« Union, union… » de quoi es-tu le nom ?

À la veille de Noël, j’ai été sollicité par deux amis, engagés avec moi dans des combats locaux, pour signer une pétition pour « l’union de la gauche ». J’ai naturellement décliné leur invitation mais ces échanges furent assez instructifs pour que j’en rende compte ici.


J’ai commencé par leur demander qui était à l’initiative de cette pétition avant de m’interroger sur son contenu car la crédibilité d’une parole est particulièrement déterminée par celui ou celle qui la porte. Or, cette pétition pour « l’union de la gauche » fut lancée principalement par de grands élus socialistes, mal placés pour venir nous donner des leçons d’union. Je ne prendrai qu’un exemple, celui de Carole Delga, Présidente de la région Occitanie, tant il est caricatural. En effet, celle-ci a fait sa campagne pour sa réélection en 2020 en jetant dès le début le discrédit sur la France Insoumise en portant des propos diffamatoires du type « islamo-gauchiste », « ennemis de la république »… Avant le premier tour, elle fit pression sur la liste écologiste pour que celle-ci renonce à toute alliance avec les insoumis, conditionnant une éventuelle fusion au second tour. La liste écologiste s’est pliée à cette exigence et a fait cavalier seul. Au soir du premier tour, et avec ses 7 %, EELV à proposé la fusion avec la liste de Carole Delga. Celle-ci refusa finalement, ajoutant ainsi la déloyauté à la désunion. Aujourd’hui c’est la même personne qui viendrait nous donner des leçons d’union de la gauche ? Mes amis ont convenu de la difficulté.


Examinons maintenant leurs arguments sur le fond. On me dit que la gauche ne peut pas gagner si elle n’est pas unie au premier tour. L’expérience historique montre que c’est complètement faux. La gauche a eu un candidat unique au premier tour en 1965 et en 1974, et dans les deux cas elle a perdu. La gauche a remporté trois élections présidentielles où elle était divisée au premier tour : en 1980, en 1988 et en 2012. J’ai constaté que mes amis, pourtant politiquement formés, avaient complètement oublié ces épisodes historiques. Le problème n’est donc pas la désunion de la gauche au premier tour qui se justifie par des orientations différentes sur le fond. Le problème est que les candidats de la gauche traditionnelle s’effondrent dans les intentions de vote et voient s’éloigner la possibilité d’être qualifiés pour le second tour. À partir du 10 décembre, la candidate du parti socialiste voit son score rejoindre le seuil fatidique des 5 % et la panique s’empare alors des dirigeants socialistes. D’où la frénésie de cet appel à « l’union de la gauche » et de la recherche de nouvelles personnalités. 10 jours plus tard, ces initiatives accentuent l’effondrement des candidats de la gauche traditionnelle, qu’il s’agisse du candidat écologiste ou de la candidate socialiste. Seul Jean-Luc Mélenchon, qui a refusé d’emblée cette course à l’échalote, voit ses intentions de vote se maintenir. À ce sujet, sur les sept instituts de sondage qui couvrent l’élection présidentielle, trois d’entre eux créditent Jean-Luc Mélenchon de 8 à 10 % et quatre de 10 à 13 %. Là aussi, mes amis ont reconnu ce constat.


Alors, puisque Jean-Luc Mélenchon est le candidat le mieux placé, pourquoi n’appelle-t-il pas au retrait des autres candidats pour se rallier à lui ? On me répond qu’il ne ferait pas consensus. En quoi Anne Hidalgo ferait-elle plus consensus ? Ou même Christiane Taubira dont personne ne connaît le programme.


Comme mes amis sont sincères et avides de débats, la discussion a pu se poursuivre sur la recherche des causes de la faillite de la gauche traditionnelle. Ils ont rapidement convenu que le quinquennat de François Hollande a été le paroxysme de la désillusion : élu sur le thème « mon ennemi c’est la finance », il a fait une politique constante favorable au capitalisme financier et fort peu écologiste. On doit prendre la mesure des effets dévastateurs dans l’opinion d’une telle trahison et particulièrement dans les milieux populaires. Cela a discrédité le parti socialiste à l’échelle nationale et ce dernier a tort de croire que les succès locaux de certains élus sont dus à leur étiquette politique. Il faut donc répondre sur le fond à la faillite de la gauche traditionnelle. Aussi ai-je donné à mes deux amis le programme de Jean-Luc Mélenchon « l’avenir en commun » dont la réactualisation aboutit à une publication récente et je leur ai demandé de s’en saisir pour se retourner vers leurs amis pétitionnaires afin de savoir si ce programme pouvait servir de base au rassemblement comme nous le proposons depuis un an. Passage à la sixième république, gestion collective des biens communs, fiscalité alourdie sur les plus riches, planification écologique… les sujets ne manquent pas pour faire campagne auprès des milieux populaires et de la jeunesse qui seront les arbitres de cette élection s’ils quittent le terrain des abstentionnistes.


Bref, le débat va se poursuivre mais convenons que les récents appels à l’union sont en réalité le nom d’une diversion pour ne pas faire le bilan d’une faillite politique.


René REVOL
27/11/2021

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