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De la crise politique à la crise de régime : Une issue est possible !

Note du 6 mars 2017

Pris dans le tourbillon de l’écume, les hommes perçoivent mal les lames de fond qui structure la dynamique de la situation. Actuellement assourdis par le vacarme du feuilleton Fillon les commentateurs se noient dans le détail des événements et ne réfléchissent guère à la nature de la crise que nous traversons. En effet à plus d’un titre cette élection présidentielle révèle une crise politique majeure. Nous avions déjà noté que les deux derniers Présidents de la République représentants des deux partis gouvernementaux de droite et de gauche se trouvent empêchés de se présenter, celui de droite éliminé dès le premier tour de sa primaire, celui de gauche dans l’incapacité de pouvoir se présenter à sa propre primaire, fait exceptionnel pour un Président en exercice. À cela on peut ajouter l’élimination dans chaque camp de deux anciens premiers ministres, sans oublier l’élimination chez les écologistes de Cécile Duflot et le renoncement de son remplaçant à la compétition en échange de circonscription.

Une crise politique majeure

Le scandale d’emplois fictifs au profit de sa famille, qui a frappé François Fillon le 22 janvier et qui a eu un écho très profond dans la population, nourrit directement la crise politique. N’oublions pas qu’il y a eu avant le 22 janvier une profonde réaction dans l’opinion face à la découverte du programme de François Fillon, notamment sur la santé et la sécurité sociale. Le scandale est venu parachever la crise de confiance dans son propre camp. Crise accrue par le non-respect de la parole donnée par sa décision de se maintenir malgré une possible mise en examen, en contradiction avec sa propre parole. En mettant en cause la justice il porte atteinte au principe fondateur de la séparation des pouvoirs, marqueur selon Montesquieu de ce qui sépare le régime républicain d’un régime despotique. En mettant en cause la liberté de la presse et de son expression il porte atteinte à un des piliers de la démocratie moderne qui exige l’existence de forts contre-pouvoirs, contredisant même dans ce domaine des penseurs du libéralisme politique à l’origine de leur propre famille comme Benjamin Constant ou Alexis de Tocqueville. Ces différents constats ont été faits par de nombreux commentateurs mais ici je voudrais aller plus loin.

Nous sommes face à une crise politique majeure, grosse d’une évolution qui peut la transformer en une crise du régime politique. On peut parler de crise politique quand les forces politiques constituées qui gouvernent habituellement dans le cadre d’un régime stabilisé se trouvent mises dans l’incapacité de gouverner. Nous sommes dans cette situation. D’une part François Hollande, son gouvernement et son parti sont selon toute vraisemblance d’ores et déjà mis hors-jeu, tant est grand le ressentiment populaire. D’autre part la crise de confiance vis-à-vis du candidat choisi par la droite est si profonde qu’il ne peut plus raisonnablement espérer gagner ; son remplacement est d’ailleurs aussi problématique que son maintien. On est dans une situation extraordinaire où les deux parties ou coalition qui gouvernent alternativement depuis 40 ans se trouvent dans une incapacité à obtenir la majorité pour gouverner, ouvrant par là un vaste champ d’incertitude politique. Il est significatif que les deux candidats des partis de gouvernement peinent à rassembler au total le tiers des électeurs selon les enquêtes d’opinion. Nous sommes donc bien face à une crise politique majeure.

Vers une crise institutionnelle

Ce qui est en cause ce n’est pas seulement la capacité et la légitimité à gouverner. Ce sont les institutions elles-mêmes qui sont en mises à mal sous l’effet même du développement de la crise politique. Les institutions de la Ve République ont institué une espèce de monarchie présidentielle élective, juste tempérée par la nécessité d’avoir une majorité parlementaire correspondante. L’inversion du calendrier – le scrutin présidentiel avant celui des législatives – mise en place juste avant 2002 par un accord entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, entre les deux forces gouvernementales dominantes, a accru le caractère présidentialiste du régime. L’élection présidentielle devenait l’élection phare, suivie des législatives censées lui apporter une ratification plus ou moins large par la mise en place d’une même majorité parlementaire. Les deux forces gouvernementales dominantes, PS et LR, qui se sont moulées dans ce système depuis quelques deux décennies, s’apprêtaient en 2017 à en perpétuer la survie. Or les choses ne se passent pas comme prévues. Cela pour une raison fondamentale : les immenses déceptions produites dans chaque camp par les présidences successives de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ont provoqué un phénomène massif de rejet et une radicalisation politique des deux côtés. Au point qu’aujourd’hui, si on n’en croit les enquêtes d’opinion, les deux personnes qui risqueraient de se retrouver qualifiées ont toutes les chances de ne pas disposer de majorité parlementaire et de dépendre de combinaisons variables. Cette situation ne fera qu’aggraver la profondeur de la crise politique et la paralysie de l’action gouvernementale. Depuis une quinzaine d’années nous avons vu se combiner et se renforcer crise économique, crise sociale, crise urbaine et rurale, crise nationale aussi dans la relation à l’institution européenne et, aujourd’hui, la crise politique des forces gouvernementales dominantes qui cristallise ces différentes crises et ébranle le fonctionnement des institutions. Chacun de nos concitoyens, à sa manière et avec ses mots, a bien conscience de cette évolution. D’où l’écho de l’idée du passage à une sixième République.

Sortir de la crise : vers une constituante

Or si on regarde les principaux candidats l’analyse de leurs réponses à la crise institutionnelle est fort instructive : Marine Le Pen s’accommode parfaitement des institutions et renforcerait le caractère monarchique de la présidence. François Fillon envisage également le renforcement du présidentialisme dans la tradition la plus autoritaire du gaullisme. Emmanuel Macron joue aussi la partition très gaullienne, sur le mode parfois ridicule de la rencontre d’un homme et d’un peuple, et ne propose que de vagues mesurettes ou une banale moralisation de la vie publique. Ces trois candidats ne régleraient donc en aucune manière la crise institutionnelle, surtout que leur élection serait une élection par défaut s’appuyant sur l’abstention d’une partie des électeurs qui seraient dès lors non représentés et sur le rejet d’une autre partie de l’électorat.

La source unique de cette crise institutionnelle tient dans le rejet profond au sein de la population d’un système politique qui ne la représente plus. La solution consiste à prendre en compte ce rejet populaire pour lui fournir un cadre qui lui permette de refonder la République sur des bases véritablement démocratiques.

L’élection présidentielle de 2017 qui nous fournit l’occasion d’une transition pacifique vers cet autre régime politique est donc un moyen immédiat de dénouer la crise de régime qui monte dans notre pays. C’est ce qui fait la force de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. En effet celui-ci n’est pas seulement le candidat d’un programme politique, économique, sociale, internationale (et c’est déjà un acquis considérable qu’il y ait un programme élaboré de manière collaborative ce qui fait la différence avec tous les autres candidats) mais il est le seul candidat qui dès le lendemain de son élection mettra concrètement en mouvement le processus constituant vers une nouvelle République. On peut objecter que lui aussi aurait des difficultés à obtenir une majorité parlementaire comme les autres candidats mais avec lui dès le lendemain de son élection il active l’article 11 de la Constitution et déclenche ainsi de manière organisée et régulière le processus par lequel notre peuple pourra enfin instituer un régime démocratique. La possibilité pacifique et démocratique d’engager cette transition est à la portée de nos mains. Alors qu’en votant pour telle ou telle option centriste sous prétexte de faire barrage au Front National on n’aboutirait au bout du compte qu’à renforcer la paralysie et la dégénérescence des institutions et à s’éloigner toujours plus du peuple et de ses aspirations. Voilà pourquoi je juge essentiel de mener dans cette campagne une action résolue pour une transition vers une sixième république. Voilà pourquoi je serai présent à la marche pour la sixième république le 18 mars à Paris, répondant à l’appel de Jean-Luc Mélenchon.

René Revolbanniere

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