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Macron : les illusions s’évaporent!

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Un des avantages d’être Maire d’une petite commune de 8000 habitants est de pouvoir discuter quotidiennement avec la population. Les habitants connaissent mon engagement politique, qu’ils ne partagent bien évidemment pas tous, mais vu les liens tissés depuis des années, ils font montre à mon égard d’une grande liberté de parole, n’hésitant pas à venir me dire leur sentiment sur telle ou telle question d’intérêt général, voire à faire part de leur opinion sur tel ou tel responsable politique.

Les occasions de rencontres n’ont pas manqués en cette rentrée, lors de notre fête locale mi-août, de la rentrée scolaire, de contacts avec les associations… Nombreux sont ceux qui s’expriment une déception, un ressentiment et parfois une franche colère contre le gouvernement et le Président de la République. Les principales illusions sur lesquelles Emmanuel Macron a bâti sa victoire électorale de 2017 sont en train de se dissiper chez la grande majorité de nos concitoyens. Je vais l’illustrer à partir de cinq thématiques.

Commençons par l’ancrage dans la population de l’image devenue la représentation la plus répandue d’Emmanuel Macron de président des riches. Elle a pris corps avec ces milliards distribués aux mêmes, la suppression de l’impôt sur la fortune, la baisse de la taxation des revenus du capital qui ont scandalisé beaucoup de milieux. Lors d’une discussion avec des bénévoles du Secours catholique, au lendemain de l’annonce du misérable plan de lutte contre la pauvreté, l’un d’entre eux m’a sorti : « en guise de ruissellement, on obtient un petit goutte-à-goutte ! ». Ils ne m’avaient pourtant pas habitué jusque-là à partager mes convictions politiques. Avec l’ouverture de la discussion budgétaire l’occasion va être donnée à chacun de se rendre compte d’un jeu de dupes. D’une part l’annonce de 6 milliards de transferts de pouvoir d’achat aux ménages – il ne s’agit de fait pour l’essentiel de mesures potentielles ou déjà comptabilisées. De l’autre 10 milliards bien réels transférés aux grandes entreprises grace à la pérennisation du crédit d’impôt – crédit d’impôts dont il est clairement démontré que les sommes concernées partent dans les dividendes et la spéculation financière et non utilisées par les entreprises pour investir et créer des emplois.

Une seconde désillusion porte justement sur la promesse de relance de l’activité et de l’emploi, censée justifier les sacrifices demandés à la population. Déjà la reprise de la croissance au cours de l’année 2017 nous avait été faussement présentée comme le résultat de la politique du gouvernement alors même que les mesures prises ne sont rentrées en vigueur qu’à la fin 2017 ; d’ailleurs toutes les analyses confirment : la croissance économique de 2,2 % pour l’année 2017 a été le fruit d’un contexte mondial spécifique (reprise de la demande des autres pays favorisant nos exportations, baisse du prix du pétrole, faible taux d’intérêt…) ; elle n’est en aucun cas due à l’amélioration du contexte intérieur. Quant à l’année 2018 la croissance économique marque le pas et la raison en est clairement définie : la chute de la demande interne.  Comme chacun le sait, la demande interne d’un pays est composée de trois grands éléments : la consommation des ménages qui représente sensiblement plus de la moitié de la demande interne, les investissements des entreprises pour leurs achats d’équipements et enfin les dépenses d’investissement de l’État et des administrations publiques. Or ces trois moteurs sont en panne.

La consommation des ménages a fortement ralenti, suite à la baisse du pouvoir d’achat provoqué par les mesures gouvernementales (hausse de la CSG, baisse du revenu réel avec l’inflation qui rogne tout particulièrement les revenus des retraités et des fonctionnaires, baisse de certains minimas sociaux, revendications salariales contenues dans un contexte de maintien du chômage…). Cette baisse de la consommation des ménages entraîne mécaniquement un ralentissement de l’activité économique : les carnets de commandes des entreprises ne se remplissent plus ; les employeurs réduisent les effectifs ; le cercle vicieux récessif se met en mouvement. On voit également le rythme des investissements privés des entreprises se ralentir – celles-ci ne s’engageant dans l’achat de nouveaux équipements que si elles anticipent une amélioration future de la conjoncture. La consultation des données sur l’état d’esprit des chefs d’entreprise montre clairement dans ce domaine un retournement de tendance au premier semestre 2018 avec l’élévation du pessimisme des dirigeants d’entreprise. D’autant que l’affaiblissement des investissements des entreprises lié à la baisse de la consommation des ménages n’est plus relayé comme autrefois par la demande publique, celle provenant des dépenses de l’État soit par l’augmentation du pouvoir d’achat de ses agents et des retraités, soit par les projets d’infrastructures publiques. Or désormais sous la houlette de l’idéologie libérale, l’État qui a abandonné ses politiques dites contra-cycliques tend toujours plus à diminuer ses dépenses. Pour 2018, cela a joué à plein sous l’effet des mesures prises dans le budget du gouvernement ; la baisse de la demande publique a induit le ralentissement économique. Dès lors pour un large public l’idée se répand que la politique de ce Président et de son gouvernement est non seulement injuste socialement mais aussi économiquement inefficace. J’ai pu dernièrement le constater lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise de Montpellier qui souhaitaient connaître les propositions de la France Insoumise. Préparé à faire face à des macronistes endurcis, qu’elle ne fut pas ma surprise d’y rencontrer un public fortement désillusionné.

Est-il bien nécessaire de développer la troisième source de désillusion : la question écologique. Emmanuel Macron, dont le programme électoral était plutôt indigent dans ce domaine avait cru pouvoir se rattraper en mettant dans son gouvernement une personnalité authentiquement écologiste, très connue et appréciée des français : Nicolas Hulot. Mois après mois nos concitoyens ont pris la mesure de la réalité du bien faible engagement du gouvernement dans ce domaine. Affaire du glyphosate, loi sur l’alimentation, choix sur le nucléaire, inertie face aux dérèglements climatiques qui affectent le monde et font grandir l’urgence d’une transition écologique dans les consciences du plus grand nombre. La démission de Nicolas Hulot a joué à la fois comme un révélateur et comme un accélérateur de cette prise de conscience. Le plus important dans cette démission tient dans la démonstration de la totale incompatibilité d’une politique écologique authentique avec le libéralisme économique et les contraintes budgétaires européennes. Le discours de Nicolas Hulot a eu un fort retentissement dans toutes les couches de la population ; l’analyse de la France insoumise, qui défend cette incompatibilité depuis toujours, en a été par là-même fortement légitimée auprès d’un nombre grandissant de personnes. Nous avons pu nous en apercevoir à l’occasion de la décision prise d’accueillir la manifestation d’Alternatiba, suite au refus du Maire de Montpellier de l’accepter sur son territoire.

L’illusion démocratique était le quatrième refrain du joueur de flûte de l’Élysée. Or la saison estivale fut pour lui proprement catastrophique avec l’affaire Benalla. Celle-ci a fait office de révélateur et d’accélérateur dans les consciences sur la réalité du macronisme. Non seulement parce qu’elle révélait la présence d’un barbouze dans la proximité intime du Président comme au bon vieux temps du SAC, mais surtout parce qu’elle révélait que le nouveau Président de la République, tout au contraire de ses promesses de transparence d’un « Nouveau monde », poussait à son paroxysme la centralisation autocratique de la Ve République. Bafouant toutes autres représentations que la sienne, qu’il s’agisse du parlement, des syndicats, des association… il laissait par contre grande ouverte la porte aux lobbys industriels et financiers. Cette désillusion démocratique s’est fortement répandue y compris parmi les «marcheurs». Plusieurs d’entre et non des moindres sont venus m’en parler lors de la fête des associations de la ville de Montpellier alors qu’ils savaient très bien à qui il parlait.

Enfin une dernière illusion s’est volatilisée, celle d’une recomposition d’un nouvel ordre international. Fin 2017 nous entendions certains nous dire que si la politique intérieure du gouvernement pouvait se discuter, il fallait reconnaître la puissance et la portée de l’action internationale de ce jeune homme qui savait tenir tête et s’adresser à tous les puissants de ce monde. Je me souviens sur ce point des propos de vieux socialistes de Montpellier qui ne tarissaient pas d’éloges sur le nouvel horizon européen tracé par le discours de la Sorbonne ! On nous avait fait déjà le coup de 1983 de l’espoir européen comme moyen d’émancipation… cela n’a pas duré longtemps. Inutile de s’appesantir ici sur l’évolution géopolitique récente, des États-Unis jusqu’à la Chine en passant par la Russie et le Moyen-Orient ; on y voit bien qu’Emmanuel Macron a été effacé du paysage, si ce n’est dans le champ de la poursuite des fournitures d’armes – entre autres pour que l’Arabie Saoudite puisse continuer à massacrer le peuple yéménite. Quant au rêve européen, pour la grande majorité de nos concitoyens cela ressemble plutôt à un cauchemar. Aucun des projets de Macron n’a été repris par les dirigeants soi-disant progressistes – qui sont de fait des conservateurs assujettis à la droite allemande. Je ne rencontre plus personne pour me vanter les mérites d’un hypothétique parlement de la zone euro…Quant à son actuelle gesticulation pour se présenter comme le rempart contre les nationalismes d’extrême droite au pouvoir dans plusieurs pays, elle se heurte aux faits bien réels, ceux d’un gouvernement qui refuse d’accueillir l’Aquarius.

Il nous reste huit longs mois d’ici les élections européennes ; le clivage ne peut que s’élargir dans le pays entre ceux qui veulent changer de politique en affirmant l’exigence de refus des traités européens et ceux qui vont continuer à défendre le maintien du carcan actuel.

Dans ce moment où dans les consciences du plus grand nombre la confiance dans la politique et le discours présidentiel s’effondre, l’heure n’est pas à l’entre-soi ; n’hésitons pas à parler à tous, à écouter et à accompagner un peuple dont la colère grandit.

René Revol
28 septembre 2018

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