Biographie

Enfance dans le pays minier dauphinois

Je suis né le 22 novembre 1947 dans une clinique de Grenoble. Mon père et mon grand père étaient mineurs dans les mines du Dauphiné. Ma mère venait de Picardie née d’un père ouvrier dans le textile qui fut gazé en 1918 et sa mère femme de ménage. J’ai passé toute mon enfance jusqu’à 10 ans dans un village de la Matheysine en Isère à 1100m au milieu des houillères. Le hameau au pied d’une des « sept merveilles du Dauphiné » (la Pierre Percée) s’appelle Putteville (ça ne s’invente pas !). Mon père m’a beaucoup marqué : peu scolarisé et ayant travaillé tôt, il rejoint la résistance en 1942 et participe à la libération de Grenoble. Ma mère l’a accompagné dans la résistance et ils sont tous les deux décorés (Légion d’honneur, Médaille de la Résistance…). Cette expérience dont il ne parlait jamais il a enfin voulu s’étendre un peu plus dans les années 90 : disparu en 2009 alors que nous commencions à écrire son histoire tous les deux… je souffre de son départ comme de celui de ma mère, décédée en juillet 2017. Mes parents sont devenus gaullistes en 1942 et le sont restés jusqu’à la mort. Cela a certes entraîné des tensions entre nous (notamment en 1968 !) mais nos rapports ont toujours été chaleureux et empreints de respect réciproque. Puis c’étaient des gaullistes fidèles au Programme du CNR !

Enfance donc entre paysans et mineurs, avec le froid et la neige l’hiver, les rivalités entre familles catholique (ma mère) et communiste (mon grand père paternel), les italiens qui chantaient si bien, les vaches qu’il fallait garder le jeudi, les virées dans les bois et les montagnes avec mes copains, puis cet instituteur borné que ma curiosité énervait et qui disait à ma mère que je devais faire comme les autres et finir à la mine… Mes parents ne suivirent pas son conseil et descendirent à la ville (Grenoble) où je fis mes études secondaires et supérieures. Cela m’a valu entre autres un passage dans une boite privée tenue par des curés. Si j’y ai certes rencontré aussi des maîtres compétents et ouverts (j’ai pu ainsi découvrir Marx via le jésuite Calvez que m’avait recommandé un curé iconoclaste… les voies du seigneur sont impénétrables !) leur principal héritage est de m’avoir insufflé le rejet du dogmatisme et nourri un anticléricalisme toujours aussi vivace à ce jour !

Jeunesse : 1968 à Grenoble

Après mon bac mes études supérieures à Grenoble me permettent d’obtenir le diplôme de l’institut d’études politiques et une maîtrise d’histoire, mais aussi des incursions en économie et en philosophie. Un travail de recherche m’a marqué : une enquête sur Andreu NIN révolutionnaire espagnol assassiné par la police politique stalinienne sous la république espagnole. De 1965 à 1972 mes années grenobloises ont été des années d’ébullition intellectuelle et politique absolument fabuleuses dont je pourrai parler des heures. La rencontre avec l’historien et professeur trotskyste Pierre BROUE qui fut mon maître pendant ces années m’a marqué pour la vie. Je rejoins les trotskystes fin 1966, après un passage éclair à la JC et au PSU. Les GER (Groupes d’études révolutionnaires), auxquels nous devions participé avant toute adhèsion, étaient des écoles extraordinaires sous la houlette de Pierre : lectures quotidiennes historiques et philosophiques (je me souviens encore de ce mois passé sans dormir à lire et comparer Kant et Hegel), obligation de dire ce qu’on pense avant que le « chef » parle, d’où l’apprentissage de la liberté de pensée, de la discussion argumentée, les témoignages de vieux militants ouvriers (ah ! la rencontre avec Charles MARTEL vieux militant trotskyste qui fut socialiste internationaliste avant 1914, responsable paysan du PCF dans les années 20 et, après être passé par Moscou, devenu trotskyste résistant et candidat aux élections législatives après la Libération à Grenoble… un personnage d’exception qui m’a beaucoup marqué). Quand je vois la pauvreté du contenu intellectuel et politique de certains partis politiques actuels, y compris très à gauche, je pense qu’il y a dans ce passé une leçon à tirer. J’ai autant appris dans ces GER qu’à l’université.

Enfin et surtout le déclenchement de la grève de 1968 (ah ! cette assemblée de l’UNEF de Grenoble de la nuit du 5 mai 68 où est arraché d’une voix l’appel à la grève) suivi de l’extraordinaire chevauchée d’une grève générale avec un comité de grève des universités de Grenoble à la direction duquel j’ai eu l’honneur d’y être élu pour en assurer l’animation et les contacts avec le mouvement ouvrier ; les liens avec celui-ci étaient forts grâce à nos relais à la tête de la CGT et ce, malgré les violences des staliniens du PCF de l’époque… Comme je ne supporte pas les perpétuels discours des anciens de 68 qui visent la plupart du temps à justifier leurs abandons postérieurs je me suis régulièrement abstenu de trop m’étendre là-dessus, fuyant les commémorations hypocrites. J’ai écrit quelques pages sur les leçons de ces évènements mais je les réserve aux jeunes qui s’engagent réellement dans l’action politique et sociale désintéressée, notamment à l’occasion du cinquantenaire en 2018. Ce que je retiens au fond de 1968, c’est cette une leçon politique qui reste chez moi profondément ancrée : si nécessaire soit-il, le mouvement social même le plus puissant ne suffit pas si en son sein ne se constitue pas une force organisée qui lui donne sens et direction et le dote des moyens d’accomplir sa mission. Ne pas s’en remettre au seul mouvement social pour tout régler, tout en veillant à ce que la force organisée ne se coupe jamais de celui-ci. Une vieille discussion théorique entre « lutte de classes et parti », entre mouvement et organisation, qui dans ce mois décisif s’est révélée cruciale et qui l’est toujours.

Syndicaliste étudiant

A la suite de 1968, je deviens président de l’AGEG UNEF à Grenoble. Ce n’était pas une mince affaire avec 1000 adhérents, une coopérative, un restaurant universitaire à gérer et un mensuel… Cela m’a appris à vingt ans à savoir mêler revendication exigeante et gestion rigoureuse. Une expérience qui me servira par la suite dans mes responsabilités diverses, y compris depuis 2008 à la tête d’une municipalité. Puis je suis élu au Bureau national de l’UNEF ; tout en poursuivant les études car l’organisation à laquelle j’appartenais (en tout cas sa branche grenobloise inspirée par Broué) tenait à ce que ses militants soient parmi les meilleurs étudiants et réussissent brillamment leurs examens… Si d’aventure l’un d’entre nous ratait son examen il était suspendu et privé de toute activité militante le temps de repasser l’examen et de le réussir ! Avec un tel régime on était tous des « bons ». Cela allait à contre courant du gauchisme dominant à l’époque avec des étudiants qui n’étudiaient plus et devenaient des militants permanents plus ou moins incultes. Cette dégénérescence gauchiste d’une certaine génération m’a toujours frappé et je remercie les nôtres de nous en avoir protégés. Par ailleurs, je suis assez fier d’avoir conduit avec mes amis ce mois de mai – juin 1968 à Grenoble sans qu’il n’y ait eu aucune bavure et en privilégiant en permanence l’action du grand nombre au lieu des coups montés par des petits groupes. Cette période ce fut aussi de formidables rencontres humaines avec des amis toujours là. Mon meilleur ami, Bruno FLACHER, toujours à mes côtés aujourd’hui, je l’ai connu en octobre 1965 sur les bancs de sciences po. Les amitiés internationales étaient nombreuses ce qui est normal vu nos convictions viscéralement internationalistes : algériens, vénézuéliens, québecquois et surtout les tchèques avec mon ami Karel KOSTAL militant du printemps de Prague qui débarque à Grenoble en 1970 fuyant la normalisation et la répression stalinienne. Lui aussi est toujours là et son avis compte tant pour moi. Enfin je croise un jour à Besançon un étudiant plus jeune que moi que je trouve brillant et sacrément fougueux : un certain Jean-Luc MELENCHON. Je remarque son brio, sa détermination et son indépendance d’esprit le rendant vite suspect aux yeux des petits bureaucrates trotskystes et commencera pour lui en 1977 une vie militante active à la gauche du PS dont on connaît aujourd’hui le résultat qui l’a mis en situation d’incarner l’alternative depuis 2012.

Ces années grenobloises voient ma rencontre amoureuse avec Martine VERLHAC que j’épouse le 22 mars (!) 1969, brillante agrégée de philosophie qui m’a tant appris, qui a été une grande professeure en lycée puis en Khâgne, militante syndicale, toujours indépendante d’esprit et qui a écrit articles et ouvrages forts intéressants. Nous avons eu un fils Nicolas

(devenu un magnifique montagnard) et nous avons divorcé en 1985. Martine est la fille de Jean VERLHAC qui fut le premier adjoint PSU et responsable de l’urbanisme de la Municipalité Dubedout à Grenoble de 1965 à 1983. J’ai un souvenir ému des discussions toujours animées et toujours bien documentées lorsque nous nous retrouvions en famille avec lui. Malgré les désaccords entre nous, j’ai une grande admiration pour son travail et son équipe municipale surtout quand on voit ceux qui les ont succédé avec le bandit du RPR Alain Carignon. Et c’est une grande joie pour moi de voir en mars 2014 la gauche rebelle grenobloise revenir sur la scène.

Une anecdote : lors de la campagne municipale de 1971 un tract du candidat de la droite, un certain Cabanel, calomnie Jean Verlhac en l’accusant entre autre d’être le beau père de « l’incendiaire trotskyste » que j’étais comme président de l’Unef grenobloise. Cette vilénie a scandalisé mon père qui était un gaulliste ancien résistant et respecté par les édiles de droite ; mon père s’est rendu au meeting de Cabanel et a pris la parole pour défendre l’honneur de son fils et de Jean Verlhac. Il termina son discours en appelant les authentiques républicains à quitter la salle et celle-ci se vida de moitié !

De cette période étudiante retenons aussi que je fus le premier inculpé au titre de la « loi anticasseurs », loi liberticide inventée par le ministre de l’intérieur de l’époque Raymond Marcellin qui permettait de poursuivre l’organisateur d’une manifestation pour des exactions commises par des participants à cette manifestation ! Bref la responsabilité collective contraire aux fondements du droit qui valut à la France une condamnation par la Cour de Justice Européenne. Cette loi fut abolie en 1981. Naturellement la police envoyait des agents en civil qui cassaient (rien de nouveau aujourd’hui donc !) et après ils arrêtaient les organisateurs. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai organisé au nom de l’UNEF une manifestation de masse en soutien à des lycéens du lycée professionnel Vaucanson. Ils ont voulu tester leur loi sur nous. La campagne de solidarité a été formidable tant dans le milieu étudiant que dans le mouvement syndical ouvrier : après seulement deux jours de prison j’ai été relâché. J’ai finalement eu un non lieu et le Préfet qui m’avait poursuivi a été muté. Il s’appelait Vaudeville (çà aussi çà ne s’invente pas !). La même chose est arrivée à Clermont- Ferrand au président de l’UNEF locale François PETAUTON et c’est avec un immense plaisir que je l’ai retrouvé à nos côtés au PG en 2013 dans le Comité de la ville de Sète dans l’Hérault.

Professeur de lycée et passionné de sciences sociales

J’ai passé mon CAPES en 1971, devenant professeur de Sciences économiques et sociales. J’ai réussi l’Agrégation dans les années 80. J’ai exercé dans des lycées de Chambéry de 1972 à 1986, au lycée Monge notamment (où j’ai été le secrétaire de la section SNES) puis à Montpellier au Lycée Mas de Tesse (aujourd’hui Jules Guesde) jusqu’en 1990, avant d’être nommé en classe préparatoire au Lycée Alphonse Daudet de Nîmes dans les prépas HEC puis en 1993 dans la préparation à l’Ecole Normale Supérieure dans la section dite BL « Lettres et Sciences Sociales ». Par ailleurs j’ai longtemps participé depuis les années 80 à la préparation des concours d’enseignement à l’IUFM (notamment aux côtés d’une professeure avec qui j’ai beaucoup partagé dans ce travail de formation des maîtres Catherine PEYROUX), à l’Université, à la préparation de l’ENA, à la formation continue des enseignants en me rendant dans différentes académies de France. J’ai aussi été membre du jury du Capes externe de SES pendant une dizaine d’années. Dans les années 90 et 2000 j’ai écrit quelques manuels scolaires (en collaboration notamment avec Alain BEITONE), un ouvrage universitaire sur la dissertation avec Jean ETIENNE, ouvrage qui a eu un certain succès dans la formation de plusieurs générations d’étudiants en économie, pas mal d’articles d’économie, de sociologie ou d’histoire et un dictionnaire de sciences économiques et sociales dont j’ai assumé la direction, ce dernier m’a demandé un travail assez colossal. Un mot particulier sur deux publications qui me tiennent cœur :

1- Les cahiers de SES qui résumaient en 40 pages une question économique et sociale qui eurent un certain succès parmi les étudiants (parmi les plus utilisés : Initiation à l’économie pour grands commençants, Consommation approche microéconomique et macroéconomique, sociologie du genre, épistémologie des sciences sociales, le concept de rationalité en sciences sociales, Tocqueville et la démocratie, La politique économique, sociologie politique….)

2- Ma dernière publication date de 2011 et met en perspective l’histoire du capitalisme sur le long terme. Comme vous le voyiez je ne me pense pas comme un savant mais simplement comme un vulgarisateur qui cherche à la fois à rendre accessible au grand nombre un savoir élaboré par d’autres et à garder en permanence un regard critique. J’espère vivement pouvoir conserver du temps pour continuer cette tâche.

Cette matière, les sciences économiques et sociales, je l’ai choisi alors qu’elle venait d’être créée dans les lycées en 1969 et elle est une des passions de ma vie : apprendre à des jeunes entre 16 et 20 ans les mécanismes de la vie économique et de la société, leur présenter les différentes grilles d’analyse en respectant leur indépendance d’esprit, nourrir chez eux leur esprit critique, mettre à l’étude rigoureuse des questions sociales vives…. Quelle chance d’enseigner cette discipline ! Mais il n’y a pas que le contenu de cet enseignement qui m’a retenu dans ce métier. Il y a aussi cette chance extraordinaire de fréquenter en permanence la jeunesse pendant 40 ans de sa vie. J’ai appris énormément avec eux. La jeunesse est un sismographe des ébranlements qui se passent en profondeur dans la société. Chaque année je repérais à travers eux les évolutions invisibles du corps social : une attitude, une remarque, l’expression d’un goût, une musique qui leur est chère…sans parler de leurs mobilisations périodiques, cela vous apprend beaucoup plus qu’un gros traité de sociologie. Ce contact permanent avec la jeunesse, je crois que c’est surtout ce qui me manque depuis que j’ai pris ma retraite en juillet 2011.

Un mot sur cette classe prépa du lycée Daudet à Nîmes qui a occupé ma vie intensément de 1990 à 2001 : d’abord j’y ai côtoyé des collègues exceptionnels avec qui j’ai pu avoir en permanence des échanges intellectuels féconds et qui m’ont nourri : je pense à plein d’entre eux comme Marjolaine, Brigitte, Patrick, Julie et beaucoup d’autres… mais je me dois de citer un nom c’est celui de Luc SIMULA professeur de SES dont la rigueur à la fois pédagogique et scientifique ont constitué pour moi des exemples. Mais comme je l’ai déjà dit les élèves étudiants furent pour moi une source permanente d’inspiration. Je sais que nombre d’entre eux lisent ses lignes grâce aux vertus de la connexion généralisée. Qu’ils sachent qu’ils sont sans cesse présents dans mon esprit et que c’est toujours avec joie que j’apprends leurs destins souvent exceptionnels.

Quatorze années chambériennes

Nommé à Chambéry de 1972 à 1987 j’y ai mené une vie militante politique et syndicale assez dense. Dans notre groupe chambérien de l’OCI (trotskyste lambertiste) nous étions vite plus d’une centaine ; nous damions le pion au PC et au PS. Des campagnes pour l’union de la gauche sur un programme de rupture avaient un écho de masse. Sans oublier la solidarité avec les dissidents d’Europe de l’Est : je me souviens encore d’un meeting où nous étions 1000 à Chambéry pour accueillir Leonid PLIOUTCH le mathématicien que nous avions arraché du goulag, accompagné par le mathématicien Michel Broué. Mes liens d’amitié m’ont amené à faire un voyage en 1982 pour aider secrètement la Charte 77 à Prague, voyage discret mais combien riche en rencontres humaines que j’ai retrouvé enfin libres dix ans plus tard. Ainsi une contradiction se développa entre d’une part le caractère unitaire et de masse de l’action de notre organisation locale (un fruit de la formation Broué) et le comportement sectaire de notre organisation à l’échelle nationale. Les conflits avec les méthodes de la direction de Lambert et de ses représentants (Berg, Cambadélis, Stora et tant d’autres) se multipliaient. Cette contradiction se règle par mon départ : je quitte l’organisation en question au milieu des

années 80. Mais je veille à deux choses : d’une part à bien me distinguer de l’opération Cambadélis dont je vois bien qu’il ne cherche qu’à se vendre à la direction du PS et non pas d’y développer un travail indépendant (l’histoire m’a amplement donné raison) ; d’autre part mon départ ne se fait pas sur la pointe des pieds mais je mets en place une tendance interne « pour le Front Unique » qui finit par excéder les bureaucrates lambertistes qui nous excluent….à mon grand bonheur. Bref ne pas capituler mais continuer son action cohérente est essentiel si on veut continuer l’œuvre émancipatrice.

En attendant mon expérience chambérienne fut aussi très instructive : la grève des mineurs de Fougerolles en 1976 et puis surtout le grand mouvement des Maitres Auxiliaires (enseignants sans statut corvéables à merci) que nous avons fait démarrer de Chambéry par un appel qui s’est ensuite répandu comme une trainée de poudre pour aboutir à un relatif succès dans un sacré bras de fer avec le rectorat et le ministère. Il me faut aussi dire ici un mot de mon expérience de syndicaliste enseignant au SNES, secrétaire de la section du plus gros établissement technique de l’Académie de Grenoble, le lycée MONGE, jusqu’à ma participation au Conseil National, avant que Martine prenne le relais avec brio. J’y ai appris l’importance de l’action quotidienne dans la défense des intérêts des salariés. Cette école militante est indispensable et je vois bien les défauts de ceux qui ne connaissent que l’engagement politique sans expérience syndicale.

C’est à Chambéry en 1983 que je rencontre Annie RUSCHER. Ma vie commune avec elle est un soutien extraordinaire depuis plus de trente-cinq ans. Elle est en 1983 Présidente de l’UNEF locale et Vice-Présidente de la fac. On se marie en 1987 et nous aurons deux enfants Maud (1988) et Simon (1996). Fille de Daniel premier secrétaire du PS de Savoie, là aussi les discussions familiales sont passionnées et passionnantes. Daniel Ruscher m’a beaucoup appris : membre du CERES puis du MRC nos discussions sur le fond ont toujours été d’un haut niveau. Mon attachement à la République, à ses valeurs, à la nécessité d’achever le programme républicain qui est une exigence permanente d’action, était un bon point de rencontre. Là aussi il y a une rupture avec l’antirépublicaniste gauchiste des années 70 ! Daniel a suivi avec passion mon aventure politique et nous a malheureusement quittés en 2010.

Je suis muté à ma demande à Montpellier et aujourd’hui après plus de dix ans dans la publicité Annie est professeure des écoles depuis 2000 et se passionne pour ce métier.

L’engagement au PS dans l’Hérault

En dehors d’un fort investissement professionnel (prof de prépa c’est un peu un sacerdoce !), mon activité est d’abord associative notamment dans les associations liées au Tiers Monde et à l’Afrique (d’où une belle expérience en 1988 avec le Burkina Faso en partant du lycée Mas de Tesse et la naissance d’une solide amitié avec Irénée DOMBOUE) ou dans les associations laïques (grâce notamment à l’entremise d’un ami Jacques FAUCHER disparu en 2012) ainsi qu’avec les parents d’élèves de la FCPE. J’anime aussi des cercles de discussion de nature politique et sociale. Ce sera le cas du Cercle Condorcet à la Fédération des Œuvres Laïques que je vais animer en étroite complicité avec le Professeur de Droit Constitutionnel, Dominique ROUSSEAU qui est devenu un ami très proche et que je consulte souvent malgré nos divergences. Jusqu’au milieu des années 90 j’ai hésité à me réengager politiquement pour deux raisons :

  •  je ne trouvais pas de positionnement politique suffisamment indépendant dans le PS nationalement et à l’extérieur du PS. Les autres groupes se perdaient en agitation inconséquente.
  •  Localement la politique me terrifiait et je n’avais aucune envie de servir une clique plutôt qu’une autre. Je me souviens d’une conversation quand je suis arrivé au Lycée

Mas de Tesse et que j’affirme à un collègue que je suis de gauche ; il me répond : « ici on n’est ni de droite ni de gauche on est soit Frêchiste soit Saumadien ! » (les deux grands riveaux du PS local, Georges Frêche, maire de Montpellier, et Gérard Saumade, président du conseil général). Je n’ai eu de cesse depuis de combattre ce clanisme politique. C’est ce système que je ne supporte pas. En 1995 lors du puissant mouvement social la « gauche socialiste », courant du PS, prend une position claire et nette ; je rencontre Filoche et surtout Mélenchon (que j’avais rencontré dans les années étudiantes) et je rejoins la Gauche Socialiste au PS, malgré mon hostilité à Julien Dray. Depuis mon amitié avec Jean-Luc n’a cessé de se renforcer. J’aime son engagement, son goût pour l’action, le fait qu’il ne s’en laisse jamais compter par les puissants et tout çà avec une très grande culture, un véritable intellectuel qui dépasse largement les petits scribouillards qui l’injurient aujourd’hui qu’il est en pleine lumière. En 1995, je sais que dans l’Hérault au PS, comme me le confie un membre du BN du PS, « je suis en terre de mission »… Fausses cartes, urnes bourrées, intimidations de toutes sortes, tout cela ne m’a pas trop impressionné et j’ai patiemment mené mon combat aux côtés d’authentiques socialistes qui voulaient défendre l’honneur du socialisme. J’ai rencontré des personnages fabuleux. Juste un mot sur Maurice VIOLS, militant syndical et socialiste exemplaire. Maurice m’a beaucoup appris sur les ressorts et les dessous de la politique socialiste dans cette région. Je lui ai juré de poursuivre jusqu’au bout son combat et je pense souvent à lui. Parmi les nombreuses personnalités authentiques que j’ai rencontrées dans le PS local je voudrais ici citer Jean KUGLER remarquable militant, qui a travaillé auprès de Quillot, laïque authentique, rationaliste et socialiste de toujours. Cela me permet de souligner la profondeur des convictions laïques dans cette terre d’Hérault ; j’ai très vite ressenti cette filiation laïque avec un de mes amis les plus proches, Jacques FAUCHER, ami d’enfance ardéchoise de Pierre Broué, instituteur, qui fut secrétaire de la FEN en 1958 et qui était toujours là dans les grands jours de mobilisation, avant sa disparition en août 2012.

La bataille interne au PS Héraultais est épuisante et je comprends que certains aient finalement renoncé. C’est pour eux que je n’ai pas lâché. D’abord on a essayé de m’éliminer en me faisant passer sous la barre des 5% dans les votes internes ; ils n’y sont jamais arrivés et j’ai même pu faire un score à deux chiffres ce qui est pas mal quand on sait le nombre de fausses cartes et de faux votes ! Ensuite on a cherché à me calomnier et par mon amie grabelloise Nicole BELLARD j’ai su les horreurs qu’on a osé dire sur moi, notamment Georges FRECHE, pour essayer de me faire lâcher (honneur à Nicole qui les a envoyé paître). Et si dans telle ou telle action je suis toujours là une manœuvre de dernière minute
m’élimine : ainsi pour les régionales de 2004 je suis normalement en position éligible et au moment du dépôt de la liste me voilà dans les derniers dans les positions non éligibles. Enfin en janvier 2007, Robert Navarro, premier secrétaire fédéral tout puissant depuis 1990, me fait exclure de la fédération, peine perdue en février la commission nationale des conflits à l’unanimité me réintègre dans tous mes droits et donne un blâme à la fédération de l’Hérault. Aujourd’hui en 2018 après la déroute du PS aux élections présidentielles et législatives de 2017, après l’hémorragie de la fédération de l’Hérault qui est passée de plus de 6000 adhérents à moins de 1000, les langues se délient et j’apprends beaucoup de choses alors que j’ai quitté le PS il y a dix ans.

Mais tout cela n’absorbait qu’une part minime de ma vie sociale et publique. La participation aux grands mouvements sociaux de l’époque dans mon lycée comme à Montpellier a joué un grand rôle : la grève de décembre 1995, la mobilisation de 1998 et 2000 contre le ministère Allègre, la grève et la mobilisation sur les retraites de 2003, celle contre le CPE en 2006, celle du printemps 2009 ou de l’automne 2010, ou encore la mobilisation contre la loi Travail en 2015. Construire des argumentaires, participer à des débats contradictoires, porter des actions

de masse… tout cela est important en soi mais aussi pour former à chaque fois une nouvelle génération. Cette continuité dans la transmission active forge la capacité de résistance du grand nombre dans notre société.

Education civique, lycées professionnels et Mélenchon ministre

La période 2000-2002 m’a permis de faire une expérience assez extraordinaire. Nommé Ministre de l’enseignement professionnel dans le gouvernement Jospin, Jean-Luc MELENCHON me demande de venir l’assister au Ministère. J’accepte un poste de chargé de mission à temps partiel tout en gardant l’essentiel de mes cours pour rester en liaison avec le terrain. Comme j’avais l’expérience de l’introduction de l’éducation civique en participant à des groupes d’expert et qu’en tant que Vice-président d’un jury de concours je connaissais assez bien la maison Education Nationale, Jean-Luc me charge d’introduire l’éducation civique dans l’enseignement professionnel. Cela correspondait à un de mes sujets d’étude : l’éducation au politique, sur laquelle j’avais écrit quelques textes et animé un groupe de recherche à l’IUFM de Montpellier. Après deux mois de travail dans la haute administration je découvre très vite sa rigidité et son incapacité à mener un changement positif, avec une méfiance profonde vis-à-vis des enseignants. Avec l’accord de Jean-Luc je décide d’aller directement sur le terrain avec les profs et les élèves pour les mobiliser sur cet enseignement novateur et bousculer l’administration. L’affaire a bien marché mais surtout cette expérience m’a permis de découvrir en traversant une dizaine d’académies et une centaine de lycées un milieu professionnel extraordinaire. Les profs de LP sont de véritables fantassins de l’éducation démocratique ; ils ont en charge les enfants issus des milieux populaires et ils déploient une énergie, un dévouement, une intelligence pédagogique comme je n’en ai jamais vu dans les lycées d’enseignement général où j’ai fait ma carrière. Alors que le savoir est souvent présenté dans l’enseignement général comme un facteur de distinction sociale, comme une barrière de classe, le savoir est dans l’enseignement professionnel vécu comme un facteur d’émancipation ouvert à tous. Ces deux ans passés avec les fils de prolos ont finalement fait évoluer ma façon d’enseigner dans la tour d’ivoire des prépas. Par exemple je n’oublierai jamais les deux heures passés un samedi matin dans le CAP chauffeur routier du LP de Pézenas…une richesse humaine inoubliable.

Je suis tombé amoureux du village de Grabels

Certains croient choisir le lieu où ils vivent ; parfois on se demande si ce ne sont pas les lieux qui vous choisissent. En 1992, Annie et moi avons découvert ce village aux portes de Montpellier et sommes tombés sous le charme : une cuvette où se croisent rivières, forêt méditerranéenne et garrigues, une ambiance qui se différencie nettement de ces cités dortoirs qui entourent Montpellier… je m’y suis installé et très vite je m’y suis senti adopté et heureux. Mes premiers contacts je les ai eu en amenant ma fille de 4 ans à l’école, puis comme délégué parent d’élève pendant 14 ans aux écoles du village ; dans le village des amis de toutes les générations se croisent dans des activités diverses de tous les jours. Très vite des racines se sont mises à croître sous mes pieds… Je ne me suis pas investi immédiatement dans la vie municipale, avec pour maire jusqu’en 2001 André Falgueirettes, dont je suis heureux qu’il soit devenu aujourd’hui un de mes amis. Outre les écoles et les activités associatives locales, mon intérêt s’est porté sur le risque inondations avec un premier événement en décembre 2001 qui s’est renouvelé en novembre 2002. Quand sa propre maison a été inondée et qu’on a fait le tour de sa maison dans un Zodiac des pompiers, on s’en souvient ! Après cette épreuve, au lieu de faire l’habituelle association de riverain (qui s’en tient le plus souvent à dévier le risque de chez soi) j’ai fondé avec un ami Jean-Louis PAGES (sensibilisé sur ces questions depuis longtemps) une association citoyenne centrée plus globalement sur la question de la gestion des risques hydrauliques et d’une urbanisation maîtrisée. Le succès rencontré par notre initiative prouve que cette méthode est la bonne. Cette bataille environnementale qui a débouché sur des réalisations concrètes obtenues de la mairie m’a beaucoup appris sur ce qui devait changer dans les pratiques locales. Depuis longtemps

j’avais fait mienne la devise devenue célèbre du poète portugais Manuel TORGA « penser global, agir local ». C’est cette démarche qui m’a amené à me présenter aux élections municipales en 2008 en m’appuyant sur les dynamiques locales plutôt que sur l’étiquette du PS. Elu en 2001 pour la première fois comme conseiller municipal d’opposition, j’ai pu suivre et connaître les dossiers locaux. En 2008 vu le bilan d’immobilisme total des sortants j’ai conduit une liste qui représentait une volonté de dynamiser notre commune en lui donnant à la fois les équipements qui sont totalement absents et le lien social solidaire qui lui manquait. Notre liste marquée par cette volonté de changement et composée d’acteurs de terrain tournait le dos aux ambitieux et aux caciques de village a fait un tabac. Frêche (qui a ouvertement appelé à voter pour le Maire sortant….soutenu aussi par l’UMP !) m’avait dit « Revol ! T’es qu’un intellectuel ! Tu es trop « rouge » ; tu ne feras pas plus de 20% ! » Résultat: 57% !

Ambition et modestie du mandat de Maire

En mars 2014, j’ai été réélu Maire de ma ville à la tête d’une liste citoyenne qui a obtenu au premier tour 49.97% (il manquait 3 voix !) et 56% au second tour. Cette liste n’était publiquement soutenue que par un seul parti le PG (la droite et le centre soutenant officiellement le candidat UMP et un candidat centriste était soutenu en sous main par le PS).

Sans rentrer dans le détail de mon action municipale à Grabels (il y a d’autres sources si cela vous intéresse) profitons de cette biographie pour jeter un petit regard personnel sur ces années d’action municipale toujours en cours. Cette expérience est proprement enthousiasmante et je ne partage pas le discours fatigué de nombreux élus. Pour plusieurs raisons : d’abord devenu maire à 60 ans mon objectif n’était pas de faire une carrière mais d’agir et de faire. Mon programme est affiché chez moi sur mon frigo et mon fils m’a dit le lendemain de l’élection qu’il cocherait chaque fois qu’une chose est réalisée. C’est une question de méthode : à l’inverse de la formule inventée par Pasqua qui affirme que « les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient », nous avons fait de notre programme un mandat démocratique donné par les électeurs ; c’est le ciment de notre équipe et notre guide. On redonne ainsi de la dignité à la vie politique. Ce n’est pas le lieu ici de détailler les réalisations de notre équipe municipale dans une ville qui dépasse désormais 8000 habitants, membre de la communauté de communes de Montpellier. Mais je veux simplement insister sur deux points forts éclairants et dont la portée est plus que locale :

Premièrement : village sous équipé en logements sociaux je me suis fait élire dans la clarté en disant qu’on allait rattraper notre retard ; aujourd’hui on est passé de 108 logements sociaux en 2008 soit 3% à plus de 500 en 2017, soit 15%, bref le rythme le plus élevé de toutes les communes de plus de 3500 habitants du Languedoc-Roussillon. Dans un contexte où les dispositions législatives sont faibles, où le privé maîtrise le foncier et la majorité de la construction, c’est un résultat qui montre à tous la force du volontarisme politique et que ce qui est fait à Grabels peut être fait ailleurs. Cela nous montre aussi qu’on pourrait régler la question du sous et mal logement dans ce pays si les lois nationales étaient plus contraignantes. Et contrairement à ce que racontaient certains cela ne nous a pas empêché d’être brillamment réélu car nous avons fait du logement social un sujet partagé par la majorité de la population qui est confrontée à l’inflation immobilière.

Deuxièmement : comme nous devions construire une nouvelle mairie, nous avons abandonné dans notre projet le concept classique des Hôtels de Ville pour construire une Maison Commune, retrouvant là le terme utilisé en 1792 quand furent fondées les municipalités libres, avec le transfert de l’état civil des paroisses aux municipalités. Notre Maison Commune rassemble non seulement les services municipaux, mais aussi un Centre Communal d’Action Sociale (avec son service emploi, logement, personnes âgées, handicap…), une épicerie solidaire, un centre socio-culturel associatif avec plus de 1000 membres, des salles ouvertes gratuitement à toutes les associations et la mise en place d’un guichet unique permettant aux

citoyens d’avoir un interlocuteur pour toutes les compétences au lieu de les laisser se perdre dans les dédales des différentes administrations locales. Un de mes visiteurs a appelé cela « la mairie du cœur ». Cela nous a beaucoup touché, et je pense que cela pourrait faire école, y compris dans les grandes villes en y installant des maisons communes dans chaque quartier, gérées pour et avec les habitants.

Ensuite dans ce mandat de Maire ce qui me passionne c’est le contact direct avec les habitants, c’est de partager avec eux leurs difficultés et de voir comment y faire face ensemble. Ce mandat de maire a une dimension personnelle que j’avais sous-estimé et qui en fait la richesse. J’apprends tous les jours au contact de la population. Les problèmes sociaux et sociétaux que j’ai analysé toute ma vie dans ma discipline universitaire prennent ici consistance dans les rencontres de femmes et d’hommes lors de séquences de vie bien concrètes. Cela nourrit tous les jours mon expérience et ma réflexion. Enfin, j’essaye de voir comment mes convictions politiques générales peuvent se traduire localement le plus précisément possible, tout en respectant scrupuleusement le mandat donné par les électeurs de ma ville. Cela contribue à affiner et perfectionner les idées générales. Cet aller retour entre le local et le global doit être une exigence intellectuelle permanente et c’est ce qui donne son sel à l’action concrète quotidienne.

La belle aventure de la Régie Publique de l’Eau

Une grande question nous a mobilisés : c’est la régie publique de l’eau. Nous en avons fait une question communale publique et bien que le PS et la droite aient défendu la DSP au privé nous avons organisé informations et débats pour au final organiser un référendum où la régie publique a obtenu 95% des voix avec plus de 50% de participation! C’est la preuve que lorsqu’on prend les choses par « en bas » en prenant au sérieux le peuple pour le faire juge, nos idées deviennent majoritaires. A l’époque en 2013 les beaux esprits ne cessaient de distiller scepticisme et découragement : « action inutile car la compétence eau est à l’agglomération » « De toute manière les entreprises privées sont plus fortes et plus efficaces» « ça ne se fera jamais puisque c’est Montpellier qui décide et que ce soit le PS ou UMP ils sont pour la DSP »…Nous avons tenu bon et on mesure aujourd’hui le chemin parcouru. Non seulement l’élection municipale de Grabels a validé notre démarche mais les municipales de Montpellier ont désigné un socialiste dissident qui avait dans son programme la mise en place de la régie ; en avril 2014 je suis nommé vice-président de l’Agglomération en charge de mettre en place la régie publique de l’eau ! Un bel encouragement à ne jamais céder aux puissants du moment. La mise en place de cette régie m’a mobilisé pendant trois ans, j’ai dû d’abord surmonter la résistance de l’administration métropolitaine qui ne cessait de dire que nous allions à la catastrophe. Nous avons mis en place un comité citoyen de suivi composé pour un quart d’élus, un quart de représentants de la société civile, un quart de chercheurs et d’universitaires, et un quart de représentants du personnel concerné. Ce comité, dont les débats étaient publics et filmés a permis d’organiser une pression citoyenne pour la mise en place de cette régie. Nous avons notamment pu imposer que ce ne soit pas une fausse régie avec une simple autonomie financière mais une vraie régie avec personnalité morale, avec dans son conseil d’administration non seulement les élus des villes concernées mais aussi les représentanst de la société civile et du personnel avec voix délibératives. Grâce à un travail acharné, la Régie a pu commencer son activité 18 mois seulement après la prise de décision, un temps record dans les transferts en France. L’année 2016, la première année de son existence, s’est achevée sur un bilan très positif, confirmé en 2017. Pour que perdure sur ce bien commun un contrôle citoyen, nous avons institué un observatoire montpelliérain de l’Eau. J’ai quant à moi participé à la Fédération nationale des régies publiques (France Eaux Pubiques, FEP), ainsi qu’au rassemblement des villes espagnoles favorables à la régie (Madrid, Barcelone, Valence, Valladolid, La Corogne, Cordoue…). Nous avons supporté à notre avantage la comparaison avec l’entreprise privée en démontrant sur ces deux années

d’exercice qu’une entreprise publique pouvait être à la fois plus juste (baisse de 10% du prix de l’eau) et plus efficace (investissements pour préserver la ressource multipliés par trois).

Au premier semestre 2017, j’ai commencé à avancer publiquement la perspective suivante : qu’au terme des contrats en 2021 les villes qui ne sont pas encore membres de la régie de l’eau puissent la rejoindre si les électeurs le confirment aux élections de 2020. Mais aussi et surtout, que l’assainissement, qui est toujours délégué au privé, revienne au public en 2021. Cela a naturellement immédiatement provoqué une tension politique et la mobilisation des lobbies concernés. Cela explique certainement la décision brutale du président de la Métropole et maire de Montpellier Philippe Saurel de m’évincer de cette responsabilité. Cet épiphénomène politicien ne pourra pas remettre en cause l’acquis formidable obtenu et l’attachement des citoyens à cet acquis. Quant à moi, je continue mon action sur l’eau, à la fois localement et nationalement comme au sein du comité de bassin Rhône-Méditerranée-Corse. Les juges de paix dans cette affaire seront les électeurs de Montpellier et de sa métropole en 2020.

La victoire du NON en 2005, le Parti de gauche, le Front de Gauche, et l’irruption de Mélenchon


Quand j’ai participé avec Jean-Luc MELENCHON au lancement du Parti de Gauche en novembre 2008 un ami journaliste – qui fréquente trop les sommets de la société pour parvenir à percevoir les évolutions en profondeur de la société – m’a gentiment téléphoné pour se dire attristé pour moi car je venais de signer mon « suicide politique »… Dix ans plus tard on mesure à quel point ce pronostic était faux. En fait tout a commencé par la grande rupture de 2005. Lorsqu’à une poignée de militants issus de la gauche des socialistes nous décidons en décembre 2004 de passer outre la consigne du PS et de faire campagne ouvertement pour le NON, nous avions fait le choix de la fidélité à nos idéaux plutôt que celui de préserver nos places : le OUI était alors donné vainqueur à 65 % ! 5 mois plus tard le NON l’emportait à 55% ! Entre ces deux dates ce fut l’une des plus belles campagnes politiques qui m’ait été donnée de faire : brochures, argumentaires, réseaux sur le net, réunions de quartiers et d’appartements par dizaines. Une organisation minutieuse de la campagne sur le département de l’Hérault derrière le Comité du Non de gauche dirigé par le professeur Dominique ROUSSEAU, ensemble à la manœuvre pour organiser meetings et activités des militants portés par une forte et durable camaraderie. Ma rupture avec le PS s’est inscrite dans ce moment de cette belle mobilisation populaire. Si nous avons été à la hauteur de la campagne du Non, nous n’avons pas été ensuite à la hauteur de son résultat. Celui-ci appelait la création d’une nouvelle offre politique par le rassemblement de toutes les forces de la gauche de transformation sociale. C’est ce que j’ai essayé de porter avec d’autres en étant l’un des dix portes parole nationaux des collectifs unitaires antilibéraux en 2006. Manifestement les différentes organisations n’étaient pas encore mûres ; nous l’avons payé par une terrible défaite électorale de la gauche en 2007. Pourtant une force immense était disponible : au Palais des Expositions le meeting du NON du 20 mai 2005 puis celui de l’unité antilibérale du 17 novembre 2006 ont chacun rassemblé plus de 5000 personnes… les plus grands meetings de gauche dans l’histoire de Montpellier.

En novembre 2008, en lançant le Parti de Gauche, nous avons voulu donner un signal à ce peuple de gauche qui résistait au libéralisme triomphant jusque dans les rangs du PS. Et il a été entendu. Alors, un pas décisif a été franchi. Il fallait monter sur la table pour exister et ce n’était pas évident : la première épreuve était d’avoir des élus aux élections européennes de 2009 et si nous n’y étions pas arrivé le risque était grand que le rassemblement se délite. La bataille a été rude mais le pari fut gagné. J’étais troisième sur la liste européenne dans la grande région Sud Ouest conduite par MELENCHON qui avec 8.5 % a été élu. Nous avons ainsi assis la notoriété de notre initiative auprès du peuple.

Puis en 2010 nous sommes allés plus loin en réalisant aux élections régionales l’union non seulement des composantes originelles du Front de Gauche, le Parti Communiste Français et le Parti de gauche mais aussi dans cette région avec le NPA, les alternatifs et l’écologie radicale. On m’a confié la tête de liste régionale et nous avons mené une belle campagne dans un contexte difficile. En effet le système médiatique ne s’intéressait qu’au règlement de comptes entre d’un côté la Maire de Montpellier, qui s’appuyait sur la légitimité nationale du PS, et Georges FRECHE, qui a joué sur le Midi contre Paris, sans compter la valse hésitation entre EELV et PS…et tout çà sans qu’on dise un mot des programmes !! Nous avons tenu bon et malgré une notoriété régionale moins importante de notre tête de liste nous avons défendu un vrai programme alternatif fondé sur un projet de relocalisation des activités et de la priorité au social et aux services publics. Ce programme on l’a décliné sur cent exemples concrets à travers la région, faisant se lever des forces nouvelles. Cette campagne a noué des fraternités militantes durables. Voyager ensemble pendant trois mois en sillonnant la région avec François LIBERTI du PCF et David HERMET du NPA nous a beaucoup rapprochés. 8,6% et 76 000 voix en étant devant la liste officielle du PS ce n’est pas un mince exploit dans une situation où Frêche surfait sur l’apolitisme du Midi contre Paris.

L’expérience politique dans laquelle je suis engagé depuis dix ans est unique : construire un nouveau Parti à gauche qui ait vocation à bouleverser la donne et pas seulement à témoigner ou à réclamer un strapontin à la social-démocratie. Je retrouve les élans de mes 18 ans à la veille de 68, bien sûr dans un tout autre contexte. Ce qui m’impressionne dans l’aventure politique engagée depuis la création du PG en 2008 c’est le croisement d’expériences militantes fort différentes : anciens socialistes, anciens communistes, anciens trotskystes, anciens écologistes ou républicains, militants longtemps seulement syndicalistes, et aussi beaucoup de jeunes, d’employés, d’ouvriers dont c’est la première expérience militante. Une chose est donc sûre : ce ne sera pas une vielle boutique repeinte. Aucun d’entre nous n’a le sentiment de continuer une ancienne organisation et nous sentons tous les jours ce qui est à la fois une joie et une angoisse : faire du neuf. La fusion de ces expériences croisées est un enjeu essentiel pour l’avenir d’une action émancipatrice. Cela est difficile et nécessite respect, patience, détermination, constance… la puissance de feu de notre porte parole Jean-Luc MELENCHON amène vers nous des adhésions nombreuses. Savoir les accueillir et les mettre dans un cadre commun d’élaboration et d’action me paraît la tâche de l’heure. Naturellement les beaux esprits qui croient que tout est communication, que les partis sont dépassés, que l’important est de bien paraître ne peuvent pas comprendre…car « faire de la politique autrement » cela commence par « faire un Parti autrement » appuyé sur l’initiative populaire, le désintéressement, l’intelligence collective. Depuis 2008 puis-je énumérer tous les amis de cette aventure à Montpellier et dans l’Hérault : Alain, Joël, Juliette, Bruno, Thierry, Marie- Annick, Pierre, Myriam, Marielle, Valérie, Didier, Pierre, Franck, Marie-Hélène, Muriel, Chantal, Nicolas, Claude, Jean François, Jean-Luc, Michel, Dimitri, Sophie…et tant d’autres qui doivent m’excuser de ne pas pouvoir les citer tous mais qu’ils sachent ce que je leur dois : une nouvelle jeunesse politique !

Dans ce cadre, la campagne présidentielle de 2012 est un acquis essentiel qui a déterminé la suite des évènements. Ce n’est pas le lieu ici de faire une analyse mais de transmettre une expérience : sentir jour après jour que des couches nouvelles de la population s’ouvrent à nos arguments et à nos solutions c’est une chose que je n’ai pas souvent rencontrée et qui était physiquement palpable. Meetings massifs, manifestations politiques, débats publics passionnants…Tout cela pèse et plus personne ne peut envisager de revenir aux campagnes pépère d’autrefois !

Du Front de Gauche à la France Insoumise

L’expérience politique du Front de Gauche s’est heurtée à un obstacle de taille : l’incapacité du Parti Communiste Français et de ses dirigeants en particulier de se dépasser pour construire une offre politique nouvelle. Cela s’est très tôt vérifié dans le refus du PCF de l’adhésion directe au Front de Gauche par les citoyens. Cela condamnait celui-ci à apparaitre comme un cartel d’organisations que la masse du peuple assimilait au reste de l’offre politique. Les échéances électorales de 2014, notamment municipales, ont ouvert une crise politique du Front de Gauche. En effet, les dirigeants du PCF ont préféré une alliance avec le Parti Socialiste pourtant déconsidéré par la présidence Hollande, plutôt qu’une offre politique alternative. Cela s’est vérifié à Paris, mais aussi à Montpellier où la totalité des élus communistes, comme EELV, ont rejoint le PS qui a subi une déroute électorale sévère. Il fallait prendre acte de cet échec sans trop tarder, sinon tout le monde aurait coulé avec eux. Cela fut le fruit d’une maturation et d’une discussion vive jusqu’au sein du parti de gauche. Les élections régionales d’Occitanie en décembre 2015 offrirent un répit en permettant à une liste rassemblant le Front de Gauche et les écologistes d’obtenir 10% puis d’opérer une fusion technique avec le PS pour conserver la région face au Front National. Mais très vite, les dirigeants communistes et écologistes préférèrent leurs places auprès du PS que la fidélité à leurs convictions.

Il fallait rompre. En février 2016, cette rupture fut actée par la déclaration de Jean-Luc MELENCHON qui lançait sa candidature et le mouvement de la France Insoumise. Etant arrivé aux mêmes conclusions que lui, je me suis engagé pleinement dans cette nouvelle aventure et je ne le regrette pas. Ce n’est pas le lieu ici de rentrer dans les détails de cette campagne formidable. Je me contente d’en tirer deux leçons : d’une part, ce mouvement a permis un renouvellement générationnel exceptionnel et une vague de jeunesse et de dynamisme nous a entrainés à l’image de ce que l’on a vu aux Etats-Unis avec Sanders où en Angleterre avec Corbin. Les 16-25 ans ont fait là leur première expérience politique de masse, et construit ainsi une relève qui donne confiance dans l’avenir. Le soir du premier tour, avec près de 20%, j’ai vu sur leurs visages à la fois leurs larmes d’échouer de si près et leur détermination à être une force nouvelle. On le vérifie encore en cette année 2018 dans les campagnes menées derrière les 17 députés de la France Insoumise à travers tout le pays. La deuxième leçon, c’est le fait d’avoir élaboré un programme et un projet alternatifs qui répondent aux enjeux sociaux et environnementaux du monde nouveau dans lequel nous sommes entrés. L’Avenir en Commun, puisque c’est le nom de ce programme, s’appuie sur à la fois une rupture et une transformation des cadres idéologiques qui nous avaient formés précédemment, j’ai parfois le sentiment depuis quelques années de rentrer dans la formulation d’un nouvel âge de l’émancipation. Il faudra que je travaille à formuler cela.

Je viens de fêter mes 70 ans, et j’ai plein d’élan pour les combats qui viennent.

1er février 2018

René REVOL

4 réponses »

  1. Quel chance, à 48 ans, d’avoir rencontré quelqu’un comme vous!
    A l’heure où, comme bien d’autres, je me sentais épuisé et trahi par le comportement de la pluspart des hommes politiques que j’ai pu rencontrer à ce jour, vous êtes une source d’espoir et de confiance renouvelée en l’avenir.
    Votre intégrité , la pertinence de vos idées et la conviction avec laquelle vous les exprimez et les appliquez font de vous un véritable exemple, capable de réconcilier des gens blasés, comme j’ai pu l’être, avec le sentiment d’altruisme qui devrait prévaloir dans les échanges humains.
    MERCI.

  2. existe-t-il des ouvrages en français ou en espagnol sur Andreu NIN ? Je crois qu’on le surnommait : » el noy del sucre « ? Merci

  3. Les outils de lutte contre l’exclusion et la pauvreté ne permettent pas de lutter efficacement, à cause du mode calcul comme le RSA en effet si on prend l’exemple du RSA c’est les revenus du foyer fiscal et non l’individu. Prenons un couple dont l’un est ouvrier et l’autre demandeur d’emploi sans indeminité, ce dernier ne touchera pas de RSA car son conjoint a un revenu meme s’il est au smic, car le calcul du RSA comme de nombreuses allocations est basées sur le foyer fiscal et non l’individu proprement dit. Or c’est scandaleux car beaucoups de gens vivent dans l’e’xclusion meme quand un de deux bosse alors que les riches deviennent de plus en riche.
    Etes vous pour une reforme du calcul des allocations RSA , allocation logement en ne prenant pas le foyer fiscal mais l’individu?

  4. C’est par hasard que j’ai fait le rapprochement du René Revol que j’avais connu dans les années 60 au Rondeau ( et oui le collège catho, où tu as acquis tes convictions laïques moi aussi !) et le René Revol du midi … il a fallu que je ressorte des photos de classe pour voir que c’était bien le même … et avoir la joie au coeur de voir que nos chers maîtres-curés n’ont pas fait que des calottins de droite mais des gars solides dans la politique… que ne renierait pas le Christ … n’en déplaise à certains !
    Heureux de te retrouver ( aussi grâce à Politis) dont je suis un lecteur assidu !
    à+

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