Mes notes de blog

Réponse à D. Rousseau: TRISTESSE…

Dans sa chronique bimensuelle du 29 octobre dans Midi-Libre, Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à Paris 1 (après avoir exercé une trentaine d’années à Montpellier I), nous a profondément attristés par un amalgame ignoble. Faisant la liste de ce qu’il appelle les mouvements populistes en Europe, il cite dans les autres pays des partis d’extrême droite comme le FPÖ en Autriche ou l’AFD en Allemagne et lorsqu’il arrive à la France il omet le Front National et cite explicitement le mouvement de la France Insoumise ! Et comme seul argument il avance le fait que LFI parle des « gens » et aurait rompu avec le socialisme pour le populisme ! Dominique Rousseau est un intellectuel suffisamment averti pour savoir que la France insoumise et son candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon se basaient sur un programme écosocialiste, « l’avenir en commun », qui fut l’ouvrage le plus diffusé de la campagne présidentielle toutes tendances confondues. Comment rattacher à l’extrême droite un mouvement qui promeut la sixième république et l’élection d’une assemblée constituante, la réduction massive des inégalités par une réforme fiscale drastique envers les riches, pour la nationalisation démocratique d’une partie de l’économie et pour la planification écologique… Dominique Rousseau a parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec ce programme qui est proche de toute la gauche radicale européenne mais il est proprement inadmissible qu’il cherche à le salir en l’assimilant à l’extrême droite.

Le seul argument de fond qui est avancé dans son article consiste en une séparation binaire et primaire entre les affects et la raison, les premiers étant le ressort du populisme et le deuxième celui d’une véritable démocratie. Une simple relecture de Spinoza, Kant, Marx ou Jaurès – que Dominique Rousseau connaît bien – permettrait de rappeler que la vie sociale et politique mêle toujours de manière inextricable affects et raison. Qui plus est ne serait-il pas complètement déraisonnable, voire dangereux, d’imaginer que la démocratie exigerait des citoyens uniquement doués de raison, sans passion, sans affects, sans émotions. Au contraire c’est au sein de ce tumultueux mélange qu’il faut distinguer et choisir entre les orientations progressistes et réactionnaires.

Cette paresse intellectuelle nous a surpris chez un professeur qui nous avait habitué à plus de rigueur. Mais si on se réfère à des écrits et des interventions de Dominique Rousseau ces dernières années, nous trouvons une constante qui est implicite dans ce dernier article : une peur viscérale de la souveraineté populaire. Le fait qu’en démocratie le peuple soit le souverain en dernière instance a toujours gêné Dominique Rousseau, par exemple dans son opposition obsessionnelle à la procédure du référendum. Et il a souvent opposé à la souveraineté populaire la soi-disante sagesse d’un gouvernement des juges ou des experts, comme si ces derniers n’étaient pas soumis aux contradictions sociales comme le reste de la société. Il ne faut pas avoir peur de la colère populaire qui sourde de nos jours dans notre société et une fois qu’on a identifié que la source de cette colère se situe dans les inégalités croissantes produites par la domination du libre-échange du capitalisme financier, la tâche de l’intellectuel progressiste est de participer avec le peuple à l’élaboration d’un programme émancipateur. Dominique Rousseau fait une confusion entre stratégie et programme ; pour les insoumis, le programme de l’Avenir en Commun doit être mis en œuvre par une stratégie qui fait appel à la souveraineté populaire, théorisée dans la Révolution Citoyenne. Dominique Rousseau rassemble tout cela dans le terme confus de « populisme » ce qui lui permet de faire des amalgames indécents et ridicules.

Nous sommes tristes car nous étions très proches de Dominique Rousseau et nous nous souvenons comment à Montpellier il avait mené avec nous la magnifique campagne qui avait rassemblé toute la gauche du « non » lors du référendum de 2005.

Hervé Bokobza

René Revol

Catégories :Mes notes de blog

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s