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La petite musique du « modèle espagnol »

Note du 26 novembre

Une petite musique commence à s’entendre dans les cercles patronaux et bancaires quand on suit un peu les notes publiées par leurs économistes aux ordres. C’est le retour du « modèle espagnol ». non pas celui qu’on nous vantait il y a une dizaine d’années où l’Espagne nous était montrée comme  l’exemple à suivre avec sa forte croissance fondée sur l’immobilier et le crédit facile joint à une forte dérèglementation et une restriction du déficit public… Si on ressortait ce que ces messieurs disaient à l’époque cela ferait mal car ce modèle en question a débouché sur une catastrophe économique et financière entraînant la plus forte récession qu’ait connue l’Espagne moderne avec son cortège de misère et de chômage. Non ce n’est pas de cela dont on nous parle aujourd’hui. L’Espagne serait un exemple de redressement de la compétitivité. Voyons cela de plus prés.

D’abord il est peut être utile de définir avec précision ce terme. En effet l’autre soir dans un Conseil d’agglomération de Montpellier où l’on dissertait sur « le redressement de la compétitivité de notre territoire » j’ai demandé à quelques élus de différents bords ce que c’était la compétitivité et j’ai eu des réponses pour le moins vagues : « le dynamisme » « le bonus » « la vigueur » « le muscle » « la productivité » et même « la vitesse d’adaptation »….la preuve que nos élites locales vivent dans une sorte de charabia cotonneux. La compétitivité a un sens très précis : il s’agit des parts de marché d’un produit, d’une entreprise, d’une branche. Elle s’améliore quand je prends des parts de marché nouvelles et elle se détériore quand j’en perds. Donc  redresser la compétitivité d’un pays c’est lorsque son économie marchande conquiert des parts de marché nouvelles que ce soit sur son marché interne ou sur l’export. On distingue généralement deux leviers de la compétitivité : d’une part la compétitivité prix, lorsque je conquiers des marchés par des prix plus bas que mes concurrents, et d’autre part la compétitivité hors prix lorsque je conquiers des marchés par d’autres moyens que le prix : la qualité du produit, l’innovation…baisser les prix et donc les coûts et innover sont donc les ritournelles qu’on nous ressert quand on parle de compétitivité.

Aujourd’hui l’Espagne redresserait sa compétitivité et cela serait un exemple pour l’Europe. Et quand on nous en parle ce n’est pas de l’innovation qu’on nous parle mais de la baisse des prix relatifs espagnols ; or cette baisse est due à trois phénomènes directement issue de la récession imposée à l’Espagne par les dirigeants européens et espagnols :
1) la montée massive du chômage (25% de la population active est sans emploi, un record !) ce qui fait baisser la masse salariale totale et surtout permet de faire pression à la baisse des salaires ;
2) lié au phénomène précédent la renégociation à la baisse des salaires dans les entreprises avec un chantage à l’emploi
3) la baisse des cotisations sociales et donc de la protection sociale en général.
Bref l’application du rapport Gallois avant la lettre par une baisse massive du coût du travail ce qui entraîne la baisse des prix relatifs des produits fabriqués. Remarquons au passage qu’il ne s’agit ici que de la compétitivité prix et qu’on est loin de tout effort dans l’innovation. Avec des prix plus bas l’industrie espagnol piquerait des marchés aux français et même aux allemands. Et il faudrait qu’on suive leur exemple. Renault ne s’y est pas trompé en annonçant la création d’une usine en Espagne tout en commençant un chantage en France pour limiter les salaires. On ajoute à cela « regardez le commerce extérieur de l’Espagne se redresse ». Mais cela n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. En effet si d’un côté l’Espagne arrive à maintenir un niveau d’exportations identique grâce à la baisse  de ses prix relatifs, c’est l’effondrement des importations qui fait que le solde s’améliore, or cette chute des importations est due à l’effondrement de la demande : chute du pouvoir d’achat, mois d’achats , misère, chômage, chute des investissements …tout cela serait bon pour le redressement. Non le modèle espagnol est un leurre.

On commence à le ressentir dans notre région. Un entrepreneur du bâtiment nous a confié qu’il voyait arriver sur les chantiers de plus en plus d’ouvriers qualifiés espagnols : charpentiers, menuisiers, carreleurs, plaquistes, électriciens, plombiers….les chantiers étant à l’arrêt en Espagne ils viennent travailler de manière tout à fait légale en Languedoc.  Cela est normal dans notre région mais ce qui l’est moins c’est leur nombre croissant et le fait que les employeurs payent ces braves gens au minimum, ce qu’ils acceptent bien entendu, exerçant ainsi une pression à la baisse sur des salaires locaux dans un gros secteur de la région (où en même temps les mises en chantiers ont reculé de 50% en un an).

Ce soit disant « modèle espagnol » c’est la relance par la baisse du coût du travail en rendant l’offre productive plus compétitive. C’est toujours le même modèle depuis le milieu des années 80 théorisé à l’époque par ceux qu’ont appelé les « économistes de l’offre » désignant ainsi la nouvelle doxa dominante néolibérale.  L’objectif est de croître économiquement en contraignant sa demande interne et en gagnant des parts de marché sur la demande externe ; bref d’avoir comme seul moteur de la croissance les exportations mais en contraignant les moteurs de la demande interne : consommation et dépenses publiques en souhaitant que les investissements des entreprises reste dynamique par la hausse des exportations et la hausse de la part du profit dans la valeur ajoutée au détriment du salaire.  Cela a commencé chez nous par la fameuse stratégie de la désinflation compétitive. Déjà le bilan de cette stratégie sur prés de vingt cinq ans d’expérience est particulièrement calamiteux. Elle n’a pu durer qu’à deux conditions : 1) que dans sa zone commerciale la demande interne des autres pays  continue à se développer. C’est ainsi que l’Allemagne a pu se développer grâce à la demande interne croissante des pays du sud de l’Europe. Le développement des pays émergents fut aussi le moteur des exportations. Ce ne peut plus être le cas de nos jours où la récession frappe tous les pays. Dans un tel contexte la hausse de la compétitivité se transforme en lutte à mort pour prendre des parts dans des marchés qui se  rétractent. 2) la deuxième condition de cette croissance consistait à compenser la baisse du pouvoir d’achat par une hausse du crédit privé comme public. Après la crise du crédit privé en 2008 et celle de la dette publique depuis 2010, cette variable d’ajustement s’est épuisée. Le modèle « Gallois » ou « espagnol » nous mène en 2013 à une exacerbation de la concurrence et plus de récession.

Or c’est exactement là où nous mène la politique désormais clairement assumée par Hollande et son gouvernement. Après les trois premières étapes de cet automne : 1) adoption de la règle d’or austéritaire du TSCG ; 2) présentation d’un budget d’austérité augmentant la pression fiscale sur le grand nombre, pas seulement les riches, puis la baisse des dépenses publiques ; 3) la rapport Gallois qui acte la recherche de la compétitivité par la baisse du coût du travail notamment en transférant le financement de la protection sociale des entreprises vers les ménages via la CSG et la TVA ; mais aussi en introduisant le crédit d’impôt généralisé pour les entreprises, qui plus est sans contrôle.  L’hiver va commencer par la « réforme «  du marché du travail avec la flexibilité qui passe par la remise en cause du CDI, clairement demandé par le patronat dans les négociations en cours.

Comme nous l’avions publiquement défendu dans nos meetings du 14 novembre : une autre politique est possible et crédible comme le démontre notre contre-budget (que je vous invite à diffuser largement) et le Front de gauche propose une majorité alternative en proposant aux écologistes et à la gauche du PS de former le support d’une alternative à l’impasse dans laquelle on s’enfonce.

René Revol.

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