Lettre ouverte aux maires et conseillers municipaux

Chers collègues,

Je fais partie des 850 parrainages qui ont permis à Jean-Jean Luc Mélenchon d’être candidat à l’Election Présidentielle. Je l’ai fait non seulement par souci démocratique pour permettre son expression politique mais aussi et surtout parce que je partage les solutions qu’il avance pour notre pays. Et tout particulièrement en tant que maire soucieux de l’avenir de nos collectivités.

Je m’adresse franchement à chacun d’entre vous, conscient qu’à une semaine du premier tour, je me dois et je vous invite à le faire, de prendre mes responsabilités devant mes concitoyens.

Quatre candidats sont aujourd’hui susceptibles d’être qualifiés pour le second tour. Tout citoyen attaché à la république et à la paix civile se doit de rejeter la candidature de Madame Le Pen dont le programme se fonde sur la division et la haine des Français entre eux. Quant à Messieurs Fillon et Macron, leurs propositions nous promettent un avenir très sombre  pour nos collectivités. Non seulement ils ne remettent pas en cause la réforme territoriale du quinquennat et les profondes atteintes à la libre administration des communes, mais leurs plans de réduction massive pour les cinq ans à venir du nombre de fonctionnaires (150 000 pour Macron, 500 000 pour Fillon) concernent au premier chef selon leurs propres dires les collectivités locales. Cela conduirait à un affaissement des services publics municipaux, à des mesures drastiques, voire à des fermetures ou des privatisations – par exemple pour les crèches municipales ou les services périscolaires. Quel sort serait alors réservé aux polices municipales ou aux centres communaux d’action sociale (dont un rapport officiel soulignait le soi-disant double emploi avec d’autres services sociaux) ? Les moyens de contrainte, clairement annoncés, relèvent de mesures d’asphyxie de nos finances communales. Serait ainsi accentuée la sévère diminution de la dotation globale de fonctionnement mise en oeuvre sous le mandat de Monsieur Sarkozy avec l’aide de Monsieur Fillon puis sous le mandat de Monsieur Hollande avec l’aide de Monsieur Macron. Ce serait pour l’ancien premier ministre une réduction de 7 ½ milliards sur cinq ans, et pour l’ancien ministre de l’économie de 10 milliards.

Confrontées aux difficultés présentes de boucler le budget de l’année 2017, nos municipalités seraient avec de telles réductions proprement asphyxiées. Pour sa part Monsieur Macron ajoute à cela sa proposition de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers fiscaux en nous annonçant une compensation financière par l’État. Si par expérience nous savons que ces promesses de compensations de l’État se réduisent comme peau de chagrin, nous savons aussi que l’objectif poursuivi dans cette affaire est de nous dessaisir du levier fiscal. Pour un gouvernement courageux ces deux impôts injustes que sont la taxe d’habitation et la taxe foncière appelleraient une profonde réforme pour les indexer sur le revenu et la richesse, mais ne devraient en aucun cas être instrumentalisées contre les collectivités locales.

En tant que Maire, notre responsabilité est aujourd’hui engagée pour barrer la route à la mise en oeuvre de politiques qui mettraient à mal l’intérêt de nos communes.

Vous pouvez, sans avoir à partager tout le programme porté par Jean-Luc Mélenchon dans l’Avenir en Commun, prendre acte des propositions utiles qu’il avance pour nos collectivités.

Dans le cadre de la refondation républicaine, à travers l’élaboration d’une nouvelle constitution, il propose de rétablir pleinement la libre administration des communes qui, depuis la révolution française, est l’un des principes fondateurs de la République. Seraient dans ce cadre remis en cause les funestes réformes territoriales de ces dernières années de concentration dans les métropoles et les grandes régions des moyens et des pouvoirs, de l’éloignement des citoyens des centres de décision. La remise à plat de la réforme territoriale est une urgence et un chantier qui nous incombe au premier chef.

Jean-Luc Mélenchon propose par ailleurs de rétablir les dotations de l’État aux communes au niveau où elles se trouvaient avant les deux derniers quinquennats. Son programme inclut aussi un plan d’investissement massif de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour la transition écologique et l’investissement public ; nos communes sont en attente de tels investissements publics. Il propose, outre la suppression de la très mauvaise réforme des rythmes scolaires, que l’État finance les communes pour leur permettre de garantir la gratuité des cantines scolaires. Pour ma propre commune de 7500 habitants, accueillant plus de 700 enfants dans ses écoles maternelles et élémentaires, j’ai fait un calcul de ce que coûterait une telle mesure : cette dépense serait inférieure à la baisse de la dotation qu’on nous a imposé depuis cinq ans, le rétablissement de l’ancien niveau de la DGF le permettrait.

Chers collègues, une élection présidentielle n’est pas un concours de beauté pour choisir le gendre idéal. C’est un choix collectif qui engage l’avenir. En soutenant Jean-Luc Mélenchon faisons ensemble le choix de l’optimisme.

René Revol

« Les pommes Mélenchon »

La gratuité des cantines scolaires, c’est possible.

À Montpellier les membres de la France insoumise ont eu la bonne idée d’aller distribuer des pommes bio et des crayons sans marque à la sortie des écoles pour populariser la proposition du programme de Jean-Luc Mélenchon visant à la gratuité complète de l’école laïque et notamment la gratuité de la restauration scolaire. Cette initiative a rencontré un vif succès, au point que les enfants n’ont pas tardé à parler des « pommes Mélenchon » !

Certains détracteurs n’ont pas manqué de fustiger la ruine financière qu’entraînerait la gratuité de la restauration scolaire. Je voudrais leur répondre en prenant l’exemple très concret de la restauration scolaire dans mon village dont je suis le Maire. Chaque jour ouvrable, c’est-à-dire quatre jours pendant 36 semaines, nous fournissons autour de 500 repas quotidiens. Les produits sont issus de l’agriculture raisonnée ou biologique et tous les matériaux sont certifiés « développement durable », donc recyclable. Les repas proprement dits ont un coût annuel de 260 000 € et l’ensemble des autres coûts liés au service des repas (personnel des cuisines et d’encadrement des enfants, nettoyage etc.) représente un coût annuel de 240 000 €. En conséquence la restauration scolaire nous revient à 500 000 € sur une année. Comment cela est-il financé actuellement ? D’une part il y a la contribution financière des familles avec une tarification différenciée selon les revenus avec sept tranches, la tranche supérieure contribuant quatre fois plus que la tranche inférieure ; cette contribution ne couvre pas, loin s’en faut, le coût des repas puisqu’elle rapporte annuellement autour de 200 000 €. D’autre part les 300 000 € manquants sont donc couverts par la solidarité communale c’est-à-dire par les impôts de tous. Vous l’avez compris : pour rendre gratuit les repas scolaires de ma Commune il en coûterait donc 200 000 €. Je vais donc maintenant rapporter ce chiffre à la baisse des dotations de l’État imposée à ma commune : en cinq ans la dotation globale de fonctionnement que nous verse l’État est passé de 800 000 € à 400 000 € ! Cette dotation ne représente plus que 5 % du budget global de la commune de 7500 habitants, la mettant ainsi sous tension financière. Il suffirait donc que le nouveau Président de la République et son gouvernement nous rétablissent le niveau des dotations d’il y a cinq ans pour que nous puissions, avec seulement la moitié de cette augmentation, assurer la gratuité des repas. Ce serait donc tout à fait à la portée des communes de réaliser cet engagement si celles-ci retrouvaient le niveau des dotations d’il y a cinq ans, qui n’était pourtant pas extraordinaire. La gratuité de la restauration scolaire est donc possible.

Cette gratuité est nécessaire pour plusieurs raisons :

  • d’abord, il est de la responsabilité de la collectivité de fournir un repas équilibré et de qualité à tous les enfants ce qui contribue à la bonne santé générale de la population.
  • Ensuite, cela permettrait de rendre du pouvoir d’achat aux familles notamment les plus modestes.
  • Enfin, tous les enfants seraient ainsi traités sur un pied d’égalité quelles que soient leurs origines sociales.

Je ne compte pas le développer ici mais il faut également engager une réflexion sur le contenu et le prix de toutes les activités périscolaires. Car en effet selon que vous êtes dans une commune riche ou pauvre, selon les choix de l’équipe municipale, les enfants disposent d’activités périscolaires très inégales  en qualité et en coût. Or certains enfants de ma commune passent, au cours d’une année, plus de temps dans les activités périscolaires qu’en classe. Le périscolaire joue donc un rôle important dans l’éducation de nos enfants ; il les met dans de meilleures dispositions pour entrer dans les apprentissages scolaires. Or, dans ce domaine, surtout après la réforme catastrophique des rythmes scolaires réalisée par Peillon et Hamon, il règne une inégalité criante sur le territoire national. Une politique éducative nouvelle doit donc encadrer nationalement les contenus des activités périscolaires et mettre en place un plan de financement permettant d’aller vers la gratuité.

René Revol

Coup d’œil historique : le centenaire des thèses d’avril

Un coup d’œil dans l’histoire peut nous aider dans le moment intense que nous vivons en ce mois d’avril. C’est le centenaire de la Révolution russe de 1917 et naturellement l’oligarchie intellectuelle et médiatique est silencieuse sur ce sujet. Je n’aborderai pas ici ni les différents aspects et moments de cette révolution, ni la nature et l’évolution du régime qui va s’ensuivre. Je m’attarde sur un moment particulier de cette expérience historique extraordinaire.

Le 7 avril 1917, exactement un mois après la révolution qui a balayé le tsar et installé un régime parlementaire chaotique, Vladimir Oulianov Lénine soumet à ses amis du parti social-démocrate bolchevik un document d’orientation qu’on a coutume d’appeler les thèses d’avril. Après la révolution et la destitution du tsar Nicolas II, Ie gouvernement provisoire se met en place sous la direction de Kerensky qui rassemble la fois des membres de la bourgeoisie libérale, des socialistes modérés (dont fait partie Kerensky) et des membres du parti social-démocrate menchevik. Les dirigeants du parti bolchevik présents en Russie (Lénine est en exil en Suisse) adoptent une ligne de soutien critique au gouvernement provisoire. Lénine, opposé à cette orientation, va développer dès son retour en Russie le 3 avril sa position dans ses fameuses thèses d’avril. Il y défend l’idée que le gouvernement provisoire et sa coalition font des promesses au peuple qu’ils ne pourront pas tenir car il refuse de rompre avec les grands propriétaires fonciers et les industriels capitalistes et d’arrêter la guerre avec l’Allemagne. Il préconise en conséquence que le parti bolchevik ne soutienne pas le gouvernement, car il serait une illusion de croire qu’on peut l’influencer. Il appelle au contraire à dénoncer sans relâche ses atermoiements et son hésitation et ses refus d’avancer vers un programme socialiste. Les thèses d’avril préconisent d’affirmer cette indépendance politique pour s’adresser au grand nombre, notamment dans les conseils ouvriers, de paysans et de soldats qui fleurissent partout dans le pays, créant une situation de double pouvoir : gouvernement d’une part, conseils populaires dénommés en russe «soviets» d’autre part. Les ouvriers réclament la journée de huit heures et des salaires décents, les paysans qui ont faim de terre réclament le partage des grandes propriétés, enfin les soldats réclament avec le peuple la fin de la guerre et la paix par une décision unilatérale de la Russie. Le pain, la terre, la paix, ce sont les trois exigences qui dominent cette révolution. Face à ses trois exigences Kerensky répond qu’il faut attendre la fin de la guerre et une éventuelle victoire militaire, que le peuple doit continuer à faire des sacrifices. Lénine a parfaitement conscience que si à cette étape les bolcheviks sont minoritaires dans les soviets, la dynamique de la situation va leur devenir inévitablement favorable au fur et à mesure que le peuple russe prendra conscience que le gouvernement provisoire reporte la satisfaction de leurs exigences toujours à plus tard.

Dans les thèses d’avril il appelle les militants bolcheviks à un travail méthodique de conviction au sein des conseils ouvriers, de paysans et de soldats pour y devenir majoritaire. Mais pour obtenir la confiance du peuple il faut d’entrée de jeu marquer son indépendance absolue avec le gouvernement et les partis qui le composent. Léon Trotsky, partageant cette analyse, le rejoint avec ses amis dans le parti bolchevik qui adopte à la majorité ces thèses d’avril.

Certes, comparaison n’est pas raison, et il serait stupide d’appliquer mécaniquement cette expérience à la situation de nos jours. À l’époque la première mondialisation avait débouché sur une guerre mondiale d’une cruauté inouïe pour les peuples et la révolution russe ouvrait une période de soubresauts révolutionnaires où le socialisme cherchait à construire une issue à cette barbarie. De nos jours la mondialisation actuelle débouche sur des catastrophes sociales, environnementales et géopolitiques toutes aussi dangereuses, mais cela se fait sous des formes et avec des contenus tout à fait nouveaux.

Pour répondre à ces défis et mettre fin à cette course à l’abîme, il nous incombe de mettre à l’ordre du jour de la révolution citoyenne la question d’un nouvel ordre du monde à la fois démocratique, sociale, écologique et pacifique. Dans une situation, certes très différente de la Russie de 1917, cette réflexion sur les thèses d’avril peut aujourd’hui être source d’inspiration. La révolution citoyenne ne pourra ainsi trouver son chemin que si nous manifestons une totale indépendance politique envers ceux qui accompagnent la mondialisation libérale de leurs belles promesses sans lendemain. Une conviction stratégique qui nous a guidés en février 2016 pour refuser les combinaisons sans principes et les tractations sans fin du processus des primaires. Nous avons pu dès lors manifester publiquement cette position d’indépendance avec la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon et la mise en place du mouvement citoyen de la France insoumise. En ce début avril on constate que nous avions raison. Après ce coup d’œil historique nous retournons à nos tâches pour préparer au mieux l’échéance électorale qui vient.

René Revol

De la crise politique à la crise de régime : Une issue est possible !

Note du 6 mars 2017

Pris dans le tourbillon de l’écume, les hommes perçoivent mal les lames de fond qui structure la dynamique de la situation. Actuellement assourdis par le vacarme du feuilleton Fillon les commentateurs se noient dans le détail des événements et ne réfléchissent guère à la nature de la crise que nous traversons. En effet à plus d’un titre cette élection présidentielle révèle une crise politique majeure. Nous avions déjà noté que les deux derniers Présidents de la République représentants des deux partis gouvernementaux de droite et de gauche se trouvent empêchés de se présenter, celui de droite éliminé dès le premier tour de sa primaire, celui de gauche dans l’incapacité de pouvoir se présenter à sa propre primaire, fait exceptionnel pour un Président en exercice. À cela on peut ajouter l’élimination dans chaque camp de deux anciens premiers ministres, sans oublier l’élimination chez les écologistes de Cécile Duflot et le renoncement de son remplaçant à la compétition en échange de circonscription.

Une crise politique majeure

Le scandale d’emplois fictifs au profit de sa famille, qui a frappé François Fillon le 22 janvier et qui a eu un écho très profond dans la population, nourrit directement la crise politique. N’oublions pas qu’il y a eu avant le 22 janvier une profonde réaction dans l’opinion face à la découverte du programme de François Fillon, notamment sur la santé et la sécurité sociale. Le scandale est venu parachever la crise de confiance dans son propre camp. Crise accrue par le non-respect de la parole donnée par sa décision de se maintenir malgré une possible mise en examen, en contradiction avec sa propre parole. En mettant en cause la justice il porte atteinte au principe fondateur de la séparation des pouvoirs, marqueur selon Montesquieu de ce qui sépare le régime républicain d’un régime despotique. En mettant en cause la liberté de la presse et de son expression il porte atteinte à un des piliers de la démocratie moderne qui exige l’existence de forts contre-pouvoirs, contredisant même dans ce domaine des penseurs du libéralisme politique à l’origine de leur propre famille comme Benjamin Constant ou Alexis de Tocqueville. Ces différents constats ont été faits par de nombreux commentateurs mais ici je voudrais aller plus loin.

Nous sommes face à une crise politique majeure, grosse d’une évolution qui peut la transformer en une crise du régime politique. On peut parler de crise politique quand les forces politiques constituées qui gouvernent habituellement dans le cadre d’un régime stabilisé se trouvent mises dans l’incapacité de gouverner. Nous sommes dans cette situation. D’une part François Hollande, son gouvernement et son parti sont selon toute vraisemblance d’ores et déjà mis hors-jeu, tant est grand le ressentiment populaire. D’autre part la crise de confiance vis-à-vis du candidat choisi par la droite est si profonde qu’il ne peut plus raisonnablement espérer gagner ; son remplacement est d’ailleurs aussi problématique que son maintien. On est dans une situation extraordinaire où les deux parties ou coalition qui gouvernent alternativement depuis 40 ans se trouvent dans une incapacité à obtenir la majorité pour gouverner, ouvrant par là un vaste champ d’incertitude politique. Il est significatif que les deux candidats des partis de gouvernement peinent à rassembler au total le tiers des électeurs selon les enquêtes d’opinion. Nous sommes donc bien face à une crise politique majeure.

Vers une crise institutionnelle

Ce qui est en cause ce n’est pas seulement la capacité et la légitimité à gouverner. Ce sont les institutions elles-mêmes qui sont en mises à mal sous l’effet même du développement de la crise politique. Les institutions de la Ve République ont institué une espèce de monarchie présidentielle élective, juste tempérée par la nécessité d’avoir une majorité parlementaire correspondante. L’inversion du calendrier – le scrutin présidentiel avant celui des législatives – mise en place juste avant 2002 par un accord entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, entre les deux forces gouvernementales dominantes, a accru le caractère présidentialiste du régime. L’élection présidentielle devenait l’élection phare, suivie des législatives censées lui apporter une ratification plus ou moins large par la mise en place d’une même majorité parlementaire. Les deux forces gouvernementales dominantes, PS et LR, qui se sont moulées dans ce système depuis quelques deux décennies, s’apprêtaient en 2017 à en perpétuer la survie. Or les choses ne se passent pas comme prévues. Cela pour une raison fondamentale : les immenses déceptions produites dans chaque camp par les présidences successives de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ont provoqué un phénomène massif de rejet et une radicalisation politique des deux côtés. Au point qu’aujourd’hui, si on n’en croit les enquêtes d’opinion, les deux personnes qui risqueraient de se retrouver qualifiées ont toutes les chances de ne pas disposer de majorité parlementaire et de dépendre de combinaisons variables. Cette situation ne fera qu’aggraver la profondeur de la crise politique et la paralysie de l’action gouvernementale. Depuis une quinzaine d’années nous avons vu se combiner et se renforcer crise économique, crise sociale, crise urbaine et rurale, crise nationale aussi dans la relation à l’institution européenne et, aujourd’hui, la crise politique des forces gouvernementales dominantes qui cristallise ces différentes crises et ébranle le fonctionnement des institutions. Chacun de nos concitoyens, à sa manière et avec ses mots, a bien conscience de cette évolution. D’où l’écho de l’idée du passage à une sixième République.

Sortir de la crise : vers une constituante

Or si on regarde les principaux candidats l’analyse de leurs réponses à la crise institutionnelle est fort instructive : Marine Le Pen s’accommode parfaitement des institutions et renforcerait le caractère monarchique de la présidence. François Fillon envisage également le renforcement du présidentialisme dans la tradition la plus autoritaire du gaullisme. Emmanuel Macron joue aussi la partition très gaullienne, sur le mode parfois ridicule de la rencontre d’un homme et d’un peuple, et ne propose que de vagues mesurettes ou une banale moralisation de la vie publique. Ces trois candidats ne régleraient donc en aucune manière la crise institutionnelle, surtout que leur élection serait une élection par défaut s’appuyant sur l’abstention d’une partie des électeurs qui seraient dès lors non représentés et sur le rejet d’une autre partie de l’électorat.

La source unique de cette crise institutionnelle tient dans le rejet profond au sein de la population d’un système politique qui ne la représente plus. La solution consiste à prendre en compte ce rejet populaire pour lui fournir un cadre qui lui permette de refonder la République sur des bases véritablement démocratiques.

L’élection présidentielle de 2017 qui nous fournit l’occasion d’une transition pacifique vers cet autre régime politique est donc un moyen immédiat de dénouer la crise de régime qui monte dans notre pays. C’est ce qui fait la force de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. En effet celui-ci n’est pas seulement le candidat d’un programme politique, économique, sociale, internationale (et c’est déjà un acquis considérable qu’il y ait un programme élaboré de manière collaborative ce qui fait la différence avec tous les autres candidats) mais il est le seul candidat qui dès le lendemain de son élection mettra concrètement en mouvement le processus constituant vers une nouvelle République. On peut objecter que lui aussi aurait des difficultés à obtenir une majorité parlementaire comme les autres candidats mais avec lui dès le lendemain de son élection il active l’article 11 de la Constitution et déclenche ainsi de manière organisée et régulière le processus par lequel notre peuple pourra enfin instituer un régime démocratique. La possibilité pacifique et démocratique d’engager cette transition est à la portée de nos mains. Alors qu’en votant pour telle ou telle option centriste sous prétexte de faire barrage au Front National on n’aboutirait au bout du compte qu’à renforcer la paralysie et la dégénérescence des institutions et à s’éloigner toujours plus du peuple et de ses aspirations. Voilà pourquoi je juge essentiel de mener dans cette campagne une action résolue pour une transition vers une sixième république. Voilà pourquoi je serai présent à la marche pour la sixième république le 18 mars à Paris, répondant à l’appel de Jean-Luc Mélenchon.

René Revolbanniere

Nationaliser l’eau !

C’est un enjeu des prochaines élections présidentielles : le service de l’eau potable peut-il rester un service marchand livré aux multinationales de l’eau, en position dominante dans notre pays ?

Depuis une quinzaine d’années un puissant mouvement citoyen a obtenu le retour à des régies publiques de l’eau dans notre pays. Parti de Grenoble puis Paris, ce mouvement a conduit des municipalités à reprendre le contrôle du service public de l’eau. C’est le cas de Montpellier et de sa Métropole suite aux élections municipales de 2014. J’ai eu l’honneur de conduire ce retour en régie publique de l’eau. Voici en cliquant ici les interventions qui en résument l’essentiel de l’historique. Dans mon intervention au dernier conseil Métropolitain j’ai présenté la délibération de la mise en place d’un Observatoire de l’eau qui parachève le mode démocratique de gouvernance citoyenne de la politique de l’eau.

Mais il faut aller plus loin. Aujourd’hui les régies publiques municipales couvrent 10 millions d’habitants, laissant ainsi 56 millions livrés à l’appétit mercantile des multinationales de l’eau. Partout où les citoyens sont consultés par référendum ou par d’autres moyens, c’est à une écrasante majorité qu’ils se prononcent pour le retour en régie publique. Là où les élus entendent perpétuer les concessions au privé, ils se gardent de consulter leur population. Il n’est pas acceptable que la fourniture de ce bien commun primordial, base de toute vie humaine, soit géré de manière aussi peu démocratique et inégale selon les territoires. D’autant que le changement climatique, les dégats causés par les pollutions de certaines activités humaines, la pression démographique, mettent en danger la ressource en eau pour le siècle qui vient. D’ores et déjà en France se côtoient des territoires qui disposent de réserves suffisantes et d’autres qui souffrent de déficits hydriques importants. Limitrophe du département de l’Hérault, celui de l’Aude est ainsi soumis à un déficit chronique de ressources en eau.

C’est par un service national de l’eau que la mutualisation et la coopération entre les territoires, devenues une nécessité absolue, peuvent être réalisées. Un tel service public national permettrait d’appliquer à l’eau potable la règle verte, celle qui consiste à ne pas prélever dans la nature plus qu’elle ne peut reproduire. Le grand cycle de l’eau doit être suivi avec attention pour que les nappes phréatiques naturelles se renouvellent et que les étiages des rivières se maintiennent, l’équilibre de l’écosystème qui nous fait vivre en dépend. 

La ressource en eau doit être économisée. Cela nécessite un investissement massif dans le renouvellement des réseaux pour diminuer au maximum le gaspillage des fuites d’eau, une meilleure utilisation de la ressource en évitant le recours à l’eau naturelle pour des structures comme les golfs, en retraitant pour ce type d’usage celle sortant des stations d’épuration. Cela nécessite de vrais plans d’économie et des investissements pour que la ressource soit préservée et affectée aux besoins humains. C’est nécessaire et possible ; avec la régie des eaux de Montpellier nous avons pu baisser le prix de l’eau de 10 % tout en multipliant par 3 les investissements pour l’entretien des réseaux et la préservation de la ressource. Preuve est faite que la gestion publique est plus économe et plus efficace que la gestion privée !

Est venu le temps de nationaliser l’eau. Il y a quelques mois, pour la première fois un pays de l’union européenne et de la zone euro, la Slovénie, a décidé souverainement – par un vote unanime de son Parlement – de démarchandiser l’eau. Ce pays a décidé d’intégrer à sa Constitution non seulement le droit à l’eau potable et à l’assainissement mais il a également décidé d’interdire la privatisation de l’eau. Le texte stipule que l’eau est devenue un bien public national inaliénable :

« Les ressources en eau sont un bien public géré par l’Etat. Elles sont destinées en premier lieu à assurer l’approvisionnement durable en eau potable de la population, et ne sont à ce titre pas une marchandise« .

Il revient à la France lors des prochaines élections présidentielles de répondre à l’appel de la Slovénie en décidant la même chose. La nationalisation de l’eau potable est au cœur des propositions de Jean-Luc Mélenchon développées dans « l’avenir en commun », programme de la France insoumise. Ne ménageons pas nos efforts pour défendre cette proposition sur tout le territoire de notre République.

René Revol

Coup de force contre les transports en commun

Il est surprenant que peu de personne l’ait remarqué. En épluchant de près le programme du candidat de la droite, François Fillon, j’ai trouvé l’extrait suivant du point 4 :

« Supprimer les multiples taxes qui pèsent sur la masse salariale (cotisations FNAL, versement transport, taxes CNSA, taxe sur les véhicules de tourisme, contribution apprentissage). ».

Le diable se niche dans les détails. Ainsi dans cette parenthèse, au milieu d’une page, François Fillon propose la suppression du « versement transport ». Or il ne s’agit pas d’un détail. En effet, dans la quasi-totalité des grandes villes les employeurs de plus de 11 salariés participent au financement des transports en commun par un versement proportionnel à leur masse salariale. En effet, si les salariés devaient payer au prix coûtant leur transport en commun, beaucoup ne pourraient pas se rendre à leur travail, si ce n’est en voiture (et si ils en ont une), entraînant par la même la paralysie de la circulation et l’asphyxie des villes. Le versement transport est loin d’être négligeable, les 7,5 milliards d’€ de ressource nationalement peuvent représenter entre 40 et 60% du financement des transports en commun. Sa suppression entraînerait la faillite de plusieurs réseaux urbains de transport et une forte réduction de l’offre de transport collectif ; un déficit croissant des collectivités locales qui sont les autorités organisatrices du transport ; et une augmentation gigantesque des titres de transport pour tous les usagers. Si cette mesure passait, nous assisterions à un recul social et environnemental. Un recul social car l’augmentation des tarifs entraînerait une perte de pouvoir d’achat pour tous les citoyens et de multiples plans de licenciements ; un recul environnemental car le développement des transports en commun au détriment de la circulation automobile est un moyen essentiel de la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution. Une bonne part du Versement transport est consacrée à l’investissement, ce qui a permis aux grandes villes françaises de relancer les trams notamment. Sans versement transport comment financer la future ligne 5 du tram ?

Il est à noter qu’une partie du patronat a historiquement défendu l’idée de ce versement transport au nom de leur intérêt bien compris en permettant à leurs salariés de se rendre au travail. Ce temps est derrière nous quand on voit les barons du MEDEF réclamer depuis plusieurs années la suppression de ce versement transport.

D’ailleurs, en épluchant la litanie des rapports pondus par les experts libéraux de ces dernières années on trouve toujours cette proposition, par exemple dans le rapport Attali co-rédigé par un certain Emmanuel Macron !

François Fillon affirme qu’il compensera cette baisse de recettes par une hausse de deux points de la TVA. Cela ne règle rien bien au contraire, pour deux raisons. D’une part, la TVA est l’impôt le plus injuste car il est proportionnellement plus élevé pour les revenus les plus pauvres ; son augmentation de deux points est une agression directe de leur pouvoir d’achat. Cela répond très bien par contre à la volonté de tous les libéraux, qui, sous des formes différentes, de Fillon à Macron, proposent de transférer vers les ménages une partie des prélèvements sur les entreprises. D’autre part, la TVA qui n’est pas une ressource dédiée contribue au budget général de l’Etat qui est libre de l’utiliser comme il le veut. Alors que le versement transport est une ressource dédiée, obligatoirement versée au budget des transports. Il ne s’agit donc nullement d’une question mineure. Je reviendrai dans une autre note sur les conséquences tout aussi catastrophiques d’autres suppressions de taxes.

J’en appelle à tous les usagers des transports en commun, à leurs associations, aux élus attachés aux services publics de transport : mobilisons-nous pour le maintien du versement transport et du financement collectif des transports en commun. En agissant nous enrichirons le programme de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon, notamment dans son point 47 (page 77) :

« Défendre et reconstruire le maillage de transports en commun et de services publics sur tous le territoire ».

Sur chacun de nos territoires, nous ne manquons pas de propositions concrètes pour décliner une telle exigence.

René Revol

2017 année cruciale pour notre modèle social

Le comprendre pour le défendre !

Pour répondre à ses besoins, gagner son revenu en travaillant et le dépenser en le consommant semble être l’alpha et l’oméga de la pensée dominante. Pour celle-ci, le marché constitue le cadre principal de l’obtention de la satisfaction de nos besoins humains, impliquant en vertu même de la logique du marché l’esprit de compétition. Si cela s’appliquait de manière globale et systématique notre vie serait un enfer. La grande majorité aurait un revenu inférieur au seuil de pauvreté et ne pourrait dès lors ni se soigner – faisant encourir à tous de grands risques de pandémie, ni se loger et se chauffer dans des conditions décentes, ni éduquer ses enfants qui seraient alors contraints de travailler très jeunes, ni encore moins subvenir aux besoins du grand-âge pour ceux qui y parviendraient… Cela est nullement pure spéculation, ce fut ce que vécurent dans ce pays même les populations de la première moitiée du XIXe siècle, aux débuts de l’ère industrielle qui détruisitles solidarités paysannes traditionnelles sans les remplacer par un Etat-providence. Aujourd’hui nombre de nos besoins sont satisfaits, non par la participation à la compétition du marché, mais par les mécanismes de la coopération et de la solidarité, c’est ce qu’on a coutûme d’appeler notre modèle social.

C’est à l’aune de cette vérité qu’il faut apprécier un débat qui sera au centre de la campagne présidentielle. François Fillon propose lui une thérapie de choc, un « Blitzkrieg » (la « guerre-éclair », expression allemande qu’il ose emprunter à ce qui désigne l’offensive hitlérienne de 1940 sur la France) ; ce serait,  pour aller au plus vite le recours aux ordonnances et deux propositions phares que l’opinion a bien retenues.
D’une part la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires qui disloquerait les services publics, d’autre part le transfert de l’assurance maladie assurée par la sécurité sociale, vers des assurances privées. S’il y a par ailleurs dans son programme d’autres propositions toutes aussi régressives et que nous aurons l’occasion de détailler dans les semaines qui viennent, l’essentiel se concentre dans sa proposition de réaliser un considérable recul du poids de l’Etat-social, et par la même de notre modèle social.
D’autres candidats vont dans la même direction, c’est le cas par exemple de certaines propositions d’Emmanuel Macron, dont le programme d’ensemble demeure encore assez flou.
Fillon et Macron se rejoignent pour proposer d’élargir des brèches déjà ouvertes par Valls à coups de 49.3. La loi Travail a inversé la hiérarchie des normes, permettant sur le temps de travail que les accords d’entreprises, dont le rapport de forces est très généralement moins favorable aux salariés, puissent être dérogatoires aux accords de branches et à la loi ; Fillon et Macron proposent d’élargir cette inversion à tous les sujets, de revenir donc à la période d’avant le Front Populaire. Bref, le modèle social est ouvertement remis en cause par ces candidats.
Nous allons donc devoir, dans les semaines qui viennent, avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon au nom de la France insoumise, porter le projet inverse, en bloquant tout recul du modèle social, en en proposant son renforcement et son extension. Nous aurons l’occasion, dans ces notes, de développer des points particuliers significatifs de ce débat, mais aujourd’hui, je voudrais simplement essayer de bien faire comprendre ce qu’est notre modèle social.

Le modèle social français est un ensemble d’institutions qui couvrent de nombreuses fonctions qui facilitent notre vie humaine. Grâce à l’Assurance Maladie, nous pouvons nous faire rembourser la grande majorité de nos soins. Le service public hospitalier constitue un maillage national essentiel, bien qu’aujourd’hui très malmené par diverses « réformes ».
L’Assurance Vieillesse avec les cotisations versées par les actifs répond aux besoins de solidarité intergénérationnelle envers les personnes âgées dont la majorité ne dispose pas d’épargne (« la retraite est le patrimoine de ceux qui n’ont pas de patrimoine » reprenaient en choeur les manifestants qui défendaient le système de retraite par répartition remis en cause depuis une vingtaine d’années).
Avec l’Assurance chômage une partie des personnes qui perdent leur emploi disposent d’un revenu de substitution provisoire – système lui-aussi largement écorné puisque la majorité des demandeurs d’emploi ne sont pas indemnisés du tout.
La Sécurité Sociale permet aussi aux femmes d’être rémunérées pendant leurs congés de maternité, d’accoucher dans des conditions décentes, aux familles d’être soutenues par les Allocations familiales pour élever leurs enfants.
L’Allocation Handicapé attribue aux personnes handicapées un revenu de base faute de pouvoir accéder au marché du travail et les personnes sans ressources peuvent être éligibles au RSA qui leur assure aussi un (certes trop petit) revenu de base. Quant aux personnes agées dépendantes l’APA (aide personalisée d’autonomie)  peut les aider à assurer la prise en charge de leur dépendance à domicile ou dans une maison de retraite.

Le service public d’éducation permet d’instruire tous les enfants, quels que soient les revenus des parents ; certes la gratuité n’est pas totale, notamment dans la vie périscolaire ; pour les familles aux revenus les plus faibles un système de bourses existe bien que notoirement insuffisant.
Le logement social, encore largement insuffisant permet d’offrir un toît à des familles aux revenus modestes.
Le service public de sécurité civile et notamment le corps des sapeurs-pompiers qui couvre tout le territoire permet de venir en aide aux personnes dans les accidents et les catastrophes sans avoir à tenir compte du niveau de revenu. On pourrait aussi parler de la protection que peut apporter l’inspection du travail, dont les missions sont toutefois remises en cause faute de moyens pour pleinement assurer le respect de la réglementation du marché du travail, des services publics municipaux qui assurent une protection de proximité très appréciée par la population, de l’importance d’une police républicaine et d’une justice publique dans le respect des droits…

On le voit, le modèle social est protéiforme car composé d’un ensemble d’institutions indispensables à notre vie collective et à la protection de chacun, avec la place prépondérante de la Sécurité sociale et du service public au sens large. Aujourd’hui, de nombreuses mailles de ce filet ont été déchirées, entrainant au quotidien des drames humains. La tâche de l’heure n’est donc pas d’élargir ces failles, mais de les réparer et de promouvoir de nouveaux droits.

Si l’on va au-delà de la description des composantes du modèle sociale français il nous faut, pour approfondir l’analyse, distinguer trois logiques dans les mécanismes de mise en oeuvre d’un modèle social :

Une logique dite « résiduelle » : l’assistance est conditionnée par la faiblesse des ressources. C’est le cas des aides sous conditions de ressources, comme le RSA.

Une logique dite « salariale »: basée sur l’emploi, où tous les salariés et leurs employeurs cotisent et qu’ils financent par là la Sécurité sociale. C’est en particulier le cas de l’Assurance vieillesse (qui assure un système de retraite par répartititon) et de l’Assurance maladie.

Une logique dite « universelle » : où la protection est apportée à toute la population, et financée par tous par l’impôt. C’est le cas des services publics locaux ou nationaux.

Les théoriciens libéraux qui inspirent la droite et la gauche social-libérale rêvent de réduire le modèle social à sa simple logique résiduelle. La protection sociale serait essentiellement une aide aux plus pauvres et les autres seraient chargés de subvenir eux-mêmes à leurs besoins grâce aux revenus tirés du marché du travail. C’est cette logique qui domine aux Etats-Unis : la différence entre les Républicains et les Démocrates est que les premiers veulent réduire l’ampleur de cette assistance aux pauvres et les autres l’augmenter un peu, mais les uns et les autres approuvent cette logique exclusivement résiduelle. Le résultat en est un accroissement gigantesque des inégalités puisque la participation au marché du travail donne des revenus très inégaux ; en résultent une forte limitation du niveau et de la qualité de la protection sociale. C’est cette logique aussi qui domine avec la proposition d’un impôt négatif ou d’un revenu universel qui peut servir de prétexte au démantèlement du reste de la protection sociale. Les politiciens plus ou moins inspirés par ces théoriciens libéraux proposent systématiquement de faire des coupes sombres dans les deux autres logiques (la logique salariale des assurances sociales collectives et la logique universelle du service public). Il en découle systématiquement des propositions de réduction des cotisations salariales au nom de la sacro-sainte compétitivité des entreprises et de la non moins sacro-sainte « diminution des charges », c’est le cas par exemple de la proposition de transfèrer une partie du financement de la Sécurité sociale sur la TVA, c’est à dire l’impôt proportionnellement plus payé par les pauvres ; cela n’a qu’un but : transférer un financement actuellement assuré par les employeurs, vers les consommateurs… Cela est parfois même accompagné par le leurre d’une augmentation possible du pouvoir d’achat des salariés. Bref, le chocolat qui entoure la pastille. Il en découle aussi la proposition systématique de la diminution des emplois publics et de la dépense publique, au nom de deux dogmes rarement critiqués dans les médias dominants : d’une part, la dépense publique serait par principe inefficace (allez expliquer ça aux infirmières, aux policiers, aux pompiers…). Et d’autre part il faudrait systématiquement toujours diminuer le poids de l’impôt, par principe improductif. Lorsque vous écoutez telle ou telle proposition particulière présentée par ces candidats, mettez-la sous le feu de cette grille de lecture et vous en comprendrez les objectifs et les motivations.

Le modèle social français qui n’est pas dominé par la logique résiduelle, relève très largement d’une part par la logique salariale, résultat de la conquête des assurances sociales par l’action syndicale ouvrière qui s’est largement généralisée (et reste à étendre à la totalité des indépendants), et d’autre part par la logique universelle d’un service public financé par l’impôt. L’esprit de coopération et de solidarité doit prendre le pas sur l’esprit de compétition.

Nous allons avoir de nombreuses occasions de mettre en lumière ces enjeux sur des questions particulières, souvent vitales pour notre société.

René Revol

NB. Sécurité sociale : si le film« la sociale « de Gilles Perret passe près de chez vous, ne manquez pas d’aller le voir. Un beau témoignage avec vidéos d’archives.

 

Un petit cadeau pour la nouvelle année !

Ce premier janvier, à 00h, ce sera un anniversaire : la Régie Publique des Eaux de Montpellier fêtera sa première année d’existence !

Vous comprenez ma joie. J’aurai l’occasion de souffler cette première bougie le 19 janvier 2017 dans les locaux de la régie, avec le président de la Métropole. Et j’aurai à cette occasion le loisir de vous faire le bilan très positif de cette première année d’existence, qui, je l’espère, donnera des idées à bien d’autres.

Pour fêter l’évènement, je vous fait un petit cadeau avec le lien ci-dessous : il s’agit de mon discours d’ouverture à Madrid le 4 novembre dernier de la conférence nationale des villes espagnoles qui veulent revenir en régie publique de l’eau ; invité par madame le maire de Madrid et en présence des maires de Barcelone, Valence, Cordoue, Valladolid, La Corogne… Ce fut pour moi un grand moment d’émotion qui montre la portée de ce que nous faisons.

Belle année à tous ! 

L’ordre et le mouvement

 

Le parti de l’ordre a trouvé son homme : François Fillon incarne désormais en France les trois piliers du nouvel ordre du monde que les puissants souhaitent nous imposer.

Un pilier économique et social.

Sans surprise ce candidat défend la thérapie de choc néolibérale. Il désigne les fonctionnaires comme l’ennemi ; la haine du fonctionnaire a toujours été un ciment d’une certaine droite et ce n’est pas par hasard qu’il remet en cause les 35 heures des fonctionnaires pour exiger qu’ils travaillent plus en gagnant moins ; il se garde cependant de désigner les fonctionnaires par leur fonction : infirmier, enseignant, policier… Il ordonne son programme sur la baisse de la demande publique tout en soutenant la demande privée des plus riches et des entreprises avec la suppression de l’ISF et la diminution drastique des cotisations sociales patronales que devront financer les consommateurs. La hausse de la TVA serait le transfert de charge le plus important jamais réalisé en France des entreprises vers les ménages. Un tel programme amplifie ce qui a été initié par Hollande et Valls – Macron. Or, comme le prouvent toutes les expériences passées et contemporaines, la demande privée des plus riches ne compensera pas la baisse de la demande publique et l’appauvrissement de la majorité de la population. Si ce programme se met en place nous assisterons à un accroissement gigantesque des inégalités et du chômage.

Mais le programme de Fillon ne se contente pas d’un simple transfert financier des ménages vers les entreprises et les plus riches ; il cherche aussi à démanteler les structures mêmes de l’ordre public social qui fonde nos relations sociales depuis 70 ans. Il se propose d’une part d’élargir la brèche ouverte par la loi travail de l’inversion de la hiérarchie des normes pour faire primer l’accord d’entreprise dans tous les domaines et pas seulement dans celui du temps de travail comme le prévoit la loi travail ; il remet d’autre part profondément en cause l’universalité de la sécurité sociale et de sa branche maladie en programmant le déremboursement des petits risques et en ouvrant la santé aux prédateurs des assurances privées (comme le disait mon médecin il n’y a pas de petits risques car ce sont les petits risques qui génèrent les gros risques). Le programme économique et social de Fillon est d’une grande clarté et synthétise le programme libéral dominant.

Un pilier sécuritaire.

Là aussi il désigne un ennemi en mesure de fédérer la droite : la fonction principale de son affichage catholique est de mettre en cause l’islam. Ses propositions sécuritaires reprennent la tradition de la présidence Sarkozy afin là encore d’élargir les brèches ouvertes par le gouvernement Valls. Mais ce qui me paraît le plus significatif c’est sa volonté de renforcer le caractère autoritaire du régime politique de la Ve République. Il se réclame avec gourmandise des méthodes pratiquées par le général De Gaulle dans les années 60 qui jouait du plébiscite pour agir par ordonnances en lieu et place de la loi. Cet autoritarisme austère, qui va aggraver de manière considérable le déficit démocratique des institutions, se situe totalement à contre-courant de la demande citoyenne. Impossible donc de combattre François Fillon sans assumer clairement la perspective d’une 6iéme   République.

Un troisième pilier moral.

Celui de l’ordre moral qui permet de discipliner les corps et les cœurs. Cet appel à l’ordre moral, qui stigmatise tant la diversité culturelle que les préférences sexuelles au nom de prétendus valeurs françaises de la famille, a été un puissant facteur de mobilisation du peuple de droite. À ce propos une anecdote : un ami nîmois se situant à gauche croyait pouvoir faire barrage à Fillon en allant voter pour Juppé et voilà ce qu’il décrit : « je me retrouve dimanche matin dans la file d’attente avant le vote et comme l’attente est longue je commence à observer les présents et je suis frappé par la cohérence des tenues vestimentaires : jupes plissées à carreaux en dessous du genou, socquettes blanches, serre-tête en velours, sac Hermès, Loden austère pour les hommes… bref la tenue des bourgeois conservateurs et catholiques qui sont venus ici en masse avec souvent une famille nombreuse. Mon malaise grandit avec les minutes qui passent et finalement je sens bien ici je ne suis pas chez moi, que je ne suis pas avec la population que je côtoie quotidiennement, et finalement je renonce à voter je m’en vais. »

Fillon est donc le candidat du parti de l’ordre : l’ordre libéral, sécuritaire et moral. Au XIXe siècle face au parti de l’ordre il a fallu construire le parti du mouvement, notre tâche est aujourd’hui de construire ce parti du mouvement qui puisse constituer une alternative cohérente aux trois piliers du parti de l’ordre. Mon ami nîmois a compris, quasi physiquement, que la résistance par le choix du moindre mal était vouée à l’échec. Le choix de Macron, Hollande et autres Valls ne constitue en aucun cas des moyens de résistances efficaces, ne serait-ce que parce qu’ils ont incarné à un moment ou un autre le programme du parti de l’ordre. Désormais, après cette démonstration de force du parti de l’ordre à quatre mois et demi de l’élection présidentielle, il ne sert à rien d’attendre que les candidats socialistes en aient fini avec leurs palinodies. Notre société dispose des forces, des énergies, des idées et des expériences qui constituent le socle du parti du mouvement. Dans le travail d’élaboration du programme de la France insoumise nous avons été des dizaines de milliers à mettre la main à la pâte. Nous disposons d’une base solide qu’il nous faut élargir et projeter dans toutes les dimensions de la vie sociale, qui peut s’incarner certes avec notre candidat Jean-Luc Mélenchon et la construction de 577 candidatures aux législatives, mais aussi dans d’innombrables initiatives citoyennes dans nos quartiers, dans nos villages, dans les entreprises ou nos écoles.

Ce parti du mouvement nous avons pu commencer à le faire exister sur la toile, dans les réseaux sociaux ou à travers des vidéos, grâce à ces outils, nous arrivons à marquer les esprits. Il s’agit désormais d’aller physiquement au contact des populations et de créer cette confiance que donne le face-à-face. Puis viendra le moment où nous briserons la chape de plomb médiatique et où la parole de Jean-Luc Mélenchon permettra d’éveiller le grand nombre. Le parti du mouvement qui s’institue progressivement sous nos yeux doit fonctionner tel un mouvement social, non par simple délégation comme dans un parti traditionnel. Le parti du mouvement est porteur d’un nouvel ordre contradictoire à celui du parti de l’ordre : un ordre social, écologique et égalitaire garantissant d’une part l’application de la règle verte et d’autre part le travail et la protection sociale pour tous, un ordre politique démocratique où une 6ième République garantissant la citoyenneté pour tous et assure la sécurité publique, un ordre humaniste garant de la liberté de choix de vie et du développement libre de sa personne pour chacun. C’est sur un tel programme que se mobilisent la jeunesse et une grande partie de la population laborieuse dans de nombreux pays. La responsabilité qui nous revient en France, pour triompher du parti de l’ordre, est de faire vivre le parti du mouvement.

René Revol

Retour sur le discours de Madrid : Encuentro de Cuidades por el Agua publica

Note du 14 novembre 2016

Vendredi 4 novembre 2016, j’ai eu le grand honneur d’être invité par Mme Manuela Carmena- Maire de Madrid, afin de prononcer le discours d’ouverture d’une rencontre des grandes villes espagnoles en faveur de la gestion publique de l’eau et d’y représenter la Métropole de Montpellier. J’ai pu ainsi faire part de notre expérience de mise en place d’une régie publique en 20 mois et surprise, lorsque que ce discours se termina ce fut un tonnerre d’applaudissements de plusieurs minutes.

Pourtant mon propos s’était borné à présenter l’expérience qui nous avait mené à installer une régie publique de l’eau au 1er janvier 2016, après plusieurs années de gestion en DSP par une multinationale. Surpris par cette ferveur et j’ai bien senti que ces applaudissements et cet enthousiasme s’adressaient certes à l’expérience Montpelliéraine mais était avant tout l’expression de la volonté populaire profonde de toutes ces grandes villes espagnoles de reprendre en main la gestion de ce bien commun si important pour tous mais aussi si symbolique d’un changement politique majeur.

Cette rencontre était organisée à l’initiative de Madame Manuela Carmena, Maire de Madrid, personne d’exception tant par son passé militant d’avocate et de magistrate que par l’importance de sa victoire électorale et populaire en 2015 à la tête de Madrid. Après mon intervention les maires des grandes villes d’Espagne suivante prirent la parole : Mme Rita Maestra – porte-parole de la Mairie de Madrid, Mme Ada Colau – Maire de Barcelone, M Joan Ribo – Maire de Valence, M Pedro Santisteve – Maire de Zaragosse, Mme Maria Isabel Ambrosio – Maire de Cordoue, M Oscar Puente – Maire Valladolid, M Xulio Ballart – Maire de Terrassa, M Martino Noriega – Maire de Saint Jacques de Compostelle, M Guillermo Hita – Maire d’Arganda del Rey et président de la Fédération des municipalités de Madrid.… Ces villes ont manifesté leur intention de prendre en charge l’eau comme un bien commun par une gestion publique, quelque soit le contexte et leur histoire propre. Sous la dictature, des concessions furent données à de riches familles, parfois pour 50 ans et plus. Au cours des années démocratiques ce sont de grands groupes privés, souvent français, qui ont mis la main sur cette manne comme c’est le cas en Catalogne. Il est clair que ce mouvement vers une gestion publique citoyenne de l’eau est le fruit et d’une mobilisation populaire et de changements politiques municipaux soutenu par des parties comme Podemos, Izquierda Unida, des écologistes, des socialistes en rupture avec leur direction nationale. Mais ce qui m’apparaît nouveau et intéressant dans cette initiative c’est la volonté de ces municipalités de constituer un réseau national leur permettant d’unir leurs forces et de mutualiser leurs moyens pour faire face à la puissance des multinationales. Et ceci contre la volonté de leur gouvernement favorable à la privatisation de l’eau. Cette volonté s’est traduite concrètement par la signature d’une déclaration institutionnelle des Maires Espagnols sur la gestion publique de l’eau.

Cette expérience fut très enrichissante et très instructive. Il faut réitérer en France, ce type de rencontre entre élus, chercheurs, professionnels et acteurs de la société civile, afin de d’amplifier la mobilisation pour le retour en gestion publique de l’eau.

« El agua no es un negocio ! »

René Revol

Cette semaine je participe au Congrès de France Eau publique