Mes notes de blog

Note du 7 février 2011

Le temps s’accélère et je dois écourter les nuits pour écrire sur ce blog. Dans cette note je traite de l’analyse des révolutions tunisiennes et égyptiennes et de leurs conséquences, des signes de fracture « en haut » et « en bas » en France et de la manière d’y assumer nos responsabilités, et dans ce cadre je dirai deux mots de questions politiques héraultaises.

La contagion révolutionnaire. J’imagine que vous êtes comme moi depuis des semaines, rivés sur vos écrans dés que vous avez un peu de liberté pour suivre la révolution citoyenne en marche en Tunisie puis maintenant en Egypte. J’écris ces mots dans le fameux « vendredi de la peur » et on voit en direct des centaines de milliers d’égyptiens converger dans les rues dans ce qu’eux ont décidé d’appeler le « vendredi du départ » ! C’est le premier enseignement de ces deux révolutions en cours : le moteur du changement est dans l’énergie populaire et sa soif d’émancipation. « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » affirmait la proclamation de fondation de la 1ère Internationale, écrite et lue par Marx et votée à Londres lors du meeting de solidarité avec le peuple polonais qui luttait pour son émancipation et sa liberté. Cela sonne comme un mot d’ordre neuf car c’est le fil qui relie tous les combats émancipateurs : n’attendons pas notre salut d’un chef suprême ou d’une tutelle étrangère au peuple, notre émancipation ne peut venir que de la mise en mouvement du peuple lui-même. C’est dans le combat même qui y conduit que se joue la société émancipée de demain. L’auto-organisation populaire de la révolution conditionne son issue et pose le fait que la nouvelle société ne pourra être fondée que sur la souveraineté populaire. L’effervescence qui continue en Tunisie après avoir chassé Ben Ali prouve la profondeur de cette exigence de souveraineté populaire. C’est pour cela que nous assistons à une révolution citoyenne : « révolution » parce que devant l’écrasement de toute liberté la seule issue est dans l’insurrection pour qu’ils s’en aillent (« dégage ! » va devenir un slogan universel !) et « citoyenne » parce que les peuples sont farouchement attachés à la démocratie et à la l’exercice de leurs libres suffrages. Cette puissance populaire fait peur aux puissants à commencer pour l’impérialisme américain qui n’hésite pas d’abandonner le soutien qu’il accordait aux régimes en place pour s’investir dans « l’organisation de la transition ». Nous allons suivre avec la plus grande attention cette vague populaire, ses avancées, comme ses difficultés, et nous devons exiger de nos Etats la plus forte solidarité contre la répression. La deuxième leçon (je l’avais précisée lors de mon billet précédent) c’est la façon extraordinaire dont revendications sociales et revendications démocratiques sont intimement liées. Cela est dénié dans la grande presse. Les grands journaux américains mettent en scène une « insurrection de la liberté » mais évitent soigneusement d’aborder les questions sociales, et les dirigeants européens emboîtent le pas à cette analyse. Or l’exigence de manger à sa faim et de conditions de vie décentes est un ferment de contestation dans ces pays où les peuples supportent de moins en moins que la misère grandisse y compris pour les jeunes diplômés alors que la richesse d’une infime minorité s’accroît dans des proportions vertigineuses. Or cette inégalité et cette misère, si elles sont jugées encore plus insupportables quand elle est portée par un pouvoir policier et dictatorial, elles ne tirent pas leurs sources de ce pouvoir mais de ce que ce pouvoir applique avec zèle les recommandations du FMI et des marchés financiers. Certains papiers ont fort opportunément souligné cette semaine que l’Egypte était de plus en plus montré ces derniers mois comme un « bon élève économique » avec son taux de croissance de 7% annuel et la croissance de sa production industrielle au point que The Economist (l’hebdomadaire libéral du capitalisme financier) osa parler d’un « Tigre du moyen orient » ! Comme les mêmes ne tarissaient pas d’éloges il y a quatre ans sur le  « fabuleux tigre celtique » irlandais…No Comment ! Or cette croissance se faisait avec des salaires moyens de 50€ et le FMI exigea et obtint que le budget fasse des économies en diminuant ses subventions sur les produits alimentaires de base…Et on voit se reproduire une loi remarquée par Marx en son temps (et aussi par Tocqueville d’ailleurs) : quand le développement économique s’accroît et que la misère perdure, cette dernière devient encore plus insupportable et se développent en même temps les aspirations et les déceptions avec comme résultat : l’explosion. Les peuples ne rentreront pas chez eux tant qu’ils n’auront pas le sentiment qu’on répond à cette urgence sociale. La troisième leçon concerne la question dite de la « menace islamiste ».  On voit à nouveau des esprits éclairés nous resservir la soupe mijotée depuis la décennie 90 et qui fut formidablement mise en scène suite au 11 septembre 2001 et ce qui suivit en Afghanistan et en Irak. D’abord nous n’ignorons pas du tout le caractère réactionnaire de l’islamisme radical qui de la même manière que le fondamentalisme religieux américain ou l’extrémisme de droite en Europe se nourrit de la crise sociale et politique pour offrir des « solutions » fondées sur l’exclusion et la haine des « différents » les plus proches : entre juifs et arabes, entre sunnites et coptes, entre sunnites et chiites, entre pakistanais et hindous, entre blancs et noirs, entre arabes et gitans, entre ….flamands et wallons …la liste est longue ! Mais justement la domination impérialiste occidentale qui dans le cadre de la mondialisation met en coupe réglée le monde a trouvé dans l’islamisme l’ennemi idéal pour faire passer sa domination. Moubarak a bien résumé cela « C’est l’islamisme ou moi », ce qui fut aussi le mot d’ordre de Ben Ali et cela avait commencé en Algérie par la suspension des élections de 1992 où pour éviter le FIS on eu une dictature militaire, résultat on a eu le GIA puis l’AQMI et leurs horreurs auxquels répondaient les horreurs de l’armée avec à chaque fois les mêmes victimes (des gens du peuple massacrés) et les mêmes bénéficiaires (les affaires prospèrent). Ce dispositif enfermait les peuples dans un dilemme sans issue et permettait de le maintenir soumis. C’est cela qui se brise sous nos yeux. Le processus d’émancipation en cours pose ainsi non seulement la question sociale et démocratique mais la nécessaire invention d’une issue laïque ; cela se voit dans tous les textes qui circulent aujourd’hui en Tunisie et en Egypte. Bien sûr rien n’est joué et la lutte est en cours mais comme le disait le vieux Engels : inutile de gémir ou de rêver, « c’est la lutte qui donne le résultat de la lutte » !

Où va la France ?

Certains bons esprits se rassurent : « la France ce n’est pas la Tunisie ou l’Egypte, ma brave dame ! »…Rien n’est moins sûr ! On avait déjà entendu que la révolution démocratique sud américaine n’était pas exportable en France, en oubliant que ce processus était déjà fort différent selon les pays d’Amérique Latine : l’Argentine de Kirshner ce n’est pas le Brésil de Lula qui n’est ni le frente popular uruguayen qui n’est pas Moralés en Bolivie, ni l’Equateur ni le Venezuela, ni Cuba….mais derrière ces processus différents il y avait un même mouvement politique et social de subversion sociale et démocratique. Il en va de même aujourd’hui et il n’est pas sans intérêt de rapprocher ce qui s’est passé en Tunisie et en Islande… qui à l’évidence sont des pays différents !  Or pour comprendre qu’en France on est dans une marmite en pleine surchauffe au bord de l’explosion il suffit de voir comment ces évènements tunisiens puis égyptiens influencent la mentalité populaire chez nous : je rencontre de plus en plus de citoyens des classes populaires qui n’hésitent plus à dire qu’il faudrait faire pareil. En tout cas la conscience qu’il est possible de relever la tête et de ne plus subir fait son chemin. Il ne faudrait pas croire que le retrait d’un mouvement social de grande ampleur comme celui des retraites l’an dernier signifie un recul de la volonté populaire d’en découdre. Un ancien étudiant devenu prof à Dôle m’a envoyé plusieurs messages pour me décrire la puissante mobilisation populaire dans sa ville contre le départ de l’usine Standard : non seulement les ouvriers concernés sont en mouvement (ce qui est la première entreprise de la localité) mais avec eux toutes les couches de la population : scolaires et enseignants, services publics, autres entreprises, commerçants etc.….Ce collègue peu politisé jusque là me décrit son engagement avec enthousiasme. Il en va de même du désastre dans l’éducation avec ces milliers de suppression de postes : dans le collège de mon fils c’est la révolte des profs et des parents qui gronde et je suis certain que la grève de jeudi 10 sera puissante. Il est clair partout qu’« En bas » on n’en peut plus ! Dans la vie quotidienne de ma  semaine on capte en permanence les petits signes d’une nervosité sociale à fleur de peau : dans la salle d’attente de mon médecin, dans le bus puis le tram puis le train pour aller bosser à Nîmes, dans la file d’attente d’une caisse de supermarché, en faisant le plein à la pompe …mais il est vrai que nombre dans l’élite ne fréquentent plus de tels lieux ou s’ils le font ne parlent plus normalement avec les gens.

Mais il n’y a pas qu’en bas que çà fout le camp. Significatif a été la mobilisation des compagnies de CRS qui ont finalement obtenu gain de cause. Le cœur de l’Etat c’est la force armée et quand ses membres se mobilisent contre le gouvernement c’est un signe indéniable de crise politique au sommet. Lorsqu’au début de 1958 les policiers manifestèrent devant les fenêtres du Ministère qui les dirige, ce fut le signe que le régime politique allait s’effondrer. Cette mobilisation inédite de CRS est tout aussi significative. Un policier de Nîmes m’a raconté l’état de délabrement de la police d’Etat dans cette bonne ville qui a perdu 150 agents en dix ans ; il était exaspéré après Sarkozy…d’autant plus qu’il avait voté pour lui ! La provocation de Sarkozy à Nantes ouvre une nouvelle phase dans la crise de l’Etat dans ses fonctions régaliennes de justice et de police. En effet jusque là on régnait en opposant justice « laxiste » et police « excédée » et maintenant il apparaît aux yeux de tous que le problème provient de la suppression massive de postes dans les deux, ce qui interdit aux magistrats comme aux policiers de faire leur travail normalement. Et pendant ce temps Alliot-Marie se débat dans son histoire de jets privés décrédibilisant le gouvernement français aux yeux du monde…..Comme disait Lénine « Quand en bas on ne peut plus vivre comme avant et qu’en haut on ne peut plus gouverner comme avant, cela signifie qu’on entre dans une période prérévolutionnaire»

Dans une telle situation la responsabilité politique des partisans d’une transformation sociale est importante. Inutile d’en rajouter dans les mots d’ordre et les revendications, ils fusent d’eux-mêmes dans la situation. En étant présent au cœur des actions et des combats de notre peuple, donc en étant dans le mouvement même de la révolution citoyenne qui vient, nous devons être unis pour être prêts à gouverner pour un nouvel ordre social et démocratique. Le Parti de Gauche n’a pas d’autre utilité que de construire cette  perspective avec la stratégie du Front de Gauche. Jean-Luc Mélenchon a raison de taper sur Strauss-Kahn car cette démission de la gauche pour un « candidat naturel » qui reprendrait de fait la politique de la droite serait la pire catastrophe. Le peuple est excédé devant soit le silence soit  les hésitations d’un PS entre une politique de gauche et la fidélité au social libéralisme. L’heure de l’alternative à gauche a sonné. Et il y a une occasion de le faire savoir tout de suite.

20 et 27 mars 2011.
Dans deux mois la moitié de la France va être appelée aux urnes à l’occasion des élections cantonales. J’ai essayé d’agir à mon niveau pour que le front de Gauche soit présent dans le plus grand nombre de cantons et qu’il soit non seulement uni mais aussi ouvert aux autres composantes de la gauche indépendante du PS. Dans le Gard, les PO, l’Aude les composantes du Front de Gauche ont passé un accord départemental pour présenter des candidats partout, et notamment dans l’Aude en élargissant l’accord au NPA. Malgré nos appels et nos efforts, cela n’a pas été accepté dans l’Hérault par le secrétariat départemental du PCF et nous le regrettons. Mais cela ne nous a pas empêché de bâtir canton par cantons des candidatures unitaires pour aboutir à ce jour à une présence dans plus de 20 cantons. Le PCF et le PG constituent très souvent des couples de candidats montrant le visage unitaire du front de gauche. De plus à Béziers un candidat PG aura une suppléante FASE et à Clermont l’Hérault une candidate PG aura un suppléant Vert représentant une mobilisation locale de grande ampleur contre un projet de bétonisation de terres agricoles. J’aurai l’occasion de revenir en détail sur les combats locaux qui constituent autant d’ancrages profonds du FdG dans le peuple de ce pays. Mais je voudrais dire aujourd’hui deux mots des territoires qui me sont les plus proches. Je suis Maire de Grabels qui fait partie du 10ème canton de Montpellier. Aux européennes de 2009, le FdG a fait 16% dans ma commune et aux régionales de 2010 26%. Nous avons collectivement décidé que je ne serai pas candidat (ce qui surprend beaucoup politiciens locaux et journalistes)  et je trouve que nous avons pris une très bonne décision. Le fdG présente un jeune professeur de 28 ans mais au passé déjà bien pourvu en combats et expériences nombreuses, Lionel Descamps, et il a pour suppléante une infirmière grabelloise Myriam Aufranc. Ils n’ont aucun mandat et mènent une formidable campagne de terrain. Le PG a fait le choix du renouvellement et  de la jeunesse. Je vais les soutenir de toutes mes forces car ils représentent l’avenir d’une nouvelle représentation politique populaire. Je connais également bien La Paillade qui est limitrophe de ma ville et de mon canton et là le PG présente un candidat issu des mobilisations citoyennes des quartiers populaires, Mohamed Bouklit. A 34 ans, diplômé d’informatique, habitant depuis toujours la Paillade, il a notamment animé la Plateforme citoyenne qui joue un rôle civique majeur dans le quartier. Il a pour suppléante Danièle Ledudal, militante du NON en 2005 puis une des animatrices des Collectifs antilibéraux dans ce quartier, ancienne de la LCR, actuellement gauche unitaire. Je sens que Mohamed et Danièle vont construire à cette occasion un vrai levier politique dans ce quartier populaire que j’aime tant : j’y suis encore parent d’élève et je participe à beaucoup d’évènements de sa vie publique. J’ai été très honoré que les deux candidats m’aient demandé de présider leur comité de soutien.

Vous voyez que ces cantonales sont beaucoup plus que des élections cantonales : un moyen de construire et d’enraciner une vraie gauche à un an des élections décisives de 2012. Alors occupez vous en ! Tous !

René REVOL

2 réponses »

  1. Décidément, mais ce ne sera pas un scoop nous avons souvent les mêmes analyses. Comme toi je pense que les peuples n’ont pas tous compris quelle est leur force et qu’ils ont la capacité de faire changer ce que leurs dirigeants ne parviennet pas à faire , soit par manque de la conviction que changer le système est possible, soit qu’ils y soient empêchés par les forces conservatrices et que leurs concitoyens ne les épaulent pas.

  2.  » Le fdG présente un jeune professeur de 28 ans  »

    Voilà qui est d’une logique provinciale à toutes épreuves.
    L’Institution Education nationale infantilise tellement, que ce sera montrer que le peuple ne veut plus l’être.

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