec ou sans le certificat d’études et la fin se situait dans la conjonction d’une insertion professionnelle stable vers 17 ans, une installation matrimoniale vers 19 ans, le premier enfant pour la femme vers 20 ans et l’intégration civique pour l’homme à 21 ans avec le service militaire obligatoire et le droit de vote. Entre les deux la jeunesse est donc la période assez courte de l’apprentissage, avec une forte identification aux groupes sociaux d’appartenance qui sont très souvent les groupes sociaux de référence vers lesquels on se dirige. Ce monde a disparu et la jeunesse s’est transformée. D’une part la jeunesse s’allonge considérablement et on ne sait plus quand elle commence et quand elle finit. La jeunesse française est scolarisée en moyenne jusqu’à 19 ans or la scolarisation a la vertu d’augmenter les aspirations tout en restant dans un statut d’assisté sans aucune autonomie financière. La scolarisation de masse après 16 ans se fait sans que la jeunesse soit accompagnée financièrement et cela accroît la tension anomique. Il y une dizaine d’années, mes étudiants de prépa avaient fait une enquête sociologique dans mon lycée (lycée de centre ville traditionnel) sur le travail lycéen et établirent que 5% des lycéens travaillent à plein temps donc y compris pendant les périodes scolaires (stupeur en salle des profs ! « Comment font ils ? » « la nuit et le week-end ! chers collègues » « mais alors ils peuvent pas travailler en classe normalement » …je voyais littéralement le monde social faire irruption dans le monde scolaire feutré des prépas) plus 12% travaillent à temps partiel pendant la période scolaire et la majorité travaille au moins un mois l’été….On pourrait aussi sortir les statistiques de l’observatoire de la vie étudiante. Bref la revendication d’un revenu d’autonomie pour tous les jeunes en formation est une exigence centrale (quand je pense qu’elle fait partie du programme de l’UNEF depuis la déclaration de son congrès fondateur de Grenoble …en 1946 !).

Cette période de scolarisation plus ou moins longue et diversifiée fait que la majorité des jeunes font l’expérience de cet âge dans le cadre scolaire. Quant aux bornes de sortie de la jeunesse elles se sont nettement brouillées : l’intégration civique prend plus la forme de la première manif avec un service militaire supprimé et le vote à 18 ans, l’intégration professionnelle se fait sous le mode de l’alternance entre chômage, stages, emplois précaires avec un Cdi qui arrive en moyenne juste avant les trente ans (comment voulez vous qu’ils acceptent alors 42 ans d’activité pour avoir droit à la retraite à taux plein !), quant à l’installation en couple elle relève plus d’expérimentations successives avec une arrivée du premier enfant pour la femme désormais en moyenne à l’âge de trente ans. Cet allongement et cette indétermination sociale et professionnelle de la jeunesse accroît la tension anomique entre l’ampleur des aspirations à l’autonomie qui se réalise certes dans beaucoup de domaines de la vie sociale (comportements sexuels adultes, expression culturelle propre…) mais avec un manque crucial de moyens pendant plus d’une dizaine d’années si ce n’est plus. Cette configuration est explosive et fait de la jeunesse de nos sociétés européennes un des ingrédients de la révolution citoyenne qu’on sent gronder chez nous.

Dans ce cadre commun, les situations sont différentes selon les modèles sociaux européens c’est-à-dire selon les modèles d’états providence, les modèles familiaux, les conquêtes sociales ou les influences religieuses….Une bonne mesure de ces différences consiste à observer l’âge médian du départ définitif de chez les parents : Danemark, Suède, Finlande : 20 ans
Royaume Uni 21 ans
France, Allemagne, Benelux : 23 ans
Autriche 25
Grèce, Espagne, Portugal, Irlande : 27 ans
Italie 28 ans.

Les modalités du vécu de cette période de tension propre à la jeunesse ne sont donc pas les mêmes selon les modèles sociaux. Une publication réalisée en 2008 nous éclaire à ce sujet. Dans « Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe » (PUF 27€) l’auteur, Cécile Van de Velde, distingue quatre grands modèles européens du vécu de la jeunesse :

1) « Se trouver » qui domine par exemple dans le monde scandinave avec une forte aspiration à l’autonomie, un départ précoce de chez les parents qui est garanti par un véritable salaire étudiant, mais cela va de pair avec une longue période de mobilité et d’expérimentation sociale et professionnelle avant stabilisation. L’allongement de la jeunesse est ici aussi sensible mais l’anomie est moindre car plus de moyens sont donnés à l’autonomie, la jeunesse se révoltant lorsque les politiques libérales envisagent de réduire ces moyens.

2) « S’assumer », logique dominante chez les jeunes britanniques où l’on part assez tôt du domicile parental mais pour vite intégrer des jobs souvent précaires et incertains ; les études étant de plus en plus payantes ils sont contraints de travailler. La logique individualiste du modèle libéral anglais pousse les jeunes à chercher à se débrouiller par eux-mêmes …jusqu’à ce qu’ils répondent à cette pression sociale soit par la délinquance (très forte en Angleterre) soit par des maternités précoces parmi les filles des milieux populaires qui se trouvent ensuite seules avec un enfant et une modeste allocation récemment diminuée (les mères précoces une triste particularité britannique), soit enfin par la révolte comme on l’a vu à l’automne avec les étudiants anglais massivement mobilisés contre la hausse des tarifs d’inscription universitaire.

3) « Se placer » dont la jeunesse française est significatif. L’aspiration à l’autonomie et au développement personnel y est également forte mais elle est bridée par une double exigence d’intégration sociale : les études et le diplôme sont considérés comme centraux et déterminants pour le reste de la vie et la sécurité n’est assurée que lorsque un « vrai » travail est enfin trouvé. D’où une extrême sensibilité de la jeunesse française à l’égalité dans les études et contre les mesures discriminatoires dans ce domaine mais aussi une révolte contre la précarité. Le feu couve à nouveau sur ce sujet comme en 2006.

4) « s’installer » qu’on repère bien chez les jeunes espagnols où la conjonction du chômage massif des jeunes de moins de 25 ans, l’absence d’aides financières aux jeunes, la cherté inouïe du logement, le poids idéologique et aussi religieux d’une vision de l’installation comme avant tout une installation matrimoniale et familiale, tout cela explique une situation de cohabitation avec les parents dans tous les milieux sociaux ce qui est un ferment de crise permanente dans la jeunesse.

On le voit : la jeunesse est en Europe est sous tension et elle participera activement aux mouvements sociaux qui viennent. Elle sera un acteur décisif de la révolution citoyenne comme elle l’est dans les révolutions démocratiques depuis dix ans en Amérique Latine ou comme elle l’est dans les révolutions arabes depuis deux mois.

Encore faut il que tous les acteurs politiques à commencer par ceux qui se réclament du changement lui fassent toute sa place. Et dans ce domaine le retard est criant….par exemple en cette période d’élections cantonales on peut remarquer dans mon département que sur les 49 conseillers généraux il y a seulement deux femmes (ça c’est un scandale que tout le monde connaît) mais il y a seulement deux élus de moins de 40 ans et 0 de moins de 30 ans. Et pour finir par un petit cocorico PG nous sommes assez fiers sur mon canton que le PG présente comme candidat Front de gauche un jeune de 28 ans, Lionel Descamps, qui fait une campagne de terrain exceptionnelle. J’espère que les électeurs de mon canton auront l’audace de le propulser sur le devant de la scène car il a toutes les qualités et toutes les compétences pour assumer une responsabilité politique.

Place à la jeunesse au cœur de la révolution citoyenne en marche !

Note du 7 février 2011

Le temps s’accélère et je dois écourter les nuits pour écrire sur ce blog. Dans cette note je traite de l’analyse des révolutions tunisiennes et égyptiennes et de leurs conséquences, des signes de fracture « en haut » et « en bas » en France et de la manière d’y assumer nos responsabilités, et dans ce cadre je dirai deux mots de questions politiques héraultaises.

La contagion révolutionnaire. J’imagine que vous êtes comme moi depuis des semaines, rivés sur vos écrans dés que vous avez un peu de liberté pour suivre la révolution citoyenne en marche en Tunisie puis maintenant en Egypte. J’écris ces mots dans le fameux « vendredi de la peur » et on voit en direct des centaines de milliers d’égyptiens converger dans les rues dans ce qu’eux ont décidé d’appeler le « vendredi du départ » ! C’est le premier enseignement de ces deux révolutions en cours : le moteur du changement est dans l’énergie populaire et sa soif d’émancipation. « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » affirmait la proclamation de fondation de la 1ère Internationale, écrite et lue par Marx et votée à Londres lors du meeting de solidarité avec le peuple polonais qui luttait pour son émancipation et sa liberté. Cela sonne comme un mot d’ordre neuf car c’est le fil qui relie tous les combats émancipateurs : n’attendons pas notre salut d’un chef suprême ou d’une tutelle étrangère au peuple, notre émancipation ne peut venir que de la mise en mouvement du peuple lui-même. C’est dans le combat même qui y conduit que se joue la société émancipée de demain. L’auto-organisation populaire de la révolution conditionne son issue et pose le fait que la nouvelle société ne pourra être fondée que sur la souveraineté populaire. L’effervescence qui continue en Tunisie après avoir chassé Ben Ali prouve la profondeur de cette exigence de souveraineté populaire. C’est pour cela que nous assistons à une révolution citoyenne : « révolution » parce que devant l’écrasement de toute liberté la seule issue est dans l’insurrection pour qu’ils s’en aillent (« dégage ! » va devenir un slogan universel !) et « citoyenne » parce que les peuples sont farouchement attachés à la démocratie et à la l’exercice de leurs libres suffrages. Cette puissance populaire fait peur aux puissants à commencer pour l’impérialisme américain qui n’hésite pas d’abandonner le soutien qu’il accordait aux régimes en place pour s’investir dans « l’organisation de la transition ». Nous allons suivre avec la plus grande attention cette vague populaire, ses avancées, comme ses difficultés, et nous devons exiger de nos Etats la plus forte solidarité contre la répression. La deuxième leçon (je l’avais précisée lors de mon billet précédent) c’est la façon extraordinaire dont revendications sociales et revendications démocratiques sont intimement liées. Cela est dénié dans la grande presse. Les grands journaux américains mettent en scène une « insurrection de la liberté » mais évitent soigneusement d’aborder les questions sociales, et les dirigeants européens emboîtent le pas à cette analyse. Or l’exigence de manger à sa faim et de conditions de vie décentes est un ferment de contestation dans ces pays où les peuples supportent de moins en moins que la misère grandisse y compris pour les jeunes diplômés alors que la richesse d’une infime minorité s’accroît dans des proportions vertigineuses. Or cette inégalité et cette misère, si elles sont jugées encore plus insupportables quand elle est portée par un pouvoir policier et dictatorial, elles ne tirent pas leurs sources de ce pouvoir mais de ce que ce pouvoir applique avec zèle les recommandations du FMI et des marchés financiers. Certains papiers ont fort opportunément souligné cette semaine que l’Egypte était de plus en plus montré ces derniers mois comme un « bon élève économique » avec son taux de croissance de 7% annuel et la croissance de sa production industrielle au point que The Economist (l’hebdomadaire libéral du capitalisme financier) osa parler d’un « Tigre du moyen orient » ! Comme les mêmes ne tarissaient pas d’éloges il y a quatre ans sur le  « fabuleux tigre celtique » irlandais…No Comment ! Or cette croissance se faisait avec des salaires moyens de 50€ et le FMI exigea et obtint que le budget fasse des économies en diminuant ses subventions sur les produits alimentaires de base…Et on voit se reproduire une loi remarquée par Marx en son temps (et aussi par Tocqueville d’ailleurs) : quand le développement économique s’accroît et que la misère perdure, cette dernière devient encore plus insupportable et se développent en même temps les aspirations et les déceptions avec comme résultat : l’explosion. Les peuples ne rentreront pas chez eux tant qu’ils n’auront pas le sentiment qu’on répond à cette urgence sociale. La troisième leçon concerne la question dite de la « menace islamiste ».  On voit à nouveau des esprits éclairés nous resservir la soupe mijotée depuis la décennie 90 et qui fut formidablement mise en scène suite au 11 septembre 2001 et ce qui suivit en Afghanistan et en Irak. D’abord nous n’ignorons pas du tout le caractère réactionnaire de l’islamisme radical qui de la même manière que le fondamentalisme religieux américain ou l’extrémisme de droite en Europe se nourrit de la crise sociale et politique pour offrir des « solutions » fondées sur l’exclusion et la haine des « différents » les plus proches : entre juifs et arabes, entre sunnites et coptes, entre sunnites et chiites, entre pakistanais et hindous, entre blancs et noirs, entre arabes et gitans, entre ….flamands et wallons …la liste est longue ! Mais justement la domination impérialiste occidentale qui dans le cadre de la mondialisation met en coupe réglée le monde a trouvé dans l’islamisme l’ennemi idéal pour faire passer sa domination. Moubarak a bien résumé cela « C’est l’islamisme ou moi », ce qui fut aussi le mot d’ordre de Ben Ali et cela avait commencé en Algérie par la suspension des élections de 1992 où pour éviter le FIS on eu une dictature militaire, résultat on a eu le GIA puis l’AQMI et leurs horreurs auxquels répondaient les horreurs de l’armée avec à chaque fois les mêmes victimes (des gens du peuple massacrés) et les mêmes bénéficiaires (les affaires prospèrent). Ce dispositif enfermait les peuples dans un dilemme sans issue et permettait de le maintenir soumis. C’est cela qui se brise sous nos yeux. Le processus d’émancipation en cours pose ainsi non seulement la question sociale et démocratique mais la nécessaire invention d’une issue laïque ; cela se voit dans tous les textes qui circulent aujourd’hui en Tunisie et en Egypte. Bien sûr rien n’est joué et la lutte est en cours mais comme le disait le vieux Engels : inutile de gémir ou de rêver, « c’est la lutte qui donne le résultat de la lutte » !

Où va la France ?

Certains bons esprits se rassurent : « la France ce n’est pas la Tunisie ou l’Egypte, ma brave dame ! »…Rien n’est moins sûr ! On avait déjà entendu que la révolution démocratique sud américaine n’était pas exportable en France, en oubliant que ce processus était déjà fort différent selon les pays d’Amérique Latine : l’Argentine de Kirshner ce n’est pas le Brésil de Lula qui n’est ni le frente popular uruguayen qui n’est pas Moralés en Bolivie, ni l’Equateur ni le Venezuela, ni Cuba….mais derrière ces processus différents il y avait un même mouvement politique et social de subversion sociale et démocratique. Il en va de même aujourd’hui et il n’est pas sans intérêt de rapprocher ce qui s’est passé en Tunisie et en Islande… qui à l’évidence sont des pays différents !  Or pour comprendre qu’en France on est dans une marmite en pleine surchauffe au bord de l’explosion il suffit de voir comment ces évènements tunisiens puis égyptiens influencent la mentalité populaire chez nous : je rencontre de plus en plus de citoyens des classes populaires qui n’hésitent plus à dire qu’il faudrait faire pareil. En tout cas la conscience qu’il est possible de relever la tête et de ne plus subir fait son chemin. Il ne faudrait pas croire que le retrait d’un mouvement social de grande ampleur comme celui des retraites l’an dernier signifie un recul de la volonté populaire d’en découdre. Un ancien étudiant devenu prof à Dôle m’a envoyé plusieurs messages pour me décrire la puissante mobilisation populaire dans sa ville contre le départ de l’usine Standard : non seulement les ouvriers concernés sont en mouvement (ce qui est la première entreprise de la localité) mais avec eux toutes les couches de la population : scolaires et enseignants, services publics, autres entreprises, commerçants etc.….Ce collègue peu politisé jusque là me décrit son engagement avec enthousiasme. Il en va de même du désastre dans l’éducation avec ces milliers de suppression de postes : dans le collège de mon fils c’est la révolte des profs et des parents qui gronde et je suis certain que la grève de jeudi 10 sera puissante. Il est clair partout qu’« En bas » on n’en peut plus ! Dans la vie quotidienne de ma  semaine on capte en permanence les petits signes d’une nervosité sociale à fleur de peau : dans la salle d’attente de mon médecin, dans le bus puis le tram puis le train pour aller bosser à Nîmes, dans la file d’attente d’une caisse de supermarché, en faisant le plein à la pompe …mais il est vrai que nombre dans l’élite ne fréquentent plus de tels lieux ou s’ils le font ne parlent plus normalement avec les gens.

Mais il n’y a pas qu’en bas que çà fout le camp. Significatif a été la mobilisation des compagnies de CRS qui ont finalement obtenu gain de cause. Le cœur de l’Etat c’est la force armée et quand ses membres se mobilisent contre le gouvernement c’est un signe indéniable de crise politique au sommet. Lorsqu’au début de 1958 les policiers manifestèrent devant les fenêtres du Ministère qui les dirige, ce fut le signe que le régime politique allait s’effondrer. Cette mobilisation inédite de CRS est tout aussi significative. Un policier de Nîmes m’a raconté l’état de délabrement de la police d’Etat dans cette bonne ville qui a perdu 150 agents en dix ans ; il était exaspéré après Sarkozy…d’autant plus qu’il avait voté pour lui ! La provocation de Sarkozy à Nantes ouvre une nouvelle phase dans la crise de l’Etat dans ses fonctions régaliennes de justice et de police. En effet jusque là on régnait en opposant justice « laxiste » et police « excédée » et maintenant il apparaît aux yeux de tous que le problème provient de la suppression massive de postes dans les deux, ce qui interdit aux magistrats comme aux policiers de faire leur travail normalement. Et pendant ce temps Alliot-Marie se débat dans son histoire de jets privés décrédibilisant le gouvernement français aux yeux du monde…..Comme disait Lénine « Quand en bas on ne peut plus vivre comme avant et qu’en haut on ne peut plus gouverner comme avant, cela signifie qu’on entre dans une période prérévolutionnaire»

Dans une telle situation la responsabilité politique des partisans d’une transformation sociale est importante. Inutile d’en rajouter dans les mots d’ordre et les revendications, ils fusent d’eux-mêmes dans la situation. En étant présent au cœur des actions et des combats de notre peuple, donc en étant dans le mouvement même de la révolution citoyenne qui vient, nous devons être unis pour être prêts à gouverner pour un nouvel ordre social et démocratique. Le Parti de Gauche n’a pas d’autre utilité que de construire cette  perspective avec la stratégie du Front de Gauche. Jean-Luc Mélenchon a raison de taper sur Strauss-Kahn car cette démission de la gauche pour un « candidat naturel » qui reprendrait de fait la politique de la droite serait la pire catastrophe. Le peuple est excédé devant soit le silence soit  les hésitations d’un PS entre une politique de gauche et la fidélité au social libéralisme. L’heure de l’alternative à gauche a sonné. Et il y a une occasion de le faire savoir tout de suite.

20 et 27 mars 2011.
Dans deux mois la moitié de la France va être appelée aux urnes à l’occasion des élections cantonales. J’ai essayé d’agir à mon niveau pour que le front de Gauche soit présent dans le plus grand nombre de cantons et qu’il soit non seulement uni mais aussi ouvert aux autres composantes de la gauche indépendante du PS. Dans le Gard, les PO, l’Aude les composantes du Front de Gauche ont passé un accord départemental pour présenter des candidats partout, et notamment dans l’Aude en élargissant l’accord au NPA. Malgré nos appels et nos efforts, cela n’a pas été accepté dans l’Hérault par le secrétariat départemental du PCF et nous le regrettons. Mais cela ne nous a pas empêché de bâtir canton par cantons des candidatures unitaires pour aboutir à ce jour à une présence dans plus de 20 cantons. Le PCF et le PG constituent très souvent des couples de candidats montrant le visage unitaire du front de gauche. De plus à Béziers un candidat PG aura une suppléante FASE et à Clermont l’Hérault une candidate PG aura un suppléant Vert représentant une mobilisation locale de grande ampleur contre un projet de bétonisation de terres agricoles. J’aurai l’occasion de revenir en détail sur les combats locaux qui constituent autant d’ancrages profonds du FdG dans le peuple de ce pays. Mais je voudrais dire aujourd’hui deux mots des territoires qui me sont les plus proches. Je suis Maire de Grabels qui fait partie du 10ème canton de Montpellier. Aux européennes de 2009, le FdG a fait 16% dans ma commune et aux régionales de 2010 26%. Nous avons collectivement décidé que je ne serai pas candidat (ce qui surprend beaucoup politiciens locaux et journalistes)  et je trouve que nous avons pris une très bonne décision. Le fdG présente un jeune professeur de 28 ans mais au passé déjà bien pourvu en combats et expériences nombreuses, Lionel Descamps, et il a pour suppléante une infirmière grabelloise Myriam Aufranc. Ils n’ont aucun mandat et mènent une formidable campagne de terrain. Le PG a fait le choix du renouvellement et  de la jeunesse. Je vais les soutenir de toutes mes forces car ils représentent l’avenir d’une nouvelle représentation politique populaire. Je connais également bien La Paillade qui est limitrophe de ma ville et de mon canton et là le PG présente un candidat issu des mobilisations citoyennes des quartiers populaires, Mohamed Bouklit. A 34 ans, diplômé d’informatique, habitant depuis toujours la Paillade, il a notamment animé la Plateforme citoyenne qui joue un rôle civique majeur dans le quartier. Il a pour suppléante Danièle Ledudal, militante du NON en 2005 puis une des animatrices des Collectifs antilibéraux dans ce quartier, ancienne de la LCR, actuellement gauche unitaire. Je sens que Mohamed et Danièle vont construire à cette occasion un vrai levier politique dans ce quartier populaire que j’aime tant : j’y suis encore parent d’élève et je participe à beaucoup d’évènements de sa vie publique. J’ai été très honoré que les deux candidats m’aient demandé de présider leur comité de soutien.

Vous voyez que ces cantonales sont beaucoup plus que des élections cantonales : un moyen de construire et d’enraciner une vraie gauche à un an des élections décisives de 2012. Alors occupez vous en ! Tous !

René REVOL

La Révolution citoyenne en Tunisie : un exemple pour tous à commencer…par la France !

Dans cette note je vous parle de la révolution  tunisienne, des conséquences concrètes de la politique gouvernementale sur une petite commune comme celle dont je suis le premier magistrat, de la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Les obligations nombreuses de la rentrée de janvier plus une mauvaise grippe m’ont tenu éloigné du clavier mais c’est avec joie que je retrouve mon blog pour vous dire l’engouement qui a été le mien en suivant heure par heure ce qui s’est passé (et se passe encore) en Tunisie. Pas pour revenir sur les évènements mais pour en donner mon analyse.

 La révolution démocratique tunisienne. D’abord rappelons que le régime dictatorial de Ben Ali était soutenu activement par le gouvernement français comme par les dirigeants socialistes, puisque Ben Ali et son parti étaient membres de l’Internationale Socialiste ! Ceux-ci se répandent en déclaration de soutien au mouvement démocratique tunisien ; ils devraient avoir la décence d’abord de s’excuser d’avoir soutenu Ben Ali. Quant à Madame Alliot-Marie elle devrait démissionner sur le champ si elle voulait sauver l’image de la diplomatie française aux yeux des peuples du monde entier. Je lis dans des journaux que « c’est toute la classe politique française qui a soutenu Ben Ali», cela est faux car l’honneur de la République Française a été sauvé par le combat de solidarité avec les opprimés tunisiens mené depuis des années par le PCF, le Parti de Gauche, le NPA et toutes les organisations de l’autre gauche, auquel il faut ajouter la Ligue des Droits de l’homme et nombre d’associations et de personnalités démocratiques.

Quant à la dynamique des évènements, il ne faut pas oublier la première étape. Face à la crise alimentaire de nombreux pays du Sud sont obligés de subventionner les produits alimentaires de première nécessité pour permettre à leurs peuples de manger à leur faim. Cela a naturellement creusé les déficits budgétaires et donc la dette publique de ces pays. Et que fit le FMI ? Au lieu de soutenir ces pays par une redistribution mondiale des richesses (comme le proposa à l’origine le représentant français lors de la conférence de fondation du FMI en 1944, un certain Mendès-France !), le FMI réclama de ces pays de faire les « réformes structurelles » consistant à privatiser l’économie et à diminuer les subventions publiquesalimentaires. C’est la voie dans laquelle s’engagea la Tunisie de Ben Ali et on a vu le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, en novembre 2008 féliciter chaleureusement le dictateur pour son excellente politique. Les tunisiens n’oublieront ni Madame Alliot-Marie ni Monsieur Strauss-Kahn ! Face à cette politique de hausse des prix alimentaires consécutives à la diminution des subventions (pendant que la famille Ben Ali s’engraissait honteusement aux yeux de tous), cela faisait des mois que les mouvements de protestation se multipliaient notamment sous l’égide de l’UGT. Manifestations, incidents sur les marchés, grèves sporadiques …tout ce que les médias français ne voulaient pas voir jusqu’à ce qu’un vendeur des rues s’immole par le feu et révèle au grand jour une colère populaire (qu’on avait pu aussi voir à l’œuvre dans les émeutes réprimées en Algérie il y a un mois). J’insiste sur ce point car la révolution démocratique tunisienne mêle étroitement la question politique et la question sociale….Ce que cache à nouveau les commentateurs officiels qui s’émerveillent sur la nouvelle démocratie (après avoir louangé Ben ALI) en évitant de souligner l’exigence populaire d’un changement de politique économique et sociale. Ce qui va directement contre la politique  du FMI. Et déjà cette question est maintenant posée par la rue.

Mais il y a plus important. Le mouvement est souvent décrit par les médias comme l’explosion d’une foule en colère ; c’est la vision qu’ont les élites des mouvements populaires. Ceux qui ont suivi heure par heure cette insurrection populaire, notamment sur le net, les réseaux sociaux…ont pu constater la capacité d’auto-organisation dans les quartiers populaires comme chez les jeunes et les étudiants. Un peuple éduqué et conscient, imprégné d’une culture laïque, instruit du passé révolutionnaire français, où les femmes ont réalisé de nombreuses conquêtes, ce peuple a été capable d’isoler le pouvoir et ses forces de répression et de chasser le dictateur. C’est une révolution citoyenne. Et on voit depuis jeudi que la mise en place du nouveau gouvernement ne passe pas et le peuple après avoir dit « Ben Ali dégages ! » ajoute désormais « RCD dégages ! » et tous ceux qui auront été liés au régime vont être balayés d’une manière ou d’une autre. On voit bien cependant les manœuvres des puissances impérialistes (le discrédit de la France laisse la place aux USA pour cette besogne) pour essayer d’établir un nouvel ordre compatible avec leur domination. Mais l’exigence d’une Assemblée Constituante grandit de plus en plus ouvertement dans les manifestations. Des dizaines de milliers de tunisiens se rassemblent ce weekend de villes en villes pour marcher sur Tunis et les enseignants du primaire défient le pouvoir en se mettant en grève illimitée lundi jour de la reprise des cours.

Tous les peuples sont attentifs et tournent les yeux vers le modèle de la révolution citoyenne tunisienne. Naturellement, les peuples voisins  du Maghreb, du Makrech et du moyen orient. Mais ne limitons pas nos regards comme le font les médias. Car les tunisiens donnent des idées à tous les peuples européens, à commencer par les Français.             

Les conséquences directes de la politique de Sarkozy dans ma commune.
Revenons donc à la France. Dans ma dernière note je vous disais que dés janvier 2011, les coups allaient pleuvoir. Je vous laisse faire la liste des mauvais coups du mois, je veux seulement souligner que tout le monde est touché, y compris ma petite commune de 6000 habitants périphérique de Montpellier. Je prends le cas d’un EHPAD (établissement d’hébergement des personnes âgées dépendantes). La décision ministérielle conditionnant son fonctionnement avait été prise en 2005 par le ministre délégué, en charge des personnes âgées, Philipe BAS ; le dossier avait été monté par mon prédécesseur qui n’avait pas été capable de trouver un lieu adéquat. Arrivés aux affaires en 2008, nous trouvons un lieu idéal ; le terrain est acquis par un organisme départemental chargé de construire l’établissement ; la commission concernée où l’Etat est représenté donne son accord formel ; le permis de construire est instruit puis accordé ; les entreprises chargées de la construction choisies …et alors que les travaux s’apprêtent à démarrer on apprend que l’ARS (Agence Régionale de Santé, le nouveau gendarme qui régit la santé à l’échelle régionale directement relié au gouvernement) suspend l’autorisation de fonctionnement ! Outre que ni le Maire, ni le Président du Conseil général n’arrivent à obtenir un quelconque rendez vous de la directrice de cet organisme (ce qui manifeste un mépris incroyable des populations et de leurs élus), les services concernés font savoir que cette décision rentre dans le cadre des économies budgétaires ! D’abord où est l’économie alors que déjà 500 millions d’€, donc de l’argent public, ont été mobilisés pour l’acquisition foncière sur la base de l’autorisation gouvernementale préalable qui avait été donnée ; car la soudaine décision de l’ARS revient à gâcher ces 500 millions ! Ensuite, quel crédit peut-on accorder aux belles paroles du « débat national » sur la dépendance quand par derrière on fait des coupes sombres dans les crédits de fonctionnement des maisons de retraite. Bref l’offensive gouvernementale crée des ravages dans tous les domaines et les mobilisations ne vont pas manquer tout au long de cette  année.

Le sens de la candidature Mélenchon : construire une perspective politique alternative et unitaire.
Or ces mobilisations sociales en période préélectorale ont besoin d’une perspective politique claire contre Sarkozy et sa politique. De ce point de vue les atermoiements socialistes tant sur le fond (leurs textes sont d’une timidité accablante au point de se demander s’ils n’ont pas peur de se retrouver au pouvoir) que sur la forme (jusqu’à quand va durer ce bal des égos ?) bouchent la perspective politique. Il est assez sidérant de voir en même temps comment les médias ont tout fait pour légitimer Marine Le Pen : elle devient ainsi le réceptacle possible d’une certaine colère populaire sans perspective, entre l’abstention, le filet de la xénophobie nationaliste. Cette attitude des médias procède bien sûr aussi d’une manœuvre visant à légitimer le vote utile pour les partis dominants. Il est donc décisif qu’une autre perspective se construise à gauche. C’est pour cela que je salue la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon ce 21 janvier approuvée ensuite par le Conseil national du Parti de Gauche et qui ainsi est publiquement proposée au Front de gauche, ainsi qu’à toutes les formations de l’autre gauche et à tout le peuple de gauche. Le débat va ainsi se mener dans la clarté dans l’autre gauche pour construire une offre politique unitaire pour les prochaines échéances électorales nationales c’est-à-dire l’élection présidentielle ET les élections législatives (car n’oublions pas que ce sont ces dernières qui garantissent une majorité gouvernementale). Mais cette candidature de Mélenchon est d’avantage qu’une proposition dans l’autre gauche. Elle permet de commencer la campagne contre la droite pour une vraie gauche de rupture ; elle permet d’avancer tout de suite des solutions possibles et réalisables face aux mesures de Sarkozy. Et cela a une portée concrète dés 2011 : les luttes sociales pourront se sentir confortées par l’émergence d’une réelle alternative politique. Et inversement ces luttes sociales favoriseront l’irruption citoyenne sur le terrain électoral. Que les propositions de Mélenchon aient un écho, je l’ai vérifié dés ce matin en allant faire ma tournée dans le café populaire de ma commune : il y une proposition qui fait un tabac c’est la proposition du salaire maximum (« Au dessus je prends tout ! »). Les gens comprennent vite et il n’y a personne pour s’y opposer. J’avais eu une tout autre réception, dans un salon patronal auquel je participais en tant que maire en novembre : que n’ai-je entendu (démagogie, trop simpliste, démotivation du travail…) ; ayant fixé le salaire maximum à 20 fois le SMIC je me suis intérieurement amusé des clameurs de mes contradicteurs, qui avouaient par leurs réactions un niveau indécent de leurs gains. …Ainsi c’est parti. De l’audace et avançons nos idées et nos projets sur la place publique. Alors tous ceux qui veulent soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon allez à cette adresse sur son blog

« Je propose ma candidature pour l’élection présidentielle de 2012, au Front de Gauche et à toutes celles et ceux, en métropole et outremer, qui se reconnaissent dans cet engagement pour la Révolution citoyenne. »:

http://www.jean-luc-melenchon.com/liste-dappui-a-ma-candidature/        

Enfin un mot sur l’angle d’attaque trouvé à ce jour par les défenseurs du système contre Mélenchon : l’accusation de populiste et l’amalgame entre Mélenchon et le Pen. J’écris à froid car ce genre de pourriture me donne facilement une rage sans bornes et je préfère attendre avant de réagir. D’abord populisme est un concept creux qui sert surtout aux élites pour manifester leur crainte et leur mépris des mouvements populaires. Je vous renvoie à ce sujet à l’excellent article dans la tribune libre de l’Humanité de ce 22 janvier d’un professeur de philosophie : Benoit Schneckenburger. Ensuite c’est une honte d’assimiler un militant de gauche qui fut de tous les combats antiracistes avec l’extrême droite. Cohn-Bendit s’est déjà déshonoré dans cet exercice avant d’être condamné par son parti ; idem pour Huchon. Et cette  semaine le très droitier et très antigrève dessinateur Jean Plantu a livré son fiel par un dessin de la honte dans L’Express,  provoquant la réprobation de nombreuses personnalités. Et ce samedi 22 je lis dans Midi Libre l’éditorial d’un scribouillard, un certain Yann Marec : « Sur l’estrade du camp des populistes, ils sont deux désormais. Jean-Luc Mélenchon a rejoint sa camarade d’invectives Marine Le Pen. […] N’en déplaise à Mélenchon, Plantu a eu raison… » (Vous retrouverez ce texte page 5 du deuxième cahier régional). En tant que responsable régional du Parti de Gauche, qui a porté les couleurs du front de gauche dans cette région, je m’estime diffamé par ce monsieur et je vais exiger des excuses. Et je vous invite à tous en faire de même. Ne les lâchons pas ; aucune concession à ces monopoleurs des médias qui font ouvertement campagne contre le peuple. J’ai trop de respect pour les métiers de l’information dont nombre de journalistes risquent leur vie pour dire ce qui est pour que nous nous taisions devant ceux qui s’érigent le droit d’injurier dans le secret de leurs bureaux douillets.    

                                                                                                                  René Revol

Et si 2011 était plus important que 2012 !

Bon, nous y voilà dans cette année 2011. Et, maire oblige, je vais devoir assister à toutes ces interminables cérémonies de vœux. Un copain anglais me disait qu’il ne comprenait pas tout ce cérémonial en France qui dure un mois ; qu’on se souhaite la bonne année entre amis, voisins, famille et qu’on fasse de même avec ceux qui partagent une fraternité républicaine, rien que de très normal ; mais de voir ce spectacle des élites en tous genres se souhaiter les meilleurs vœux de bonheur et de santé alors que bien souvent ils se détestent souverainement, c’est au bout du compte assez affligeant. D’un naturel plutôt sociable et civil, je me plierai à ces conventions. Mais j’accorderai surtout mon temps aux habitants de ma commune avec qui j’ai une relation citoyenne et fraternelle particulière. Ne voulant pas mélanger les genres je vous laisse découvrir sur le site de la Ville de Grabels ma carte de vœux 2011. Je suis sûr qu’elle va vous inspirer plein de réflexions originales. Et si vous êtes dans le coin le lundi 17 janvier à 19h venez assister aux vœux municipaux à la salle polyvalente.

Quant à cette année 2011, foin des mièvreries habituelles, mieux vaut se dire les choses clairement : elle va être terrible !

D’abord il n’y aucune raison que la crise économique se ralentisse. Dans ce domaine, le discours dominant est consternant sur le thème éternel du « c’est un mauvais moment à passer » « on ne peut rien faire d’autre que des restrictions budgétaires » « il n’y a plus d’argent dans les caisses » « il y aura une reprise » et pourquoi pas « après la pluie, le beau temps revient toujours »… Propos d’autant plus consternants qu’ils s’accompagnent souvent de mots savants pour avancer les idées basiques des économistes libéraux : tout s’arrangera avec le temps, laissons faire le marché. Or dans les discussions avec la population on sent les gens plus ou moins confusément conscients de la gravité de la crise et de l’impasse de ce système. De plus en plus grandit la conscience que nous sommes face à une crise systémique dont on ne sortira qu’à travers une brisure profonde.

Nous sommes face à une crise du capitalisme financiarisé et mondialisé qui s’est imposé depuis le milieu des années 80 suite à la crise, dans les années 70, du capitalisme fordiste. Le capitalisme financiarisé et mondialisé n’est pas une génération spontanée mais le fruit des décisions des gouvernements de l’époque (chacun avec sa variante) : libéralisation des marchés des marchandises par généralisation du libre échange pour imposer un régime concurrentiel, libéralisation totale des marchés monétaires et financiers entrainant la disparition de toute réglementation publique, libéralisation du marché du travail par une flexibilisation généralisée dans la gestion de la main d’œuvre, privatisation de la quasi-totalité des entreprises publiques, ouverture à la concurrence de tous les services publics, démantèlement des régimes de retraites et de la santé publique, diminution des impôts et des dépenses publiques etc. Quelque soit le terme utilisé, libéralisation, dérégulation, déréglementation, il s’agit d’une offensive menée sans relâche depuis les années 80 et qui se poursuit à travers la crise actuelle.

La logique intellectuelle dominante est celle dite de l’offre compétitive. Nul besoin de soutenir la demande des ménages ou de l’Etat pour soutenir la croissance (cela est présenté comme une vieillerie keynésienne provoquant les haussements d’épaule de nos « savants » libéraux) ; ce qu’il faudrait désormais c’est rendre l’offre (c’est-à-dire les entreprises) compétitive par les prix, en abaissant les coûts de production (ceux du travail bien sûr !) afin de répercuter cette baisse sur les prix de vente et assurer ainsi une croissance saine et sans inflation d’une économie concurrentielle.

Ce conte de fées a été décliné sur tous les tons depuis trente ans. Outre que la logique de la concurrence libre et non faussée est celle du moins-disant social, fiscal, écologique, celle-là même de la grande régression, (pour reprendre l’excellente expression de Jacques Généreux) elle est grosse de crises et soubresauts.
Juste un oubli en effet : le salaire n’est pas qu’un coût, c’est aussi un revenu. Et quand on baisse la masse salariale on ne fait pas que baisser les coûts, on fait baisser aussi les revenus et on diminue par là-même la capacité d’achat de la société. Ce mécanisme inexorable s’est amplifié depuis la fin des années 80 et s’est manifesté par une première récession mondiale entre 1991 et 1993, puis à nouveau en 2001. Le mécanisme d’une vaste crise mondiale de surproduction s’est ainsi mis en place. L’échéance a été retardée d’une part par une extension de l’accumulation capitaliste dans les pays émergents du Sud (ce qui permettait en même temps de faire pression sur les salaires du Nord) et d’autre part par une extension phénoménale du crédit chargé de compenser cette diminution des capacités d’achat de la société. Les subprimes ont été le point ultime de cette orgie de crédits privés. La bulle du crédit privé a atteint une ampleur inégalée et a pénétré tout le système via la titrisation (la possibilité pour les prêteurs de négocier les crédits sur le marché financier). Pendant ce temps, les actionnaires réclamaient toujours plus de rendement (dividendes et hausse des actions) ; ils exigeaient une rentabilité de 15% par an alors que le produit réel n’augmentait que de 2 à 3 %. Prétention irréalisable, si ce n’est en instaurant une dictature du capital financier par une surexploitation de la main d’œuvre, le chômage de masse, le recul des droits sociaux, les avantages fiscaux, les faibles investissements et la chasse aux coûts. Une part croissante de la valeur créée allant à la rente financière avide de spéculation, la part rémunérant le travail a fortement baissé.

Un pouvoir d’achat qui stagne ou régresse d’un côté et de l’autre une montagne de crédits qui croissent : l’épreuve de vérité ne pouvait tarder. Les premiers défauts massifs de paiement apparaissent mi 2007 ; je me souviens alors d’une brillante déclaration du nouveau directeur du FMI début 2008 disant que le gros de la crise était derrière nous et que nous allions rentrer dans une période de croissance ! Ah ce DSK quel génie ! Bref la montagne de dette privée a explosé le 14 septembre 2008 quand Lehman Brothers a fait faillite menaçant d’entraîner avec elle la majorité du système bancaire mondial. Et qu’ont trouvé nos Diafoirius de l’économie ? Eh bien sauvons les banques en transmettant cette dette privée aux Etats ! 2009 a vu ainsi grandir une dette publique gigantesque se substituant à une partie de la dette privée. Endettement des Etats sauveurs des banques en recourant aux marchés financiers tenus toujours par ces mêmes banques et institutions financières qui entendent s’engraisser sur leurs dos. Le mécanisme est simple : on demande aux Etats de s’endetter pour sauver le système bancaire qui va jouer de la plus ou moins faible crédibilité des Etats pour leur prêter au prix fort. Cette crédibilité est établie par les agences de notation, des institutions privées dont les actionnaires sont justement les banques et les institutions financières (ce qui frise le conflit d’intérêt !) Ces agences désignent les mauvais élèves qui doivent payer le plus cher.

Vous avez suivi en 2010 l’orchestration de la crise grecque suivie de la crise irlandaise. Se prépare un scénario identique au Portugal en attendant l’Espagne, puis à qui le tour ? Avec toujours la même potion : faire payer cette dette publique par les peuples ! Baisse des salaires, remise en cause des régimes de retraites, baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des dépenses publiques, destruction programmée de la sécurité Sociale, augmentation des tarifs de toutes sortes… Comme dans la comédie de Molière, on soigne le malade par des saignées. Avec de tels remèdes, comme le disent de plus en plus d’économistes, c’est le malade qui risque d’y passer. Une forte récession ne peut que s’ensuivre avec son cortège de misère et ses conséquences désastreuses pour la civilisation. L’analyse pourrait être largement complétée : cette crise systémique mondiale se couple avec une crise écologique majeure, dont les dimensions énergétiques et alimentaires ne sont pas moins catastrophiques. En tout état de cause, 2011 verra se déployer dès les premiers mois les conséquences de cette machine infernale. Pourtant depuis des années des voix expertes se sont élevées pour alerter sur la catastrophe qui vient. Parmi les économistes, Jacques Généreux, Dominique Plihon et tant d’autres l’ont écrit, expliqué et décortiqué depuis des années. A ma modeste place, je vous renvoie à mon article de 2004 dans le N°1 de la revue « Pour la République Sociale » édité par l’association PRS, article au titre évocateur : « capitalisme et barbarie ».

Ensuite, 2011 sera terrible en France avec ce que nous annonce Sarkozy. Là aussi on pourrait détailler le programme. Ça commence dès ce premier janvier avec la fin du monopole de la Poste sur le courrier de moins de 50g.
Je ne retiendrai que deux points : d’une part le démantèlement annoncé de la Protection Sociale avec à terme la remise en cause de l’assurance maladie. Le point d’attaque va passer par la réforme sur la dépendance sur laquelle je reviendrai en détail dans une prochaine note car je crois que sur ce point il y a un important travail d’éclairage et d’explication à faire. L’autre point de l’offensive sarkozyste que je veux souligner concerne les effets de plus en plus visibles de la diminution des dépenses publiques et du nombre de fonctionnaires. On l’a vu avec l’épisode neigeux : notre service public va être de plus en plus confronté à des risques de rupture. D’ores et déjà les conditions d’enseignement de nos enfants se dégradent fortement avec les milliers de suppressions de postes déjà réalisées ; ce qui se prépare pour la rentrée 2011 est stupéfiant.

Vous l’avez compris : 2011 va être terrible. Ceux qui s’imaginent que cette année ne va servir qu’à un casting pré électoral font une lourde erreur. Nous ne sommes pas sur une pente douce qui nous mène tranquillement vers la présidentielle ; toutes les ruptures sont possibles dans la chaîne des Etats menacés de faillite, comme dans la gestion de l’Euro. Quant à la société, elle souffre et n’en peut plus. Par la brutalité des mesures prises et par son refus de bouger sur les retraites, le gouvernement croyait générer l’abattement et la fatalité. Erreur ! C’est la rage qui monte, c’est l’orage qui gronde. En ce moment il ne s’agit pas d’attendre sur le bord du chemin, ni d’attendre 2012, ni d’attendre la révolution. Rage et colère ne produisent rien de bon mécaniquement. La responsabilité politique est d’être prêt à gouverner. Dire : voilà ce qui peut être fait pour sauver notre peuple, voilà comment on peut le faire et dans quels délais. Celles et ceux qui auront cette détermination à changer l’ordre des choses, seront les seuls qu’on écoutera au fur et à mesure que la crise ravagera notre monde. Certains en haut lieu ont été surpris du succès du nouveau petit livre rouge de Jean-Luc Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous ! » : il a atteint les 50 000 exemplaires, ce qui est exceptionnel pour ce type d’ouvrage. Ce qui me frappe c’est de voir ce livre pénétrer dans des ménages assez éloignés de la vie politique quotidienne et peu au fait des arcanes des partis et groupes politiques. Je l’ai vérifié lors de ces rencontres très mélangées qui se font pendant les fêtes de fin d’année : la parole de Mélenchon a touché un large public. Pour deux raisons à mon avis : d’une part un langage de rupture assumé et clair, d’autre part, il ne s’agit pas d’une simple protestation mais d’une volonté de gouverner pour mettre en œuvre cette rupture. C’est d’ailleurs ce qui explique la rage et la violence des attaques contre lui. Ses détracteurs ont compris qu’ils n’ont pas devant eux un sympathique révolté qui ne voudrait jamais gouverner mais bien quelqu’un qui est prêt à assumer le pouvoir.

Je reviendrai souvent sur ce blog sur les mesures concrètes que nous mettrons en œuvre une fois au pouvoir. Et chacune des batailles que nous allons mener dans les semaines nourriront et se nourriront de ces solutions alternatives. Cette année 2011 est effectivement décisive.

Alors Bonne Année à vous tous, amis, camarades, citoyens, lecteurs de ce blog.

René Revol