Mobilisation pour le droit à l’eau pour tous !

Jeudi 1er février, les députés de la France insoumise vont déposer un projet de loi pour le « droit à l’eau pour tous » à l’initiative de Danielle Obono, Bastien Lachaud, et Jean-Hughes Rattenon. Le droit à l’eau est absolument essentiel, car il est indispensable pour garantir la dignité des personnes.
MOB PEYROU

Découvrez ici le texte de la proposition de loi.

L’eau ne peut être qu’un service public. Car seul le service public peut faire une taxation socialement et écologiquement différenciée, afin de garantir son accès aux personnes physiques, préserver la ressource, et pénaliser les mésusages.

Le 1er février sera donc un rendez-vous important.

A Montpellier, rassemblons-nous massivement ce jeudi 1er février au bassin du Peyrou à 17H30, lieu historique de l’approvisionnement en eau et ainsi affirmer que l’eau est bien un droit !
https://www.facebook.com/events/184215642339939/

 

 

Guerre à la pauvreté !

Tout d’abord, je souhaiterai à tous les lecteurs de mon blog une belle et heureuse année pour l’année qui vient.

2017 marque un tournant politique : effondrement des deux grands partis qui se partageaient alternativement le pouvoir depuis des décennies, dont la quasi-disparition du Parti Socialiste et de ses alliés qui écrasaient autrefois la gauche, magnifique campagne de la France Insoumise avec son candidat, Jean-Luc Mélenchon, et un véritable programme alternatif, l’Avenir en Commun ; campagne législative remarquable permettant l’élection de 17 députés et d’un groupe France Insoumise, très belle victoire à Montpellier dans la seule circonscription exclusivement urbaine avec l’élection de Muriel Ressiguier pour laquelle j’ai combattu avec beaucoup d’enthousiasme en tant que suppléant ; et face à nous Macron met en œuvre sans complexes un programme libéral exclusivement favorable aux riches et dur avec le peuple… ajoutons à ce tableau, sur un plan local moins important mais significatif, le tournant brutal du maire de Montpellier rompant avec ses discours « citoyens » des trois années précédentes pour aujourd’hui développer une politique de droite avec autoritarisme.

Depuis juin 2017, mon action politique se déploie en toute clarté autour de deux pôles :

D’une part, en tant que député suppléant France Insoumise de la deuxième circonscription de Montpellier je relaye sur le terrain toutes les initiatives et interventions de nos députés à l’Assemblée nationale, je participe à toutes les rencontres ou initiatives auxquelles je suis invité, je m’implique dans les mobilisations sociales… je vous invite à ce sujet à participer au compte-rendu de mandat que fera le 15 janvier notre députée (lien). J’aurai l’occasion également de sortir une publication détaillant toutes mes actions de cette demi-année de mandature bénévole.

D’autre part, en tant que maire de Grabels, j’ai poursuivi avec détermination la mise en œuvre du programme sur lequel nous avions été élus en 2014 et qui est largement réalisé, avec actuellement la construction d’une nouvelle école qui est pour nous tous un chantier enthousiasmant ; par ailleurs en tant que conseiller métropolitain représentants la commune de Grabels, je me suis opposé avec 16 des 31 maires de la métropole à la caporalisation forcée mise en œuvre par le président de la métropole voulant rallier tous les élus à un groupe La République En Marche, pourtant désavoué par le Président de la République lui-même, et surtout au mépris du mandat donné dans chaque commune aux maires par leurs électeurs. J’aurai là aussi l’occasion de revenir sur les initiatives que nous comptons prendre en 2018 pour la défense de l’intérêt général sur le territoire de Montpellier et de sa région.

Guerre à la pauvreté !

A la suite d’un vote électronique les Insoumis de tout le pays ont choisi comme thème principal de leur action pour l’année 2018 la lutte contre la pauvreté. Je me réjouis de cette décision ! Il ne s’agit pas seulement de dénoncer la situation de pauvreté qui est celle d’un très grand nombre de nos concitoyens. Nous devons collectivement prendre la mesure de la pauvreté dans notre pays, en comprendre les mécanismes reproducteurs, populariser les mesures nationales qu’il faudrait prendre sans tarder mais aussi ne pas hésiter à mener des actions concrètes sur le terrain pour faire reculer la pauvreté. Dans les lignes qui vont suivre je me contente de tracer quelques pistes de réflexion et suggestions.

Prendre la mesure de la pauvreté.

Il y a d’abord une mesure statistique qui permet de donner des chiffres comparables. On a coutume dans les instituts de statistiques de considérer comme « pauvres » les individus qui ont un revenu inférieur à 60 % du revenu médian. Le revenu médian partage la population en deux parts égales : 50 % ont un revenu supérieur à ce seuil et 50 % ont un revenu inférieur. Aujourd’hui en France le revenu médian est de 1650 € par mois, donc 50 % des individus adultes ont un revenu inférieur à ce niveau. 60 % de 1650 € nous amène à 1015 € environ et donc les instituts de statistiques considèrent comme pauvres tout ceux qui ont un revenu mensuel inférieur à 1015 €. Les dernières données disponibles nous indiquent qu’en France 14,2 % de la population se situe en dessous de ce seuil monétaire, ce qui représente 8,9 millions de personnes. La crise économique ouverte en 2008 et les politiques d’austérité conduites depuis par Sarkozy, Hollande et Macron ont contribué à faire augmenter ce nombre d’un million de personnes suplémentaires en dix ans.

La situation à Montpellier est catastrophique. Pour l’ensemble des 31 communes de la métropole le revenu médian est de 1595€ et on compte 19 % de la population en dessous du seuil de pauvreté. Dans la ville de Montpellier proprement dite, qui concentre les deux tiers de la population de la métropole, le revenu médian est de 1413 € et ce sont 27 % qui sont en dessous du seuil de pauvreté. Si on détaille la situation dans les quartiers populaires, on atteint des niveaux catastrophiques avec plus de la moitié de la population en dessous du seuil de pauvreté. Vous trouverez ci-dessous un tableau précisant la situation des différents quartiers de Montpellier.

Si la mesure monétaire de la pauvreté présente l’avantage de donner un chiffre net et précis, elle ne permet pas de saisir toute la dureté de l’expérience de pauvreté. De nombreuses études de sociologues et d’associations d’aide aux plus démunis soulignent l’importance de la pauvreté d’existence. Si le revenu des pauvres est si faible, cela est dû au chômage et à la précarité de l’emploi. Voilà des années que nous avons plus de 3 millions de chômeurs de catégorie A (n’ayant aucune activité) et la majorité d’entre eux n’ont aucune indemnisation ; quant à ceux qui sont indemnisés, plus de la moitié ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Mais il y a aussi la marée montante du temps partiel et des contrats précaires, et ces travailleurs pauvres ont généralement une activité rémunérée mais sur une vingtaine d’heures ce qui leur fournir un revenu souvent inférieur à 1000 €. Quant aux minima sociaux de substitution (RSA, AH, minimum vieillesse…) ils sont largement inférieurs au seuil de pauvreté. Cette non-intégration au monde du travail n’a pas que pour conséquence la faiblesse du revenu ; elle contribue aussi à la dévalorisation sociale, à l’affaiblissement des liens sociaux et à des processus de perte des qualifications acquises faute de pouvoir les exercer. La réintégration dans une vie professionnelle en devient plus difficile. Chômage et précarité au travail vont vite se conjuguer avec des difficultés majeures pour se loger et fournir un toit à sa famille. Montpellier et sa région voient le prix de l’immobilier augmenter régulièrement depuis 30 ans et beaucoup plus vite que les revenus, y compris pour les revenus de ceux qui ont un emploi stable. Le parc locatif privé devient de plus en plus inaccessible non seulement pour les ménages pauvres en dessous du seuil de pauvreté mais aussi pour ceux qui touchent un revenu autour du revenu médian. La pauvreté dans l’habitat concerne la majorité de la population. Par ailleurs le nombre de logements sociaux est nettement insuffisant par rapport à la demande et ce ne sont pas les dernières décisions de Macron et de sa majorité parlementaire qui vont arranger les choses puisqu’ils viennent de décider dans le budget voté pour 2018 de ponctionner un milliard et demi d’euros sur les organismes qui construisent de logements sociaux. Les voeux du Président de la République pour les mal-logés étaient d’une hypocrisie assez dégoûtante. Ce mal logement prend aussi la forme de la précarité énergétique. Dans les services sociaux de ma commune comme de Montpellier, je connais bien le nombre de personnes qui viennent avec des factures d’électricité astronomiques qu’ils n’arrivent plus à payer ne cesse d’augmenter, comme les témoignages de gens qui vivent dans de véritables passoires énergétiques. Il y aurait là un chantier d’avenir pour l’emploi si les pouvoirs publics se décidaient enfin à mettre en oeuvre un plan d’investissement massif, que nous recommandons dans notre programme l’Avenir en Commun. Revenus très faibles, chômage chronique, petits boulots mal payés, logements insalubres… ce sont des caractéristiques des modes d’existence de la pauvreté que nous rencontrons tous les jours. Devant ces contraintes, les ménages sont en permanence confrontés à des arbitrages : quand il faut équiper et habiller correctement un enfant avant la rentrée scolaire, ce sont nécessairement les autres dépenses d’alimentation, de loyer, l’électricité qui doivent être rognées au risque de rentrer dans le cycle infernal des impayés qui débouchent sur des procédures d’expulsion. N’oublions pas non plus un autre arbitrage : le renoncement aux soins de plus en plus fréquent dans les familles que je fréquente au centre social de ma commune. Notamment pour celles qui sont juste au-dessus de la CMU et qui n’ont aucune mutuelle ; j’ai trouvé là des situations dramatiques.

Les conditions d’existence qui caractérisent la pauvreté dans notre pays touchent tous les aspects de la vie. Et cela a des conséquences jusque dans les représentations que les gens se font d’eux-mêmes. Dans l’épicerie solidaire que nous avons mise en place dans ma commune, il y a un coin café où les personnes qui viennent se fournir peuvent se poser et discuter tranquillement sans le caractère officiel d’une rencontre avec un travailleur social. J’y participe quelquefois et ce qui me frappe dans les confidences que font ces gens c’est ce sentiment de dévalorisation de soi qui les minent. Dernièrement une jeune femme d’une trentaine d’années confiait : « je fais des efforts pour cacher au mieux la situation car j’ai honte d’être devenu une pauvre ». Cette dimension subjective de la pauvreté intériorisée est paralysante et ne doit pas être sous-estimée, et notre travail social de permettre la reconstruction progressive d’une estime de soi est aussi un élément fondamental de notre action.

La production de la pauvreté

Montpellier est donc aujourd’hui devenue la septième ville de France et son maire ne cesse, de manière quelque peu infantile, de sauter de joie en disant : « on a doublé Strasbourg et on est la métropole la plus attractive de France. » Montpellier ne cesse depuis 30 ans de s’afficher comme la « surdouée », comme un territoire à la pointe de l’économie de la santé, du numérique et du tourisme. Et alors ? Comment expliquer cette explosion de la pauvreté dans la capitale languedocienne ? Certes le dynamisme économique est plus un slogan de communication qu’une réalité bien établie. Mais la croissance économique de la région de Montpellier est indéniable et elle se conjugue donc avec plus d’un quart de sa population en situation de pauvreté. Comment expliquer cet apparent paradoxe ?

Il y a d’abord des explications nationales auxquelles notre territoire n’échappe pas. Sur les 10 dernières années, l’activité économique a cru en moyenne annuelle de 1% or il fallait qu’elle soit supérieure à un 1,5% pour ne pas être destructrice d’emplois. On a eu donc une situation chronique de sous-emploi générateur de chômage vu l’augmentation démographique liée à une forte natalité et à des migrations territoriales. Montpellier n’échappe pas à cette logique et a vu ses demandeurs d’emploi augmenter plus vite que les créations d’emplois. Par ailleurs, avant 2008, dans les périodes de crise économique comme en 1973 ou 1981 ou 1993, le secteur public et parapublic servait en partie d’amortisseur contrebalançant la restriction du secteur privé. Or depuis 2008 les politiques économiques françaises, obéissant aux consignes européennes strictes, ont pratiqué des politiques de restrictions budgétaires drastiques dans le secteur public d’État, dans celui des collectivités territoriales comme dans le secteur de la santé. Dès lors le secteur public ne pouvait plus jouer son rôle d’amortisseur et devenait par la même un amplificateur de la crise. Or à Montpellier avec plus de 8000 salariés dans le secteur hospitalier et presque autant dans les secteurs dérivés de la santé, avec plus de 7000 agents des collectivités territoriales diverses et 10 000 fonctionnaires d’État ou assimilés, le secteur public occupe une place plus centrale que dans des villes plus industrielles comme Toulouse. Les politiques d’austérité dans le secteur public ont donc accru les effets du chômage liés à la crise.

Ajoutons à cela le développement des formes précaires de l’emploi qui constituent en France comme dans notre territoire la très grande majorité des nouvelles embauches. À chaque début de reprise économique, comme cela semble être le cas en ce début d’année 2018, les entreprises privées ne proposent que très peu de CDI et beaucoup de CDD, temps partiel et intérim. Et ainsi se crée un va-et-vient permanent entre emploi et chômage pour une population précaire qui ne peut pas prévoir l’avenir. Ajoutons à cela que le public n’est pas en reste dans la création des emplois précaires ; par exemple à la ville de Montpellier et à la métropole les CDD de trois mois renouvelables à l’infini (ce qui est totalement illégal) sont légions.

Il n’y a donc aucune dynamique économique créatrice d’emplois spécifique au territoire de Montpellier et de sa région. Ajoutons à cela que les territoires limitrophes de la région de Montpellier, comme le Biterrois par exemple et aussi d’autres secteurs, sont beaucoup plus frappés par la crise économique que Montpellier. Il en résulte une migration économique interne à la région vers Montpellier. Comme de surcroît ce territoire est démographiquement dynamique, le caractère réduit des emplois proposés ne peut que provoquer une augmentation plus que proportionnelle du chômage et de la précarité.

Ce sont là des causes macro-économiques aux effets bien réels. Mais on doit ajouter la faiblesse des politiques sociales et le faible montant des minima sociaux, tous sous le seuil de pauvreté : RSA pour une personne seule sans enfant 545€, avec un enfant 818€, avec deux enfants 981€ ; RSA pour un couple sans enfant 818€, avec un enfant 981€ ; Allocation aux Adultes Handicapés 860€ ; Minimum Vieillesse dit « ASPA » Allocation de Solidarité aux Personnes Agées 803€. On doit également prendre la mesure des effets de l’ignorance des droits pour les populations concernées. J’ai pu le vérifier lors de deux expériences. D’une part dans ma commune, quand nous avons agrandi le centre communal d’action sociale (CCAS) et ouvert cette possibilité d’accès avec une épicerie solidaire à ses côté, nous avons vu arriver de nouvelles populations parfaitement éligibles à différents droits sociaux mais qui l’ignoraient totalement ou qui estimaient à tort ne pas être assez pauvres pour cela, ce qui nous a permis d’initier une campagne de sensibilisation auprès de cette population. D’autre part, avec la caravane des insoumis de l’été dernier, nous avons initié de nombreuses populations dans les quartiers populaires à leurs droits, ce qui ne mobilisent généralement pas.

Ces quelques remarques ne veulent en aucun cas constituer une analyse exhaustive de la pauvreté et de ses mécanismes reproducteurs. Ce ne sont que les pistes mais qui peuvent déjà nous faire réfléchir aux actions à engager.

Comment lutter contre la pauvreté ?

Il faut tout de suite ouvrir le débat le plus large possible pour déterminer les modalités de notre lutte collective contre la pauvreté. Il ne s’agit donc pas ici de donner les conclusions d’un débat à venir. Nous laisserons de côté la nécessité d’une autre politique nationale telle qu’elle est développée dans l’Avenir en Commun. Il va de soi qu’une politique de relance de la demande et de l’activité, de planification écologique, le tout financé par une réforme fiscale qui taxe les plus riches et soutient la majorité populaire ferait grandement reculer la pauvreté. Cela a été bien montré lors de la présentation du contre-budget par le groupe des députés de la France Insoumise autour d’Eric Coquerel en fin d’année dernière.

Mais sans attendre un changement politique national, nous pouvons parfaitement montrer l’urgence de ce changement en initiant immédiatement des mesures qui pourraient être prises sans délai. Par exemple, la loi française actuelle autorise le préfet à réquisitionner des bâtiments et locaux inoccupés pour y installer des logements d’urgence et des logements sociaux. Or, à Montpellier, plus de 10% des logements sont inoccupés depuis des années, qu’il s’agisse de logements privés spéculatifs, ou qu’il s’agisse de bâtiments et friches urbaines. Le préfet pourrait les réquisitionner du jour au lendemain, les faire aménager en logements salubres. Avec ce parc nouveau, on ferait tout simplement disparaître la liste d’attente des logements sociaux tout en créant les logements d’urgence qu’il manque aujourd’hui aux centaines de sans-abris qui survivent dans les rues de Montpellier. Nous n’attendrons pas que le maire de Montpellier et le préfet se décident, nous pouvons par nous-mêmes commencer ce recensement et mener les actions publiques nécessaires. Quant à moi, dans ma commune, j’ai fait ce recensement et dès 2011, nous avions officiellement demandé à la préfecture de mettre en œuvre cette mesure… sans avoir reçu à ce jour aucune réponse.

Au cours de notre discussion collective, d’autres initiatives similaires tout à fait légales pourront être mises en débat. Par exemple, nous pouvons parfaitement rendre publique la proportion astronomique de temps partiels et d’emplois précaires utilisés par certaines institutions et les interpeller pour qu’elles se mettent en conformité avec la loi, en usant de la mobilisation citoyenne et de démarches judiciaires.

Par ailleurs, les différentes collectivités locales, dans les trois mois qui viennent, vont adopter leurs budgets. Ce sera l’occasion pour les citoyens de les interpeller pour qu’ils concentrent leurs moyens dans l’emploi et l’aide sociale. Cela signifie des choses très précises et très concrètes sur lesquelles nous auront l’occasion de revenir au moment opportun. A quand un vaste plan d’investissement financé par les grandes collectivités locales pour la rénovation des bâtiments afin d’éliminer les passoires énergétiques ? Cela aurait un triple effet : réduire la facture d’électricité des plus pauvres, créer des emplois non-délocalisable et favoriser la transition écologique.

Par ailleurs, rien n’interdit de venir en aide de manière immédiate aux plus précaires de nos concitoyens. A ce sujet, certaines « belles consciences » de la gauche traditionnelle me disent d’un air condescendant que c’est de la charité… Je conteste totalement cet argument fallacieux qui permet de justifier de ne rien faire au nom du fait que la politique nationale n’est pas changée. Nous pouvons très bien allier mobilisation pour un changement de politique nationale, mise en oeuvre de mesure locales et assistance concrète de la solidarité humaine. Ainsi dans ma commune, comme je l’ai déjà dit plus haut, nous avons mis en place depuis plus d’un an une épicerie solidaire qui ne coûte que 20 000 euros sur un budget communal de 7 millions d’euros, alors ne me dites pas qu’on ne peut pas faire ça partout ! De plus, en ce début d’année, nous allons installer dans un local communal adapté une association qui mettra en place un vesti solidaire. Un jour, un de mes interlocuteurs visitant ce dispositif s’exclama : « mais c’est une mairie du cœur ! ». J’ai été touché par cette remarque et je me suis dit : « il doit être possible de faire partout des mairies du cœur, dans tous les quartiers, dans tous les villages, dans toute les Métropoles ! ».

L’année  2018 doit donc être pour nous tous une année d’action collective et de mobilisation pour mener cette guerre contre la pauvreté. De nombreuses initiatives sont en train d’être mise en place à l’échelle de notre territoire et je les soutiens totalement.

Bonne année 2018, et à très bientôt sur d’autre support !

RUMEURS RUMEURS….

 

La puce du Midi Libre du 13 décembre aura au moins eu le mérite d’affoler la Nomenklatura Saurélienne. Me dépeignant comme déclaré candidat pour les élections municipales de 2020 à Montpellier, je me vois dans l’obligation de rétablir la vérité en publiant l’intégralité de la réponse que j’ai faite aux journalistes qui m’ont interrogé…

Soyons clair une bonne fois pour toute : la question des Municipales ne se pose pas du tout.

J’ai un mandat électif de Maire de Grabels et par voie de conséquence, je suis également Conseiller de la Métropole de Montpellier. Je n’ai qu’un objectif dans ce domaine ; c’est respecter le mandat que la majorité des électeurs m’ont donné en 2014. Tout le monde s’accorde pour dire que j’y travaille d’arrache-pied et que les réalisations sont nombreuses. On aura l’occasion d’y revenir lors des vœux à la population le 13 janvier prochain. Quand il y a des enjeux métropolitains, là aussi j’applique le mandat des électeurs. Je suis très fier d’avoir pu mettre en place une régie publique de l’eau. Pour le reste je me bats pour que ma Commune soit représentée partout où elle en a le droit et c’est pour cela que je m’oppose fermement, y compris par les moyens de justice, à notre éviction de ma commune, du syndicat de bassin et de la régie.

Par ailleurs, je me suis présenté aux élections législatives comme suppléant de Madame Muriel Ressiguier au nom de la France Insoumise et nous avons gagné. Madame Ressiguier assume sa responsabilité de Députée et elle fait un travail formidable avec les 17 élus du groupe parlementaire présidé par Jean-Luc Mélenchon. C’est donc à ce titre, que j’arpente bénévolement la deuxième circonscription de l’Hérault, en me rendant disponible à la population de Montpellier lorsque je peux être utile. Je peux vous dire que j’entends la colère des habitants sur beaucoup de sujets : logements insalubres, chômage, précarité, pauvreté récurrente… Montpellier est une ville formidable et pleine de talent mais attention il ne faut pas oublier qu’elle est frappée de plein fouet par la pauvreté. Les insoumis ont décidé de mener une campagne nationale en 2018 contre la pauvreté. Je vais m’y engager pleinement. Dans la ville de Montpellier 26 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, ce qui est largement supérieur à la moyenne nationale. Nous allons être porteurs avec les habitants de solutions nationales mais aussi d’actions très concrètes sur le terrain. On en reparlera.

Dès lors, on peut s’interroger sur ce montage médiatique : à qui profite cette rumeur ?

Évidemment, ce « coup de comm’ » ne peut être qu’aux bénéfices du Président actuel de la Métropole. Philippe Saurel, qui peut ainsi dire : « je vous l’avais bien dit et j’ai donc bien fait de le virer ! ». La ficelle est un peu grosse. Il a fait le même coup il y a deux mois avec Cyril Meunier et Jean-Pierre Grand. Cela lui permet d’éluder les questions urgentes qui se posent aujourd’hui à la Métropole et à la ville de Montpellier et qui doivent être résolu avant 2020.

Ainsi, plutôt que de m’attarder sur des guéguerres politiciennes, j’avance avec mon mouvement, la France Insoumise, pour mener des actions concrètes auprès des habitants, tout en assumant mon mandat de député suppléant. À ce sujet, dimanche prochain nous accueillons dans ma Commune de Grabels, le Directeur des campagnes de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard qui viendra débattre avec les insoumis de Montpellier et de la région autour de l’auto organisation populaire. Je vous y attends nombreux !

Réponse à D. Rousseau: TRISTESSE…

Dans sa chronique bimensuelle du 29 octobre dans Midi-Libre, Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à Paris 1 (après avoir exercé une trentaine d’années à Montpellier I), nous a profondément attristés par un amalgame ignoble. Faisant la liste de ce qu’il appelle les mouvements populistes en Europe, il cite dans les autres pays des partis d’extrême droite comme le FPÖ en Autriche ou l’AFD en Allemagne et lorsqu’il arrive à la France il omet le Front National et cite explicitement le mouvement de la France Insoumise ! Et comme seul argument il avance le fait que LFI parle des « gens » et aurait rompu avec le socialisme pour le populisme ! Dominique Rousseau est un intellectuel suffisamment averti pour savoir que la France insoumise et son candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon se basaient sur un programme écosocialiste, « l’avenir en commun », qui fut l’ouvrage le plus diffusé de la campagne présidentielle toutes tendances confondues. Comment rattacher à l’extrême droite un mouvement qui promeut la sixième république et l’élection d’une assemblée constituante, la réduction massive des inégalités par une réforme fiscale drastique envers les riches, pour la nationalisation démocratique d’une partie de l’économie et pour la planification écologique… Dominique Rousseau a parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec ce programme qui est proche de toute la gauche radicale européenne mais il est proprement inadmissible qu’il cherche à le salir en l’assimilant à l’extrême droite.

Le seul argument de fond qui est avancé dans son article consiste en une séparation binaire et primaire entre les affects et la raison, les premiers étant le ressort du populisme et le deuxième celui d’une véritable démocratie. Une simple relecture de Spinoza, Kant, Marx ou Jaurès – que Dominique Rousseau connaît bien – permettrait de rappeler que la vie sociale et politique mêle toujours de manière inextricable affects et raison. Qui plus est ne serait-il pas complètement déraisonnable, voire dangereux, d’imaginer que la démocratie exigerait des citoyens uniquement doués de raison, sans passion, sans affects, sans émotions. Au contraire c’est au sein de ce tumultueux mélange qu’il faut distinguer et choisir entre les orientations progressistes et réactionnaires.

Cette paresse intellectuelle nous a surpris chez un professeur qui nous avait habitué à plus de rigueur. Mais si on se réfère à des écrits et des interventions de Dominique Rousseau ces dernières années, nous trouvons une constante qui est implicite dans ce dernier article : une peur viscérale de la souveraineté populaire. Le fait qu’en démocratie le peuple soit le souverain en dernière instance a toujours gêné Dominique Rousseau, par exemple dans son opposition obsessionnelle à la procédure du référendum. Et il a souvent opposé à la souveraineté populaire la soi-disante sagesse d’un gouvernement des juges ou des experts, comme si ces derniers n’étaient pas soumis aux contradictions sociales comme le reste de la société. Il ne faut pas avoir peur de la colère populaire qui sourde de nos jours dans notre société et une fois qu’on a identifié que la source de cette colère se situe dans les inégalités croissantes produites par la domination du libre-échange du capitalisme financier, la tâche de l’intellectuel progressiste est de participer avec le peuple à l’élaboration d’un programme émancipateur. Dominique Rousseau fait une confusion entre stratégie et programme ; pour les insoumis, le programme de l’Avenir en Commun doit être mis en œuvre par une stratégie qui fait appel à la souveraineté populaire, théorisée dans la Révolution Citoyenne. Dominique Rousseau rassemble tout cela dans le terme confus de « populisme » ce qui lui permet de faire des amalgames indécents et ridicules.

Nous sommes tristes car nous étions très proches de Dominique Rousseau et nous nous souvenons comment à Montpellier il avait mené avec nous la magnifique campagne qui avait rassemblé toute la gauche du « non » lors du référendum de 2005.

Hervé Bokobza

René Revol

La métaphore de la cordée et le solidarisme : Réflexion sur une arnaque intellectuelle

Lors de son intervention télévisée du 15 octobre dernier, pour répondre à l’accusation de favoriser les plus riches, le président de la république, Emmanuel Macron, a utilisé une métaphore pour le moins malheureuse. Il en effet déclaré qu’il fallait cesser de jeter des pierres au premier de cordée. Immédiatement de nombreux commentateurs, et pas seulement l’opposition, ont déploré une telle image qui fait des plus riches des dirigeants actifs et les moteurs de notre société, alors qu’il s’agit le plus souvent de rentiers qui profitent de leur fortune financière sans réellement participer à l’activité productive du pays. Cela ne mériterait pas une note sur ce blog si certains ne s’étaient pas mobilisés pour soutenir la pertinence de la métaphore, au secours d’un président qui de « fainéants » à « bordel » s’enfonce dans des propos de plus en plus méprisants pour le peuple. Parmi ces défenseurs je note l’article écrit dans le journal libéral l’Opinion par l’historien François Dosse. Celui-ci ose défendre la métaphore de la cordée montagnarde comme symbole d’une pensée solidariste. Comme peu de monde sait en quoi consiste la pensée solidariste, cela fait savant pour impressionner le petit monde médiatique souvent assez ignorant. Avant de démonter cette arnaque intellectuelle, j’apporte quelques précisions rapides sur l’auteur. François Dosse est un historien sérieux qui a écrit de brillantes biographies d’intellectuels et par exemple on retiendra son histoire de l’école historique des annales dans « L’histoire en miettes ». Par ailleurs François Dosse a souvent manifesté une proximité intellectuelle avec ce qu’on pourrait appeler le christianisme social. Il a notamment manifesté une grande sympathie pour la pensée de Paul Ricœur (1913 – 2005), philosophe français protestant auteur notamment d’une théorie philosophique sur la responsabilité, entre autres écrits très prolifiques. Et en 1997 c’est François Dosse, alors professeur à Sciences Po Paris, qui a présenté son jeune étudiant Emmanuel Macron, au vieux philosophe Paul Ricœur, qui avec l’âge avait besoin d’un scribe qui l’accompagne. Macron a été le secrétaire de Paul Ricœur pendant deux ou trois ans et cela n’en fait pas pour autant son héritier philosophique. Mais c’est une autre histoire. François Dosse cherche à créer une filiation intellectuelle entre la philosophie solidariste du début du XXe siècle, la philosophie de Paul Ricœur et la pensée politique Emmanuel Macron (sur laquelle nous n’avons pas beaucoup d’écrits conséquents mais beaucoup de commentaires journalistiques autour des discours du président). Avant de savoir si la métaphore de la cordée révèle le supposé solidarisme de Macron essayons de répondre à la question : qu’est-ce que le solidarisme ?

A la fin du XIXe siècle devant l’émergence de ce qu’on appelle à l’époque dans les élites « la question sociale », c’est-à-dire les conséquences catastrophiques sur la condition laborieuse des ouvriers du capitalisme triomphant à l’époque, plusieurs doctrines cherchent à y répondre. On peut rapidement distinguer les doctrines suivantes sans rentrés dans les différentes nuances internes qui les caractérisent :

  • Il faut rappeler la pensée conservatrice et réactionnaire qui bien que déclinante à l’époque préconise le retour aux solidarités communautaires traditionnelles de l’Ancien Régime. Lors de l’affaire Dreyfus, la littérature de certains antidreyfusards vénère la paix sociale que permettrait ce retour aux inégalités immuables des communautés traditionnelles et ils reprennent les idées des penseurs conservateurs du début du XIXe siècle, Bonald et de Maistre. Ce courant nourrira notamment l’Action française de Charles Maurras.
  • La pensée libérale justifie la liberté du marché comme le régulateur le plus efficace de la vie sociale et considère que face à la misère absolue on peut admettre quelques mesures résiduelles de solidarité. En France un économiste comme Leroy-Beaulieu qui domine l’université à cette époque est significatif de ce libéralisme.
  • Se séparant de la pensée conservatrice, le christianisme social autant catholique que protestant développe l’idée d’une charité publique organisée en direction des plus pauvres, théorisées notamment dans les encycliques papales, notamment Rerum Novarum de 1893. En France ce christianisme social sera notamment à l’origine de la fondation en 1919 du syndicat chrétien, la CFTC. Dans l’Allemagne de Bismarck, le christianisme social inspire notamment les lois sociales paternalistes du Reich.
  • La pensée socialiste avec toutes ses nuances est en pleine ascension à cette époque pour fonder la lutte de la classe ouvrière ayant pour objectif à court terme l’obtention de protections sociales forte comme étape vers l’expropriation des capitalistes et le socialisme. Certains selon une méthode révolutionnaire et d’autres une méthode réformiste.
  • Le solidarisme a été élaboré par des penseurs républicains et notamment du parti radical socialiste. Le plus célèbre d’entre eux est Léon Bourgeois qui fut parlementaire et ministre de la IIIe République mais aussi un écrivain prolixe cherchant à fonder cette doctrine. Sur le plan intellectuel on peut rattacher au fondement du solidarisme le philosophe Alain et le sociologue Émile Durkheim. Cette philosophie politique va dominer le parti radical et une partie des dirigeants de la IIIe République de 1890 jusqu’à la fin des années 20. C’est souvent en se référant à cette doctrine que des parlementaires justifient le vote de certaines lois sociales, par exemple la loi très importante sur les accidents du travail de 1898, ou la création du premier ministère du travail avec René Viviani en 1906. En quoi consiste la pensée solidariste ?

Elle considère que la société n’est pas une simple agrégation d’individus libres et indépendants mais une société marquée par la division du travail débouchant sur la constitution de groupes sociaux interdépendants les uns avec les autres. Léon Bourgeois développe l’idée que chaque individu est beaucoup moins le fruit de son action individuelle que la résultante de sa relation avec les autres ; il affirme que chaque individu a une dette sociale d’une part vis-à-vis des générations qui l’ont précédé et notamment de celles qui l’ont formé, que ce soit dans l’univers familial ou dans l’univers social élargi, mais aussi une dette vis-à-vis des autres groupes et individus avec lesquels il est en interdépendance et en interaction et sans lesquels son action ne pourrait pas avoir lieu. Léon Bourgeois en déduit que chaque individu au cours de sa vie contribue à rembourser cette dette sociale en faisant que son action dans la société ne profite pas qu’à lui mais aussi à tous les autres. C’est ainsi qu’il fonde la solidarité comme étant au cœur de la vie sociale. De cette analyse, les solidaristes en déduisent une théorie de l’Etat : celui-ci doit être chargé de la coordination de la société, doit mettre en place un service public qui prenne en charge les biens communs à tous, et doit être fondamentalement laïque, c’est-à-dire indépendant des Eglises. Mais, le plus intéressant dans cette théorie concerne leur façon de traiter la question sociale.

Les solidaristes constatent que la vie sociale produit des inégalités illégitimes et justifie ainsi la nécessaire action de l’État pour corriger ces inégalités. En s’appuyant sur cette analyse, ils vont défendre la nécessité d’un impôt sur le revenu ce qui va entraîner des batailles homériques à l’assemblée. Le socialiste Jaurès en avait fait l’un de ses combats en déclarant à la Chambre dès 1894 : « L’impôt progressif vient corriger la progression automatique et terrible de la puissance croissante des grands capitaux. » Nommé en 1895 à la tête d’un gouvernement composé des seuls radicaux Léon Bourgeois propose l’impôt progressif sur le revenu, mais la mobilisation de la bourgeoisie et de la droite le fait tomber dès l’année suivante. Et ce n’est qu’en 1913, qu’un début d’impôt progressif sur le revenu est mis en place.

Léon Bourgeois défend également la nécessité des assurances sociales obligatoires sans lesquelles il ne peut pas y avoir de couverture des risques sociaux comme la maladie, les accidents du travail, la maternité ou la vieillesse. Ces différentes positions se heurteront à la résistance farouche de l’ordre établi, y compris au sein du parti radical, pour limiter au maximum ces lois sociales de la IIIe République avant que dans les années 30 on ne fasse un pas important avec l’assurance-maladie et en 1936 les réformes du Front populaire avec les congés payés et les 40 heures. Et lorsque le Conseil National de la Résistance écrit son programme en 1943 et lorsqu’il est mis en œuvre à la libération, plus personne ne parle du solidarisme qui a disparu avec la IIIe République mais on peut raisonnablement penser que ces réformes sociales sont dans la continuité de la pensée solidariste. La preuve notamment se trouve dans les écrits du fondateur de la sécurité sociale en France, Pierre Laroque, qui se réfère explicitement au solidarisme dans lequel il a été formé à la fin des années 20. On peut donc dire que le solidarisme est à l’origine du système assurantiel collectif, qui est un des piliers de l’Etat-providence.

Comprenons-nous bien : je ne défends en aucune manière le solidarisme. Par honnêteté intellectuelle je me contente de rappeler brièvement en quoi consiste cette pensée qui a inspiré les républicains ou plutôt une partie d’entre eux entre 1890 et 1930. On voit qu’on est aux antipodes du macronisme et de ses réformes fiscales qui accroissent les inégalités, aux antipodes d’une pensée libérale qui valorise la seule initiative individuelle et la réussite des premiers de cordée qui devrait mécaniquement profiter aux autres. Macron est dans la droite ligne du libéralisme et c’est faire injure aux républicains sociaux que de le raccrocher à cette lignée. Je considère donc que François Dosse, qu’on a trouvé souvent plus inspiré, participe d’une escroquerie intellectuelle en qualifiant Macron de solidarisme.

Ceci dit, quelles sont les failles et les faiblesses du solidarisme des républicains sociaux ? Quand on lit les œuvres complètes de Jaurès on rencontre souvent des arguments critiques vis-à-vis des solidaristes, même si il n’hésitait pas à s’allier avec eux pour obtenir des réformes sociales. Les socialistes reprochent à juste titre au solidaristes de marginaliser le rôle du conflit et notamment du conflit social. En effet les solidaristes partagent avec le christianisme social une vision organiciste de la société, employeurs et employés sont des groupes sociaux complémentaires dont on doit assurer le fonctionnement équilibré. Pour eux donc les conflits sociaux ne sont que des anomalies passagères qui résultent d’une mauvaise organisation. On trouve la même idée à la fin de l’ouvrage d’Émile Durkheim De la division du travail social. Cela va inspirer une longue tradition quant à la possible association du capital et du travail jusqu’à nos jours. Le général De Gaulle y fera lui-même ouvertement référence dans ses discours et dans ses lois dites de participation ou encore dans sa présentation du projet de loi soumise au référendum de 1969, qui précipitera son départ. Les socialistes d’avant 1914, au contraire, considèrent le conflit social comme inévitable dans un système capitaliste. L’intérêt des capitalistes et l’intérêt des salariés sont des intérêts contradictoires. Ils ne peuvent qu’engendrer ce qu’on a appelé la lutte des classes. Jean Jaurès et ses amis socialistes considèrent qu’elle est un moyen le plus souvent nécessaire pour arracher les conquêtes sociales. Il aura fréquemment l’occasion de reprocher aux radicaux socialistes leur hostilité à la lutte des ouvriers et de  condamner les gouvernements républicains qui n’hésitent pas à réprimer violemment les grèves ouvrières.

Le terme de solidariste a disparu dans les années 30 mais on peut considérer qu’intellectuellement il a triomphé pendant la courte période des 30 glorieuses parmi les dirigeants des grands partis de l’époque. Car dans cette période le capitalisme fordiste, appuyé sur son extension mondiale et notamment l’exploitation du tiers-monde, a pu dégager des marges qui ont permis aux partis et syndicats ouvriers d’obtenir des conquêtes sociales, comme la sécurité sociale, la réduction du temps de travail ou la hausse du pouvoir d’achat. Et quand on relie les textes des dirigeants sociaux-démocrates de cette époque où même des gaullistes ou des communistes, on repère rapidement derrière des références idéologiques formelles une inspiration solidariste. Depuis la fin des années 70 ce monde a disparu et la pratique solidariste (ou social-démocrate, ou fordiste…) n’a plus de grain à moudre. Et le capitalisme devenu un capitalisme financier organise méthodiquement désormais la régression sociale, tout en justifiant un libéralisme, parfois repeint en libéralisme social, qui permettrait à chacun d’assumer la responsabilité de ses actes (repenser à l’éthique de responsabilité dans la philosophie de Paul Ricoeur) et qui bien sûr ne peut que fustiger l’État-providence et les systèmes publics de solidarité.

Une autre limite du solidarisme doit être soulignée. En effet, les solidaristes des années 1890 jusqu’aux années 20 baignaient dans une croyance un peu aveugle dans les vertus de la science et de son application à la production et à la société. Il est vrai que le soutien au développement scientifique a été à cette époque un facteur de progrès, notamment contre les superstitions cléricales et conservatrices, mais cette époque n’a pas été très lucide sur les conséquences contradictoires du progrès scientifique. Par exemple le grand chimiste Marcellin Berthelot (qui fut aussi un écrivain politique et même un ministre dans le même gouvernement dirigé par Léon bourgeois en 1895) est assez représentatif de ce scientisme qui déboucha sur le productivisme destructeur que nous connaissons. Et c’est sur ce point que la critique faite par l’écologie radicale nous a apporté récemment une contribution décisive.

Au-delà de la nécessaire remise à leur place des raccourcis médiatiques, s’imposait une réflexion critique sur les théories politiques progressistes apparues au début du XXe siècle, afin de construire dans le nouvel âge du capitalisme dans lequel nous sommes rentrés depuis une trentaine d’années une nouvelle philosophie politique de l’émancipation. Mais cela est une autre histoire.

Le 23 octobre 2017

René Revol

 

Complément fiche : scandale de Sanofi

Samedi 14 octobre 2017, je publiais une vidéo sur ma chaîne YouTube pour dénoncer le scandale Sanofi, à la demande d’employés de l’entreprise, rencontrés lors d’une manifestation syndicale à laquelle je participais. Cette note de blog servira de complément technique et chiffré à cette vidéo.

Tout d’abord, il est bon de rappeler que le secteur de la santé est une des principales sources d’emploi sur le territoire Montpelliérain dans lequel l’entreprise Sanofi occupe la première place.

A la base, Sanofi fut construite sur l’idée de devenir un grand représentant national de la santé dans le but d’assurer l’indépendance thérapeutique de la France. La satisfaction de l’actionnariat et la recherche du profit maximum ne pouvaient alors constituer le seul objectif de cette entreprise nationalisée. Aujourd’hui, l’entreprise n’assume plus du tout sa fondation sur des fonds publics, ni son statut de champion national et notamment depuis décembre 2008 avec l’arrivée Christopher Viehbacher (qui touchera dès sont arrivée près de 2 millions d’euros avant même de commencer a travailler) qui va entraîner définitivement l’entreprise et ses salariés dans la tourmente de la finance. Sanofi devient alors, et de manière récurrente, une des premières entreprises du CAC 40.  Avec un taux de rentabilité parmi les plus haut, la classant en 2016, 61ème sur les 100 entreprises les plus rentables au monde juste derrière TOTAL et devançant L’Oréal et LVMH.

De même, l’entreprise entreprend dès la même année, un grand plan de « restructuration » entraînant le licenciement de plus de 5000 emplois depuis 2008 dont 1200 postes de chercheurs, alors même que l’entreprise a touché plus de 17 millions d’euros dans le cadre du CICE en 2014 et plus de 125 millions au titre du CIR.

Sanofi n’est donc plus une entreprise ayant pour but la recherche de l’intérêt général et le progrès de la médecine mais utilise ce qu’il reste de la recherche dans le but de maximiser leurs profits. Ce grand « décrassage » s’effectue entre autre au détriment de la population puisque Sanofi fait également l’objet d’une procédure au civil pour « défaut d’information » auprès des patients mais aussi des médecins qui ont prescrit la Dépakine, antiépileptique ayant causé des handicaps lourds chez des milliers d’enfants.

Sur Montpellier, un site industriel Sanofi va être démoli avant même d’avoir servi. Le bâtiment flambant neuf à la pointe de la technologie a été achevé en 2012 et a coûté plus de 107 millions d’euros. Le groupe annonce avoir changé de stratégie. Le bâtiment de plus de 9.000m2 équipé d’un matériel dernier cri en matière de recherche chimique ne servira donc jamais et va être démoli pour y reconstruire des barres d’immeuble. Pourtant en 2009, cette cellule de recherche était présentée par l’entreprise comme le summum de la recherche mondiale.

C’est donc sur ce constat alarmant qu’il parait nécessaire que les syndicats, les salariés et les milliers de personnes victime de l’entreprise Sanofi se mobilise pour la nationalisation de toutes les entreprises pharmaceutiques exerçant sur le territoire français afin que celle-ci soient véritablement au service du corps médical et de la population et non plus au seul bénéfice du capital et de l’argent roi.

Il est grand temps pour Montpellier de retrouver une synergie entre le secteur de la recherche, les hôpitaux et la santé.

 

Justice pour Thomas Sankara

 

Dimanche 15 octobre à 15H, j’étais à Montpellier allée T Sankara, aux côtés de Marianne Sankara son épouse, pour rendre hommage au grand dirigeant du Burkina Faso assassiné il y a 30 ans, le 15 octobre 1987.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette histoire Africaine, je rappelle brièvement que le capitaine T Sankara est arrivé au pouvoir en 1983 porté par une révolution populaire, il est devenu à l’époque en Afrique, le symbole de l’émancipation Africaine et de la justice sociale contre l’emprise néocoloniale notamment des élites françaises. Il a mis en œuvre dans son pays un processus de redistribution de la richesse au bénéfice des plus pauvres, un plan de scolarisation massif des garçons et des filles ; il a été aussi un ardent partisan du droit des femmes en Afrique. En 1986, au sommet D’Addis-Abeba il a appelé à l’annulation de la dette des pays les plus pauvres, précisant qu’ainsi les populations qui ne payerons plus la dette ne mourrons plus de fin, tout en étant certain que les préteurs non remboursés eux, ne mourrons pas de faim non plus. Il a appelé également à un mouvement international d’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Il fut immédiatement dénoncé par les puissants de la terre et l’année suivante en octobre 1987, il était assassiné dans son bureau présidentiel dans des conditions non encore élucidés, son successeur, Blaise Compaoré (dont en soupçonne sa participation au complot contre Sankara) a dirigé le pays d’une main de fer au service de la France Afrique et des puissants. En 2013 la révolte de la jeunesse et de la population l’a chassé du pouvoir et a permis l’organisation d’élections libres.

La renommée de Sankara est immense, dans toute l’Afrique, car il symbolise avec d’autre grande figure, la lutte pour l’émancipation africaine. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte lors d’un voyage dans une des iles du Cap Vert (ancienne colonie portugaise) lorsque j’ai vu dans certaines tavernes affiché cote à cote l’effigie d’Amílcar Cabral (grand révolutionnaire de Guinée-Bissau et du Cap vert qui fut assassiné par la police secrète de Salazar, le dictateur portugais) et celle de T Sakara. Il est significatif qu’il soit populaire même dans un pays non francophone.

Lors de la cérémonie du 15 octobre 2017, l’épouse de Sankara, Mariam SANKARA a lancé un appel solennel pour que toute la lumière soit faite sur les conditions et les complicités dans l’assassinat du dirigeant Burkinabé. Cet appel a été largement repris par de nombreuses associations. Je m’adresse au gouvernement français pour qu’il déclassifie les documents secrets défenses concernant cette affaire et qu’il aide la justice à faire toute la lumière sur cet assassinat, j’ai transmis cette demande à la députée de l’HERAULT Muriel Ressiguier que je représenté à cette cérémonie et au groupe des députés de la France Insoumise présidé par JL Mélenchon pour qu’ils appui cette démarche.

Justice pour Thomas Sankara

Rene Revol