Mes notes de blog

Note du 19 décembre 2010

Dans cette note je vous parle de ma rencontre avec les salariés de Carrefour, d’une expérience de démocratie participative et du film sur Frêche.

 Avec les salariés de Carrefour.
Ah Ils avaient fière allure cette petite centaine de salariés de Carrefour Trifontaine ce premier jour des fêtes, qui bloquait l’entrée de l’hypermarché ce samedi 17 décembre ! Quand on connaît les difficultés de l’action syndicale dans cette entreprise, c’est une réussite de réaliser un tel rassemblement ce samedi de grandes courses de Noël ! Déjà j’avais été invité par des administrés de ma commune qui travaillent dans ce magasin puis la section syndicale avaient invité tous les élus et représentants politiques à venir les soutenir. Avec mes amis communistes de Montpellier, nous étions les seuls élus présents ! J’imagine que les socialistes locaux étaient trop occupés à se disputer les dépouilles du grand timonier pour daigner venir soutenir ces « petits » salariés. J’ai été touché par leur joie de voir arriver un Maire pour les soutenir face aux vigiles et aux gendarmes. Ils font face à une exploitation grandissante ; l’amplification des horaires de manutention sur toute la nuit, les horaires fractionnés pour les caissières leur interdisant toute vie de famille régulière, et les salaires, parlons des salaires : 950€ pour une jeune femme à qui on ne donne que 31h après dix ans d’ancienneté dans la boîte ; voilà une jeune femme seule avec deux enfants qui travaille toute la semaine et qui est en dessous du seuil de pauvreté. Leurs témoignages sont bouleversants, comme celui de ce chef de gondole qui est attaché à son métier et qui voit, la mort dans l’âme, Carrefour sous-traiter des rayons à d’autres enseignes (Virgin, l’Oréal…) avec des salariés précaires qui n’ont plus aucun lien d’emploi avec Carrefour, divisant ainsi la solidarité entre salariés. Pour les journalistes qui lisent ce blog, je leur dit mon regret que le grand journal local ait été absent ce samedi. Pour soutenir ce légitime combat, un bon reportage sur ces nouveaux prolétaires des temps modernes est nécessaire.

Car bien sûr, contrairement aux discours omniprésents des belles personnes, les classes populaires non seulement n’ont pas disparu mais ne cessent d’augmenter sous les effets de la crise économique et de l’évolution du capitalisme. D’abord les chiffres parlent d’eux-mêmes : prés de 80% de la population appartiennent aux catégories populaires (ouvriers, employés, professions intermédiaires, petits artisans, petits paysans, chômeurs… Et on pourrait élargir cette liste quand on sait qu’une professeure des écoles ou un infirmier chef est classé comme cadre !). Ensuite les séparations traditionnelles entre ouvriers et employés s’estompent ; les ouvriers sont au ¾ des hommes et les employés au ¾ des femmes. De plus généralement ces ouvriers et ces employés sont mariés si bien que si on fait le total des enfants et des adultes près de 60% de la population vit dans une famille avec un adulte ouvrier ou/et employé ! Depuis la décennie 80 on nous a bourré le crâne avec la prétendue disparition de la classe ouvrière qui laisserait la place à une vaste classe moyenne individualiste et consumériste. Or toute cette représentation de l’univers social est en train de voler en éclats sous les effets de la crise sociale. En fait chacun s’aperçoit que si on veut parler de disparition des classes populaires…. c’est dans les discours des élites politiques et des experts à leur service qu’il faut chercher. Ces dernières années et plus particulièrement ces derniers mois, on assiste au « retour de la classe ouvrière » ; c’est même le principal enseignement du mouvement social de l’automne contre la réforme des retraites.  Des travaux sociologiques mettent bien cela en évidence ces dernières années. Parmi eux je vous conseille une bonne synthèse avec « Sociologie des classes populaires » de Philippe Alonzo et Cédric Hugrée (Armand Colin – Collection 128 Sociologie – avril 2010 – 9€50).

 Démocratie locale
Il se passe quelque chose d’intéressant à analyser sur ma commune. Je précise que je ne veux pas ici faire un compte rendu de maire ; vous trouverez tout cela sur le site de la ville de Grabels. Juste quelques impressions ressenties à travers l’action locale. Elu pour aménager une nouvelle place centrale du village avec Maison Commune, rassemblant les activités sociales, culturelles, associatives et éventuellement l’administration communale, l’équipe municipale que j’ai l’honneur de conduire s’est engagée dans une étude urbaine qui sera suivie d’un concours d’architecte pour un début de réalisation entre la fin 2011. Vous qui me lisez de loin vous vous dites rien d’extraordinaire là dedans. Justement on a tenu à introduire une dimension participative pour que les citoyens puissent co-élaborer avec nous le projet. Déjà on eu du mal à trouver une équipe qui, en plus des habituels urbanistes, architectes et programmistes, associent un sociologue chargé de ce volet participatif. On l’a trouvé et on est en train de finir cette phase. Je veux juste en tirer ici quelques leçons. D’abord, nombreuses furent au début les remarques de scepticisme : «n’avez-vous pas déjà tout décidé ? », « je ne sais pas quoi penser, dites nous d’abord votre projet », « ne serat ce oas que des lots en l’air ? » etc.

L’animatrice de la consultation (jeune sociologue pleine de talents) ne s’est pas laissée décontenancer et a fait son chemin : réunion publique de lancement avec une centaine de personnes, rencontres avec les comités de quartier, avec les associations, parcours commentés avec des citoyens, ateliers d’urbanisme, sans oublier un magnifique travail (selon les dires des maîtresses) avec les deux classes de CM2 du village…. Peu à peu de nombreux habitants se sont accrochés et construisent en partant du cahier des charges rédigé par les élus une perspective évolutive de cet aménagement décisif pour les 50 ans qui viennent. On en est là et il y a encore du chemin avant qu’on finalise le projet fin février. Cela pour vous dire qu’il ne suffit pas de mettre en place des procédures participatives car nos concitoyens sont dans une société qui les exclut de toute parole et spontanément ils ne croient pas qu’on tiendra compte de leur avis.

Certains se souviennent bien que lorsqu’on leur a demandé de voter sur la constitution européenne ils ont majoritairement voté Non et qu’ensuite les pouvoirs politiques se sont assis sur leur vote. Ils n’oublient pas que celui qui vient de leur imposer une réforme des retraites s’est fait élire avec l’engagement solennel qu’il ne toucherait pas au droit à la retraite à 60 ans. Tous ces dénis de démocratie pèsent sur nos concitoyens et nourrit un scepticisme profond. Dans ce contexte, la présence d’une démarche locale et continue de participation peut être un excellent antidote et un facteur d’éducation civique pour tous (y compris bien sûr pour les élus !).

C’est la première leçon. Ensuite la « démocratie participative » donne la parole à ceux qui ont déjà le monopole de la parole dans la société : cadres supérieurs, enseignants, chercheurs, retraités cultivés…. Les classes populaires et les jeunes, on ne les voit guère. Et donc on risque de prendre comme avis des habitants ce qui, de fait, n’est que l’avis d’une élite sociale (ce qui n’empêche pas trouver dans les propos de celle-ci des choses tout à fait dignes d’intérêt). Il faut donc un effort spécifique en termes de moyens comme de langage vers les classes populaires et les jeunes pour qu’ils pèsent avec leurs mots et leurs exigences dans ce débat. Voilà pour la deuxième leçon. Et enfin la politique c’est le domaine de la volonté ; les populations ne donnent leur avis que si elles ont le sentiment qu’il y a un élu non seulement à leur écoute mais que cet élu est prêt à l’action, y compris contre le vent dominant. Dès qu’on affirme et porte cette volonté, les habitants s’investissent plus. Je vous tiendrai au courant de mon ressenti au fur et à mesure que ce dossier avancera. Si vous avez vécu d’autres expériences positives ou négatives sur ce type de procédure de démocratie locale, n’hésitez pas à les partager. Je suis preneur !

 Le film sur Frêche.
Vous êtes plusieurs à insister pour que j’aille voir le film sur la campagne de Frêche aux régionales, malgré le dégoût que cela m’inspire. Je pensais avoir mieux à faire dans l’immédiat mais vous m’avez convaincu : je vais y aller pendant les vacances. Déjà les propos qu’on entend de ceux qui l’ont vu soulignent d’une part la médiocrité de son entourage et d’autre part le fait que le personnage porte à son comble l’hypocrisie et le mensonge comme vertus cardinales de son action politique. Et de belles âmes de prendre un air docte pour nous dire que « c’est normal, que la politique c’est comme çà » ! Non, non et non ! Vite la révolution citoyenne pour en finir avec le cynisme et rétablir la politique dans ce qu’elle devrait toujours être : un moyen de l’émancipation humaine. Je l’entends d’ici : « ah l’idéaliste, le naïf… ». Qu’ils se méfient, ces mesdames et messieurs les importants : il peut arriver que les idéalistes et les naïfs se mettent en mouvement et les balaient. Regardez en Islande : les idéalistes et les naïfs ont refusé de sauver les banques avec leurs impôts à la différence de tous les autres pays en crise et résultat : pas de catastrophes, juste quelques banques en moins et une reconstruction du pays sur d’autres bases sans avoir à supporter un alourdissement de la dette publique due au renflouement des banques. En plus les idéalistes et les naïfs islandais ont décidé d’adopter une nouvelle constitution démocratique. Ils ont élu une assemblée constituante composée d’élus qui ne doivent jamais avoir été élus auparavant et qui ne pourront jamais être élus dans les assemblées suivantes. Comme ça on est sûr qu’ils s’occupent plus d’écrire une bonne constitution que de soigner leur carrière.

Voilà que ça se rapproche : cette refondation citoyenne et démocratique était l’apanage de certains pays sud américains (Venezuela, Bolivie, Equateur, Uruguay ….) et les beaux esprits européens nous disaient « Exotisme ! Inapplicable chez  nous ! Populisme ! Démagogie !». Et maintenant en Islande, ils vont nous dire quoi ? « Trop froid ! Trop glacé ! ». Allez sur le net et suivez les débats citoyens et leur effervescence en Irlande ou en Grèce. Allez jeter un œil chez les étudiants anglais et leurs profs ou chez les syndicalistes espagnols et portugais qui préparent des grèves générales…. L’exigence de la définanciarisation pour que l’économie se construise sur la base des besoins sociaux grandit dans toute l’Europe ! On en reparlera en détail.

Prenez des forces avec les Fêtes de fin d’année, on en aura besoin

                                                                                                                  René Revol

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