Que la règle verte balaie la règle d’or !

Je reprends cette expression de la bouche d’un participant un groupe de discussion, suite à ma précédente note sur la sixième république et la constituante. Notons que la Convention des insoumis (qui soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon) a fait le choix de mettre cette question de la 6ième république comme premier point du programme, tant balayer la monarchie républicaine et installer un pouvoir citoyen apparait une condition essentielle pour changer de politique.

Mais aujourd’hui je laisse de côté cette question pour aborder celle de la règle verte, autre point nodal selon moi du programme. Comme je cherche toujours à le faire, je vais essayer de relier le principe général contenu dans la règle verte aux pratiques locales où nous cherchons à la mettre en œuvre. Mais il importe au préalable d’éclaircir la formulation du titre de cette note.

Les politiques menées depuis 30 ans sont dominées par l’obéissance aveugle à une règle d’or. Cette expression utilisée par des économistes ultralibéraux et popularisée par Tony Blair désigne la discipline budgétaire et financière que doivent s’appliquer avec rigueur les gouvernements contemporains. Cette règle d’or, intégrée dans les traités européens, sert à imposer des politiques d’austérité à tous les pays ; elle sert à faire reculer la capacité d’action de l’État et à démanteler peu à peu l’état social. Tout cela sous prétexte qu’il faudrait privilégier la compétitivité des entreprises qui résoudrait tous nos problèmes. Les conséquences sont là, visible de tous : une crise financière sans précédent, une croissance atone, le chômage et les emplois précaires qui se généralisent, une explosion des inégalités sous l’effet combiné de la misère produite par le sous-emploi et de l’enrichissement impudent d’un capitalisme de plus en plus patrimonial et source d’un productivisme destructeur de la planète… Tout cela, démontré par de nombreux travaux, est largement et de plus en plus partagé par nos concitoyens. Oui la première chose à faire est d’abolir la règle d’or !

Il nous faut donc inventer un nouveau modèle de développement pour le XXIe siècle. Ce modèle nouveau doit garantir à la fois une redistribution des richesses plus égalitaires et un développement économique qui garantisse la survie de l’écosystème humain. C’est dans ce cadre que se situe la fameuse règle verte qui doit devenir une norme contraignante qui surplombe toutes nos activités. La règle verte impose que les activités humaines ne puisent pas dans les ressources naturelles plus que ce que la terre peut reproduire. Vous trouverez sur le site JLM 2017 de nombreuses illustrations de cette règle verte et je me contenterai d’indiquer ici comment elle est au cœur de mon action publique locale.

En charge de la politique de l’eau sur la métropole de Montpellier, je me dois de veiller à que soit fourni ce bien commun fondamental aux 333 000 habitants dépendant de la régie publique de l’eau – c’est-à-dire en quantité suffisante et de bonne qualité tout en préservant les ressources en eau naturelle. Il faut raisonner sur le long terme : la ressource sera amenée à diminuer sous l’effet du changement climatique. Il est indispensable de construire dans la durée une politique rigoureuse qui préserve cette ressource. S’impose dès à présent un ensemble d’actions : éviter les gaspillages d’eau potable notamment dans les usages de loisirs, cesser l’aberration du nettoiement des rues avec de l’eau potable – un objectif que je me fixe pour 2020. On peut pour certains usages généraliser l’emploi de l’eau brute sortant des stations d’épuration. Quand on sait qu’un golf moyen consomme en un an l’équivalent de la consommation de 10 000 habitants, l’utilisation de l’eau brute devrait aussi être obligatoire pour l’arrosage des golfs existants. La règle verte ne pourrait-elle par ailleurs pas conduire à imposer l’arrêt de la construction de tout nouveau golf ? Les économies sur la ressource en eau passent aussi pour la régie que je préside par un gros effort pour un renouvellement du réseau de distribution bien supérieur à celui réalisé par les grandes multinationales de l’eau ; celles-ci sont généralement plus soucieuses d’empocher les bénéfices, laissant à la charge des collectivités locales le soin de faire l’essentiel des investissements. La règle verte nous permettrait d’imposer que les excédents budgétaires tirés de la vente de l’eau soient exclusivement consacrés à l’investissement. Avec la généralisation de régies publiques, nous pourrions nous fixer l’objectif à l’échelle nationale de réduire les fortes inégalités territoriales et d’atteindre en 10 années un rendement moyen de 85 %. Ce qui nous permettrait de faire des économies d’eau considérables, tout en baissant le prix de l’eau comme cela a été fait à Montpellier : le passage en régie publique au 1er janvier 2016 nous a permis tout à la fois de baisser le prix de 10 % et de tripler le montant des investissements. C’est une démonstration pratique qui peut se généraliser partout. On peut aller enfin vers une tarification différenciée de l’eau, par exemple en rendant gratuits les premiers mètres cubes indispensables à la vie et en surtaxant les usages de loisirs.

Tous les domaines de l’action publique locale sont concernés par l’application d’une règle verte. Prenons l’exemple de l’urbanisme. Certes le foncier est une propriété privée et les collectivités locales ne disposent pas des fonds pour l’acquérir au prix que nous impose le marché ; les opérateurs immobiliers privés ne sont quant à eux pas non plus portés à faire des cadeaux. Cela ne nous condamne pas pour autant à l’impuissance. La puissance publique a en effet le pouvoir de fixer des règles contraignantes que la loi peut rendre encore plus rigoureuse. Les communes et les intercommunalités peuvent mettre en place des plans locaux d’urbanisme intégrant une règle verte. Ainsi dans ma commune de plus de 7000 habitants qui subit la croissance démographique de la première couronne d’une métropole du sud, notre équipe a appliqué le principe suivant : aucune zone naturelle et agricole ne sera transformée en zone constructible tant que nous serons en responsabilité – une position claire et nette, indispensable pour arrêter le mitage urbain qui détruit l’équivalent d’un département de zone naturelle et agricole tous les sept ans. Cela implique des modifications profondes dans la façon d’habiter, avec la mise en place de réaménagements urbains dans les zones déjà habitées à même de pouvoir répondre aux besoins urgents en logements, notamment en logements sociaux. Cela implique d’associer les citoyens à une co-élaboration des plans d’urbanisme leur permettant d’imaginer une autre façon de vivre la ville – afin que nos concitoyens cessent de subir toujours plus les coûts de l’extension urbaine à perte de vue : rallongement des temps de transport, nuisances sanitaires et sonores, isolement social… On ne peut dissocier la question agricole de la question alimentaire. Cela passe aussi par une mobilisation citoyenne pour préserver les possibilités de réintroduction de l’agriculture dans les zones urbaines comme cela s’amorce dans l’intercommunalité dont ma commune fait partie. Celle-ci, qui a depuis près de 8 ans mis en place des jardins familiaux et un marché à circuit court qui fait école, est un des éléments moteurs de l’élaboration d’une politique agricole et alimentaire pour notre intercommunalité.

Les citoyens ont leur rôle à jouer pour exiger l’application rigoureuse par les municipalités et les intercommunalités des outils et des règles dont elles disposent pour oeuvrer à limiter le coût du foncier et contraindre les promotteurs immobiliers. Il est possible d’inscrire, dans les cahiers des charges des aménagements urbains dont la conception et la rédaction incombent aux collectivités locales, des contraintes fortes comme celles de la participation des promotteurs au financement d’équipements publics scolaires et culturels, d’une mobilité autre que la voiture individuelle et qui privilégie les personnes en situation de handicap, de la mise en oeuvre d’une économie circulaire dans les bâtiments tant dans l’usage de l’eau que dans la gestion des déchets, du maintien d’un maximum d’espaces naturels avec sa biodiversité, du respect des obligations de construction des logements sociaux et des besoins en accession aidée à la propriété, d’une offre pour l’habitat participatif… Nul doute que, découvrant un tel cahier des charges, les aménageurs n’auront de cesse de venir pleurer dans le bureau du maire et de prétexter de l’impossibilité de le tenir. Aux maires de ne pas se laisser attendrir et de rester fermes. Ce qui aujourd’hui dépend de la volonté des élus peut devenir demain la norme acceptée une fois qu’on aura intégré la règle verte dans la constitution nouvelle et décliné celle-ci en nouvelles dispositions législatives et réglementaires. Restera au pouvoir citoyen de contrôler partout sa stricte application.

Je m’en suis tenu dans cette note à quelques points, de façon eassez générale pour indiquer une orientation de travail. J’appelle tous ceux que cela intéresse à former un atelier législatif pour élaborer ensemble la loi de demain et la soumettre au débat public sur la plate-forme JLM 2017.

René Revol

Macron c’est du bidon !

Macron est venu la semaine dernière tenir un meeting à Montpellier. Connaissant le prix de location de la salle (autour de 30 000 euros) qu’il a utilisée, cela en dit déjà long sur les moyens financiers accumulés par l’ex-banquier pour faire sa promotion. Mais il importe plus encore de s’intéresser au contenu.

D’abord, concernant la participation de près de 2000 personnes, un de mes amis journaliste indépendant présent à ce meeting m’a décrit le public d’une manière que je ne résiste pas à vous reproduire : « le public du meeting de Macron est assez amusant à observer ; on n’y trouve des belles-mères qui rêvent de coucher avec leur gendre, des auto-entrepreneurs illuminés qui ne savent pas encore qu’ils vont être ruinés par plus gros qu’eux, des notables du patronat local spécialisé dans l’immobilier, le sport ou les déchets, des anciens publicitaires du système de Georges Frêche, des ex-hiérarques socialistes en perdition, de vieux chevaux de retour de droite et de gauche en mal de virginité politique, puis bien sûr d’authentiques libéraux qui épousent le discours du jour. »

Quant au contenu de son discours on y trouve d’abord une ode à Montpellier innovatrice, Montpellier l’audace, Montpellier imaginative… bref le discours de Georges Frêche des années 80 sur Montpellier la surdouée qui à l’époque avait eu son petit effet mais qui aujourd’hui ne passe plus ; en est la preuve la déconfiture en 2013 de la campagne « Montpellier UNLIMITED » qui a été le tombeau politique de Jean-Pierre Moure, héritier de Frêche. Il serait bon de rappeler à Monsieur Macron qu’un montpelliérain sur quatre est au-dessous du seuil de pauvreté et que le taux de chômage, bien qu’inférieur à celui de la région, est supérieur à la moyenne nationale. Les montpelliérains ne croient plus dans ce genre de discours.

Aussi, quand on écoute le détail de ses propos, on a de quoi s’interroger. Il propose en effet d’aller plus loin que la loi travail et d’abolir tous les accords interprofessionnels de branche pour ne maintenir que les accords d’entreprise, c’est-à-dire le lieu où le rapport de force est le plus inégal et le plus défavorable aux salariés. Il n’hésite pas à proposer la privatisation partielle des hôpitaux et de la sécurité sociale ! Sur certains points économiques et sociaux il est à la droite du candidat de la primaire de droite ! Et il dit n’en être qu’au diagnostic, que les propositions suivront… !

Mais le plus significatif n’est pas en soi le discours de cet individu ultralibéral qui n’a rien d’original dans le paysage politique. Le fait le plus révélateur est qu’il a été aux commandes durant près de cinq ans de la présidence Hollande, en ayant la main sur toutes les affaires économiques et financières, comme conseiller à la présidence durant deux ans puis comme ministre. Ce qui en dit long sur le contenu politique de la présidence Hollande. Ce qui contribue aussi, quasi mécaniquement dans l’opinion, à dévaluer tous les discours « de gauche » que vont tenir les postulants socialistes à la veille des élections, pour ne pas parler de ceux des socialistes qui le suivent, tel le maire de Lyon et certains députés, qui ont pour leur part la franchise de dire le fond de leur pensée en jetant aux oubliettes de l’histoire toutes les valeurs de gauche.

Rencontré récemment, un expert soutien de Macron m’a passablement énervé en me sortant la ritournelle suivante : « ce que j’aime chez Macron c’est son parler vrai ; il me fait penser à Pierre Mendès France. » Je ne supporte plus cette phrase marketing. D’abord parce que quelles que soient les divergences qu’on a pu avoir avec Pierre Mendès-France sur tel ou tel sujet dans sa longue carrière politique, c’est lui faire injure qu’un individu comme Macron puisse se réclamer de lui.

Monsieur Macron, Pierre Mendès-France, qui s’est fait élire dès 1928 maire de Louviers, s’est consacré à ce mandat local avec abnégation pendant des décennies ; membre du gouvernement du Front Populaire de 1936, il y défendit, dès l’époque et contre l’avis de Blum, les idées de Keynes que vous fustigez aujourd’hui ; Mendès le résistant fut menacé d’être fusillé comme Jean Zay, fit la paix en Indochine, en 1958 fut l’un des rares à résister à De Gaulle, fut à nos côtés en mai 68… Si l’auteur de la République moderne n’est pas sans contradictions et peut légitimement susciter le débat à gauche, je vous en prie Monsieur Macron, ne salissez pas la mémoire de Piere Mendès-France en vous réclamant de lui, sous prétexte d’un soit-disant « parler vrai ».

Au-delà de cette analyse, que beaucoup partagent, Macron n’est-il pas avant tout un indice de plus de la décomposition politique du parti socialiste.

René Revol

La révolution s’installe le week-end prochain à Grabels !

Note de blog 20 septembre 2016

Samedi 24 septembre se tiendra la 17ème édition de la Fête de la République, initiée en 2000 par une association qui entend célébrer la naissance de la République en septembre 1792 et en montrer toute son actualité dans notre société. Pérennisée depuis 17 ans cette initiative répond à un réel besoin politique.

Avant de vous détailler les manifestations qui auront lieu du vendredi 23 au samedi 24 au soir, permettez-moi de soulignez l’importance du thème du débat choisi cette année. Cette édition sera consacrée aux droits de l’homme et du citoyen dans toutes ses dimensions. Un choix délibéré alors même que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est aujourd’hui vivement attaquée sur deux fronts :

– D’une part certains des tenants d’un nouvel ordre libéral sécuritaire et moral défendent de plus en plus l’idée qu’il faut suspendre les droits de l’homme au nom de la sécurité. Cette position, ouvertement défendue par certains candidats à la primaire de droite (et avec laquelle flirte souvent le premier ministre lui-même), doit être combattue avec la plus extrême fermeté. Depuis les philosophes des lumières nous savons qu’il est impossible de séparer liberté et sécurité sans prendre le risque de sombrer dans des régimes despotiques. C’est l’un des points que nous allons approfondir dans les débats de ce week-end.

-D’autre part les droits de l’homme et du citoyen sont attaqués par ceux qui prétendent qu’il ne s’agit à travers ces droits que de défendre des valeurs occidentales, qu’ils seraient une couverture du colonialisme et de l’impérialisme. Cette position parfois défendue par des hommes et femmes de gauche, assimile les droits de l’homme et du citoyen à de simples faits culturels, liés à une société ou historiquement situés. Comme si les droits de l’homme et du citoyen ne participaient pas du mouvement universel par lequel l’humanité cherche depuis l’origine à s’émanciper de l’oppression et à devenir maitre de son destin. Les formes, les mots, les contextes historiques peuvent varier, mais c’est le même processus principiel qui est à l’œuvre. L’une des qualités des droits de l’homme et du citoyen d’aout 1789 est, sans relever pour autant d’un texte parfait, d’être l’une des formes les plus aboutis de ce processus universel. Ce n’est nullement par hasard si, au sortir de la résistance, il a été intégré au préambule de la constitution où il figure toujours.

Devant et face à ces remises en cause il apparait utile de se mobiliser pour souligner l’actualité et l’importance des droits de l’homme et du citoyen dans notre société, aujourd’hui et maintenant. La défense des libertés publiques, la défense des acquis sociaux, la promotion de nouveaux droits sociaux, la formulation de nouveaux droits à l’environnement, autant de sujets qui peuvent justifier la révolution citoyenne que nous appelons de nos vœux. Voilà l’un des enjeux de ce week-end à Grabels, riche de diverses manifestations dont en voici le détail du programme.

VENDREDI 23 septembre à 18h30,

Cour Charles Flottes, derrière l’ancienne mairie, la Compagnie internationale alligator (CIA) organise un apéritif citoyen suivi d’un débat sur les droits de l’homme et du citoyen et les acquis de la Révolution française.

Soirée animée par la CIA avec la participation d’Emmanuelle REUNGOAT, Maitre de Conférence en sciences politiques à l’Université de Montpellier.

SAMEDI 24 septembre COUR DES ANCIENNES ECOLES

12H – Vin d’honneur municipal

13H – Repas républicain

Tarif 13 euros et 10 euros pour les enfants, étudiants et demandeurs d’emploi
Inscription : feterepublique34790@yahoo.fr ou 06 22 37 14 9418H – Venez nombreux au spectacle de rue de la CIA: 1789 secondes – Entrée libre – rendez-vous dans le centre ancien de Grabels.

« Une rue pour un arène, un terrain de jeu. Les évènements de l’époque révolutionnaire sont mis en scène et en résonnance avec les évènements d’aujourd’hui.

15H – Débat avec Serge RAGAZZACCI, responsable syndical : quels droits économiques et sociaux dans une 6ème République ?

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Samedi 24 septembre – Journée de la transition – Espace Communal de la Valsière – organisé par l’association Grabels en transition.

Pour plus d’informations sur le programme de la journée, cliquez ici.

René Revol

 

 

Changer de République en 2017 ? Chiche !

Le 8 septembre 2016

La décomposition politique en France, chaque jour nourrie par un évènement nouveau, conforte de plus en plus chez nos concitoyens l’idée qu’il ne suffit pas de changer d’hommes et qu’il faut changer de système. Un des sentiments les plus partagés est, quoiqu’on dise en haut, que leur parole est refoulée et qu’ils n’en tiendront pas compte. Dans ce contexte, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est susceptible de devenir le moyen pacifique dont notre peuple peut se saisir pour changer de système. Le premier engagement de Jean-Luc Mélenchon n’est-il pas que, dès son investiture, il mettrait en œuvre l’article 11 de la Constitution et convoquerait une Assemblée constituante chargée d’instaurer une 6e République pour redonner le pouvoir au citoyen ?

Le fait que les candidats déclarés ou potentiels se répandent tous en propos généraux sur la nécessité de changer la politique est bien la preuve que nos concitoyens attendent un changement de système auquel ils répondent par des phrases creuses qui les tromperont de moins en moins. Rapidement il peut apparaître que seul Jean-Luc Mélenchon ne se contente pas de déclarations et propose un chemin concret et précis qui peut être engagé dès le mois de mai prochain.

Dans le débat public et le milieu universitaire sur les changements institutionnels nécessaires, certains soulignent l’importance de dépasser le niveau de la simple représentation politique pour redonner au peuple un vrai pouvoir de délibération. L’idée, qui a fortement progressé ces dernières années, est que le peuple entend être pris au sérieux, qu’il puisse se prononcer sur les grandes questions de son destin et en délibérer collectivement. Cette idée se retrouvait déjà dans celle de démocratie participative avancée depuis une bonne décennie. En appeler à la raison de nos concitoyens et leur soumettre les grandes questions collectives est au principe même de la démocratie. Or force est de constater l’hésitation, même parmi ceux partisans de l’instauration d’une délibération et d’une démocratie participative, à confier la décision finale au peuple – comme si on avait peur de son pouvoir. Cela s’exprime entre autre dans la méfiance vis-à-vis du référendum, dont le bon usage peut pourtant être tout autre que celui du référendum-plébiscite dès lors qu’il permet sur des questions majeures d’ouvrir un large débat et de donner le dernier mot au peuple souverain. Il est un des outils du développement de la délibération collective et un des dispositifs qui redonnent le pouvoir au citoyen.

L’aspiration au renouvellement politique et démocratique s’est aussi manifestée ces dernières années par un développement de l’investissement dans la vie locale. Les citoyens s’investissent de plus en plus à une échelle où ils ont le sentiment de conserver encore une certaine prise. Associations, collectifs, comités d’action ou de défense, sur telle ou telle cause, sociale, civique, ou environnementale, se multiplient chaque jour. Cette irruption citoyenne par le bas est précieuse et peut être un levier décisif du changement de régime politique. Certains commentateurs en ont conclu qu’il fallait désormais privilégier la démocratie locale et négliger la dimension globale. Ce serait une redoutable impasse qui finirait par rendre impuissante l’action locale elle-même. A travers les questions locales dont se saisissent nos concitoyens s’incarnent souvent des enjeux politiques, nationaux ou mondiaux. J’ai pu vérifier dans mon action municipale qu’il s’agisse du contrôle public de l’eau, de la lutte contre les inondations ou de l’action sociale, que les plus fortes mobilisations locales permettent en même temps de matérialiser des enjeux globaux, parfois à l’échelle de la planète. Privilégier l’horizontalité démocratique sur la verticalité bureaucratique ne signifie pas limiter les citoyens à leur seule proximité mais en faire des acteurs politiques à part entière.

Nous pouvons avoir l’année prochaine au cours du deuxième semestre 2017 une formidable délibération collective nationale qui instaure un nouveau régime politique. Par quelle méthode ? Convoquer des élections à une assemblée constituante, c’est organiser une campagne de plusieurs mois où dans tous les quartiers et tous les villages les assemblées citoyennes débattent des différentes propositions d’organisation du pouvoir citoyen. C’est ensuite élire des députés à cette assemblée constituante en appliquant une règle claire pour les candidats : ne jamais avoir été élus à une assemblée précédente et ne plus pouvoir se présenter aux prochaines assemblées pour nous offrir les garanties que ne soit pris en compte dans le débat démocratique que l’intérêt général. C’est faire que cette assemblée constituante mène ses débats dans une relation publique avec les citoyens comme les moyens de communication modernes nous permettent de le faire. C’est enfin faire ratifier le résultat final par le peuple. Un beau programme de rupture avec le système sclérosé en place pour « changer de république », réalisable dès 2017 !

J’ai noté que Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste avait un projet de nouvelle constitution. Cette initiative prouve bien la pertinence et l’actualité de l’initiative de Jean-Luc Mélenchon. Mais si on regarde de plus près la proposition d’Arnaud Montebourg qui consiste à proposer d’emblée une nouvelle constitution, cela ressemble beaucoup à la méthode de Charles De Gaulle en 1958, qui, avec Michel Debré a rédigé en secret une Constitution toute prête, le peuple n’étant invité qu’à la ratifier par une espèce de plébiscite. La question n’est donc pas de proposer ex cathedra une nouvelle constitution parmi d’autres, mais de mettre notre peuple et ses représentants en capacité de la construire. C’est la seule manière de créer le ciment social d’une mobilisation citoyenne qui sera la vraie force de ce nouveau régime. Les propositions de changement ne manquent pas ; par exemple dans le fonctionnement de la commune dont j’ai la charge, j’ai mis en place ce processus de référendum d’initiative populaire (qui a été notamment utilisé pour décider la mise en place d’une régie publique de l’eau). Il fait partie des propositions que je défendrais dans ce débat public parmi d’autres (par exemple le processus de révocabilité des élus par le peuple), mais il reviendra à la délibération collective de trancher. Le changement politique attendu par la majorité de notre peuple est réellement à notre portée. Quand je développe ces arguments autour de moi à des citoyens de tous horizons, je ressens à la fois chez eux un très vif intérêt et une forme d’hésitation. En effet, l’obstacle principal à franchir est la peur du changement, nourrie par la pesanteur du conservatisme. Les mois qui viennent vont être importants pour populariser cette idée qui, je vous le rappelle est le premier point du projet de programme de la France Insoumise présenté par Jean -Luc Mélenchon.

Enfin je termine par une anecdote. Interrogé par deux journalistes fin août qui me demandaient si j’étais candidat aux législatives, je leur ai répondu : « être candidat à être député croupion de la 5e République ne m’intéresse pas, la seule chose qui m’intéresserait c’est de participer à une assemblée constituante pour une 6e République »  Je pense que c’est la meilleure manière dans nos circonscriptions de faire campagne pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

René Revol

Soyez nombreux Samedi 10 septembre à regarder l’interview de Jean-Luc Mélechon dans la nouvelle formule de l’émission « On est pas couché ».

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Faire campagne !

Le 5 juin, j’étais place Stalingrad à Paris avec les 10 000 citoyennes et citoyens qui ont répondu à l’appelle de Jean-Luc Mélenchon. Si, malgré un emploi du temps infernal, j’ai tenu à y être, c’est parce que je pense qu’il est temps de faire campagne. Dans ce texte modeste, je ne compte pas faire de grandes analyses de la situation historique dans laquelle nous sommes ; chacun peut se forger son opinion en confrontant les évènements et la lecture des différents blogs de notre campagne. Je veux simplement témoigner de ce que je fais avec mes amis locaux en espérant que cela puisse servir à l’action de tous. Faire campagne c’est avant tout chercher à se lier au grand nombre pour le mettre en mouvement.

Jean-Luc Mélenchon nous a appellé à une « campagne victorieuse ». On aurait tort de voir là une fanfaronnade, ou à la méthode Coué. Cela a une signification beaucoup plus profonde. D’abord la perspective de dépasser le parti socialiste, perspective désormais à portée de main comme l’indiquent certains sondages. L’argument du vote utile mobilisé par Hollande et son camp se retourne contre eux ; le vote Mélenchon devient dès lors le vote du renouveau de la gauche mais aussi le seul qui puisse concurrencer l’extrême droite et la droite. Ensuite le signal que nous sommes devenus totalement indépendants du parti socialiste. Comme cela se vérifie dans d’autres pays comme l’Espagne, devient caduque le vieux raisonnement, encore partagé par certains dirigeants du PCF, selon lequel notre rôle ne consisterait qu’à peser à gauche sur le PS. Enfin, l’objectif de mener une « campagne victorieuse » manifeste, s’il le fallait, qu’il ne s’agit pas d’une candidature d’extrême gauche, de pur témoignage et d’impuissance. Les groupes d’appui à JLM2017 n’ont pas vocation à se replier de manière nombriliste sur eux-mêmes mais à trouver le chemin du grand nombre. Lorsque plusieurs personnes se retrouvent pour cette campagne dans un quartier, une entreprise ou un village, ce n’est pas pour se poser la question dérisoire de savoir qui sera candidat aux législatives pour atteindre 1%, mais pour définir les moyens de se projeter dans le réel de leurs concitoyens et faire de la campagne pour Mélenchon un moyen d’action utile pour tous.

Dans ma commune, j’ai aidé à la constitution d’un groupe d’appui à la campagne de Jean-Luc Mélenchon (un des 1000 constitués, soutenu par plus de 100 000 signatures), groupe dénommé « Grabels la Rebelle », qui agit de concert avec les militants du parti de gauche, du front de gauche et de tous ceux qui veulent s’y joindre. Notre première action a été de participer activement aux mobilisations contre la loi travail… et nous serons encore présents aux prochaines manifestations, surtout si ce gouvernement prend la décision scélérate de les interdire. Pour faire campagne dans notre petite ville nous avons organisé une réunion publique d’information et de débat dans la maison commune du village sur la loi travail, avec la participation d’un ancien inspecteur du travail qui a décortiqué le projet de loi, qui a rassemblé en avril près d’une centaine de personnes, bien au-delà du cercle des convaincus.

Nous avons également organisé dans le quartier populaire de la ville une réunion publique sur la révolution fiscale avec la participation de Liêm Hoang Ngoc, avec plus de 60 personnes. Ces deux réunions nous ont permis de diffuser des papiers à la population et d’ouvrir des discussions fécondes avec les citoyens pour faire connaître la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Cette action, nous cherchons à la poursuivre en rédigeant des petits argumentaires pour une large diffusion sur des points programmatiques de JLM2017 qui peuvent répondre aux interrogations de nos concitoyens.

Je suis convaincu que l’interrogation majeure porte sur la défiance vis-à-vis d’un système politique qui met à distance les citoyens et que la campagne pour une constituante afin de refonder une véritable République démocratique laïque et sociale est le levier principal de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Encore faut-il travailler la formulation, la popularisation et ses différentes modalités d’expression pour rendre accessible cette campagne à tous. Je ne manquerai pas de vous communiquer les résultats de nos réflexions collectives.

Pour aller plus loin, notre campagne doit s’incarner, s’inscrire dans le concret, dans des enjeux locaux significatifs. C’est ce que nous avons fait dans notre mobilisation contre la gare de la Mogère. Cette gare est le symbole local des grands projets inutiles décidés contre l’avis des citoyens et nuisibles à l’environnement. Voilà deux ans que nous menons ce combat en participant à la mobilisation des collectifs concernés, en défendant ce point de vue aux élections municipales de 2014 comme aux élections départementales régionales de 2015. Lors des élections régionales la liste Nouveau Monde que nous soutenions a fait 10% des voix et a obtenu après sa fusion technique avec celle de Delga, que le nouveau Conseil régional fasse un moratoire sur la gare de la Mogère et organise un débat citoyen. Ce fut une première victoire qui nous a servi de point d’appui pour mener une large campagne d’opinion. Les élus municipaux que nous sommes avons défendu notre point de vue devant le Conseil Municipal de Grabels qui a adopté notre position à l’unanimité. Et le 16 juin lors de l’Assemblée locale des « états généraux du ferroviaire » à Montpellier, nous avons pu constater que l’immense majorité des 300 présents soutenait notre position, obligeant le conseil régional à jouer profil bas, voire à acquiescer à la volonté majoritaire de la salle. C’est un acquis et nous devons maintenant tout faire pour qu’au terme de ce débat public la gare de la Mogère soit définitivement enterrée. Certes, je ne me fais aucune illusion et je sais que les multinationales présentes dans le consortium qui tiennent en laisse la SNCF feront tout pour faire passer leur projet. Mais à cette étape notre combat, commun avec des citoyens, des militants associatifs et des syndicalistes, a déjà abouti à faire pencher majoritairement l’opinion publique de notre côté.

J’ai développé cet exemple de la gare de la Mogère car il est symbolique du type d’action locale qui va contribuer à enraciner la candidature de Jean-Luc Mélenchon comme seule perspective politique à toutes les résistances qui se lèvent dans le pays. Autre exemple, celui vérifié lors de mes déplacements pour soutenir les mobilisations pour des régies publiques de l’eau : la défense, très populaire, des biens communs, peut devenir un levier majeur de notre campagne.

Bref, sortons nos drapeaux et nos étendards et tendons la main à nos concitoyens pour construire avec eux une issue politique à l’impasse dans laquelle cherche à les enfermer les défenseurs de l’ordre libéral-sécuritaire qu’ils soient de droite ou de gauche.

Bon courage à tous.

René Revol

En finir avec un régime de corrompus et de sycophantes

La formule est brutale, je vous le concède, mais je suis convaincu que la grande majorité de notre peuple pense la même chose, même si c’est avec des mots différents. Je vais m’expliquer en reprenant ce que j’entends par chaque terme utilisé : régime, corrompu, sycophante, en finir.

Régime

Il ne s’agit pas seulement du régime politique dans lequel nous vivons. Certes, le régime politique de la Ve République, le plus antidémocratique de toute l’Europe occidentale, y est pour beaucoup dans la situation dans laquelle nous nous trouvons. Cette monarchie présidentielle – tout descend d’en haut – contribue à étouffer la voie du peuple ; et quand cela vient de celui qui, élu pour changer ce mode personnel d’action politique, fait exactement le contraire, il ne peut en résulter que rage et colère. La perpétuation du régime politique de la Ve République est un des obstacles politiques majeur qui ne peut se résoudre sans qu’advienne par la bataille démocratique une VIe République. Mais je donne ici au mot « régime » un sens plus large que celui donné par les politistes quand ils parlent de régime politique. Un régime ce n’est pas seulement un système d’institutions politiques, c’est aussi, pour celui aujourd’hui en place, tout un ensemble de comportements attendus des uns et des autres, de références culturelles et idéologiques dominantes, de façons de faire dans l’entre-soi des « élites ». La prégnance d’un régime est forte, car elle détermine les comportements et les pensées de la majorité. Or, ce à quoi nous assistons, en ces temps troublés, c’est à l’émergence d’une nouvelle sensibilité, potentiellement majoritaire, qui aspire à rompre avec ce régime dominant. Notre régime politique stricto sensu est profondément rejeté et, depuis maintenant plus d’une dizaine d’années, la référence à la sixième République sert de drapeau à cette remise en cause. Mais il faut aller plus loin, et caractériser l’ensemble du régime politique et social que le capitalisme contemporain a créé dans notre pays ; celui que nos concitoyens sont en train de remettre en cause.

Corrompu

La corruption a gangréné notre système politique. Mais il faut s’entendre sur ce terme de corruption en ayant à l’esprit deux niveaux d’analyse. Le premier est le plus communément admis : c’est lorsque les élites politiques se font acheter par les puissances de l’argent pour qu’ils prennent des décisions favorables à leurs intérêts. Les multiples scandales qui égrainent la vie politique depuis de nombreuses années l’ont bien mis en lumière : de Tapie à Cahuzac, de Woerth à Bettencourt, de Bygmalion aux proches de Marine Le Pen, les exemples ne manquent pas pour montrer comment les puissances financières peuvent acheter les politiques. L’intérêt de l’affaire des Panama Papers c’est qu’il ne s’agit pas de cas individuels, mais d’un vrai système international impliquant les grands groupes financiers, organisant l’évasion fiscale systématique, appauvrissant les Etats au bénéfice des puissants. Cette affaire a fortement contribué à éclairer le grand nombre sur le caractère corrupteur de notre régime. Ce premier niveau d’analyse de la corruption est parfaitement compris par tous. Mais il faut aller plus loin. J’entends aussi la corruption au sens de Jean-Jacques Rousseau. Au sens de Robespierre, l’Incorruptible. On peut parler de corruption de l’esprit public à partir du moment où les représentants du peuple ne sont plus dominés par la seule défense de l’intérêt général, mais se soumettent au jeu des intérêts privés. Je le vois tous les jours en tant qu’élu local. Les représentants d’intérêts privés sont particulièrement puissants, et n’ont de cesse de peser sur les décisions des élus de manière directe et indirecte. Il faut parfois une certaine force morale et des appuis sociaux pour résister et savoir dire « non ». Cette pression est décuplée à l’échelle du pays, et on voit tous les jours les gouvernants céder au lobbying incessant des puissances de l’argent. Est-il utile de démontrer que la loi travail n’est rien d’autre que le résultat du lobbying patronal, tant en France qu’au sein de la Commission européenne ? N’en va-t-il pas de même pour Notre Dame des Landes ou le nucléaire, ou tant d’autres arrangements industriels ? Les citoyens ne supportent plus cet abandon de l’idéal républicain, qui mettait l’intérêt général au-dessus des intérêts privés. La corruption de l’esprit public est un cancer qui ronge la République.

Sycophantes

Certes, ce terme est peu connu. Ce n’est pas une injure du capitaine Hadock. Les sycophantes étaient dans la Grèce antique des personnages agissant dans leur intérêt et pouvant être payés par des hommes politiques pour diffamer leurs adversaires. La démocratie grecque a particulièrement dégénéré à partir du moment où elle a institué leur rôle. Aujourd’hui, je vois naitre partout des sycophantes modernes, n’hésitant pas à calomnier ceux qui veulent contester le régime dominant. Cela se constate à l’échelle locale comme à l’échelle nationale. A l’échelle locale, j’ai eu personnellement à faire face à des calomniateurs ; j’ai pu observer qu’ils ne manquaient pas de relais non seulement sur certains blogs, mais aussi dans la presse officielle. Si cela peut sembler anecdotique, il n’en est pas moins significatif. Il est important de noter le développement de cette activité se développe à l’échelle nationale : dès qu’un homme ou une femme commence à émerger comme l’expression d’un refus du régime dominant, on voit surgir nombre de plumitifs pour le ou la calomnier, recourir à des insinuations plus ou moins venimeuses. La façon dont certains traitent Jean-Luc Mélenchon en devient presque risible tellement elle est outrancière. Face aux sycophantes, la culture de la recherche de la vérité objective, la pratique du débat argumenté, la passion de la délibération publique, doivent s’imposer. Et c’est l’une des vertus de Nuit Debout, d’affirmer ces valeurs démocratiques.

En finir

Ce n’est pas une formule en l’air. J’ai l’intime conviction que la question dominante que se posent nos concitoyens n’est pas simplement de dénoncer le régime dominant des corrompus et des sycophantes, mais de trouver les moyens de le renverser. Nous avons passé des années à analyser l’idéologie dominante, les politiques néolibérales, et les pratiques du conservatisme qui nous dominent. C’est un acquis précieux, qui constitue notre capital intellectuel commun ; mais l’heure aujourd’hui est à l’action organisée pour mettre à bas ce régime. Nous n’attendons plus seulement de l‘indignation, nous sommes passés à l’époque de l’insoumission. Le mouvement des indignés laisse la place au mouvement des insoumis. C’est la force de la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon, d’ouvrir la porte à une mobilisation citoyenne qui, en multipliant les initiatives locales, préparent le changement global. Chaque citoyen peut y trouver sa place, avec son histoire, son expérience propre, son énergie et ses savoir-faire. Serons-nous capables de construire ce mouvement citoyen émancipateur ? Peut-être. Rien ne sert de spéculer, il faut agir.

René Revol

Mélenchon, Grabels… ou quand les fantasmes se métamorphosent en « information » !

 

Qu’elle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’était parue dans l’édition locale du journal Midi Libre de dimanche 27 mars 2016 cette puce (bref article) :

grabels-Mélenchon.odt

Si tous les lecteurs de ce blog savent que j’ai très vite répondu positivement à l’appel de Jean-Luc Mélenchon qui se propose d’être candidat aux présidentielles, « l’information » publiée par Midi Libre, sans avoir contacté ni Jean-Luc Mélenchon ni moi-même, est bien sûr erronée.

J’ai donc mené ma petite enquête sur l’origine de cette rumeur.

Jean-Luc Mélenchon a créé un site participatif JLM 2017, site où chacun a la possibilité de soutenir cette proposition de candidature, d’apporter un soutien matériel, de constituer un groupe d’appui et d’échange et de faire des contributions.

À ce jour près de 90.000 personnes ont répondu sur le site à cet appel de soutien et de nombreuses contributions écrites y ont été déposées. J’en fait partie, en tant que simple citoyen, avec une contribution sur les biens communs et la participation à la constitution d’un groupe d’appui dénommé « Grabels la rebelle ! ». Ce groupe fera naturellement la demande officielle de pouvoir ponctuellement se réunir dans une salle municipale.

On m’a récemment appris que certains blogs-poubelles et pages Facebook peu scrupuleuses répandent des rumeurs qui vont jusqu’à dire que Jean-Luc Mélenchon installe son siège de campagne à Grabels.

Grabels est une belle ville et je serais très honoré qu’elle devienne la « capitale nationale » du candidat Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles. On n’en est pas là et soyons sérieux : il ne s’agit que de la possible réunion d’un des quelques 800 groupes constitués à ce jour pour soutenir sa proposition de candidature. On est bien loin du siège du comité de soutien à la candidature. D’où mon petit et amical message aux journalistes de Midi Libre : ne répétez pas mécaniquement ce qui s’écrit sur les réseaux sociaux ; pensez à vérifier d’abord.

Cette anecdote ne doit pas nous détourner de l’essentiel :

Après le grand succès des manifestations du 31 mars et la forte dynamique citoyenne de la candidature de la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon, continuons la mobilisation !

31 mars : Une échéance historique

Tout concourt pour reléguer au second plan le rendez-vous du 31 mars. Les odieux attentats de Bruxelles sont ainsi largement utilisés dans les médias pour banaliser la loi El Khomri et masquer l’enjeu de ce rendez-vous.

Je ne reviens pas ici sur l’ampleur de la régression sociale qu’organise ce projet de loi, ni sur les récents reculs de Valls qui ne sont que formels. Je vous invite à lire les critiques fortes et détaillées du projet de loi sur le blog de Jean-Luc Mélenchon ou sur celui de Gérard Filoche, pour ne citer qu’eux. Je voudrais ici insister sur l’esprit général de cette loi : elle organise la disparition du droit collectif du travail et le retour au XIXe siècle, aidée en cela par les moyens techniques du XXIe. Jusqu’à la fameuse loi de 1898 sur les accidents du travail, les relations de travail étaient organisées sur la base du Code Civil, où la relation entre l’employeur et le salarié est une relation de gré à gré entre deux individus libres et égaux. C’est alors le règne du louage de service, du contrat simple qui s’impose dans le contrat de travail. Le combat du mouvement ouvrier tout au long du XIXe siècle a cherché à obtenir de l’État des lois qui encadrent cette relation, et cela a commencé en 1841 par la limitation du travail des enfants. Mais, c’est en 1898 qu’à lieu le tournant le plus significatif. En effet, jusqu’à cette date, l’accident du travail était sous la seule responsabilité du salarié, supposé libre de venir ou de ne pas venir travailler. En 1898, pour la première fois est reconnu le fait que le salarié est dans un rapport de subordination par rapport à son employeur, qu’il est contraint de travailler dans un cadre matériel établi par le patron. La reconnaissance de ce lien de subordination, de cette inégalité intrinsèque entre celui qui ne possède que sa force de travail et celui qui a la propriété de l’outil de travail, justifie de compenser cette inégalité par un droit favorable aux salariés.

Le contrat de travail est encadré par la loi qui s’impose aux conventions collectives interprofessionnelles, elles-mêmes supérieures aux accords de branche auxquels les accords d’entreprise ne peuvent déroger, si ce n’est en apportant des dispositions plus favorables aux salariés que celles des lois et règlements en vigueur. C’est ce qu’on appelle le principe de faveur, principe codifié par une loi de 1951 (loi qui instaure aussi le SMIG et l’obligation de conventions collectives et que les plus réactionnaires du patronat n’auront de cesse de combattre). Cette hiérarchie des normes, protectrice des salariés, conforme aux principes généraux du droit tels qu’ils sont rappelés dans l’article 34 de la Constitution, en partie mis à mal par des lois précédentes, est déconstruite par le projet El Khomri. Celui-ci entend l’inverser, en rendant possibles des accords d’entreprise dérogeant aux accords de branches et aux conventions collectives interprofessionnelles tout en revenant sur nombre de garanties dans le Code du travail. Or l’entreprise est l’échelon où les salariés sont le plus en position de faiblesse. C’est un grand retour en arrière : Lacordaire lui-même ne disait-il pas déjà en 1848 « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté (entendant par là le contrat libre) qui opprime, et la loi qui affranchit. » ? Nous sommes à un moment historique des relations de travail qui structurent notre société. La propagande gouvernementale et « réformiste » consiste à nous présenter le CPA (Compte Personnel d’Activité) comme une avancée majeure. Il s’agit en réalité de la mise en place d’un outil qui vise à l’individualisation définitive de la relation salariale, faisant disparaître le caractère collectif des droits acquis. Ce CPA (pensé par un rapport du DRH d’Orange) intégrant le compte de formation et le compte pénibilité, avec votre numéro de sécurité sociale sur un compte qui serait géré par une banque, la Caisse des dépôts et conciliations et dont le contenu pourrait s’élargir et devenir toujours plus intrusif et liberticide ! On est aux antipodes de ce que propose la CGT, avec la sécurité sociale professionnelle, ou des propositions de chercheurs comme Alain Supiot (contraint de se désolidariser des « réformistes » qui osaient se réclamer de lui).

Quant à la propagande officielle nous présentant les bienfaits de cette loi pour l’emploi et la lutte contre le chômage, elle fait appel au soit disant caractère positif d’expériences similaires dans d’autres pays européens. Des mensonges, la réalité est tout autre. Le gouvernement vante ainsi la réforme du droit du travail espagnole du gouvernement Rajoy, alors qu’en deux ans, le nombre d’emplois détruit a été cinq fois supérieur au nombre d’emplois créés, qu’on a vu avant tout l’explosion d’un million d’emplois en CDD à temps partiel et le départ de centaines de milliers de jeunes. Quand le CAC 40 applaudit aux mesures libérales du gouvernement, les PME restent circonspects. Une anecdote éclairante à ce propos : dans le cadre de mes fonctions de président de la régie des eaux de Montpellier, j’ai participé à une rencontre avec des chefs d’entreprises fabricant des canalisations (des PME) et je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de la loi travail. Ils m’ont tous répondu en cœur qu’ils n’étaient pas demandeurs et que cela ne servait à rien, car l’essentiel pour eux est de regarnir leur carnet de commande malmené par la baisse des investissements publics suite à la baisse des dotations d’Etat. Même le petit patronat a compris qu’on était face à un problème de demande et non pas face à un problème d’offre compétitive. Il est clair que Hollande-Valls-Macron depuis leur CICE (loi dite crédit-impôt-compétitivité-emploi) n’ont fait que clairement montrer leur servilité vis-à-vis du grand patronat.

Vu ce que représente comme bond en arrière cette loi travail et devant une telle échéance historique chacun doit prendre ses responsabilités et s’engager.

D’abord, en organisant autour de soi l’information du grand nombre que les médias pour la plupart s’efforcent de tenir dans l’ignorance. L’exemple des lycéens et des étudiants qui mènent un remarquable travail d’information par les réseaux, renoue avec ce qui a été fait lors du référendum de 2005. L’effet Dracula est notre meilleure arme : mettre en pleine lumière le vampire constitue souvent un choc révélateur. J’ai croisé au marché quelqu’un qui avait été extrêmement choqué de découvrir le matin même que la loi prévoyait de déroger au droit de 2 jours minimums de congés pour un enfant décédé. Les jeunes ont très bien compris le sens général de l’évolution qui nous conduit à une société sur le modèle de Uber : non pas un employeur mais une plateforme qui met en relation un client et un serviteur, plateforme qui prend au passage son bénéfice. Ce n’est plus le salariat, c’est l’esclavage.

Ensuite bien sûr, mobiliser pour la manifestation de jeudi 31 mars (à Montpellier à 10h quartier Antigone) pour qu’elle soit la plus massive possible. Et pour cela cherchons aussi à organiser la grève et si ce n’est pas possible utilisons tous les moyens légaux pour pouvoir être présents. Cela doit être le départ d’une mobilisation de masse qui nous permette de faire échec à cette loi. Nous suivrons avec attention les démarches des syndicats organisateurs du 31 mars (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, UNL, FIDL…) et leurs différents appels à poursuivre l’action.

Enfin, cette mobilisation sociale qui traverse en profondeur le pays (plus de 70% des français interrogés sont contre la loi) contraste avec la cacophonie de l’offre politique où les médias et les dominants voudraient nous réduire au tripartisme qui met en présence un FN qui prospère sur la peur et l’ambiance sécuritaire, une droite où les rivalités personnelles dominent la préparation de leur primaire et un PS qui se résigne peu à peu à Hollande et si ce n’est lui à Valls… La mobilisation sociale doit impérativement s’accompagner d’une offre politique de gauche alternative, et nous disposons aujourd’hui d’un solide point d’appui avec la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon et ses 86000 soutiens et ses 800 groupes d’appui à travers tout le pays, c’est une colonne vertébrale politique qui va nous aider dans la mobilisation de ce printemps, en montrant qu’une autre politique est possible.

A jeudi,

René Revol

Avec JLM 2017, pour une gestion publique, écologique et citoyenne des biens communs.

Mercredi 10 février, Jean-Luc Mélenchon a proposé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2017. Quel bol d’air ! Alors que la gauche de gouvernement s’est définitivement ralliée à l’ordre libéral-sécuritaire auquel s’affilient Juppé-Sarkozy et Le Pen, alors que le remaniement confirme cette orientation en y ajoutant le dégoût que provoque la trahison d’Emmanuelle Cosse, alors que l’initiative des primaires lancée par Cohn-Bendit semble avoir pour seul objectif de légitimer Hollande, il était temps qu’un signal fort soit donné pour construire une alternative populaire et citoyenne.

Dans un premier temps, la plateforme interactive mise en place par Jean-Luc Mélenchon permet à toutes et à tous de participer à une construction collective. Au moment où j’écris ce texte, samedi 13 février, je constate qu’en trois jours, c’est plus de 30 000 citoyennes et citoyens qui se sont inscrits pour soutenir cette initiative : 10 000 par jour alors que nombre de personnes ne sont pas encore informées, et ne regardaient pas TF1 mercredi soir !

J’invite tous ceux qui lisent ce post à se rendre sur la plateforme WWW.JLM2017.fr et à s’y exprimer le plus librement du monde.

Ma première contribution a porté sur les biens communs. Le 1er janvier 2016 j’ai pu lancer la Régie Publique des Eaux de Montpellier après 5 ans de combats inlassables aux côtés des associations et des citoyens mobilisés. Cette réalisation se fait avec des statuts et un fonctionnement qui garantissent son caractère à la fois social, démocratique, citoyen et écologique. Je l’ai déjà longuement développé sur ce blog, j’ajouterai seulement, que dès sa mise en service, cette régie peut faire baisser le prix de l’eau de 10% et multiplier par 4 les investissements, ce qui prouve qu’elle est à la fois plus juste et plus efficace que le délégataire privé qui précédait.

Cette expérience doit être un point d’appui pour tous les citoyens qui veulent défendre la nécessité de chasser les groupes capitalistes de la gestion des biens communs et de les confier à une organisation publique et démocratique qui garantisse le contrôle des citoyens et la préservation de l’écosystème. Cela s’inscrit parfaitement dans le programme en cours d’élaboration de la plateforme JLM2017.fr. Étendre la gestion en régie à tout le territoire pour l’eau potable et l’eau brute, comme pour l’assainissement est plus qu’un objectif politique, c’est un enjeu de civilisation, c’est mettre l’intérêt général humain au-dessus des intérêts particuliers. Pourquoi ce qui a été possible en 18 mois à Montpellier et sa Métropole pour 333 000 habitants ne le serait pas ailleurs ? Cela nous invite aussi à réfléchir à l’extension d’une gestion publique et citoyenne à tous les biens communs : l’énergie, les déchets, la mobilité…

En délaissant les disputes politiciennes et les querelles picrocholines, animés par le seul horizon de l’intérêt général humain, ensemble, au travail.

René Revol

Et maintenant, que faire ?

L’action collective pour l’émancipation humaine, quelle qu’en soit la forme, le lieu ou le moment, a grand besoin de générosité et d’énergie, mais il lui faut aussi savoir s’orienter et penser son action. Mesurer le rapport des forces en lutte, en apprécier l’évolution, identifier dans cette configuration les leviers pour l’action, puis agir en conséquence avec détermination et constance, telles sont les étapes et les tâches qui se sont toujours imposées aux progressistes de toutes les époques. La période que nous vivons aujourd’hui appelle une réflexion et un débat collectif qui les mettent en œuvre. Ce texte a la modeste prétention de contribuer à cette réflexion. Loin des formules lapidaires, bonnes à twitter et qui font l’économie de la pensée, prenons ensemble le temps de l’analyse. Je précise que ce texte ne s’attache à analyser que la situation politique française.

  1. La signification du vote Front National

Les élections régionales des 6 et 13 décembre ont amplifié un processus en cours qui combinent montée du vote FN et désaffection croissante des autres partis, mobilisation électorale des électeurs FN et abstention massive des autres électorats, notamment à gauche. De 6M d’électeurs au premier tour à 6M 800 au second tour, cela représente une progression notable dans une élection comparable, celle des régionales de 2010 ; le chiffre du second tour est lui-même en légère progression par rapport aux 6M 400 du vote Marine Le Pen du premier tour des élections présidentielles (scrutin plus mobilisateur que les régionales). Mobilisation électorale du vote FN impressionnante donc mais toutefois à relativiser : si on rapporte les résultats au nombre d‘inscrits on obtient 13 % des inscrits qui votent FN, soit un chiffre similaire à celui obtenu par JM Le Pen en 2002, le nombre total d’inscrits ayant augmenté avec la population et l’abstention ayant été beaucoup plus importante. Ces deux faits majeurs sont à prendre en compte pour expliquer la mécanique électorale de décembre 2015, déjà partiellement à l’oeuvre lors des élections à caractère plus locales des départementales de mars 2015 :

Premièrement : la mobilisation électorale en faveur du FN est devenue pour de très nombreux électeurs un moyen simple et direct d’exprimer une volonté de balayer les sortants, quels qu’ils soient. Les analyses sur cet électorat sont nombreuses et convergentes. Sa masse la plus importante est constituée de couches moyennes indépendantes ou salariées, déclassées ou taraudées par la peur du déclassement, pour eux ou leurs enfants. Les petits propriétaires de leur outil de travail ou de leur maison individuelle, dont la vie sociale collective est faible, exprime leur peur dans ce vote. La percée dans les milieux ruraux menacés de déclin est nette, le salariat ouvrier est lui-même touché surtout lorsqu’il est dans des petites structures éclatées. La masse des 7 millions sous-employés s’abstient très largement. Et lorsqu’ils votent c’est une majorité de cette minorité qui vote FN. Ne négligeons pas non plus le mécanisme de la xénophobie croissante. Cela n’apporte pas grand-chose de dire que « les électeurs de Marine le Pen ne sont pas tous racistes » car ce que révèlent les enquêtes notamment qualitatives c’est que la grande majorité de ces électeurs manifeste un rejet de tout ce qui se rapporte à l’immigration. Le racisme et la xénophobie ne sont pas des états mais un mécanisme social et moral qui peut saisir des millions d’hommes dans un contexte donné, comme l’entre-deux-guerres nous en a apporté la démonstration, et ce mécanisme est manifestement à l’œuvre sous nos yeux. La peur du déclassement, le rejet de l’autre, l’impuissance des sortants et la volonté de les balayer en « essayant ceux qui n’ont pas encore gouverné » sont les moteurs puissants de cette mobilisation électorale.

Deuxièmement : l’affaissement de la « droite républicaine » et de la « gauche gouvernementale ». La chute électorale de l’un et de l’autre est parfois saisissante, ainsi en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon (MPLR), là où le FN arrive en tête, notamment dans les zones littorales, on assiste à une quasi disparition de la droite parlementaire (LR, UDI…). Sur le même littoral en PACA, c’est la quasi disparition du PS du paysage politique qui est la marque la plus dominante dès le premier tour, son retrait au second actant ce fait par sa disparition de l’Assemblée elle-même. En pourcentage des inscrits à l’échelle nationale on assiste à une régression massive tant de la droite parlementaire que de la gauche gouvernementale. Une partie des électeurs de droite rejoint le FN et une autre partie préfère rester à la maison. A gauche, la désaffection populaire pour le PS s’est manifestée par l’abstention, les transferts vers le FN restant très marginaux. Le Front de Gauche et les Verts ne profitant pas de cette désaffection. Cet affaissement des deux partis gouvernementaux est le fait majeur de cette élection, à mon avis. Il créé un vide, que remplit partiellement le FN. Il ouvre la voie d’autres possibles, mais force est de constater qu’à ce jour ils ne sont pas perceptibles.

  1. Qu’est-ce que le FN ?

La caractérisation précise de ce partie est un enjeu de la lutte. Et je constate que de trop nombreux observateurs s’en abstiennent. S’agit-il d’un parti de la droite extrême ? Une des composantes de ce phénomène européen, comme la ligue du Nord en Italie, le FPO en Autriche, UKIP en Angleterre, le Parti des Vrais Finlandais, le Jobbik en Hongrie, etc.. ? Réduire le FN à cette tendance est un peu rapide, en effet, nombre de ces partis gouvernent ou ont gouverné avec la droite parlementaire (Italie, Autriche, Hongrie, Finlande, Norvège… et la caractéristique du FN est justement de ne pas l’envisager, en se situant sur un terrain plus traditionnel de l’extrême droite, dite « révolutionnaire » (pour reprendre l’expression de Zeev Sternhel) : ni gauche ni droite ! Le FN n’est donc pas un parti conservateur de la droite extrême, il exprime quelque chose d’autre qui se rapporte à mon avis à l’expérience fasciste.

Qu’est-ce que le fascisme ? Le fascisme implique une volonté de détruire l’Etat existant et les organisations démocratiques en s’appuyant sur une mobilisation de masse à caractère nationaliste et xénophobe. S’il s’alliait momentanément avec des forces conservatrices c’est parce qu’il les dominait, pour mieux les étouffer, et pas pour leur servir d’appoint. Il mélange donc plusieurs ingrédients.

  • L’appel à balayer la classe politique existante, toute tendance confondue en refusant à la fois et la gauche et la droite.
  • Un discours exaltant l’indépendance nationale en lui donnant une dimension ethnico-historique à dimension xénophobe et raciste.
  • Un discours social défendant les petits contre les gros, lui permettant de recruter dans les classes populaires.

Si on y regarde de près, le FN regroupe ces caractéristiques sous une certaine forme : le rejet de la classe politique de droite et de gauche (« UMPS ») initié par JM Le Pen dès 1956, avec le mot d’ordre poujadiste sortez les sortants ; la référence à la France éternelle, au refus de l’Europe, à la glorification nationale, instillant la peur d’une invasion migratoire ; une réorientation de son discours vers des revendications sociales pour les nationaux (comme la retraite à 60 ans en 2015)… Peut-on dire pour autant que le FN est un parti fasciste, au sens historique du terme ? Il lui manque un ingrédient majeur, la mise en place d’organisations de masse et le développement d’une violence parallèle à celle de l’Etat. Pour le moment, le FN réalise de véritables mobilisations électorales, qui lui permettent une implantation locale de plus en plus fine, mais ses meetings et ses manifestations restent clairement très modestes. Ses services d’ordre sont musclés, parfois avec les journalistes, mais cela ne ressemble pas à la violence fasciste, par exemple d’Aube Dorée (un authentique parti fasciste). La tentative récente de Robert Ménard maire « identitaire » de Béziers, de mettre en place une garde noire montre une tendance pour aller dans cette direction – tentative à laquelle le préfet dit vouloir s’opposer. Le FN est un parti à mi-chemin entre droite extrême et parti fasciste. Son caractère fascisant doit nous amener à suivre son évolution avec la plus grande attention. Cette caractérisation commande également la manière de lutter contre le FN.

  • La leçon allemande

Un parti de la droite extrême se compromet au gouvernement avec la droite parlementaire et assume avec celle-ci ses mesures antisociales. La lutte contre la droite extrême peut donc s’appuyer sur cette expérience, ce qui permet de la dévaloriser et de reconquérir son électorat populaire, à condition bien sûr que la gauche, pour mener ce combat, rompe totalement avec le libéralisme antisocial.

Il n’en va pas tout à fait de même avec le fascisme. Il revendique pour lui seul le pouvoir et il serait extrêmement dangereux de « les essayer » ; l’histoire nous montre que ce genre de voyage est parfois sans retour. L’expérience de fascisme et de la lutte antifasciste de l’entre-deux-guerres doit être mobilisée avec précision pour nous armer pour les temps qui viennent. L’expérience allemande de la fin des années 20 et du début des années 30, est en l’occurrence très utile. Le parti national-socialiste (et ce titre est un programme !) n’est qu’un groupuscule infime en 1925 ; mais il s’implante méthodiquement avant la crise de 1929 et celle-ci va lui donner l’occasion de prospérer. Son implantation s’appuie sur les ingrédients cités ci-dessus : le rejet d’une classe politique dite corrompue (Socialistes, Agrariens, Libéraux, Centristes) ; l’exaltation du sentiment national en s’appuyant sur le ressentiment suite à la défaite de 1918, la haine du bolchévisme assimilé à l’étranger russe, la désignation du juif comme ennemi public numéro 1, visant à assimiler judaïsme et capitalisme ; la défense de l’emploi et du pouvoir d’achat des allemands contre la « ploutocratie juive » ; la mise en place de services d’ordre armés… Notons bien que dans le même temps le NSDAP va investir systématiquement le champ électoral. Au lendemain de la crise d’Octobre 1929, alors que la misère et le désarroi se répandent dans toute l’Allemagne, la croissance électorale du parti nazi est impressionnante, atteignant plus de 30% des voix. En janvier 1933, le président de la République de Weimar, le vieux maréchal conservateur Hindenburg appelle Hitler comme chancelier et celui-ci dirige un gouvernement légal alliant nazis aux conservateurs. Mais ce sont les nazis qui dominent et ils utilisent le pouvoir pour éliminer successivement communistes, socialistes puis libéraux et centristes avant d’installer un régime totalitaire sans qu’aucune réaction de masse ait pu être organisée. Certes, les circonstances allemandes de 1930 ne sont pas celles d’aujourd’hui, mais elles doivent attirer notre attention sur le fait « qu’essayer » un parti fascisant, c’est prendre un grand risque.

Mais à cette première leçon, l’expérience allemande nous en fournit une autre. Hitler a prospéré grâce à la division profonde de la gauche. En effet, au moment où Hitler devient chancelier, le SPD (parti socialiste) et le KPD (parti communiste) ont la majorité absolue ! mais ils refusent de s’allier pour contrer Hitler. La direction du SPD, malgré de fortes oppositions internes, s’est embourbé dans les années précédentes dans des compromissions avec les partis bourgeois centristes et conservateurs, espérant barrer la route à Hitler en soutenant les politiques libérales et sécuritaires de la droite parlementaire, et celle-ci finit par leur préférer Hitler. Le KPD quant à lui, suit l’orientation dictée par Moscou, dite « politique de la Troisième Période » : pour le KPD l’ennemi principal c’est le SPD qualifié de sociaux-traitres, jugé plus dangereux qu’Hitler. Le dirigeant du KPD Thaelman osa même déclarer en janvier 1933 : « après Hitler, ce sera notre tour »… Malgré la résistance de l’opposition de gauche du SPD ou celle des trotskystes et des différentes fractions des communistes systématiquement exclus, les politiques suicidaires et jumelles du SPD et du KPD impuissantent la gauche et ouvrent la voie à Hitler. Cette deuxième leçon allemande nous parle aujourd’hui de manière très directe. Une gauche qui veut lutter efficacement contre un parti fascisant se doit à la fois de rompre avec les politiques bourgeoises libérales et s’unir pour gouverner. Cette stratégie, qualifiée dans l’histoire du mouvement ouvrier de l’époque de stratégie du Front unique, n’implique pas la fusion des partis, mais exige que l’unité entre les partis de gauche se fasse en conservant chacun toute leur indépendance, mais cette unité ne se fait qu’à condition d’une rupture significative avec les politiques libérales. Si nous voulons trouver aujourd’hui un bel exemple de cette stratégie, jetons un œil sur la façon dont PODEMOS en Espagne s’adresse au PSOE et pose les conditions d’un accord contre la droite.

L’expérience des années 30 nous montre aussi qu’en plus de la rupture avec le libéralisme et l’exigence d’unité, la lutte antifasciste doit prendre la forme d’une mobilisation populaire si elle veut être efficace. La grève générale de juin 1936 en France et la victoire du Front Populaire en est une expression significative. Ces trois éléments constitutifs d’une mobilisation réussie contre le fascisme : rupture avec le libéralisme, unité, mobilisation populaire, peuvent servir de base à notre réflexion contemporaine, aujourd’hui, en France.

  1. Le nouveau désordre mondial : l’ordre libéral-sécuritaire

Le fascisme nouveau se nourrit directement du système mis en place par les dirigeants du monde depuis une vingtaine d’années. Dans le sillage des américains, notamment sous les présidences Bush, une « réponse » à la crise économique, sociale, morale, géopolitique… a été formulée et consiste dans ce qu’il faut appeler un programme libéral-sécuritaire. D’un côté, le libre marché régule tant les marchandises la finance que le travail et assure ainsi la toute-puissance d’un capitalisme transnational, appuyé par des politiques économiques d’austérité qui valorisent en toute circonstances l’offre compétitive contre la demande sociale, politiques menées sous la férule d’organismes non-élus comme le FMI, l’OMC, la BCE etc…. Et de l’autre l’Etat réduit sa dimension d’ « état-providence » au profit d’une excroissance de sa dimension sécuritaire, autant policière que militaire. Cela est visible dans les démocraties libérales américaines et européennes, mais aussi ailleurs, comme le montrent les exemples russes et chinois. Cet ordre nouveau n’est pas précisément un ordre, car il engendre un désordre généralisé, où la guerre est redevenue une des modalités du ciment national. La volonté des Occidentaux d’imposer leur modèle en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Lybie ont finalement eut pour effet d’engendrer un monstre barbare – ennemi de la République et de toutes nos valeurs –, et la guerre contre cet ennemi devient un moyen de discipliner nos sociétés. Le ralliement des élites politiques des différents pays à ce programme est une constante depuis deux décennies. Même s’ils le font de manière très différenciée en fonction de la culture et de l’histoire de chaque pays. En France, Sarkozy a symbolisé à merveille le ralliement de la droite républicaine en rupture par certains aspects avec l’héritage gaulliste. La conversion de Hollande n’en est pas moins impressionnante. La première partie de son mandat a été consacrée à une soumission sans limite au dogme du libéralisme économique et à la doxa européenne de l’austérité, et nous assistons aujourd’hui à l’offensive du gouvernement Hollande-Valls qui utilise les attentats ignobles du 13 novembre pour constitutionnaliser l’état d’urgence. Le ralliement de ces dirigeants « socialistes » à l’ordre libéral sécuritaire menace directement l’existence même du PS. Sa crise est devant nous. Le programme du fascisme nouveau est d’utiliser le mécontentement populaire face à ce nouvel ordre, pour proposer sa solution, un ordre national-sécuritaire.

La responsabilité historique de la gauche aujourd’hui (au lieu decourrir après la droite et l’extrême droite) est de faire face en formulant une réponse cohérente et mobilisatrice pour opposer à l’ordre libéral-sécuritaire un nouvel ordre, solidaire et humaniste. Il n’est pas aujourd’hui perceptible, et c’est le moins que l’on puisse dire, mais est-ce une raison pour renoncer ? La tâche de l’heure est de réunir les forces capables d’ouvrir cette voie.

  1. L’autre gauche, à la croisée des chemins

Sauf exception (dont on reparlera), la gauche non-gouvernementale s’est présentée divisée, illisible aux élections régionales. Dans le contexte des attentats et du « vote utile » contre le FN, ses deux composantes ont été marginalisées (Front de Gauche et EELV). Outre que leur division portait atteinte à leur crédibilité comme moyen de peser, ils ont plus donné le sentiment de vouloir garantir une représentation politique plutôt que de répondre aux urgences de la situation. Les petits calculs, à quelque niveau qu’ils soient (présidentiels, régionaux, municipaux…) ont pris le pas sur l’urgence politique. les élections régionales ont donc aussi marqué une défaite politique de l’autre gauche amplifiant un processus déjà à l’œuvre depuis les élections européennes de 2014.

Notons donc une exception. En MPLR, EELV et le Front de Gauche dans toutes ses composantes ont réussi à présenter une liste unique, celle conduite par Gérard Onesta. J’ai défendu cette orientation depuis un an, et je me félicite qu’on y ait abouti. Cela a été rendu possible, car nous avons pris le temps de nous respecter et de discuter, parce que nous l’avons fait sous un véritable contrôle citoyen qui s’est notamment manifesté dans la co-écriture d’un programme avec des centaines de contributions et de la charte éthique. Cette méthode pourrait servir d’exemple pour l’avenir. En donnant la parole aux citoyens pour qu’ils construisent l’alternative avec les forces politiques impliquées. Il a fallu ensuite faire que toutes les forces politiques soient représentées et ainsi respectées. Le contexte a été difficile : les attentats ont créé un climat rendant particulièrement difficile la campagne ; les sondages annonçant le FN à plus de 30% dans l’ensemble de la région (et à plus de 40% dans les seuls départements du Languedoc-Roussillon) – et ils ne se sont pas trompés – faisaient monter en puissance le « vote utile » instrumentalisé par le PS. Malgré cela, la liste de l’autre gauche a franchi les 10%, seule liste ayant ce résultat sur tout le territoire national. Le FN étant largement en tête au premier tour, il était hors de question de « les essayer »… la liste Onesta qui pouvait se maintenir a eu raison de fusionner en posant des conditions qu’elle a d’ailleurs obtenu : stricte représentation proportionnelle, liberté de vote, nouvelle gouvernance, débat public sur les questions restant en suspend comme les états généraux du ferroviaire. Cela a permis de battre le FN, tout en conservant la totale indépendance du programme et de l‘organisation de l’autre gauche. Ce résultat ne doit pas néanmoins nourrir des illusions, nous ne faisons aucune confiance aux dirigeants socialistes pour respecter leurs engagements, d’autant que Mme Delga et ses amis socialistes et radicaux restent totalement solidaires du gouvernement (et surtout celle-ci refuse de démissionner de son poste de député manifestant ainsi son soutien du cumul des mandats). Les trois élus du Parti de Gauche (Muriel Ressiguier, Jean-Christophe Sellin et Guilhem Serieys) ont eu tout à fait raison tout en signant l’accord de refuser de participer à l’exécutif (contrairement à certains élus PCF et EELV). Je note d’ailleurs que Gérard Onesta a choisi de ne pas participer à l’exécutif et a su imposer un système, où il préside l’Assemblée Régionale et constituera ainsi un contre-pouvoir face à la présidence Delga, au sein même de la majorité élue. MPLR constitue une expérience à étudier avec soin pour tracer un avenir à la gauche.

  1. Gauchisme et basisme : deux « maladies infantiles » à soigner avec bienveillance

Ces deux dernières années ont vu s’exprimer dans nos rangs des réactions politiques qui peuvent nous faire trébucher et qu’il faut caractériser et combattre. Le « gauchisme » au sein du Front de Gauche consiste à refuser toute alliance, y compris de circonstance, avec quiconque, et en particulier à assimiler le PS à la droite, voire à laisser le FN passer. Je reprends l’expression de Lénine, qui caractérisait cette attitude de maladie infantile, qui manifeste à la fois une réaction saine et une solution fausse. Comment ne pas partager l’irritation, voire la colère de plus ou moins récents militants devant les capitulations et l’abaissement de Hollande et de ses ministres ? Ces capitulations sont dans l’Histoire un phénomène récurrent : ralliement à l’Union sacrée en 1914 ; vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940 ; vote des pleins pouvoirs en Algérie en 1956 ; tournant libéral en 1983 ; reniement du vote populaire en 2005 contre la Constitution européenne… les raisons de détestation des dirigeants socialistes ne manquent pas. Mais pour combattre leur influence dans la population, la simple dénonciation et le splendide isolement ne servent à rien. Il faut au contraire déployer une politique qui mette en contradiction les aspirations de ceux qui votent socialiste et la politique suivie par leurs dirigeants. Agir avec constance sur cette contradiction pour dégager une issue positive pour le peuple est une ligne stratégique à ne jamais quitter si on a pour objectif de conquérir à nos idées la majorité du peuple. Cela ne signifie en aucun cas un ralliement au PS mais une politique indépendante de front unique, contre le fascisme et l’ordre libéral-sécuritaire.

Une autre maladie infantile s’est manifestée, que je qualifierais de basiste. Nous avons pour ligne de conduite de rendre la parole aux citoyens, au peuple, dont la volonté est souvent bafouée ou confisquée par les élites politiques. C’est ce que nous exprimons depuis quatre ans en développant le programme d’une révolution citoyenne qui mêle mobilisation sociale et investissement électoral. Cela se construit mais ne se décrète pas. De véritables assemblées citoyennes où le peuple décide de son destin ne peuvent se forger que dans une situation de mobilisation sociale et civique. Or certains de nos amis ont cru pouvoir convoquer des assemblées citoyennes et leur remettre le soin de décider de l’action. Or ces assemblées n’ont pas réuni plus de 50 à 70 participants sur des départements de 500 000 à 1M d’habitants. Ce ne sont donc pas des assemblées citoyennes, mais des réunions militantes, fort utiles par ailleurs qui unissent dans l’action commune citoyens encartés et citoyens non-encartés. Ce processus d’ouverture à l’initiative citoyenne doit se développer sans faire porter à ces assemblées la responsabilité d’Assemblée majoritaire du peuple. D’autant que ce basisme s’est couplé parfois avec un rejet démagogique et bien à la mode des partis politiques. Or quand nos concitoyens rejettent les partis politiques, ils visent ceux qui dirigent le gouvernement et qui ne respectent jamais leur parole. Il serait stupide de jeter aux orties avec eux le travail méthodique et patient de ceux qui construisent les mouvements et organisations qui se fixent pour objectif l’émancipation humaine. C’est pour cela que nous avons défendu dans les élections régionales la formule du rassemblement « politique et citoyen » qui permet tout à la fois de rassembler toutes les forces politiques de gauche non-gouvernementales, et de donner toute sa place à l’initiative des citoyens. Je suis convaincu que les expériences de ces deux dernières années permettent à la génération qui s’est engagée de dépasser ces deux « maladies infantiles ».

  • Que faire ?

J’ai conscience que ces quelques lignes d’analyse sont partielles et insuffisantes, je serais heureux que vous soyez nombreux à prendre vos plumes pour appuyer ou contester, ou modifier tel ou tel élément. Mais notre responsabilité est aujourd’hui d’avancer. Aussi, sur la base de cette analyse de la situation française, je me risque à faire 2 propositions qui se complètent dans une vision stratégique.

Premièrement, construire en 2016, des Etats Généraux Citoyens. La première étape indispensable est de remettre sur le devant de la scène les citoyens. Mais si cela est fait de manière locale et diversifiée sans aucune perspective de regroupement, nous allons de nouveaux assister à la multiplication de comités et d’actions partielles sans lendemain. Je propose que quelques voix fortes de la Gauche non gouvernementale lancent un appel à ces Etats Généraux. Et à partir de là, nous multiplierons dans les villages, dans les quartiers, les entreprises, les administrations, les établissements scolaires et universitaire des rassemblements citoyens qui formuleront les exigences démocratiques, laïques, écologiques et sociales, et qui chercheront ensuite à obtenir l’appui de la majorité des citoyens de leur territoire. Cette effervescence démocratique est à tenter mais elle ne se fera que si les citoyens s’en saisissent. Les partis et organisations de la gauche non gouvernementale, qu’ils viennent de la mouvance Front de Gauche ou de la mouvance Ecologiste, doivent se mettre au service de cette dynamique citoyenne et y apprendre à travailler ensemble. Ainsi se construira un véritable programme commun de la transformation écologique et sociale.

Deuxièmement, la mobilisation citoyenne et sociale doit trouver une offre politique électorale, sinon elle serait vaine. Cette offre politique ne peut s’affirmer que dans la perspective des élections présidentielles et législatives de mai/juin 2017. Comme l’attend l’immense majorité de leurs électeurs, le Front de Gauche et EELV doivent s’unir et ainsi agréger autour d’eux tous ceux qui n’acceptent pas la politique libérale et productiviste de l’ordre libéral-sécuritaire. L’élection présidentielle est comme on le sait un piège qui pousse à l’affrontement des personnalités. C’est pour cela que je milite pour une offre unique 577 + 1, c’est-à-dire un(e) candidat(e) à l’élection présidentielle et 577 candidat(e)s communs aux élections législatives. La seule personnalité qui s’avère capable aujourd’hui dans l’opinion de franchir la barre des 10% est Jean-Luc Mélenchon. Il peut devenir le candidat commun de cet arc politique, à l’élection présidentielle. Ceux qui le récusent n’ont pas de solution alternative si ce n’est l’émiettement qui ne sert que le PS. Et le fait de présenter ensemble ce candidat avec les 577 aux législatives permet le rassemblement de tout l’arc politique et de respecter toutes les formations. Cette tâche est difficile, mais il n’y a pas d’autre voie. Il faut donc s’y atteler au plus tôt, et avec patience apprendre à travailler ensemble. Il est impératif que l’intérêt collectif prenne le pas sur les calculs individuels. Par ailleurs cette offre politique unitaire de l’autre gauche est de nature à aiguiser la contradiction entre les électeurs socialistes et le ralliement libéral-sécuritaire du gouvernement socialiste sortant. Ainsi, nous mettrons en œuvre une véritable stratégie de front unique, capable de vaincre le fascisme nouveau et l’ordre libéral-sécuritaire.

Pour conclure, ces deux propositions peuvent être engagées par l’initiative militante et ainsi aider à ce qu’un vaste mouvement social se mette en place. Car, pour vaincre le fascisme, seule une société mobilisée peut y parvenir. Ce mouvement social ne se décrète pas. Notre responsabilité est de le préparer pour que son action soit la plus efficace possible lorsqu’il se produira, lorsque les citoyens l’auront mis en œuvre. Les Etats Généraux Citoyens et une offre politique unique de l’autre gauche peuvent créer les conditions d’une mobilisation populaire visible et conquérante qui mettra en échec la marée brune.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, et dans l’attente de vous lire.

René Revol, Grabels, 29 décembre 2015.