Mes notes de blog

Hommage à Jacques FAUCHER

Note du 8 août 2012

Jacques FAUCHER nous a quittés ce mardi 7 août. Je tiens dans ce blog à lui rendre hommage. Je me contenterai ici de quelques remarques personnelles sans prétendre à l’exhaustivité et nous aurons l’occasion avec tous ses amis, qui le connaissent depuis bien longtemps avant moi, de revenir sur le parcours de cet homme et de ce militant extraordinaire. Mes premières pensées vont bien sûr à sa femme Marie, désormais seule après une vie commune de plus de 60 ans, et à son fils Gilles.

J’ai rencontré pour la première fois Jacques et Marie FAUCHER un jour de mai 1987. Je venais d’être nommé à Montpellier après 14 ans d’enseignement à Chambéry, précédée d’une jeunesse  grenobloise. Avec ma nouvelle compagne, Annie, nous avions décidé de construire une vie nouvelle à Montpellier. N’y connaissant personne, mon ami Pierre BROUE me conseilla d’aller voir son ami d’enfance et de toujours Jacques FAUCHER. Il fut donc mon premier contact à Montpellier. L’accueil fut extraordinaire : « ici tu es chez toi. Vous pouvez rester autant de temps que vous voulez ; le temps qu’il vous faut pour trouver une demeure à Montpellier » et très vite assiettes, verres et vins sortent sur la table pour marquer la fraternité nouvelle. Et il en ira ainsi dés que de nouveaux invités arrivaient chez eux. Cette ouverture aux autres et cette camaraderie spontanée impressionnaient tous les visiteurs. Car Jacques et Marie c’est d’abord ce lieu magique à Montferrier-le-Lez d’accueil et de fraternité.  Ce lieu a été pour moi le cadre de rencontres humaines exceptionnelles avec des personnages qui faisaient le séjour chez Jacques et Marie pour débattre des grands enjeux du passé comme du présent. Come ici je ne peux pas les citer tous je n’en retiendrai qu’un : « Raoul » le vieux militant trotskyste à la vie militante et personnelle si mouvementée avec qui nous avons passé des heures et des heures à mélanger les époques et les idées, pendant que Raoul enfilait les unes après les autres ses cigarettes Kent !

Car Jacques fut un grand militant du mouvement ouvrier et syndical de l’Hérault. Dés la sortie du Lycée ardéchois de Privas  – car Jacques revendiquait cette racine d’Ardèche- (où s’était noué la forte amitié avec Pierre BROUE, son aîné de deux ans) il rejoint après guerre le mouvement trotskyste notamment dans sa branche « lambertiste ».  Plus ou moins engagé dans les aléas des divisions de ce mouvement, il est toujours resté fidèle à ces idées et n’a jamais cédé à la mode. Il appartenait à cette tradition trotskyste qui refusait l’isolement sectaire et privilégiait l’action de masse notamment syndicale. D’où deux combats essentiels chez Jacques : le syndicalisme et la laïcité. En effet dés le début des années cinquante Jacques comme instituteur s’investit dans le SNI et la FEN. Partisan résolu de l’unité et de l’indépendance de la FEN, il se situe dans la tradition de l’Ecole Emancipée et de la fameuse motion BONNISSEL-VALIERE : lutte de classes, indépendance syndicale absolue vis-à-vis de l’Etat, démocratie interne….Ces positions sont majoritaires chez les instituteurs de l’Hérault et l’amène à s’opposer tant aux dérives droitières de la social démocratie qu’aux méthodes staliniennes du PCF. Cette puissance syndicale amène Jacques à se faire élire secrétaire général de la FEN dans l’Hérault en 1958. Cette conquête sera un formidable point d’appui pour son action, notamment dans la mobilisation contre le « coup d’Etat » de De Gaulle en 1958, où seuls la FEN, la CGT et le PCF s’y opposent. Il se distinguera aussi par son refus d’applaudir le nom de Kennedy en 1960, ce qui permettra à ses adversaires politiques de le déloger de sa position. Il sera de tous les combats et naturellement 1968. Ces dernières années, malgré des problèmes de santé, il ne ratait jamais aucune des grandes manifs en 1995, 2003, ou 2009.  Le combat laïque était pour lui un élément essentiel de l’action émancipatrice. Son intransigeance à ce sujet m’a beaucoup influencé. Avec son ami et complice, Antoine CONEJERO, il a construit associations laïques et multiplié publications et actions sur ce terrain. Il était résolument opposé aux nouvelles conceptions dites  de « laïcité ouverte » qui contribuait selon lui à remettre en cause les fondements mêmes de la laïcité de l’école comme de l’Etat. Il se présentait toujours comme un instituteur laïque.  

Ceux qui l’ont connu depuis bien longtemps avant ma rencontre qui fut tardive auront l’occasion de revenir sur son action passée. Mais je voudrais pour finir insister sur deux passions qui caractérisaient Jacques. C’était un fou de cinéma et il fut longtemps l’un des animateurs du Club jean Vigo et fut ainsi à l’origine du festival du cinéma  méditerranéen   de Montpellier aujourd’hui devenu une manifestation très connue qui à lieu chaque vacances de Toussaint. Par ailleurs Jacques était un véritable artiste de la photographie. Ces réalisations ont été un peu exposées et j’espère que nous aurons l’occasion de faire connaître son œuvre photographique remarquable.

Un mot personnel pour finir. Dans nos échanges sur la situation politique nationale et internationale nous avions une différence de sensibilité, bien que souvent d’accord sur l’analyse : il se disait « pessimiste » alors qu’il me jugeait trop « optimiste ». Il faut bien que je l’avoue : les faits lui donnaient souvent raison. Son expérience historique depuis les années 40 lui donnait une acuité politique et sociale aigue qui va me manquer.

Adieu, Jacques.

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