Mes notes de blog

Quand les hommes descendent dans la rue, on parle d’une émeute. Et quand les femmes s’en mêlent, c’est le signe d’une révolution.

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De Mirabeau sous la Révolution française « Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution »  à Kamel Daoud, écrivain et journaliste algérien « Quand les gens bougent, c’est une émeute, lorsque les femmes les rejoignent, cela devient une révolution », la même pensée revient à plusieurs moments de l’histoire humaine.

Elle m’est revenue en mémoire lors de cette formidable journée du 8 mars qui porte bien son nom de journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Alors qu’à 15 h 40 j’accompagnais des amies dans un service pour la grève symbolique de dénonciation de l’inégalité de salaire entre les hommes et les femmes, j’ai reçu d’un ami algérien un lien sur mon téléphone qui nous a permis de suivre l’extraordinaire marée humaine qui s’est déployée tant à Alger qu’à Oran, Constantine, Tizi Ouzou et toutes les villes d’Algérie. Les femmes y étaient très présentes avec de nombreuses pancartes, bien sûr pour la liberté et la démocratie, mais aussi explicitement contre la misogynie et le patriarcat. Puis nous avons pris connaissance des marées féminines et populaires en Espagne à Madrid comme à Barcelone.

L’engagement des femmes dans un mouvement social est le signe d’un approfondissement majeur du processus révolutionnaire. Cela est largement attesté dans l’histoire des mouvements populaires depuis la révolution française ; n’oublions pas l’importance décisive d’une manifestation de femmes pour la paix, le pain et la terre dans le déclenchement de la révolution russe en février 1917  !

Le processus auquel nous assistons aujourd’hui en Algérie est d’une profondeur inégalée. Certains évaluent à 15 millions de personnes ayant manifesté dans les rues. Il s’agit d’un des rassemblements populaires les plus importants de l’histoire récente. Son caractère à la fois pacifique et déterminé de ce mouvement dominé par une forte présence de la jeunesse et des femmes impressionne. Le pouvoir croit habile d’allonger les vacances universitaires pour affaiblir la mobilisation, mais gageons que cela aboutira à l’inverse ; en retournant dans leur famille, leur ville ou leur village les étudiants vont contribuer à la propagation de la révolte dans les profondeurs de la population. Si nous ne pouvons aujourd’hui prédire ce que va devenir ce mouvement, nous savons d’ores et déjà qu’y est posée la question centrale de la Refondation démocratique et sociale de la république algérienne. En proclamant haut et fort « un seul héros, le peuple », les Algériens entendent renouer avec les grands principes (bien vite oubliés au sommet) énoncés en août 1956 lors du Congrès de la Soummam : le futur état algérien devait être celui d’une « République sociale et démocratique ».

Le mouvement du peuple algérien contribue à nourrir la maturation politique et sociale d’une révolution citoyenne dans les autres pays tant au Maghreb qu’en Europe même, et singulièrement dans le pays qui a les liens les plus forts avec l’Algérie, la France bien entendue.

Au début d’une semaine où se prépare les grandes mobilisations du 15 et du 16 mars à la fois de la jeunesse pour la défense du climat et des gilets jaunes, je voudrais rendre compte dans cette chronique d’une anecdote surprenante mais très significative. J’ai la semaine dernière croisé dans la rue un groupe d’enfants d’environ sept ans, probablement lors d’une sortie d’un centre de loisirs ; quel ne fut pas mon étonnement de les entendre scander « Macron démission ! ». Les animateurs, l’air paniqué, ne savaient comment les faire taire. Engageant le dialogue avec les enfants et les écoutant attentivement, j’ai vite compris qu’il ne s’agissait nullement d’un pur mimétisme ou d’une simple blague. Ils ont clairement fait état de discussions au sein de leur famille très favorables aux gilets jaunes. Plusieurs m’ont dit que leurs parents, sans aller manifester, étaient pour les gilets jaunes ; ils connaissaient plutôt bien les principales raisons de ce mouvement : le pouvoir d’achat et la démocratie. Cela souligne s’il le fallait la profondeur sociale de ce qui se passe dans notre pays et ce que s’emploie à camoufler les tenants du système médiatique. Comme l’ont montré les travaux un peu anciens de la chercheuse Annick Percheron ou plus actuels d’Anne Muxel la «politisation des cours de récréation» est un symptôme indéniable de la profondeur des mobilisations sociales et politiques. Quand les enfants commencent à s’identifier aux questions et aux querelles des adultes cela est toujours très révélateur. Je demeure convaincu que le processus qui a commencé en novembre dernier travaille les esprits en profondeur et que le grand débat national est loin d’avoir atteint son objectif de noyer le poisson pour gagner du temps. Nous devons nous préparer à de nouvelles répliques et nous employer à en formuler l’issue politique.

Le 10 mars 2019

René Revol

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