Retour sur le Forum alternatif mondial de l’eau (FAME)

Note du 14 mars 2012,
par Bruno Flacher.

Je réponds bien volontiers à l’invitation d’évoquer le FAME, ayant participé à Marseille aux Journées internationales de débat citoyen sur les enjeux locaux et mondiaux de l’eau (prélude les 9 et 10 mars au FAME) les Journées internationales de débat citoyen sur les enjeux locaux et mondiaux de l’eau. Ce colloque, organisé par la fondation France Libertés et le CRID, a débouché sur une déclaration intitulée « L’eau n’est pas une marchandise, c’est le bien commun de l’Humanité et du Vivant ». Pour télécharger la déclaration cliquez ici.

Des associations, ONG, élus, responsables de projets ont échangé sur des expériences riches et diverses mais qui toutes convergent : l’accès à l’eau et à son assainissement est un droit humain fondamental. La reconnaissance de ce droit par les Nations Unies en juillet 2010 est un pas important. Il s’agit à présent de le faire passer dans la vie.

Se sont exprimés des mouvements sociaux et citoyens, des élus et responsables de projets, souvent porteurs de réalisations concrètes. Deux exemples parmi bien d’autres :
En France, Anne Le Strat a parlé du retour en Régie publique de la ville de Paris. Gabriel Amard, a montré la démarche de l’implication citoyenne dans le retour en régie publique de la distribution de l’eau à Viry-Chatillon, avec ses acquis pour les usagers-citoyens : une gestion sociale de l’eau (gratuité pour les m3 indispensables et progressivité ensuite, souci de la qualité de l’eau, pérennisation des équipements, baisse d’1/3 du prix de l’eau, implication des usagers). Dans un ouvrage qui vient d’être réactualisé sont présentées 11 expériences, (dont celle du retour précurseur de l’eau en régie de Grenoble), Le guide de la gestion publique de l’eau, aux éditions Bruno Leprince. Se le procurer, c’est bénéficier de tous les arguments qui démontrent la légitimité et la faisabilité de la gestion publique de l’eau.

Les interventions les plus nombreuses furent celles des expériences dans le reste du monde. Elles s’inscrivent dans un très large mouvement dans le monde de réappropriation citoyenne des enjeux liés à l’eau, associant des organisations non-gouvernementales, des associations, des syndicats, des collectivités territoriales. Le FAME des 14 au 17 mars vont enrichir encore ce qui est à la fois très divers et exemplaire : le même souci de préserver ce bien vital qu’est l’eau, d’œuvrer à son accessibilité et à son assainissement pour tous se retrouve dans les pays les plus déshérités comme dans les pays dits avancés (la riche expérience de la ville de New York est de ce point de vue très intéressante : l’eau de qualité serait là aussi un bien rare s’il n’y avait la mobilisation conjointe des citoyens usagers, des autorités administratives  et des agriculteurs du bassin versant ayant pris conscience des grands enjeux).

Un exemple m’a particulièrement frappé : le cinéaste algérien Hacène Ait Iftène, avec qui j’ai longuement échangé, a fait un documentaire « ça coule de sources », présenté au FAME : il montre comment un village de Kabylie en Algérie s’est pris totalement en charge pour l’adduction en eau potable, sa gestion et l’entretien du réseau. Une extraordinaire aventure de modestes villageois qui ont réalisé, entre leur village (à 800m d’altitude) et une source abondante à 1800m, des travaux de titans, par des travaux collectifs en pleine montagne du Djurdjura. Les autorités ont eu le culot d’en demander ensuite la gestion ; elles ont été fermement éconduites : l’eau restera gérée par les habitants et gratuite pour tous !

Le Forum alternatif mondial de l’eau se déroule du 14 au 17 mars à Marseille. Ce rassemblement citoyen international a lieu alors que se tient l’officiel Forum mondial de l’eau centré sur les intérêts des multinationales du secteur. Lors du Forum social de Dakar, l’appel de soutien au FAME disait clairement : le Conseil mondial de l’Eau, auto-désigné, et son Forum n’ont aucune légitimité, ni politique: ils ne représentent pas les peuples du monde; ni technique : leur bilan est un échec au regard des objectifs déclarés. Pour eux, l’eau est une marchandise, source de profits.

D’ici 2015, les 2/3 des contrats de gestion privée arrivent à terme. Si on ne veut pas faire confiance aux majors de l’eau, participer à la réappropriation citoyenne de ce bien public et indispensable à la vie, l’heure approche de passer aux actes.

Bruno Flacher.

 

Soirée « layette et politique », prise de la Bastille dimanche prochain et révolution citoyenne, renaissance de la conscience de classe et conclusion sur l’enjeu éducatif.

Note du 12 mars 2012

Soirée layette et politique.
Comme je vous en ai déjà entretenu dans des notes précédentes, cette campagne du Front de gauche nous réserve des surprises tous les jours. A cause justement du caractère spontané, citoyen et populaire du processus en cours. Samedi soir des amis nous ont invités, ma femme et moi,  à une soirée « layette et politique » ! Ils viennent de mettre au monde il y a trois semaines un magnifique petit Raphaël et ils ont invité voisins et amis en couplant ce rendez vous avec un débat amical sur la campagne du Front de gauche pour les présidentielles. Cette discussion entre voisins et amis permet d’aborder directement tous les sujets et de libérer la parole. Après tout quand on met au monde un petit homme il est légitime de s’interroger sur le monde qu’on va lui laisser en héritage.  Beaucoup de témoignages dans cette soirée montrent un intérêt grandissant dans la population pour la candidature et les propositions de Mélenchon ; une professeure de lycée professionnel indique par exemple que ses élèves de bac pro, qui professaient tous jusque là un rejet pur et simple de la politique, n’hésitent plus à dire que Mélenchon leur parle et qu’ils veulent voter pour lui. Cela rejoint ce que j’ai entendu le matin même sur le marché de Figuerolles où l’accueil fut fort positif dans un milieu populaire : « Lui au moins il parle net » « il parle de nous, de ce qui va pas », « il sait cogner sur la Le Pen »…

Dans ces trois dernières semaines la situation s’est modifiée : de l’adhésion militante – élargie à tous ceux qui se côtoient dans les luttes ou les batailles électorales depuis 2005 – on est passé à un intérêt populaire beaucoup plus large : enfin un espoir se lève. Nôtre tâche est d’amplifier cet impact populaire des mots et de l’alternative qu’incarne Jean-Luc Mélenchon.  Il faut pour cela éviter les calculs politiciens et le repli sur des segments électoraux, s’adresser au grand nombre. Rien de ce qui est humain ne nous est étranger et notre programme fait passer l’humain avant le profit et l’appât du gain ; c’est donc en partant du programme qu’on peut répondre à toutes les préoccupations. J’ai pu le tester dernièrement, lors de débats locaux sur diverses questions : la gestion des déchets, l’eau (on reparlera du forum alternatif mondial de l’eau à Marseille auquel s’est rendu mon camarade Bruno Flacher), les droits (à défendre et étendre) des femmes qui sont les plus frappées par la précarité, le chômage et la violence, la petite enfance, l’urgence sociale du logement (dont on va parler cette semaine avec la fin de la trêve hivernale)…  Je ne veux pas aborder ici chacune de ces questions ; ce qui m’importe c’est la méthode qui fait avancer notre cause : accepter l’échange avec tous, d’où qu’ils viennent, car il y a de l’humain en tous. Puis faire admettre que la solution doit prendre en compte la satisfaction des besoins humains et amener ainsi ses interlocuteurs à y réfléchir. L’un des traits de la campagne de Mélenchon est précisément de s’adresser à l’intelligence de tous ; je peux vous dire que les gens apprécient qu’on ne les prenne pas pour des imbéciles !

Un mouvement populaire s’est mis en marche.
Pour la première fois cette campagne électorale participe d’un véritable mouvement social. Déjà, en mettant en place les assemblées citoyennes, la priorité a été donnée à l’expression libre des citoyens ; c’est d’ailleurs cette méthode du dialogue qui a permis de construire le programme du Front de gauche « L’humain d’abord ».

De là se sont diffusées d’innombrables initiatives de terrain, élaborées et imaginées sans attendre telles ou telles consignes centrales. Il y a eu ensuite les prestations exceptionnelles de notre candidat à la télévision qui a fait exploser le mur médiatique, construit pour tenter de le discréditer et le marginaliser. Sa parole et les thèmes de notre campagne se sont imposés sur des questions centrales, telle la nécessité de faire payer les riches. En même temps, les rassemblements massifs de jeunes et de salariés, s’appropriant les meetings du Front de gauche, submergeaient les cadres politiques traditionnels, beaucoup repartant avec tracts et programmes en poche. Ce n’est plus dés lors d’un côté des candidats présentant leurs programmes et de l’autre des électeurs passifs qui font leur choix dans l’hypermarché politique ; autre chose se passe lors de cette mobilisation pré-électorale avec cette mise en mouvement d’une partie du peuple. Cette mobilisation participe de la reconstitution d’une classe ouvrière et populaire consciente de soi. Pendant des décennies la classe ouvrière a subi les effets des licenciements, de la précarité, du chômage ; les transformations de l’appareil productif semblaient l’atomiser et la marginaliser ; les professionnels de la parole politique, médiatique et savante la faisaient disparaître des écrans radars de la société. Statistiquement majoritaire la classe populaire avait disparue de tous les discours et de toutes les représentations. Les mobilisations contre les attaques patronales et gouvernementales depuis 1995, 2003, 2006 et 2010 ont peu à peu remis en mouvement ouvriers et salariés. Mais sans qu’une représentation politique se construise avec cette mobilisation. Or, ce à quoi on assiste avec cette campagne, c’est à la prise de conscience par la classe populaire de son existence, de sa force, de son nombre. Un lien fort se tisse avec les syndicalistes, œuvrant au dépassement de cette distance stérile entre syndicalisme et politique. Comme l’a bien expliqué Marx, pas d’existence objective d’une classe ouvrière sans son affirmation subjective. Les classes populaires sont de retour et tout doit être fait pour leur donner les moyens de s’affirmer en nombre dans cette élection.

Toute l’importance de la manifestation du 18 mars avec la marche sur la Bastille.
D’abord le 18 mars commémore l’insurrection ouvrière parisienne de la Commune. Ensuite il nous faut abattre la nouvelle Bastille des inégalités. Enfin se pose la nécessité d’un changement de régime pour en finir avec l’actuelle monarchie républicaine française, chargée d’appliquer les plans qu’impose l’oligarchie, via les institutions européennes non élues. La conscience grandit dans la population qu’on ne  s’en tirera pas avec une alternance de plus, qu’il faut changer de régime. L’heure n’est plus à disserter sur la 6ème République : désormais il faut la mettre en route.

La mobilisation pour le 18 mars bat son plein. Les places concédées par la SNCF se sont remplies en deux jours ; dés qu’on affrète un car dans une localité les inscriptions affluent. Les montées en voiture se multiplient. L’insurrection civique commence le 18 mars. D’ores et déjà nous pouvons dire que nous serons prés de 1000 du Languedoc dans les rues de Paris et nous nous retrouverons pour les montpelliérains le 21 mars à l’assemblée générale des assemblées citoyennes à partir de 19h salle guillaume Nogaret espace Pitot à Montpellier pour décider ensemble des moyens d’amplifier les résultats de la mobilisation citoyenne du 18 mars.

Quelques mots enfin de l’éducation et de l’enfance. Je vous invite à participer nombreux à la réunion publique départementale du Front de gauche sur l’éducation le jeudi 15 mars au centre espagnol de Béziers : nous accueillerons Gérard ASCHIERI qui a longtemps été un dirigeant syndical et qui est aujourd’hui un des responsables nationaux pour l’éducation pour le Front de gauche dans le comité national de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Pour préparer cette réunion  deux contributions : d’une part je vous invite à regarder la vidéo d’un débat sur l’éducation auquel j’ai participé sur TVSUD, avec des représentants des autres forces politiques.

D’autre part je vous transmets ici le dernier texte magnifique que vient d’élaborer le Front de gauche qui prend de manière globale la question de l’enfance et définit ce que devrait être une politique bienveillante et émancipatrice envers l’enfance. La lecture de ce texte (bien que long) m’a ravi car, loin de saucissonner par spécialité comme on le faisait souvent autrefois, quand on aborde les questions éducatives, il restitue la globalité d’une démarche humaniste et révolutionnaire d’une société qui veut éduquer dignement sa jeunesse. Je vous invite à le lire et à le diffuser largement autour de vous.

Télécharger l’Appel du Front de Gauche : « Pour une politique de l’enfance bienveillante et émancipatrice ! »

René REVOL

La meilleure réponse au coup d’Etat européen contre les peuples!

Aujourd’hui vendredi 2 mars les dirigeants des 25 gouvernements européens ont osé signé le nouveau traité qui contraint tous les pays à l’austérité généralisée.
Cette décision fait suite à l’adoption par l’Assemblée nationale puis par le Sénat (qui n’a été rendu possible que par l’abstention de l’immense majorité des sénateurs socialistes) du MES qui ouvrait la voie à l’adoption du traité. mercredi dans l’unité de tous les syndicats européens les salariés ont montré leur refus catégorique de ce nouveau traité, leur refus de la règle d’or, leur refus de l’autoritarisme qui impose aux peuples des politiques sans les consulter. la mobilisation contre ce traité ne fait que commencer; cette fois ci nous ne serons pas seuls comme en 2005 mais ce sera une mobilisation qui s’insérera dans une vaste mobilisation de solidarité internationale et dans laquelle l’élection française de avril mai occupera une place décisive.
Nous aurons l’occasion d’y revenir et d’analyser le contenu de ce traité mais aujourd’hui je trouve que la meilleure réponse au coup d’État européen est ce témoignage de Dimitri.
Vous avez été des milliers à visionner la vidéo que j’avais posté où Dimitri criait sa colère par ce que les dirigeants européens et ceux du FMI imposait au peuple grec.

Aujourd’hui Dimitri revient d’un nouveau voyage en Grèce et nous livre ce témoignage :
 » Finalement au bout de quelques jours après mon retour de Grèce je me risque à écrire ces quelques lignes car ne peux garder le silence. Je n’ai pas l’intention de faire un article de presse j’en suis d’ailleurs incapable, en plus je n’ai pas le cœur à l’écriture mais plutôt l’envie de crier ma colère. Je suis comme beaucoup de grecs au sang chaud beaucoup plus à l’aise dans l’expression orale qu’à l’écriture.
Ce que j’ai vu en Grèce pendant ces quelques jours me révolte.
Certes la Grèce est restée un beau pays mais comme me l’ont dit beaucoup de grecs rencontrés là-bas « la Grèce était un paradis, ils en ont fait un enfer ! ».
Déjà qui se cache derrière ce « ils » ?
Tout d’abord le pouvoir politique local. Ces hommes politiques corrompus « les VOULEFTES » c’est-à-dire les membres du parlement et du gouvernement de coalition qui adoptent jours après jours toutes ces mesures qui étouffent l’économie et qui saigne le peuple.
Ces hommes politiques aujourd’hui détestés par tous les grecs n’osent même plus sortir dans la rue, se mettre en terrasse prendre un café ou aller dans une taverne. Pendant des décennies ces derniers ont bénéficié des largesses de nombreuses multinationales françaises, américaines, anglaises et allemandes trempant dans d’innombrables scandales comme celui du contrat de sous-marins à plusieurs milliards d’euros de la firme allemande SIEMENS.
De même, des entreprises comme Carrefour, British Petroleum, Shell, Unilever, Coca Cola, Nestlé et bien d’autres ont été impliqué dans des affaires scandaleuses parfois condamnées par la justice pour ententes illicites, pratiques illégales, positions dominantes voire même corruption.
Enfin les institutions internationales (Union Européenne, Banque Centrale Européenne et Fond Monétaire International) qui se regroupent derrière le mot de TROIKA ne sont en fait que le bras armé du capitalisme financier qui détient le vrai pouvoir en Grèce tout comme dans le reste de l’Europe.
Et ne nous trompons pas car aucune de ces institutions malgré leur milliards d’euros versés n’ont aidé véritablement la Grèce. Pas un seul euro n’est arrivé dans la poche des grecs. Il s’agit en réalité d’un immense marché de dupes car les euros versés sont retournés directement dans la poche des créanciers dont les banques. Ce système est une machine à appauvrir les peuples aux services de la puissance de l’argent.
Je ne tiens pas à vous parler aujourd’hui de ces chiffres que l’on vous abreuve, pas plus que de ces analyses macroéconomiques relayées par des pseudos spécialistes qui plus est n’ont jamais mis les pieds en Grèce et ne connaissent rien de la vie de tous les jours sur place. Ils vous assènent à longueur de journée dans leurs médias des analyses qui se révèlent être de mois en mois toujours plus fausses !
Ce que je tiens aujourd’hui c’est à témoigner de ce que j’ai vu et attendu là-bas durant mes deux semaines de séjour.
Quelque que soit le lieu, ils m’ont tous demandé de passer le message suivant aux français :
« Nous ne sommes pas des fainéants, nous travaillons beaucoup »,
« Nous n’avons jamais profité de ces milliards d’euros qui font aujourd’hui la dette de notre pays »,
« Nous avons été sali par les propos tenus ou écrits en France et surtout en Allemagne par certains»
Comme a pu me dire Manolis qui tient une ouzeri sur l’ile de Chios, « ma femme et moi, nous levons à 5h00 du matin et nous couchons entre 01h00 et 02h00 du matin. Nous ne prenons jamais de vacances, avons du mal à gagner notre vie avec nos deux enfants à élever».
Malgré des années d’études supérieures, Nikos et Alexandra quant à eux ont dû, par manque de travail, quitter Athènes pour créer une petite activité agricole. « Au moins avec cela ici nous pourrons peut-être manger et vivre ». Alexandra ajoute « Quand j’appelle mes amis et mes parents à Athènes, ils me disent qu’il n’y a pas d’espoir, tout va de mal en pis ».
Beaucoup de leur amis ont quitté la capitale pour retourner à la campagne et les plus chanceux ont réussi à quitter la Grèce pour les Etats-Unis ou l’Australie. C’est une bien triste perspective pour la Grèce mais aussi pour l’Europe de voir sa jeunesse au demeurant super diplômée quitter le continent pour une vie meilleure ailleurs ! Voilà où nous conduit la politique libérale.
A Pirghi dans le café où je discute avec Nikos et Alexandra, le patron un très vieux monsieur qui dans un autre pays serait sûrement assis dans son fauteuil devant sa télévision exprime toute sa rancœur. « J’ai 82 ans, j’ai une retraite de misère et je travaille encore » et de rajouter «J’ai honte de voir des enfants en Grèce réclamer aujourd’hui à manger. Même pendant la guerre nous n’avons pas connu cela ».
Enfin, pour lui comme pour beaucoup de grecs, la Grèce n’est plus une démocratie. « On nous impose un gouvernement que nous n’avons pas choisi ». Même si vu de France les grecs semblent réactifs et beaucoup bouger, les grecs quant à eux se qualifient même d’endormis : « Nous les grecs nous sommes aujourd’hui endormis mais je sais qu’on va se réveiller et cela va exploser » et de rajouter « Quand tu seras en France dis leur que je n’ai peur de personne, trop c’est trop ! Tous ces politiciens pourris à Athènes, il faut les virer ».
A Athènes justement, pour qui connait la ville comme moi, on ne reconnaît plus rien. Beaucoup de gens ont quitté la ville comme Stélios qui a décidé de retourner dans le village de son père dans le Péloponnèse. Impossible pour lui de payer un loyer de 350 euros maintenant que le smic est de 470 euros net.
L’ambiance est oppressante. On dirait qu’une chape de plomb est tombée sur la ville. Des milliers de magasins sont fermés, des immeubles ont brulés et l’on sent même encore l’odeur lorsque l’on passe devant ces bâtiments comme ce néoclassique avenue Stadiou.
Les bars et les tavernes sont vides. Le prix de l’essence flirtant avec les deux euros, la circulation automobile a nettement diminué. Même le soir les rues sont devenues désertes.
Je ne parle pas de ces pauvres gens qui n’ont plus de toit et qui se contentent de cartons. La soupe populaire pour beaucoup le soir est le seul moyen de manger. Je vous rappelle qu’en Grèce il n’y a ni RMI ni RSA ! Alors marche ou crève !
Et tous ces gens qui poussent des chariots de supermarchés reconvertis ; de « nouveaux métiers » sont apparus : récupérateur de carton, de fer, de plastique…
Aussi cette mamie qui pourrait être ma mère qui est assise dignement au coin de la rue avec ces quelques sacs en plastique remplis de toute sa vie et qui attends je ne sais quoi ; J’ai la haine !
Vers la place Omonia des milliers de gens arpentent les rues désœuvrés le regard vide je n’ai jamais vu cela. Les grecs étaient si expressifs ! Bref la vision d’un autre monde d’un autre continent.
Au marché à la viande et au poisson les gens crient leurs haines des hommes politiques et de l’Europe. Cette vieille dame qui me dit que sa fille médecin est maintenant au chômage et que son mari va lui aussi perdre son boulot ; ils ont deux enfants et c’est donc maintenant la grand-mère qui va devoir faire vivre toute la famille !
C’est une autre dame rencontrée par hasard sur le marché, une française, qui vit depuis plus de vingt ans en Grèce et qui me dit « Maintenant on débauche les gens au salaire de 1500 euros pour réembaucher dès le lendemain, soit les mêmes ou quelqu’un d’autre à 500 euros». Voilà à quoi mène la politique de flexibilité du travail de l’Europe de Madame Merkel, de Monsieur Sarkozy et consort.
Mon amie Maria, qui vit à Patras, professeur fonctionnaire de son état a perdu prés de 50% de son salaire. Même elle, à l’aise hier, ne peux que tout juste chauffer un peu son appartement non pas pour elle mais pour Irini sa petite fille de 3 ans. Tout cela en Europe en 2012.
A Athènes les journées sont jalonnées par des occupations, des arrêts de travail, des manifestations quasi quotidiennes comme ces parents et adolescents de 14/15 ans qui manifestent devant le ministère de l’intérieur face à un cordon de MAT ultra armés (CRS grecs) réclamant le maintien des transports scolaires pour les villages éloignés de la capitale et l’arrêt des fermetures de classes et d’écoles. Dans le cortège, une manifestante, mère d’élève, m’informe « Il n’y a pratiquement plus de chauffage dans les écoles et la cantine c’est du passé ! Il faut savoir que la TROIKA exige que l’argent serve en priorité au remboursement de la dette et aux contrats militaires ; la santé, l’éducation et le reste on verra plus tard ».
Ce sont aussi ces longs cortèges du PAM (syndicats proche du Parti Communiste grec KKE) qui sillonnent la ville en scandant des slogans hostiles à l’Europe et la TROIKA. Les syndicats manifestent devant le parlement ; et tous ces policiers armés jusqu’aux dents qui protègent les bâtiments publics, les banques et les demeures des puissants.
Dans tout ce chaos j’ai même pu entendre et je ne dois pas le cacher même si cela m’inquiète beaucoup des propos certes peu nombreux mais de soutien à Chrisi Avgi (Aube Dorée – parti néo fascistes) tout comme des gens qui me disent «Pendant la dictature certes on ne pouvait pas parler mais au moins on mangeait ».
Un message à messieurs les politiciens sans culture historique : vos prédécesseurs avaient justement en 1981 fait entrer la Grèce qui sortait d’une dictature (1967 à 1974) dans l’Europe pour la protéger de tous retour en arrière.
La Grèce, le chaos, un sentiment de fin de règne. J’ai l’impression que tous va exploser, la marmite boue, boue, boue ! Et nous peuple d’Europe que faisons-nous ? Se résigner certainement pas !
Même si aujourd’hui le peuple grecque semble épuisé par des mois de lutte, le jour viendra où il va se réveiller comme a pu le préciser Anna Vagenas une députée indépendante il y a quelque jours à ses collègues au parlement :
« Méfiez-vous! Je ne serais peut être bientôt plus ici, c’est peut être la dernière fois et même très probablement la dernière fois que je monte à cette tribune. Mais si vous avez encore un peu de sensibilité alors faites attention ! Parce que quand va arriver l’explosion…bien sûr, certains vont se cacher derrière les hauts murs des villas qu’ils ont construis dans la banlieue en pensant y être en sécurité mais ils ne le sauront pas ! »
Même le président de la république Grec s’exprimant très rarement a précisé hier au président du parlement européen « Aujourd’hui les grecs n’en peuvent plus, ils ne supporteront plus de mesures supplémentaires ». C’est tout à fait mon sentiment.
En conclusion, un extrait de l’appel de Mikis Théodorakis adressé aux peuples d’Europe en 2011 et qui toujours d’actualité.
« Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire a été le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. Nous ne vous demandons pas un traitement de faveur parce que nous avons subi, en tant que pays, l’une des pires catastrophes européennes aux années 1940 et nous avons lutté de façon exemplaire pour que le fascisme ne s’installe pas sur le continent.
Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.»
Nous aurons été prévenus …
Dimitri Makrygiannis
Février 2012

Tous à Paris le 18 mars avec le Front de gauche et Jean-Luc MELENCHON pour reprendre la bastille !


Lettre ouverte à Monsieur le Député André Vezinhet – Ratification du traité « Mécanisme européen de stabilité financière» – Mardi 21 février 2012

René REVOL, Candidat Front de Gauche aux élections législatives 2ème circonscription de l’Hérault, interpelle André VEZINHET, député de la 2ème circonscription de l’hérault, et les candidats socialistes aux législatives concernant le vote européen de mardi 21 février à la chambre des députés.

Pour télécharger la lettre de René Revol à Monsieur le Député André Vézinhet, cliquez ici.
Pour télécharger la lettre de René Revol à Madame Anne-Yvonne Le Dain, candidate PS aux élections législatives 2ème circonscription de l’Hérault, cliquez ici.
Pour télécharger la lettre de René Revol à Monsieur Christian Assaf , candidat PS aux élections législatives 8ème circonscription de l’Hérault, cliquez ici

 

Il se passe quelque chose !

Note du 15 février

L’ampleur des tâches de la campagne du Front de Gauche, liée aux obligations de mon mandat municipal que j’assure d’une main ferme en toutes circonstances, m’ont quelque peu éloigné du clavier ; m’y revoilà pour vous dire qu’il se passe quelque chose !

L’évènement du 8 février

photo Stéphane Brulot

Le 8 février Jean-Luc Mélenchon a tenu son meeting régional en Languedoc-Roussillon à Montpellier. Quelle démonstration ! Déjà les succès des meetings précédents nous avaient obligés en catastrophe à changer de hall dans le parc expositions. Nous avons quitté les salles qui avaient pourtant fait le plein de la gauche antilibérale :
le 22 mai 2005 pour le Non de gauche, le 17 novembre 2006 pour l’unité antilibérale et le 29 janvier 2010 pour la liste régionale d’ « A Gauche Maintenant » que j’ai eu le privilège de conduire, chacun de ces rendez vous rassemblant entre 4 et 5 000 personnes. Cette fois ci ce fut une véritable marée humaine et nous étions au gros du meeting plus de 9 000, retrouvant des affluences que seule la candidature de Mitterrand de 81 avait rassemblé. En soi cela est déjà un évènement. Mais tous ceux qui ont vécu cette soirée voyaient bien qu’il se passait quelque chose de nouveau ; comme l’a dit Midi-Libre lui-même : « une nouvelle gauche est née » ! La première chose qui frappait était la diversité des publics présents qui au fur et à mesure de la soirée s’unifiaient dans l’adhésion aux idées développées par le candidat du front de gauche. Pour illustrer ce point voici un extrait d’un mail que m’a envoyé un sympathisant, jusque là un peu sceptique, le lendemain du meeting :

«Cher René, Je veux te témoigner ma grande satisfaction après le meeting d’hier. Mélenchon m’a enthousiasmé et tu peux compter sur moi pour la campagne […]. Arrivé largement en avance j’ai pu observer l’arrivée du public et je me suis permis d’en aborder pour leur demander les raisons de leur présence ; j’ai le sentiment que toutes les composantes naturelles de la gauche étaient là : des communistes revigorés et fiers de voir leur parti repartir enfin à la hausse, des syndicalistes très nombreux arborant fièrement leurs badges CGT, SUD, FO ou FSU et çà c’est sacrément nouveau en France, les militants altermondialistes qui ne se réfugiaient pas comme avant dans une sorte de retenue politique, des militants des droits de l’homme, les associatifs engagés dans la défense des travailleurs sans papiers, les animateurs des collectifs contre les gaz de schistes ainsi que des agriculteurs des hauts cantons, des écologistes bien sûr attirés par l’idée de planification écologique et inquiets de l’accord PS-EEVerts, les militants anticapitalistes qui semblaient trouver une issue à l’impasse du NPA, et puis des socialistes assez nombreux dont un qui affichait son badge du poing et la rose (quand je lui ai demandé pourquoi il était là, il me répond : « je viens voir par moi-même ce que dit Mélenchon mais aussi pour le moment j’ai l’impression que c’est le seul candidat qui puisse se dire socialiste. » ). Il y avait aussi beaucoup de gens qui étaient venus à 2 ou 3 sans afficher une appartenance et que je voyais au cours de la soirée s’échauffer, rire et applaudir. Mais ce qui m’a le plus impressionné c’est cette masse de jeunes qu’on n’avait pas vu depuis longtemps dans les meetings de gauche ; ils étaient particulièrement actifs et joyeux. Quand je pense à tout ce qu’on dit sur leur dépolitisation et leur zapping permanent et là ils sont restés attentifs à suivre des discours pendant prés de deux heures ! Bref tu dois savoir tout çà autant que moi mais ce que je veux surtout te dire : faites bien attention à offrir à tous ces gens un cadre ouvert et dynamique où ils se sentent à l’aise comme ils sont pour qu’ils puissent agir .Le PG et le Front de gauche peuvent être ce cadre de reconstitution de la gauche si on s’y prend bien. Je vois une force considérable prête à se mettre en mouvement. Bien à toi et à bientôt. Marc »  

Photo Loïc Bertrand

Marc résume très bien mon sentiment : une force populaire s’unifie et se met en mouvement. Désormais va se produire un aller retour permanent entre ce qui se passe d’un côté dans le sommet de la campagne et de l’autre l’action souterraine des mille et une discussions et rencontres au travail, au café, entre amis, en famille. Dans la période qui s’ouvre le mécanisme des petites phrases et de la pipolisation, qui font le spectacle médiatique habituel des campagnes avec un peuple de spectateurs passifs, semble bien compromis. Des enjeux vitaux pour la vie du peuple vont désormais venir sur la table maintenant que notre candidat est audible de tous. 

Février mars : l’enjeu du traité européen
Parmi ces enjeux, il est significatif que la question européenne soit à nouveau au centre, maintenant que le cinéma de Sarkozy en sauveur de l’Euro et du triple A se termine en fiasco et que la discrète manœuvre de Hollande en parlant de renégociation…après l’élection semble intenable. Bref les partisans de l’Europe libérale espéraient que la question européenne laisse la place à d’autres sujets dont ils dicteraient l’agenda (sécurité, chômeurs « profiteurs », immigration…) et que nous avalisions ainsi par omission les questions vitales et particulièrement les politiques européennes austéritaires qu’on nous impose. Et bien c’est raté. D’abord parce que pour le grand nombre s’impose le sentiment qu’aucune politique autonome de croissance et d’emploi dans notre pays n’est possible dans le cadre de la discipline imposée par les institutions européennes et des traités européens. En situation de reflux ce sentiment peut produire de la résignation ; mais en situation de montée sociale et politique ce sentiment fonde la nécessité de la rupture avec les traités ultra libéraux qui régentent la construction européenne. Déjà dans la phase précédente de la campagne nous avons pu imposer l’idée que rien n’était possible sans remettre en cause la puissance des marchés financiers (« Les réguler ? Non, leur briser les reins »), au point que dans certains débats je vois les interlocuteurs d’autres forces politiques admettre la main sur le cœur qu’il faut combattre les marchés financiers, même s’ils ne proposent aucune mesure allant dans ce sens. Maintenant c’est le tour de l’Europe : le nouveau projet de traité européen rédigé par Merkozy et approuvé sans résistance par les gouvernements conservateurs et sociaux démocrates de 25 pays sera signé en mars prochain. Or ce traité a le culot d’imposer à tous les pays une discipline budgétaire absolue et que personne ne pourra remettre en cause ; les 3% de déficit de Maastricht sont loin et nous voilà avec 0% ou 0.5% ! Après avoir perdu toute souveraineté monétaire avec la mise en place d’une Banque centrale indépendante de tout pouvoir politique et de tout contrôle démocratique (et on a vu depuis vingt ans que cette BCE n’a de cesse que de se soumettre aux exigences des marchés financiers), le nouveau traité préconise un mécanisme visant à déposséder chaque pays de toute autonomie budgétaire pour imposer à tous la même règle : baisse des dépenses publiques et baisse des impôts des riches ! La campagne du Front de Gauche sera donc une campagne pour dire Non au traité austéritaire ; la souveraineté populaire doit à nouveau s’imposer comme en 2005 mais cette fois ci en étant instruite de l’expérience de la catastrophe à laquelle a conduit le traité de Lisbonne. Chaque jour de la Grèce au Portugal, de l’Espagne à l’Italie, de l’Irlande à la Roumanie, l’actualité amène son lot de faits et d’arguments pour dire Non au nouveau traité. En ce moment l’ampleur des coups portés par la troïka contre le peuple grec indigne tous ceux qui en ont pris connaissance ; et il est assez sidérant que ces mesures soient imposées par ceux qui ont maquillé les comptes (les dirigeants de la droite grecque, la Nouvelle Démocratie , en accord avec le dirigeant européen de Goldman Sachs devenu depuis le président de la BCE qui fait payer cette erreur au peuple grec alors qu’il en est le complice direct ; quant aux sociaux démocrates grecs du PASOK ils sont encouragés par tous les socialistes européens à voter pour l’austérité maximale …ce qui les discrédite pour des décennies aux yeux de leur peuple). La première étape du NON au nouveau traité consiste dans la mobilisation de solidarité avec le peuple grec. Car ce qu’exige la troïka a été voulu par Sarkozy et il devra s’expliquer des souffrances qu’il contribue avec les autres dirigeants européens à imposer à ce peuple.

Le 21 février, les socialistes français au pied du mur
Les dirigeants socialistes français ont cru pouvoir s’exonérer d’une réponse claire sur ce traité. Au parlement européen les députés français se sont abstenus alors que les autres députés socialistes européens votaient pour. Puis François Hollande s’est déclaré favorable à une renégociation du traité s’il est élu. Cette position ambigüe ne va pas tenir longtemps. D’abord nous n’avons pas la mémoire courte : un épisode historique devrait nous instruire ; en avril 1997 lors de la préparation des élections législatives anticipées, qui ont vu la victoire de la gauche plurielle, Lionel Jospin a déclaré sur TF1 : « Les critères de Maastricht ne sont pas gravés dans le marbre et je les remettrai en cause ». Le peuple a donc espéré une remise en cause de l’austérité imposée à l’époque par la convergence pour faire l’Euro. Or en juin 97 à peine élu Jospin a signé le traité d’Amsterdam qui pérennisait les critères de convergence dans le cadre du pacte de stabilité. Les promesses pour demain ne sauraient donc nous suffire. Il nous faut des actes : or justement à partir du 21 février le parlement va aborder le texte préalable à ce traité et adopter ce texte consiste à approuver le traité. Jean Luc MELENCHON a expliqué cela en détail aux 9000 présents du meeting de Montpellier qui ont écouté cela avec la plus grande attention ; ce fut un grand moment d’éducation populaire. Depuis blogs et notes diffusent l’analyse détaillée de ce texte informant ainsi du forfait qui se prépare, à l’image de la formidable campagne civique de 2005. Hollande ne va pas pouvoir prétendre pendant longtemps que c’est un texte technique sans importance. Soit à la fin du mois ils votent ce texte et alors la promesse de renégociation n’est que du vent aux yeux de tous car il se sera fait le complice des plans de misère que l’Europe impose aux peuples ; soit ils votent contre et ils sauvent l’honneur de la gauche et nous aurons ainsi une base unitaire de mobilisation pour remettre en cause le traité. Et qu’ils ne nous fassent pas à nouveau le coup de l’abstention qui revient à laisser passer le texte.

Mener campagne : une tâche pour chacun
Pour terminer deux anecdotes qui montrent que chacun peut se poser la question de la meilleure manière dont il peut participer à cette campagne présidentielle. Un ami non encarté et non engagé politiquement m’informe qu’il est venu avec sa femme au meeting ; convaincus, à la sortie, ils ont acheté dix programmes « l’humain d’abord » et envisagent de les vendre dans la semaine ; ils ont ouvert un petit carnet en faisant la liste de tous les amis et liens familiaux qu’ils vont contacter pour les faire voter Mélenchon le 22 avril en réfléchissant aux meilleurs arguments possibles et les mieux adaptés. Cette démarche simple va se multiplier et irriguer la société dans les jours qui viennent. Le mépris médiatique sur le Front de gauche (qui fait suite au silence médiatique qui ne pouvait plus tenir) convainc chaque jour de nouveaux convaincus qu’ils ne doivent ne compter que sur eux-mêmes pour faire campagne et faire connaître le projet du Front de gauche et son candidat.

Une autre anecdote. Plusieurs enseignants ou parents d’élèves ou citoyens concernés par les questions d’éducation ont pris connaissance du discours de Mélenchon aux vœux au personnel de l’éducation. Et touchés par le contenu ils décident de diffuser le lien qui permet d’écouter ce discours d’une heure. Ainsi l’un d’entre eux écrit cela à ses collègues « Vous ne cessez de dire à vos élèves que pour devenir de vrais citoyens ils doivent se forger une opinion par eux-mêmes en s’informant au mieux ; alors commençons par nous l’appliquer à nous-mêmes pour les prochaines élections présidentielles en refusant le vote mécanique selon ses habitudes ou selon le paresseux vote utile. Aussi je vous demande de consacrer une petite heure à écouter le discours de mélenchon sur l’éducation. Personnellement convaincu par ce discours je suis preneur de toute réaction et de tout débat à ce sujet » et de donner le lien suivant : cliquez ici

Mille démarches similaires se multiplient et forment la matière première d’une mobilisation citoyenne souterraine qui se nourrit de tous les évènements qui se passent à la surface ; je vous appelle toutes et tous à vous y inscrire sans attendre de consignes.

Dans ma prochaine note j’aborderai la question cruciale du logement.

René REVOL

Voir la vidéo du discours de Jean Luc Mélenchon à Montpellier 

J.-L. Mélenchon – Discours de Montpellier par lepartidegauche

AVANCER LES YEUX OUVERTS VERS CE QUI VIENT

Avec ce tableau de MOSS, mon ami, le peintre ex taulard et ambassadeur talentueux des arts singuliers, je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2012.

Avant de développer cette note du Nouvel An, quelques mots sur ce blog. Quand une note est publiée vous êtes maintenant depuis quatre mois plus de mille quotidiennement à venir la lire. Naturellement il y a des pointes comme ce fut le cas dernièrement avec la vidéo du franco-grec Dimitri qui a été visionnée par 50 000 personnes. Votre fidélité m’engage et je vais essayer de publier une note par semaine. Je vous invite aussi à plus utiliser les commentaires et un peu moins des mails directs, pour lesquels je n’ai pas toujours le temps de répondre directement. N’hésitez pas à utiliser les commentaires comme lieu public de discussion. Par ailleurs dans les messages reçus j’ai deux avis contradictoires sur la longueur de mes notes : un petit nombre souhaitent des notes beaucoup plus brèves et le plus grand nombre au contraire me disent tenir aux argumentations élaborées sur lesquelles ils disent s’appuyer. Je décevrais les premiers en leur disant que je vais rester fidèle aux notes un peu longues. Pour les premiers je vais essayer de perfectionner l’architecture du blog pour mettre en évidence des idées ou informations saillantes. Puis ayant pris goût à la vidéo, je vais continuer à en user. Pour beaucoup d’entre nous le blog de Jean-Luc Mélenchon nous sert de nourriture régulière et mes remarques viennent souvent en complément. Par ailleurs des blogs comme celui du PG 34, ou du PG 30 ou du PG 12 (comme dans d’autres régions) jouent le rôle d’un véritable média alternatif aux médias dominant en soulignant des évènements ou des analyses étouffées par la médiacratie. Dans l’attente de vos réactions, voici mes réflexions du jour.

Après le bilan de l’année 2011 (ma précédente note du 19 décembre), marquée par des bouleversements majeurs (économiques et financiers, sociaux, écologiques, géopolitiques, européens…), qui ont surpris ceux qui préfèrent se rassurer en niant le réel et en refusant la prise en compte des lignes de forces et des fractures qui zèbrent le monde, nous devons avancer les yeux ouverts vers ce qui vient.

Crise financière : des pas de plus vers l’abîme.
La faillite financière dans la zone euro est inéluctable et plus personne ne croît aux rafistolages des « sommets de la dernière chance » répétitifs et inefficaces. Ainsi le dernier sommet du 9 décembre débouche-t-il sur un imbroglio à la fois technique, juridique et politique : comment mettre en œuvre par un nouveau traité un mécanisme contraignant de discipline budgétaire, tout en se dispensant de consulter les peuples dont ils craignent la réponse ? A la veille de Noël sont apparus des éléments intéressants :

D’abord, de grands groupes industriels européens commencent à prendre des dispositions protectrices pour faire face à un éventuel éclatement de la zone Euro.
Commencent par exemple à se négocier des assurances pour couvrir en dollars les actifs libellés en Euros, au cas où on revienne à des monnaies européennes nationales ; les capitalistes s’efforcent de se protéger contre un éclatement de l’Euro. Qu’importe que les salariés, retraités et chômeurs n’aient eux aucun moyen de se protéger. Le marché de la dette publique est toujours aussi vigoureux et spéculatif. Ne nous parviennent que les échos assourdis des négociations en cours de la décote de la dette grecque ; les fonds spéculatifs privés y participent es qualité et obtiennent des garanties extraordinaires : par exemple des contrats plus en droit grec mais en droit britannique qui offrent aux droits des créanciers de bien meilleures garanties. On voit même arriver de nouveaux prédateurs spéculatifs qui rachètent à très vil prix des titres de dette grecque et exigent à la table des négociations de fortes garanties et l’assurance ainsi de gros profits à la sortie. L’accord d’octobre sur la dette grecque (souvenez vous : « on a sauvé la Grèce ! On a sauvé l’Euro ! ») ne sert en fait qu’à garantir les profits des spéculateurs, avec la bénédiction du FMI, de la Commission, de la BCE et du gouvernement de Papadamos (Pasok, Droite, Extrême droite). Cela nous montre bien que la seule solution est l’annulation pure et simple de la dette illégitime ; bref que les créanciers payent et pas le peuple grec qui n’en peut mais.

Ensuite, la marche à la récession :
la grande majorité des analystes reconnaissent désormais les effets pro-cycliques désastreux des politiques d’austérité organisées conjointement dans tous les pays européens. Même ceux qui ont préconisé ces politiques ; ainsi Madame Laguarde (Christine The Guard of capitalism, comme la nomme un courrier d’une de mes anciennes étudiantes) s’inquiète des effets récessifs de politiques simultanées d’austérité dans la zone Euro…. politiques qu’elle avait pourtant expressément préconisé au dernier sommet du G20 ! Mais il ne suffit pas de dire il faut « aussi » de la croissance pour que cela règle quoi que ce soit…. Les dernières données économiques françaises de décembre confirment cette marche inexorable à la récession, car tombent en
panne les quatre moteurs de l’activité économique :

1) Le moteur de la consommation des ménages (la plus grosse partie de la demande interne, autour de 60 à 70%, et la plus stable généralement) : décélération des achats y compris à Noël et montée extra-normale du taux d’épargne des ménages (17% du revenu disponible, ce qui est un record), traduisant une crainte de l’avenir. Consommation également marquée par une forte inégalité entre les ménages, puisque le nombre de pauvres et de chômeurs de longue durée vient de faire un bond.

2) le moteur de l’investissement des entreprises en équipements productifs : déjà la fin du trimestre se traduit par une baisse massive des commandes en biens d’équipement industriel mais les conjoncturistes s’attendent à une baisse nette de tous les investissements des entreprises d’environ 15% en 2011, ce qui là aussi serait un record !

3) Quant aux dépenses publiques (le troisième grand moteur de la demande dans les économies développées) inutile de vous dire que les coupes drastiques programmées dans notre pays commencent à faire sentir leurs effets. D’autant qu’outre les plans de rigueur de l’Etat central, le gouvernement veut, en abaissant sa contribution aux collectivités locales et en ayant réformé la fiscalité locale, contraindre celles-ci à réduire leur investissements. Or 77% des investissements publics sont le fait des collectivités locales ! Bref pour la première fois est systématisée la pratique d’une politique pro-cyclique en période de récession (« pro-cyclique » c’est-à-dire une politique qui va dans le sens du cycle descendant de l’économie au lieu de lui résister). Lors des récessions les plus récentes en 1993 ou en 2003 (pour ne pas parler des précédentes où c’était admis plus facilement) les pouvoirs publics, même les plus libéraux, avaient laissé filer les dépenses publiques, au risque de contrevenir au sacro saint 3%, pour servir d’amortisseur à la crise et contenir la montée du chômage. Désormais tout cela est jeté aux orties et quand l’activité se ralentit et que le chômage augmente, eh bien on redouble de pression sur le frein et on réduit encore l’activité… ce qui ne manque pas de rendre plus encore catastrophique la situation économique du pays.

4) Reste le 4eme moteur, la demande externe, soit les exportations vers les autres économies. C’est ce qui a fait le « secret » du modèle allemand : réduire les coûts salariaux internes notamment en faisant payer la protection sociale par les consommateurs via la TVA sociale et tout axer sur la compétitivité sur les marchés externes en majorité européens. Cela n’a été possible que parce que dans les autres pays européens la demande augmentait plus vite qu’en Allemagne, ce qui a été le cas de 2000 à 2008. Mais cela est fini et la récession à la fois subie et amplifiée par les politiques d’austérité frappe toute l’économie européenne, d’où la panne des exportations. Bref tout indique que nous allons avoir une hausse massive du chômage officiel comme déguisée en 2012 et qu’il faut s’attendre au pire.

Le beau cadeau de Noël !
Enfin le comble de cette veille des Fêtes fut cette décision de la BCE de débloquer prés de 500 milliards d’Euros de lignes de crédit aux banques européennes. Je l’avais noté dans mes notes précédentes du mois de décembre : nous nous orientions vers un « crédit crunch », un tarissement brutal du crédit, de tout le crédit et pas seulement celui des Etats, le crédit vers les ménages et surtout vers les entreprises (qui en ont eu toujours un grand besoin) étaient menacés. La cause en est connue : les banques ont privilégié leurs interventions sur les marchés financiers, tant comme débiteur que comme créancier, plutôt qu’auprès du réseau bancaire traditionnel. Leur sensibilité à la crise financière a déséquilibré leurs bilans, d’autant que ces mêmes banques accumulaient des titres de dettes publiques grecques, portugaises, italiennes ou espagnoles, titres éminemment dangereux et risqués pour qui cherche un profit rapide et sûr. Et dés la mi-décembre les notes issues des services économiques des grandes banques françaises annonçaient le risque d’un « grave incident de crédit ». Plusieurs signes identiques se sont manifestés dans toute la zone euro. Notamment les banques se font de moins en moins confiance entre elles et le marché interbancaire s’assèche.

Nous risquions d’avoir la conjonction de la crise de la dette des Etats et d’une crise majeure du crédit privé (d’une ampleur au moins égale à celle de l’automne 2008 qui avait suivi la faillite de Lehman Brothers, ce qui avait entraîné la récession du premier semestre 2009). Devant cette conjonction catastrophique (puisque les Etats n’auraient pas pu faire le même plan de relance qu’en 2009), la BCE s’est décidée de faire un cadeau de Noël aux banques en augmentant sa capacité de création monétaire de 500 milliards d’Euros de crédits à un taux proche de zéro. En soi une telle contribution n’est pas condamnable : que la BCE joue son rôle de prêteur en dernier ressort est logique et nécessaire dans toute économie monétaire quelque soit son organisation par ailleurs. Notons d’abord que lorsque l’on a suggéré (comme le fait depuis un an Jean-Luc Mélenchon) que la BCE ouvre le même crédit au même taux aux Etats endettés en rachetant massivement leurs dettes, que n’a-t-on entendu : « Vous n’y pensez pas ! Créer d’un coup une augmentation de 500 milliards de la masse monétaire aura un effet inflationniste catastrophique ! Et cela créera parmi les gouvernements concernés un comportement laxiste (nos économistes distingués appellent çà un « aléa moral ») qui aggravera la dette ». Et voilà que créer 500 milliards d’Euros supplémentaires au profit des banques n’a aucun effet inflationniste ! Quel aveu ! Car chacun sait qu’on n’est pas en situation de risque inflationniste mais bien de récession et de risque déflationniste. Bref vérité pour les banques mais mensonge pour les Etats !

Bon maintenant que vont faire les banques de ces 500 milliards ? Des facilités de crédit aux entreprises et aux PME pour qu’elles réalisent les investissements programmés actuellement bloqués ? Des facilités de crédit aux ménages qui achètent un bien d’équipement ou un logement ? Des facilités de crédit aux communes ou départements ou régions qui ont programmé écoles, collèges et lycées ? Et bien NON ! La lecture attentive de la presse économique, des blogs et notes bancaires de cette période de fêtes nous apprend que les banques n’envisagent en rien de financer prioritairement l’économie réelle ! A peine le crédit central fut-il consenti, les banques se sont précipitées pour acheter des titres de dettes italiennes et espagnoles. Pourquoi ? Et bien si on vous prête à taux zéro et que vous pouvez utiliser cet argent immédiatement en achetant des titres au taux d’au moins 6%, qui est le gagnant à votre avis ? Bref la BCE, en interdisant d’un côté le financement des Etats et en autorisant de l’autre celui des banques, vient de relancer de manière prodigieuse la spéculation sur les dettes publiques européennes qui sert de carcan à l’imposition de politiques d’austérité. On n’en attendait pas moins de son nouveau directeur, Monsieur Draghi, ancien responsable Europe de Goldman Sachs et conseiller du gouvernement conservateur grec de Caramanlis qui a si bien camouflé les comptes grecs pour le plus grand bien des spéculateurs et pour le plus grand malheur du peuple grec.

Donc l’intervention de la BCE devrait se faire dans le cadre d’un service public bancaire entièrement axé sur le financement de l’économie réelle : cela suppose d’abord la main mise sur les profits fabuleux des banques. Ainsi nous venons d’apprendre les résultats des banques pour 2011 : BNP PARIBAS a un résultat net de 7,8 milliard d’€uros ; la SOCIETE GENERALE a un résultat net de 3,9 milliard d’€uros et le CMS-CIC a un résultat net de 2,3 milliard d’€uros ! Et plus encore si de surcroît on saisit l’immense majorité des salaires de leurs dirigeants en ne leur laissant que 20 fois le Smic, ce qui devrait suffire, n’est ce pas. Il y a de la marge ; jugez vous-même : Le patron de la SOCIETE GENERALE a perçu : salaire fixe 850 000 € + salaire variable 4 070 000 ; Le patron de BNP PARIBAS a perçu : salaire fixe 950 000 € + salaire variable 5 248 000 € ; Le patron du CREDIT AGRICOLE a perçu : salaire fixe 750 000 € + salaire variable 916 000 € ; et le patron de BFCE a perçu : salaire fixe 550 000 € + salaire variable 1 056 000 € ! Cela est d’autant plus scandaleux que le budget 2012 qui vient d’être voté impose toute une série de mesures qui vont signifier une baisse du pouvoir d’achat des classes populaires ne serait-ce que par le relèvement à 7% de la TVA réduite. Cette fin d’année confirme bien l’axe des politiques suivies : des cadeaux pour les banques et des coups pour les peuples !

Tout cela, qui mène au chaos économique et social, implique la construction collective d’une voie nouvelle qui passe par l’irruption d’une alternative radicale dans le champ politique.

Sarkozy et sa cohérence.
Au moment où j’écris ces lignes je ne sais pas ce que sera le contenu des vœux présidentiels, mais au vu de ce qui se dessine Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas se contenter des seuls camouflages habituels (à travers l’affirmation péremptoire de contrevérités évidentes). Il
est déterminé à profiter de la crise pour faire passer les réformes libérales structurelles modifiant profondément le modèle social. Aussi passe t il à l’attaque dés janvier en convoquant le 18 un « sommet pour l’emploi » avec effectivement ces deux objectifs : d’un côté un camouflage communicationnel pour faire croire qu’on agit contre la crise et le chômage, et d’un autre côté mettre en place une remise en cause profonde du contrat de travail à durée indéterminée en généralisant les procédures de flexibilisation de toutes sortes, à commencer par celle du temps de travail. Le passage en force en même temps d’une loi sur le service minimum dans les transports aériens comme l’usage pour la première fois des policiers pour remplacer des grévistes ouvrent le champ des possibles pour une remise en cause du droit de grève. Sarkozy a fait le choix d’une stratégie de choc pour les élections présidentielles pour présenter une cohérence libérale-sécuritaire face à la crise. Cela n’empêche pas l’esquive sur les questions les moins populaires dans l’opinion mais çà n’enlève rien à la cohérence du positionnement et du programme. Je l’avais déjà remarqué dans une note précédente : Comment expliquer une politique aussi irrationnelle que de préconiser l’austérité dans tous les pays en même temps ? Certes pour certains il ya l’aveuglement et la routine de ceux qui se sont soumis aux dogmes libéraux et qui sont incapables de penser autre chose ; certes pour d’autres, notamment les investisseurs financiers, la pensée n’étant axée que sur le rendement à court terme ils ne pensent jamais aux effets à long terme de leurs comportements optimisateurs à court terme ; mais je crois surtout que pour la grande majorité des dirigeants politiques et économiques européens, leur politique d’austérité généralisée n’est pas une erreur mais une stratégie : Une volonté cohérente d’utiliser l’opportunité de la crise pour réaliser le programme d’une transformation libérale profonde de notre système économique et social.

Face à cette attitude, la seule stratégie est d’opposer une autre cohérence, contradictoire à celle qui nous a menés dans cette impasse.

De quoi est faite une autre cohérence ?

  • De relance économique et non d’austérité,

  • De mainmise publique sur les banques et les marchés financiers au lieu de s’y soumettre,

  • De redistribution massive vers les classes populaires pour qu’elles soient mieux protégées face à la crise au lieu des éternels cadeaux aux plus riches,

  • De planification de la transition écologique au lieu de vœux pieux pour que rien ne change,

  • De mise en place d’une démocratie véritable en changeant de République bannissant la monarchie républicaine de la Ve République !

Une telle cohérence, lorsqu’elle est déclinée avec les mots simples que tous comprennent, n’apparaît pas comme un programme partisan mais comme la conséquence logique de l’intérêt général appliqué à la situation d’urgence à laquelle nos sociétés sont confrontées. Le Front de gauche dans sa démarche unitaire et populaire a patiemment construit au cours des trois dernières années le programme de cette autre cohérence contre les politiques dominantes de soumission au capitalisme financiarisé et mondialisé. Le programme partagé « L’humain d’abord ! » n’est pas sorti du chapeau mais est le résultat de l’expérience de trois années de construction du Front de gauche à la fois dans les luttes, comme celle des retraites en 2010, ou dans les urnes après les percées successives des européennes en 2009, des régionales en 2010, des cantonales en 2011.

Si on compare ce processus avec celui du PS on comprend d’où vient son vide programmatique qui nous fait enrager car une telle inconsistance menace l’avenir de la gauche dans notre pays. En effet le PS n’a pas du tout fait l’effort de penser la crise radicale du capitalisme financiarisé et a cru s’exonérer de cette remise en cause en s’en remettant au candidat « sauveur suprême » ; ce fut pendant l’élaboration de leur programme DSK jusqu’à sa chute en mai 2011 dans le Sofitel de New-York. On se contentait de répéter les formules creuses sur la régulation du capitalisme et de miser sur le rejet du sortant pour mettre un « compétent » à sa place…. La profondeur de la crise exigeait déjà une réponse d’une autre nature. La désignation de Hollande n’a rien changé puisqu’il a gagné la primaire sur la seule idée qu’il était le mieux à même de rassembler pour battre Sarkozy et donc implicitement le seul capable de remplacer DSK dans le rôle de sauveur. Mais l’indigence du programme du PS, complètement en porte à faux avec l’approfondissement de la crise, n’en demeure pas moins et est la cause profonde de la vacuité que semble dégager Hollande. Le « capitaine de pédalo » n’était pas qu’un bon mot ; c’était un constat qui ensuite s’est imposé à nombre d’observateurs, y compris socialistes. La rage que certains ont eue contre ce mot (y compris dans un public socialiste qui m’est proche) n’était que la rage de sentir que ce mot touchait juste là où çà fait mal. Disons le tout net : la paralysie « hollandaise » de ce mois de décembre fait mal à toute la gauche et c’est l’honneur du Front de gauche de porter l’autre cohérence (pensons à l’éclatement de 2007 pour mesurer l’importance du front de gauche). L’impuissance socialiste si elle devait s’accentuer peut s’avérer désastreuse.

La mise en scène de Bayrou ces dernières semaines est tout à fait instructive : début décembre, Mélenchon était devenu avec 8 ou 9% le quatrième dans les sondages ! A l’époque j’avais entendu un éditorialiste (sur la complaisante émission pour la pensée unique « C dans l’air »sur la 5 – vous savez l’émission qui invite toujours les mêmes du même bord et qui vient de s’illustrer par une charge anticommuniste digne de McCarthy) exprimer son effroi devant la perspective d’une campagne électorale avec un plateau télé avec Sarkozy, Hollande, Le Pen, Mélenchon, suivi de son lot de commentaires sur les risques d’une « dérive populiste à droite comme à gauche ». Et alors est arrivé la mise en scène de Bayrou qui est pourtant un des chantres de l’austérité européenne qui nous mène dans le mur. Le « cercle de la raison », le cénacle des raisonnables, avait trouvé son troisième homme qui pouvait se nourrir à la fois de la déception du sarkozysme et de l’hésitation intrinsèque de Hollande. Il avait joué ce rôle en 2007 dans la dernière ligne droite en utilisant à la fois le refus de Sarkozy et l’inconsistance de Ségolène Royal (cette dernière allant jouer de la mandoline sous le balcon de Bayrou entre les deux tours ! Quelle honte !). Mais outre le fait que c’est un peu trop tôt pour durer, son problème est sa profonde inconsistance en termes de programme alternatif et de forces sociales mobilisées. Cela s’était vérifié en 2007 par le dégonflement magistral de son électorat dés le lendemain de l’élection. Aujourd’hui trois éléments s’ajoutent : 1) le produit est usé, sans réponse à la crise, reprenant totalement à son compte le dispositif européen. 2) Sarkozy fait sa promotion ; il fait tout pour qu’il ne reste que lui (Borloo éliminé, et ce sera le cas de Boutin, Morin et Villepin). C’est sa ressource pour faire écran et sa réserve de voix qu’il compte avoir pour le deuxième tour. Cela se verra de plus en plus dans le choc des quatre mois de campagne, surtout s’il y a des candidats pour poser haut et fort les bonnes questions – par exemple en mars quand il faudra voter pour ou contre le nouveau traité et sa règle d’or ! 3) Enfin et surtout l’autre gauche n’est plus éparpillée mais pour l’essentiel rassemblée autour du Front de gauche avec à la fois un candidat populaire et un programme cohérent d’alternative.

Union nationale ou Front Populaire ?
Mais il y a un contenu politique plus important à la mise en scène de Bayrou. Il a mis au centre de sa campagne l’idée d’ « un gouvernement d’union nationale qui rassemble la droite et la gauche pour sauver le pays face à la crise ». Il ne faut pas sous estimer ni l’impact ni le rôle de cette proposition. La profondeur de la crise et la faillite précédente des différents gouvernements peut pousser une opinion déboussolée vers ce genre de propositions ; cet engouement ne durera pas tant le choc des évènements fera sauter une telle alliance, mais elle peut servir un temps comme on la voit aujourd’hui à l’œuvre en Grèce (où je le rappelle pour la première fois depuis la chute du régime des colonels l’extrême droite fascisante est rentrée au gouvernement acceptée par la Nouvelle Démocratie (droite) et le Pasok) ou en partie en Italie. Cette proposition d’Union nationale remplit un office politique précis : devant l’incapacité à un moment du parti au pouvoir à mettre en œuvre les réformes néolibérales, l’union nationale est le dernier moyen pour passer en force et éviter des solutions radicales comme celles proposées par le Front de gauche. Bayrou a décidé de représenter cette issue. C’est dans cette direction aussi que Cohn-Bendit (l’ex libertaire transformé en libéral teinté de vert pale) s’est engagé en proposant que Sarkozy réunisse tous les candidats Hollande, Joly, Bayrou et Mélenchon pour discuter d’une réponse unie face à la crise. Comme un premier pas vers l’union nationale. Notons d’une part que Cohn-Bendit omet volontairement Marine Le Pen, lui laissant le monopole de l’opposition, qu’on pourra ainsi ensuite mieux stigmatiser pour endormir la majorité. Bayrou a applaudi. Hollande a immédiatement donné son accord. Eva Joly a fait la moue en approuvant mollement. Seul Jean-Luc Mélenchon a refusé ce premier pas vers l’union nationale et il a eu entièrement raison. Comment lutter contre la crise avec ceux là mêmes qui nous ont conduits à la catastrophe ? Relisez vos livres d’histoire sur les années trente : face à la crise pour éviter le Front Populaire les élites ont essayé les formules d’Union nationale ; pensez aux gouvernements français de 1934 et 1935 (notamment le gouvernement Laval de 1935) ; c’était même la proposition du général Hindenburg qui présidait la République de Weimar lorsqu’il proposa en 1932 différents gouvernements d’« l’union nationale »…..avant de nommer chancelier en janvier 1933 un certain Hitler….

Oui, voir ce qui vient les yeux ouverts.

Nous vivons une époque aussi terrible et dangereuse que l’entre deux guerres. Certes, comparaison n’est pas raison : les ingrédients et le déroulé ne sont pas les mêmes ; mais l’ampleur de la crise civilisationnelle est identique et appelle la formation d’une perspective cohérente de sortie de crise, un projet de progrès humain, un programme capable de nous y mener et un ensemble de femmes et d’hommes unis et déterminés pour accompagner les peuples dans leurs luttes émancipatrices. Cette élection présidentielle n’est pas un quitte ou double, un simple jeu électoral ; C’est un moment décisif de la construction collective de ce projet émancipateur.

J’ai commencé ma vie politique et sociale en 1965 à l’âge de 17 ans et j’ai vécu comme acteur impliqué la plus grande grève générale de notre histoire : mai 1968 qui a vu 13 millions de salariés interrompre totalement le travail pendant plus de trois semaines. Une irruption populaire sans précédent loin de ce que les livres d’histoire qui aujourd’hui la réduisent à une simple insurrection étudiante. J’ai le sentiment profond (appuyé à la fois sur une analyse rationnelle et une intuition de la situation) que nous marchons vers une fracture sociale encore plus grande. Or mai 68 m’a au moins appris quelque chose : les peuples peuvent réaliser les mouvements sociaux les plus vastes et les plus profonds, cela ne suffit pas. Uneperspective politique palpable et capable de se mettre en œuvre est indispensable. Les marxistes d’autrefois se sont beaucoup disputés sur le lien entre développement du mouvement social et prise du pouvoir politique ; si on fait abstraction d’un langage dépassé et suranné, cet héritage idéologique est instructif. Le régime d’accumulation du capitalisme financiarisé est à l’agonie dans une conjonction mondiale des événements exceptionnelle (et cette agonie peut durer avec son lot de malheurs). L’Europe est à l’épicentre du tremblement de terre. D’Europe et de France en particulier peut surgir une voie nouvelle, une perspective émancipatrice. Dans toutes les mobilisations sociales, démocratiques, citoyennes nous avons la responsabilité de bâtir une issue politique organisée. Le Front de gauche est un moyen unique au compte de toute la gauche pour essayer de réaliser cet objectif.

Bon courage à tous pour cette année d’exception !

René REVOL           

L’effet Dimitri, sur l’année 2011 on avait vu juste, la question majeure du traité européen à venir et souvenir sur Vaclav Havel !

Note du 19 décembre 2011                

L’effet Dimitri.
Saluons d’abord le succès sur le réseau de la vidéo que j’ai posté dans ma note précédente. C’était le témoignage d’un franco grec Dimitri de retour de Grèce à l’assemblée citoyenne de ma commune, Grabels. Elle a été visionnée plus de 34 000 fois ; elle a touché le cœur et les tripes de femmes et d’hommes dans notre pays. Cela a permis à chacun de mesurer les conséquences humaines précises des politiques pratiquées en Europe. Un jeune bloggeur de Valenciennes vient de m’écrire cette phrase choc : « grâce à cette vidéo, je suis passé de la nécessité de l’indignation, à la nécessité de l’insurrection ! ». Si vous ne l’avez pas encore diffusée dans votre réseau et votre carnet d’adresse, n’hésitez pas car vous ferez œuvre utile à l’éducation populaire et à la préparation à la résistance au nouvel ordre austéritaire.

 Un an après.
J’ai ouvert ce blog il y a un peu plus d’un an et n’hésitez pas à relire ma note du 3 janvier  où je présentais mes vœux. Elle était titrée « Et si 2011 était plus important que 2012 ». A l’époque la doxa dominante consistait à dire que nous allions bientôt sortir de la crise, notamment en suivant les bons conseils du docteur DSK qui du haut du FMI menait le monde financier et en France nous devions nous préparer à son triomphe électoral en 2012. Et opportunément on sortait un sondage où Mélenchon était devancé par Besancenot, Borloo, Villepin ou Nicolas Hulot…..je me souviens même d’un dirigeant socialiste de l’Hérault qui a parié avec moi une bouteille de champagne que Mélenchon ne serait jamais désigné par les communistes…..Ne croyez pas que les gens n’ont pas de mémoire. Tout le monde se souvient de cet enfumage. Car comme le dit si bien un militant apiculteur rencontré au Vigan : « Quand on veut tirer un rayon de miel, il faut bien enfumer les abeilles ! ».  Bref en ce début janvier 2011 il ne fallait pas céder à la domination de l’opinion et si vous voulez vous distraire allez sur les blogs des dirigeants de droite comme socialistes (et de quelques autres enfumeurs et  enfumés) pour lire leurs vœux 2011…Cela vous vaccinera pour leurs vœux 2012.

A l’époque j’annonçais, sans savoir comment cela allait se matérialiser, une crise majeure de la dette des Etats développés entraînant une crise de l’Euro et, au vu des axes choisis pour les politiques économiques, une récession européenne puis mondiale. Exactement le déroulé qui s’est produit. J’annonçais que cette crise économique et sociale servirait de base à une offensive des libéraux et socio-libéraux au pouvoir contre le modèle social protecteur en Europe. Ils ont dépassé mes prévisions. Par ailleurs j’annonçais que cette crise se couplerait avec une crise écologique fondamentale ; la catastrophe japonaise qui a glacé le monde d’effroi est venu vérifier ce pronostic et a abouti à isoler le lobby nucléaire dans l’opinion mondiale. L’année se finit sur le désolant sommet de Durban qui amène tous les experts à prévoir un réchauffement de la planète de 3 à 4° dans le siècle menaçant l’équilibre de l’éco système humain. J’annonçais aussi une crise alimentaire, publiquement vérifiée dans la corne de l’Afrique, et plus souterraine à travers l’augmentation de la population mondiale sous et mal nourrie. Mais j’annonçais aussi que le dispositif des forces ne pouvait éviter qu’un choc révolutionnaire se produise ici ou là. La révolution tunisienne puis égyptienne et leur onde de choc à Bahreïn, à Aden, en Lybie, en Israël, en Syrie …a largement confirmé le pronostic. Quant à la scène politique française, j’annonçais que « nous n’irions pas en pente douce jusqu’en 2012 » ; le moins qu’on puisse dire c’est que le chemin a été accidenté :  le contingent d’un incident dans un hôtel newyorkais a réalisé la nécessité politique qu’un directeur du FMI ne pouvait pas représenter la gauche en France….Borloo le sauveur de la droite s’est évaporé…l’écologiste des multinationales Nicolas Hulot, bien que porté aux nues par l’élite médiatique, s’est fait balayer….Quant à Besancenot il a craqué sous l’effet de la contradiction entre d’une part sa popularité et d’autre part l’absence totale d’usage qu’il pouvait en faire vu la politique d’isolement sectaire qu’il portait avec son organisation.

Pas d’action politique sérieuse sans une solide théorie.
Si je suis revenu sur cette note du 3 janvier 2011 c’est à la demande d’un jeune sympathisant qui en la relisant me demandait ce qui m’avait (je devrais dire « nous » car plusieurs vœux dont ceux des responsables du PG allaient dans le même sens ainsi que ceux d’économistes par exemple les fameux « atterrés » ) inspiré un pronostic aussi vérifié. Cela m’a permis de mener avec ce jeune homme une discussion approfondie sur l’importance de la théorie comme guide pour l’action. C’est un des enseignements les plus précieux d’une (bonne) formation marxiste. Ne pas se laisser impressionner par l’écume de l’opinion mais analyser la structure de la situation économique, sociale, culturelle et politique, étudier soigneusement la dynamique de la situation mondiale, européenne et nationale et ne tenir compte de l’opinion que pour mieux formuler son discours de manière à être entendu par ceux qui sont englués dans ce tapage médiatique. L’étude systématique aidée d’outils théoriques rigoureux qui ont fait leur preuve est une condition pour l’action. Cette exigence théorique combinée à la formation du flair nécessaire pour choisir le moment et la forme de l’action peuvent être redoutables dans une situation de crise comme la notre. C’est cela qui nous a amené un certain nombre à quitter le PS en 2008 pour ouvrir une perspective que les drogués aux sondages d’opinion considéraient sans avenir. Nous sommes au milieu du gué, continuons notre œuvre. Etudier les conditions objectives qui encadrent l’action des hommes ne doit pas oublier ce que disait Marx (à l’inverse d’une certaine pensée mécaniste de certains marxistes) ce sont les hommes eux-mêmes qui font leur propre histoire.

L’enjeu du nouveau traité.
Il faut prendre la mesure de ce qui a été décidé lors du sommet européen du 7 décembre ; vous avez pu lire beaucoup d’analyses et de commentaires pour forger votre opinion. Mais je voudrais insister sur le saut qui a été réalisé à cette occasion : pour la première fois on cherche à mettre en place un dispositif contraignant tous les budgets nationaux des 27 pays. Instituer la fameuse règle d’or absurde de l’équilibre budgétaire et l’automaticité des sanctions, voire l’intervention directe de Bruxelles dans l’élaboration des budgets nationaux. L’erreur économique d’une telle orientation a été longuement analysée dans ce blog et est largement partagée par de nombreux analystes venant d’horizons différents. On le sait l’austérité dans tous les pays en même temps ne peut produire que la récession généralisée. Mais il reste deux questions : 1° Pourquoi persistent t ils ? On peut certes invoquer l’aveuglement d’une élite formatée pour cette politique et qui n’arrive pas à penser autre chose ; mais cela est un peu facile. Je crois qu’ils y voient aussi une formidable opportunité pour aller jusqu’au bout de leur système de libéralisation marchande de l’économie et de la société. Sarkozy l’a quasiment avoué. 2° L’enjeu politique n’est il pas plus important ? En effet, ce sommet n’a pu prendre cette décision de mise au pas de chaque budget national que parce que préalablement Goldman  Sachs avait la main surla BCE via Draghi et parce que les dirigeants européens avaient pu imposer sans aucune consultation populaire les gouvernements Goldman Sachs Papadamos en Grèce et Monti en Italie. Ayant bafoué provisoirement avec succès la volonté populaire dans deux pays ils pouvaient proposer un système qui la bafouerait dans tous les pays européens en même temps ! Mais l’affaire n’est pas jouée, loin de là. Car il leur faut un nouveau traité qu’ils doivent faire vite adopter pour « rassurer les marchés financiers » (qui depuis montrent qu’ils ne le sont guère !) : et tout ce petit monde s’agite pour le faire adopter dés mars 2011. Sarkozy et Bayrou sont ouvertement pour, Hollande veut le réviser tout en respectant son objectif austéritaire (rajouter un peu de croissance dans la rigueur) et les Verts EE ont accepté son objectif dans l’accord avec le PS (avant qu’Eva Joly s’apprête à dire ici ou là l’inverse)….Bref en mars l’heure de vérité sonnera : qui est pour ? qui est contre ? qui est sous la table ? Et on a là les moyens de donner un enjeu public et national au scrutin présidentiel un mois plus tard. On aura l’occasion d’en reparler car d’ici là les spéculateurs vont s’en donner à cœur joie et les soubresauts ne manqueront pas. Par ailleurs les signes de l’exaspération sociale ne manquent pas non plus  sans que la perspective électorale calme le jeu social, comme çà s’est produit autrefois. En tout cas la trêve des confiseurs sera courte.  

Un mot pour finir sur Vaclav Havel qui vient de nous quitter à l’âge de 75 ans. Touché par cette disparition, je voudrais témoigner d’une rencontre. En 1982 je suis allé à Prague pour une mission secrète de soutien àla Charte 77 qui menait le combat contre l’oppression stalinienne. Après des pérégrinations rocambolesques dans la ville pour échapper à la filature policière (l’un de ceux qui me suivait ressemblait à l’inspecteur Gadget du dessin animé et j’en garde un souvenir précis et comique) j’ai pu rencontrer le petit groupe à qui j’amenais quelques moyens et ils me firent rencontrer Havel pendant une heure (au-delà c’était risqué) : le regard direct, les questions précises, une conscience aigüe de l’histoire, une sorte de pessimisme raisonné, une volonté farouche, une amabilité naturelle et  la finesse que donne l’élégance des gens de théâtre….je n’oublierai jamais cet homme. Après la révolution de velours il est devenu peu après président dela République Tchèque et je n’ai pas toujours partagé ses choix souvent laxistes envers les économistes libéraux, mais il n’y avait pas à l’époque beaucoup d’exceptions. A l’heure de sa disparition, je veux garder l’image de cet homme inflexible résistant à l’oppression. Il nous faudra ce type d’hommes pour la résistance qui vient.     

Je l’ai dit : la trêve des confiseurs sera courte. Profitez en car, contrairement à ce que l’on pouvait croire lors de ma note de vœux d’il y a un an,  2012 sera finalement une année décisive et on aura besoin de tous !

René REVOL

Un coup d’Etat invisible, une conversation instructive, de la nécessité pour le peuple de prendre confiance dans son nombre et sa force, une remarque sur la forfaiture de Gayssot et quelques conseils de lecture.

Note du 16 novembre

Coup d’Etat invisible.
Ah ce que je partage la joie des manifestants italiens voyant partir le bouffon proxénète qui déshonorait leur pays mais comme me le dit un ami italien qui vit à paris « on aurait préféré que ce soit le peuple qui le chasse ». d’ailleurs le fait que ce ne soit pas le peuple qui ait fait ce travail lui permet de revenir au parlement dés cette semaine pour continuer son sale boulot, pendant que le nouveau gouvernement appliquera les mesures d’austérité que Berlusconi a fait voter avant de partir. Car ce qui s’est passé ce week-end est proprement scandaleux et constitue le prologue à une remise en cause de la démocratie dans les Etats européens. Je ne rentrerais pas dans les détails mais qu’ont obtenu les marchés financiers ces derniers jours ? la nomination d’un directeur de banque centrale à leur solde ainsi que de deux premiers ministres grec et italien entièrement dévoués à l’oligarchie financière qui a mis la main sur l’Europe et ses institutions ; précisons pour les flemmards de l’info qui sont ces trois personnages :

Mario Draghi : ce banquier, vice-président de la banque d’affaires Goldmann Sachs-Europe qui avait aidé la Grèce à maquiller ses comptes, puis gouverneur de la banque d’Italie, prend la présidence de la Banque centrale européenne. Et c’est lui qui va donner les ordres aux gouvernements en jouant de son autorité monétaire « indépendante ».

Lucas Papademos : cet ancien dirigeant de la banque centrale grecque (1994-2002), puis ancien vice-président de la BCE durant huit ans (2002-2010), et qui depuis ces deux postes ne pouvait rien ignorer des faux comptes grecs, devient premier ministre grec. Sa condition : un gouvernement d’union nationale qui va de la droite extrême au parti socialiste. L’entrée de l’extrême droite au gouvernement pour la première fois depuis 1973 et la dicature des colonels est tout un symbole.

Et enfin Mario Monti : cet économiste de la droite libérale, commissaire européen en charge de la concurrence durant dix ans (1994-2004), et à ce titre acteur déterminé de la dérégulation des marchés européens, nommé mercredi sénateur à vie, est devenu premier ministre italien. Sa condition : un gouvernement qui applique à la lettre la rigueur décidée par Bruxelles et le FMI.

Je vous rappelle quand même que le week end précédent Papandréou envisageait de donner la parole au peuple via un référendum. Et que c’est devant cette menace d’une intervention démocratique que les puissances financières et les gouvernements à leur solde ont déclenché l’offensive généralisée via la spéculation financière contre les dettes d’Etat d’une part et le G20 d’autre part. Le résultat : la mise en place de gouvernements soumis aux marchés financiers sans avoir à passer par la case élections. Objectif : assommer les peuples avant l’échéance électorale en espérant que la résignation l’aura emporté sur la résistance. Tout est très clair et quand j’ai entendu ce matin Bernard Guetta se déchaîner contre ceux qui contestent cette ateinte à la démocratie, je me suis dit que cela devait avoir un certain écho pour que ce plumitif s’énerve. Il est vrai que ses commentaires depuis vingt ans sont habités par sa volonté d’effacer sa jeunesse trotskyste et je retrouvais ce matin la même hargne qu’il développait (sans contradicteurs c’est plus facile) en 2005 pour le Oui. Après tout c’est bon signe. Laissons là l’analyse de la situation européenne et revenons vers ce que nous disent les gens.

Conversation.
L’une des expériences que j’apprécie le plus c’est lorsque je peux mener une conversation approfondie avec des personnes qui n’appartiennent ni de prés ni de loin à un univers militant. Les conversations avec les militants, demi-militants et ex militants, sont toujours passionnantes même si elles sont souvent polémiques – ce qui n’est pas pour moi un défaut ; le problème est que souvent l’histoire compliquée des uns et des autres biaisent la discussion par le besoin de justifier ou de stigmatiser un passé. Dans mon village j’ai aussi beaucoup d’échanges (sur des sujets les plus variés) avec des habitants de toutes opinions ; mais là le biais résulte du fait que je suis le maire de la commune. C’est pourquoi je ne boude pas mon plaisir lorsque je peux engager une conversation sans que je sois perçu dans mon statut de militant ou de maire. Cela permet de mesurer ce qui se construit dans les consciences du grand nombre et de prendre la mesure de ce qui vient. L’occasion m’en a été donnée, lors d’un passage en Bretagne où j’étais rendu pour des raisons familiales. Ce fut une soirée de discussion de voisinage avec quatre quarantenaires : deux hommes (professeur des écoles passionné par son métier, non syndiqué, qui dit s’ennuyer quand on parle politique ; un informaticien à Vannes en recherche d’emploi après un licenciement), deux femmes (une actuellement contractuelle à la Poste, l’autre secrétaire médicale). Le plus étonnant tient à ce que la soirée ne fut pas exclusivement consacré à des problèmes de voisinage, de météo ou de cuisine mais  à la dette, à la crise financière et  à la politique, alors que ces personnes s’affirment peu intéressées par la politique ; les quatre ont « oublié » de voter  au premier tour en 2002 puis ont voté Chirac au second, s’abstiennent aux autres élections sauf certains aux municipales, se sont partagés en 2007 entre Sarkozy, Bayrou et Royal… (voilà pour le décor).

Sans entrer dans les détails je tire de cette soirée beaucoup d’enseignements : D’abord une vraie angoisse sociale sur leur avenir, celui de leurs enfants comme sur celui du pays ; la crise fait son travail de taupe dans les têtes et le chômage rôde comme une menace pour tous. Ils ont peur pour le lendemain et le disent. Ces personnes n’étaient pas ainsi il y a deux ans, la dernière fois que je les avais rencontrés. Alors que leur situation matérielle ne s’est pas vraiment dégradée ils pensent que la chute est possible demain pour chacun d’entre eux. L’une d’entre eux  a fait part du désespoir de l’une de ses amies grecques qui lui a téléphoné récemment pour lui donner son sentiment d’un effondrement général autour d’elle. Une peur envahit le corps social ; je n’ai pas ressenti pour autant que cela provoquait chez ces interlocuteurs d’un soir une paralysie ou un fatalisme. Mais plutôt comme une colère sourde sous-tendant l’idée encore vague qu’il doit bien y avoir un moyen de s’en sortir et que ce moyen ne réside manifestement pas dans ce que leur proposent les dirigeants européens et nationaux.

C’est cette deuxième leçon que je tire de cette  conversation : il émerge cette volonté de saisir ce qui se passe, un certain degré de compréhension qui participe des visions alternatives au discours libéral dominant. Je m’attendais au moins aux remarques habituelles « la dette il faudra bien la rembourser » / «  on a vécu au dessus de nos moyens » / « 80% c’est énorme »… Eh Bien Non. C’est d’abord la conscience que la dette est utilisée comme un chantage pour faire passer des mesures d’austérité encore plus fortes. De ce point de vue le coup d’accélérer le passage à la retraite à 62 ans leur est apparu comme un prétexte : cette mesure ne rapporte pas un sou dans les deux ans qui viennent et ne contribue pas à réduire le déficit public. L’idée que les mesures d’austérité sont à la fois injustes (parce qu’elles frappent plus le travail que le capital, les apuvres et les classes moyennes plus que les riches) et inefficaces fait son chemin : quel ne fut pas mon plaisir d’entendre développer chez l’un des convives l’idée simple et claire que la réduction des dépenses publiques au moment même où l’activité se ralentit va accroître la récession et, via une réduction des recettes de l’Etat, augmenter le déficit … Bref cette idée « keynésienne » absente des grands commentateurs de télé et radio finit par trouver l’oreille des gens. Une autre idée répétée par le Front de gauche passe de plus en plus : pourquoi la BCE prête-t-elle à 1% aux banques et celles-ci ensuite aux Etats à  7 ou 9, voire plus de 15% comme dans le cas de la Grèce !  Manifestement Mélenchon commence à être entendu. Que ces questions économiques et monétaires soient ainsi saisies par un public large, c’est à mon avis un signe que se fait jour dans le peuple la recherche d’issue à l’impasse, l’expression d’une volonté des gens s’en sortir.

Naturellement à un moment de la discussion je leur ai dit mon appartenance au Parti de Gauche et au Front de Gauche. Mais pour la première fois depuis des mois dans ce type de discussion élargie je n’ai pas eu à reprendre en détail les arguments économiques, monétaires et financiers contre l’idéologie dominante. Je n’avais sur ces questions qu’à accompagner et préciser leurs propres arguments.

Prendre confiance dans ses propres forces.
Dans cette conversation, le doute apparaît dés qu’on aborde la question de l’issue politique. Certes l’un des quatre ayant voté Sarkozy n’est pas prêt à le refaire. Mais il y a un doute sur la gauche et Hollande en particulier : pèse son image de mou imprécis qui ne fait que dire des choses à la fois répétées depuis des années par le PS et guère différentes des discours de la droite ou des autres gouvernements européens. « donner du sens à la rigueur » je peux le dire : çà ne passe pas. Ceux qui ont voté Royal ou Bayrou en 2007 ne croient plus dans ces personnages politiques. Certes quand je leur ai présenté le programme du Front de gauche et la candidature de Mélenchon, l’intérêt était palpable mais le doute aussi. En creusant, le doute ne portait pas sur le réalisme de nos positions (l’axe habituel des commentateurs télévisés). La définanciarisation organisée de l’économie, la révolution fiscale frappant  les plus riches, la révolution démocratique des institutions, la planification écologique…. tout cela, lorsqu’on l’explique simplement, trouve leur accord. Alors sur quoi porte le doute ? Clairement un des convives me dit « Aurez-vous la force suffisante pour le mettre en œuvre ? »  Au début je croyais qu’il m’interrogeait sur notre capacité électorale à nous imposer comme majoritaire dans une nouvelle majorité de gauche. En fait j’ai compris que mon interlocuteur s’interrogeait sur la force qui sera nécessaire aux citoyens pour s’imposer aux marchés financiers et au capital.

La question n’était donc pas  « Est-ce que vous Front de gauche vous serez assez fort ? » ; c’était plutôt « Est-ce que nous, le peuple, on sera assez fort ? ». On touche là au cœur de ce que doit être la campagne du Front de gauche. Si nous ne sommes qu’une offre politique dans le supermarché électoral, il sera difficile d’élargir notre audience, certes déjà bien assise mais insuffisante par rapport à ce pourquoi le Front de gauche s’est constitué. Notre campagne doit devenir un moyen de construction de la confiance du peuple dans ses propres forces. Déjà notre travail de popularisation des argumentaires joue un rôle essentiel ; il doit être poursuivi et amplifié. Chaque moment de la crise nous en donne l’occasion. Ainsi dans la soirée j’ai fait un petit résumé du passé du nouveau Directeur de la BCE, des nouveaux premiers ministres grec et italien ; mes interlocuteurs en ont été proprement scandalisés. Tous les trois ont été peu ou prou des conseillers et hommes de Goldman Sachs, l’une des plus puissantes banques d’affaires américaines au cœur même des manipulations financières à l’origine de la crise.

Ce travail argumentaire est essentiel car il contribue à libérer les consciences de toute la gangue libérale et ainsi à permettre aux citoyens de penser par eux-mêmes ; ce qui est toujours un levain de la transformation. Le net et la démultiplication de ces arguments dans les réseaux amicaux de toute sorte va jouer son rôle. Par nos réunions de quartier, par nos séances d’écoute collective, par la puissance de nos meetings nous allons aussi contribuer à donner cette confiance dans le nombre et la force qui en découle. Le fait aussi de se retrouver des centaines de milliers voire des millions à pétitionner contre la dictature des marchés va être important. De la même manière est importante la popularisation des nombreuses luttes qui ne vont pas décliner sous prétexte d’échéance électorale. Le Front de Gauche doit se concevoir comme la construction de cette confiance du peuple dans ses propres forces. Le résultat électoral sera lui-même à terme un élément de la construction de la confiance populaire.  Le début de campagne électorale se déroule sur ce fond de crise permanente avec ses rebondissements quotidiens, on voit déjà se dégager les 4 à 5 propositions du Front de gauche avec lesquels la candidature de Mélenchon va s’identifier.  Cela va encore se préciser dans les semaines qui viennent ; j’aurai l’occasion d’y revenir en détail.

Un mot sur Gayssot.
Un ami parisien m’avertit de la tribune du jour dans Libération contre le Front de gauche et pour Hollande et me dit qu’il faut répondre car il présente cela comme « communiste » donc venant du sein du Front de gauche. Or il est significatif qu’ici en Languedoc-Roussillon personne ne l’ait vu comme çà. En effet ici Jean-Claude Gayssot a quitté depuis longtemps le PCF pour aller sur la liste de Georges Frêche et se faire élire Vice-président de la région. Tête de liste à l’époque de la liste commune front de gauche NPA j’ai le souvenir d’un Gayssot incapable d’assumer un quelconque débat et faisant partie des plus haineux contre les listes de gauche…..Fidèle soutien de Navarro et de sa pizza connection (qui aujourd’hui contrôle la région depuis le décés de Frêche)  plus personne à gauche ne pense ici que Gayssot agit par lui-même : il n’est donc pas étonnant que dans le cadre de la campagne menée depuis quelques jours par Hollande et son entourage contre Mélenchon on ait demandé au stipendié Gayssot de signer un papier en tant que « communiste ». Que mes lecteurs extérieurs à cette région ne se fassent pas avoir. Je commençais à lui écrire une réponse lorsque je suis tombé sur ce billet écrit par Alexis Corbières, maire adjoint PG du XIe à paris, qui connait bien Béziers et qui a vu le désastre politique et électoral de Gayssot dans cette bonne ville héraultaise. Vous le trouverez sur le lien suivant :
http://www.liberation.fr/politiques/01012371677-jean-claude-gayssot-ne-doit-pas-alimenter-la-machine-a-se-resigner

Avis de lectures.
Le séminaire mensuel du CERSES (Centre d’Etudes et  de Recherches en sciences économiques et sociales), auquel je participe à Montpellier, a mis à l’ordre du jour de sa rencontre de vendredi prochain un échange sur un ouvrage qui est sorti en septembre dernier : La société des égaux de Pierre ROSANVALLON. Si cela vous intéresse vous aurez l’occasion de visiter sites et blogs qui débattent actuellement de cet ouvrage. Je viens de le finir et je vous recommande cette lecture stimulante quelque soient mes divergences  avec tel ou tel point. P.ROSANVALLON, dont les travaux sur le suffrage universel ou l’histoire de l’Etat font référence, a eu un parcours intellectuel intéressant à connaitre. Après des années 70 comme intellectuel proche de la CFDT et partisan de l’autogestion, à la fin des années 80 il avait suivi la pente de toute une gauche d’accompagnement notamment à travers la Fondation Saint-Simon dont il était le secrétaire général (le point de départ de cette orientation néo libérale de gauche est certainement son ouvrage de 1985 Le Moment Guizot).  La dominante de leurs travaux était social-libéral et servait d’appui à une certaine gauche dans son tournant néo libéral  et « démocrate » à la Clinton ou Blair. Une sorte de « troisième voie » (A.Giddens, conseiller de Tony Blair) à la française en quelque sorte, mélange de deuxième gauche antijacobine, de réalisme économique vantant les vertus du marché et un certain culte de l’autonomie et de la responsabilité personnelle dans une démocratie….Dans cette fondation il était proche de François Furet (historien qui après vingt ans au PCF est devenu un adversaire résolu de la révolution Française et de ses acquis ) et de l’essayiste de la mondialisation heureuse et, grand financier de surcroit, Alain Minc ! Or Rosanvallon a peu à peu pris une distance critique avec cette  orientation et a contribué à la dissolution de la fondation Saint Simon en 1999. Depuis il multiplie les travaux où il s’interroge sur l’évolution de notre société, la croissance des inégalités et  la démocratie. La société des égaux est au fond le dernier ouvrage d’une trilogie commencée en 2006 avec La Contre-Démocratie. La politique à l’âge de la défiance  puis en 2008 avec  La Légitimité démocratique. Dans son dernier ouvrage Rosanvallon fait une généalogie du concept démocratique d’égalité qui est au principe de nos sociétés modernes afin de tenter de définir une nouvelle base égalitaire à notre société. Ce projet intellectuel est intéressant car son auteur a manifestement conscience de la crise civilisationnelle que nous traversons et qui appelle une nécessaire « refondation démocratique ». En ce sens il se distingue des balivernes sociales libérales de « Terra Nova », le club de pensée proche du PS qui, après avoir servi DSK, entoure le candidat Hollande de ses conseils.

Certes les thèses de Rosanvallon sont à mon avis sujettes à la critique. Le point d’ombre est que sa redéfinition d’un idéal démocratique et égalitaire fait l’impasse d’une mise en cause du Capital, de sa propriété et de sa domination (ce qui n’est pas strictement identique) et par là même impuissante son projet égalitaire. Mais la démarche est un bon outil de réflexion d’autant que l’auteur est précis et cultivé et qu’on apprend toujours à sa lecture. J’aurai l’occasion de vous donner la référence où vous trouverez les détails de mon analyse sur cet ouvrage. J’en profite aussi pour vous recommander la dernière publication de La république des Idées au titre évocateur « Refaire société » (au Seuil, publié en novembre) où vous trouverez plusieurs contributions intéressantes : l’introduction de Rosanvallon  comparant la société actuelle au XIXème siècle est assez pertinente ; j’ai été particulièrement intéressé par les trois contributions que j’ai eu le temps de lire : « Les ambigüités de la promotion de l’individu » par Robert CASTEL (pour  ceux qui ne le connaissent pas – eh oui les intellos !  dans les lecteurs de ce blog j’en connais qui n’ont pas tout lu et qui aiment bien qu’on les conseille –  vous vous régalerez à lire son maître ouvrage de 1995 Les métamorphoses de la  question sociale)   ou cet excellent article de la sociologue Cécile VAN DE VELDE « la fabrique de la solitude » (j’avais eu l’occasion dans un billet du début de l’année d’utiliser une de ses publications précédentes sur la diversité des jeunesses en Europe) et enfin vous pouvez vous contenter de la contribution de Christian BAUDELOT au titre significatif : « L’héritage contre le mérite » qui montre comment une société fondée sur l’idéologie méritocratique laisse la place à une société de la rente et de l’héritage. Chaque contribution ne fait que quelques pages et en faisant le point vous fera gagner beaucoup de temps tout en suscitant votre réflexion et nourrissant  votre révolte. Je suis convaincu que les points abordés dans ces ouvrages vont alimenter  les débats à venir.

Allez pour finir, comme l’un d’entre vous m’a dit avoir apprécié mes citations finales ou initiales en voici une : Qui a prôné (et dans quel texte) :

« La libre association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

Une belle utopie pour aujourd’hui, n’est-ce pas ?

La crise actuelle a trouvé avec Angela Merkel son Herbert Hoover (Président américain pendant la crise de 1929).

Note du 1 novembre 2011

Où est Roosevelt ?

Dans ce billet, j’aborde l’accord européen de mercredi devenu obsolète le lundi à cause de la question politique de la légitimité démocratique que révèle le référendum grec. Je développe le non sens économique des politiques engagées, le vrai sens du discours sur le « modèle allemand » et je fais une allusion à un débat auquel j’ai participé avec le M’PEP, puis deux petites perles.

L’accord européen du 27 octobre a déjà fait couler beaucoup d’encre et je ne reviendrai pas ici sur ce qui finalement a été remarqué par la plupart des observateurs : le triomphe allemand sur la France dans le refus d’impliquer la BCE (à la différence de ce que vient de faire hier la Banque centrale du Japon en achetant massivement des titres de dette de l’Etat japonais), le caractère insuffisant des propositions pour enrayer la crise avec un simple fond de garantie qui n’est même pas une banque, le sauvetage prioritaire des banques, la capitulation annoncée de l’Europe devant l’invasion des produits low costs des pays émergents en échange de leur soutien financier, la mise en place d’un processus de mise sous tutelle de tous les budgets étatiques et sociaux des 17 pays de la zone Euro pour qu’ils pratiquent tous l’austérité….Bref ce sommet remet à nouveau nos Etats et nos économies dans les mains des marchés financiers sans contrepartie. Les Bourses ont d’ailleurs salué le jeudi à leur manière l’évènement…..avant de déchanter dés le lundi devant la manifestation des conséquences politiques d’un tel accord.

Je voudrai simplement aller plus loin dans l’analyse de ce qui se prépare avec la victoire de l’Allemagne conservatrice. Deux remarques : Une proprement politique et une économique sur la marche à la catastrophe.

C’est d’abord une question politique : celle de la légitimité démocratique. Notons d’abord un paradoxe : l’Allemagne est une république parlementaire et à défaut de faire voter son peuple (le résultat serait peut être très différent) Angela Merkel ne peut s’engager financièrement dans des sommets européens que s’il y a un vote favorable de son parlement. Manifestement d’autres pays peuvent se voir imposer le diktat européen sans avoir de mandat de leur parlement. J’ajoute d’ailleurs que le gouvernement allemand qui préconise la mise sous tutelle des budgets nationaux des pays « dépensiers » ne pourrait pas se l’appliquer à lui-même puisque la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe doit impérativement donner son aval sur tout transfert de souveraineté, transferts auxquels elle est toujours très réticente. Pourquoi les autres pays européens ne pourraient pas profiter des mêmes garanties parlementaires et constitutionnelles ? Ces garanties ne suffisent certes pas puisque comme on l’a vu au Bundestag Merkel a obtenu le vote non seulement de la coalition conservateurs – libéraux au pouvoir mais également celui des sociaux démocrates et des Verts ! Seuls les députés de Die Linke ont voté contre. La seule garantie serait de donner la parole directement aux peuples. S’ils ne le font pas c’est qu’ils savent qu’ils auraient une réponse islandaise (le peuple islandais a refusé par référendum à plus de 90% de payer la dette contractée auprès des banques anglaises, s’estimant pas du tout engagé par une dette illégitime). La question de la légitimité et de la souveraineté populaire face aux décisions européennes d’austérité va devenir la question centrale en Europe dans les semaines qui viennent. Les peuples, comme les Grecs actuellement, ne vont pas considérer comme légitimes des décisions et des plans d’austérité qui auront été décidés par des autorités extérieurs à leur souveraineté nationale et populaire. La légitimité est au cœur du consentement des peuples qui fonde le maintien de l’ordre établi. Sa remise en cause radicale dans le processus actuel ouvre une période de désordre majeur.

J’ai écrit ces lignes ci-dessus le 30 octobre et le 31 octobre tombe une nouvelle qui vérifie l’analyse de manière éclatante. Le premier ministre Papandréou décide de consulter son peuple par référendum sur le fameux plan de sauvetage. C’est une brisure essentielle dans le dispositif : un peuple va être consulté. Il suffisait de voir à la télé la totalité des jeunes défiler devant les autorités du pays à Thessalonique le poing levé, de voir les crêpes noires attachées à tous les instruments de l’orchestre officiel et surtout le Président de la République partir en pleur pendant la cérémonie ….le système politique grec n’a pas tenu et il est en voie d’explosion. Certains observateurs pourtant bien éloignés de notre point de vue avait ressenti ce talon d’Achille du plan européen ; par exemple Hubert Védrine a souligné le problème de la main mise du contrôle des experts européens sur les budgets nationaux des pays à qui était accordé un prêt. Il a parlé de « dangereuse ère post démocratique ». L’opportunité de ce référendum grec c’est de nous permettre de poser dans tous les pays l’exigence de la souveraineté populaire : place aux peuples !

Ma deuxième remarque porte sur le non sens économique de ce qui s’entreprend en Europe. Et là je vous demande un peu de patience car je vais être un peu long. Mais puisqu’on n’est pas sur un espace médiatique dominant le lecteur a le droit d’être exigeant. Et comme me l’a écrit l’un de mes lecteurs « continuez. Ne cédez pas au goût du jour du vite écrit, du vite lu et du vite oublié ». On va quand même essayer de faire simple.

D’abord l’idée de généraliser le modèle allemand est un trompe-l’œil. De quel modèle parle t on ? On croit nous parler de l’ancien modèle qui s’est construit dans les années soixante et qui a fait la force de la RFA jusqu’aux années 80 : le modèle de « l’économie sociale de marché » fondée sur l’industrie, et particulièrement les biens d’équipement, et les hauts salaires indexés sur une productivité en hausse constante et permettant à la fois d’une part la cogestion et un fort niveau de vie en interne et d’autre part des excédents commerciaux grâce à une compétitivité « qualité » qui pouvait résister à la compétitivité « prix » des pays à bas alaires dans un contexte non encore totalement financiarisé et mondialisé. Ce modèle est mort. Il est mort avec les années 90 en même temps d’ailleurs que le modèle japonais qui lui ressemble par certains aspects et qui est rentré en 1990 dans une décennie de récession. La conjugaison de la réunification allemande et de la crise monétaire de l’UE conduisant à l’intégration économique et monétaire dans l’Euro ont permis de construire un autre modèle économique allemand et c’est celui-ci que les décisions européennes veulent nous imposer.

En quoi consiste ce nouveau modèle ? D’abord il y a l’arrivée massive de l’Est d’une main d’œuvre qualifiée et sous payée, certes les 20 millions d’allemands de l’est (dont le rattrapage des salaires avec ceux de l’ouest ne s’est pas fait dans un seul sens !) mais aussi les polonais, les ukrainiens et les autres dans le cadre de « l’élargissement sans approfondissement » que l’Allemagne et la Grande Bretagne ont imposé dans les élargissements successifs notamment celui des 10 de 2004. Cela a permis une offensive contre le niveau de salaires et de protection sociale des salariés allemands notamment à travers la Loi Hartz IV. Les gouvernements Khôl, Schröder et Merkel ont mené cette politique avec une belle continuité. Comme l’Allemagne n’a pas de réglementation du salaire minimum mais que la couverture des salariés passait par des contrats collectifs l’alliance du patronat, du gouvernement et des dirigeants sociaux démocrates a permis la modification de ces contrats au détriment des salariés. Résultat : si le niveau de vie du quart supérieur du salariat a continué à s’améliorer c’est le contraire pour les trois quart inférieurs ; certains économistes considèrent que 25% de la main d’œuvre est payée largement en dessous de sa productivité. Donc la « baisse du coût du travail » dans le pays européen économiquement le plus puissant a été un élément déterminant du changement du rapport social entre patrons et salariés dans toute l’Europe.

Ensuite il ya une politiquedélibérée de « désinflation compétitive » dès le milieu de la décennie 2000. Cela consiste à obtenir une baisse de ses prix plus rapide que ces concurrents immédiats, à commencer par les économies européennes et particulièrement la France, cela afin de leur prendre des parts de marché et de dégager des excédents commerciaux (pendant que les autres auront des déficits commerciaux) ; pour atteindre cet objectif il y a la baisse du coût du travail qu’on vient de voir mais il y aussi la mise en place (initiée par Schröder et généralisée par Merkel) de la fameuse TVA sociale (que Sarkozy cherche à nous imposer) et qui consiste à transférer le financement de la protection sociale du travail (donc payé par le patronat) aux consommateurs via la TVA. Les consommateurs financent ainsi la protection sociale allemande et cela allège d’autant le coût du travail et favorise l’accumulation duC’est donc un transfert d’une charge sur le patronat vers une charge sur les consommateurs.

Si un pays dont le niveau des prix est nettement supérieur à celui de sa zone économique peut peut-être envisager une stratégie de désinflation compétitive (c’est comme çà qu’on nous l’a vendu dans la deuxième moitié des années 80 en France – ce qui ne signifie pas qu’elle était nécessairement justifiée) cela devient une toute autre affaire lorsque les pays ont tous un faible niveau d’inflation (2% en moyenne depuis quinze ans). C’est une stratégie non coopérative qui ne marche que si les autres se laissent faire. Comment peuvent- ils réagir ? Avant Maastricht puis l’Euro ils pouvaient réaliser une « dévaluation compétitive » : changer la valeur de sa monnaie pour rétablir des conditions de compétition équitable. C’est devenu totalement impossible puisque nous avons tous la même monnaie. Ne reste alors que la pratique la « désinflation compétitive » : c’est ainsi que s’impose en Europe une pensée unique de la politique économique faite de rigueur et de « cost killer ». Mais si tout le monde pratique une politique de désinflation compétitive pour (re)prendre les parts de marché de l’autre, aucune ne sera efficace. Sans parler de la contradiction qu’il y a à affirmer d’un côté la nécessaire coordination des Européens et de l’autre de préconiser que chacun ait une politique non coopérative.

Comment expliquer cet acharnement à faire passer une politique aussi incohérente ? La doxa néolibérale s’est imposée à l’occasion de la mise en place de l’Euro : une gestion de l’euro assurée par une banque centrale indépendante centrée exclusivement sur la lutte contre l’inflation, un encadrement réglementaire des politiques économiques nationales dans un sens exclusivement restrictif. Cette doxa est devenue culturellement hégémonique chez les élites qui nous gouvernent, assurant le triomphe de ce capitalisme financiarisé et mondialisé. Le « modèle allemand » a été un des instruments de la caporalisation néo libérale des politiques économiques de toute l’Europe au service de ce modèle de capitalisme. Et aujourd’hui le mauvais illusionniste (au fait l’allusion aux Borgia c’était trop ridicule !) Sarkozy veut l’imposer, ce modèle allemand, en nous le faisant passer pour l’ancien. Au vu de ses résultats, nous pouvons lui dire : Non, merci.

Mais le plus grave est que ce modèle qui nous a conduits à la crise, nous est aujourd’hui présenté comme la solution à la crise… en le durcissant toujours plus. Ce qui commence à être perçu par le grand nombre. J’ai vu plusieurs de mes concitoyens me reprendre ce raisonnement : « Comment voulez vous qu’on rembourse une dette si l’activité économique régresse. Or avec la politique d’austérité dans tous les pays, les pays et leurs Etats vont être plus pauvres et la dette pèsera encore plus lourd. » C’est une évidence économique fondamentale qui est une leçon historique de la grande crise du XXe siècle : la crise de 1929.

Lorsque la crise a éclaté en octobre 1929 le Président des Etats –Unis de l’époque Herbert HOOVER décida d’accompagner la crise par une politique d’austérité avec le raisonnement suivant : la crise est due à une offre supérieure à la demande. Il suffit d’attendre que l’offre baisse et rejoigne le niveau de la demande, de l’accompagner dans cet effort de compétitivité… tout en aidant directement les banques (décidément c’est une habitude !). Au même moment la Banque Centrale (la Fed) très privée et « indépendante » décida d’une politique restrictive du crédit avec une hausse du taux d’intérêt. Résultat : un approfondissement inouï de la crise avec une marée montante de chômeurs. Car ces beaux messieurs oubliaient que si on fait baisser l’offre (c’est-à-dire l’activité productive) on fait baisser le nombre de travailleurs, baisser la masse des salaires, baisser l’activité et donc les revenus de la vente des produits. La baisse de l’offre entraine une baisse plus importante encore de la demande, entrainant l’activité économique dans une spirale descendante. Devant la catastrophe générale provoquée par cette politique, la marée électorale porta au pouvoir un ROOSEVELT qui bien que peu cohérent sur plein de points portait ouvertement la logique inverse. Mais entre temps, entre 1930 et 1933, les dégâts sociaux furent considérables. La version française de Hoover, ce fut le gouvernement LAVAL (celui de 1935) qui baissa les salaires de tous les fonctionnaires de 10% dans le cadre d’une politique d’équilibre budgétaire (tiens ! déjà la règle d’or avant l’heure) : loin du retour à l’équilibre du budget, ce fut un recul économique et social qui creusa le déficit ….et l’irruption de Juin 36 et du Front populaire.

Tous les esprits un tant soit peu honnête intellectuellement sont convaincus que cette politique va accélérer la marche à la récession économique généralisée dés début 2012. Actuellement on peut observer la marche à la récession par le cumul des effets suivants : 1) effet de richesse due aux pertes des titulaires de titres sur les marchés financiers (c’est-à-dire leur richesse globale diminuant ils augmentent leur épargne au détriment de l’investissement et de la consommation ; en y ajoutant une volatilité dans les placements n’étant plus certains de savoir quels sont les placements sûrs. 2) le « crédit crunch » c’est-à-dire les banques fragilisées réduisent leur offre de crédit et par là bloquent les projets d’investissement ; depuis juin la masse de crédits distribués par les banques baissent chaque mois un peu plus et une contraction comme en octobre 2008 peut se produire à tout instant. 3) les ménages perdant confiance dans l’avenir, ils épargnent d’avantage et consomment moins ; les statistiques semblent indiquer une orientation dans ce sens depuis septembre. 4) si les banques prêtent moins, si les entreprises investissent moins et si les ménages consomment moins, les Etats devraient, au nom de l’intérêt général, aller en sens inverse pour casser le cercle vicieux dépressif…et bien pas du tout ! Ils en rajoutent un maximum en lançant partout des plans d’austérité qui vont réduire drastiquement l’activité. La preuve grecque est là pour appuyer mon propos.

La politique Merkel – Hoover c’est la marche à l’abîme.

Et je ne vois pas de Roosevelt…ou de Blum d’ailleurs ; par contre je vois des petits Hitler qui pointent le nez !

Le principal facteur d’optimisme c’est la vitalité populaire à travers le monde contre ce système pourrissant dont les « indignés » sous tous les cieux (Europe, Etats Unis, pays arabes, Israël, Chili…) ont été la partie médiatique la plus visible. Mais cette vague prend aussi dans les profondeurs populaires des formes variées. La question n’est pas de savoir s’il va y avoir des révoltes et des conflits (il suffit d’observer le monde pour les voir à l’œuvre) ; la question est de construire l’outil collectif qui puisse offrir une issue politique alternative et émancipatrice aux peuples en mouvement. Il n’y a pas d’autre enjeu à notre participation à l’élection française de 2012.

Quelques mots maintenant sur un débat auquel j’ai participé représentant le PG à l’université d’automne du M’PEP ce lundi 31 octobre au soir. Avant d’aborder la question qui nous intéresse laissez moi dire ma joie d’avoir rencontré et discuté à cette occasion avec un vieux théoricien que je vénère depuis ma jeunesse : Samir Amin. J’aurai l’occasion de revenir sur cet épisode. Le débat portait de fait sur la proposition de sortie de l’Euro avancée par le M’PEP. Je ne détaillerai pas les arguments qui montrent que le problème n’est pas en soi sortir de l’Euro mais sortir des politiques néo-libérales et sortir de la main mise des marchés financiers et que cela peut se faire sans passer par l’exigence première de sortir de l’Euro. La Grande Bretagne n’est pas dans l’Euro et applique avec zèle la politique néo-libérale. Cela est très bien argumenté dans le bouquin de Jacques Généreux « Nous, on peut ! » sorti en septembre de la page 113 à 138. Mais j’ai été frappé par un argument ou plutôt une croyance d’un intervenant adhérent du M’PEP : « au fond, nous dit il, ce que vous proposez à l’échelle de l’Europe est bien mais vous vous contentez d’attendre que les 17 de l’Euro puis les 27 de l’UE l’adoptent ; or c’est une illusion, vous savez très bien qu’ils refuseront, vous êtes donc condamnés à l’impuissance » et d’appuyer son propos en disant qu’il n’a rien vu de différent dans le programme du Front de gauche. Si cette assemblée avait été structurée pour un vrai débat et non pas une suite de monologues des intervenants sans débat j’aurai pu lui répondre en lui lisant la page 69 du programme « l’humain d’abord » qui dit exactement l’inverse : après avoir présenté l’initiative d’Etats Généraux de refondation européenne avec toutes les forces européennes qui voudront s’y associer, un gouvernement du Front de gauche fera adopter par le peuple français les modifications nécessaires des traités européens notamment en mettant en œuvre « sans attendre » des politiques en rupture avec les marchés financiers. Puis il est écrit le paragraphe suivant :

« Conformément au mandat que nous aura été donné par le peuple français pour mettre en place une politique de gauche dans notre pays, nous refuserons d’appliquer des directives contradictoires à nos engagements, notamment en ce qui concerne la dérégulation des services publics.

Notre désobéissance fera tâche d’huile dans l’Union Européenne et dans la Zone Euro. Elle sera un point d’appui pour les pays dévastés par les plans de rigueur. A terme notre objectif est de briser le bloc libéral dans l’UE et de pousser à la négociation d’un nouveau traité ; »

On ne peut être plus clair : respect de la volonté populaire, application sans attendre d’une politique de gauche, refus d’appliquer les directives libérales de l’UE, désobéissance ….je pense que les membres du M’PEP qui prendront le temps de lire attentivement le programme du Front de gauche conviendront qu’avec le Front de gauche élargi nous avons aujourd’hui une union politique sur une ligne alternative au libéralisme des traités européens et que l’urgence de la situation doit les amener à relativiser les nuances qu’ils ont sur la nécessité d’affirmer d’abord la sortie de l’Euro.
Pour finir, deux détails sympathiques :

  1. Un de mes collègues vient de finir mon bouquin et lisant ma note précédente sur « faut-il avoir peur de la dette ? » me rappelle cette formule de Keynes sur l’utilité de la dette : « Il vaut mieux que les individus exercent leur tyrannie sur leur compte en banque que sur leurs concitoyens ? ». Génial, non ?

  2. Un jeune certes cultivé mais peu politisé me demande il y a quinze jours quel est mon programme. Naturellement je lui vends le Programme du Front de Gauche ; 2€ c’est abordable. Une semaine après, il m’envoie un mail avec plein de questions que je vous passe mais avec cette question particulière : « C’est bien votre truc mais vous n’auriez pas un texte plus fondamental  ». J’hésite entre plein de textes de Marx à Jaurès mais j’ai peur de le noyer ; finalement je lui en conseille trois :

  • La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,

  • Le programme du Conseil national de la résistance de 1944 (dont le titre est absolument magnifique : « les jours heureux »)

  • La déclaration internationale de Philadelphie de 1944.

Je viens d’avoir sa réponse aujourd’hui : « J’adhère au mouvement qui reprend ces textes dans son programme ! ».        

Un mot sur la Tunisie, deux sur Hollande et trois pour savoir si on doit avoir peur de la dette !

Note du 25 octobre
La constituante tunisienne, un moment décisif de la révolution citoyenne
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Je commence cette note au moment où  les tunisiens élisent leur assemblée constituante et  cela me met dans un état de jubilation. En effet  voilà 10 mois que la révolution tunisienne s’est déclenchée avec les premières manifestations puis le suicide d’un jeune vendeur de légumes, évènement qui a mis le feu aux poudres. L’insurrection de toutes les couches sociales tunisiennes ont isolé la clique des profiteurs et prévaricateurs qui mettaient leur pays en coupe réglée avec la bénédiction des gouvernements occidentaux et particulièrement français (qui profitaient des largesses du régime, ce qui ne l’oublions pas a conduit au départ de la ministre française de l’intérieur). Cette révolution a d’abord chassé le dictateur, obligé de s’enfuir en Arabie Saoudite puis a poursuivi son œuvre en déjouant les tentatives des héritiers de Ben Ali pour se refaire une virginité dans de nouveaux gouvernements. Deux questions centrales ont occupé ces mois de révolution : d’une part la question sociale car le peuple réclame des conditions décentes de vie, de logement, d’emploi, et d’éducation ; de nombreuses mobilisations ont débouché sur des succès mais on est loin encore du compte. D’autre part la question démocratique c’est-à-dire l’exigence que la nouvelle constitution soit rédigée sous mandat populaire. Le peuple tunisien par sa vigilance et sa mobilisation a déjoué toutes les manœuvres dilatoires de ceux qui voulaient éviter ce rendez vous avec le suffrage universel. Maintenant çà y est : Après avoir été l’acteur de la première révolution arabe, le peuple tunisien est le premier à élire une assemblée constituante. Quelque soit le résultat (et nous aurons sous peu l’occasion de les commenter) cette constituante va servir de référence et d’exemples pour tous les peuples du Moyen Orient. C’est notamment particulièrement visible en Egypte (le pays arabe le plus peuplé avec ses 80 millions d’habitants) où une bataille sociale et politique oppose le peuple à l’armée qui a confisqué le pouvoir. La question centrale en Egypte devient la convocation d’élections libres pour une constituante. La constituante va servir aussi de référence en Lybie ( petit pays beaucoup moins peuplé mais tellement intéressant pour les puissances capitalistes vu ses ressources pétrolières) ; En Lybie la révolution démocratique et sociale contre la dictature de Kadhafi a été interrompue par le développement d’une guerre civile dont les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, représentant l’Otan, étaient des protagonistes, ce qui change naturellement le contenu comme la forme du processus. Les dirigeants occidentaux (conseillés parfois par des pantins ignorants du pays, comme BHL) ont tout misé sur les islamistes conservateurs qu’ils ont installés aux commandes au mépris des démocrates et militants de gauche lybiens pourchassés par le régime. Ils ont beau jeu aujourd’hui de demander le respect des droits de l’homme devant la décision d’appliquer la charia. Là aussi la constituante tunisienne sert d’exemple et l’exigence qui va grandir en Lybie sera de mettre en place un processus qui donne la parole au peuple. J’espère qu’en France de nombreux débats soient organisés sur les leçons de la constituante tunisienne. En tout cas dans la délégation du Parti de Gauche allé sur place sous la conduite de Raquel Garrido, responsable du PG pour l’international, notre ami montpellierain, co secrétaire du PG34, Alain Chaignon est présent. Nous ne manquerons pas de vous informer de la réunion publique d’information et de débats qu’il tiendra à son retour courant novembre.

Hollande sera-t-il le Papandréou français ?
Je ne reviens pas ici sur la primaire socialiste et j’avais déjà eu l’occasion de m’exprimer ici sur le premier tour. Hollande a donc été désigné par la majorité des 2,7 millions de personnes qui ont participé ; depuis, comme à mon habitude, je cherche à discuter avec le plus grand nombre de citoyens, notamment dans ma commune, de toute conditions. D’abord, je peux vous assurer que je ne sens aucune « hollandomania », aucun élan particulier. Chez beaucoup il y a comme un enregistrement que ce sera le candidat socialiste et que pour chasser Sarkozy il faudra peut-être  voter pour lui. Ensuite, l’argument du vote utile au premier tour est quasiment absent de toutes les conversations, alors qu’il y a un an ce n’était pas le cas. Cela s’explique certainement par le fait que le candidat socialiste étant haut dans les sondages c’est sarko qui semble menacé d’être doublé et que le problème ne se pose donc pas de permettre la qualification de la gauche au second tour. Enfin – et cela me paraît beaucoup plus important- le sentiment que la situation économique est grave et qu’elle ne va qu’empirer est très largement partagé.  Cela entraîne une interrogation sur la capacité de Hollande et des socialistes de répondre au défi de la situation. Cette question va prendre de l’ampleur devant une crise dont chacun sent bien qu’elle ne peut qu’empirer. Que faut-il faire contre la crise ? Comment va faire la gauche ? Peut-on empêcher que notre situation se dégrade encore plus avec le chômage en hausse et le pouvoir d’achat en berne ? Ces interrogations traversent le pays.   A un des nombreux débats auquel je participe un étudiant a demandé : « Hollande sera-t-il le Papandréou français ? ». Cela résume très bien le problème. Ceci dit il y a déjà une différence entre les deux : Papandréou a fait sa campagne électorale sur un programme très à gauche qu’il a bafoué immédiatement élu ; alors que François Hollande commence peu à peu à nous annoncer la couleur, notamment à travers son représentant es qualité à la direction du PS, Michel Sapin. On commence à nous expliquer que le programme du PS est déjà obsolète parce que trop coûteux et que la priorité doit être donnée à la réduction des déficits et que c’est seulement après qu’on pourra commencer à faire quelque chose. Déjà que le programme du PS est d’une telle modestie que les 101 propositions de Mitterrand apparaissent à côté pour un manifeste révolutionnaire, qu’on se demande ce qui va rester après le coup de rabot de Hollande. S’il croit pouvoir endormir le peuple de gauche avec son « rêve français », il risque bien de devoir se réveiller avec le cauchemar de la crise européenne généralisée. L’agence Moody’s en plaçant sous surveillance la France a envoyé au nom des marchés financiers un double message : d’une part un message au gouvernement et aux parlementaires au moment où s’entame la politique budgétaire pour que la France approfondisse encore sa politique d’austérité ; manifestement, Sarkozy a bien reçu le message et s’apprête à nous annoncer la potion amère jeudi prochain. Il va placer sa campagne sous le thème du « courage », des « efforts nécessaires » et de la confiance dans le capitaine en pleine tempête. Bon comme cela ne risque pas de suffire à le sauver car tous les observateurs mesurent l’ampleur du rejet qu’il provoque, les puissances financières se doivent aussi s’assurer de l’approbation du camp adverse. L’agence Moody’s veut donc placer la campagne électorale sous surveillance et menacer les français d’une dégradation de la note de la France ….pour qu’ils votent bien ! Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche ont eu raison de faire leur opération « andouillettes » dans les locaux de Moody’s pour affirmer le refus de ce diktat. Bref, je suis convaincu qu’il y a place pour une formidable campagne d’opinion pour éclairer les électeurs français sur la crise en cours et les moyens d’y remédier. La politisation de la société commence 7 mois avant l’élection, ce qui est exceptionnel, et l’attention des citoyens grandit sur le fond. Samedi dernier après midi, le Front de gauche du Gard (qui, lui, a commencé sa campagne unitaire depuis un mois) m’avait invité à participer à un débat sur la crise et la dette en liaison avec le programme du FdG « L’humain d’abord ! », et ce dans la commune de Cendras au nord d’Alès ; j’ai été frappé par l’ampleur de l’assistance avec plus de 150 personnes (plus que lors de la réunion publique que j’avais tenu dans le même lieu pour les régionales et tous voyaient des têtes nouvelles par rapport à leurs réunions publiques habituelles). J’invite mes amis à organiser partout ce type de réunions débat car il y a une vraie attente sur le fond. Le débat a été passionnant à Cendras à la fois pour décrypter la crise et la dette et aussi pour voir les solutions qu’on pourrait mettre en œuvre et qu’il faut défendre à chaque étape de l’approfondissement de la crise tout au long de ces mois qui nous séparent du scrutin. Et dans les questions qui sont venues plusieurs fois dans ces différentes réunions, j’en note une particulièrement :

Faut-il avoir peur de la dette ?
A priori non et on va voir pourquoi tranquillement. D’abord, lorsqu’ une banque fait un crédit à quiconque cela constitue une « création de monnaie » et la masse monétaire en circulation dans une économie moderne est composée à 80% de la monnaie créée par les banques en fournissant des crédits aux entreprises, aux particuliers et aux administrations publiques. Si on supprimait cette dette, c’est-à-dire ce crédit, on reviendrait à l’âge de pierre. Ce crédit est donc une avance monétaire sur une activité future. Il faut donc que le crédit serve à une activité future et il faut que celle-ci dégage des avantages bien supérieurs au remboursement du crédit en question. Le problème peut venir de deux sources : d’une part que le crédit serve à ne pas produire des richesses supplémentaires ce qui finira par aboutir à la défaillance de l’emprunteur ; d’autre part que ceux qui contrôlent le crédit imposent des taux d’intérêt spoliateurs qui empêchent l’activité nouvelle de se déployer. Or on a actuellement ces deux éléments dans le capitalisme financiarisé contemporain : la masse de crédit qui s’est développée dans la sphère privée depuis une dizaine d’années sert essentiellement à favoriser les opérations de spéculation ou à combler artificiellement l’absence de pouvoir d’achat de la société que justement ce capitalisme avait provoqué par son exigence impérative de rendement financier maximal comprimant les salaires comme tous les autres revenus de l’activité. Pourquoi ne pas envisager un contrôle citoyen et public sur l’émission de crédit qui soit exclusivement alloué à financer des activités productives et socialement utiles ? Cela suppose une rude confrontation car depuis le milieu des années 80 les créanciers (les rentiers, les titulaires de capital financier) ont repris le pouvoir sur les emprunteurs (entreprises, Etats, particuliers). Ils ont certes repris le pouvoir sur les salariés qui en avaient acquis une part via les contre pouvoirs sociaux et les conquêtes sociales. Mais ils ont aussi repris le pouvoir au sein du capitalisme sur le pan productif du capital, désormais sous tutelle pour produire de la valeur à tout prix pour les actionnaires. Donc ce changement d’orientation du crédit ne se fera pas par enchantement. Il nécessite d’arracher les manettes du pouvoir financier aux rentiers qui le détiennent aujourd’hui. Pour cela l’action conjuguée des citoyens et de la puissance publique est indispensable  En un mot le programme que Keynes préconisait face à la crise des années trente me semble encore plus d’actualité : « L’euthanasie des rentiers ! »

Voyons maintenant la place de la dette publique. N’oublions pas que la crise de 2008 fut avant tout, via les subprimes, une formidable crise de la dette privée et qu’on a sauvé les banques (et les profits fabuleux de ces banques les deux années suivantes, et donc les dividendes et autres bonus servis à cette occasion) grâce à l’intervention publique. Puis cette dette publique dans les mains des investisseurs institutionnels privés qui dominent les marchés financiers est devenue un formidable moyen de pression du capital sur les Etats, leur organisation, leur poids , leur politique comme sur leurs dispositifs sociaux. Il est clair désormais que la dette grecque ne pesait pas si lourd que çà dans les encours de dette publique en 2010 mais la Grèce était le maillon faible qui permettait de monter un formidable chantage pour que tous les pays européens s’alignent sur une politique de rigueur favorable au capital. Est-il en soi inadmissible qu’un Etat ait 120% de dette publique comme c’était le cas de la Grèce en 2008 ou aujourd’hui de l’Italie ? Je rappelle par exemple que l’Italie avait également 120% de dette publique au moment de son acceptation dans l’Euro en 1998 et que personne alors n’a rien trouvé à redire. Je rappelle aussi par exemple que le japon a depuis de longues années une dette publique supérieure à 100% voire 200% et que cela n’a pas été présenté comme un problème majeur.   Détaillons donc un peu cette question de la dette d’un Etat.

Ne diabolisons pas la dette en soi. Déjà les entreprises sont depuis toujours structurellement endettées  dans le système capitaliste. Une entreprise n’attend pas d’avoir accumulé le profit pour faire son investissement. Sinon on en serait encore à la première révolution industrielle. C’est même le raisonnement inverse qui guide le capitaliste : c’est la perspective d’un profit futur qui amène le capitaliste à investir aujourd’hui et le besoin de financement dépasse toujours son épargne, aussi se doit il d’emprunter. C’est en dépensant aujourd’hui dans des investissements productifs que le capitaliste gagne demain. Un économiste polonais, Mickael Kalecki, avait bien formulé cela : « l’ouvrier dépense ce qu’il gagne ; le capitaliste gagne ce qu’il dépense » . Et pour que cela soit possible il faut l’avance du crédit, comme l’ont souligné de nombreux grands esprits depuis Montesquieu ! La seule question qui se pose au capitaliste tient à ce que le taux d’intérêt reste toujours plus faible que le taux de profit, ce qui est la condition du caractère dynamique d’un tel système de financement. Lorsque le taux d’intérêt s’élève (notamment quand les épargnants prennent l’ascendant sur les productifs) ou lorsque le taux de profit se ralentit (sous l’effet notamment des crises de surproduction que génère le capitalisme), l’entreprise capitaliste s’étrangle et peut faire faillite. Donc le problème ici n’est pas la dette mais les conditions de son utilisation.

Il en va de même pour les Etats mais avec des différences majeures :1) En théorie  l’Etat n’emprunte pas pour faire du profit mais pour réaliser des infrastructures d’intérêt général.   2) L’Etat ne tire pas ses ressources de la vente de ses produits mais de son droit (et de sa force) de lever l’impôt. Dans ces conditions pourquoi l’Etat ferait il payer une  infrastructure qui va fonctionner pendant trente ans par les seuls contribuables de l’année de sa construction. Les citoyens vont profiter pendant trente ans de cet équipement et ils trouvent normal de payer pendant quinze ou vingt ans des impôts pour rembourser la dette qui a permis cette réalisation. D’ailleurs les  Etats ont toujours été endettés à la fois parce qu’ils offrent la garantie de se financer librement par l’impôt  et parce qu’obligés de raisonner et d’investir à long terme ils sont obligés d’étaler leurs dépenses. Cela ne signifie pas que l’Etat peut s’endetter à l’infini. Sa dette doit être maîtrisée et de ce point de vue 80% de dette publique française par rapport au PIB est un chiffre trompeur et discutable (comme je l’ai expliqué dans une note précédente) puisqu’il rapporte une dette remboursable sur plusieurs années au seul revenu de l’année courante ! Le chiffre important c’est combien représente le service de la dette c’est-à-dire l’intérêt et le capital que je dois verser chaque année. Et de ce point de vue on est actuellement en France dans des limites très raisonnables. En fait la dette dépend de trois variables concomitantes : le taux de croissance économique (s’il est élevé les recettes fiscales augmentent et inversement), le taux d’intérêt (s’il s’élève le poids de la dette s’alourdit et inversement) et le solde budgétaire de l’année (s’il ya un déficit budgétaire la dette s’accroit). Il faut agir sur les trois variables de manière dynamique si on veut maîtriser sa dette. Or que font les dirigeants européens en Grèce, en Italie, au Portugal et en Espagne pour que tous fassent pareil ? Ils ne prennent que la variable budgétaire en exigeant que tous les budgets reviennent à l’équilibre (leur fameuse règle d’or) en baissant drastiquement les dépenses publiques et sociales et en élevant les impôts (et particulièrement ceux qui touchent les plus pauvres, la TVA). Pendant ce temps on ne touche pas les taux d’intérêt qui dans la seule main des marchés financiers s’élèvent à des niveaux usuraires pour les pays dont la note  se dégrade (note fixée par les agences privées de notation dans la main des mêmes !) ; Quant à la croissance elle ne peut que s’effondrer sous l’effet d’une cure d’austérité. Le résultat : un accroissement de la dette publique comme le prouve la Grèce qui en appliquant les recetCette politique est non seulement injuste mais totalement inefficace, et beaucoup de monde est en train de s’en apercevoir.

Une toute autre politique est nécessaire qui joue sur le taux de croissance et le taux d’intérêt, en conservant un certain déficit budgétaire. Cette politique nouvelle consiste en un renversement total des perspectives sur deux plans : 1° – Mettre en place une relance durable de l’activité appuyée sur une forte redistribution des richesses ce qui stimulera la demande des ménages et appuyé sur un plan d’investissement permettant la réindustrialisation et la relocalisation des activités productives ainsi que la planification écologique. Mais cela n’est possible que si un deuxième pilier se met en place. 2° – Reprendre la main sur le financement de l’économie en faisant que les titres de dette soient rachetés par la banque centrale à un taux zéro en distinguant les dettes justifiées par une activité utile et les dettes illégitimes fondées sur la spéculation qui ne doivent plus être honorées ; mais aussi en mettant en place un réseau bancaire public et mutualiste qui finance sans profit les activités socialement utiles.

J’aurai l’occasion de revenir sur ces mesures nouvelles à mettre en place dont le Front de Gauche est porteur, car on peut parier que les gesticulations bruxelloises de la semaine (où l’Allemagne a pu imposer sa loi de ne pas recourir à la BCE) n’arrêterons pas la marche à une crise majeure, l’hypothèse la plus probable étant l’entrée de l’Europe dans la récession proprement dite avant la fin de l’année 2011, ce qui va entraîner son cortège de chômage et de misère. Et donc mettre à l’ordre du jour la nécessité de la rupture.

Enfin un dernier mot pour vous signaler que se tient ce Week end à la maison pour Tous à la paillade à Montpellier des rencontres des quartiers populaires à l’initiative du Front de gauche des quartiers Populaires, initiative que je soutiens à fond et à laquelle j’avais déjà consacré une note cet été. J’aurai l’occasion de vous en rendre compte.

Vous trouverez ci joint un article qui rend compte de la conférence de presse que j’ai tenu avec les représentants du PCF(Liberti), du NPA (Hermet, Viguier) de la FASE (Choukhroun) de la GU (Danièle LE dudal). en effet j’ai eu l’honneur de conduire une liste unitaire de la gauche de transformation sociale lors des élections régionales de mars 2010. dans un contexte où Frèche écrasait tout et où nous avions en plus une liste d’EEV et une du PS nous avons obtenu 78000 voix et 8.6% devant la liste PS et juste derrière la liste EEV. L’injustice du système électoral fait que nous ne sommes pas représentés avec moins de 10%. Cela ne nous empêche pas de nous exprimer régulièrement sur la politique régionale comme nous l’avons fait ici. J’aurai sur ce blog l’occasion de revenir sur certains points importants de l’action régionale. En attendant je me félicite que la démarche unitaire se poursuive »
Article Hérault du jour – AGM

René Revol