Mes notes de blog

Le peuple en mouvement…

Gilets jaunes

Voilà un mois que des citoyens ont engagé, sans aucune consigne, un mouvement social d’une grande et profonde ampleur : celle des gilets jaunes rejoints par des lycéens, étudiants, marcheurs pour le climat, chauffeurs-routiers,  salariés… Pour avoir participer à ces regroupements dans la région de Montpellier mais aussi à Mende, avoir reçu en mairie des administrés « gilets jaunes » heureux de trouver avec leur Maire un élu pour les écouter avec bienveillance, j’ai très vite reconnu dans ce mouvement une véritable mobilisation populaire. Sous nos yeux se dessine un processus de révolution citoyenne qui va, quels que soient les aléas des semaines qui viennent, continuer à travailler la société. Les annonces de Macron de ce lundi 10 décembre ne changent fondamentalement rien ; le grand nombre a compris qu’il ne changera pas de cap. Président des riches un jour, ami des riches toujours ! Ce sont les contribuables qui financeront les quelques augmentations de pouvoir d’achat, pas l’ISF. Il lui importe avant tout de préserver les profits exorbitants des grandes entreprises et les revenus tout aussi exorbitants des très riches. La colère ne peut que s’amplifier.

Reconnaître la révolution citoyenne quand elle advient !

Mis à part Jean-Luc Mélenchon et les porte-parole de la France insoumise, les premières réactions à gauche des responsables politiques et syndicaux détonnent. Certes on ne sera pas surpris des propos lénifiants des sociaux libéraux et des dirigeants syndicaux habitués à se montrer accommodants avec le pouvoir.  Il est plus étonnant de voir la cécité, notamment au début, de certaines autres composantes de la gauche politique et syndicale a de quoi étonner. Telle celle d’un secrétaire départemental du PCF, par ailleurs conseiller régional ne ménageant pas son soutien à la Présidente socio libérale d’Occitanie. Mais ce fut parfois le cas, au début du mouvement, de certains amis proches, déconcertés par la nature de ce mouvement, mais qui ont bien évolué au fil des semaines. La difficulté à reconnaître que nous avons à faire à un bien réel mouvement social tient à une certaine disposition d’esprit bien enracinée dans la gauche politique et qu’il faut impérativement dépasser. Celle d’une vision préétablie des formes et contours que doit prendre un mouvement social, telle la grève de 24 heures ou la manifestation entre Bastille et République. L’initiative, à l’aune des références familières, devrait en revenir au syndicat pour l’organisation des grèves et manifestions sociales, laissant aux partis de gauche le soin d’en être le débouché politique. Cette vision, devenue totalement surannée, ne correspond plus au mouvement profond de la société.

Ce n’est pas faute d’avoir fait, dans le courant politique auquel j’appartiens, un travail théorique novateur depuis une dizaine d’années. Ce sont en particulier les premières réflexions allant dans ce sens formulées par François Delapierre, avant sa disparition brutale. Elles se sont nourries des difficultés rencontrées de la construction du Front de gauche, puis de l’échec en 2014 de cette formule politique, confrontés que nous étions à la volonté des dirigeants du PCF de garder un lien mortifère avec le parti socialiste. Nous avons alors élaboré un projet, une méthode et une forme nouvelle d’expression politique. Leur théorisation, dans l’ouvrage « l’ère du peuple » de Jean-Luc Mélenchon, a été le support de la France insoumise et de son programme, produit lui-même d’une collaboration et de multiples contributions qui ont fait éclore « l’avenir en commun ». Le cœur de ce programme tient dans la rupture radicale opérée avec cette société inégalitaire, la redistribution des richesses dans la perspective de la défense de l’intérêt général humain, sa capacité à décliner et associer des réponses cohérentes aux grandes urgences sociales, écologiques et démocratiques. Un programme qui n’est ni un catéchisme, ni un catalogue à imposer mais avant tout un guide pour l’action. Le seul moyen de sa mise en œuvre est l’implication populaire, ce qui est appelée la révolution citoyenne, car elle ne peut que passer par un mouvement populaire par lequel les citoyens eux-mêmes se prennent en main et  contribuent à fédérer les diverses couches qui composent la majorité de la population. Or c’est de ce processus que relève le mouvement social en cours ; il ne sert à rien de faire la fine bouche sous prétexte qu’il ne correspond pas aux rêves et schémas préétablis.

Face aux attaques politiques et médiatiques, le mouvement des gilets jaunes a tenu bon ; dans sa dynamique il a produit des éléments d’un véritable programme social de rupture. Le pouvoir et ses perroquets médiatiques ont, dans un premier temps, voulu identifier ce mouvement à l’extrême droite. Des journalistes ont voulu faire dire par tel ou tel gilet jaune que leur problème était l’immigration. En vain, malgré les efforts des amis de Le Pen. On a voulu ensuite réduire leur action au mépris de la question écologique de cette classe populaire qui fume des clopes et roule en diesel. Cela a conduit au contraire à inciter les gilets jaunes à mettre en avant leur intérêt pour une véritable écologie populaire e leur rejet de la vision punitive dont aurait à souffrir les pauvres et être épargnés les riches. Méritent d’être étudiés et lus les plates-formes revendicatives élaborées dans les boucles des gilets jaunes. On y note quatre orientations dominantes :

La première est le rejet de l’injustice fiscale que La droite et l’extrême droite voudraient circonscrire à un rejet de l’impôt et de l’État. Manque de chance les gilets jaunes ont de suite avancé l’exigence du rétablissement de l’impôt sur la fortune et réclamé que le poids des taxes et impôts soit d’abord supportés par les plus riches et les grandes entreprises augmentent. La justice fiscale qui est au cœur des discussions fait ressortir les propositions de « l’Avenir en commun » défendues en 2017 par Jean-Luc Mélenchon.

Le deuxième axe concerne le pouvoir d’achat ; là aussi les gilets jaunes ne s’en tiennent pas aux promesses de défiscalisation et de baisse des soi-disant de charges sociales. Très vite a émergé la question des bas salaires avec dans ce domaine la responsabilité directe de l’exécutif qui a le pouvoir de fixer le niveau du SMIC – avec la demande explicite de hausse du salaire minimum et celle de renégociation des salaires. À cela il faut ajouter l’exigence de l’augmentation des minima sociaux, avec l’accent mis sur la revalorisation des pensions, l’annulation de la hausse de la CSG et une augmentation qui prenne en compte la réalité de l’inflation. En 1968 De Gaulle ne s’était tiré d’affaires qu’en lâchant une augmentation de 30 % du SMIC, de 10 % de tous les salaires, de 10 % de toutes les pensions de retraite et d’une quatrième semaine de congés payés. Macron ne s’en tirera pas avec des mesurettes.

Le troisième axe de cette mobilisation n’est pas partout aussi fortement mis en avant ; c’est en dehors des grandes villes qu’il occupe une place essentielle. Il s’agit de la défense des services publics. La vague de suppressions des bureaux de poste, des écoles, des hôpitaux et services médicaux de proximité a fait des ravages dans le pays. Cette très forte exigence concerne aussi la disparition des transports en commun. Comme je l’ai souligné dans une note précédente, l’exigence du droit à la mobilité pour tous monte en puissance.

Enfin se trouve nettement affirmée la question démocratique. Je dois vous avouer à la fois mon bonheur et ma surprise quand sur un rond-point du nord de Montpellier un gilet jaune (qui se disait généralement abstentionniste) m’expliquer qu’il fallait passer à la sixième République ! Avoir des élus qui ne mentent pas et qui respecte les engagements qu’ils ont pris, pouvoir révoquer les députés et les présidents, avoir des référendums d’initiative populaire, donner la parole au petit peuple en utilisant tous les moyens modernes… l’exigence démocratique s’est invitée au cœur de ce mouvement.

Mais au-delà de ces revendications, sourd une hostilité très profonde au Président de la République qui incarne la morgue, l’arrogance des riches et le mépris le peuple. Sa légitimité est atteinte et il ne pourra plus comme il le faisait jusqu’alors se réclamer de la légitimité électorale de mai 2017. Légitimité d’ailleurs bien faible vu qu’il a été élu non pas sur son programme mais par défaut. Comment pourrait-il justifier les réformes qu’il prépare notamment celle catastrophique des retraites ? Sa majorité parlementaire en devient purement formelle et sans aucune assise populaire.

Une situation originale de double pouvoir.

Deux puissances se font face dans le pays depuis un mois. D’un côté, le pouvoir politique qui finit par se concentrer sur une seule personne, le président de la République, qui peut dans l’heure qui suit contredire son premier ministre ou un texte voté par sa majorité. Illustrant et approfondissant ainsi son propre isolement, il est rendu impuissant malgré les outils de pouvoir dont il dispose. D’autre part un mouvement populaire puissant qui se poursuit avec la même détermination. Comment cela peut-il évoluer ?

Le pouvoir a parié sur le pourrissement du mouvement et sur l’instrumentalisation de la violence des casseurs pour déconsidérer les gilets jaunes. Le 1er décembre il a laissé délibérément ceux-ci agir, trop clairement pour ne pas être remarqué ; l’effet qu’il escomptait ne s’est pas produit. Le 8 décembre il a accentué sa répression qui visait bien davantage les manifestants que les casseurs qu’on a pu voir évoluer dans les pillages en toute impunité. Les effets dans l’opinion sont à double tranchant pour le pouvoir : d’un côté il y a bien sûr la peur et la sidération d’habitants devant les saccages opérés dans leur ville, mais de l’autre ceci apparaît à la majorité des habitants comme une conséquence de la politique du président et de sa raideur. Le constat s’impose à tous : la popularité du mouvement ne faiblit guère malgré l’exposition complaisante des violences par les médias. Les enquêtes d’opinion signalent que deux français sur dix se déclarent « être des gilets jaunes » et que 7 sur 10 se déclarent être d’accord avec eux et les soutenir. Quant à la faible part de la population qui soutient le président, elle ne semble plus vraiment croire dans son autorité.

La situation de double pouvoir perdure… sans pouvoir durer. Cette question devra être tranchée. Et la seule façon pour y parvenir est de redonner la parole au peuple. Ni le changement du premier ministre et de son gouvernement, ni la promesse de grand débat citoyen dans les territoires dans les trois mois, ne sont à même de répondre à la situation. La solution démocratique est de permettre au peuple de voter. Si le pouvoir politique refusait l’issue démocratique et s’accrochait à ses prérogatives sans disposer de soutien populaire, la situation dans le pays ne pourrait que se dégrader.

En tout état de cause c’est à un des plus puissants mouvements sociaux de ces dernières décennies auquel nous assistons, avec remise en cause du capitalisme financier qui s’est toujours davantage imposé depuis une trentaine d’années.

Dans ce mouvement qui doit rassembler largement et pacifiquement, nous avons notre place pour y construire une issue sociale et démocratique.

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